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[TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302)

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MessageSujet: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Sam 23 Nov - 22:33

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________

Washington DC - Et elles se mirent à table
Informations:
 

- Mesdemoiselles, nous serons sur place dans quelques minutes.

Ce furent ces mots qui sortirent Lucija de sa torpeur. Elle avait dormi d'un trait, pendant environ une dizaine d'heures, au point de ne pas se rendre compte qu'elles avaient changé de continent, traversé un océan, et qu'elles approchaient désormais de leur foyer, qui leur tendait les bras grands ouverts. A cette pensée, la jeune femme qui jusqu'alors avait émergé progressivement avec un soupir d'aise, sursauta brutalement, et jura tout haut, avant d'attraper son téléphone portable. Son empressement et la panique qui l'avaient saisies pouvaient faire peur, surtout si on comparait son comportement actuel avec la maîtrise et le calme dont elle avait su faire preuve - extérieurement du moins - sous le feu ennemi. Elle s'empressa de sélectionner un numéro dans son répertoire, et appela. Portant le téléphone à son oreille, elle laissa sonner, chaque bip sonore augmentant d'un cran son angoisse. Puis, une voix finit par répondre. Pour l'extérieur, elle était difficilement compréhensible, à moins de se tenir très proche. Mais les réponses de la jeune femme, elles, étaient vraiment très claires.

- Allô, Richard ? Oui, c'est moi. Je... Est-ce que tu peux venir me chercher à l'aéroport... Non, tout de suite.

Elle se mordit la lèvre, et son visage se crispa, comme si elle attendait de recevoir une gifle de l'autre côté du combiné. Et elle ne fut pas déçue. Il n'y eut aucun éclat de voix, mais la réponse de Richard, quelle qu'elle pût être, parut la déstabiliser :

- Je... Richard, je t'assure que je n'ai rien. Je... Oui... Non... C'est compliqué. Je t'assure que ce n'est pas facile...

On entendit distinctement des larmes dans sa voix, et bien qu'elle parût capable de simuler une telle réaction, il paraissait évident qu'on ne pouvait pas être bon comédien à ce point. Elle avait surmonté la mort et la douleur pour revenir en vie, avait encaissé des tirs de sniper et subi des fusillades en règles sans broncher, mais la voix inquiète de son compagnon suffisait à la faire craquer. Elle souffla, comme pour reprendre une contenance, et ajouta :

- Je t'expliquerai, tout ça Richard, c'est promis. Mais rassure-toi, je... Oui, je te le jure, je vais bien. Promis. Fais vite, s'il te plaît.

Et elle raccrocha. En temps normal, elle se serait tournée vers Abigail pour lui dire quelque chose, n'importe quoi. Un petit mot d'encouragement, de nouvelles félicitations, ou bien pour se projeter vers l'avenir, et essayer d'échafauder un nouveau plan. Mais la conversation l'avait secouée, c'était clairement visible, et elle s'éloigna sans un mot ni un regard, filant prestement dans les toilettes pour s'y isoler.


~~~~

L'avion atterrit bientôt, et les deux femmes débarquèrent sur une piste un peu isolée, et furent immédiatement accueillies par des agents de l'ORS. Ils ne faisaient pas dans la dentelle, à Washington, et ils étaient carrément venus en SUV noirs, un joli cortège de protection tout ce qu'il y avait de plus discret. Les hommes qui en sortirent portaient des uniformes de la DEA, comme s'il ne s'agissait que d'un simple contrôle anti-drogue sur un avion suspect. Toutefois, si des agents montèrent à l'intérieur, prétendant examiner les lieux, alors qu'ils se chargeaient simplement de transporter les bagages, Abigail et Lucija furent prestement conviées à rentrer dans l'un des véhicules, dont la porte se referma derrière elle. L'intérieur était spacieux, confortable, et elles se retrouvèrent à côté d'un homme qu'elles n'avaient jamais vu. Lui était un costume sombre, uni, et il avait dans la main un talkie-walkie, dans lequel il cracha quelques ordres brefs. Puis il se tourna vers les deux femmes, et leur dit :

- Mesdemoiselles, je suis l'agent Shaw, de l'ORS. On m'a demandé de récupérer les documents, et de vous faire conduire à l'endroit de votre choix. Puis-je vérifier que ces documents sont bien exacts ?

Lucija n'émit aucune objection, essayant de calmer son côté paranoïaque qui voyait le mal partout. Elle avait immédiatement noté qu'il portait une arme sous le bras gauche, et elle le voyait tout à fait capable de les neutraliser toutes les deux dans cet espace réduit. De toute façon, même si elles avaient pu lui résister, elles auraient immédiatement eu une douzaine de tireurs sur le dos, qui auraient fait feu sans hésiter avec l'autorité de la DEA américaine. Bref, elles n'avaient pas vraiment la possibilité de faire grand chose. Une fois que Shaw eût vérifié sommairement qu'elles avaient ce qu'elles prétendaient avoir - en vérité, il avait surtout vérifié que la mallette n'était pas piégée, et qu'elle ne comportait aucun dispositif espion - il leur demanda à toutes les deux où elles voulaient être déposées.

- Sur le terminal, lança Lucija. Je ne vous demande rien de plus.

Abigail, de son côté, avait sans doute des envies plus personnelles. Retourner chez elle, par exemple, et renouer avec son quotidien, avec sa sérénité. Elle voudrait peut-être goûter au calme de la solitude, à la quiétude d'une vie normale. Elle voudrait sans doute se débarbouiller, chasser le sang qui maculait encore son visage et ses vêtements. Peut-être allumerait-elle la télé, pour regarder ce qu'il y avait de neuf dans le monde. Etait-ce bien son genre, toutefois ? Lucija, et elle sortirent du véhicule, prêtes à se séparer. La jeune croate, bien qu'elle fût consciente qu'elles allaient simplement retourner à une vie normale, et qu'elles se reverraient bientôt pour affronter les instances de l'ORS, avait la cruelle impression de devoir dire adieu à une sœur d'arme. Et cela, étonnamment, lui brisait le cœur. Cette fois, au diable les conventions, et au diable Shaw qui les observait depuis l'intérieur de son SUV. Elle s'avança d'un pas, et prit franchement dans ses bras la scientifique, la serrant très fort comme si cela permettrait de la garder près d'elle un peu plus longtemps. Comme si en faisant cela, elle gardait un peu de la force rassurante qui se dégageait de cette guerrière aux cheveux roux. Elle ne trouva pas de phrase spirituelle à dire en cet instant précis, quand bien même elle aurait voulu ajouter quelque chose pour ne pas simplement partir comme ça, sur un banal au revoir. Mais ça, ce n'était pas son style. L'une était armée pour parler devant des centaines de personnes, l'autre pas. Lucija se contenta de lui glisser :

- Vous m'avez promis un dîner. Appelez-moi.

Et elle s'en alla, sans se retourner. Son sac sur l'épaule. Elle avait demandé à Shaw de s'occuper de sa mallette spéciale, et de la déposer à une adresse spécifique, une boîte au lettres où elle réceptionnerait son colis compromettant, pour mieux le mettre en sûreté. C'est ainsi qu'elle rejoignit le terminal, parfaitement seule. Une jeune femme brune dans un océan de populace. Et curieusement, isolée au milieu de ce fourmillement humain, elle se sentait bien. Elle se sentait à sa place, protégée derrière ce mur de visages fugaces, qui apparaissaient et disparaissaient. Elle avait l'impression que si quelqu'un pouvait lui faire du mal, ici au moins elle était en sécurité. Elle pouvait exister sans craindre qu'on la reconnaisse, car personne ne prêtait attention à personne, et nul ne s'arrêterait pour lui parler. Elle se mouvait avec une grande facilité, frôlant les touristes et les voyageurs pressés sans jamais les toucher, sans jamais les bousculer. Elle aurait pu, à deux ou trois reprises, se saisir d'un portefeuille trop visible, mais elle n'était pas mesquine, et avait d'autres soucis en tête. Elle pénétra dans le terminal par l'arrivée des voyageurs, et se fondit à un groupe qui devait revenir d'Europe lui aussi, bien qu'elle n'eût aucune idée de quel pays ils pouvaient bien venir. En les écoutant parler, elle devina qu'il s'agissait d'un pays slave, mais de là à dire lequel...

- Ivana !

Elle leva la tête, et regarda autour d'elle, cherchant qui avait bien pu crier son nom ainsi. Et puis elle le vit. Richard avait dû rouler prodigieusement vite pour être là en même temps qu'elle. Il était essoufflé, comme s'il venait de courir le sprint de sa vie - et c'était probablement le cas -, et il était actuellement aux prises avec un groupe de touristes qui ne comprenaient pas son empressement. Il les laissa passer en levant les bras au ciel, puis une fois qu'ils furent passés, il se rua sur sa compagne avec un masque d'inquiétude et de soulagement sur le visage. Lucija, redevenue Ivana, laissa tomber son sac sauta à son cou, l'embrassant fougueusement comme si cela faisait une éternité qu'elle ne l'avait pas vu. Et dans sa tête, c'était tout comme. Elle avait l'impression que son séjour à Berlin avait duré des années, et elle avait encore du mal à se dire qu'il ne s'était écoulé que quelques jours, et que Richard avait à peine eu le temps de constater son départ qu'il devait déjà venir la chercher. Elle enfouit la tête dans son cou, et sentit des larmes commencer à couler le long de ses joues.

Lucija détestait être faible, et elle n'appréciait pas particulièrement de craquer en public. C'était probablement la raison pour laquelle elle s'était cuirassée face à Abigail, face aux pilotes, face aux agents de l'ORS, et plus généralement face au monde extérieur. Mais quand elle était dans les bras de Richard, elle sentait qu'elle était protégée, et qu'elle pouvait laisser libre court à ce qu'elle avait sur le cœur. Lui était très sensible, comme personne, et il sentit immédiatement la tension dans son dos, comprit qu'elle était bouleversée, et il la prit dans ses bras pour la rassurer, bien qu'il n'eût aucune idée de ce qui pouvait l'avoir retournée comme ça. En vérité, il avait regardé la télévision, et on y avait parlé brièvement d'une prise d'otage dans un hôtel berlinois. Il n'avait pas fait le rapprochement, jusqu'à ce qu'il reçût le coup de téléphone de la femme de sa vie, qui revenait précisément de Berlin, pratiquement six jours avant la date prévue. Alors, il avait paniqué, et au téléphone il avait laissé éclater son inquiétude. Mais désormais, il était le pilier solide sur lequel elle s'appuyait de tout son poids pour ne pas tomber.

- Ivana... Je suis là, c'est fini...

Elle sentit les larmes venir de plus belle. Bon sang ce qu'elle pouvait l'aimer ! Il n'avait aucune idée de ce qu'il venait de se passer, des jours horribles qu'elle venait de vivre, et pourtant il parvenait à trouver les mots justes pour la réconforter. Elle entendait sa voix, sentait son odeur, percevait le battement régulier de son cœur dans sa poitrine, et elle avait l'impression de revenir en terre amie. Ils restèrent là, blottis l'un contre l'autre, pendant de longues minutes, attirant le sourire attendri de quelques passants qui ne les regardèrent pas trop longtemps, question de politesse. Puis, au bout d'un moment, Richard lui proposa de boire un café, ce qu'elle refusa :

- Je veux rentrer à la maison, voir Ashley.

- Elle est à l'école, chérie. Mais nous irons la chercher ensemble ce soir, si tu veux.

C'est vrai. On était en semaine. Elle avait complètement oublié ! Alors qu'elle prenait conscience de ce fait, une autre réalité s'imposa à elle :

- Mais Richard, ton travail !

Il l'embrassa de nouveau, et répondit avec un sourire amusé :

- Quand j'ai raccroché, mon patron m'a regardé droit dans les yeux. Je devais avoir l'air complètement perdu, parce qu'il m'a dit : "prends ta journée, et occupe-toi de ta femme, petit".

- Cool...

Ce mot lui paraissait étrange, malvenu, insolite. Elle ne se souvenait pas d'en avoir fait usage ces derniers jours, et il avait une saveur délicieuse dans sa bouche. La saveur de la légèreté, le goût de la tranquillité d'esprit. Tout allait bien, tout était cool. Elle pouvait le dire, maintenant. Richard prit son sac, elle resta accrochée à son autre bras, tandis qu'il la conduisait jusqu'à leur petite voiture. Ils y entrèrent, et quittèrent le parking de l'aéroport, direction leur maison. Richard était un homme d'une patience extraordinaire, et malgré l'envie qu'il devait éprouver à demander : "alors, que s'est-il passé ?", il se contint, et laissa Lucija venir à lui, et finalement ouvrir la bouche pour prendre de son propre chef l'initiative de lui expliquer la situation. Elle avait réfléchi un peu à la chose, et avait décidé, comme toujours, de modifier la vérité plutôt que d'inventer un mensonge. Elle pourrait ainsi rendre son histoire plus crédible, et la défendre facilement. Elle se lança :

- C'est une prise d'otage qui a mal tourné, en fait. J'ai réussi à rentrer à la soirée de gala, et j'ai pris quelques photos, rencontré quelques personnes. C'était bien. Et puis j'ai eu un rendez-vous avec une scientifique. Une spécialiste de bio-je-sais-pas-quoi. Elle s'appelle Lorenson, Abigail Lorenson.

Et voilà son premier personnage qui entrait en scène. Elle se sentait à l'aise à la jouer, car après l'avoir côtoyée pendant ces instants brefs mais intenses, elle la connaissait fort bien, et pouvait l'utiliser sans problème.

- Elle a fait une conférence très compliquée sur un sujet auquel je n'ai rien compris, mais elle avait l'air sympa, et quand je lui ai demandé si je pouvais écrire un papier sur elle, elle m'a dit "pas de problèmes, venez dans mon appartement". C'était dans un chic hôtel, et c'est là que nous nous sommes données rendez-vous, après son allocution. Mais en fait, il y a eu une sorte de cambriolage, je crois. Ou peut-être que c'était dès le début une prise d'otage. J'en sais rien. Et on s'est retrouvées toutes les deux un peu coincées. Dans la panique, j'ai glissé, et je me suis méchamment cognée ici (elle montra son cou), et là (elle désigna son dos du pouce).

Et une belle explication pour justifier ses blessures. Elle transmettrait au plus vite son idée à Abigail, afin qu'elle pût accorder son récit avec ça. Ce serait plus crédible. En outre, comme c'étaient des blessures superficielles, elle pourrait toujours déclaré avoir été auscultée par des médecins locaux, qui lui auraient dit qu'elle pouvait partir. Ainsi, elle éviterait d'avoir à passer une visite médicale sur place. Moins il y aurait de personnes au courant de l'affaire, mieux elle s'en porterait.

- Mais après, il y a eu des coups de feu, et on a paniqué. Heureusement, les policiers sont arrivés, et ils nous ont sortis de là. Mais tu connais les policiers... Ils ont cru qu'on était des complices, ils nous ont fait tout un cinéma. Bref. Ensuite, il y a eu un tir dans la rue. Genre un tireur embusqué. On était juste à côté, et on n'a pas vu qui avait été touché, qui était visé. Tout ce que je peux te dire, c'est que Lorenson et moi ne voulions pas rester là. Comme je l'ai aidée dans la confusion générale, elle m'a dit qu'elle pouvait me ramener à Washington dans un jet privé mis à sa disposition. Je n'ai pas hésité à accepter.

Richard, qui conduisait en silence, écoutant attentivement toute l'histoire en essayant de ne pas réagir à ce qu'il entendait - et qui pourtant était particulièrement surprenant -, finit par lâcher :

- Très sympa, madame Lorenson. Si c'est possible, j'aimerais que tu lui transmettes mes remerciements. Pour avoir ramené ma femme chérie en vie.

Sa capacité à toujours penser au bien-être de sa compagne, plutôt qu'à chercher les incohérences dans son histoire était désarmant, et c'était une preuve d'amour que la jeune femme n'estimait même pas mériter, mais qui lui faisait incroyablement chaud au cœur. Cette fois, Lucija se permit un franc sourire. Son excuse avait fonctionné, et maintenant, elle pouvait passer à autre chose :

- Tu pourras le faire toi-même. Elle habite aussi à Washington, et elle a décidé de nous inviter à dîner, tous. Tu vas voir, elle est très sympa. Elle va te plaire !

Ils continuèrent à bavarder un peu, de toute et de rien, et Lucija fit en sorte de prendre des nouvelles du pays. Elle voulait savoir comment les choses avaient évolué pendant son absence pourtant très brève. Non pas qu'elle fût particulièrement intéressée par le moindre fait divers, mais elle avait envie d'entendre parler d'autre chose que de fusillades, de meurtres et de violences. Et Richard, qui semblait la comprendre mieux qu'elle ne se comprenait elle-même, se mit à lui raconter comment s'étaient déroulés les derniers jours au boulot. Il avait vendu un gros bouquet à un client particulièrement heureux, car il célébrait le mariage de sa fille. Il était si ému qu'il avait offert au vendeur un pourboire généreux, que celui-ci avait dû empocher, malgré ses protestations gênées. Vingt dollars, tout de même, ce n'était pas rien. Oh, ils n'étaient pas à plaindre, et le salaire de Lucija suffisait à leur permettre de garder la tête hors de l'eau, bien qu'ils ne pussent s'autoriser toutes les folies qu'ils avaient en tête.

Ils gagnèrent leur maison en une petite demi-heure. Elle se trouvait dans Washington même, et n'était pas très grande, mais elle leur convenait parfaitement pour l'instant. Elle était dans un coin tranquille, où les voisins étaient discrets, et où il y avait suffisamment de verdure pour faire un petit footing, se promener à la recherche de châtaignes, ou bien échapper à une éventuelle filature. En rentrant chez elle, la jeune femme se sentit prise par un profond sentiment de soulagement. Sa première décision fut d'aller prendre une douche. Elle se sentait sale, souillée, et elle avait l'impression d'avoir été passée à tabac par une horde de vigiles de supermarché assoiffés de sang. De grosses brutes qui cognaient fort, et qui ne finissaient jamais le travail. Dans sa tête, de toutes les choses qui existaient pour soulager la douleur, la douche était en premier sur sa liste. Elle s'excusa auprès de Richard, et fila prestement sous l'eau chaude, où elle resta pendant de longues minutes, à savourer le contact apaisant de la vapeur sur ses bleus, appréciant de sentir la brûlure liquide sur son dos et sa nuque. Elle sortit de la cabine revigorée, la peau rougie à cause de la température qu'elle avait sélectionnée. Elle s'enveloppa d'un peignoir blanc épais et chaud, enroula ses cheveux dans une serviette, puis prit la direction de sa chambre avec la raideur d'un zombie sorti de son tombeau.

Richard, qui avait anticipé son objectif, l'attendait avec une boisson fraîche, des antidouleurs, et des cachets pour favoriser le sommeil. Elle n'était pas adepte des médicaments, mais elle devait bien admettre qu'elle aurait du mal à se reposer sans cela. Sans un mot, elle recueillit les comprimés dans sa main, et les avala avec un grand verre d'eau, qu'elle termina d'un trait. Satisfait, son compagnon tira la couverture pour qu'elle s'installe dans le grand lit. Elle le serra très fort dans ses bras, à nouveau, puis ferma les yeux, et s'endormit. Elle aurait souhaité que le temps se figeât, profiter sans restriction de ce sommeil reposant.


~~~~

Plusieurs jours étaient passé désormais, et Lucija avait repris des forces. Elle avait d'abord paru perdre toute trace de fatigue lorsque sa petite fille avait déboulé dans sa chambre en criant de joie, sautant sur le lit pour étreindre sa mère qu'elle croyait partie pour longtemps. La Croate avait alors semblé parfaitement réveillée, et elle avait écouté avec beaucoup d'attention tout ce que son petit ange avait fait durant ces quelques jours, son travail à l'école, etc... L'exposé en entier avait duré au moins une heure, durant laquelle Richard avait fait la navette entre la chambre et la cuisine, pour ravitailler en goûter et en collations les deux femmes de sa vie. Puis il avait fini par écourter la session bavardage, pour occuper sa fille à ses devoirs, et laisser sa femme se reposer.

Et puis, aussi incroyable que cela pût paraître, la vie avait repris son cours. Richard était retourné travailler dès le lendemain matin, Ashley avait regagné son école, et Lucija était restée seule, livrée à elle-même. Elle en avait profité pour mettre de l'ordre dans ses affaires. Elle avait pris un taxi jusqu'à sa boîte aux lettres, pour y récupérer son fusil de précision, qu'elle avait ramené chez elle, démonté, nettoyé, rechargé, et enfin rangé. La minutie dont elle faisait preuve était, selon elle, le gage de la réussite d'un tir, et elle ne lésinait jamais sur ce genre de détails. Elle avait ensuite pris le chemin de sa planque, où elle avait replacé le fusil, en prêtant bien attention à ne pas déclencher le dispositif de sécurité qui pouvait tout faire sauter. Ensuite, elle avait mis le cap sur le QG secret de l'ORS, où elle avait déposé son arme de service. Elle n'entendait pas la garder sur elle plus longtemps, car elle ne souhaitait pas voir sa famille tomber dessus inopinément. Le garde à l'entrée consigna son nom, lui demanda une signature, puis la laissa repartir.

Puis, une fois qu'elle eût terminé de s'occuper, elle revint chez elle, et se retrouva immensément seule. Elle tourna en rond pendant une demi-heure, cherchant comment s'occuper. Mais la maison était parfaitement rangée, la poussière faite, le linge nettoyé, repassé, et rangé. Elle n'avait pas la plus petite tâche ménagère à réaliser. Elle aurait voulu aller courir, mais son corps lui disait qu'il était encore un peu tôt pour se permettre ce genre de folies. Elle attendit donc, et se jeta littéralement sur le téléphone lorsque celui-ci sonna. C'était Lorenson, qui lui proposait une date pour le dîner. Elle accepta immédiatement, puis après une brève conversation, les deux jeunes femmes raccrochèrent. Lucija n'avait rien à faire de sa journée, mais elle ne souhaitait pas embêter Abigail avec ça, certaine que cette dernière devait avoir beaucoup de travail à rattraper. Elle n'oublia pas, cependant, de lui expliquer brièvement quelles étaient les excuses qu'elle avait servies à Richard, et qu'il faudrait l'appeler Ivana sans se tromper. Ce fut leur seule communication jusqu'au Jour-J.

Ils se présentèrent à l'heure convenue devant l'appartement d'Abigail Lorenson, et sonnèrent. Ils entendirent des pas à l'intérieur, ce qui était bon signe : ils ne s'étaient pas trompés d'endroit. Les lieux étaient agréables, et d'un autre standing que leur modeste maison, bien que le docteur ne fût pas adepte du luxe à outrance. Richard, qui était un peu mal à l'aise d'être reçu chez une personnalité aussi éminente - et que sa compagne n'avait pas cessé de complimenter avant le fameux dîner -, vérifia une dernière fois sa mise. Il était bel homme, il fallait le dire. La trentaine, un visage jeune et frais, plein de sérénité. Des yeux bruns apaisants, et des cheveux noirs coupés dans un style faussement négligé. Il avait l'air à la fois décontracté et sérieux, ce qui n'était pas un mince exploit. Bien proportionné, son physique était athlétique, et le costume sombre qu'il portait mettait bien en valeur sa silhouette élancée, et son mètre quatre vingt un. Il se tenait à côté d'Ashley, qui portait un énorme bouquet de fleur qui la cachait presque entièrement. Puis venait Lucija, qui portait une robe courte bleue. Elle soulignait habilement la finesse de la sportive tueuse croate, et avait l'avantage de révéler ses jambes fuselées. Ses vêtements n'avaient pas la beauté de ceux qu'elle portait au gala à Berlin - gracieusement loués par Abigail -, mais elle n'en était pas moins tout à fait charmante, bien que visiblement mal à l'aise.

La porte s'ouvrit alors, et avant que quiconque eût pu dire quoi que ce fut, Ashley prit la parole d'une voix très assurée :

- Bonsoir madame, c'est pour vous !

Et sans plus de cérémonie, elle lui tendit l'immense bouquet de fleur qu'elle tenait depuis un moment, et dont elle semblait pressée de se débarrasser. Lucija se laissa aller à un rire nerveux qu'elle communiqua à son mari, qui tendit une main à la scientifique :

- Richard Keller, je suis très honoré de vous rencontrer docteur Lorenson. Merci d'avoir bien voulu ramener Ivana chez nous.

On lisait de la douceur et une vraie gratitude dans sa voix, que Lucija trouva particulièrement touchantes. Elle s'approcha d'Abigail, et l'embrassa sur les deux joues tout en l'étreignant amicalement :

- Abigail... Vous avez l'air en forme. C'est si bon de vous revoir !
Lucija RadenkoPrivateavatarMessages : 77
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Dogtag
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Lun 2 Déc - 23:26


Abigail ne se réveilla que lorsque les roues de l’avion heurtèrent l’une des pistes en service de l’aéroport de Washington Dulles. Le temps de traverser l’Atlantique, Abigail avait eu l’impression d’échanger toute la pression et la tension accumulée ces dernières heures contre tout le sommeil qu’elle avait sacrifié. Même si d’entre elles deux c’était elle qui avait eu le plus droit à une véritable nuit de sommeil dernièrement, elle n’était pas habituée à ce genre de situation, et une fois que l’avion s’était établi en croisière, elle s’était sentie totalement vidée de son énergie, et avait sombré dans un sommeil sans rêves.

Mais à présent, l’avion roulait vers un parking isolé, et depuis les hublots, elle pouvait voir un cortège de voitures noires. Sans doute le comité d’accueil, se dit-elle en descendant de l’avion en compagnie de Lucija… Un homme monta à bord, dans son costume noir impeccable, et en le voyant, Abigail prit conscience du triste spectacle qu’elle devait offrir, complètement fatiguée, mal coiffée et par endroit encore couverte de son propre sang. Il portait un insigne de la DEA. Bien pensé, comme ça ils donnaient l’illusion de contrôler un appareil suspecté de transporter de la drogue. Sa coéquipière et elle furent enjointes à monter dans un des 4x4 noirs de la file de véhicules, où l’homme qui les avait rejointes à la descente d’avion entra à son tour.

- Mesdemoiselles, je suis l'agent Shaw, de l'ORS. On m'a demandé de récupérer les documents, et de vous faire conduire à l'endroit de votre choix. Puis-je vérifier que ces documents sont bien exacts ?
- Les voilà, répondit Abigail d’un ton totalement neutre en lui remettant l’attaché-case de Grauber. Elle était bien contente de s’en débarrasser. Elle avait fait son boulot en allant le récupérer à la source, maintenant, aux analystes de faire le leur en décortiquant en détail ce qu’elle avait entr’aperçu la nuit précédente. Il y avait de bonnes chances qu’on lui demande de bosser sur l’interpétation scientifique des données ramenées, et paradoxalement, elle avait hâte de s’y mettre. Chaque fois qu’un nouveau problème apparaissait, elle se sentait comme mise au défi de le résoudre, et ne lâchait rien tant qu’elle ne voyait pas le bout de la solution. Shaw vérifia juste que la mallette n’était pas piégée ni munie de dispositifs de traquage, et une fois satisfait, la garda près de lui en leur demandant où elles voulaient être déposées.
« Amenez moi juste au parking, j’y ai ma voiture… »

Abigail et Lucija descendirent du véhicule. Leurs routes allaient se séparer pour cette fois. Nul doute qu’Abigail s’arrangerait pour travailler de nouveau avec elle sur le terrain dès qu’elle en aurait l’occasion. Lucija avait compensé l’inexpérience relative de ce genre d’opération apr un instinct, une intuition et, il fallait le reconnaître, des compétences qui dépassait largement les siennes dans ces domaines. En d’autres termes, l’une était l’exact complément de l’autre. Et manifestement le sentiment était réciproque, car au moment de se séparer, Lucija la prit dans ses bras. Abigail lui rendit bien volontiers son accolade, ne voulant pas tout de suite quitter celle qui lui avait déjà sauvé la mise par son intuition.
- Vous m'avez promis un dîner. Appelez-moi.
- Je n’oublie jamais les promesses que je fais. Attendez mon coup de fil d’ici quelques jours…

Abigail s’en alla à son tour, sans se retourner, et arriva à l’entrée du parking où elle avait laissé sa voiture, une Audi A6 gris perle, et marqua un temps de pause une fois assise au volant, moteur coupé. Ca y était, pensait-elle en prenant de profondes respirations. Elle était enfin rentrée, et en vie. En mettant le contact et embrayant la première, elle décida de passer par le QG de l’ORS pour y retourner son Glock 17 et ses munitions amputées de 4 cartouches. Elle y renseigna les formulaires adéquats en partageant quelques mots avec l’armurier en service à ce moment, lui expliquant qu’elle avait fait feu, apposa sa signature et rendit l’arme, que l’armurier commença à examiner après que la scientifiuqe tournait les talons pour retourner à sa voiture.

********************

Ce fut une des rares occasions pour la scientifique, qui avait passé des années à voyager pour son travail, de vraiment être heureuse de se retrouver chez elle. Elle habitait dans le centre de Washington, dans un appartement de bonne taille sans verser dans le luxe à outrance. Même si elle aimait les produits de bonne qualité, elle était contre l’exposition outrancière et tape-à-l’œil de la richesse personnelle. Mais elle aimait beaucoup son appartement, avec un salon-salle à manger de bonne taille et orienté de manière à avoir la lumière la majeure partie de la journée, une cuisine séparée, un bureau, deux chambres et une salle d’eau, le tout dans un style Reine Anne qui ne lui déplaisait pas.

Les deux seules choses qu’elle était réellement fière d’exposer étaient ses plantes exotiques, et surtout sa bibliothèque, qui couvrait plusieurs pans de mur entiers de son appartement et se répartissait dans son salon, sa chambre et son bureau. Ses deux collections avaient vu le jour dès sa jeunesse, et chacun de ses voyages et de ses différentes rencontres avaient apportés leur lot de nouveauté à y incorporer. Beaucoup étaient des livres scientifiques et des ouvrages spécialisés, il est vrai, mais elle avait aussi une vaste collection de romans et plusieurs albums photos rassemblaient les différents temps forts de ses différents voyages.

Et en entrant dans son salon immaculé, elle se sentit sale au possible, ressentant encore le contrecoup de son combat contre leur tueur et de sa chute durant leur fuite ; sa première envie fut de se débarasser de toute cette saleté, et elle se fit couler un bain moussant pour se détendre. Et alors qu’elle reposait dans sa baignoire, elle pouvait évacuer tout son stress. Elle n’était plus en train de prononcer une conférence dans le seul but de gagner du temps, ni en train de se battre au corps-à-corps contre un tueur surentrainé, ni en train de se faire tirer dessus au fusil de précision, ni en train d’envoyer des innocents servir de cible à sa place, ni rien de tout ce qu’elle avait pu faire pour sa mission. Après ce qui fut sans doute un des plus longs bains de sa vie, elle se coucha immédiatement, juste enroulée dans une serviette, les cheveux en bataille sur l’oreiller.

Mais cette fois, le sommeil ne fut pas sans rêves. Elle entendait les voix de Grauber, de Lucija, de Sam Briggs et de James Tuck, et voyait le visage des deux réceptionnistes, la mire de son M4… Et puis les cris entremêlés… Et enfin, ces coups de feu, ces terribles détonnations, dirigées droit vers elle. Elle reçut un coup violent à la poitrine, puis à la tête, et se reveilla en se rendant compte qu’elle était tombée au sol, le souffle court. Juste un rêve… mais c’était la première fois qu’elle en faisait un comme celui-ci. En remontant dans son lit, calmant sa respiration, elle se promit d’en parler à Lucija, sans doute pourrait-elle lui donner des conseils pour surmonter ce genre de situations…

********************

N’ayant pas prévu de rentrer si vite du congrès de Berlin, Abigail avait posé un congé à son employeur civil pour toute la durée de la semaine, et elle avait prévenue l’ORS qu’elle ne reviendrait sans doute pas avant la fin de semaine pour le debriefing. Elle avait déjà prévenu l’ORS qu’elle ne reviendrait pas avant la date rpévue pour son debriefing. Mais quitte à rester cloitrée dans son appartement, elle préférait faire bon usage de son temps. Et fidèle à elle-même, Abigail s’installa confortablement dans son bureau, café à portée de main et en abondance, et se connecta à sa boite mail, rattrapant ce que ses collègues avaient pu faire en son absence. Elle en profita pour accéder à ses mails de l’Université du Massachussetts, qui avaient renouvelé son contrat de professeur vacataire en biologie moléculaire, qu’elle s’était empressée d’accepter, ça lui faisait une occupation reposante quand elle n’était pas occupée à traquer des génômes contre nature qui étaient pourtant bien sous ses yeux sous les microscopes de l’ORS. Bien entendu, sa clause de confidentialité l’empêchait de publier ses résultats dans ce domaine de quelque manière que ce soit… En tous cas, voilà qui allait la tenir occupée, préparer ses diverses conférences là-bas pourrait lui prendre du temps…

Puis, après quelques jours à continuer ses différents travaux de préparation de cours-conférences, Abigail n’oublia pas sa promesse, et sortit son téléphone portable, composant le numéro de sa coéquipière qui lui avait sauvé la mise en Allemagne en lui évitant de mettre sa tête en face d’une balle de fusil de précision. Lucija décrocha, et après avoir pris de se snouvelles et de celles de sa famille, lui proposa de fixer leur dîner au samedi, lui donnant son adresse dans le quartier de Mount Pleasant près du centre de Washington DC. Lucija lui rappela que durant ce diner, il lui faudrait bien l’appeler Ivana devant son mari et sa fille, et lui donna un résumé de sa version de l’histoire qu’elle avait donné à son mari : Ivana venue pour écrire un article sur elle, qu’elle avait invitée dans sa suite, puis une prise d’otage qui avait mal tourné, dans la panique des coups de feu elles avaient été bousculées, elles avaient été retrouvées par la police, un tireur isolé avait fait feu, et elle lui avait proposé de la ramener au pays par un avion mis à sa disposition. Assez facile à mémoriser, c’était le même genre d’histoire qu’elle aurait servie à ses collègues hors de l’ORS, à quelques détails près… Après l’avoir rasurée en lui disant que tout se passerait bien, elles raccrochèrent et ne se reparlèrent plus jusqu’à ce soir.

Le jour convenu à l’heure convenue, la sonnette de son appartement retentit. Pile à l’heure, comme de juste. Abigail vérifia une dernière fois que tout était prêt en cuisine, que tout était en ordre pour les recevoir dans les meilleures conditions, et vérifia de nouveau que sa robe couleur ivore était irréprochable. Elle avait gardé ses cheveux détachés, mais néanmoins coiffés avec beaucoup de soin. Elle alla à la porte de son apparetement, et l’ouvrit sur la famille de Lucija. « Non, Ivana, ce soir ! » se tança-t-elle intérieurement en souriant.
Ivana, donc, était là devant elle, dans une élégante robe bleue, accompagnée de son mari, grand et plutôt bel homme d’une trentaine d’année, l’air à la fois sérieux et décontracté, dans un costume sombre, et la fille de sa coéquipière, cachée derrière un bouquet de fleur au moins aussi grand qu’elle, qui le lui tendit d’une voix fluette et joyeuse, qu’Abigail prit dans ses mains en souriant sincèrement.
« Et en plus ce sont mes fleurs préférées ! J’aime tellement les orchidées… » dit-elle d’une voix douce, avant de relever la tête alors que le mari d’Ivana se présentait en lui tendant la main. « Un plaisir partagé, Richard, lui dit-elle en transvasant le pot dans sa main gauche tout serrant sa main. C’est la moindre des choses que je puisse faire, après ce qui s’est passé… Mais je vous en prie, entrez, entrez » dit-elle en les invitant dans son appartement. Elle déposa les fleurs dans un vase ornementé qu’elle posa ensuite sur la table basse au milieu du salon, tandis qu’elle invitait ses invités à s’installer autour. Ivana lui donna l’accolade en l’embrassant sur les deux joues, geste qu’Abigail lui rendit chaleureusement.
« Vous aussi vous avez l’air en forme, Ivana, avec un petit clin d’œil discret et un sourire. Je vous en prie, mettez-vous à l’aise ! » dit-elle tout en s’éclipsant dans sa cuisine, revenant avec un plateau contenant une coupe de guacamole, des gressins, quatre verres et un assortiment de bouteilles et jus de fruits. « Je me suis permis de vous préparer ce soir quelques plats de mon Nouveau Mexique d’origine, et avant de nous mettre à table, un peu de guacamole d’une recette familiale » annonça-t-elle en posant le plateau sur la table. « Qu’est-ce que je peux vous proposer à boire avec ceci ? » proposa-t-elle ensuite à chacun de ses invités, servant les boissons à mesure. Puis elle se servit un fond de whisky, s’asseyant à son tour dans un fauteuil proche de sa cuisine, à côté de Lucija qu’elle continuait d’appeler Ivana pour la soirée.
« Je suis très heureuse de vous recevoir chez moi, continua-t-elle en levant son verre, et je trinque à votre bonne santé. J’ai déjà eu le plaisir de rencontrer votre femme, monsieur Keller, mais elle ne m’a pas beaucoup parlé de vous… Que faites-vous dans la vie ? »
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 5 Déc - 21:28

La présence d'Abigail faisait vraiment plaisir à Lucija, qui se régalait de la voir en dehors des heures de travail, loin du stress des missions impossibles, des coups de feu et de la violence. Elles allaient enfin pouvoir se détendre, discuter, bavarder de tout et de rien, pour ne plus penser à ce qu'elles avaient vécu côte à côte, et à ce qu'elles allaient de nouveau vivre bientôt, quand arriverait la date fatidique de passer devant les instances de l'ORS. Le débriefing s'annonçait sauvage, et Lucija avait elle-même envoyé son rapport le plus rapidement possible, afin d'évacuer la pression que cela pouvait représenter. Elle avait fait les choses bien, comme on le lui avait appris, mais elle était avant tout militaire, et même si sa formation de journaliste lui avait appris à mettre les formes, lorsqu'elle racontait une situation d'un point de vue tactique, elle ne pouvait pas s'empêcher d'employer un style télégraphique, et le vocabulaire typique de l'armée. Elle se disait que, de toute façon, cela ne poserait pas de problèmes, puisque les agents qui étaient chargés de superviser leur opération ne semblaient pas avoir de problèmes avec ce langage parfois obscur.

Mais pour l'heure, elle pouvait ranger au placard le jargon spécifique aux opérations de terrain, et toutes les autres considérations du même ordre. Elle était Ivana Chambers, venue rendre visite à une amie dans le cadre d'un dîner tout à fait normal. Seigneur ce que ces choses simples lui paraissaient étranges, maintenant qu'elles avaient affronté la mort ensemble. Toutefois, on ne pouvait pas reléguer au second plan ses instincts, et la jeune femme balaya les lieux du regard, avec la froide méthode qui la caractérisait. Elle nota intérieurement les fenêtres, à travers lesquelles elle voyait le ciel commencer à s'assombrir. L'été touchait à sa fin, mais les jours étaient encore longs, et l'appartement profiterait des derniers rayons du soleil pendant encore une petite heure, au moins. Elle avisa plusieurs portes, qui devaient conduire à au moins une chambre, et une salle de bain. Pour le reste, elle ne pouvait pas savoir avant d'explorer, mais puisqu'elle n'était pas là pour ça, elle abandonna son analyse, et offrit un sourire un peu désolé à Abigail. Un sourire qui signifiait "désolé, déformation professionnelle". Elle se promit de faire un effort pour se détendre, ce que la scientifique paraissait réussir bien mieux qu'elle.

Abigail déposa les fleurs dans un vase, et invita du geste et de la parole ses convives à prendre place autour de la table basse. Richard, resta debout un moment, posant les yeux sur la décoration. Elle n'était pas banale, pourtant, mais Lucija n'avait même pas remarqué. Il y avait plusieurs étagères remplies de livres, et surtout - et c'était ce qui avait retenu essentiellement l'attention de Richard -, une collection de plantes proprement impressionnante. Rien qui ressemblait à une jungle délirante, mais il y avait un peu partout des pots de terre, plus ou moins grands, ou croissaient paisiblement de beaux spécimens végétaux. Certains étaient pourvus de feuilles aux formes variées, d'autres portaient des fleurs dont les couleurs étaient souvent très agréables à l'œil. Richard semblait absorbé dans la contemplation de l'une d'elle, quand il entendit le docteur Lorenson revenir. Il s'approcha donc d'un fauteuil, et y prit place presque en même temps qu'elle. Lucija, pendant ce temps, avait assis sa fille sur ses genoux, et lui montrait du doigt les différentes plantes. Ashley les observait avec un mélange d'émerveillement et de crainte propre à l'enfance. Nul doute qu'elle surmonterait bientôt le second sentiment, et qu'elle s'en irait gambader à la découverte de ces charmantes créatures vertes.

Abigail déposa son plateau d'apéritifs sur la table, et leur expliqua qu'elle allait leur faire goûter des spécialités du Nouveau Mexique. Lucija ignorait même qu'elle était née là-bas, et était contente de pouvoir jouer pleinement son rôle d'Ivana, qui était supposée n'avoir jamais été là-bas. En réalité, elle était déjà passée par le Nouveau Mexique, alors qu'elle revenait d'Amérique du Sud, après avoir réalisé un juteux contrat pour les FARC. Elle n'avait pas eu l'occasion de faire du tourisme, mais la région avait eu l'air agréable. Goûter à des plats locaux lui rappellerait sans doute ses pérégrinations là-bas. Si elle avait pu en parler librement, elle aurait sans doute évoqué ses souvenirs de mission, tous plus fous les uns que les autres. Mais elle n'était jamais certaine de ne pas être écoutée, et elle préférait incarner Ivana en permanence, afin de ne pas être piégée par malchance. Elle se contenta donc de répondre avec simplicité qu'elle prendrait bien un verre de vin. Elle appréciait le goût sur sa langue : cela lui rappelait ses études en France, le soleil, les plages, et l'impression de mener une vie normale pendant quelques temps. Ca n'avait, bien entendu, pas duré très longtemps. La mafia sicilienne avait eu besoin de ses services, et c'était là-bas qu'elle avait réalisé ses premiers contrats. Il lui semblait que cela faisait une éternité, maintenant.

- Je prendrai la même chose, s'il vous plaît. Mais ensuite, je me contenterai de boire de l'eau. C'est moi qui conduit pour rentrer.

Il posa un regard affectueux sur Lucija, qui lui sourit tranquillement. La complicité qui existait entre eux était évidente, et faisait plaisir à voir. On aurait dit qu'ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre, ce qui était d'ailleurs exactement le cas. Un seul regard suffisait, et on leur disait souvent qu'ils avaient l'air d'un tout jeune couple béat. Cela tenait probablement au fait que les absences répétées de Lucija créaient un manque qu'ils avaient besoin de combler lorsqu'ils se retrouvaient, sans toutefois s'étouffer l'un l'autre. Abigail leur amena leurs verres, et Ashley de sa petite voix timide, demanda si elle pouvait avoir un jus de fruit. La jeune femme lui passa une main dans les cheveux. Décidément, cette petite était véritablement le trésor de sa vie. Elle savourait chaque instant qu'elle passait en sa présence, en essayant de lui apprendre tout ce qu'elle n'avait pas eu l'opportunité de découvrir durant sa propre jeunesse. Le confort d'une maison en paix, le cadre sécurisant d'une famille aimante, et les merveilles de ce monde, sans toutefois tomber dans le luxe. Ils vivaient simplement, mais ils ne pouvaient pas dire qu'ils n'étaient pas heureux.

Abigail s'assit à côté de Lucija, et les deux jeunes femmes échangèrent un regard. La Croate était contente de pouvoir apporter un peu de joie de vivre dans cette grande maison que la scientifique habitait seule. Elle avait peut-être des relations dont elle n'aurait pas parlé à sa coéquipière - ce qui serait tout à fait normal, d'ailleurs -, mais il semblait à la mère de famille que si elle avait quelqu'un dans sa vie, ce n'était rien de stable. Une femme aussi absorbée par son travail, et aussi dévouée à sa tâche ne pouvait sans doute pas consacrer autant de temps que nécessaire à un homme. En cela, l'agent de terrain avait un sérieux avantage. Une fois sa mission terminée - si elle en revenait en vie -, elle pouvait rentrer chez elle, se poser dans son canapé, et retourner à sa petite vie bien rangée. Sa couverture lui permettait d'avoir beaucoup de temps libre, et elle en disposait comme elle l'entendait. Abigail, elle, devait passer le plus clair de son temps à faire des recherches et des analyses. Et lorsqu'elle rentrait après une mission désastreuse dans un hôtel berlinois, elle devait avoir une grande quantité de dossiers qui attendaient qu'elle prît le temps de les examiner. Une vie de folie ! Mais pour ce soir, l'heure était à la détente, et à la famille.

- Santé ! Répondirent Lucija et Richard au même moment.

Ashley, de son côté, avait déjà mis le nez dans son verre, et elle savourait avec un grand sérieux chaque gorgée du jus de fruit qu'on lui avait servi. Richard, lorsqu'on le sollicita, reposa tranquillement son verre, et se laissa aller à un sourire détendu. Il était d'un naturel très ouvert, très sociable, et même s'il se sentait visiblement intimidé par les lieux et par la personne qu'il avait en face de lui, il n'était pas du genre à perdre ses moyens à la première question. Il savait qu'Abigail travaillait comme docteur en biologie, et elle devait être sacrément douée pour être invitée à un colloque en Allemagne. Mais il n'avait pas honte de son métier, et il répondit avec tout le naturel du monde :

- Rien de très extraordinaire, en vérité. Je suis fleuriste, dans une petite boutique du centre. Pour tout vous avouer, le bouquet qui est là, c'est moi qui l'ai composé...

Et il était proprement magnifique. Richard n'était pas un fleuriste tout à fait ordinaire, car il avait commencé sa carrière comme comptable. Il gagnait sa vie honnêtement, mais il avait voulu tout arrêter un beau matin, pour se reconvertir dans les fleurs. Il n'avait pas fait d'études dans le domaine, mais il avait toujours été passionné par elles, et il avait une âme d'artiste qui se satisfaisait à la confection des bouquets. Il était original, sans être choquant, et ses confections dénotaient une sensibilité prononcée, bien que délicate. En revanche, il n'avait rien d'un expert, et il n'aurait pas su dire le nom latin de toutes les fleurs qui existaient en magasin. Mais pour l'arrangement des couleurs, il savait se débrouiller. Il avait en l'occurrence confectionné un bouquet dominé par des tons pâles, mauves et blancs notamment, qui donnaient un côté frais et apaisant.

- A ce propos, j'ai vu votre collection de plantes. Elles sont vraiment magnifiques ! Je ne peux pas l'affirmer avec certitude, mais il me semble que certaines ne se trouvent pas sur Washington. J'en conclus que vous les avez ramenées de voyage. En tout cas, elles se sont formidablement bien acclimatées, c'est surprenant !

Son ton était totalement admiratif, autant du fait qu'elle eût été chercher les plantes sur place, et qu'elle eût réussi à les faire survivre dans un environnement qui, il fallait bien le dire, n'était pas tout à fait identique à celui des forêts d'Afrique subsaharienne, ou des jungles indiennes. Ce devait être particulièrement difficile de les entretenir toutes, et de faire en sorte qu'elles supportassent les changement de températures brutaux entre l'été et l'hiver. Mais de toute évidence, la scientifique avait la main verte, et cela lui faisait un point commun avec Richard, et un sujet de conversation inépuisable. En effet, il aimait parler avec les clients les plus fidèles de l'entretien des plantes, des techniques et des astuces personnelles. Il en donnait beaucoup, en expérimentait encore plus, et en recevait un certain nombre. Leur petit jardin était son laboratoire privé, et il entretenait avec régularité les quelques plantes qu'il essayait de faire survivre. Il n'avait pas une très grande collection, mais il était surtout intéressé par le geste, davantage que par l'exhaustivité des connaissances. Un artiste, en somme.

Pendant ce temps, mère et fille échangeaient à voix basse. Ashley voulait chiper un peu de guacamole, mais elle n'osait pas se lancer. Lucija lui répondait qu'il valait mieux demander, mais la petite semblait plus timide qu'affamée, et elle suppliait sa mère du regard pour l'amadouer. Vaincue, cette dernière craqua avec un sourire amusé :

- Abigail... pardon de vous couper, mais ma petite Ashley n'ose pas vous demander si elle peut goûter à votre guacamole.

- Maman ! Gémit l'intéressée.

Mais son sourire n'était pas loin, et elle éclata finalement de rire, avant de demander au docteur Lorenson la permission d'attaquer l'apéritif. Ces conversations de grandes personnes ne l'intéressaient pas, et elle préférait de loin picorer dans les assiettes qui avaient l'air appétissantes. Lucija, au milieu de tout ça, avait l'impression de sentir les dernières tensions quitter son corps. Elles reviendraient, sans doute, mais pour l'heure elle avait l'impression d'être dans un cocon protégé, en famille. En paix.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 26 Déc - 22:44


Même si Abigail savait recevoir, elle se rendait compte, alors qu’elle avait Lucija et sa famille face à elle, que les seules fois où elle avait invité des gens chez elle, c’était pour le travail. Ca remontait déjà à ses années d’université, où la réussite par le travail était la pierre angulaire se son existance, loin devant tout ce que ses camarades plus âgés faisaient hors des cours. Les seules fois où elle sortait le nez de ses feuilles et livres, c’était souvent pour le bal de fin d’année et pour les anniversaires de ses rares amis. Et quand elle devait recevoir chez elle, c’était le plus souvent des réunions de travail entre camarades puis entre collègues. Enfin, plus exactement, elle distribuait les tâches et vérifiait que tout se déroulait selon sa vision des choses, reprenant ses coéquipiers à la moindre erreur. Ca en valait très souvent la peine, mais elle y avait au passage gagné une réputation de maniaque tyranique…

Mais bon. Ce soir, elle recevait hors de ce cadre, et la compagnie était des plus agréables. Elle avait bien vu le mouvement dans les yeux de Lucija, alors qu’elle observait son appartement, puis cet air comme désolé qui lui arracha un franc sourire. La scientifique avait le même genre de tic, de déformation professionnelle quand elle visitait des labos étrangers : repérer le matériel, en évaluer la facture et les capacités, se demander comment elle l’utiliserait, tout ce genre de questions. Mais là n’était pas la question. Elle servit les boissons à la convenance de ses invités : whisky aussi pour Richard, vin pour Lucija (qu’elle faisait très attention à appeler Ivana) et jus de fruits pour la petite Ashley.

En la voyant, elle ne pouvait qu’envier sa coéquipière d’avoir une aussi belle famille. Les relations d’Abigail ne duraient jamais en longeur, souvent elle était du genre à délaisser son homme pour un projet qui attisait sa curiosité, même si elle se savait encore très désirable aux yeux de beaucoup d’hommes. Mais si elle ne gardait pas longtemps ses hommes, elle ne pouvait qu’admirer et éprouver du respect pour ceux et celles qui fondaient une famille et avaient le courage d’élever un ou plusieurs enfants, qui devenaient en général la lumière de leurs vies. Elle se prenait parfois à s’imaginer en tant que mère… Et si elle réussissait un jour à trouver un homme à la hauteur de ses attentes, sans doute franchirait-elle le pas… En tous cas, il était évident que Lucija avait trouvé le sien, leur complicité se manifestant pleinement quand ils trinquèrent à l’unisson.

Richard la ramena sur terre quand il lui apprit qu’il était fleuriste. Et un fleuriste de talent, à en juger par l’arrangement raffiné des couleurs des orchidées qu’il avait apportées. Si la notion d’art s’étendait aussi à l’horticulture, il faisait clairement partie des artistes du genre. D’autant que les orchidées violettes faisaient partie de celles qu’elle appréciait le plus.
- Il est magnifique, je dois dire ! Les orchidées sont déjà mes fleurs préférées, et en plus dans ces tons là… elles sont splendides. Quant aux autres, il est vrai que beaucoup ne viennent pas d’ici, ajouta la scientifique en prenant une gorgée de son whisky. J’ai eu la chance de beaucoup voyager et de récolter sur place des spécimens…
- Abigail... pardon de vous couper, mais ma petite Ashley n'ose pas vous demander si elle peut goûter à votre guacamole.
- Maman ! gémit l'intéressée.
- Mais bien sûr que tu peux, lui dit-elle en souriant devant la candeur de l’enfant. D’ailleurs, je pense faire comme toi, dit-elle en prélevant un peu de la préparation sur un gressin. Je n’avais d’ailleurs qu’une peur, à chaque fois, c’était le voyage de retour, et la première chose que je faisais était de les rempoter dès mon arrivée. Sans parler des complications légales : une fois j’ai voulu importer des digitales pourpres de France, impossible d’y arriver, sous prétexte que je pouvais fabriquer du poison avec… En revanche, aucun problème pour mes plantes carnivores, qui se sont très bien acclimatées. J’ai une affection toute particulière pour elles…

Abigail en profita pour jeter un œil discret à sa montre. Son plat de résistance devait arriver à point. Là encore, recette néo-mexicaine qu’elle servait souvent et qui requérait parfois de savants dosages d’ingrédients pour s’adapter aux goûts de chacun.
« Parlant de carnivore, dit-elle avec un sourire en se levant, j’espère que vous aimez le porc et les épices ! Le plat de résistance doit être prêt ; installez-vous à table, je vais le chercher... »
Elle n’avait pas prévu de plan de table, simplement prévu le nombre de couverts et de chaises autour de sa table. Pendant que ses invités prenaient place, Abigail s’éclipsa en cuisine. Son plat fleurait bon son heure et demie de cuisson, qu’elle allongeait à deux heures pour permettre aux piments d’imprégner la viande et de la rendre encore plus tendre.

« Carne Adovada, annonça-t-elle en posant le plat au centre de la table, porc mariné dans de la sauce au chili, avec pommes de terre et riz, et natif du Nouveau-Mexique. Passez-moi vos assiettes, je vous sers. » Une fois le sportions servies, la maîtresse de maison s’assit à son tour avec ses invité et entama son assiette, parfaitement détendue. Rarement avait-elle été aussi détendue après une ojurnée de travail, même si son travail s’était fait de chez elle en préparant ses cours pour l’université du Massachussetts, elle devait faire des efforts de synthèse pour délivrer l’essentiel tout en restant compréhensible : si elle s’était écoutée, ses cours auraient duré deux fois leur durée normale et n’auraient pu être suivis que par un public ayant suivi une formation au moins équivalente à la sienne. Et que dire quand elle devait préparer ses sujets d’examens… Là elle pouvait profiter de la compagnie de son équipière et de sa famille, tout à fait agréable ! Les anecdotes de chacun s’échangeaient, Abigail leur racontant certaines de ses expériences de voyage.

Mais tout ne pouvait pas aller aussi simplement, n’est-ce pas ?

Le téléphone d’Abigail se manifesta alors qu’elle racontait un de ses voyages au Brésil, là où elle avait récupéré les genlisea qui ornaient son bureau au travail. S’excusant auprès de ses convives, elle se leva et décrocha le téléphone.
-Lorenson.
-Dr Lorenson, Samuel Briggs à l’appareil, je ne vous dérange pas j’espère ?
-Disons que le moment aurait pu être un peu mieux choisi, répliqua-t-elle d’un ton un peu cinglant avant de reprendre contenance, mais peu importe… que puis-je pour vous ? Décidément, au moment où elle avait enfin pu se détendre entre amis, il fallait que son boulot la rattrape !
-Navré de vous interrompre… Des éléments nouveaux sont apparus, pouvez-vous vous arranger pour avancer la date du debriefing à après-demain ?
-C’est assez court pris, mais je suppose que je n’ai pas le choix… Je préviendrai euh… Lucy, que la date a été avancée.
-OK, bonne fin de soirée Lorenson.
-A vous aussi, et elle raccrocha, marquant cependant un temps d’arrêt pour se détendre de nouveau et reprendre place.
« Excusez-moi, les impératifs du boulot… Réunion avancée pour ma collaboratrice et moi à après-demain… » Elle reprit donc le cours de son récit, qui avait été interrompu à une anecdote où au cours d’un dîner avec des confrères brésiliens, l’un d’eux lui avait posé son python domestique en collier autour de son cou, et que manifestement l’animal s’y était très bien senti et refusait de repartir !

Tout en dégustant le porc mariné qu’elle avait préparé, elle espérait que Lucija aurait compris de quoi elle parlait, sans que son mari ait compris quoi que ce soit…
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Mar 7 Jan - 15:31

Le repas touchait tranquillement à sa fin, et les convives sirotaient avec plaisir le fond de leur verre. Le vin qui avait accompagné le porc était exquis, et les préparations maison d'Abigail étaient dignes des meilleurs restaurants. Il était difficile à concevoir qu'une femme entièrement consacrée à son travail pût arriver à un résultat aussi... irréprochable. Mais peut-être était-ce justement une déformation professionnelle : l'expression de sa singulière méticulosité, de sa rigueur inébranlable, de son appétit insatiable pour la perfection. Toutefois, elle arrivait à agir avec une grande décontraction, facilitée sans doute par l'attitude de Richard qui lui faisait écho. Les deux semblaient bien s'entendre, et le fleuriste paraissait abasourdi par les histoires que racontaient la scientifique. Lucija n'était pas en reste, bien entendu, et elle appréciait les détails et anecdotes croustillantes que leur hôte savait raconter à merveille. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se demander dans quel cadre tous ces voyages avaient eu lieu. Simples colloques, conférences, ou voyages de recherche, comme elle le laissait entendre, ou bien des choses moins avouables ? Peut-être l'ORS avait-elle eu besoin de ses services plus d'une fois sur le terrain, et qu'au cours de ces opérations, elle avait eu à tuer quelqu'un. Ces fleurs symbolisaient-elles bien davantage qu'un amour pour le végétal ? Etait-ce une forme d'hommage à ses victimes ? La jeune croate s'arrêta. Si Abigail avait effectivement une plante pour chaque assassinat, alors elle était sans doute plus qualifiée que la tireuse d'élite free-lance. Bien qu'elle ne doutât plus des compétences de la scientifique, il lui paraissait tout de même improbable qu'elle eût autant de cadavres dans son placard. Encore que... Le docteur Lorenson s'était révélée pleine de surprise pendant leur virée berlinoise, et elle pouvait cacher beaucoup de choses derrière les lunettes bien ajustées sur son nez fin. Comment savoir ?

Lucija cligna des yeux, comme si elle revenait à la réalité. Elle était en train, elle aussi, de se laisser gagner par une déformation professionnelle. La paranoïa était son moyen de survie, et elle l'exerçait indifféremment sur toutes les personnes qui l'entouraient. Le fait qu'elle pût soupçonner Abigail d'avoir des compétences qui lui demeuraient inconnues ne l'inquiétait pas plus que ça. Peut-être parce qu'elle savait que leur amitié, bien que récente, était solide, forgée dans les flammes de la guerre. Elles avaient traversé beaucoup d'épreuves en peu de temps, et cela avait rapproché ces deux femmes que, pourtant, tout semblait opposer. Une belle preuve que les choses ne sont jamais figées. Fort heureusement pour la croate, Richard était absorbé par la conversation de la scientifique, et il l'entretenait en grande partie. Cela laissait le temps à Lucija de s'occuper d'Ashley, qui avait sorti un livre, et qui préférait laisser les grandes personnes dans leur monde qu'elle devait trouver bien étrange. Sa mère répondait à ses questions quand elle lui montrait une image qu'elle ne comprenait pas, et s'arrangeait pour avoir toujours une marque de tendresse pour elle. Ce n'était pas vraiment conscient, et on ne pouvait pas dire qu'elle le faisait de manière calculée, mais elle avait l'impression de rater beaucoup de choses dans la vie de sa fille à cause de sa double - voire triple - vie. Aussi, quand elle pouvait être à 100% Ivana Chambers, elle espérait rattraper le temps perdu, même si cela ne passait que par une caresse dans les cheveux. Elle regardait sa fille comme s'il s'agissait du bien le plus précieux au monde, mais pas avec un sentiment entièrement apaisé toutefois. Elle vivait dans un univers bien trop violent pour pouvoir complètement se détacher de la réalité : elle savait que son métier l'exposait à des représailles. Pour une tueuse, et désormais un agent secret, avoir une famille était un handicap considérable. Si on ne pouvait l'atteindre elle, on pouvait toujours se rabattre sur ses proches... Et même au-delà de ça, elle savait qu'il existait des milliers de tueurs, de pédophiles, de psychopathes susceptibles, par hasard ou non, de s'en prendre à ceux à qui elle tenait le plus. A chaque fois qu'elle s'éloignait, elle essayait de faire abstraction de tout ça, mais elle redoutait un jour où la police l'appellerait pour lui annoncer un malheur dont elle ne se remettrait jamais vraiment.

Ces sombres pensées, toutefois, ne pouvaient pas gâcher l'ambiance festive du repas, et elle se montra une invitée très agréable. Elle riait de bon cœur, comme si l'ambiance en ces lieux était suffisamment protégée pour qu'elle se laissât aller. Elle leur conta ses expériences en France, et la vie qu'elle menait dans le Sud, où il faisait beau et chaud. Elle ne mentionna pas les séjours qu'elle fit en Italie pour assassiner quelques ennemis de la pègre locale, mais au contraire leur détailla comment elle avait été charmée par l'Europe, un continent qu'elle aurait visiter davantage. Ils échangeaient tous les trois leurs expériences, parlaient de leur vie de manière suffisamment abordable pour que chacun pût se sentir intéressé et concerné. Même lorsque Richard raconta comment était sa vie de comptable, il trouva comment les faire éclater de rire devant l'absurdité de certaines situations. C'était Abigail qui parlait quand soudain, le téléphone sonna. Lucija se raidit sur sa chaise un peu trop perceptiblement, et Richard se tourna immédiatement vers elle, posant sa main sur son bras pour s'enquérir de son état. Elle lui adressa un regard d'excuse, et lui souffla alors que la scientifique allait répondre :

- J'ai juste été surprise. Ce n'est rien.

- Tu voudras bien prendre quelques cachets contre l'anxiété, quand on sera rentrés ? Ca te fera du bien, je pense.

Elle voulut répondre, mais Richard lui adressa un regard qui la désarma totalement. Les mots restèrent coincés dans sa gorge, et elle ne trouva qu'à bredouiller :

- O-Oui, d'accord... Tu as sans doute raison.

Pendant ce temps, elle gardait une oreille disponible pour écouter la conversation de Lorenson. C'était peut-être impoli, mais la jeune femme ne semblait pas avoir envie de s'éloigner davantage, et elle n'avait de toute évidence pas envie de s'éterniser. Néanmoins, il y eut un passage particulier qui intéressant la jeune croate. Quand Abigail mentionna une certaine "Lucy", ce fut comme si une alarme avait commencé à sonner dans sa tête. La probabilité pour que la scientifique eût, dans son entourage immédiat, une jeune femme qui s'appelait Lucy, et qu'elle devait prévenir de quelque chose était infime. Il y avait donc des chances que ce fût elle à qui elle faisait référence, de sorte que Richard ne comprît pas à qui elle voulait s'adresser. Lorenson raccrocha, et revint à table avec un sourire de circonstance, même si elle paraissait légèrement préoccupée. Elle leur expliqua qu'elle avait une réunion avec sa collaboratrice deux jours plus tard, ce qui pour Richard signifiait que le travail la suivait partout, et pour Lucija que son débriefing arrivait plus rapidement que prévu. Elle profita de cette merveilleuse ouverture pour se créer un alibi viable :

- Après-demain ? Est-ce que c'est la fameuse réunion à laquelle vous vouliez que je participe ?

Afin de laisser à Abigail le temps de confectionner sa réponse, la jeune croate se tourna vers Richard pour lui donner plus d'explications :

- Comme c'est un domaine auquel je ne connais rien, j'ai l'impression qu'assister à ce genre de réunion pourra m'éclairer un peu pour mon article.

En vérité, elle avait plutôt la conviction qu'assister à une réunion avec Abigail serait aussi simple que de participer à Going for Gold en thaïlandais, sans les sous-titres. Mais Richard ne se souciait pas de ce genre de détails. Il avait une confiance aveugle en Lucija - qu'elle estimait ne pas mériter, et qui la mettait toujours mal à l'aise -, et était convaincu que si aller assister à cette réunion lui faisait plaisir, alors il aurait été sot de s'y opposer, encore plus de chercher à l'espionner. Il appréciait cette part de mystère chez sa femme, et elle appréciait en retour qu'il ne lui posât pas trop de questions sur son passé, sur ses voyages, et sur les étranges blessures qu'elle avait rapportée de Berlin. Un équilibre rare, qu'elle savait ne pouvoir trouver nulle part ailleurs. Il lui adressa un sourire tranquille, comme pour lui dire "va, je t'attendrai", qu'elle trouva attendrissant. Puis ils se tournèrent vers Lorenson, pour attendre sa réponse et la confirmation de l'horaire. Concernant l'endroit, elles savaient toutes deux où elles étaient attendues.


~~~~


La soirée passa à une vitesse folle, et les conversations ne tarirent pas un seul instant, comme si leurs vies à chacun regorgeaient d'histoires destinées à les tenir éveillés jusqu'au bout de la nuit. Ils s'entendaient incroyablement bien, et Lucija se promit d'inviter Abigail à passer quelques vacances avec eux... si cette femme savait que ce que "vacances" signifiait. Tout bien considéré, c'était peu probable. Ils parlèrent jusque tard dans la nuit, l'alcool aidant à les apaiser et à les rendre plus loquaces, probablement. Mais vint un moment où la fatigue les gagna. Après tout, les deux femmes revenaient d'un éprouvant périple, et bien qu'elles fissent de leur mieux pour travailler leur façade, elles avaient toutes deux des heures de sommeil à rattraper, et une sérénité à retrouver. Surtout avant leur confrontation aux instances de l'ORS, qui allaient probablement les épingler à un mur, au regard de leur prestation désastreuse.

Ashley avait été la première à s'endormir, et elle était désormais lovée sur le canapé, accrochée fermement à une peluche qu'elle aimait avoir auprès d'elle. Richard la prit dans ses bras sans la réveiller - ce qui aurait été étonnant, vu à quel point la petite appréciait de dormir -, et se dirigea vers Abigail pour la remercier de son accueil. Pendant ce temps, Lucija était en train de la serrer fort dans ses bras. Elle avait un sentiment désagréable en partant d'ici, comme si chaque fois qu'elle s'éloignait de sa coéquipière, elle risquait de la quitter pour toujours. C'était un déchirement qu'elle n'avait plus connu depuis bien longtemps... plus depuis qu'elle avait quitté l'armée, et qu'elle avait commencé à travailler seule. Aller sur le terrain avec quelqu'un, c'était lui confier sa vie, et tout ce qui allait avec. On se livrait sans réserve, ou on ne revenait pas vivant. Lorenson était désormais une sœur d'arme, et elle se sentait affreusement mal de la quitter dans ce moment où, même si elle n'était pas capable de se l'avouer à elle-même, elle avait terriblement besoin de compagnie, de soutien. Richard se permit d'embrasser la scientifique sur les deux joues, comme s'ils étaient déjà de vieux amis - il avait cet effet-là, sur les gens -, avant de l'abandonner à son grand appartement. Lucija lui adressa un salut de la main alors que la porte se refermait sur elle, puis lui fit un geste qui signifiait "on s'appelle bientôt", avant de prendre la direction de leur petite voiture.

Richard les ramena à bon port sans encombre, comme il avait eu la prudence de ne pas boire, et ils mirent Ashley au lit, avant de rejoindre leur chambre pour s'y allonger tranquillement. Lucija se démaquilla aussi rapidement que possible, puis commença à chercher dans les placards les fameux cachets dont son compagnon lui avait parlé. Elle n'avait pas particulièrement envie de les prendre, mais elle lui mentait déjà sur trop de choses pour accepter de le tromper alors qu'elle lui avait fait une promesse. Il l'entendit farfouiller, et il vint la rejoindre dans la salle de bain :

- Je crois que tu peux te passer des cachets ce soir. L'alcool et les médicaments, ça ne fait pas bon ménage.

Elle se retourna, et haussa un sourcil amusé :

- Insinueriez-vous que je suis ivre, monsieur ? Est-ce qu'une femme ivre pourrait faire ça ?

Elle ouvrit sa robe, et glissa hors de celle-ci avec la souplesse d'un chat. Richard eut un sourire amusé :

- Oh oui, je crois que c'est exactement ce qu'elle ferait.

- Et ça ?

Cette fois, elle passa les mains dans le dos, et dégrafa son soutien-gorge, libérant sa poitrine indéniablement attrayante. Son sourire aguicheur en disait long, et l'étincelle dans les yeux du fleuriste confirmait l'impression première. De toute évidence, la nuit ne faisait que commencer.


~~~~


Lucija était quelque peu nerveuse. Elle avait troqué la robe bleue de soirée qu'elle portait l'avant-veille pour une tenue plus stricte. Un tailleur, gris, un pantalon de la même couleur, des chaussures à talons noires. Ses cheveux étaient remontés en un chignon qui faisait très secrétaire, et elle avait sur le nez une paire de lunettes de vue. Celles-ci avaient la particularité de s'adapter à la luminosité, pour lui procurer une protection pour les lumières trop vives. En outre, et c'était sans doute ça qui était véritablement intéressant, les montants étaient équipés de micro-diodes infrarouge. Le tout avait été fabriqué sur-mesure par un artisan qu'elle connaissait bien, et qui n'avait eu aucune difficulté à réaliser sa commande. L'idée ? C'était très simple : les lunettes avaient une apparence parfaitement banale pour tout être humain, mais lorsqu'elles étaient filmées ou prises en photo, elles dégageaient une vive lumière qui se répandait autour du visage de la jeune femme. Ainsi, si on examinait des bandes de vidéo-surveillance on ne verrait de ses traits qu'un halo blanc impénétrable. Simple, et très efficace. En fait, à part les lunettes qu'elle avait fait fabriquer pendant son séjour en Allemagne, elle portait très exactement la même tenue que lors de leur premier briefing commun. Elle ne l'avait pas fait délibérément, naturellement, mais il se trouvait qu'elle n'avait pas cent tenues appropriées pour ce genre de rencontres, et elle avait donc tout bonnement choisi la seule qui se prêtait à une rencontre à ce niveau.

Elle rejoignit les bureaux de l'ORS grâce aux transports en commun, et en faisant un petit bout de route à pied. Elle avait besoin d'évacuer avant d'être confrontée aux reproches, aux accusations, et éventuellement aux sanctions que les chefs de l'organisation risquaient de prendre contre elles. Mais malgré tout, elle arriva en avance. Elle fut scannée, ses affaires également, et elle dut laisser à l'entrée le pistolet qu'elle conservait toujours sur elle : sa confiance dans les passants et dans les compétences de la police pour maintenir l'ordre était extrêmement limitée. On lui indiqua la salle dans laquelle allait avoir lieu son débriefing. Probablement quelque chose de très officiel, avec une vidéo-projection pour leur passer des images qu'elles devraient commenter. Elles devraient répondre de leurs actes dans les moindres détails, exposer les faits qu'elle avaient déjà consigné dans leur rapport, puis ensuite répondre à des questions précises et tordues visant à établir leur responsabilité. On ne chercherait pas à les comprendre, mais bien à les enfoncer impitoyablement. Il fallait des coupables, et leurs têtes étaient plus faciles à couper que celles des gens qui avaient planifié l'opération. C'était toujours comme ça que les débriefings de missions difficiles s'étaient passés auparavant pour Lucija, ce qui expliquait la tension et l'air fermé qu'elle affichait. Peut-être que l'ORS agissait différemment, mais elle s'autorisait à en douter...

Les minutes défilèrent, et elle consultait sa montre à un rythme bien trop rapide pour être normal. Elle se balançait d'un pied sur l'autre, presque impatiente de rentrer dans l'arène pour enfin en finir. Elle ne supportait plus cette attente terrible. A chaque fois qu'elle entendait des bruits de pas, elle se raidissait, croyant que le moment était venu. En réalité, elle voyait passer des hommes en costumes sombres qui ressemblaient aux agents du FBI des séries. Parfois, des gardes en uniforme qui dardaient sur elle un regard glaçant. Tous ne semblaient voir en elle qu'une ridicule petite secrétaire, serrant son sac à main comme s'il s'agissait de sa seule protection, trop intimidée pour oser franchir la porte devant laquelle on lui avait demandé d'attendre. En d'autres circonstances, elle aurait apprécié qu'ils se trompassent à ce point. Cela l'aurait confortée dans l'idée que son déguisement était bon, et qu'elle arrivait à pousser même des sentinelles à la méprise. Mais aujourd'hui, elle aurait préféré avoir l'air forte, droite et fière. Elle savait néanmoins ne pas dégager cette impression. La journée de la veille, elle l'avait passée pelotonnée dans le canapé du salon, en pyjama, à regarder la télévision pour oublier. Elle avait avalé quelques cachets contre l'anxiété, qui l'avaient mise KO, et lui avaient ôté toute force, mais qui n'avaient pas eu d'effet significatif du reste. Elle avait ruminé de sombres pensées, et il lui avait fallu un effort de volonté énorme pour aller s'éclaircir les idées dans son jardin, boire un bon litre d'eau glacée, puis prendre une douche fraîche. De quoi se revigorer, et affronter sereinement les épreuves du lendemain. Et maintenant qu'elle y était, elle avait l'impression d'être sur la pente descendante.

Puis il y eut des pas, et une silhouette familière tourna à l'angle, filant droit dans sa direction. Des cheveux roux comme ça, elle ne connaissait pas deux personne à en avoir. Lucija lui sourit de manière un peu crispée, et ne se montra pas aussi démonstrative que lorsqu'elle était venue dîner chez la scientifique. Le malaise était perceptible, maintenant qu'elles étaient sur le point de passer ce très mauvais moment, et elles paraissaient n'avoir ni l'une ni l'autre le courage de sortir un bon mot pour détendre l'atmosphère :

- Ça va être à nous... lâcha la tueuse croate, pour meubler.

Et comme si ses mots avaient été entendus, la porte s'ouvrit comme par enchantement devant elles deux. Lucija jeta un regard à Abigail, comme pour lui demander qui devait passer en premier. Qui devrait subir avant l'autre le feu du regard de leurs supérieurs ? Elles n'eurent pas à trancher, et pénétrèrent dans la salle côte à côte, soudées... une façon de faire qui leur avait plutôt bien réussi jusque là.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Sam 8 Fév - 22:52


Quand on demandait aux gens comment ils voyaient Abigail Lorenson, on répondait souvent qu’elle était une femme de grande compétence, mais d’une inflexibilité et, pour ses collègues, un véritable tyran impitoyable qui ne pardonnait aucune erreur, mais savait reconnaitre et récompenser les bonnes idées. Durant l’enquête préliminaire à son recrutement par l’ORS, ses collègues avaient confié aux enquêteurs que si elle avait un jour une famille, ses enfants seraient sans doute comme élevés par un sergent instructeur des Marines, mais auraient un futur brillant assuré. Seuls ses plus proches amis et sa famille savaient qu’elle avait été tout près du mariage, mais son fiancé avait préféré partir avec une autre, plongeant la scientifique dans des abîmes de désespoir et de haine, qu’elle surmonta en s‘enterrant sous le travail.

Mais ces bien sombres pensées étaient maintenues très loin, chaque fois qu’elle reportait ses yeux sur ses invités. Ce dîner était de loin un des meilleurs qu’elle ait jamais eu depuis bien longtemps. Elle ne croyait pas en Dieu, mais dans le cas contraire, elle l’aurait volontiers remercié d’avoir mis Lucija et sa famille sur son chemin. Ils étaient comme une oasis de bonheur et… de normalité, pour elle. Elle qui évoluait dans un monde d’élite et de précision mathématique, la simplicité et l’aise naturelle de Richard avaient su complètement la détendre, et lui faire oublier ses soucis de laboratoire. Et que dire de la petite Ashley ! Elle comprenait sans peine tout l’amour que lui portaient ses parents, et si un jour elle avait cette chance, elle espérait avoir un enfant comme elle.

La petite s’était endormie toute seule, alors que les adultes prenaient un dernier verre de digestif et continué leurs discussions après avoir terminé le repas. Lucija, toujours revêtant son identité d’Ivana Chambers, avait manifestement bien interprété son message subliminal au téléphone, et avait su rebondir à merveille dessus, lui donnant une ouverture pour justifier sa présence en sa compagnie sur son lieu de travail. L’idée de la réunion de travail était tout simplement brillante. Lucija aurait sans doute été un peu surprise de voir en quoi consistaient certaines de ses réunions de travail : tous en cercle autour d’une table, avec un ravitaillement permanent en café, gourmandises, papier et craies à tableau, ils échangeaient toutes les idées qui leur passaient par la tête pour tenter de résoudre le problème discuté, parfois avec des raisonnements et des cheminements d’idées… inattendus. Mais de sortir de ce monde, et rire des petites choses de la vie avc des amis, ça lui arrivait tellement peu souvent qu’elle en profitait chaque fois.

Mais malheureusement, même les meilleures choses avaient une fin. Malgré toutes leurs discussions passionnantes et le cognac qu’Abigail avait ouvert pour l’occasion, le temps n’avait pas consenti à ralentir. A une heure bien avancée de la soirée, chacun décida de s’en retourner chez soi. Richard avait pris délicatement son enfant dans ses bras, d’une manière qui arracha un sourire attendri à la scientifique, alors que celui-ci la remerciait pour son accueil. Abigail la remercia à son tour, avant de rendre à Lucija l’accolade qu’elle lui donnait. Ca non plus, elle ne s’en alssait. Elle savait que des agents de terrain pouvaient développer de très forts liens d’amitié après une mission ensemble, mais elle ne s’attendait pas à en créer d’aussi intenses elle-même. Mais il fallait avouer que la possibilité d’une mort imminente vous faisait créer des liens avec la personne qui pouvait vous tirer de là en vie. Richard l’mbrasa sur les deux joues, puis la famille Chambers s’en retourna chez elle. Abigail rangea les couverts dans son lave-vaisselle, puis troqua sa robe contre une nuisette en soie, avant de sombrer dans le sommeil.

**********

Si Abigail s’était endormie sans difficultés, son sommeil fut pourtant agité. Encore ces flashs. D’abord la nuit qu’elle avait passé dans les bras de la cible de leur mission, dans le seul but de lui soutirer des informations. Le bruit de résonnance quand ce tueur russe l’avait projetée contre le mur. Leur fuite effreinée à travers Berlin. Mais surtout, les coups de feu. Les 4 qu’elle avait tirés pour se défendre, en rapide succession. Puis retentit une puissante détonation, un coup de tonnerre mécanique à travers le ciel clair. Abigail n’y tint plus, et hurla.

Seulement à ce moment se rendit-elle compte qu’elle n’avait pas hurlé que dans son rêve.

Elle se réveilla le souffle court, trempée de sueur, presque en état de panique. Pourtant, la scientifique n’avait jamais été sujette aux terreurs nocturnes, même quand elle était enfant ou quand son père était mort quand elle avait 11 ans. Les seuls véritables malaises dont elle souffrait étaient, de temps à autre, quand elle enchainait trop de nuits blanches à la suite sur son microscope et son ordinateur au labo, de violentes migraines capables de l’empêcher de réfléchir pendant des heures. Elle souffrait régulièrement de dérèglement de son cycle circadien, mais ça l’aidait parfois, curieusmeent, à surmonter les décalages horaires en voyage. « Mais ça m’arrive jamais… faudra que j’en parle à Lucija, elle saura sans doute me dire quoi faire… » décida-t-elle, en tentant de se rendormir, craignant de rêver de nouveau...

**********

Debriefing ou non, cauchemars ou non, Abigail ne céda pas à sa routine, et se présenta le jour dit, un lundi, à son heure habituelle, c’est-à-dire 6 heures du matin, fraiche et dispo, prête à attaquer une nouvelle semaine de travail intensif. Mais même si elle retrouva avec plaisir son équipe, qui ne manqua pas de la bombarder de questions sur son escapade berlinoise, le souvenir des incidents qui avaient émaillé cette même virée ne cessaient d’affleurer, sournoismeent. Et dans moins de quelques heures, elle serait en train de devoir tous les exposer, les analyser et en tirer les conclusions devant ses supérieurs, à la fois à la direction scientifique et militaire de l’ORS.

Sa responsabilité de chef de mission serait un point central, elle en avait l’intuition… On remettrait en question certains de ses choix, mais elle avait des cartes à jouer elle-même, notamment la planification de la mission, assez nébuleuse, un manque général d’informations sur leurs cibles, mais surtout, un manque total de soutien en cas de dérapage. Elles étaient parties la fleur au fusil, espérant pouvoir opérer discrètement et repartir comme elles étaient arrivées. Sans s’imaginer une seule seconde qu’elles avaient pu faire elle-même l’objet d’une éventuelle surveillance, avec un tueur et au moins un sniper à leurs trousses, sans le moindre soutien local. Là elle aurait de quoi exposer des faiblesses de planification qui ne dépendaient pas d’elle, mais bien de sa hiérarchie. Et durant son réquisitoire, elle prendrait bien soin de souligner l’impact de Lucija, qui leur avait permis de repartir en vie, rien de moins…

L’heure approchait.

Abigail confia alors le labo à son assistant, rassemblant ses notes dans une chemise en carton et son thermos de café, l’un des trois objets sans lesquels la scientifique ne devenait que peu de chose, les deux autres étant le stylo-plume qu’on lui avait offert pour ses 18 ans et un calepin. La journée s’annonçant très clémente, elle avait abandonné la veste, portant simplement une jupe de tailleur gris clair, un gilet noir et une chemise blanche, portée sur des talons hauts pour compenser sa petite taille, habitude qu’elle avait prise le jour où elle avait arrêté de grandir à 1m62. Ainsi parée, elle arpenta les couloirs, confiante de l’extérieur, mais pleine de doutes à l’intérieur : à quelle sauce allaient-elles être mangées, et comment tout cela allait-il finir ? Et surtout, quel genre d’information pouvait justifier d’avancer ainsi leur briefing ? Grauber avait-il fait une révélation ?

Alors qu’elle formulait ces pensées, la scientifique retrouva la Croate devant la porte de la salle de conférence dans laquelle elles étaient convoquées. A son allure, Abigail devina que son équipière et maintenant sœur d’arme éprouvait un certain stress à l’idée de ce debriefing. Elle la comprenait : son premier débrief pour l’ORS ? bien que non officiel, avait été assez éprouvant moralement, d’une part car il avait eu lieu en pleine nuit, mais aussi parce qu’elle avait écopé d’une suspension de port d’arme en bout de ligne… Abigail aurait voulu la rassurer, lui dire que tout se apsserait bien, mais aucun mot juste ne voulait franchir ses lèvres. Puis rassemblant son courage, Abigail se lança.
« Oui… Lucija, avant qu’on y aille, j’aimerais vous parler de quelque chose… »

Mais on semblait l’avoir entendue, et un planton les invita à entrer dans la salle. Abigail échangea un regard avec Lucija, et les deux pénétrèrent ensemble dans la salle, prenant place côte à côte à la grande table au centre de la pièce. Face à elles, Sam Briggs et James Tuck, ceux qui leur avaient fait leur briefing de mission, mais également le colonel Thomas Laroquette, chef des opérations militaires de l’ORS et George Campbell, responsable du personnel civil. Le problème semblait être remonté très haut dans la hiérarchie… Entre eux et les deux agents, un vidéo-projecteur attendait des instructons.

« Agents Lorenson, Radenko, je vous en prie, prenez place, les invita Briggs, avant de sortir un magntophone de sa poche, qu’il mit en route. Lundi 9 septembre 2013, débriefing de l’opération nom de code Source Check. Sont présents : agent Abigail Lorenson, du département scientifique, agent Lucija Radenko, agent de terrain, James Tuck, chef du département technique, George Campbell, responsable du personnel civil, colonel Thomas Laroquette, chef des opérations militaire, et moi-même Samuel Briggs, département scientifique. »

Il posa l’appareil au milieu de la table, puis reprit la parole. « A la lecture de vos rapports, mais surtout à la suite de l’analyse des résultats collectés au cours de la mission, nous avons décidé d’avancer la date de débriefing. Premier point que nous aimerions éclaircir, les méthodes que vous avez employées pour atteindre vos objectifs, nous aimerions connaitre les cheminements qui vous ont amenées à une situation qui ait justifié le déploiement de forces de polices locales. Un autre point, notamment pour vous, agent Radenko, l’emploi de matériel non conventionnel : nous aimerions notamment savoir pourquoi vous avez choisi de risquer d’être identifiée en utilisant une arme peu répandue… »
Briggs marqua une pause, laissant le temps à Tuck de prendre la parole. « L’ordinateur dans lequel vous vous êtes introduites a été une vraie mine d’or, une fois le code de cryptage cassé. C’est aussi une des raisons de votre présence aujourd’hui… Grauber se déclare prêt à tout dire, mais à une condition… Il ne parlera qu’à vous deux. Nous avons déjà tenté de le faire parler, il a été clair : tant qu’il ne parlera pas à Lorenson ou sa complice, il ne dira rien… »

Un instant de silence passa, avant que Laroquette ne prenne la parole.
« Radenko, j’aimerais savoir pourquoi vous avez tout risqué sur ce fusil… »
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Ven 14 Fév - 14:36

La situation s'annonçait encore plus catastrophique que la jeune femme ne pouvait l'imaginer. de toute évidence, les hommes qui se tenaient devant elle avaient obtenu des rapports extrêmement précis sur le déroulement de la mission, probablement en téléphonant à leurs chers petits camarades de l'agence de Berlin, ou en interrogeant les pilotes de l'avion qu'on avait affrété pour elles au moment où elles avaient dû s'enfuir en toute urgence de la capitale allemande, sous le feu d'un tireur d'élite ennemi, bien déterminé à les abattre. L'affaire avait fait les gros titres de tous les journaux, et on avait parlé d'une éventuelle attaque terroriste, d'une prise d'otage, d'une fusillade. Il n'avait pas dû être difficile de recueillir le témoignage de simples passants, que l'on avait fait passer sous silence en leur faisant signer une clause de confidentialité. Ils ne sauraient rien, mais n'auraient pas le droit de divulguer à quiconque des éléments qui pourraient permettre à un tiers de reconstituer ce qui s'était produit ce jour-là.

Lucija n'était pas très à l'aise dans cette salle, et elle essayait de calmer le tremblement nerveux qui agitait sa jambe. Ses lunettes obstinément vissées sur son nez étaient la seule barrière, le seul masque qu'elle érigeait entre les gradés de l'ORS et sa propre personne. Une protection bien dérisoire, surtout lorsqu'on voyait qui elle avait en face d'elle. Elle connaissait Briggs et Tuck, car c'étaient eux qui avaient fait le briefing avant la mission, et elle n'avait pas gardé un mauvais souvenir d'eux. Ils paraissaient toutefois adopter une attitude réservée à leur égard, et ils n'avaient pas montrer un seul signe de soulagement de les voir revenir en vie. Personne ne s'était même enquis de leur santé. Elle ne pensait pas que les deux hommes fussent du genre à oublier ces politesses, et elle considéra que la présence des deux autres n'était pas pour rien dans ce revirement.

Le premier était un militaire, à n'en pas douter, et elle apprit bientôt qu'il s'agissait du colonel Thomas Laroquette. Elle aurait deviné son grade sans difficulté, puisqu'il portait un uniforme impeccable du corps des Marines des Etats-Unis. Sa casquette était posée sur la table, et dégageait son visage qui était le stéréotype de la tête du bon soldat. Des traits taillés à la serpe, un regard dur et sévère, un parfait contrôle de son expression faciale et de ses gestes. Le prototype du robot humain. Elle ne l'appréciait déjà pas, et sentait qu'il la dévisageait avec une insistance malsaine. De toute évidence, il partait déjà avec l'objectif de la coincer, et il se débrouillerait pour y arriver. Lucija n'était pas née de la dernière pluie, et elle savait qu'il valait mieux essayer de comprendre à qui elle avait affaire avant d'entrer dans le vif du sujet. C'était une technique qui lui avait sauvé la mise plusieurs fois, et elle comptait bien l'employer à nouveau.

L'autre, George Campbell, aurait pu passer pour un soldat s'il n'avait pas porté une tenue civile de grand luxe. Il était massif, épais comme un tronc d'arbre, mais ce n'était clairement pas de la gonflette. Il lui faisait penser à ce tueur russe qu'ils avaient dû appréhender dans l'hôtel berlinois : immense et indestructible. En fait, à part Tuck, ils avaient tous le même profil, et elle avait l'impression d'être redevenue une enfant, convoquée par un groupe d'adultes pour recevoir un sermon. Pendant un instant, elle se demanda si baisser la tête penaude, et si demander pardon d'une toute petite voix suffirait à écourter cette parodie de procès, cette mascarade où on allait chercher à les couler en leur faisant croire que c'était simplement pour découvrir la vérité. La vérité, ils la connaissaient déjà, et ils ne souhaitaient qu'une seule chose : les prendre en défaut. Ils voulaient...

Lucija inspira profondément.

Rester calme. Calme et sereine. Elle devait résister à la tentation de se défendre avant d'avoir été attaquée, ce qui était un réflexe naturel, mais qui ne l'aiderait pas pour la suite. Au lieu de quoi, elle devait faire preuve d'un calme impérial. Elle expira doucement et silencieusement, tandis que les hommes autour de la table prenaient la parole chacun à leur tour. Briggs avaient commencé par présenter la situation au magnétophone qu'il venait de poser au milieu de la table. Comme d'habitude, tout devait être consigné pour pouvoir être étudié plus tard. Il n'y avait pas de place pour le secret, même dans une organisation top secrète. La logique militaire poussée à son paroxysme. Une fois que Briggs eut terminé, Tuck intervint avec un peu plus de chaleur que tous les autres. C'était pour l'instant la seule personne que Lucija identifiait formellement comme "de leur côté", si cela voulait dire quelque chose à l'heure actuelle. Tout du moins, il n'avait pas envie de les étriller sur place, et il eut la bonne idée de leur donner des nouvelles de ce qu'elles avaient ramené dans leurs valises.

Ainsi donc, leur mission était au moins un succès. Elles avaient ramené les informations, et l'ordinateur avait craché le morceau. Il n'en avait pas dit plus, mais il était certain qu'on allait leur faire un topo sur la situation une fois qu'elles seraient débriefées. C'était peut-être la seule lueur d'espoir pour les deux jeunes femmes : la certitude qu'après la tempête, on allait les aiguiller sur autre chose, et qu'elles ne seraient pas virées comme les incapables qu'elles n'étaient pas. Il mentionna également Grauber, qui devait être retenu dans une cellule quelque part, et qui ne voulait parler qu'à une des femmes qui l'avaient capturées. Lucija jeta un bref regard à Abigail, cherchant à déterminer l'impact que cette révélation aurait sur elle. Elle était peut-être la seule personne à savoir - et à mesurer - ce par quoi la scientifique était passée pour obtenir les informations que l'ORS voulait, et elle savait que c'était quelque chose qu'elle n'avait toujours pas digéré. Fallait-il vraiment lui imposer cela à nouveau ? Lucija ne réussit pas à déchiffrer ses traits neutres, mais elle prit une décision intérieurement : quelle que fût la décision de Lorenson, elle viendrait interroger Grauber, pour être certaine que les choses se passeraient bien.

Tuck interrompit sa phrase brutalement, laissant les deux femmes plongées dans leurs réflexions. Mais que pouvaient-elles bien décider présentement ? Devaient-elles donner une réponse sur-le-champ ? Lucija ne savait pas trop, et se sentait trop mal à son aise pour laisser parler son instinct. En fait, si elle l'avait laissé parler, elle se serait enfuie de cette pièce immédiatement. Mais puisqu'elle était coincée là, elle allait devoir gérer avec les instruments du bord... Ce ne serait pas une sinécure, mais elle entendait bien faire honneur à la femme rousse qui se tenait à ses côtés. Elles ne s'étaient pas rencontrées pour discuter d'une éventuelle stratégie à adopter, d'un discours commun à ajuster. Implicitement, cela signifiait qu'aucune des deux n'était partante pour mentir. Si Lucija avait suggéré l'idée à Abigail, cela aurait signifié qu'elle croyait en son for intérieur qu'elle avait commis des erreurs, et qu'elle souhaitait la protéger des conséquences. Mais c'était parfaitement faux, et elle estimait que Lorenson avait fait les choix qui s'imposaient sur le terrain, avec une efficacité optimale compte tenu des circonstances. Elle la défendrait donc en disant la vérité, et en ne laissant personne la déformer.

Toutefois, la première attaque ne fut pas portée contre Lorenson, mais bien contre Lucija. En une poignée de mots, Laroquette confirma tout le mal qu'elle pensait de lui. Avec un ton dans lequel elle décelait de la condescendance et du mépris, il lui demanda sans ambages pourquoi elle avait employé son arme personnelle au cours de cette mission. Briggs avait déjà fait allusion à cet état de fait, mais elle n'imaginait pas que ce serait là le premier point de leur intervention. Elle aurait pensé qu'ils allaient rappeler les faits dans l'ordre chronologique, et essayer de retracer leurs décisions. De fait, elle imaginait qu'ils aborderaient le sujet épineux de son SVD à la toute fin de l'entretien. Mais visiblement, ils étaient plus retors qu'elle, et ils avaient décidé de charger là où cela faisait mal, sans se préoccuper de la cohérence. Ils devaient avoir toutes les informations nécessaires par ailleurs, et ils voulaient seulement les attaquer là où elles avaient été en faute.

Lucija hésita un instant, et se redressa sur son siège pour gagner un peu de temps. En cet instant précis, elle ressemblait à tout sauf à une tueuse de classe internationale. Elle avait plutôt l'air d'une secrétaire stressée lors d'un entretien d'embauche. Elle glissa ses mains sous la table pour cacher le fait qu'elles tremblaient de manière incontrôlable, et décida de fournir une explication générale, pour tâter un peu le terrain. Toutefois, à mesure qu'elle parlait, elle sentait que son argumentation était bancale, et qu'elle ne tiendrait pas la route face aux bulldozers qui la toisaient :

- Eh bien... Nous étions prises sous le feu d'un tireur ennemi, monsieur.

"Techniquement, nous étions à l'abri dans l'avion quand tu as décidé de prendre ton arme, idiote !". Son esprit, acide, lui répondait presque en simultané, et elle marquait une pause conséquente entre chaque phrase, pour ne pas trop en dire, et pour essayer de trouver la maîtrise d'elle-même.

- Au vu de la distance et du vent, il avait l'avantage sur nous, et ses tirs gagnaient en précision...

Une petite voix revint à la charge : "C'est toi qui le dis, mais l'avion était sur le point de décoller. La poussée des moteurs et le déplacement auraient gêné ses tirs".

- J'ai considéré que nous avions de bien meilleures chances de nous en sortir si je parvenais à tuer ou blesser le tireur isolé ennemi.

Elle entendit presque un rire argentin dans son esprit : "Avec tout ce vent ? Tu voulais faire du zèle, oui ! Tu voulais en mettre plein la vue à Abigail, admets-le !"

- J-Je n'ai fait ça que pour qu'on s'en sorte, monsieur. (Elle se tourna vers Briggs, qui l'avait envoyée en mission) Je vous assure qu'il n'y aucun risque pour que je sois identifiée avec cette arme, faites-moi confiance.

Cette fois, la voix dans sa tête demeura silencieuse. Elle devait bien reconnaître qu'il y avait un fond de vérité là-dedans. Elle utilisait des balles spéciales, et se les faisait livrer par un itinéraire très complexe et très sécurisé. Elle estimait que personne ne pouvait remonter jusqu'à elle, et cela signifiait que personne ne pouvait remonter jusqu'à l'ORS. En effet, elle n'aurait jamais laissé personne mettre la main sur son identité civile, car cela aurait exposé sa famille. Toutefois, c'était une garantie bien maigre pour des hommes qui géraient autre chose qu'une famille. Ils avaient en charge des centaines voire des milliers de vie, et de toute évidence "faire confiance" était un luxe qu'ils ne pouvaient pas se permettre. Elle lut dans les yeux de tous que sa réponse, pour sincère et émouvante qu'elle fût, n'était pas suffisante pour les convaincre. Elle essaya de retrouver son calme, regardant tour à tour tous les officiers de l'ORS, attendant de voir lequel allait envoyer la prochaine salve.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Sam 22 Fév - 0:35


Ironiquement, la présente situation était presque familière à la scientifique américaine. Et même si de mauvais souvenirs de cette mission ne cessaient de l’assaillir, elle ne se sentait étrangement sous aucune forme de pression. Ca lui rappelait même quelques passages de sa vie, comme quand elle avait présenté sa thèse de doctorat en biologie moléculaire à l’Université du Nouveau-Mexique, ou sa première conférence en public, âgée de seulement 26 ans. Des rencontres avec des pointures de son domaine alors qu’elle n’était qu’assistante de recherche ou jeune post-doc. Abigail savait gérer ce genre de pression, et d’un certain côté, l’appréciait parfois. Dans ces conditions, elle se sentait comme mise au défi de donner le meileur d’elle-même. Un peu comme un joueur de poker avec de mauvaises cartes, mais qui sait qu’en jouant avec les statistiques, peut remporter toute la mise sur la table.

Sauf que cette fois, ça n’avait rien d’une thèse ou d’une partie de poker.

Sam Briggs, fidèle à lui-même, ne se perdit pas en détours inutiles. C’était une des raisons pour lesquelles elle appréciait tout particulièrement travaller sous sa direction. Cet homme disait ce qu’il avait à dire, parfois cruement, mais toujours honnêtement et avec concision. Et toujours d’une neutralité inébranlable. Dans certains cas, il lui arrivait de le plaindre un peu : devoir ne choisir aucun camp dans certaines discussions pouvait relever du crève-couer, mais un crève-cœur nécessare. James Tuck, toujours son air un peu fuyant, comme si il ne se sentait pas à sa place au milieu des instances de l’ORS. Elle ne l’avait jamais vu à l’aise qu’entouré des machines de son labo, à triturer quelque circuit imprimé ou quelque assemblage mécanique qu’il examinait de ses outils comme un chirurgien aurait examiné un patient avec des outils d’opération. Comment il arrivait à survivre dans le bourbier qu’il appelait son bureau restait pour elle un mystère insoluble, mais il savait apporter un œil pragmatique et technique qui était bienvenu sur certains problèmes.

George Campbell, lui, restait indéchiffrable. Il lui avait déjà rendu une faveur par le passé en lui accordant des relâches régulières pour pouvoir enseigner à l’univeristé du Massachussetts, en échange d’une clause de confidentialité très sévère et diverses obligations. Son attitude suite à leur escapade en Allemagne ne lui donnait aucun indice sur ses actions : allait-il être un allié ou un détracteur, impossible de savoir à l’avance. ? Elle le savait bon juge des personnes, elle espérait que cette réputation se vérifierait aujourd’hui.

En tous cas, Abigail constata qu’à l’image de la science, certains comportements humains étaient du domaine des constantes. Laroquette, chef de sopérations militaires, chargea dans la tas avec toute la délicatesse d’un rouleau-compresseur pour tenter de les prendre en défaut de la moindre manière. Cet homme semblait prendre un malin plaisir à mépriser les scientifiques, suspectait-elle. Même si en l’occurrence, il s’attaquait à Lucija sur la question de son arme, par son intermédiaire il s’attaquait à elle qui, en tant que chef de mission, aurait dû gérer cette situation. Elle n’était pas près d’oublier qu’il lui avait retiré son port d’arme suite à sa première « sortie » sur le terrain, où elle avait été contrainte à faire feu en légitime défense mais en état d’ébriété, arguant que l’alcool avait brouillé son jugement. Elle le suspecta aussi d’avoir lu leurs rapports un peu plus en diagonale que les autres… « Une diagonale comme ça, j’appelle ça une tangente… ou une asymptote oblique… enfin bref… » pensa la scientifique, se gardant bien de lancer à voix haute pareille réflexion qui n’aurait fait sourire qu’elle…

Lucija faisait de son mieux pour se défendre, alors qu’Abigail réfléchissait encore à ce que Tuck leur avait dit plus tôt. Ainsi Grauber se déclarait prêt à leur parler ? Et à elles en particulier ? « Non, pas à nous… à toi, Abigail Lorenson ! Il veut encore te faire te sentir plus misérable que tu ne te sens déjà… Il sait à quel point tu mettais un point d’honneur à refuser ses avances, et les avances de manière générale… Si ça se trouve il veut juste te faire craquer moralement, exposer ta faiblesse devant tes collègues… » Elle ne put s’empêcher de serrer les doigst sur son dossier, assez pour ne pas le froisser, mais suffisemment pour être perceptible. De même, sa respiration s’était comme ralentie et approfondie, un signe avant-coureur d’une colère sourde qui grimpait en elle. Si on la laissait seule dans cette pièce avec lui… il y avait de grandes chances qu’elle se découvre des talents insoupçonnés pour faire parler les gens sous la torture. Oui, elle saurait trouver des moyens très inventifs pour faire parler cette ordure… Certains ne seraient sans doute pas très légaux, mais au moins les infos seraient là…

-Ne nous éparpillons pas, Colonel, reprit prestement Briggs, tirant par la même occasion Abigail de ses pensées. Ceci reviendra sur la table en temps utiles. Commençons par le début. Agent Lorenson, vous étiez chef de mission pour cette opération. C’était également votre premier commandement opérationnel sans agent de terrain plus expérimenté en soutien. J’aimerais que vous reveniez, pour l’enregistrement, sur le déroulement des opérations. Décrivez-nous l’enchainement d’actions.
-Très bien, commença la scientifique en s’approchant légèrement du magnétophone posé au centre de la table, restant encore totalement maîtresse de ses gestes et inflexions de voix. Pour commencer, une fois arrivée à Berlin et installées, nous, ou plutôt, Lucija a pris l’initiative de se renseigner sur notre cible et les différents lieux que nous aurions à examiner, à l’aide d’un appareil photographique miniaturisé. Elle n’était pas trop sûre si cette info allait plomber Lucija ou au contraire leur montrer à quelle point cette femme était pleine de ressources, mais il n’était pas son genre de passer sous silence des aspects qu’elle jugeait déterminants. Car dans son esprit, l’appareil miniature de sa coéquipière avait joué un rôle important en identifiant leur agresseur russe et en prenant des clichés à la volée en toute discrétion. Lors de la soirée de gala le soir même, l’occasion s’est présentée d’approcher notre cible pour évaluer sa sécurité, en termes de protection rapprochée. Les événements de la soirée, que nous avons consignés dans nos rapports, m’ont permis d’évaluer le degré de protection des documents, ainsi que diverses informations sur notre manière d’aborder leur récupération proprement dite… »

Abigail préféra marquer une pause, le temps de reprendre une contenance qu’elle sentait risquer de lui échapper si elle s’aventurait trop loin dans les détails. Elle sentait déjà que sa voix commençait à prendre un ton différent, moins froid et analytique… un peu comme si une carapace imaginaire menaçait de se fissurer. Elle mettait d’ailleurs un point d’honneur à ne jamais nommer Grauber par son nom, estimant que cet individu ne méritait même pas sa considération. Elle jeta un regard en coin furtif à Lucija, réarangeant ses notes devant elle avant de réattaquer.
-Le lendemain, nous avons mis au point notre plan pour collecter les renseignements : la cible devait être présente à une conférence que je devais prononcer, ce qui permettait à Lucija de s’introduire dans la suite et récupérer les documents. J’ai fait de mon mieux pour faire durer mon exposé, pour le retenir aussi loin des documents que possible, mais Lucija a été agressée par un tueur à gages russes alors que je finissais, je suis allée lui porter assistance, nous nous sommes battus, puis nous avons intercepté la cible qui menaçait le transfert de document…
-Un instant, Docteur, l’interrompit Laroquette. J’ai quelques soucis à me figurer comment vous avez pu forcer le système de sécurité qui entourait ces documents aussi facilement. J’imagine qu’ils étaient sécurisés de manière assez élevée, comment avez-vous pu y avoir acces si facilement ?
« Et c’est reparti… Craque surtout pas… »
-J’ai exploité des rapports personnels entre lui et moi pour me frayer un chemin jusqu’aux documents qu’il avait avec lui. J’ai fait jouer des échanges de faveurs entre scientifiques pour avoir un aperçu de ses travaux. Ceci l’a forcé à déverouiller son système de sécurité, j’ai retenu les différentes manipulations et les ai transmises à Lucija pour qu’elle agisse pendant mon exposé. Tout ceci est consigné dans mon rapport, je n’ai rien à ajouter.
-Des faveurs entre scientifiques… qui impliquent de coucher avec la cible de votre mission, Lorenson ?
Cette fois elle n’y tint plus, et la scientifique, d’un naturel stoïque et froid, huassa le ton, serrant le poing sur la table.
-Je rêve, mais c’est l’hôpital qui se fout de la charité ! Quand on est dans une situation où il faut réagir rapidement, on fait ce qu’il faut pour obtenir les infos avec les cartes qu’on a en main ! Et la seule carte que je pouvais jouer sans risque, c’était de faire jouer ses vues sur moi pour obtenir ce qui nous était nécessaire ! J’ai renoncé à tous mes pricipes moraux pour avoir vos informations, et risqué notre existance même pour l’extraction !

La scientifique marqua une pause, sentant une veine palpiter dans sa tempe. Ce qu’elle venait de dire pouvait, dans certaines hiérarchies, s’apparenter à de l’insubordination, mais elle n’en avait cure. Si ça devait encore l’éloigner du terrain pour évaluation psychologique, eh bien qu’il en soit ainsi. De toute manière, elle sentait bien que Laroquette n’avait que mépris pour elle, depuis le jour où elle avait dû défendre sa vie face à un vampire qui avait eu envie de lui faire un baiser dans le cou un peu trop mordant. A croire qu’Abigail s’attirait les situations inextricables où ses actions étaient contestables mais justifiées…
« Agent Radenko, vous confirmez les paroles de l’agent Lorenson, jusque là ? D’ailleurs, j’aimerais que vous clarifiiez pour le magnétophone certains points concernant en particulier l’extraction. Nous savons ce qui s’est passé quand l’agent Kammer a fait jonction avec vous, mais pourquoi avoir changé le sordres au dernier moment, c’est souvent l’occasion de tout faire foirer. Même si, j’en suis heureux, ça n’a pas été le cas… »
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 27 Fév - 16:29

Abgail avait craqué. Ils avaient fait craquer Abigail. La jeune femme avait perdu son sang froid. Ils avaient réussi à la prendre en défaut. Lucija avait beau essayer de penser à autre chose, peu importe ce qu'elle tentait de se figurer, cette réalité s'imposait à elle avec la douceur d'un coup de poing en plein visage. Elle faisait de son mieux pour rester maîtresse de ses émotions, et pour que ses traits ne trahissent pas son trouble, mais elle était très perturbée intérieurement. Elle savait ne pas être très douée pour ce genre d'exercices rhétoriques, où il s'agissait d'accepter des critiques infondées simplement pour faire plaisir à la hiérarchie. Elle s'était donc reposée entièrement sur le docteur Lorenson, qui incarnait l'idéal-type de la personne calme, mesurée, posée, totalement en contrôle. Elle l'enviait d'ailleurs sur ce point, jalouse de sa capacité à retourner n'importe quelle attaque contre son auteur avec autant de simplicité que s'il s'était agi de dire "non" à un enfant de cinq ans. La voir craquer ainsi était particulièrement déroutant, donc. Lucija avait l'impression d'être une ceinture blanche convoquée pour affronter un adversaire qui viendrait juste de mettre K.O. son sensei. Inutile de préciser qu'elle aurait préféré et de loin se retrouver sur un champ de bataille, encerclée et blessée, mais avec un fusil dans la main, plutôt que d'être de l'autre côté de la table, totalement démunie.

Elle ne savait plus quoi faire, quoi dire, comment se comporter. Lorsque la voix tranquille de Briggs revint à elle, elle sentit un frisson lui remonter le long de l'échine. Ils la dévisageaient tous désormais, l'observant scrupuleusement avec leurs petits yeux acérés. Lucija était une femme de l'ombre, de celles qui ne marquent pas les esprits, qui disparaissent des souvenirs aussi facilement qu'un courant d'air disparaît dès lorsqu'on ferme une fenêtre. Elle avait la désagréable impression d'être piégée, et si aucune entrave ne la retenait physiquement, elle sentait presque des doigts crochus et visqueux glisser sur elle, à la recherche d'une prise. Tel était le pouvoir des mots, sur elle. C'était une forme de sorcellerie, une magie qu'elle ne comprenait pas et qui la terrorisait. Sa seule défense était le mouvement, la fuite, la dissimulation. Or ici, bouger lui était impossible, fuir encore moins, et seules ses lunettes s'érigeaient en une barrière contre les hommes qui lui faisaient face.

Une fois sommée de confirmer les propos d'Abigail au sujet de Grauber, Lucija s'empressa de hocher la tête vivement, comme pour bien marquer le fait qu'elle était du côté de la scientifique, et qu'ils ne parviendraient pas à les faire douter l'une de l'autre :

- Je confirme, monsieur. Nous avions été invitées à la conférence, et il semblait impossible en si peu de temps de forcer le coffre-fort de Grauber. Nous devions obtenir son code d'une manière ou d'une autre. Sauf votre respect, messieurs, je ne suis pas certain que vous puissiez bien comprendre ce qu'il a fallu à Abigail pour récupérer ces informations.

Elle les défia du regard avec une lueur farouche dans les yeux, qui ne sembla pas les impressionner outre-mesure. Elle était toutefois contente de leur avoir exposé les choses sous cet angle, et d'avoir réussi à leur porter un coup décisif. Ils pourraient argumenter tant qu'ils le voudraient, elle pourrait toujours tenir qu'ils n'étaient en aucune manière capables de comprendre. Et c'était d'ailleurs vrai. Pour eux, coucher pour obtenir des informations était sans doute moins dégradant. La sexualité d'une femme était intimement liée à sa personnalité, et le sacrifice d'Abigail, Lucija ne pourrait jamais y consentir. Pas pour l'ORS, en tout cas. Quelle que fût la mission, même si l'avenir du gouvernement des Etats-Unis en dépendait, elle n'en ferait rien.

Sa réponse parut calmer temporairement les ardeurs des officiers, mais il était probable qu'ils allaient revenir à la charge une fois qu'ils auraient trouvé comment contourner cet argument qui n'en était pas vraiment un. Mais en attendant, en voulant prendre la défense de Lorenson, c'était Lucija qui était exposée, et ce fut à elle que Briggs adressa l'estocade suivante. En fait d'estocade, c'était surtout une question posée avec un grand détachement, une grande neutralité, qui invitait à répondre franchement. Et la jeune femme, peu habituée à tout cela, se laissa amadouer par l'apparente bonhommie de Briggs :

- L'intuition, monsieur. L'extraction était bancale, et nous avions donné assez de temps à quiconque pour nous tendre un piège. Il fallait prendre le plus de précautions possible, et j'ai eu l'intuition que nous serions en danger si nous sortions par la porte principale...

Elle était sur le point de leur expliquer avec force détail qu'elle-même avait une formation de tireur d'élite, et qu'elle avait observé la configuration des lieux auparavant, qu'elle avait envisagé l'éventualité qu'un tireur ennemi pût vouloir les supprimer pour récupérer les documents. Elle n'en eut pas le temps. Laroquette la coupa avec une rudesse qui frisait l'impolitesse :

- "Intuition", "intuition"... Vous n'avez que ce mot à la bouche. Vous allez nous dire que c'est "l'intuition féminine" qui vous a sauvées, et que nous ne pouvons rien y comprendre parce que nous sommes des hommes, c'est ça ?

La question était purement rhétorique, naturellement. Qui aurait décemment posé pareille question lors d'un débriefing de mission ? Elle n'avait rien à voir avec le propos, et elle était simplement là pour souligner le manque de tactique des deux jeunes femmes, qui avaient réagi à la situation plutôt que de l'anticiper. Mais Lucija sauta à pieds joints dans le piège, croyant qu'il attendait d'elle qu'elle répondît :

- Je vous assure que non, monsieur. J'ai l'expérience de ces choses là, et je savais que...

- L'expérience d'une tueuse, oui ! Trancha Laroquette. L'expérience de quelqu'un qui tue pour l'argent et pour le plaisir. Est-ce pour cela que vous avez envoyé deux personnes prendre les balles à votre place ? Vous ne vouliez pas laisser un collègue attendre pour rien ?

Lucija voulut ouvrir la bouche, protester, dire qu'elle n'avait aucune donné cet ordre, mais les mots restèrent figés dans sa gorge. Si elle parlait, elle enfonçait Abigail, et ils auraient réussi à les diviser. De la fracture qui pouvait naître entre elles résulterait un véritable massacre verbal. Leur seule chance était de faire front commun, et de prendre les coups ensemble, l'une pour l'autre. Mais il y avait aussi autre chose qui empêcha la jeune croate de répondre : elle ne savait pas si Lorenson était au courant de son dossier, de sa vie passée. Abigail avait raconté, au cours du repas notamment, qu'elle avait été à l'université, qu'elle avait eu des diplômes, qu'elle faisait de la recherche et de l'enseignement. Une vie banale, rehaussée par ses activités pour l'ORS. Mais savait-elle que la femme à qui elle avait accordé sa confiance n'était autre qu'un assassin free-lance, qui parcourait le monde pour coller une balle dans la tête d'un individu dont elle ignorait presque tout ? Comment réagirait-elle lorsqu'elle apprendrait que la gentille journaliste, discrète et froide, était en réalité une personne dénuée de morale ? Nul doute que ce serait une ombre au tableau qu'Abigail se faisait de Lucija. Et Laroquette, de toute évidence, n'avait pas envie de s'arrêter en si bon chemin.

- Je présume que c'est également pour cela que vous avez amené avec vous votre fusil de précision, contre toutes les directives de l'ORS qui disposent justement qu'il vous est formellement interdit d'emporter des armes personnelles sur le terrain. Vous aviez peut-être envie de vous défouler sur quelqu'un, un soir, pour passer le temps, qui sait ?

- Monsieur je vous assure que...

Laroquette ouvrit un dossier, et posa le doigt sur une ligne précise, lisant avec attention. Lucija nota qu'il avait passé du surligneur sur certains passages. De toute évidence, il s'était intéressé à son cas de manière approfondie :

- Iraq, 2003, vous avez fait feu sans avoir reçu l'ordre au préalable, pour abattre homme suspect...

Lucija s'indigna :

- C'était un soldat irakien en civil !

- Cette information s'est avérée vraie après enquête, mais que se serait-il passé si votre intuition vous avait fait défaut ? Vous auriez tué un civil innocent pour rien, simplement parce que vous n'avez rien à faire des ordres.

Lucija serra les poings. Il jouait avec elle, la poussant dans ses derniers retranchements, et elle se laissait avoir sans rien pouvoir faire. En dépit de la présence d'Abigail à ses côtés, elle était seule, et elle devait gérer cette situation comme une professionnelle. Il faisait appel à des souvenirs lointains, une époque où les choses étaient bien différentes. Elle ne pouvait pas le laisser la déstabiliser sans réagir, et elle en était pleinement consciente. D'une voix sèche, elle répliqua :

- Ça n'a rien à voir ! Ici, notre opération était totalement compromise depuis le départ ! Vous nous avez envoyé sur le terrain sans informations, sans protection, et sans possibilité d'extraction. Je... J'ai pris la décision de nous faire sortir par derrière parce j'ai senti qu'on pouvait nous tendre un piège, et...

Laroquette, qui n'avait toujours pas perdu son calme, la toisait avec une suffisance qui lui donnait envie de vomir. Son visage était de marbre, et il ne trahissait aucune émotion. Il se contentait d'énumérer des faits, faisant simplement varier le ton de sa voix pour souligner certains points. Mais au moment où elle en arriva à cet instant, un imperceptible sourire étira son visage. Avait-il vraiment souri ? Lucija aurait été bien en peine de le dire, mais elle était convaincue qu'il s'était laissé aller à montrer le plaisir qu'il éprouvait à la malmener ainsi, devant ses collègues qui n'applaudissaient pas forcément, mais qui ne faisaient rien pour l'interrompre. Il la coupa donc, finissant sa phrase à sa place :

- ...et donc vous avez décidé d'envoyer deux civils innocents vous faire tuer à votre place. Je présume que c'était encore votre instinct, et que vous n'auriez pas agi de même si ça avait été la vie de monsieur Keller et de votre fille, preuve que vous pouvez vous tromp... Agent Radenko, veuillez-vous asseoir immédiatement.

Lucija ne s'était pas rendue compte qu'elle s'était levée. Elle s'enfonçait les ongles dans la paume de ses mains, presque jusqu'au sang, et son regard flamboyait d'une rage féroce. Elle était à l'opposé de Laroquette, calme et froid, qui la regardait avec distance. Il devait savoir que si elle tentait quelque chose, ses réflexes de Marine reprendraient le dessus, et qu'il arriverait sans peine à la neutraliser. Peut-être même espérait-il qu'elle allait passer à l'action pour pouvoir la corriger. Mais il ne pouvait pas la provoquer plus qu'il ne l'avait déjà fait, et il devait essayer de la calmer... au moins parce que le magnétophone tournait toujours :

- Agent Radenko, asseyez-vous immédiatement. Je ne me répéterai pas.

L'injonction était parfaitement claire, et Lucija se rassit lentement, digérant sa colère. Elle tremblait de tous ses membres, et Abigail qui était juste à côté d'elle était aux premières loges pour voir le rouge qui était monté à ses joues d'ordinaire très pâles. Elle pouvait sans peine entendre sa respiration saccadée, qui n'était pas celle, régulière et profonde, qu'elle avait utilisé pour tirer. Elle devait lire dans sa gestuelle toute la rage et la frustration qu'elle éprouvait en cet instant. Autant de sentiments qu'elle ne pouvait pas exprimer, ni en fracassant le crâne de Laroquette sur la table, ni en frappant contre le premier mur venu, il en se laissant aller à des larmes de colère. Elle devait redevenir impassible et froide, ce qui était mission impossible pour elle. Briggs, qui devait estimer que le petit jeu de Laroquette avait assez duré, et qu'il n'était pas dans leur intérêt de pousser les agents convoqués à la Cour Martiale, trancha :

- Calmez-vous, Radenko. Nous reviendrons à ces questions un peu plus tard, mais sachez que nous devons faire la lumière sur toutes les zones d'ombre. En attendant, c'est à vous Lorenson...

Lucija décrocha quelques secondes et baissa la tête. Elle sentit une boule d'angoisse naître au creux de son estomac à mesure que sa colère refluait. Elle avait besoin de faire le vide, de retrouver la maîtrise de ses esprits. En vérité, elle s'en voulait terriblement d'avoir craqué à son tour. Laroquette avait évoqué sa famille, et c'était un déclencheur puissant chez elle, qui provoquait une réaction protectrice immédiate. Il l'avait probablement fait délibérément, pour illustrer son propos, et il avait bien failli perdre le contrôle de son petit jeu. Elle n'en était pas moins secouée, et le simple fait de devoir imaginer Ashley et Richard exposés aux balles la rendait malade. Or, la faute à son entraînement poussé, elle visualisait très bien la situation. Elle avait vu tellement d'horreurs qu'elle n'était pas disposée à plaisanter sur ces sujets.

Mais surtout, ce qui la dérangeait dans tout ça, c'était que Laroquette lui rappelait implicitement que ses proches pouvaient un jour être menacés. Et en l'occurrence, la menace pouvait venir directement de l'ORS. La jeune femme tendait à l'oublier, car elle avait participé à une mission difficile avec Abigail et qu'elles s'en étaient sorties en travaillant en équipe et en se faisant confiance l'une à l'autre, mais en réalité elle était presque prisonnière ici. C'étaient eux qui étaient venus la chercher alors qu'elle vivait une vie normale, tranquille, et c'étaient eux qui avaient menacé sa famille si elle ne les rejoignait pas. Elle s'en souvint avec beaucoup d'amertume, et se rendit compte que malgré toute sa bonne volonté, Laroquette avait réussi à fracturer le front commun des deux femmes : Lorenson était ici chez elle, et elle n'avait rien à perdre. Lucija, de son côté, était un simple outil qui servirait tant qu'il serait utile. Le jour où elle les décevrait, ils pouvaient tout aussi bien se débarrasser d'elle ou de ses proches.

Restait à savoir si Laroquette avait conscience d'avoir mis le doigt sur un point crucial, lui qui avait si bien étudié son dossier...
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Dim 16 Mar - 2:02


Le premier qui s’énerve a perdu, disait le proverbe. C’était aussi une des principales convictions d’Abigail ; elle se faisait un point d’honneur de ne jamais hausser le ton au cours d’une discussion, même si elle mourrait d’envie de gifler son interlocuteur. Dans ce genre de cas, elle se contentait de lui parler d’un ton aussi acide que la substance qui lui avait causé sa cicatrice au bras droit, durant ses études à Albuquerque. Elle avait fini à l’hôpital assez vite pour éviter une brûlure chimique trop grave, mais les traces restaient néanmoins visibles si on faisait attention. Mais aujourd’hui, la sceintifique avait perdu son calme, et s’en voulait un peu. Elle n’avait pas réussi à garder le contrôle d’elle-même pendant plus de 30 ans pour craquer sur une affaire aussi… aussi mondaine, considérait-elle. Elle considérait surtout que leurs questions sur la relation qu’elle avait eu avec Grauber était amenées tellement maladroitement que dans ce genre de cas, mieux valait s’abstenir de le sposer. Elle aurait préféré, ironiquement, avoir affaire directement au Général Takio, commandante chef de l’ORS, car elle était une femme et savait à quelle point une femme pouvait sortir les griffes quand on parlait de sexualité. Mais bon, elle était concée avec le chef des opérations militaires, l’ingénieur en chef de l’agence, son supérieur direct et le responsable du personnel civil.

Mais surtout, elle avait Lucija de son côté.

Dans ces conditions, et après tout ce par quoi elle était passée, la scientifique américaine n’aurait échangé de partenaire sous aucun prétexte. Certes, elle avait eu peu d’occasion de partir en mission avec d’autres partenaires que l’agent McGregor, son ancien instructeur, mais en la personne de la Croate, Abigail avait trouvé une paire parfaitement complémentaire pour opérer. Et sous certains aspects, l’Américaine aurait aimé être à sa place. Avoir son instinct, en particulier, car c’était bel et bine l’instinct de Lucija qui les avait sauvées à Berlin. Et c’était ce point qui manquait parfois à Abigail, dont la tendance calculatrice prenait souvent le pas pour élaborer des stratégies, mais prenaient peu souvent en compte des éléments aussi anarchiques ou difficilement quantifiables comme, tout simplement, l’imprévu. Elle savait s’adapter à l’imprévu, mais avait du mal à en tenir compte en élaborant ses plans. C’est pour cela qu’elle appréciait cette étincelle de « folie », comme elle l’appelait parfois sans connotation négative, et se reposait sur elle pour prévoir l’imprévisible…

Elle avait toute confiance en elle, et lui adressa un regard plein de reconnaissance quand elle monta au créneau pour prendre sa défense face à la hiérarchie. Cependant, en prenant sa défense, Lucija s’était elle-même mise en difficulté vis-à-vis du colonel Laroquette. C’était définitif, Abigail ne pourrait jamais s’entendre avec cet homme, quelles que soient les conditions. Ils semblaient cristalliser à eux deux le conflit éternel, dans les organisations comme l’ORS ou tout simplement certaines agences gouvernementales, entre les hommes de terrain et les hommes de laboratoire : les premiers s’estimant supérieurs par leur expérience du combat et des situations concrètes mais dépendants des résultats des seconds, les seconds comptant sur les premiers pour leur apporter leur soutien sur le terrain, mais capables de leur fournir des renseignements précieux au bon moment. Et Laroquette jouait avec Lucija comme un chat avec une souris, la narguant avant de lui adresser un coup. Toutefois, Laroquette attira l’attention d’Abigail, malgré toute l’antipathie qu’elle éprouvait à son égard.

« L'expérience d'une tueuse, oui ! L'expérience de quelqu'un qui tue pour l'argent et pour le plaisir. »

Abiagil ne put s’empêcher de jeter un regard incrédule sur sa partenaire, en même temps que Laroquette énoncait des faits relatifs à une mission en Irak en 2003, une histoire de tir sans autoriqation. Elle savait que les armes personnelles étaient interdites en opération, mais de toutes manières, elle prenait systématiquement les armes de dotation de l’ORS, qu’elle jugeait plus puissantes et fiables en cas de coup dur que son Smith & Wesson Centennial. Elle pouvait imaginer la réaction de leurs supérieurs quand ils avaient su que la Croate n’avait emporté rien de moins qu’un fusil de précision customisé ; elle-même avait eu des soupçons quand elle avait vu cette malette verrouillée dans la chambre, mais surtout quand elle avait sorti l’arme dans l’avion, au moment de partir. Mais l’heure, à ce moment, n’était pas aux considérations administratives sur les armes personnelles, mais à la survie face à un tireur embusqué dans la tour de contrôle. Mais néanmoins, Abigail ne put empêcher son esprit de se mettre en branle. Lucija avait-elle déjà fait usage de cette arme pour des missions de l’ORS avant leur partenariat ? Combien de victimes avait-elle à son actif ? L’avait-elle utilisée à son insu en Allemagne, pendant qu’elle préparait ses présentations et qu’elles avaient été séparées ? Beaucoup de questions qui appelaient des réponses dans l’esprit de la scientifique, mais qui devraient attendre, Abigail sentant que c’était à son tour de prendre sa défense. Surtout en voyant qu’aux dernier commentaires de Laroquette, Lucija avait bondi de son siège, prête à éventrer le colonel, et ne se rassit qu’à grand renfort de volonté et de maîtrise.

« Messieurs, si je puis me permettre, intervint Abigail en se levant comme Lucija se rasseyait, je ne peux que me joindre à l’agent Radenko sur les points qu’elle vient de soulever. En tant que chef de mission, la responsabilité de cette décision me revient, c’est d’ailleurs moi qui l’ai prise, en tenant compte des éléments qui m’étaient disponibles à ce moment. Je me joins à elle, avec tout le respect dû à nos services d’enquête, de plannification et de renseignement, pour constater que notre mission était mal préparée. La plupart d’entre vous êtes ou avez été dans l’armée, et pour certains dans le corps scientifique, vous connaissez donc l’importance des données. Les renseignements sont ce qui fait la différence entre le vrai et le faux, la réussite et l’échec, la vie et la mort. Nous sommes parties avec un minimum de renseignements, nous avons dû improviser une fois sur place. Je conçois qu’un colloque scientifique ne soit pas le premier lieu où on s’attende à croiser un tueur à gage, mais cette option aurait dû être envisagée. Si les renseignement sur la cible (qu’Abigail refusait toujours d’appeler par son nom, cherchant à le déshumaniser autant que possible) avaient été corrects, une telle possibilité aurait pu, aurait dû être soulevée ! »

La sicentifique se sentait pousser des ailes, sentant comme une bouffée d’adrénaline monter. Elle braverait sa hiérarchie pour défendre sa coéquipière, sans qui elles ne seraient pas rentrées.
« L’extraction aussi n’a pas, selon moi, été exécutée de manière optimale, et je tiens à saluer l’efficacité de notre antenne allemande, qui a su abattre un boulot formidable en un minimum de temps. La plannification aurait pris en compte la possibilité d’une embuscade à la sortie, mais surtout aurait prévu plusieurs chemins de sortie, avec des itinéraires de fuite prédéterminés. Il est vrai, ajouta-t-elle en prévision de la question qui se dessinait sur leurs lèvres, que c’est la responsabilité du chef de mission d’établir ces possibilités. Mais sans renseignements, ces possiblités ne peuvent être établies avec précision, et la moindre imprécision dans ce domaine peut être fatale… Je… Nous n’avions pas les éléments nécessaires pour anticiper un tireur d’élite adverse, nous avons dû nous fier à notre expérience passée et à notre instinct pour nous tirer de notre situation. Et c’est ne partie grâce à l’arme personnelle de Lucija que nous avons pu tenir à distance le tireur adverse pendant la fin du roulage de l’avion au départ de Berlin… » Abigail se rassit alors, réajustant sa veste de tailleur, assez satisfaite de son discours qui semblait avoir cloué le bec même à Laroquette. « On ne bat pas la précision scientifique, même à coup de muscles, sachez-le, colonel ! » se retint-elle de dire. Même si elle n’en pensait pas moins.

Tuck brisa finalement le silence qui s’était installé.
« Juste comme ça, durant votre séjour là-bas, est-ce que vous avez eu l’impression que vous étiez seules sur le coup ? Je veux dire, est-ce que vous pensez que quelqu’un a pu être au courant de votre mission, du genre agent de la CIA qui a la même mission qu’un agent de la NSA mais sans que les deux ne sache que l’autre est là… Je demande, parce que l’ordinateur de Grauber a révélé des traces de contact avec des organismes qui laissent à supposer que d’autres individus avec des missions similaires à la vôtre étaient sur place… P’tet que ça vaudra le coup de cuisiner Grauber à ce sujet… »

Abigail releva les yeux. Une organisation parallèle ? Voilà qui soulevait de graves questions… Et effectivement, Grauber deviendrait une véritable mine de renseignements. Elle commença même à rassembler de vieux souvenirs de son doctorat. « Réactions biologiques d’organismes végétaux en conditions extrêmes ». Réactions couvrant la sécrétion de poisons divers, dont certains très nocifs pour l’homme. Et la douleur était le meilleur des sérums de vérité, pensa Abigail en sentant un sourire malsain se dessiner puis s’effacer, en même temps qu’elle griffonnait une chaine polypeptidique sur un coin de feuille…

Elle ferait parler Grauber. Il lui devait bien ça !

Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Sam 5 Avr - 17:11

Lucija faisait de gros efforts pour garder son calme, mais elle sentait qu'il était trop tard. Le débriefing avançait tranquillement, mené d'une main de maître par Lorenson, qui contrait les arguments un par un, avec la virtuosité d'un bretteur de talent, entouré par une foule d'ennemis. Elle virevoltait intellectuellement, piquait là où ses yeux surentraînés détectaient une faille, et repoussaient tous les assauts maladroits de leurs supérieurs hiérarchiques, qui commençaient à comprendre qu'ils n'auraient pas le dernier à ce petit jeu. Du moins, pas avec la scientifique. La jeune croate, c'était différent : elle était une femme de terrain, une femme d'action, une combattante qui se sentait davantage à sa place au milieu des explosions et des endroits les plus invivables de la planète, que dans un bureau à subir de plein fouet les reproches. Elle était le point faible, aujourd'hui, et elle savait que Laroquette, qui l'ignorait superbement pour l'instant, reviendrait à la charge sans hésiter, frappant la tueuse jusqu'à ce qu'elle craquât. Il y était déjà parvenu, et maintenant qu'il savait comment faire, il pouvait recommencer quand il lui plairait. Une telle vulnérabilité était intolérable, et Lucija devait se concentrer pour ne pas penser exclusivement au fait qu'il allait la massacrer la prochaine fois qu'elle prendrait la parole.

Mais pour l'heure, et grâce à l'intelligence remarquable de Lorenson, ils venaient de marquer quelques points précieux, qui leur permettaient de reprendre l'avantage. Les trois hommes marquèrent un temps d'arrêt, devant l'explication implacable et méthodique de la scientifique, se demandant lequel devait prendre l'initiative de lancer la prochaine attaque. Laroquette semblait calme, mais de minuscules signes trahissaient son impatience de revenir au duel qu'il avait interrompu, à la manière d'un boxeur sur le point de remporter le combat par K.O., mais interrompu par le gong. Toutefois, il savait qu'il serait malvenu de remettre le sujet sur la table de manière aussi brutale, et il tenait vraisemblablement à avoir le beau rôle. Ce fut donc Tuck qui prit la parole, amenant la conversation sur un autre point beaucoup plus intéressant.

Son interrogation, apparemment anodine, soulevait une foule de problématiques qui ne pouvaient pas être mises de côté. Si une autre organisation agissait en secret sur les mêmes dossiers que l'ORS, il y avait du souci à se faire. Tuck n'avait pas clairement évoqué l'alignement de ces "autres", mais il ne semblait pas exclure l'idée qu'une autre agence gouvernementale fût impliquée dans l'affaire Grauber. Lucija connaissait assez peu les rouages internes des services secrets, mais elle imaginait que c'était fort possible, même si à ce niveau de secret-défense, c'était pratiquement une faute professionnelle. Mais l'idée que l'ORS pût être concurrencée par un groupe inconnu, et donc probablement ennemi, était encore bien plus terrifiante. Lorenson, entendant la question, se mura dans son esprit, et commença à réfléchir à des choses qui n'appartenaient qu'à elle, laissant sa collègue répondre.

Jetant un bref coup d'œil à Laroquette, pour s'assurer qu'il ne la provoquerait pas, elle se lança, beaucoup moins assurée que précédemment :

- Ce n'est pas facile de dire si quelqu'un d'autre était sur le coup, monsieur Tuck. L'opération a duré assez peu de temps, et nous avons été plongées dans la foule, concentrées sur Grauber. Mais il y avait ce russe, Silaïev. Lui avait la formation d'un militaire, et on n'engage pas ce genre d'hommes à la légère, croyez-moi. Il ne parlera pas facilement, mais...

Laroquette intervint, coupant la jeune femme dans son élan :

- En fait, il ne parlera pas du tout, Radenko. Silaïev nous a filé entre les doigts.

Lucija se sentit tomber pendant un moment, et elle dut serrer les poings autour de la table pour se convaincre que ce n'était que mental, et que son corps était toujours assis tranquillement. Toutefois, tous ses interlocuteurs avaient pu voir, derrière ses lunettes sans correctif, son visage se décomposer littéralement. Silaïev était libre ? Elle n'en croyait pas ses oreilles :

- Mais... Comment ? Quand ?

Briggs prit la parole :

- Ce n'est pas le plus important, et ce n'est pas l'objet de ce débriefing. Ce que nous voulons savoir, c'est si vous avez eu l'impression que quelqu'un d'autre savait ce que Grauber transportait, et s'y intéressait.

Lucija mit un moment à répondre. En vérité, ce n'était peut-être pas très important pour l'ORS, mais c'était important pour elle. Dans le milieu, il valait mieux ne pas se faire d'ennemis, car les gens étaient tenaces, inventifs, et ils trouvaient toujours le moyen de se venger. En l'occurrence, c'était Abigail qui lui avait arraché le genou, donc c'était probablement après elle qu'il en aurait, s'il devait se venger. Ce ne serait pas tout de suite, bien entendu, car il lui faudrait reprendre des forces, réparer sa jambe, et probablement se prendre un bon savon de la part de son employeur. Mais ces petites têtes blondes du KGB n'oubliaient pas facilement, et trouvaient toujours le moyen de retrouver qui les avait humilié. Mais pour l'heure, ses interlocuteurs n'étaient pas désireux d'entendre ça, et elle n'obtiendrait pas gain de cause, même en insistant lourdement. Elle se concentra donc sur l'essentiel pour l'heure :

- Ce tueur était la clé, à mon avis. Il était auprès de Grauber comme un garde du corps, mais jamais un scientifique - même très renommé - ne pourrait engager ce genre de types. Leurs numéros ne se trouvent pas dans l'annuaire, et il faut des réseaux bien spécifiques pour entrer en contact avec eux. Je pense que quelqu'un d'autre l'a recruté : quelqu'un de riche, et qui avait besoin de plus que d'un garde du corps.

Elle haussa les épaules, avouant sa propre ignorance sur le sujet. Elle n'avait fait que dire des évidences, et ses conclusions, les hommes en face devaient avoir abouti aux mêmes après coup. Toutefois, elle préférait les énoncer verbalement, car il était toujours préférable de garder ce genre d'informations en mémoire dans les archives, on ne savait jamais. Les premières intuitions étaient souvent les bonnes. Lucija attendit la prochaine question, qui cette fois vint de Laroquette :

- Et le sniper ? Se contenta-t-il de dire, en sortant des photos.

La jeune femme se pencha dessus, et les observa attentivement. Un cliché des douilles abandonnées dans la tour de contrôle, un cliché de la plaie par balle infligée à l'une des réceptionnistes, un cliché de vidéo surveillance sur lequel on ne pouvait voir qu'une silhouette portant une valise, un cliché de l'arme telle qu'elle avait été retrouvée au sol, en bas de la tour de contrôle. C'était maigre, mais Lucija était dans son élément, et ce qui pouvait ressembler à des informations complètement sans rapport dessinait en réalité une carte précise dans l'esprit de la jeune femme :

- Fusil de précision allemand, munitions militaires à fort pouvoir perforant, c'est une arme professionnelle, qu'on ne trouve pas facilement sur le marché noir. C'est un professionnel, et au vu de sa précision malgré le vent qui soufflait sur le tarmac, ce doit être un excellent tireur. Probablement un ancien des forces d'intervention allemandes, vu l'arme qu'il utilise. Là encore, je ne peux rien vous dire de plus : les assassins de ce niveau ne sont pas faciles à prendre.

- Et vous ne sauriez pas qui l'a employé, par hasard ?

Lucija fronça les sourcils, ne comprenant pas où voulait en venir l'officier supérieur qui s'adressait directement à elle. Etait-il à ce point fermé d'esprit qu'il croyait que tous les tueurs free-lance se connaissaient, comme s'ils se réunissaient tous les jeudis dans une amicale, ou une association ? Elle aurait été tenté de lui rire au nez, de tourner en dérision sa question, mais l'air sérieux et parfaitement maîtrisé qu'affichait l'imposant Marine suffit à la convaincre de prendre sa question comme une réelle interrogation. Toutefois, elle n'avait aucune réponse à y apporter, et Laroquette y vit une ouverture pour frapper à nouveau. Avec une lenteur exaspérante, il ouvrit de nouveau le dossier de Lucija, et chercha soigneusement la page, avant de pointer son doigt sur un élément qu'il avait surligné. La jeune femme dut se contrôler pour ne pas se pencher en avant et essayer de lire à l'envers. Il s'éclaircit la voix, et lut :

- Jack Bell, Mike Lloyd, Marc Morin... Trois agents de l'ORS que vous avez assassiné ces dernières années. Une jolie coïncidence, vous ne trouvez pas ?

Lucija déglutit péniblement, et jeta un regard aussi bref que tendu à Abigail. Ce que Laroquette faisait était proprement ignoble. Il enfonçait le couteau dans la plaie sans douceur, et au lieu de prendre des pincettes pour sortir les cadavres des placards, il ouvrait grand les portes, et ne s'embarrassait pas de détails. Une attitude que les deux autres ne semblaient pas trouver trop indécente pour justifier d'intervenir. C'était encore pire !

- Je vois très bien où vous voulez en venir, monsieur Laroquette, répliqua la jeune femme d'une voix tranchante.

- Vraiment ? Et que dire des six spécimens que vous avez éliminé également, alors qu'ils étaient pris en charge par des agents de notre organisation ?

La jeune femme accusa le coup. Cela faisait neuf meurtres directement liés à l'ORS, et elle savait que c'était cet élément particulier qui avait attiré l'attention de cette organisation, et qui les avait poussé à la recruter. Ils avaient sans doute dû se dire qu'il valait mieux avoir une tueuse capable de décimer leurs agents dans leur camp, plutôt que de la laisser en liberté. Ils espéraient sans doute l'utiliser pour remonter jusqu'au commanditaire de ces meurtres, mais il se trouvait qu'elle ne savait rien, et ils en étaient parfaitement conscients. Ce que faisait Laroquette, c'était de la pure méchanceté :

- Pourriez-vous arrêter ça, monsieur ?

Sa voix était particulièrement tendue, et il était évident qu'elle était au bord de la crise de nerf. Les choses prenaient un tour qu'elle n'avait pas anticipé. Au lieu de l'accuser sur son travail, sur la mission en Allemagne, on l'accusait de n'être pas fiable, et on la soupçonnait même d'avoir collaboré avec leurs tueurs, quelque part.

- Vous ne trouvez pas ça étrange, que deux tueurs de classe internationale aient justement fait leur apparition à Berlin, en même temps que vous ? Qu'il leur ait fallu moins de vingt-quatre heures pour réduire à néant votre couverture, et vous compromettre ?

- Monsieur, je vous en prie, arrêtez ça...

Laroquette était triomphant :

- Vous ne trouvez pas étrange que votre altercation avec ce tueur vous ait laissé seulement quelques bleus, alors qu'il aurait très bien pu vous tuer ? Amusant, non ? Surtout lorsqu'on considère qu'il a failli tuer le docteur Lorenson. On pourrait croire à un miracle, non ?

- Jamais je n'aurais... Abigail, je vous jure que je n'ai rien à voir avec ça !

Elle était suppliante, et elle avait l'impression que les paroles de Laroquette allaient réussir à toucher la scientifique. Elle n'avait qu'une seule alliée dans cette pièce, et même plus généralement, elle n'avait qu'une seule amie. Elle travaillait toujours en solo, et cachait la vérité à ses proches. Abigail était la seule personne à qui elle avait pu s'ouvrir, ne fût-ce qu'un peu. Elle voulait la ménager, lui faire accepter petit à petit la réalité de sa vie. Elle n'aurait jamais voulu que les choses se passassent ainsi, que toutes ces révélations tombassent comme un pavé dans la mare, comme si elle avait cherché à les dissimuler.

- Vous dites avoir survécu à deux confrontations avec ce tueur, et à chaque fois sans la moindre blessure sérieuse. Dans le même temps, vous dites qu'il s'agit d'un homme expérimenté, un véritable professionnel. Vous aurait-il ménagée pour vous laisser ainsi la vie sauve ? Et puis c'est vous qui l'avez identifié, c'est vous encore qui avez découvert qu'il était dangereux. C'est vous qu'il a raccompagné jusqu'à votre chambre d'hôtel, et qu'il a embrassé sans que vous vous défendiez, comme le prouvent les caméras de surveillance. Je suppose que c'était un "échange de faveurs" entre collègues assassins, rien de plus. Vous lui offriez les infos dont il avait besoin, et il vous épargnait en retour.

- Ça suffit ! Taisez-vous ! Cria Lucija. Vous n'avez aucune idée de ce dont vous parlez !

Laroquette rejeta cette accusation d'un geste évasif de la main :

- Oh si, je sais de quoi je parle. Je connais les gens de votre espèce. Mercenaires, assassins, tueurs à gage, appelez-vous comme vous voulez, c'est pareil. Vous êtes attirés par l'argent, et vous vendriez n'importe quelle information en échange de votre vie. Vous vendriez même votre coéquipière, si ça vous permettait de vous en sortir. Je suppose que le docteur Lorenson a eu de la chance de revenir en vie.

Ces derniers mots étaient particulièrement cruels, mais la jeune femme ne s'attendait pas à une telle bassesse, et elle sentit sa résolution se fracturer. Elle revenait du feu, d'un véritable enfer, et bien qu'elle parût sûre d'elle-même, elle portait encore les cicatrices mentales de son affrontement. Seuls les fous réchappaient de fusillades d'une telle intensité sans douter, sans éprouver de violentes crises d'angoisse, le soir, quand ils se retrouvaient seuls. La pire attaque qu'on pouvait leur porter alors était celle d'avoir voulu du mal à leurs compagnons d'armes. Pendant leur séjour en Allemagne, Abigail avait été la seule personne en qui Lucija avait eu confiance. Elle aurait donné sa vie cent fois pour la sortir de ce pétrin. Qu'on pût mettre en doute sa loyauté, c'était une chose, mais qu'on pût penser qu'elle avait mis la vie de sa coéquipière en balance avec sa propre survie, c'était abject.

Lucija tendit la main vers le micro qui se trouvait au centre de la table, et elle l'éteignit d'une simple pression sur le bouton, avant que quiconque eût pu l'en empêcher. Ceci fait, elle leva les yeux vers Laroquette, et lui adressa un regard d'une noirceur absolue, avant de lui cracher :

- Allez vous faire foutre !

Puis, ses yeux s'embuèrent de larmes, et son visage se crispa comme si elle retenait un sanglot terrible. Elle se leva avec une profonde dignité, et se dirigea vers la sortie, indifférente aux regards tantôt surpris tantôt choqués qu'on lui lançait. Briggs ralluma le micro, et cria :

- Nous allons faire une pause de quinze minutes, pour que tout le monde puisse retrouver ses esprits.

Lucija était presque arrivée à la porte, et elle la franchit sans attendre, se demandant sérieusement si elle aurait la force de revenir dans quinze minutes pour subir la suite de son interrogatoire. Elle avait l'impression d'être condamnée par l'inquisition, et de devoir répondre de crimes qu'elle n'avait pas commis au nom d'une conviction intransigeante. On pouvait penser que les assassins étaient des gens sans morale, oui, mais de là à croire qu'elle avait agi délibérément pour blesser Abigail... La jeune femme quitta les lieux, et une fois dans le couloir, elle se hâta de rejoindre les toilettes. Elle sentit les larmes couler toutes seules, et elle rejeta la tête en arrière pour les contenir. Ses mains tremblaient de manière incontrôlable, et lorsqu'elle essaya d'ouvrir son flacon d'anxiolytiques, elle en reversa la moitié dans l'évier. Ce fut à ce moment précis que la porte s'ouvrit, et qu'une silhouette familière aux cheveux roux pénétra dans l'embrasure. Lucija se sentit soudainement assaillie par la culpabilité, la honte, la peur. Elle ignorait ce que pensait sa coéquipière, et elle n'osait pas imaginer quelle piètre opinion elle pouvait avoir d'elle, maintenant. Abandonnant son flacon sur le bord de l'évier, elle retira ses lunettes et enfouit son visage dans sa main libre, pour essayer de retrouver une contenance - exercice prodigieusement difficile.

Elle avait toutefois réussi à ravaler ses larmes, et à ne pas perdre totalement le peu de fierté qu'il lui restait, le peu de fierté que Laroquette ne lui avait pas arraché. Elle se demandait ce qu'ils étaient en train de se dire, d'ailleurs. Etaient-ils en train de se mettre d'accord sur un nouveau plan d'attaque, ou bien y en avait-il pour dire au Marine qu'il était allé trop loin, et que sa méthode était contre-productive ? Elle l'ignorait, et ne savait pas quoi penser de l'indécision de Tuck et Briggs. Face à Abigail, présentement, elle n'en menait pas large, et elle essaya de s'expliquer, de répondre aux accusations de Laroquette, comme si son avis comptait encore plus que la menace implicite que cette organisation faisait peser sur elle :

- Je... Je vous jure, je vous assure que...

Elle fut incapable de finir sa phrase, tant la pensée qu'Abigail put la croire responsable était dévastatrice. Elle leva les yeux au ciel, et on put voir dans son regard briller les larmes qui n'étaient pas très loin, alors qu'elle semblait dire : "faites que quelqu'un croie en moi !"
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Lun 21 Avr - 19:17


Abigail n’avait jamais aimé les militaires. Son père était lui-même soldat réserviste, et une nuit de février 1991, sa mère avait reçu un coup de fil en provenance du Koweit qui allait changer son existance. Le lendemain, la jeune Abigail, alors âgée de 10 ans, apprenait que son père ne reviendrait jamais à la maison. Depuis ce jour, elle avait voué une rancœur farouche envers tous ceux qui portaient l’uniforme, fussent-ils de US Army, de l’Air Force, de la Navy ou des Marines. Cela ne l’avait pas empêchée de se faire recruter sur un projet militaire au début de sa carrière. Comme pour conjurer le mauvais sort, elle avait insisté durant son embauche à ne jamais avoir à porter d’uniforme, convaincue qu’il lui porterait malheur comme il avait porté malheur envers les hommes de sa famille. En définitive, le travail pour eux l’avait captivée, mais elle continuait de ne pas aimer les militaires.

En entrant à l’ORS, aversion des militaires avait pris un tour schizophrénique : elle avait appris à en apprécier certains, comme Mac ou ce Russe pendant les sessions d’instruction, mais en avait haï encore davantage d’autres, Laroquette en tête. Pour elle, il représentait tout ce qui se faisait de mal dans l’armée américaine : arrogant, trop sûr de lui, parfois condescendant, mais surtout et de manière quasi-criminelle aux yeux de la scientifique, négligeant sur les détails. Rien ne pouvait plus mettre hors d’elle cette amoureuse de la perfection que la négligeance et le manque d’attention au détail. Cela la faisait passer pour une maniaque obsédée et psychorigide, mais au moins ses résultats et elle n’avaient rien à se reprocher. Et pendant qu’elle griffonnait son ébauche de composé chimique susceptible de faire parler leur homme, Laroquette continuait d’arroser l’assemblée de ses commentaires plus ou moins dispensables à ses yeux. Yeux qu’elle releva quand Tuck prit la parole.

Cet homme était une énigme pour elle. Comment un être aussi bordélique que lui pouvait-il être aussi méticuleux dans ses procédures et ses méthodes de travail ? Il était inconcevable pour la scientifique que sur son bureau se côtoient une balle de tennis, un fer à souder, une calculatrice, un amas (il n’y avait pas d’autre mot) de fils électriques et de composants électroniques et une caisse à outils aussi bien rangée que si une charge thermonucléaire tactique avait explosé à l’intérieur… Néanmoins, il vait toujours le don de poser la bonne question au bon moment à la bonne personne, ou à l’inverse d’apprter l’élément de réponse décisif pour faire avancer un problème.
« Comme l’a dit Lucija, difficile à dire… D’une part, n’ayant pas été formée à la contre-surveillance, je serais mal placée pour répondre, d’autant que les lieux étaient plutôt bondés. Après, il n’est pas impossible que ce Silaïev… »

Et encore une fois Laroquette se manifesta. De manière à inquiéter un peu la scientifique. Leur agresseur s’était échappé ? Comment ? Elle l’avait vu se faire anesthésier, pourtant… L’hôpital. Il avait dû recevoir des soins dans un hôpital, après qu’elle lui avait arraché le genou d’une balle de 9mm. Et un hôpital, tout sécurisé qu’il fût, ne l’était pas plus qu’une base militaire, un commissariat ou une base militaire… Ce démon avait dû se défaire facilement de la sécurité là-bas, et tailler la route ensuite sans laisser de traces. D’un coup Abigail marqua un temps d’arrêt. Viendrait-il chercher vengeance aux USA ? Dans ce cas, Lucija, et surtout elle ne seraient plus en sécurité nulle part… Un frisson lui descendit l’échine, et elle jeta un regard autour d’elle, sentant la paranoia la gagner. « C’est pas le moment de jouer les parano… Un truc pareil ça s’invente pas. Laroquette est un bâtard vicieux, mais pas à ce point… »

Lucija reprit la parole pour elle deux. Abigail ne voyait pas quoi rajouter, la Croate trouvant à chaque fois le smots justes pour décrire leur situation. Mais bien entendu, Laroquette s’embarqua dans une critique passablement acerbe et infondée de sa coéquipière, la qualifiant de tueuse à gage sans foi ni loi, mais révélant aussi qu’elle avait eu dans sa ligne de mire 3 agents de l’ORS et pas moins de 6 spécimens. Abigail sentait sa confiance en l’ORS s’ébranler. Malgré toutes les enquêtes de sécurité, et tous les tests réguliers de l’agnece, la corruption trouvait un moyen de s’implanter parmi certains agents ? Non, impossible que Lucija soit de leur nombre. A croire Laroquette, c’est tout juste si Lucija n’aurait pas profité qu’elle ait le dos tourné ou qu’elle ait eu un instant de faiblesse face au tueur pour soit la laisser se faire tuer, ou la tuer elle-même. N’importe quoi ! Pour qui se prenait-il, décidément, ce Laroquette ?! Le rouge lui montait au visage, la colère devant une accusation aussi grossière lui faisait serrer un poing autour de son stylo et approfondir son souffle. Et ceux qui avaient eu la rare malchance de croiser la sicentifiqua dans cet état savaient que c’étaient les signes avant-coureurs d’une explosion proche…

Mais Lucija explosa à sa place, les envoyant balader en coupant le magnéto et claquant la porte. Briggs décréta alors une pause. Et quand Abigail leva ses yeux remplis de rage sur le colonel, elle se leva à sontour, entement et pleine de dignité, toujours son stylo en main, et s’approcha de lui.
« Colonel, commença-t-elle d’une lenteur terrifiante, le magnéto étant coupé, je peux vous le dire sans mâcher mes mots, vous n’avez aucune idée de ce par quoi nous somme passées, Lucija et moi… Ce n’était pas une mission de renseignement, mais bien une mission suicide que vous nous avez collé là ! Aussi je vous l’annonce très clairement, à vous trois… Arrêtez ce jeu, ou vous ne perdrez pas un, mais deux agents ! Ce genre de méthode est de celles à briser une personne moralement, civile comme militaire… Et elles sont inacceptabels, quand on sait que nous y étions encore LA SEMAINE DERNIERE ! Le stress post-traumatique, vous connaissez ? Eh bien sachez que ça ne se résout pas en une semaine ! Tout ça à cause de… Je compte sur vous pour résoudre ces problèmes de planification à l’avenir… ou ne comptez plus sur ma participation. De même, j’ai de quoi faire parler Grauber à coup sûr. Si vous voulez en profiter… faites ce qu’il faut. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser… »

Abigail se fraya un chemin en les séparant, comme ils avaient tenté de diviser les deux femmes, pour rejoindre la porte, réajustant son gilet et sa jupe de tailleur en se dirigeant vers les toilettes. Elle avait besoin de se passer de l’eau sur le visage. Et d’un verre de vin. Mais elle attendrait de rentrer chez elle pour ça : une bouteille de vin californien n’attendait que son retour pour lui vider la tête temporairement, avec un bon livre… Elle arpenta le couloir en essayant de se calmer plus ou moins, Laroquette l’avait véritablement poussée à bout. Elle ne comprenait toujours pas comment cet homme avait réussi à se placer aussi haut dans la hiérarchie. « Sans doute une frappe de drone particulièrement spectaculaire… ou un missile balistique qui a rayé de la carte 100 km² de montagne afghane… enfin bref, nous y voilà… »

Elle entra dans les toilettes, et observa un spectacle qui lui donna à réfléchir. Sa pauvre coéquipière semblait au plus mal, pilules en main (même si la moitié du flacon avait déjà trouvé le chemin du lavabo) pour tenter d’effacer la douleur. Et à voir ses yeux, il était évident que si elle n’avait pas déjà versé des larmes, elles n’étaient pas loin. Et comme Abigail la comprenait ! Elle-même était apssée apr là, quelques années plus tôt, quand Laroquette, encore lui, lui avait retiré son arme et tenue éloignée des opérations de terrain sur un vice de procédure : elle avait tiré en état de légitime défense, mais aussi d’ébriété. Elle lui en avait toujours voulu depuis lors, d’autant qu’on lui avait par la suite expliqué que n’importe quelle autre institution ne lui aurait causé aucun souci. Et en plus le suivi psychologique. Ca lui avait bouffé une ou deux heures par semaine pendant plusieurs mois, avant qu’un passage sur stand de tir ne lui rende son arme.

Ca n’était toutefois rien en comparaison de sa coéquipière. Elle voulait lui dire quelque chose, mais les mots refusaient de sortir comme elle voulait, à l’évidence. Abigail la prit dans ses bras, spontanément, sans se soucier du reste. Juste pour la réconforter. Pour qu’elle ne se sache pas seule face aux lions. Elle ne pouvait pas l’imaginer lui voulant du mal, même involontairement. Pas après l’avoir vue avec sa famille chez elle pas plus tard que l’avant-veille. Non, Laroquette, et la hiérarchie de l’ORS, soupçonnait-elle, était du genre à sauter des étapes pour arriver aux conclusions qui leur plaisaient, sans s’embarrasser de contextes ou de circonstances.
« Je sais, Lucija, lui glissa-t-elle, je sais… D’expérience, Laroquette a toujours été comme ça, un connard sans nom… Mais je leur ai bien fait sentir que si ils ne modifiaient pas leurs méthodes, je posais ma démission. J’espère juste que ça va porter ses fruits, vu ce que j’ai pu leur apporter ces dernières années… Je te laisserai pas tomber, Lucija, ni toi ni aucun de mes coéquipier… » Le tutoiement avait souvent le don pour rassurer les gens. Mais elle avisa encore une fois le flacon dans les mains de sa coéquipière, et reconnut les comprimés. Commme quoi sa couverture dans l’industrie pharmaceutique allait enfin lui servir à quelque chose.
« Benzodiazépine… Super efficace, mais fais quand même attention, cette merde peut rendre dépendant en moins de deux, ajouta-t-elle en ouvrant le robinet pour se passer un peu d’eau sur le visage. Après un court silence, elle reprit, d’un ton interrogateur : combien de temps est-ce qu’il faut pour oublier un truc pareil ? Depuis qu’on est revenues, j’ai ces espèces de… rêves, ou plutôt de cauchemars, où je nous revois en train de nous faire tirer dessus… Je sais que ça doit faire partie de ce qu’on ressent normalement après ce genre de sortie, mais toutes les nuits ? Vous pensez que… passer plus de temps en compagnie d’armes pourrait aider ? »

Elle en profita pour jeter un œil à sa montre. L’heure de reprendre se rapprochait. Abigail posa une main sur l’épaule de Lucija. « Ca va être à nous dans peu de temps pour un second round… Prête ? Et n’oubliez pas… en cas de pépin, les scientifiques sont là. » avec un petit clin d’oeil. Ca valait ce que ça valait comme réconfort, mais bon, c’est tout ce qu’elle avat trouvé sur le moment. Pendant qu’elles marchaient dans le couloir, Abigail se tourna vers Lucija. « J’ai trouvé un moyen pour faire parler Grauber. A base de tétrodotoxine et de curare, histoire de bien le secouer et l’empêcher de bouger, tout en lui infligeant assez de douleur pour tout lui faire déballer… Quelques heures au labo, et on pourra aller lui rendre visite, qu’en dites-vous ? » juste avant de passer la porte en même temps que sa partenaire. Elles avaient commencé toute cette histoire ensemble, elles la finiraient ensemble.

Et à sa grande satisfaction, Laroquette avait débarassé le plancher.
-Docteur Lorenson, agent Radenko, intervint Campbell, pour la première fois depuis le début du briefing, après concertation nous avons reconnu l’impact négatif qu’approtait le colonel sur le débrifing, nous lui avons donc demandé de se retirer. Pour continuer, donc, aucune manière de savoir si vous étiez suivies ou si un agent d’une tierce organisation était sur le coup… En revanche, Lorenson, vous avez fait le rapprochement entre les résultats que vous avez entr’aperçus et une de vos précédentes opérations, ovus pouvez détailler pour le magnéto s’il vous plait ? »
-Certainement. D’après les quelques pages que j’ai pu lire, il semblerait que le labo que les agents McGregor, Fallen et moi avons été envoyés démanteler au Kenya l’année dernière faisait partie du projet sur lequel travaillait notre cible. Ce que nous avons pu récolter comme données en Afrique montrait déjà un avancement certain dans leurs recherches, mais à la lecture de ses documents, il est évident que la contribution de Grauber à cette affaire a considérablement fait avancer les choses : ils sont à quelques manipulations d’obtenir un parasite viable aux effets catastrophiques, comparables à une infection au Solanum. J’ignore encore où ils ont pu récupérer leurs souches, leur matériel génétique et leurs équipements, mais il est évident que ces gens disposent de moyens de recherche colossaux. Faites parler Grauber à ce sujet, et nous devrions avoir une idée sur comment aborder ce problème…
-Justement, je sais que vous avez souvent des idées peu… conventionnelles d’ariver à vos fins. Radenko, des suggestions sur la manière de faire parler Grauber ? »
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Sam 26 Avr - 22:13

Il est des situations où les mots ne sont d'aucune utilité, d'aucun réconfort, mais où un geste d'une simplicité déconcertante peut faire des miracles. Et Lucija était présentement dans cette situation. En voyant Abigail rentrer à sa suite dans les toilettes, elle n'avait su trouver verbalement la façon de lui dire ce qu'elle ressentait. Laroquette avait été tellement abject qu'elle ne pouvait pas se défaire de l'impression que, quelque part, il pouvait avoir convaincu la scientifique. Après tout, qui pouvait reprocher à un être humain normal de se méfier d'une personne qui trompait tout le monde, et qui sillonnait le globe pour tuer des innocents ? Peu de gens, assurément. Mais de toute évidence, le docteur Lorenson faisait partie d'une catégorie relativement rare sur Terre. Des individus extrêmement rationnels, qui ne se fiaient pas aux émotions du moment, mais aux faits. Elle aurait pu la juger sur ce qu'elle avait entendu dire, sur les bribes d'informations que Laroquette avait sorties de son dossier pour l'enfoncer. Mais elle n'en avait rien fait. Au lieu de quoi, elle avait choisi de lui maintenir sa confiance, en se fondant sur leur expérience commune, sur les moments difficiles et heureux qu'elles avaient partagés. Un choix raisonnable d'une personne gouvernée par la raison. Si son esprit scientifique pouvait paraître froid et terrifiant à la jeune croate, de temps en temps, elle ne pouvait pas s'empêcher de trouver des points positifs à cela.

Rendant son étreinte avec un intense soulagement à la scientifique, Lucija ravala les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues et, incidemment, de ruiner son maquillage. Elle tenait à apparaître impeccable lorsqu'elle reviendrait dans la salle de briefing, car elle avait désormais pris sa décision. Elle ne fuirait pas, et demeurerait au banc des accusés, simplement parce qu'elle savait qu'Abigail ne la laisserait pas tomber. A deux, elles n'avaient pas à craindre Laroquette et son envie de les descendre, ni personne dans l'ORS. Elles n'avaient tout de même pas survécu à une fusillade terrible à Berlin pour se laisser impressionner par des bureaucrates. Comme pour rassurer encore la tueuse, toujours secouée par l'altercation violente avec sa hiérarchie, Lorenson lui raconta comment elle avait menacé de démissionner de son poste s'ils ne changeaient pas d'attitude. Lucija tiqua, et faillit lui dire d'aller s'excuser sur-le-champ... elle ne voulait pas que sa coéquipière eût des problèmes, ou perdît son emploi, à cause de son incapacité à gérer un débriefing. Mais la détermination de la scientifique lui fit perdre ses mots, et elle se contenta de lui sourire en secouant la tête, comme pour dire : "vous êtes incorrigible".

Mais soudain, tout redevint sérieux lorsqu'Abigail nota les cachets que tenait Lucija. Des anxiolytiques, destinés à combattre les symptômes post-traumatiques dus à la fusillade. Des médicaments qu'il ne fallait pas prendre à la légère, comme le rappela la jeune femme aux cheveux roux, mais qui avaient un effet radical et immédiat. La tueuse considéra un moment le flacon qu'elle tenait entre les mains, à moitié vide. Ces petites gélules étaient très efficaces, certes, mais elles n'étaient pas toujours suffisantes aux soldats qui revenaient du front. Elles n'étaient pas toujours suffisantes pour chasser les images des frères d'armes qui venaient d'exploser sur une mine irakienne, ou qui brûlaient vif après que leur véhicule de transport eût été frappé par une roquette.

- Ca ou autre chose... Lâcha-t-elle d'un ton beaucoup plus morose qu'elle ne l'aurait voulu.

Elle avait connu bien pire que les anxiolytiques, à dire vrai. Au cours de son passage chez les forces spéciales, après quelques missions particulièrement difficiles, qui n'avaient pas toujours vu revenir tous les membres en vie, elle avait cédé à la drogue, notamment à l'héroïne. Elle avait toujours su que c'était une saleté sans nom, mais quand on passait trois jours sans pouvoir fermer l'œil, à cause de visions horribles à faire vomir même les plus endurcis, quelques heures à planer ressemblaient à s'y méprendre au paradis. Et au diable les conséquences ! Elle avait décidé de tout arrêter en quittant l'armée, et elle avait d'ailleurs fait une brève cure de désintoxication alors qu'elle était en France, pour être certaine de ne plus y replonger. Et la seule chose qui l'en empêchait totalement, aujourd'hui, c'était le visage de sa fille et de Richard, qui ne se remettraient jamais de la voir anéantie par la drogue. Elle pouvait leur cacher ses activités illégales, mais pas son état physique.

Inspirant puis expirant un bon coup pour se remettre les idées en place, Lucija revint à Abigail, et à ses inquiétudes du moment. Des inquiétudes légitimes, surtout pour une femme qui était davantage habituée au travail de laboratoire qu'aux missions de terrain. En tant qu'assassin, et au vu de son parcours dans l'armée, elle était celle qui devait rassurer l'autre, et pas l'inverse. Reprenant son rôle, elle s'approcha du docteur Lorenson, et sans un mot retira ses lunettes pour examiner ses  yeux. De loin, rien d'anormal, mais on y décelait en regardant de plus près les signes d'un manque de sommeil évident. Ce n'était pas grand-chose pour une femme qui devait avoir l'habitude des nuits blanches, mais les cauchemars liés à un stress post-traumatiques étaient nettement plus difficiles à gérer que n'importe quelle charge de travail. Fronçant les sourcils en entendant la dernière question de la scientifique, Lucija répondit :

- Pas les armes, non. Ces cauchemars sont normaux, Abigail... Je ne peux pas dire qu'ils sont agréables, ni même qu'il ne faut pas les combattre, mais ils font partie du processus normal pour retrouver une vie saine. Ce n'était déjà pas une situation très habituelle pour moi, mais pour vous cela devait être de l'ordre de l'irréel... Votre cerveau revit l'événement jusqu'à pouvoir le maîtriser totalement, ce qui n'est pas toujours simple. Essayez... je ne sais pas... le yoga, la pêche, la course à pied, ou bien de parler à un psychologue - un privé, de préférence -, mais pas les armes...

Elle marqua une pause, comme pour chercher les mots justes, avant de dire :

- Vous n'êtes pas une tueuse, Abi (le diminutif lui était venu naturellement), et je ne tiens pas à ce que vous deveniez comme... comme moi. Au début, on tire pour le plaisir... Et après, on se met à tirer sur des gens... Je pense que les armes vous font peur, à juste titre d'ailleurs, mais vous faites déjà ce qu'il faut pour maîtriser cette peur. Vous passez au stand de tir, j'imagine, et vous avez dû recevoir des formations en cas de prise d'otage... Pas besoin de plus.

Rendant les lunettes de la scientifique, elle ajouta :

- Mais si vous voulez, je peux venir tirer avec vous... (puis, sur un ton taquin : ) Et je vous préviens, n'essayez pas de parier que vous viserez mieux que moi, vous vous en mordriez les doigts !

Elle partit d'un rire léger et cristallin, qu'on n'entendait pas souvent car elle était plutôt sérieuse et froide d'ordinaire. Mais en l'occurrence, dans cette pièce close, loin des caméras et des micros, loin des oreilles indiscrètes et d'ennemis cachés, elle pouvait se laisser aller. Une dernière fois. Une dernière fois avant de rejoindre l'arène, la fosse aux lions où les attendaient une armée de gladiateurs prêts à les défier et décidés à les mettre à mort si elles ne se débattaient pas. Elles avaient souffert au premier round, mais la mi-temps leur avait permis de se remobiliser, et de retrouver leur combativité... celle-là même qui leur avait permis de revenir en vie de leur escapade allemande. Avec un sourire complice, et posant à son tour une main sur l'épaule de son interlocutrice, Lucija glissa :

- Et vous pourrez toujours compter sur moi pour vos couvrir... quelle que soit la distance qui nous sépare.

Les deux femmes, qui avaient changé radicalement d'attitude en moins d'un petit quart d'heure, passant d'un abattement teinté de fatigue à une assurance presque insolente, se lancèrent à l'assaut du couloir qui menait à la salle de briefing. En route, Abigail expliqua à sa coéquipière qu'elle avait une solution pour faire parler Grauber. Le détail technique lui échappait totalement, mais le principe de la torture avait cela de merveilleux qu'il était particulièrement simple : trouver le point d'équilibre entre une douleur maximale, et la survie du cobaye. Et de toute évidence, à voir le visage parfaitement calme du docteur, sa pauvre victime risquait de se mettre à table rapidement. Lucija n'aimait pas vraiment la torture, même si elle considérait que c'était un moyen comme un autre d'obtenir des informations. Un moyen qui pouvait parfois être rapide et efficace, mais qui dans bien des cas était long, répugnant et inhumain. En tant que tireur d'élite, elle tuait de loin, d'une seule balle bien placée. La torture était l'exact opposé de son travail : il fallait être tout près de la personne, sentir l'odeur de la peur, celle du sang et de la mort que l'on approchait de près. On entendait à s'en crever les tympans les hurlements déchirants, les appels à l'aide, les suppliques. La tueuse avait le sang trop bouillonnant pour être capable de mener une telle séance, mais elle ne doutait pas d'Abigail. Un être aussi froid et neutre, méticuleux et patient à la fois, devait être un formidable tortionnaire... Incapable d'éprouver autre chose que du dégoût vis-à-vis de la séance de torture que le docteur Lorenson lui proposait, Lucija hocha la tête et répondit :

- Je serai avec vous, mais ne me demandez pas de faire quoi que ce soit. Voir les gens souffrir me rend malade... Mais je resterai à vos côtés, rassurez-vous.

S'étant entendues sur leur visite à Grauber, elles entrèrent dans la salle de débriefing, pour constater avec un plaisir sincère que Laroquette n'était plus là. Il avait dû être prié par ses collègues de quitter les lieux, intuition qui leur fut confirmée lorsque, s'étant assises, Campbell leur expliqua qu'il avait été écarté de la réunion à cause de son "impact négatif". Une jolie formulation pour dire que c'était un beau salaud, et qu'il avait pris un malin plaisir à essayer d'enfoncer Lucija. Cette dernière se sentait beaucoup mieux de savoir qu'il n'était plus là, même si elle aurait préféré pouvoir l'affronter encore une fois, afin de ne pas repartir d'ici avec la sensation amère d'avoir été battue. Il avait été éloigné, mais il avait tout de même triomphé.

Revenant au sujet principal, elle écouta la question de Campbell, et se tourna vers Abigail, qui détailla le lien qu'elle faisait entre les travaux de Grauber une autre mission qu'elle avait menée au Kenya. La jeune femme n'en avait pas eu connaissance, mais il lui semblait que la situation était préoccupante. Si des gens travaillaient sur un virus semblable au Solanum, elle n'osait imaginer quelles étaient leurs intentions. Le vendre ? Exercer un chantage sur les gouvernements ? Ou bien l'utiliser comme une drogue de combat ? Un produit dotant un soldat de la résistance d'un infecté, sans le priver de ses capacités cognitives fournirait une arme redoutable. Mais Lucija n'était pas experte en la matière, et elle imaginait que ses suppositions étaient purement fantaisistes... Toutefois, il n'y avait pas si longtemps, elle pensait que les loups-garous étaient une pure fantaisie également. De toute façon, seul Grauber pourrait leur en apprendre davantage au sujet des usages de ses travaux, si d'aventure il en avait une petite idée. On demanda d'ailleurs à Lucija ce qu'elle pensait de la manière de le faire parler, ce à quoi elle répondit :

- J'ai toute confiance dans les méthodes du docteur Lorenson. Je ne suis pas experte en torture, mais si nous voulons vraiment éviter le développement accidentel ou volontaire d'un virus proche du Solanum, je pense que toutes les mesures doivent être prises. Si nous avions affaire à un homme entraîné, je vous aurais probablement dit qu'il vous faudrait fermer les yeux sur la morale et sur l'éthique pour un temps, mais Grauber est un scientifique qui n'a probablement pas été formé pour résister à la douleur.

Au fond d'elle-même, Lucija espérait qu'ils n'auraient pas à en arriver à une telle extrémité. Le scientifique, déboussolé après avoir été endormis et transporté dans une cellule, devait se demander où il était, et ce qu'on pouvait bien lui vouloir. Peut-être qu'une menace appropriée, ou qu'un bon marchandage, pourraient suffire à le convaincre de parler. Il n'était de toute façon pas idiot, et il avait dû réfléchir à cette éventualité. Il était certain qu'il allait chercher à négocier. Mais si Abigail désirait aller jusqu'au bout de sa vengeance, elle ne se mettrait pas en travers de sa route. Elle n'était pas suicidaire. A sa réponse, Campbell hocha la tête, et croisa les mains :

- Très bien, agent Radenko. Avant que vous partiez, je voudrais revenir sur votre statut un peu particulier dans notre organisation. Le colonel Laroquette, à sa façon, voulait vous faire comprendre que vous travaillez au sein d'une chaîne de commandement stricte, et que vous devez respecter les ordres. Votre dossier... eh bien, ne joue pas vraiment en votre faveur. Vous devez comprendre le colonel lorsqu'il fait preuve d'une certaine méfiance à votre égard. Cette première mission était une sorte de test, et vous avez brillamment enfreint la plupart des règles que nous fixons à nos agents de terrain, quel que soit leur grade. Est-ce que vous voyez où je veux en venir ?

Lucija, en dépit de l'accusation qui lui était faite, était d'un calme impérial. Elle répondit d'une voix glaciale comme la mort elle-même :

- Je pense que si nous devons jouer dans la même équipe, nous devons arrêter de nous mentir, et de mentir au docteur Lorenson, monsieur. (Se tournant vers cette dernière : ) Je suppose que vous l'avez compris maintenant, Abigail, je suis effectivement une criminelle recherchée pour plusieurs meurtres dans un bon nombre de pays. Certes, j'ai fait des choses très critiquables, et je conçois que cela puisse déplaire au colonel. Mais soyons clairs : c'est votre organisation qui est venue me contacter. Si je vous ai rejoint, c'est contrainte et forcée, parce vous avez menacé ma famille. Vous êtes parfaitement conscients que je ne suis pas un "vrai" agent, et que je n'ai pas un "vrai" statut ici. Est-ce que vous voyez où je veux en venir, monsieur ?

Tuck se fendit d'un sourire amusé, les autres demeurèrent indéchiffrables. Puis, au bout d'une longue seconde, Campbell finit par hocher la tête. Mais cela ne signifiait pas que la jeune femme avait obtenu gain de cause, et l'homme à l'imposante carrure se chargea de le lui rappeler :

- Je comprends. Vous pouvez disposer, agent Radenko. (Puis, comme elle se levait : ) Vous serez tenue informée de notre décision quand nous aurons statué. Mais je dois vous rappeler - et désolé si cela ressemble à une menace  - que si vous quittez l'ORS, nous sommes légalement tenus de transmettre intégralement votre dossier aux agents fédéraux.

- Arrangez-vous pour me garder, alors, glissa malicieusement la jeune femme, avant de quitter la pièce.

Elle avait décidé de jouer la carte de la provocation et de la franchise, mais au fond elle n'en menait pas large. Elle n'aurait su dire avec précision si Campbell était sérieux, ou s'il bluffait. De toute évidence, ils avaient le pouvoir de ruiner sa vie, de détruire tout ce qu'elle avait reconstruit. Oh certes, elle avait assez d'argent sur un compte off-shore pour se payer une nouvelle vie, et permettre à toute sa famille de déménager n'importe où dans le monde, de se payer une nouvelle identité, et de tout faire repartir à zéro. Mais c'était véritablement en dernier recours. Elle n'imaginait pas que Richard pourrait un jour lui pardonner ce qu'elle avait fait s'il venait à l'apprendre, encore moins si elle le lui annonçait dans de telles conditions. Non. Cet argent était là dans l'éventualité où elle devrait ne pas revenir d'une de ses escapades au bout du monde. Son contact colombien, d'une manière ou d'une autre, finirait par obtenir confirmation de sa mort, et se débrouillerait pour falsifier un certificat de décès qui ouvrirait le droit à la succession. Une succession donnée entièrement à Richard et Ashley. En vérité, Lucija n'avait jamais imaginé devoir utiliser de son vivant plus que le strict nécessaire de cet argent caché.

Elle chassa ces sombres pensées, et s'adossa au mur près de la porte de la salle de débriefing, son petit serré entre ses mains, attendant patiemment qu'on eût terminé de parler à Abigail. Pendant ce temps, de l'autre côté du lourd battant qui absorbait si bien les sons que rien ne filtrait au dehors, tous les regards s'étaient tournés vers la scientifique, désormais seule cible de leur attention. Ce fut Campbell qui continua, avec le même ton calme et posé qu'auparavant :

- Bien. Pour la suite, il est préférable que vous demeuriez seule, car nous allons aborder des points très spécifiques que l'agent Radenko, de par son statut, n'a pas besoin de connaître en détail. Déjà, avoir votre retour sur votre premier commandement en solo... Ensuite, nous aurons besoin de vous pour décider des sanctions à prendre contre votre coéquipière, ainsi que pour savoir jusqu'à quel point nous pouvons lui faire confiance pour la suite. En effet, vous l'avez compris, il se trame quelque chose de très gros, et votre amie y est liée. Tuck vous expliquera en détail les rapports des autres antennes pour que vous puissiez saisir l'ampleur du problème. Mais avant toute chose, parlez-nous de comment vous voulez vous y prendre pour faire parler Grauber. Les lois ordinaires ne nous affectent pas vraiment, mais ce n'est pas pour cela que nous aimons nous en éloigner. Et je ne tiens pas à ce que cet interrogatoire se transforme en vendetta...

Son regard plongea dans celui de Lorenson, à la recherche de réponses.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Lun 16 Juin - 15:53


Comment qualifier son état en ce moment ? Abigail se sentait d’une légèreté étonnante, comme si la proximité de Lucija lui permettait d’évacuer son stress. Il est vrai que son coup de gueule de tout à l’heure l’avait bien aidée à se détendre un peu, mais de savoir que sa coéquipière reprenait du poil de la bête, ça lui faisait chaud au cœur. La scientifique ne supportait l’échec sous aucune de ses formes, à la fois pour elle et pour ses équipiers. Elle considérait un collègue démoralisé comme un échec de sa part à l’avoir motivé. Dans le cas présent, Laroquette était à blâmer pour leur baisse de moral, mais l’effet était le même : se recentrer ensemble leur avait donné un regain de force bienvenue.

Et comme à son habitude, Lucija avait été la voix de la raison et de l’expérience de leur duo. Elle avait raison : les amres lui faisaient peur. Chaque fois qu’elle passait une sentinelle en arme, elle jetait un regard méfiant au M4 que certain tenaient comme si il s’était agi de leur enfant ou copine. Elle était à l’université quand avait eu lieu le massacre de Columbine ; jusqu’à la fin de l’année scolaire, elle se demandait quand un tel carnage se produirait dans son université. Par chance, elle finit ses études avant qu’une telle chose n’arrive. Cependant, elle avait gardé sa méfiance envers les armes et tous ceux qui en portaient. Ca n’avait été qu’au prix de nombreux essais sur stand de tir qu’elle avait fini par ajuster suffisemment ses tirs pour qu’on lui accorde son port d’arme. Et la seule fois où elle avait dû s’en servir « pour de vrai », elle se tenait au contact de sa cible. Alors se retrouver en plein milieu d’une fusillade comme ça à balles réelles… « C’était pire qu’irréel… Pour être honnête, entre la fin de mon speech et jusqu’à ce que l’avion soit en vol, je n’ai pas arrêté de me demander « mais qu’est-ce que je fous là ? Comment on en est arrivées là ? » Le yoga me ferait sans doute du bien, oui… Comme quoi, ma mère a eu raison de m’offrir ce livre pour mon anniversaire l’an dernier ! »

Elle récupéra ses lunettes que Lucija avait enlevées pour examiner ses yeux ravagés de fatigue, et les réajusta en opinant à l’idée de tirer en compagnie de Lucija. Nul doute qu’elle apprendrait beaucoup d’elle dans ce domaine. Elle savait tirer avec une arme de poing, mais avec un fusil ou pire encore un fusil de précision, elle perdait le peu de compétence qu’elle avait en matière d’armes à feu. Alors si Lucija pouvait lui donner un ou deux trucs, elle ne cracherait aps dessus !
« Loin de moi la prétention de mieux viser, mais ne sous-estimez pas la physique, Lucija, ne sous-estimez pas la physique… » répondit-elle d’un ton taquin avec un petit clin d’œil en riant à son tour, avant de s’en retourner ensemble vers la fosse aux lions. « Qui sait, peut-être pourrais-je vous donner un ou deux petits trucs pour contrer les forces qui s’appliquent sur un projectile sur des tirs longue distance… »

Une fosse qui s’était calmée avec le départ de Laroquette, remplacé par un Campbell qui était sorti de son mutisme. Il lui avait demandé le lien entre ses récentes trouvailles et le labo clandestin au Kenya, et sur ses méthodes pour faire parler Grauber, avant de se reporter vers Lucija. Lucija qui révéla sa vraie nature de criminelle internationale. Au départ, Abigail aurait plutôt penché pour un membre de forces spéciales avec un passif d’insubordination, ou de bavure en opérations. Mais après l’avoir côtoyée pendant la mission en Allemagne, elle savait qu’elle n’était aps du genre à commettre des erreurs comme ça. Elle était du genre à utiliser sa tête pour se tirer du guêpier plutôt que de foncer tous flingues dehors. Abigail, elle, était plutôt du genre à utiliser sa tête d’abord pour ne pas avoir à utiliser son flingue de toute la mission.

Mais elle ne l’aurait jamais imaginée comme une criminelle de rang international.

Cela dit, cela n’altérerait en rien leur relation. Elle voyait même cela comme un avantage, en un sens. Dans l’Art de la Guerre, il est écrit « Connais ton ennemi comme tu te connais toi-même ». Comment arrêter un criminel sans réfléchir comme un criminel ? Elle ne doutait pas que l’ORS entretenait des relations avec des vampires ou des lycans sous contrôle pour des études ou des recherches, voire pour des renseignements au sujet d’autres spécimens. Elle restait persuadée que Mary Jankowskyova, qui travaillait dans le labo mitoyen du sien et avec qui elle partageait régulièrement ses pauses déjeuner, avait quelque chose d’inhumain… Son goût pour la viande immodérément saignante et son teint trop pâle lui paraissaient suspicieux, mais Mary était une personne adorable sous tous les autres aspects de sa personnalité. Il en allait de même avec Lucija : elle avait peut-être une face cachée trouble, mais les résultats étaient là, et elle n’aurait changé d’équipière pour rien au monde.

Campbell remercia Lucija pour la suite du briefing, laissant Abigail seule face à ses supérieurs. La situation s’annonçait tendue. Effectivement, quelque chose d’important se tramait. Entre un labo en Afrique et des papiers théoriques en Allemagne, il était évident qu’une opération à l’échelle mondiale se préparait. Infestation virale ? Expérimentations incontrôlables ? Apocalypse zombie ? Il reviendrait à elle et ses compagnons d’armes de l’ORS de le contrer…
« Pour un premier commandement en solo, commença Abigail, je pense avoir fait au mieux. Avec la préparation et les circonstances qui se sont accumulées en cours de route, difficile de dire comment un agent plus expérimenté aurait réagi. J’estime avoir fait ce qu’il fallait en termes de planification sur le terrain pour l’action initiale. Cependant, je dois souligner l’impact de Lucija, qui a toujours été de bon conseil dans les moments critiques. Pour ce qui est du reste, qualité des ordres reçus, et ce genre de choses, il faudra demander à Lucija, je serais trop partiale pour répondre. »
Elle ravala sa salive, avant de poursuivre.
« En termes de sanctions, il est évident qu’elle doit en recevoir. Mais si vous me demandez, ajouta-t-elle d’un ton surprenamment vindicatif, je vous dirai que j’ai toute confiance en elle et m’en porte garante personnellement. Pendant cet engagement, si elle n’avait pas été là, vous m’auriez sans doute récupérée dans un sac mortuaire avec un trou de la taille d’un pamplemousse à l’arrière du crâne. J’ai également eu l’occasion de la revoir hors du travail, c’est une personne tout ce qu’il y a de plus équilibrée et intègre. Donc selon moi, elle est digne de confiance de la part de l’ORS. Pour ce qui est de la sanction… assignez-là à une mission sous le commandement d’un agent expérimenté, que sais-je… Je n’ai que peu d’expérience des sanctions dans le monde militaire, je vous laisse seul juge… »

Et enfin, le point douloureux. Faire parler Grauber.
« Avant toute chose, je tiens à préciser que je ne suis pas experte en coercition, et que j’apprécierais la présence d’un medécin à proximité, au cas où. Pour la méthode, je pensais à de la succinylcholine ou du curare, et de la tétrodotoxine. Il subira tellement de douleur sans pouvoir rien y faire qu’il nous dira tout ce qu’on veut savoir si on lui pose les bonnes questions. Et si vous craignez que j’aille trop loin… mettez Lucija ou quelqu’un d’autre dans la pièce avec moi pour me retenir, si ça peut vous tranquiliser. Mais soyez assurés que je saurai me maitriser. Demandez au psy de la base, il a un dossier sur moi, et nulle part il n’est écrit que j’ai des tendances sadiques ou sociopathes. Seulement perfectionniste… »
Campbell et Briggs se murmurèrent quelques mots, adressant également un regard à Tuck, puis se reportèrent à la sicentifique devant eux.
« Bien… Soyez prête en salle d’interrogatoire 4 cet après-midi à 15h. Radenko sera en salle d’observation, et le docteur Costigan sera là pour vous assister si nécessaire. Merci, Docteur Lorenson, vous pouvez disposer »

Abigail se leva et sortit finalement à son tour. Elle trouva sa coéquipière adossée près de la porte, serrant ce qui devait être un médaillon de sa famille dans une main, la mine sombre. Elle devait se faire un sang d’encre à se demander ce que les pontes de l’ORS allaient imaginer pour la couler encore davantage. Abigail posa une main sur son épaule pour la rassurer. « J’ai assuré notre défense du mieux possible, ils ne devraient pas prendre de mesures trop restrictives à votre encontre, du moins j’espère. On nous attend en salle d’interrogatoire 4 à 15h, vous en observation, moi dedans avec un médecin de la base. D’ici là, je dois faire un crochet par le labo, pour récupérer ce qu’il me faut. Ne vous inquiétez pas, même si je ne suis pas experte en la matière, tout ira bien… »

**********

La salle d’interrogatoire 4 était à l’image de celle qu’elle avait déjà eu l’occasion de voir auparavant. Une salle aux murs beige et un mirroir sans tain, deux chaises et une table en métal, un microphone posé sur la table et une batterie de caméras pointées sur le suspect assis au centre de la pièce. Le docteur Costigan était déjà en place, posant des électrodes sur le torse du docteur allemand, les reliant à un électrocardiographe enregistrant ses signes vitaux. Abigail, après avoir accompagné Lucija jusqu’à la salle d’observation adjacente, entra à son tour face à l’Allemand. Dans ses mains, une planchette pour prendre des notes, sur laquelle était posée son stylo-plume et un arrangement de seringues, préparées par ses soins quelques heures plus tôt. Elle s’installa alors face Grauber, sans un mot, ses yeux bleu-vert toisant avec mépris l’homme devant elle.

Plusieurs secondes passèrent, avant que Grauber ne rompe le silence pesant dans la pièce.
-Content de vous revoir, Abigail, commença-t-il en allemand. Vous…
-Mon pays, mes règles, coupa-t-elle d’un ton sec en anglais. Vous vouliez me parler. Me voilà. Dites-moi donc ce que vous vouliez me dire…
-Très bien… Par quoi voulez vous que je commence, ma chère ?
-Je veux le détail de votre organisation : qui travaillait avec vous sur le Solanum, où en êtes-vous précisément dans vos recherches, êtes-vous arrivés à un échantillon viable, avez-vous déjà procédé à des tests sur des animaux ou des humains, où procédez-vous à ces expérimentations, quels buts poursuivez-vous ?
Abigail avait posé ses questions en rafale, sans lui laisser le temps de souffler, en même temps qu’elle s’était adossée contre sa chaise en jouant négligemment avec son stylo de la main gauche, un œil sur l’électrocardiographe. Certains types de lectures pouvaient facilement déterminer si quelqu’un mentait ou non… Et d’après ce qu’elle savait, il était bien en train de dire la vérité !
-Doucement, Abigail, doucement ! Vous… vous pensez vraiment que je vais tout balancer comme ça, d’un coup ? Vous êtes bien naïve, ma pauvre petite ! Non, je voulais simplement revoir votre visage… J’adore cette expression que vous avez quand vous réfléchissez sur un problème insoluble, il vous rend encore plus mignonne…
-OK, vous voulez la jouer comme ça. Comme vous voudrez, Herr Doktor, annonça aussi calmement que la fierté d’Abigail le permettait sans qu’elle lui saute à la gorge avec un scalpel, insistant avec ironie sur le titre académique de son interlocuteur. Lentement, elle se leva, dégainant une seringue de sa plachette. S’approchant de lui, elle prit son bras, aidée par Costigan qui maintenait le bras de l’Allemand stable, et posa la seringue sur sa peau.
-Hmmm, toujours ce parfum enivrant… Eh, là, qu’est-ce que vous … ?!
-Succinylcholine, Herr Doktor, répondit-elle calmement. Je ne vous fais pas un dessin, j’imagine que vous en conniassez les effets… Vous continuez de jouer avec ma patience comme ça, j’appuie sur le piston, OK ? Bien, on recommence, plus lentement… Où en êtes-vous précisément dans vos recherches ?

Sa main restait parfaitement assurée, sans trembler, alors que Grauber le regardait, incrédule. Allait-elle vraiment l’injecter avec une substance pareille ? La moindre erreur de dosage entrainait une mort assurée. Cette fille-là était-elle donc une sociopathe de premier ordre, ou une sadique ? L’électrocardiographe commençait à s’emballer, signe de la panique qui commençait à gagner.
-Vous n’oseriez pas ! Non, vous n’oserez pas, pas après ce que nous…
-Ah vraiment ? Répondez, si vous ne voulez pas vérifier votre théorie !
-OK, OK, attendez… La… La Transmutation… Elle est viable ! Nous avons isolé le Solanum ! Nous l’avons, et nous procédons à des tests…
-Où ?
Grauber resta silencieux, comme si il avait pris conscience qu’il en avait trop dit. Les signes vitaux abttaient la campagne, comme si ils avaient conscience que tout allait mal se finir pour eux. Abigail se rapprocha encore de lui, le pouce prêt à enfoncer le piston de la seringue.
-Où ? Où menez-vous les tests ? Ne m’obligez pas à appuyer… Puis devant le silence, et après avoir jeté un œil au mirroir sans tain devant elle, elle finit par se résigner. Très bien, vous l’aurez voulu, Herr Doktor…
Abigail vérifia l’électrocardiographe, qui semblait devenir fou, et à peine avait-elle esquissé un mouvement de la main que Grauber glapit presque comiquement, comme au bord de la crise de nerf.
-Attendez, arrêtez ! Arrêtez ! En… En… En Inde ! Les essais se font en Inde ! Dans un bidonville, dans la région de Bombay !
-Lucija, vous prenez en note ? lança Abigail par-dessus son épaule à l’attention de son équipière dans la pièce voisine. On tient quelque chose, je pense…
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 19 Juin - 20:28

Lucija n'avait pas l'habitude de se retrouver dans cette situation. Elle qui avait toujours été la forte tête, la grande gueule du groupe, toujours à désobéir aux consignes et à se faire réprimander, était petit à petit en train de passer de l'autre côté de la barrière, se transformant en celle qui donnait des conseils, qui rassurait et qui calmait le jeu au regard de son expérience. Soudainement, elle eut l'impression d'être vieille, et elle sentit un brin de lassitude s'emparer d'elle. Quand elle regardait son passé, et elle avait l'impression de l'avoir passé tout entier une arme à la main, occupée à se cacher et à se faire oublier du reste du monde, mentant et trompant pour dissimuler son identité. Il était paradoxal de voir que des gens comme Laroquette en savaient en définitive plus sur elle que sa propre fille. C'était extrêmement perturbant. Curieusement, cette conversation anodine lui donna soudainement envie de tout envoyer valser. Les armes, la violence, les missions périlleuses, les escapades au bout du monde dont, fatalement, elle finirait par ne pas revenir. Elle aurait tant voulu être comme Abigail, avoir une peur bleue des pistolets, être effrayée par le rugissement d'une mitrailleuse, être pétrifiée par le tonnerre d'un fusil de précision. Mais malheureusement, elle aimait cela, et quand elle se trouvait trop longtemps éloignée des champs de bataille, elle finissait par se morfondre, et par déprimer. S'il y avait bien une chose qu'elle ne souhaitait pas à  Abigail, c'était de devenir comme elle.

Elle revint à la réalité, laissant ces pensées déprimantes derrière elle, en entendant la scientifique évoquer sa mère. En fait, c'était amusant, mais c'était la première fois que le docteur Lorenson évoquait un membre de sa famille, ou plus généralement toute personne pour qui elle était susceptible d'éprouver de l'affection. Au cours du dîner qu'ils avaient partagé, elle avait parlé boulot, détaillant sans perdre son souffle les lieux qu'elle avait visités, les choses étranges et insolites qu'elle avait vues, les découvertes que son équipe de recherche avait effectuées, mais jamais elle n'avait évoqué un proche, un parent, un ami, et encore moins un amant. Certes, il n'y avait pas beaucoup de place dans le cœur et dans la tête de la jeune femme pour un compagnon, encore moins pour un enfant qui demandait beaucoup de temps, mais qu'en était-il de ses connaissances, de sa famille ? Elle n'en parlait pour ainsi dire jamais, comme par pudeur. Lucija faillit lui poser la question, lui demander si elle voyait régulièrement ses parents, si elle s'entendait bien avec eux, mais elle se ravisa. Pour une part, c'était de la politesse, car elle ne souhaitait pas soulever des problèmes que la jeune femme pouvait avoir avec les siens de manière trop cavalière. Mais d'autre part, c'était aussi de la crainte, car Lucija anticipait la même question lui étant adressée, et elle n'avait aucune envie d'y répondre. Son passé était enfoui, et elle ne tenait pas particulièrement à le déterrer... Reprenant la conversation au vol avec une aisance peu commune, la tueuse répondit avec un sourire en coin :

- Et moi je vous apprendrai quelques petits trucs pour stabiliser vos tirs. La physique c'est bien, mais l'instinct fait beaucoup aussi.

Vérifiant par réflexe qu'aucune caméra n'était tournée dans leur direction, Lucija enleva les lunettes sur son nez, les tenant entre le pouce et l'index de la main droite. Sans avoir pour cela à réaliser le moindre effort apparent, elle conserva l'objet parfaitement immobile, et même les branches qui auraient normalement dû tressaillir quelque peu semblaient s'être figées dans l'air, comme par enchantement. Elle sourit, réajusta ses lunettes sans correctif, et haussa les épaules comme si un tel talent n'était pas le fruit d'années d'entraînement et de perfectionnement, comme si la prodigieuse maîtrise de soi qu'elle avait affiché l'espace d'un instant n'était qu'un cadeau du ciel, tombé sur elle par le plus grand des hasards.


~~~~


Retourner dans l'arène avait été plus facile que prévu, après cette concertation bienvenue qui leur avait permis de se soutenir mutuellement, et en sortir avait été prodigieusement difficile. Laisser Abigail seule face à ces rapaces n'était pas pour lui faire plaisir, et elle savait à quel point ils avaient essayé de les diviser. Même si, pour l'heure, les gradés de l'ORS qui procédaient à l'analyse de leur dossier étaient compétents et relativement neutres, elle ne pouvait être certaine de leurs intentions. Elle devait s'en remettre à Abi pour plaider en sa faveur, et bien qu'elle eût toute confiance dans la scientifique, elle doutait que son plaidoyer pût réellement faire changer d'avis des gens qui avaient déjà leur opinion.

Tandis qu'elle réfléchissait en silence, une voix s'éleva derrière elle. Une voix qu'elle ne connaissait que trop bien, et qu'elle n'avait pas particulièrement envie d'entendre pour l'heure. Elle se retourna, le visage soudainement fermé, et répondit sèchement :

- Monsieur Laroquette. Je suppose que vous êtes attendu ailleurs.

Il sourit légèrement. De toute évidence, il avait été très contrarié de devoir quitter la pièce, et lorsqu'il avait croisé Lucija seule dans le couloir, il n'avait pas pu résister à la tentation de venir jouer un deuxième round. Ici, en privé, il pouvait dire les choses beaucoup plus franchement, et il ne s'en priverait pas. Mais elle non plus :

- Toujours aussi insolente, Radenko. Vous en paierez le prix un jour, faites-moi confiance.

Elle serra les poings, furieuse :

- Si c'est une menace, vous devriez peut-être m'en coller une tout de suite, à moins que vous n'ayez pas les couilles pour ça.

- Ce n'est pas l'envie qui me manque, mais je m'en voudrais de vous faire pleurer à nouveau. Pauvre chérie...

Elle gronda, menaçante :

- Allez vous faire foutre, Laroquette.

Avec une rapidité surprenante, il avança vers elle, et tendit sa main à la vitesse de l'éclair, refermant son poing immense sur le pendentif qu'elle portait. Lucija sentit la chaîne lui rentrer dans la nuque, tandis que l'officier resserrait la pression, menaçant de briser son bijou familial, ce qu'elle n'aurait souhaité pour rien au monde. D'une voix froide, il lança :

- Non, c'est vous qui allez vous faire foutre. Avec votre mec, ou avec le premier venu comme votre copine Lorenson. Moi ce qui m'importe, c'est que vous respectiez les ordres, et peu importe que mon opinion vous déplaise. Tant que vous n'aurez pas compris ça, je serai sur votre route, et croyez-moi je ne vous louperai pas.

Il poussa Lucija sans ménagement contre le mur, et s'en alla sans rien ajouter, plein de dignité. La jeune femme avait le souffle court, le cœur battant la chamade, et elle prit quelques instants pour remettre de l'ordre dans sa tenue. Elle ne se sentait pas particulièrement choquée d'avoir été brutalisée, car après tout elle était davantage habituée à la violence physique qu'à la violence verbale, et elle savait y faire face. Elle éprouvait simplement une profonde colère à ne pas pouvoir réagir face à l'agressivité du Colonel, et à devoir une fois de plus lui céder du terrain. Elle était sur son territoire, et elle n'avait pas son mot à dire. Pour l'heure, elle avait un peu de répit, mais elle était certaine qu'il l'attendrait au tournant, et qu'il prêterait attention à son cas. Et pour l'heure, elle ne savait pas comment réagir : elle savait quelles étaient les conséquences d'une éventuelle insubordination, mais malheureusement, elle se sentait incapable d'obéir aveuglément, encore moins depuis qu'elle avait rencontré Laroquette. Elle avait l'impression qu'en le laissant prendre l'avantage une seule fois, elle ne pourrait plus jamais revenir en arrière, et cela la terrifiait.

Quand Abigail finit par sortir de la pièce, Lucija avait eu le temps de chasser de son visage les traces du passage de Laroquette, et elle se résolut à ne rien dire à la scientifique. Après tout, celle-ci avait déjà fait preuve de beaucoup d'audace en défiant sa hiérarchie pour la couvrir, et elle n'avait pas envie de faire de Lorenson son cheval de bataille, la personne à envoyer au charbon quand elle avait besoin de remettre un adversaire plus puissant à sa place. Elle était une grande fille, elle en avait vu de dures, elle avait été sur des champs de bataille pourris et elle s'en était toujours sortie en ne comptant que sur elle-même. Cette fois encore, elle réussirait, et elle ne mettrait la vie ou la carrière de personne en danger pour sauver la sienne. Ce fut donc d'une voix tout à fait maîtrisée qu'elle répondit :

- Merci Abi, ça ira. Même s'ils prennent une sanction exemplaire, c'est toujours mieux que de mourir en mission, non ? En tout cas, vous pouvez compter sur moi à 15h. Il doit y avoir un réfectoire dans ce bâtiment, je vais aller déjeuner, et puis on se retrouve devant la salle.


~~~~


Lucija se présenta cinq minutes en avance, devant la salle d'interrogatoire. Elle n'aimait pas arriver trop tôt, car elle n'appréciait pas particulièrement de devoir attendre dans un espace aussi glauque et malsain que celui-ci. Elle retrouva donc le docteur Lorenson dans la pièce d'observation, séparée de l'autre par un miroir sans tain très similaire à celui qu'on voyait dans les films. De l'autre côté, Grauber était assis, un docteur affairé à le préparer pour l'opération qui allait suivre. La jeune croate salua Abigail de la tête, mais ne dit pas un mot. Elle ne voulait perturber la concentration de la scientifique, qui devait être en train de rassembler son courage et sa détermination pour se jeter dans la bataille, mais elle aurait été de toute façon incapable de dire quoi que ce fût à cause du nœud dans sa gorge et dans son estomac.

Dans un silence de cathédrale, Abigail changea de pièce, s'installa, et commença son interrogatoire, tandis que Lucija allumait un ordinateur situé non loin, pour commencer à prendre des notes. En tant que journaliste - même si ce n'était qu'une couverture, elle avait effectivement un diplôme de journalisme obtenu en France, et elle rédigeait de vrais articles quand elle ne partait en mission de par le monde - elle était formée à taper sur un clavier, et elle y parvenait avec suffisamment d'aisance pour consigner rapidement tout ce qui lui passait par la tête.

En l'occurrence, il n'y avait rien de spécifique à noter, et les caméras s'occupaient très bien de recueillir des informations de premier ordre sur leur prisonnier. On pourrait voir et revoir ces images à l'infini pour décortiquer les expressions de son visage, chercher les points où il avait menti, et surtout évaluer la maîtrise de l'agent chargée de lui soutirer des informations. Ces yeux virtuels qui vous observaient de toutes parts semblaient vous mettre à l'épreuve perpétuellement, et Lucija gardait ses lunettes protectrices, bardées de micro-diodes infra-rouges, vissées sur son nez. Son malaise était perceptible, mais fort heureusement elle était seule dans la salle d'observation. Elle put donc observer à loisir le duel de volonté qui s'exerçait entre le prisonnier et son tortionnaire, et ses mains se crispèrent involontairement, tandis que de mauvais souvenirs remontaient à la surface. Elle se força à respirer profondément, pour calmer son rythme cardiaque, et retrouva la maîtrise de son corps, à défaut d'obtenir celle de son esprit.

Lorenson menait l'interrogatoire avec professionnalisme et sang-froid, en dépit des provocations incessantes de Grauber, qui semblait chercher à la déstabiliser. Dans sa situation, c'était bien la seule chose qu'il pouvait faire, et il s'accrochait à cela comme un affamé à une bouchée de pain. Le pauvre savait qu'il risquait de ne jamais revoir la lumière du jour, et faire craquer Abigail constituerait la preuve qu'il pouvait encore avoir une influence sur une composante de son environnement. Mais la jeune femme était pareille à un mur lisse, sur lequel on ne pouvait trouver aucune prise. Elle contrait chaque tentative avec un soupçon de menace supplémentaire, allant chaque fois un peu plus loin pour contraindre l'allemand à tout lui révéler, sans toutefois précipiter la sanction. Elle joua tant et si bien sur la corde raide que Grauber finit par parler, crachant qu'ils pratiquaient leurs essais en Inde, à Bombay, dans un bidonville.

Ce n'était pas une mauvaise idée, et du peu qu'en savait Lucija sur la maladie, elle comprenait pourquoi avoir choisi ce lieu pour mener des expériences. On pouvait facilement faire disparaître quelqu'un sans que personne ne s'en inquiétât outre mesure - surtout pas le gouvernement -, et il y avait tellement de monde sur place que toute surveillance aérienne ou satellite était vouée à l'échec. Il fallait donc en revenir à des méthodes traditionnelles d'enquête de terrain, qui s'avéraient souvent longues, fastidieuses, et dont les résultats étaient maigres voire inexistants. En plus, et ce n'était pas négligeable, les propriétaires du Solanum pouvaient en dernier recours menacer de le lâcher dans la nature, ce qui aurait des effets désastreux. En quelques heures, des centaines de personnes pouvaient être contaminées, et en quelques jours on pouvait assister à une épidémie à l'échelle de toute la région. De quoi inciter les membres de l'Initiative à prendre des pincettes, et à agir avec circonspection.

La jeune croate se connecta au serveur privé de la base, et entra un mot de passe et des identifiants qu'on lui avait donnés après qu'elle eût été acceptée comme consultant. Elle n'avait pas accès à la même quantité d'informations qu'un agent à plein temps comme Abigail, mais elle pouvait tout de même mener quelques recherches. Sur l'Inde, notamment, elle trouva un dossier intéressant mentionnant la présence de deux agents partis enquêter. Les informations sont extrêmement réduites, et elle n'apprend rien, pas même le nom des deux individus en mission, encore moins ce qu'ils ont découvert. Toutefois, la coïncidence est trop belle, et elle note le numéro du dossier sur une autre page de son ordinateur, pour soumettre le tout à Lorenson. Puis, activant ses mains sur le clavier avec dextérité, elle se met en chasse d'informations sur internet. Pour une tueuse à gages, Google est un excellent moyen de se préparer à une mission, curieusement. Quand on sait quoi chercher, et comment le demander, on peut véritablement obtenir des perles. En quelques clics, elle se retrouva sur le site d'un journal de Bombay, le Mumbai Mirror, et farfouilla dans les archives qui correspondaient grosso modo à la date de la mission des deux agents inconnus. Les seuls faits marquants étaient une fusillade qui s'était déclenchée dans le bidonville, mais les faits semblaient décousus, et les témoignages incohérents. Dommage.

Lucija ne se découragea pas, et continua ses investigations, regardant les dates qui correspondaient à leur mission berlinoise, pour voir s'il y avait des correspondances. Mais il n'y avait rien d'intéressant, pas même quelque chose de suspect, ou de vaguement intrigant. Les crimes étaient monnaie courante dans les bidonvilles, et elle cherchait quelque chose de plus, quelque chose de particulier qui aurait pu indiquer la présence du Solanum. Renonçant à creuser la piste du Mumbai Mirror, la jeune femme réfléchit à un nouvel angle d'attaque. Tous les événements étaient liés, et si elle ne trouvait rien en Inde, elle pouvait remonter un autre chemin. La lumière se fit dans son esprit, et elle trouva très rapidement le site du principal quotidien berlinois, Berliner Zeitung, dont elle demanda une traduction de piètre qualité, mais suffisante pour comprendre. Revenant à la date du Congrès, elle retrouva sans peine les articles qui y étaient liés.

On parlait ainsi des invités prestigieux, notamment du docteur Grauber qui avait droit à un encart, mais également d'autres éminents scientifiques, invités de marque. Le lendemain, la presse faisait la part belle à l'attentat, l'attribuant premièrement à un groupe terroriste qui aurait eu pour objectif de prendre en otage les résidents d'un hôtel, mais qui auraient été délogés par la police. D'autres sources parlaient d'une bombe, d'autres encore d'une volonté de saboter le Congrès scientifique, comme si un quelconque groupe armé s'en préoccupait. Lucija poursuivit sa lecture, attentive, jusqu'à tomber enfin sur quelque chose d'intéressant. Elle leva les bras au ciel, triomphante quoique seule, et relut l'article posément, pour bien s'en imprégner.

Citation :
Le retour mouvementé de Monsieur Dhani.

L'avion Berlin-Bombay a été détourné ce matin, à cause de l'orage. Il a été contraint de se poser à Varsovie pour plusieurs heures. Suvan Dhani, chercheur en neurologie, se trouvait à bord avec son équipe. Il rentrait chez lui après l'attentat qui a mis fin au Congrès scientifique international. Invité par le docteur Martin Grauber, il représentait la délégation indienne [...]

L'article continuait ainsi sur de longues lignes, expliquant ses travaux les plus importants, et son désir à titre personnel d'aider les populations des bidonvilles proches. Un saint homme apparemment, mais Lucija avait appris à se méfier des apparences, et elle fit quelques recherches plus poussées. Des sites très généraux comme Wikipédia lui apprirent que l'individu en question était un brillant chercheur dont le niveau de connaissances dépassait de loin ce que la jeune femme pouvait appréhender. Il avait contribué à la mise en place de plusieurs centres de recherche, avait animé différents colloques, et désormais qu'il était à la retraite universitaire, il se consacrait également à son pays. Certains sites critiquaient son désintéressement affiché, et expliquaient qu'il avait acheté plusieurs hectares dans les bidonvilles, et qu'il était en conflit avec les populations locales parce qu'il voulait y construire des immeubles - qui leur étaient destinés, d'après ses propres dires. Il y avait eu tellement d'opposition que plusieurs chantiers avaient été mis en stand-by, en attendant que de longs et coûteux procès aboutissent.

Lucija était si absorbée dans sa lecture, convaincue d'avoir trouvé quelque chose avec cet individu trop innocent pour être honnête, qu'elle n'entendit pas Abigail pénétrer dans la pièce derrière elle, et elle ne réagit que lorsque celle-ci se trouva à moins d'un mètre, en train de regarder par-dessus son épaule. La jeune femme sursauta et porta instinctivement la main à son arme... qui n'était pas là, sécurité oblige. Retrouvant en une fraction de seconde son calme, elle s'excusa d'un geste, et lança :

- Je crois que votre piste était la bonne. Il y a beaucoup de choses troublantes à propos de l'Inde, et notamment de l'ami de Grauber... A propos... euh... J'ai loupé la fin de votre interrogatoire.

Elle se leva à demi sur sa chaise, pour observer par le miroir, voir si l'allemand allait bien. A priori il paraissait calme, et il n'avait ni traces sanglantes ni organes manquants à première vue. Certes, la torture d'Abigail était du genre élaborée, mais quand on évoquait l'idée de faire souffrir des gens pour leur extorquer des informations, la jeune croate voyait spontanément des choses horribles, en rouge et noir, avec des hurlements déchirants. Le scientifique avait l'air fatigué, toutefois, et peut-être que la jeune femme lui avait finalement administré son sérum de vérité maison. Avec un bâillon approprié, elle pouvait sans peine avoir étouffé les cris, et Lucija trop concentrée n'aurait rien entendu. Elle jeta un regard légèrement inquiet à Lorenson, et lui demanda d'une toute petite voix :

- Euh... Ça s'est bien passé ?

Elle n'était vraiment, mais alors vraiment pas à son aise, et dès qu'on lui en donna l'occasion, elle changea de sujet, et revint à ses recherches sur internet, qui avaient vraisemblablement soulevé un début de piste. Montrant l'ordinateur du doigt, elle expliqua à Abigail quelles étaient ses premières déductions, et lui donna le fond de sa pensée :

- Honnêtement, je pense que Grauber ne peut pas avoir manigancé tout ça tout seul. Le Solanum, les tueurs à gage, pour un petit universitaire, ça fait beaucoup. Par contre, pour un monstre immobilier et un homme de toute évidence très riche en Inde, pourquoi pas ? Deux de vos agents ont déjà mené une enquête, mais cette cochonnerie ne veut rien me dire parce que je n'ai pas l'accréditation nécessaire, vous y croyez vous ?

Sa fausse colère détendit un peu l'atmosphère, et elle reprit avec un demi-sourire :

- Ecoutez, je sais que vos patrons n'ont pas trop aimé notre sortie à Berlin, et qu'ils sont encore à ramasser les pots cassés. Je sais que j'ai fait pas mal d'entorses à votre règlement - très mal fichu au passage. Mais je pense sincèrement qu'on tient quelque chose. A nous deux, on a déjà mis le doigt sur un truc, et ce serait bête de s'arrêter là. Il suffirait de placer l'Inde sous surveillance pendant quelque chose comme... six mois, à peine. Et là on aurait nos chances.

Lucija crut lire une petite déception dans les yeux de la scientifique quand elle lui annonça qu'il faudrait patienter aussi longtemps. C'était compréhensible, elle devait éprouver le frisson de la chasse, et lorsqu'on n'était pas habitué, c'était comme dire à un enfant surexcité d'attendre avant de pouvoir aller jouer avec ses amis. Il n'y avait pas pire punition. Mais la jeune tueuse savait facilement se placer du côté des traqués, et elle imaginait sans peine quelle pourrait être leur réaction. Ils avaient essayé d'éliminer deux personnes apparemment anodines, ce qui impliquait qu'ils savaient être traqués, et il était possible qu'ils eussent connaissance de l'ORS, et qu'ils eussent compris quelle menace cette organisation pouvait représenter. A leur place, Lucija aurait temporairement stoppé les opérations, fait profil bas, et attendu que la tempête passât. Envoyer des agents en surveillance, c'était mettre la pression sur les principaux intéressés, sans toutefois les faire paniquer. Les pousser à rester vigilants, sans les effrayer. Six mois de cache-cache finiraient par épuiser leur patience, et ils reprendraient bien un jour leurs expérimentations. A ce moment-là, ils auraient peut-être déjà oublié la présence de Lorenson au Congrès, et ils se concentreraient sur autre chose. En plus, six mois, c'était un délai plus que suffisant pour récolter une masse d'information colossale sur des individus : apprendre la routine des cibles, leurs trajets favoris, leurs habitudes, leurs manies ; obtenir des plans des structures centrales - maison, lieu de travail, lieu de rendez-vous, ... - ; trouver et former des contacts locaux, pour faciliter une infiltration ou une exfiltration d'urgence ; mettre en commun des informations vitales avec l'antenne locale de l'ORS, et les autorités sur place. Bref, construire une opération.

Consciente qu'il leur faudrait faire preuve de beaucoup de patience, et de beaucoup de sang-froid, Lucija glissa malicieusement à Lorenson :

- On aura probablement d'autres missions d'ici là. Peut-être ensemble, mais peut-être pas. Il faudra noter ça dans votre agenda, docteur. Je ne veux pas que quelqu'un d'autre que nous s'occupe de cette affaire.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302) Ven 25 Juil - 17:09


Enfin ! Elle le tenait à sa merci, celui qui l’avait bafouée à ce point, qui l’avait fait se sentir misérable et plus bas que terre. La sensation était proche de l’extase, voire de la jouissance. Voire Grauber se contortionner sur sa chaise pour éviter la morsure de la seringue avait quelque chose de tout particulièrement jouissif, et lui arracha un petit sourire. Mais alors qu’elle contournait Grauber, elle accrocha son reflet dans le mirroir sans tain sur le mur de la salle.

Ce qu’elle vit lui fit peur.

Si elle avait pu voyager dans le temps et l’espace vers l’Allemagne nazie, nul doute qu’elle aurait vu des scènes de ce genre dans des endroits de ce genre. De même dans des geôles obscures de la Loubianka en URSS, ou dans la tristement célèbre Unité 731 au Japon. Une victime attachée sur une chaise, plus ou moins sous contrôle médical, et derière la victime, le tortionnaire affichant une expression oscillant entre la satisfaction perverse, la fascination morbide et le dédain malsain. Elle se voyait arborant ce sourire mauvais dessiné au coin des lèvres, et même si elle l’estimait justifié, elle ne put s’empêcher de s’imaginer à la place de ces gens. De ces criminels de guerre, de ces bourreaux inhumains. Et pour certains, des hommes et femmes qui faisaient honte au titre de docteur qu’elle portait. Cette pensée effaça instantanément le sourire qu’elle avait, le remplaçant par un masque de détermination. Non, elle ne laisserait pas son désir de vengeance entacher sa morale et son amour pour sa profession, qui était plus ou moins toute sa vie. « Tu vaux bien mieux que ça ! »

-Dans la pièce d’à côté, ma partenaire est en train de vérifier que vous n’essayez pas de nous embobiner en nous envoyant à des dizaines de milliers de kilomètres de votre labo… Et si s’avère que c’est le cas… Abigail fit frémir sa main amrée de la seringue hypodermique, faisant mine de la planter dans les veines du docteur allemand. Si vous me menez en bateau, je crois que j’adopterai une autre méthode.
-Co… Comment ça ?
-Vous savez, la succinylcholine, si on la cherche, on la trouve, alors… je vais juste prendre une autre seringue de plus gros calibre, dit-elle en joignant le geste à la parole, vide cette fois, je vais la planter dans une veine, disons la veine fémorale ou carotide, dit-elle toujours aussi doucement en posant l’instrument contre le cou de l’Allemand, continuant de lui parler en lui murmurant au creux de l’oreille, d’une manière confinant bizarrement au sensuel. Si je me rends compte que vous vous foutez de moi… j’appuierai sur le piston. Si vous avez de la chance, c’est l’embolie pulmonaire. Si vous en avez moins, c’est l’accident vasculaire cérébral. Et vous pouvez demander au docteur Costigan ici présent, je suis douée, très douée, avec une seringue…

Grauber jeta un regard hystérique à la personne qui secondait la scientifique dans sa tâche, qui restait de marbre, même si une lueur passa dans son regard avec quelque chose qui voulait dire « à votre place, je ne jouerais pas avec ses nerfs ». Le docteur Costigan avait même passé une bonne heure à réconforter une assistante laborantine en larme affectée à l’équipe de Lorenson, secouée aux larmes par l’inflexibilité de l’Américaine, avec des mots aussi contradictoires que « C’est une patronne tellement dure et intraitable, mais quel pied de travailler pour elle ». Grauber eut l’air d’interpréter correctement le message, tentant de regarder Abiagil dans les yeux sasn toutefois y parvenir, alors qu’elle pasait dans son dos, ses outils en main et prêts à l’emploi.
-Je… Je… Je vous jure que je dis la vérité ! Je… Je vous donnerai tout ! Tout, vous m’entendez ?!
-Bien, fit-elle doucement à son oreille, relâchant sa pression sur son cou. Nouvelle question : où en êtes-vous dans votre protocole expérimental ? Donnez-moi votre état d’avancement des recherches, vos procédés, vos moyens de confinement, vos plans de recherche, tout. Je vous écoute… D’un geste, elle fit signe à Costigan de prendre de quoi écrire. Abigail avait toute confiance en sa mémoire, mais avec de pareilles informations, mieux valait ne prendre aucun risque.

L’Allemand prit une goulée d’air, se remettant difficielemnt des menaces formulées avec la douceur de la voix de son interrogatrice, puis commença.
-Sans entrer dans les détails… Mesure de confinement maximale pour le travail sur la souche même. Il y a en permanence un groupe de soldats en combinaisons HAZMAT et armés de fusils mitrailleurs, avec ordre de faire feu à vue en cas de contamination ou d’intrusion. Sécurité top niveau, avec cartes d’accès, lecteurs d’empreintes, et je crois mêem certanies zones restreintes avec sanr rétinien. Pour ce qui est des protocoles, laissez-moi une heure ou deux, je vous écrirai tout ça… Mais je demande quelque chose en échange.
-Ca m’aurait étonnée. Dites toujours. Et n’oubliez pas que j’ai de quoi vous faire passer un sale quart d’heure si vous me faites perdre mon temps. Tout en parlant, elle s’était tenue prête à lui injecter le contenu de sa seringue dans le bras. Pour le motiver encoer plus à jouer honnêtement.
-Je veux bénéficier de votre programme de protection de témoin, avoir une nouvelle identité ici. Si mes collaborateurs découvrent que je vous ai parlé, que vous avez eu accès à mes documents… autant me suicider tout de suite.

Abigail était bien tentée de l’aider sur ce dernier point, mais ça ne lui aurait été d’aucune aide. Elle se tourna vers le docteur Costigan, qui semblait lui dire que c’était à elle de juger si elle voulait continuer ou non. La scientifique se pencha de nouveau à l’oreille de Grauber.
« Je vais en parler à mes supérieurs. En attendant, faites-moi sagement vos lignes d’écriture, je vérifierai quand vous aurez fini, je laisse le docteur Costigan et un garde pour vous surveiller. Au moindre problème, soyez assuré que je débarque, et cette fois, je n’aurai aucune hésitation. Compris ? » Et comme il opinait, Abiagil embraya. « Bien. Prenez un stylo et commencez à écrire. Je reviens… »

En sortant et après avoir fait signe à la sentinelle en faction dehors d’entrer prendre sa place, elle jeta un œil à sa seringue. Elle avait longuement hésité à en vider le contenu dans ses veines, mais pourquoi gaspiller un produit pareil avec lui ? Elle avait uniquement rempli la seringue d’eau du robinet, et ses capacités de persuasion avaient fait le reste. Elle entra dans la pièce d’observation pour retrouver Lucija concentrée sur un texte affiché à l’écran d’un ordinateur. Elle avait dû faire des recherches de son côté pendant qu’elle discutait avec leur nouveau prisonnier. Et elle devait être extrêmement concentrée, car Abigail avait pu s’approcher assez pour lire par-dessus son épaule et ses lunettes l’article du Berliner Zeitung qu’elle avait déniché. Abigail commençait à lire l’article quand Lucija eut un véritable sursaut en la voyant derrière elle, à croire qu’un fantôme venait de se matérialiser. Elle s’en excusa bien vite, mais Abigail la comprenait. Elles étaient toutes les deux à cran, elles ne faisaient qu’évacuer la tension. « Ce n’est que moi, Lucija…» lui dit-elle avec un sourire amusé. Elle avait déjà discerné une certaine distance de la Croate vis-à-vis de ces méthodes, et elle semblait avoir préféré se concentrer davantage sur ses recherches journalistiques pendant qu’elle continuait de discuter avec l’Allemand. Tout à son honneur d’ailleurs, sans doute aurait-elle fait quelque découverte. « Rien de bien méchant, je lui ai seulement fait un peu peur, il a fini par me donner quelques renseignements, qu’il est en train de coucher sur le papier. Il a demandé une protection de témoin, je laisserai nos juristes gérer ça. Et je vais vous dire une chose : c’est incroyable comme il est facile de faire croire n’importe quoi à un homme désespéré… » Elle prit alors sa seringue, en versa une goutte sur le bout du doigt qu’elle porta à sa bouche. « Pourquoi s’embêter avec des substances nocives quand on peut obtenir les mêmes résultats avec de l’eau ? Par contre, la seringue remplie d’air l’aurait vraiment tué, pour le coup… Et sinon, vos recherches, qu’est-ce que ça a donné ? »

Lucija lui fit alors un exposé de ses trouvailles. Il semblait donc que leur Grauber n’était que la surface d’un iceberg beaucoup plus imposant qu’elle n’avait imaginé. Elle se doutait déjà, quand elles s’étaient fait tirer dessus au fusil de précision, qu’un universitaire tout influent fût-il n’avait aucun moyen de recruter comme ça des snipers aguerris, ou des tueurs à gage comme le Russe qui lui avait presque défoncé le crâne. Il était évident qu’il leur faudrait investiguer en profondeur cette affaire, à la fois en termes militaires que scientifiques. Si leurs échantillons étaient viables, et qu’ils trouvaient un moyen de le répandre… L’apocalypse zombie ne serait plus la chasse gardée de la littérature et du cinéma.

Mais Lucija l’arrêta net dans ses pensées. Elle avait voulu accéder  un dossier auquel elle-même n’avait qu’un accès limité. Celui relatif à la dernière fois qu’elle avait vu en vie l’agent Amanda Neptelli entre les murs de la base. « Je n’y ai moi-même qu’un accès limité, c’est dire si le sujet doit être sensible… A croire qu’on ne nous aime pas, ou qu’on voulait limiter mon temps de lecture ! ». Elle passait en effet un temps incalculable avec un livre, un article ou un rapport à la main, des fois en plein travail le temps que l’ordinateur mouline. Elle s’apprêtait à dire qu’il fallait tout de suite monter une expédition pour enquêter en Inde, et tout autre endroit où ils apprendraient que leurs installations étaient implantées, quand Lucija l’arrêta de nouveau.

Ce qu’elle dit fit passer un rapide voile de déception dans le regard de la scientifique.

6 mois. 6 mois avant de pouvoir espérer mener l’enquête sur place. 6 mois avant de pouvoir avancer de nouveau. En 6 mois, il pouvait se passer tellement de choses… Si leurs recherches étaient assez avancées, une épidémie de grande envergure pouvait arriver dans l’intervalle. Mais elle devait faire face à la réalité : un tel délai leur donnait des opprotunités d’étude incroyables. Elles auraient le temps d’apprendre toutes les habitudes, d’observer les accès, les allées et venues, toutes ces choses qui déterminaient le succès d’une mission. Elle se rangea donc à l’avis de sa coéquipière. Cette opération se transformait en marathon, il faudrait donc la gérer en tant que marathon, pas  en tant que sprint.

« Six mois, ça nous laissera le temps de bien voir les choses venir… Et puis, si le rythme de recherche au labo suit son cours, je devrais ne même pas voir le temps passer. Et qui sait, peut-être aurai-je même le temps de m’être mise au yoga et d’enchainer les tirs en plein mille ! » ajouta-t-elle d’un ton malicieux. Consultant sa montre, elle reprit. « J’ai encore des choses à régler au labo, puis je pense rentrer… On va le laisser mariner encore quelques jours ou semaines, mais je ne l’interrogerai plus quoi qu’il demande. Je me contenterai des bandes vidéo et des transcriptions d’interrogatoire. » et d’un ton amusé « Vous pensiez sérieusement que j’allais lâcher l’affaire après ça ? C’est quand je me heurte à un mur de briques comme ça que je suis le plus motivée à le franchir ! »

Posant la main sur la poignée de la porte, elle se tourna vers Lucija. « Je vous raccompagne ? »
Spoiler:
 
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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[TERMINE] Débriefing de l'opération Source Check (dossier 26081302)

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