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[TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture

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MessageSujet: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Dim 27 Juil - 22:04

Bombay, Inde - Au chaud sous couverture
Spoiler:
 
Octobre
La paix faisait en lui son chemin. Petit à petit depuis un mois et demi déjà, l’esprit cherchait à détendre le corps, et le corps à apaiser l’esprit. Les yeux fermés, Alfred Williams sentait, pour la première fois depuis ce qui lui semblait être des mois, sinon des années, un semblant de calme le prendre. Pilote chez United Airlines sur Boeing 767 et 777 et réserviste dans le 459th Air Refuling Wing sur KC135 et basé à Andrews Air Force Base, il n’était pas étranger aux situations de stress continues. Mais après ces dernières semaines, il sentait la coupe pleine. Plusieurs vols vers l’Europe et l’Inde, dont deux où il avait dû se dérouter en chemin pour cause de météo et d’avarie technique, puis une semaine d’entrainement au ravitaillement de nuit avec des chasseurs de la base de Langley, où il s’entrainait pour opérer sur KC46. Par chance, ses horaires de vol le faisaient revenir à Washington de manière assez régulière pour suivre des cours de yoga pour décompresser. Certains étaient partis, d’autres étaient arrivés…

Mais cette femme aux cheveux de feu l’avait subjugué dès qu’il avait posé le regard sur elle.

Elle était arrivée au milieu du mois de septembre, alors qu’il revenait de sa dernière rotation en Asie via l’Europe, où il avait dû se poser en Pologne à cause d’un incident mécanique provoqué par un orage. Elle aussi semblait vouloir chercher la paix intérieure, ou oublier les soucis de son quotidien par la purge de son esprit. Le plus triste, c’était que son trouble jetait un voile de lassitude sur des traits qu’Alfred trouva désirables au premier regard. Il se jura en la voyant la première fois qu’il lui rendrait la paix et le sourire. Elle devait avoir un sourire magnifique.

Quelques cours plus tard, il prit son courage à deux mains et décida de l’aborder en sortant. Et puis que risquait-il ? Il se savait plutôt bel homme et viril, ses collègues féminines le lui avaient déjà dit. Il fallait qu’il tente le coup avec elle !
-Je… Je vous offre quelque chose à boire ? Vous avez l’air épuisée…
-Hmmm… pourquoi pas. D’ailleurs, j’avais une question à vous poser…
-S’il vous plait. Appelle-moi Alfred. Ou Al, comme vous préférez.
-Très bien, Al, mais dans ce cas, tutoie-moi et appelle-moi Abigail. Ou Abi, comme tu préfères, avait-elle dit avec un clin d’œil. Enfin bref, j’avais une question à laquelle tu pourras peut-être m’aider à répondre.
-Vas-y.
-J’aimerais bien continuer cette émditation chez moi avec de l’encens, et je me demandais si certaines essences étaient plus appropriées que d’autres.
-Comme ça, je ne saurais pas vraiment te répondre. Je peux toujours regarder chez moi, et je te tiens au courant. Ou même… pourquoi pas… je t’invite à dîner un soir et on regarde ça ensemble ?

Elle avait paru réfléchir quelques instants, mais elle avait fini par accepter, à sa grande joie. Ils s’étaient mis d’accord sur une date début novembre, et déjà il comptait les jours.

Novembre
Il y était, il avait face à lui une des plus belles femmes sur lesquelles il pouvait espérer tomber. Même dans son métier de pilote, où il était amené à côtoyer durant de longues périodes et dans un espace confiné et sans issues de charmantes créatures, elles n’arrivaient pas à la cheville d’Abigail, qui s’était présentée à sa porte dans une robe longue bleu nuit resplendissante, avec sous le bras une bouteille d’un vin français réputé pour sa qualité. Le dîner était passé à une vitesse folle, elle lui avait parlé de son travail dans l’industrie pharmaceutique et l’enseignement universitaire, lui de son métier de pilote, ce qui les avait amenés à parler de tous leurs voyages, qu’ils avaient fait, ou qu’ils espéraient pouvoir un jour faire. La bouteille était descendue lentement mais sûrement, et même après quelques verres de digestif, Abigail n’avait pas oublié de lui poser sa question sur les encens, alors que Ron, le jeune chat siamois d’Alfred, sembalit adopter Abigail en venant lui demander des caresses entre les oreilles. Il avait là une occasion toute trouvée d’en allumer un cône, remplissant son loft de senteurs exotiques et dépaysantes. Al prit alors tout son courage pour déclarer ses sentiments à la femme face à lui.

Elle lui répondit simplement par un long baiser en l’attirant à elle. Quelques minutes plus tard, ils ne faisaient plus qu’un sur le lit du pilote dans un crescendo d’extase.

Le lendemain matin, les collègues d’Abigail Lorenson trouvèrent que quelque chose avait changé en elle. Elle semblait… libérée, et comblée en même temps. Et plus souriante qu’à son habitude. Mais surtout, elle était arrivée avec plusieurs heures de retard, chose qui n’était jamais arrivée depuis son intégration à l’ORS depuis 2010. Pour qu’une personne qui emttait un point d’honneur à avoir la ponctualité d’un chronographe suisse, un tel comportement avait de quoi surprendre.

Les hypothèses allaient bon train : victoire au loto ou héritage pour les plus vénaux, nouvelle mission pour les plus extrêmes, nouvelle relation, fiançailles voire carrément mariage pour les plus romantiques, les plus professionnels pensaient à une nouvelle distinction académique, ou une percée révolutionnaire dans ses travaux.
La principale intéressée avait toutefois refusé de lâcher le moindre mot à ce sujet, au grand dam des curieux.

Décembre
Transcriptions d’écoute. Sujet Alfred Williams.
Note : écoute effectuée à l’aide d’un micro installé dans un angle de fenêtre, seul les paroles du sujet sont audibles.
Patron ? Oui, c’est moi […] Oh, la routine, vous savez […] Mon prochain vol ? C’est le Washington-LA, puis je suis de réserve sur le LA-Tokyo, puis retour, donc je serai de retour la semaine prochaine si tout va bien […] Comment ? […] Prochain passage par l’Inde ? C’est pour apporter ou rammener ? […] Dans ce cas, je peux organiser un dépôt d’ici deux semaines, laissez-moi vérifier… Oui, deux semaines, je fais la rotation New York-Bombay la troisième semaine de décembre. Il va falloir que je réussisse à trouver un prétexte à détournement, puis que je parle aux mécaniciens pour effacer les traces sur l’avion. […] Oui, je trouverai un moyen, ne vous en faites pas, patron. […] Je vous préviendrai quand ça sera fait. […] Bonne soirée à vous aussi parton.

Transcriptions d’écoute. Sujet Abigail Lorenson.
Note : écoute effectuée à l’aide d’un micro installé dans un angle de fenêtre, seul les paroles du sujet sont audibles.
*Bruit de clés dans une serrure*
*Porte ouverte puis refermée, suivi de bruits de pas et d’un sac qu’on pose sur un fauteuil*
[…] Je peux déjà te dire que ton livre m’a pas mal aidée, je me sens beaucoup mieux depuis que je l’ai rouvert. […] Oui, j’ai pris quelques cours, depuis environ 3 mois et demi. […] Comment ça, tout va bien ? […] Oh, j’ai rencontré quelqu’un qui… je ne sais pas… qui m’apporte tout ce que je n’ai jamais trouvé chez un homme depuis… […] Il est pilote chez United Airlines […] oui, il m’a promis de m’emmener bientôt en voyage avec lui… […] Oui… Et toi, tout va bien à Los Angeles ? […] Les affaires marchent bien, donc. On se revoit toujours à la maison pour Noël ? […] Non, je pense pas qu’il sera là […] Pour de vrai, Maman ! […] Oui, tu le verras bientôt ! Je vais m’arranger avec lui pour qu’on se voie tous ensemble à Albuquerque pour Pâques ou mon anniversaire, mais après ça dépendra de ses plannings de rotation. […] On verra le moment venu. Allez, je te laisse, j’ai pris du travail à finir. […] Moi aussi je t’aime Maman. […]  Bye !

Janvier
-On en est où, sur l’Inde ?
-On continue la surveillance, pour le moment on continue de rassembler un maximum d’opérations, on profite des passages de satellites et de drones dans les parages. Apparemment, ils sont encore en pleins travaux de recherche. On a aussi relevé des roulements dans le personnel qui entre et sort, sauf pour les gardes, qui sont toujours les mêmes…
-Les scientifiques qui travaillent sur place n’ont pas besoin de connaitre toute l’étendue de leur base d’opération, alors que les gardes oui… Et moins ils incluent de monde, moins ils risquent de fuites par là. Les roulements, c’est pour pouvoir entretenir une couverture crédible, voyages humanitaires, sessions de recherches, partenariats… Ces gars sont forts…
-Tout juste. On a également relevé des transits de données massifs vers la Pologne, l’Australie, l’Allemagne, la France, le Pakistan et les Etats-Unis, le même genre que ceux qui transitaient vers le Kenya avant notre… votre intervention là-bas. On va envoyer Radenko en Pologne pour vérifier dès qu’on aura des infos pertinentes et qu’elle sera retapée de son expédition au Canada, et on a prévenu nos antennes en Australie et au Japon, qui ont déployé des agents un peu partout en Asie. Pour le moment, ils plantent des mouchards et mènent des opérations de surveillance. Le seul endroit où ils n’ont pen encore envoyé d’agents, c’est l’Inde, et ils nous demandent de nous en occuper, on est en train de monter l’opération.
-OK, tenez-moi au courant à la moindre évolution. Je vous laisse, j’ai un rendez-vous ce soir.
-Rendez-vous ?! Seriez-vous donc humaine, après tout ?
- Comme toujours vos commentaires me vont droit au cœur. Conentrez-vous sur votre travail, et peut-être que je vous en parlerai un jour…

9 février
« Abi, j’ai une proposition à te faire » Al s’était approché de la scientifique, qui était plongée dans un livre et caressait Ron le chat siamois qui s’était installé sur ses genoux. « J’ai réussi à nous avoir deux billets pour Bombay le mois prochain. J’y serai pour le boulot, mais je me suis dit que ça te ferait plaisir de venir aussi, alors j’ai parlé à mon patron, et maintenant tu es sur la liste du vol United Airlines 48, départ de New York à 20h30 ! Et cerise sur le gâteau, dit-il en lui glissant un baiser dans le cou, c’est que je nous ai eu ces billets au prix du personnel navigant, et que je pourrai te faire monter avec moi dans le cockpit. »

Abigail eut du mal à dissimuler sa joie. L’Inde était depuis toujours un pays qu’elle affectionnait, à la culture fascinante, et aussi, plus dans son domaine professionnel, à la flore et la faune si diversifiée qu’elle pensait ne jamais pouvoir en voir tous les spécimens de son vivant. Et si en plus elle avait la chance d’y aller avec un homme aussi attentionné qu’Al… que demander de plus ?
-C’est merveilleux ! Et tu sais à quel point j’adore ce pays… Combien de temps as-tu prévu de rester ?
-C’est le plus beau, j’y serai pendant environ deux semaines. Ca dépendra des pilotes locaux à qui je fais une formation en vol sur Triple 7. Pendant ce temps-là, tu auras tout le champ libre pour faire tout ce que tu veux… On nous a réservé une chambre dans un des meilleurs hôtels de Bombay, pour couronner le tout. Chambre avec un seul grand lit, bien entendu, ajouta-t-il d’un ton malicieux.
-Et si pour te remercier je te faisais une petite surprise qui te mettrait dans l’ambiance du pays ? Je passe chez moi et je reviens…

Une trentaine de minutes plus tard, Abigail refaisait son entrée dans le loft de son amant, vêtue d’un sari pourpre brodé au fil d’or offert lors de son dernier voyage en Inde par un confrère. Al resta bouche bée quelques secondes devant cette vision, incpable de se lever du fauteuil où il s’était assis. Jamais il n’avait eu pareille vision.
-Alors, dit-elle en s’approchant de lui, se déhanchant sensuellement jusqu’à se coller contre lui, qu’est-ce que tu en penses ?
-Abi… je crois qu’on m’a jamais fait une aussi belle surprise de ma vie…
En l’embrassant, Abigail s’était assise sur ses genoux en étendant ses longues jambes.
-Contente que ça te plaise. Et si, maintenant, je t’habituais à la chaleur locale ?

Et la soirée qui suivit fut chaude en effet. Très chaude…

10 février
-Des nouvelles sur les surveillances ?
-Vous lâchez jamais, vous, hein ? Toujours rien, Radenko part en Pologne le mois prochain, les Japonais continuent leurs planques, et l’agent qui devait partir en Inde… ce con a trouvé le moyen de se blesser à l’entrainement avec son unité régulière en sautant en rappel d’un hélico en Arabie Saoudite. Bilan : genou luxé et tendons distendus, inapte aux opérations de terrain pendant au moins 4 mois !
-Va falloir trouver quelqu’un d’autre rapidement alors, et ne comptez pas sur moi, je pars en voyage en Inde le mois prochain pour deux bonnes semaines, je pense.
-En Inde ?!
-Oui, avec… C’est quoi ce regard, là ? Oh… non… Non ! Non non non non non, non, je vois très bien où ça va ! Non, je… Posez immédiatement ce téléphone ! J’ai dit en voyage, pas en mission ! En voyage, comme dans « je pars me détendre dans un pays exotique pour oublier que je risque ma vie et celle de mes proches quand je viens bosser » ! Vous êtes pas croyables, vous alors…
-C’est bon, Docteur, on arrange le coup avec l’Université, et vous êtes go, briefing la semaine prochaine 14h.
-Vous faites vraiment chier.

6 mars – 20h08

« Rappelez-moi encore une fois ce que je fous ici ? » demanda entre ses dents et à voix basse la scientifique en rajustant son sari sur son épaule, passant un coin discret du tissu ouvragé dans la bretelle de son débardeur. La mousson allait à coup sûr être en avance cette année, la chaleur moite était tout bonnement insupportable, mais le vêtement pourpre rehaussé de riches motifs floraux brodés au fil d’or rendait l’atmosphère un peu plus supportable. Il lui permettait aussi de ne pas trop se faire remarquer dans ce coin, et elle avait pris soin de dissimuler au maximum ses longs cheveux roux dans un foulard assorti au sari. La seule chose qui ne faisait pas couleur locale était justement le teint pâle de sa peau, malgré ses excursions dans bon nombre de pays exotiques. Enfin, la plupart des gens qu’elle avait croisés ici n’avaient pas vraiment porté une grande attention à elle, sauf peut-être pour quelques-uns qui se demandaient ce qu’une étrangère faisait dans un tel quartier à cette heure et dans cette tenue.

Une tenue qui avait l’avantage d’être pleine de replis qu’elle mettait à son avantage. Etant dans l’impossibilité de porter discrètement son matériel dans un sac à main et encore moins dans un sac à dos ou, pire encore, un gilet tactique, elle exploitait les moindres drapés du sari à son avantage. Enroulée dans ses 5 mètres et quelque de tissu, elle avait réussi à dissimuler une balise de suivi, un émetteur radio, un appareil photo miniature haute définition, et surtout son fidèle Glock 17 de dotation avec une MagLite. Elle aurait réellement souhaité pouvoir emporter son Smith & Wesson, plus facile à dissimuler, mais déjà pour emporter ce Glock, elle avait dû déployer des trésors d’imagination et de persuasion auprès d’Al pour lui faire accepter qu’elle prenait cette arme uniquement pour se rassurer. Heureusement qu’elle avait l’imagination fertile… Pour l’heure, il était en train de cabrioler à travers le ciel, entraînant aux approches de nuit des pilotes indiens. Elle avait au moins encore 2 heures avant qu’il ne se pose, et encore une bonnes heure et demie supplémentaire avant qu’il ait fini son débriefing. Mais dans sa logique, ça lui laissait très peu de temps…

« Ronchonnez pas comme ça, Doc, vous avez la chance d’être à un endroit formidable où il fait beau et chaud, alors qu’ici, c’est à se demander si le thermomètre repassera un jour dans le positif ! » La logique de Tuck ne cessait jamais de l’étourdir. Chaque fois qu’elle le voyait, mal coiffé, chemise aussi froissée que si il avait dormi dedans pendant plusieurs jours, et son ton guilleret dans les moments les plus incongrus ne cessaient de la confondre. Et il le lui rendait bien, la taquinant régulièrement sur son obsession du détail et son inflexibilité avec ses collaborateurs. Il lui avait une fois demandé en plaisantant si dans son labo un stylo remis de travers sur son bureau était puni de coups de fouet, elle l’avait tancé d’un regard si noir qu’il avait abandonné toute tentative d’humour en sa présence pendant plusieurs semaines.

-Mouais… La lisière d’un des plus gros bidonville du monde, avec une chaleur et une moiteur étouffante, un orage qui menace d’éclater d’une seconde à l’autre et à la merci de populations potentiellement hostiles si ma couverture est grillée… J’adore votre notion de l’endroit formidable, Ingé…
-Toujours à voir le verre à moitié vide, hein, Doc ? Merde, enfin, ça vous fait rien, l’Inde ?!
-J’y ai déjà été plusieurs fois et ce pays m’émerveille toujours autant, on peut revenir à nos moutons, Ingé, s’il vous plait ? Vous savez très bien que je suis pas vraiment du genre patiente dans ce genre de situation…
Il y eut comme un bruit de tape sur la ligne, avant qu’une nouvelle voix ne s’engouffre dans l’oreille de la scientifique. Apparemment, les tentatives d’humour de Tuck n’étaient pas du goût de tout le monde, pensait avec joie l’Américaine.
-Doc, ici Prof, excusez Ingé, il a pris quelques tasses de café de trop hier soir, pour tenir le coup.
-Ingé sera pardonné du moment que Prof le recadre un peu et me donne une réponse.
-Doc, je sais que vous n’êtes pas fan de ce genre de situation, mais vu que l’agent chargé de cette mission est en convalescence, et que vous étiez l’agent disponible le plus proche à partir dans ce coin, le choix était vite fait, surtout étant donné votre connaissance du dossier. Et ne vous inquiétez pas, on couvre vos arrières, il ne vous arrivera rien. Le satellite donne des observations peu concluantes sur les entrées du complexe : on voit les scientifiques et les travailleurs entrer, mais on a aucun moyen de savoir de quoi il retourne précisément, ils ont dû camoufler l’entrée. Tout ce qu’on vous demande, c’est de pouvoir la photographier, le type de camouflage et si possible vous arranger pour obtenir des clichés de leur groupe de surveillance, qu’on évalue le matériel dont disposent leurs hommes en armes. Rien ne devrait vous arriver…
« Vous disiez ça aussi la dernière fois, à Berlin… » eut-elle envie de répondre d’un ton cinglant et amer.
-Je vous rappelle que si je ne suis pas de retour à mon hôtel d’ici moins de trois heures et demie, on remuera ciel et terre pour me retrouver. Si vous voulez toujours que je préserve une couverture décente, faudra tout faire tenir dans ces délais…
-Craignez rien, Doc, on vous a sur le satellite en direct, vous allez pas vous perdre. Continuez encore sur un pâté de maison, puis tournez à droite, l’entrée sur zone devrait être 200 mètres plus bas au bout de la rue…
-Et puis c’est quoi, ces indicatifs ? Qui a eu cette idée de génie, l’alphabet OTAN de nos initiales ne suffisait pas ?

Il y eut un moment de flottement au bout de la ligne. Le choix d’abréviations de leur titre était une idée de Sam Briggs, venue en remplacement de l’idée de James Tuck, jugée trop fantaisiste avec les noms de Blanche-Neige et des 7 nains, Tuck ayant même avoué hésiter entre Blanche-Neige et Grincheux pour Lorenson... Mais le silence fut de courte durée, comme Abigail tournait au coin de la rue. Elle avait un drôle de présentiment.
-Prof, je tourne au coin du pâté de maison, confirmez 200 m.
-Correct, Doc, et… Attendez ! Doc, prenez la première ruelle à droite, et arrêtez-vous. Je crois qu’on vous suit.
« Je le savais ! Je le savais que ça allait devenir n’importe quoi ! Pourquoi est-ce que j’ai signé pour ça, bordel, à part parce que je suis incapable de dire non à un labo suréquipé ?! »
-Reçu, je tourne et je le plombe.
-Du calme, Doc, essayez de l’identifier d’abord.
-Roger, Doc out.

La scientifique, d’une démarche aussi naturelle que son stress montant en flèche lui permettait, s’engouffra dans une ruelle poussiéreuse jonchée de détritus, et se plaqua au mur d’une maison en briques, sortant son Glock des plis de son sari. Elle jeta un œil prudent au coin, et aperçut une silhouette se déplaçant en rasant le mur, avec une démarche étrangement familière. Elle forçait sa respiration à redevenir régulière, et ses mains à ne pas trembler sur la crosse de son arme. A peine la silhouette passait-elle le coin de la ruelle qu’Abigail l’empoigna de la main droite au niveau du col en levant son arme vers sa tête, et la plaqua contre le mur en brique. La silhouette se débattit, mais Abigail posa son arme sur son front et força sur sa prise, son avant-bras barrant le haut du torse de l’individu qu’elle identifia alors comme une femme. Une fois immobilisée, elle put examiner sa prise, l’arme toujours pointée sur elle, le doigt sur le pontet et allumant la MagLite.

Ce qu’elle vit lui arracha une surprise comme elle n’en avait jamais eu.

« Lucija ? Qu’est-ce que vous foutez ici ?! »


Dernière édition par Abigail Lorenson le Mer 10 Sep - 9:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Mer 30 Juil - 20:51

- Taxi ! Taxi !

Un homme se jeta à moitié au milieu de la route, pour parvenir à arrêter un véhicule qui roulait à vive allure, profitant de ce que la foule ne s'agglutinait pas sur la chaussée pour gagner quelques précieuses secondes. Le chauffeur pila, et l'homme - européen à en juger par son physique -, adressa quelques mots à celui-ci. S'en suivit un hochement de tête plein de sérénité, et l'individu pénétra dans le véhicule. Une scène tout à fait banale. Non loin, dans ce qui ressemblait à un petit café pour touristes, une jeune femme porta la main à sa montre pour en arrêter le chrono. Les chiffres se mirent à clignoter à son poignet : 01:47:34. Comme d'habitude, il était en retard, et cela n'avait rien de surprenant, quand on considérait qu'il s'arrêtait pour déjeuner dans un restaurant d'excellente réputation, où il forçait un peu sur la boisson en compagnie d'autres scientifiques. Car oui, c'était bien d'un scientifique qu'il s'agissait.

Britannique, il travaillait à l'université de Bombay depuis quatre ans désormais, et était spécialisé dans la virologie. Il avait écrit un essai palpitant sur la capacité d'adaptation des virus, et il travaillait à isoler certains de leurs gènes pour en concevoir des produits utiles à l'Homme. Il bénéficiait pour cela de crédits relativement généreux de la part de l'université de Londres, qui collaborait avec lui, mais également de subventions privées venues d'entreprises pharmaceutiques intéressées par ses avancées. Il était marié à une anglaise, qu'il avait rencontrée à Stratford, et il avait deux enfants dont le plus âgé s'apprêtait à partir étudier à Yale. Son chien, un lévrier gris, s'appelait Shakespeare et il avait déjà remporté deux courses régionales, avant de se blesser à une patte ce qui l'avait définitivement éloigné des circuits. Son maître ne lui faisait plus que faire de régulières promenades dans un parc non loin de leur charmante maison. En moyenne, il passait vingt minutes à marcher, avant de troquer ses chaussures de course contre une paire de mocassins pointure quarante-trois. Il rencontrait alors une de ses assistantes, une allemande deux fois moins âgée que lui appelée Joana, qu'il devait méprendre pour sa compagne – accordons lui le bénéfice du doute - car il l'emmenait à l'hôtel non loin, où ils passaient en moyenne une heure. Il prenait ensuite une bonne douche, puis enfilait à nouveau ses baskets, et piquait un sprint sur la moitié du parc pour s'essouffler - verticalement, cette fois -, avant de rentrer chez lui.

Lucija referma son calepin, et le glissa dans la poche pectorale de son chemisier. L'individu en question était d'une banalité affligeante, et il ne lui avait pas fallu plus de trois semaines pour tout connaître de sa vie. Le suivre était particulièrement aisé, puisqu'il vivait selon une routine établie depuis des années, et il ne se méfiait pas le moins du monde d'une quelconque surveillance - probablement à des années-lumière d'imaginer que son cas pouvait intéresser quelqu'un. Au début, la jeune femme avait prudemment suivi ses déplacements, pour s'assurer qu'il ne rencontrait personne de suspect pendant ses allées et venues entre son domicile et son travail. Mais, constatant que non, elle s'était contentée de délimiter des check-points réguliers où son instinct lui indiquait que quelque chose pouvait se passer, et de l'y attendre bien sagement, sans avoir à trop se fatiguer pour autant. En même temps qu'elle l'observait du coin de l'oeil, elle soignait sa couverture en rédigeant une carte postale pour Richard et Ashley, restés à Washington, ou bien en s'attelant à la rédaction d'un article concernant la société indienne qu'elle vendrait à son journal contre une somme dérisoire. Le quotidien de la jeune femme était désormais aussi bien réglé que celui de sa cible, et lorsqu'elle le vit quitter le restaurant, elle commença à ranger ses documents pour regagner l'hôtel miteux dans lequel elle logeait depuis récemment. Elle en avait changé toutes les semaines, soit quatre fois depuis son arrivée, afin de ne pas se faire repérer trop facilement. Le dernier, moins cher que les précédents, avait l'avantage de se situer en pleine ville pour un prix modique, ce qui n'était pas du luxe en cette touristique période de l'année.

La jeune femme ramassa ses cartes postales, et les fourra dans son sac à main, levant une dernière fois la tête pour observer sa cible, plus par acquis de conscience que par réelle nécessité. Pourtant, alors qu'elle aurait dû le voir s'éloigner vers le Sud, en direction de son domicile, elle ne le trouva pas. Balayant la rue des yeux, elle finit par le repérer sans trop de difficulté : son taxi était en effet en train de tenter une manoeuvre audacieuse dans cette ville, un demi-tour en plein milieu d'une rue bondée. Des klaxons furieux retentirent, mais le chauffeur ne se démontait pas, et continuait à jouer du volant comme un forcené, déterminé à réussir ce qu'il avait commencé. Lucija souleva un instant ses lunettes de soleil qui lui barraient la vue, et après s'être habituée à la luminosité bien plus forte, elle nota que l'homme était en pleine discussion sur son téléphone portable, un grand sourire aux lèvres. La tueuse croate resta un moment interdite, puis sans attendre elle s'élança dans les rues, parallèlement au véhicule qui l'obstruait. Prendre une voiture en filature au centre-ville était paradoxalement plus facile à pied que via n'importe quel autre moyen de transport, mais présentait un inconvénient majeur. Au rythme auquel allait le taxi, sans cesse freiné par la densité du trafic, par l'inconscience des piétons qui traversaient au gré de leur envie, et par les feux de signalisation, elle aurait pu lui coller au train dix heures durant sans avoir à se presser, et même s'arrêter pour manger une glace si elle l'avait voulu. Le principal souci était que toutes les zones de Bombay n'étaient pas particulièrement fréquentables, surtout pour une femme blanche habillée comme une touriste, se déplaçant seule et à pied.

Certes, on pourrait avancer qu'elle n'était pas que cela, et que le Beretta compact qu'elle gardait dans son sac lui donnait un avantage non négligeable. Toutefois, elle n'avait pas particulièrement envie de se servir de son arme, sauf en cas d'extrême nécessité, et elle n'était pas convaincue qu'un pistolet lui serait d'une grande aide. Dans le meilleur des cas, elle arriverait à arrêter un assaillant via la menace, mais combien d'autres fondraient sur elle par derrière. Elle avait entendu des histoires sordides sur le sort de certaines touristes en Inde, et bien qu'elle ne craignît pas particulièrement pour sa vie, elle préférait tout de même éviter de tenter le diable. Elle appréciait la compagnie des locaux, mais ne voulait pas vraiment découvrir la partie cachée de l'Iceberg. Elle suivit donc la voiture sur quelques pâtés de maison, en espérant que celle-ci s'arrêterait bientôt, mais ce ne fut pas le cas, et lorsque le taxi s'extirpa de la cohue du centre, et commença à prendre de la vitesse, elle cessa la traque avec un goût d'inachevé dans la bouche. Son instinct lui commandait de continuer à avancer, de braver le danger, et de découvrir ce qui se tramait dans les bidonvilles de Bombay à elle seule, comme une championne. Son cerveau lui rappelait fermement que deux chargeurs ne seraient pas suffisants pour s'en sortir si elle déclenchait une fusillade, et qu'elle n'était pas équipée pour affronter les menaces dont Grauber leur avait parlé. Elle devrait donc rentrer à l'hôtel, se débrouiller pour savoir où s'était rendu sa cible, se préparer et repartir en surveillance. Ce qu’elle fit.


--- ---


Comme d’habitude, quand Lucija voyageait, elle ne se contentait pas d’emporter avec elle crème solaire et maillots de bain, non. Elle récupérait toujours un petit sac qui voyageait dans un avion privé loin de tout contrôle, où se trouvait le matériel qu’elle affectionnait particulièrement. Son fusil de précision Dragunov, bien entendu, ainsi que tout l’équipement complémentaire qui ne manquait pas de l’accompagner : différents types de balles adaptées aux différentes situations qu’elle pouvait rencontrer, lunettes thermiques, infra-rouge, toutes modulables pour convenir parfaitement à son style de tir. Elle avait par ailleurs fait venir un petit arsenal personnel, composé de quatre pistolets automatiques, dont deux compacts pour la ville, et d’assez de chargeurs pour aller prendre Fort Alamo. Elle avait également quelques armes un peu plus lourdes, au cas où. En sus, elle avait investi dans un matériel de surveillance basique, mais suffisamment sophistiqué pour placer discrètement sur écoute sa cible.

Ainsi, quand elle rentra à l’hôtel, elle ne passa pas sa soirée à se détendre et à se délasser, mais bien à écouter son suspect qui s’éloignait de la ville, et qui continuait à parler au téléphone. Elle prit la conversation au moment où il était en train de discuter de choses bien trop compliquées pour elle, ce qui l’incita à revenir au premier coup de fil qui l’avait subitement fait changer de direction. Un casque vissé sur les oreilles, et non sans avoir vérifié que la porte était fermée à clé, et que les fenêtres étaient verrouillées, elle cliqua sur « play » :

- Allô ?

- Docteur Stephens, je suis ravie d’entendre votre voix…

Lucija ne connaissait pas le propriétaire, mais elle n’appréciait pas du tout la voix de la femme qui venait de prendre la parole. Trop suave, trop mielleuse, et paradoxalement trop dangereuse. On aurait dit un serpent qui essayait d’enjôler sa proie, en ne sortant pas encore les crocs pour ne pas l’effrayer. Elle reprit :

- J’ai une excellente nouvelle pour vous… Elle insistait inutilement sur certains mots, et marquait des pauses langoureuses plus qu’énervantes. Nous avons obtenu le feu vert, et nous allons pouvoir reprendre nos recherches à plein régime. J’espère que vous êtes comblé

- Bien sûr, Monica, bien sûr ! Lucija nota le nom sans même y penser. Je veux dire… Est-ce que l’équipe de veille a fait des progrès ? Cela fait si longtemps que je n’ai pas eu de nouvelles, j’avais peur qu’on m’ait écarté du projet…

La voix se fit doucereuse :

- Vous écarter du projet ? Allons mon très cher docteur… Vos compétences nous sont vraiment indispensables… Il y a eu quelques progrès en effet, mais cela vous sera expliqué en détail dans un cadre plus adapté… Vous connaissez toujours le chemin, n’est-ce pas ?

- Bien entendu ! Taxi, direction Dharavi s’il-vous-plaît.

- C’est parfait docteur… Nous vous attendons…

La conversation s’arrêta là, et Lucija retira son casque avec une moue mitigée. Elle se sentait partagée entre l’envie de célébrer les progrès de sa surveillance, qui venait de prendre un nouveau tournant désormais, et le scepticisme quant à ce qu’elle venait d’apprendre. Après tout, elle n’avait rien de plus qu’un nom qui ne lui évoquait rien, et une adresse aussi vague que si on lui avait dit « Washington ». Elle n’était pas beaucoup plus avancée, et pourtant elle avançait, c’était un fait. Rassemblant ses notes, elle décida de passer la nuit à éplucher les dossiers, les noms, à essayer de recouper les informations, sans toutefois rien trouver de concluant. Certes, le docteur avait eu l’occasion de passer plusieurs fois dans le bidonville, pour faire des prélèvements sur la population locale, afin d’étudier les virus indigènes, au début de sa carrière. Mais il n’y avait officiellement pas remis les pieds depuis plus de quatre ans, et n’avait aucune raison de le faire aujourd’hui, à part si cela signifiait que les expériences sur le Solanum avaient repris. De même, la recherche de Monica fit chou-blanc, et Lucija abandonna cette piste après trois heures à lire des noms d’anciens élèves, d’anciens collègues, d’anciens professeurs. Cette femme n’apparaissait nulle part, et les rares Monica qui émergeaient semblaient se trouver aux quatre coins de la planète, mais pas en Inde. Finalement, la tueuse décida d’aller se coucher, et de se rendre sur place dès le lendemain pour vérifier de quoi il retournait.


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- …Magnifique, tu n’as pas idée ! Lança joyeusement Ivana au téléphone coincé entre son oreille et son épaule, tandis qu’elle faisait des courses dans le marché des environs, achetant des produits frais pour cuisiner un peu. Il fait très humide pour la saison, par contre, donc c’est un peu difficile de sortir en plein jour, mais tout va bien… Oui… Oui… Bien sûr… J’ai pris plein de photos, oui… Je te montrerai tout ça, promis. A… Ashley est déjà partie à l’école ? … Ok, tant pis, je rappellerai. Dis-lui qu’elle recevra bientôt une carte postale de ma part. Oui… Je t’embrasse fort, tu me manques… Oui, je sais… Promis, je fais vite. A bientôt !

Elle raccrocha le téléphone, et s’empressa de payer le vendeur, qui lui lança un sourire amusé. Il connaissait bien la jeune femme désormais, et si elle venait faire ses courses chez lui, ce n’était pas par hasard. Un de ses nombreux contacts lui avait renseigné ce monsieur, et elle avait déjà eu l’occasion de faire affaire avec lui. Elle lui achetait quelques légumes, lui glissait un billet convenable dans le lot, assorti d’un petit mot. Le lendemain, elle revenait lui acheter des légumes, et elle récupérait dans le sac de courses la réponse à ses questions. Un informateur discret et efficace, dont elle n’avait encore jamais entendu le son de la voix. Elle le remercia d’un signe de tête, rajusta ses lunettes de soleil et son chapeau qui la protégeaient à la fois de la chaleur accablante et des regards, et s’éloigna d’un pas discret, en veillant bien à ne pas être suivie. Elle fit un détour par un parc, feignant d’avoir envie de se promener, alors qu’en vérité elle voulait être certaine que personne ne la filerait, même si elle ne l’avait pas repéré. Après une petite demi-heure à déambuler, elle s’éclipsa derrière une statue qu’elle avait localisée la veille, et s’esquiva par un passage à peine visible qui donnait sur la rue. Elle s’engouffra dans la ruelle juste en face, et déboula sur une rue commerçante bondée, dans laquelle elle se fondit avec le soulagement d’un poisson retrouvant son élément naturel. Nageant au milieu des gens, anonyme, elle se laissa porter jusqu’à son hôtel, où elle arriva en nage mais certaine d’avoir évité toute filature. C’était préférable, surtout maintenant que l’ORS connaissait son identité.

En fait, elle ne travaillait pas vraiment pour eux en ce moment. Officiellement, elle était hors service, mais elle avait accumulé suffisamment d’indices lors de sa virée en Pologne pour avoir envie d’aller jeter un coup d’œil en Inde, rien que pour voir. Elle n’avait pas eu le feu vert pour s’engager sur la mission, mais puisqu’elle n’était que consultante, elle pouvait toujours s’accorder des vacances dans un pays éloigné, qui coïnciderait miraculeusement avec celui dans lequel elle voulait enquêter. A fortiori, sa situation lui permettait d’agir en dehors des règlements et des protocoles de l’organisation, ce qui lui conférait une liberté de mouvement qu’elle appréciait. Pouvoir emporter ses armes et son matériel, ne pas dépendre d’un autre qu’elle-même, c’était très agréable. Elle savait qu’elle n’avait pas de couverture, et qu’à la moindre bavure, la police indienne lui tomberait dessus sans coup férir. Mais au moins, elle pouvait employer ses méthodes, et agir à son rythme. Les enquêtes n’étaient pas sa spécialité, mais il y avait tant de similitudes avec sa formation antérieure qu’elle ne pouvait pas s’y montrer nulle. Tout au plus devait-elle faire un effort pour ne pas presser la détente chaque fois qu’elle avait un angle de tir favorable… ce qui arrivait souvent.

Déposant les légumes dans le petit frigo qui effectuait un bruit infernal, elle s’assit sur l’unique chaise de la pièce, et commença à lire. Contrairement à ce que l’on pouvait attendre de la part d’un vendeur indien tout ce qu’il y avait de plus traditionnel, ce n’était pas un morceau de papier rabougri sur lequel il avait passé des heures à écrire en pattes de mouches qui l’attendait, non. Au contraire, il n’y avait qu’une petite clé USB qu’elle brancha sur son ordinateur, ouvrant l’unique dossier qui se trouvait à l’intérieur. Et ici, des dizaines et des dizaines de sous-dossiers, des informations en pagaille, classées avec une méticulosité effrayante. Des noms, des dossiers personnels normalement inaccessibles, des contenus secrets volés au gouvernement et gardés précieusement. Elle éplucha tout cela en croquant avidement dans une pomme, tapant du pied au rythme de la musique qu’elle entendait en provenance de la rue.

Elle se focalisa sur sa cible d’abord. Le britannique travaillant vraisemblablement sur le Solanum. Officiellement, d’après ce qu’elle avait trouvé, il ne s’était jamais rendu à Dharavi, dans le bidonville, mais les dossiers qu’elle avait actuellement faisaient état de plusieurs recherches auxquelles son nom était associé, qui avaient vraisemblablement été menées dans cette zone. Venaient ensuite des photos d’identité, qui correspondaient aux dossiers de personnes disparues dans le bidonville. Les informations à ce sujet étaient minimes : disparus un beau jour, sans laisser de traces, on n’avait jamais eu de leurs nouvelles depuis. Cela ressemblait fort à des enlèvements, et certains remontaient à plusieurs années. Il y avait ensuite des photos provenant de toute évidence de dossiers de la police, ainsi que des rapports supposés confidentiels sur des meurtres par balle, jamais résolus. Cela pouvait ressembler à des meurtres aléatoires, à des règlements de compte sans envergure, mais si l’indien avait placé ces dossiers dans la liste, c’était qu’ils étaient d’une certaine utilité. Elle lui faisait entièrement confiance pour cela. Elle quitta le dossier, décidant de revenir plus tard sur ces éléments, et en ouvrit un autre, qui contenait des rapports d’écoute de bandits locaux. Cela faisait allusion à des trafics dont il était impossible de connaître la nature, mais de toute évidence, c’était rare et précieux. Les allusions à la marchandise étaient prudentes, et il semblait que les employés craignaient beaucoup leurs employeurs. Pas suffisant à un enquêteur mandaté par l’ORS pour monter une opération, mais plus qu’assez pour une tueuse free-lance.

Ses clics la menèrent ensuite à des photos satellites et des permis de construire, qui renseignaient sur un complexe de recherche construit dans le bidonville. Officiellement – et c’était intéressant -, il ne s’agissait que d’une annexe où étaient conservés des échantillons, pour éviter d’avoir à les transporter. Mais d’après les renseignements de l’indien, il s’agissait de plus que cela. Des camions avaient été aperçus faisant des allées et venues à la nuit tombée, passant tous les check-points sous contrôle de l’armée régulière sans que rien ne soit signalé de particulier… ce qui ne signifiait pas qu’il n’y avait rien de suspect, au contraire. Les camions, pris en photo par satellite, avaient fait des allées et venues plusieurs années auparavant, comme s’ils acheminaient du matériel. Des photos récentes, prises au niveau aérien par des drones de surveillance américains avaient fait état de la présence d’hommes en armes. Mais la version officielle donnée à la presse était que pour éviter tout acte malveillant sur des souches potentiellement dangereuses, il était nécessaire de poster des hommes en armes, surtout dans un secteur sensible comme Dharavi. Les USA n’avaient pas cherché plus loin, d’autant qu’il existait de tels complexes partout dans le monde, et que cela ne choquait personne.

A mesure qu’elle lisait, ses yeux allant d’un bout de l’écran à l’autre à une vitesse faramineuse, Lucija comprit qu’elle devait se rendre sur le terrain. Dès le soir même, sans attendre. Patienter plus longtemps risquait de compromettre une éventuelle action de l’ORS, qu’elle entendait bien contacter dès qu’elle aurait davantage de renseignements. Car en effet, les informations qu’elle détenait provenaient d’une source non officielle, et la fiabilité des données de l’indien dépendait de sa capacité à agir en dehors de toute chaîne de commandement. Si l’ORS apprenait qu’elle avait de telles informations, elle voudrait nécessairement remonter à la source, et elle n’avait aucune envie de compromettre son indic. C’était une sorte de pacte entre informateurs et tueurs. Les premiers renseignaient et protégeaient l’identité des seconds, les seconds payaient et protégeaient la vie des premiers. Un échange bien équitable qu’elle n’avait pas envie de rompre, surtout pas pour une agence gouvernementale qu’elle avait été contrainte de rejoindre. Il lui faudrait donc récupérer des preuves elle-même.


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La nuit était tombée sur le bidonville qu’elle observait à bonne distance à l’aide d’une lunette thermique. Allongée dans un bâtiment désaffecté dont on avait arrêté la construction des années auparavant, elle observait aussi immobile qu’une statue le lent va-et-vient des gardes en faction devant l’entrée du complexe. Elle devait dire que la sécurité était au maximum ici. Une grille surmontée de barbelés, suivie d’une cour recouverte de gravillons surplombée par deux miradors dont les projecteurs se promenaient aléatoirement. Et enfin, la structure proprement dite, gardée par deux hommes en armes. Nul doute qu’il y en avait plus à l’intérieur, mais c’était difficile à imaginer, car le bâtiment paraissait ridiculement petit, en comparaison du nombre de véhicules garés autour. A croire que le centre s’étendait également sous terre, ce qui n’aurait pas été impossible. Lucija posa ses jumelles, et épaula son fusil de précision, plongeant instantanément entre les deux gardiens. Elle était à environ trois cent mètres, soit une distance plus que suffisante pour pouvoir reconnaître les deux hommes et même discerner que l’un d’entre eux s’était coupé en se rasant. Leur équipement était standard : uniforme gris, képi de la même couleur. En bandoulière, un fusil d’assaut AK-47, et à la hanche un pistolet semi-automatique. Rien de très exotique… à part les deux grenades que l’on voyait pendre à leur ceinture. Des grenades ? Il pouvait s’agir de fumigènes, ou bien de grenades aveuglantes, mais Lucija n’en était pas certaine. En tout cas, ces types étaient bien équipés. Elle releva le canon de son arme, et observa le mirador numéro 1. Trois hommes s’y trouvaient en faction. Le premier regardait dans la lunette de son fusil de précision, et observait la route avec attention. Il n’avait pas conscience de la présence de la tueuse, qui aurait pu l’abattre facilement. Les deux autres avaient posé leurs armes non loin, et jouaient aux cartes. Pareil dans le mirador numéro 2.

La montre de la jeune femme se mit à vibrer soudainement, et elle l’interrompit en appuyant sur un bouton. Huit heures pile, elle devait faire son check. Tous les quart d’heures, elle rampait discrètement jusqu’à une position plus avantageuse, située un étage plus haut, et elle jetait un regard circulaire sur le périmètre, avant de redescendre. Cela lui permettait d’éviter d’être surprise, car si les gardes se montraient dociles, rien ne garantissait qu’elle n’avait pas été repérée par un autre sniper caché. Elle avait vu des choses étranges durant son service, et elle préférait être prudente. Arrivée à l’étage, elle se coula derrière une cloison en béton suffisamment épaisse pour absorber le tir de tout ce qui se trouvait en-dessous du calibre .50 : pour le reste, elle devrait faire confiance à la chance. Elle plongea le nez dans ses jumelles thermiques, et balaya la zone. Au loin, les lumières de la ville. Plus près, des chiens errants qui fouinaient dans les ordures. Rien de suspect. Et puis là, sur la droite, une silhouette solitaire qui avançait prudemment, discrètement, droit dans la ruelle principale où les deux tireurs d’élite avaient positionné leur viseur. Pendant un instant, Lucija se demanda si elle devait intervenir. L’individu paraissait louche de là où elle était, mais c’était peut-être simplement un local qui rentrait chez lui en prenant garde de ne pas se faire repérer par d’éventuels bandits – qui pour l’instant s’étaient déplacés vers l’ouest, à dix minutes d’ici -, auquel cas elle n’avait pas à intervenir. D’un autre côté, il pouvait très bien s’agir d’un concurrent, d’un autre espion, ou même d’un de ces stupides détectives privés, qui risquait de se faire repérer comme un bleu. Non mais quelle idée d’approcher par une voie aussi évidente ?

Lucija avait dû faire des pieds et des mains, serpenter dans des ruelles étroites et horribles, grimper et ramper pour éviter d’être repérée, et finalement arriver dans ce bâtiment qui lui avait paru intéressant et parfaitement placé. Mais lui… il allait au mépris de tout danger, se planter devant le viseur de deux snipers qui n’attendaient qu’une occasion pour presser la détente. En soi, la jeune femme s’en fichait. Il pouvait bien arriver n’importe quoi à ce détective, ce n’était pas son affaire. Mais si tirs il y avait, alors elle aurait à évacuer les lieux rapidement, et la tenue qu’elle portait ainsi que les armes qu’elle convoyait risquaient de lui attirer des ennuis. Le filet pouvait se refermer plus vite qu’elle ne l’imaginait, et la piéger pour de bon. Ce fut la raison principale pour laquelle elle décida d’intervenir. Abandonnant sa position et son cher fusil, elle descendit le long d’une issue de secours qu’elle s’était ménagée, à l’arrière du bâtiment. En deux minutes, elle se retrouva dans la rue, juste à temps pour voir la silhouette disparaître devant elle. Avait-elle rêvé, ou l’individu en question était-il sérieusement vêtu d’une tenue traditionnelle indienne ? Une tenue tout sauf discrète ! Voulait-il faire une blague, ou seulement venir provoquer les gardes ? Dans tous les cas, la jeune femme devait l’empêcher de faire une bêtise, quitte à le neutraliser elle-même.

Elle s’avança derrière l’inconnu, aussi discrètement que possible pour ne pas l’effrayer. S’il était armé, elle pouvait recevoir un tir malencontreux en le surprenant, et elle préférait rompre la distance pour intervenir physiquement en cas de soucis. L’inconnu marmonna quelque chose pour lui-même, et sembla hésiter un instant. Lucija se tapit sur elle-même, et resta collée au mur, la main sur son pistolet. S’il l’avait localisée, elle n’hésiterait pas à dégainer et à tirer la première. Mais il semblait ne pas l’avoir vue, et il tourna à droite. Elle alla à sa suite, consciente que si elle ne l’arrêtait pas bientôt, ils se feraient repérer tous les deux. Alors qu’elle approchait du croisement, une main ferme jaillit des ténèbres et la saisit par le col, avant de la plaquer sans ménagement contre le mur, l’étouffant à moitié. Lucija réagit au quart de tour, et s’empressa de dégager l’arme qui la menaçait, pour essayer de se mettre hors de portée. Mais son agresseur était déterminé, et elle fut renvoyée contre le mur, le pistolet revenant se plaquer contre sa tempe. Dans l’intervalle toutefois, elle avait eu le temps de dégainer les siennes, de sorte qu’elle n’était pas complètement démunie. Quand la lumière se fit sur cette histoire, au sens propre comme au figuré, il y eut une seconde de silence, rompu par la question fort pertinente de Lorenson. On sentait des accents de panique et de soulagement mêlés, mais la jeune croate n’y prêta guère attention. Profitant du relâchement de tension chez la jeune femme rousse, qui portait effectivement une tenue traditionnelle indienne, elle se déporta de côté et plaça une clé sur le bras gauche d’Abigail aussi rapide qu’efficace. Avançant avec volonté, utilisant en guise de menace le second pistolet qu’elle tenait dans sa main gauche, libre, Lucija plaqua son amie sur le mur, en sifflant :

- Bon dieu Abi, parlez moins fort et éteignez cette maudite torche !

En fait, elle s’en était déjà chargée… Lorsqu’elle avait placé sa clé, elle y avait mis tant de force – sans vraiment le vouloir, c’était surtout dû à son entrainement -, que l’arme avait fini au sol. Un coup de talon bien placé avait eu raison de la lampe, qui n’émettrait plus jamais de lumière. Pendant l’intervalle, Lucija n’avait pas cessé de braquer son amie, plus par réflexe que par réelle intention de la menacer. Elle sentait bien que des milliers de questions fusaient dans la tête de la scientifique, qui était du genre à s’interroger pour un rien, et qui en l’occurrence avait de quoi se creuser la tête. Mais la tueuse, pour l’heure, était davantage préoccupée par leur sécurité. Relâchant sa prise sur le bras de sa coéquipière, Lucija ramassa l’arme par terre pour la glisser dans sa veste, avant de lui mettre le canon d’un Beretta au creux des reins, et de la pousser en avant sans mot dire, mais à un rythme si soutenu qu’elles étaient obligées de trotter. Elles firent marche arrière, et remontèrent la ruelle vers là d’où elles venaient, s’éloignant de leur cible. Abigail, qui devait visiblement porter un micro, essaya de dire quelque chose à quelqu’un – probablement un superviseur de l’ORS -, mais Lucija lui intima immédiatement le silence, et la força à s’éloigner.

Lorsque la tueuse jugea qu’elles s’étaient suffisamment mises à l’écart des snipers et d’éventuelles sentinelles cachées qu’elle n’aurait pas repérées, elle les fit plonger dans une ruelle sombre, et regarda derrière elles pour voir si elles n’étaient pas suivies. Elle n’avait pas desserré les mâchoires depuis, et son regard alerté avait de quoi faire paniquer. Elle finit par se détendre, lâchant un soupir de soulagement qui était aussi un soupir de lassitude, car il faisait vraiment chaud, et elle n’était pas habillée légèrement. Abigail, à la lueur de la lune timide qui brillait dans le ciel, et qui leur permettait de se voir grossièrement, put découvrir que la jeune femme portait un gilet pare-balle léger, entièrement noir, ainsi qu’un pantalon militaire d’infiltration. Elle n’avait rien au niveau des bras, pour s’aérer le corps, mais elle portait tout de même un arsenal impressionnant : un pistolet à chaque hanche, un semi-automatique à la cheville droite, un poignard pectoral, et un sac à dos qui paraissait contenir du matériel. Elle était équipée pour partir en guerre, et avait même été jusqu’à se noircir partiellement le visage.

- Abigail Lorenson, bon sang, vous êtes folle ? Vous auriez pu vous faire tuer ! Souffla-t-elle avec le ton colérique d’un professeur davantage anxieux du sort de ses élèves que réellement contrarié.

Elle sentit que la jeune femme n’était pas totalement avec elle, et de toute évidence on lui parlait dans son oreillette. Elle l’interrompit toutefois :

- Ecoutez-moi, Abi ! Ce n’est pas un jeu, ici. Vous pensiez sérieusement pouvoir vous approcher de cette base dans cette tenue ? Avec un simple Glock pour vous couvrir ? J’espère qu’ils n’ont pas vu lumière… S’ils l’ont repérée, alors ils vont sans doute envoyer des hommes vérifier. Mais je pense qu’on s’est assez éloignées. Ca devrait aller…

Quand elle était un peu stressée, elle monologuait sans s’en rendre compte, et son attention revint soudainement à Abigail, qui n’avait toujours pas eu l’occasion d’en placer une… et qui devrait encore attendre. Lucija capta son regard, et s’excusa du geste, en rengainant ses deux Beretta. Elle avait agi de manière un peu impulsive, et on aurait pu croire à une prise d’otage. Elle-même n’aurait pas agi différemment si cela avait été un prisonnier hautement stratégique qu’elle aurait dû exfiltrer… A ceci près qu’elle aurait enfoncé le pistolet plus violemment dans son dos, pour bien lui faire comprendre. Puis, comme si se débarrasser de ses armes lui permettait de revenir à la réalité, elle s’approcha d’Abi, et la prit brièvement dans ses bras, comme une vieille camarade perdue depuis longtemps :

- Contente de vous revoir… Mais qu’est-ce que vous faites là, expliquez-moi ?

Ses pensées n’avaient aucune cohérence, mais il fallait dire que son esprit était un peu perturbé par les dangers imminents. Ainsi, alors que la scientifique prenait la parole, elle se mit à jeter des regards fréquents et inquiets en direction de la rue d’où elles venaient, se préparant à détaler au moindre signe de danger. Ah, qu’est-ce que c’était bon de la retrouver, cette sacrée Abi !
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Ven 8 Aoû - 21:14


La dernière fois qu’elle avait pu voir Lucija avant de se préparer à partir en Inde, Abigail l’avait trouvée dans un sale état. Elle savait qu’elle revenait d’une mission qui avait tourné au cauchemar au Canada, y avait subi quelques blessures au passage, mais surtout avait dû se retrouver dans une situation telle qu’à la simple lecture du rapport, la scientifique avait été parcourue de frissons et avait dû interrompre sa lecture. Elle était persuadée qu’une telle expérience pouvait la détruire moralement pour de bon, et avait insisté auprès des médecins de la base pour qu’elle obtienne les meilleurs traitements et le meilleur soutien psychologique possible. Elle savait que la famille de la Croate serait un atout majeur dans sa rémission. Et elle se dit qu’elle ferait bien de garder Al le plus près d’elle le plus longtemps possible. Au cas où une telle situation se présentait à elle… Elle ne savait pas comment elle réagirait à ce moment, et espérait ne jamais avoir à le savoir.

En tous cas, entre sa dernière visite au chevet de son amie et ce soir dans les bas-fonds de Bombay, il était clair qu’elle avait pleintement récupéré ses capacités. Elle l’avait désarmée pendant qu’elle essayait de la plaquer contre le mur de ma maison, et finit, après que la scientifique l’ait reconnue, par lui faire une clé de bras qui la désarma et la força à abandonner son idée de la maîtriser au corps-à-corps. Abigail n’avait jamais pratiqué d’arts martiaux ou de sports de combat de sa vie, et aujourd’hui, elle le regrettait un peu. A son retour, elle prendrait des leçons auprès des instructeurs de l’ORS. Il fallait que le jour où elle serait seule en mission et aurait à se défendre, elle en soit capable. Lucija lui intima le silence, tout en l’emmenant manu militari vers un recoin encore plus sombre que celui où elles s’étaent tombées dessus, son deuxième pistolet au creux des reins. Qu’est-ce que ça voulait dire, de demandait la scientifique, envahie de toujours plus de questions à chaque pas. Comment avait-elle atterri ici ? Quel était le but de sa mission ? Depuis combien de temps était-elle là ? A quoi rimait ce comportement ? Lucijai lui faisait bien savoir qu’elle portait une tenue et un armement tout sauf pratique pour de la reconnaissance de bâtiment, mais Abigail, bien que tout à fait d’accord avec elle, n’avait eu, à sa très grande frustration, aucun contrôle sur les événements.

Le sari sur elle avait une raison d’être bien particulière. Plus tôt dans la soirée, Abigail et Al étaient allés dîner chez un des pilotes qui devait être formée par le pilote américain. En chemin, un camion roulant à toute vitesse avait mordu dans une ornière et copieusement éclaboussé le couple. L’uniforme du pilote américain ainsi que le jean de la scientifique avaient été ruinés, mais le pilote indien et sa femme avaient insisté pour leur fournir des habits de rechange. C’était là, estimait Abigail, à la fois une bonne et une mauvaise chose. La bonne, c’est qu’elle pourrait espérer se fondre un peu dans la masse malgré son teint pâle, la mauvaise, c’était qu’il lui faudrait improviser pour transporter son matériel. Avec son jean et son débardeur, elle aurait facilement pu prendre un sac à dos pour y stocker son appareil photo et son arme. Le sari, certe magnifique et dans les couleurs locales, était tout sauf pratique et dicret, mais elle n’avait pas pu refuser… Quand, après le dîner, Al l’avait redéposée à l’hôtel et pris la direction de l’aéroport avec son collègue indien, elle avait à peine eu le temps de prendre son matériel et de se rendre sur la zone pour profiter du passage du satellite au-dessus d’elle.

« Je ne comptais même pas approcher, figurez-vous, répliqua-t-elle peut-être un peu agressivement à voix basse. Je suis là uniquement en reco… Et cette tenue, je ne l’ai pas choisie, remerciez les camions qui roulent comme des malades dans des ornières et les horaires de satellites qui ne laissent pas le temps de se préparer correctement ! » Puis, jetant une série de regards circulaires, elle reprit, se détendant petit à petit. « Personne aux alentours. On était encore assez loin, les gardes n’ont pas dû nous repérer… En tous cas, on peut dire que vous, au moins, n’y allez pas avec le dos de la cuillère ! Votre arsenal s’alourdit proportionnellement à la distance que vous voyagez pour la mission ? » ajouta-t-elle dans une tentative d’humour, pour détendre un peu l’atmosphère. Si elle avait été dans l’autre camp, elle aurait été à coup sûr impressionnée de voir une femme comme Lucija lui tomber dessus avec deux armes de poing, un poignard, probablement une arme de secours et Dieu sait quoi d’autre dans son sac !

« Doc, répondez… Doc, tout va bien, vous êtes toujours là ? … Doc ? »
Elle les avait presque oubliés, ceux-là. Ils devaient se demander ce qu’elle fabriquait, si elle était en danger, ou si elle avait trouvé des informations plus tôt que prévu. C’était normal après tout, se disait-elle. Si elle ne répondait pas rapidement, ils allaient se dire que sa couverture était grillée ou qu’elle s’était fait capturer ou pire, tuer. Mais pour le moment, ils allaient devoir attendre. Abigail rendit son étreinte à la Corate. Ca lui faisait un plaisir fou de la savoir remise totalement, de savoir que l’ORS ne l’avait pas mise à pied.
« Stand by » lâcha-t-elle sans cérémonies dans le micro, avant de retirer l’oreillette Bluetooth, comparable à un kit main libres de téléphone. Elle ne souhaitait pas que sa conversation soit enregistrée. Après tout, sesvacances n’avaient rien à faire sur les transcriptions de mission de la base !

« A la base je suis même pas censée être là, commenca-t-elle, en regardant autour d’elle que personne ne venait dans leur direction. Si j’avais pour une fois su me la fermer, et que l’agent prévu initialement ne s’était pas blessé à l’entrainement, j’aurais pu profiter de mon séjour tranquillement avec Al, mais les hauts gradés ont estimé que l’ocasion était trop belle pour passer à côté… J’ai été assignée à une opération de reconnaissance sur l’endroit que Grauber nous a décrit comme leur labo en Inde, les autres localisations en Asie sont sous surveillance par des agents de l’antenne japonnaise. J’ai été envoyée ici pour prendre des photos de loin, notamment de la disposition extérieures, les issues et la sécurité armée. Mais et vous, comment est-ce que vous êtes arrivée là ? Je veux bien croire que le monde soit petit, mais à ce point ? Vous me suivez comme ça depuis longtemps ? »

Profitant d’une pause dans le récit de ses péripéties, elle en profita pour regarder sa montre. A l’heure actuelle, et si tout allait bien, Al devait être en train d’entrer dans le circuit d’approche de l’aéroport de Bombay. Il lui faudrait faire vite, si elle voulait sauver les apparences auprès de lui. Le perdre lui ferait extrêmement mal, car il était l’homme le plsu honnête et attentionné qu’elle avait connu depuis bien des années. Depuis qu’elle avait été à deux semaines de marcher vers l’autel, avant de découvrir que son futur mari la trompait sans remords. Les deux semaines qui avaient suivi faisaient partie des plus noires de sa vie, mais cela lui avait permis de s’enterrer assez profondément sous le travail qu’elle avait publié un de ses meilleurs articles dans Nature.

« Je suis serrée dans le temps, dit-elle en regardant encore une fois autour d’elle, il faut que je parte rapidement si je veux préserver ma couverture… Lucija, je vous retrouverai demain, si les numéros des téléphones cryptés n’ont pas changé, je connais le vôtre. Je contacterai la base pour une nouvelle fenêtre de couverture satellite, et je ferai coincider ça avec les horaires de vol d’Al… »
Durant sa formation, pour tester sa mémoire, elle avait en effet appris par cœur les numéros des téléphones distribués aux agents en mission. Il suffisait qu’on lui donne le numéro d’identification écrit au dos de l’appareil pour qu’en moins d’une minute elle ait fait appel à sa mémoire et retrouvé le numéro à appeler. Et au cas où Lucija serait partie sans téléphone, Abigail avait encore en mémoire celui de son portable, et Lucija devait bien avoir gardé le sien quelque part dans son répertoire.
« Je les préviens, puis je rentre… Je leur signale que vous êtes là, ou non ? » Dans le doute, Abigail préférait demander, des fois que Lucija ait décidé de faire cavalier seul pendant un temps sans que l’ORS le sache (ce qui ne l’aurait pas trop étonnée…). Cependant elle était du genre à jouer selon les règles, il faudrait bien qu’elle signale ce qu’elle avait trouvé. Les termes à la fois vagues et spécifiques étaient alors ses meilleurs amis, en pareilles circonstances. Et puis si ils avaient deux doigts de jugeotte, ils sauraient faire le rapprochement…
-Ingé, Prof de Doc, mission interrompue pour ce soir, cause horaires et partenaire. Confirmez possibilité satellites demain.
-Doc, bien reçu, repli et stand-by pour le satellite. Prochain contact pour 18h heure indienne.
-Bien compris, je repars. Doc out. Puis en s’adressant à Lucija, avec un petit air à la fois désolé et comme lassé : j’étais contre le choix de ces noms de code, mais impossible de faire entendre raison à Tuck. Et encore, il avait une idée encore plus farfelue avant… Je dois vraiment y aller, en repartant par où je suis venue, je devrais pouvoir y arriver rapidement. Je vous recontacte demain.

Abigail tourna les talons, non sans auparavant avoir donné une dernière étreinte à son ancienne partenaire. « C’est vraiment bon de vous revoir sur pieds, Lucija ! », lui avait-elle dit amicalement avant de partir, se terrant dans les ombres que jetait la Lune pour éviter d’attirer l’attention.

**********

Abigail avait réintégré son hôtel juste à temps. A 5 minutes près, Alfred Williams aurait trouvé une chambre vide et aurait vu sa chère et tendre débarquer avec son arme sur elle. Le Glock et l’appareil photo avaient tout juste disparu dans son sac qu’Al passait le seuil de la chambre. Abigail l’accueillit d’un sourire et d’un baiser.
-Alors, ton élève s’est bien débrouillé ?
-Il nous a fait une petite frayeur en nous faisant une approche assez acrobatique aux aérofreins et moteurs plein réduit pour rattraper sa trajcetoire d’approche, mais je pense qu’une fois que dès demain il se sera habitué et on pourra entamer les choses sérieuses… Et toi, tu as passé une bonne soirée ?
-J’ai eu un gros coup de barre en rentrant, alors j’ai pas mal lu, sans trop bouger d’ici…
-OK… Je vais aller prendre une douche, cette approche m’a donné un coup de chaud.
-Attends-moi, je te rejoins…

Tout en passant sous le jet d’eau rejoindre son homme, elle se disait qu’elle ne méritait pas toujours la confiance qu’il lui accordait. Mais elle-même était extrêmement méfiante envers les hommes, et chez Al… tout sembalit parfait, même si elle trouvait ses horaires de vol bizarres. Sans doute qu’elle s’habituerait, à la longue ; de toute manière, elle-même avait des horaires impossibles. En tout cas, quand il la prit dans ses bras en couvrant son buste de baisers, elle sut qu’elle ne se lasserait jamais de ce qu’il s’apprêtait à faire. La nuit serait courte…

**********
7 mars – 9h10
Abigail se réveilla extrêmement tard ce jour-là. Habituée à se lever entre aux alentours de 4 ou 5 h chaque matin, 7 heures en cas de grasse matinée, cette heure-ci était tout sauf naturelle pour elle. Même si la nuit avait été des plus agréables avec son amant. Celui-ci avait quitté la chaleur du lit vers 6h, lui laissant un petit message posé sur la table de nuit.

« Je n’ai pas voulu te déranger en partant, tu dormais si bien. Je serai au simulateur ce matin et en vol toute la fin de la journée, je devrais rentrer aux alentours minuit si tout se passe comme prévu. Ne m’attends pas pour dîner, les gars d’Air India nous font un pot ce soir à l’aéroport. A ce soir. Je t’aime. »

Cette petite attention lui arracha un sourire attendri, qui se mua en sourire de satisfaction professionnelle. Il allait être coincé dans son cockpit un bon bout de temps.

Ce qui lui laisserait assez de temps pour mieux se préparer à sa petite escapade de reconnaissance, cette fois ! Pas question de repartir en sari !

Dès 10 h et après avoir avalé un petit-déjeuner léger, la scientifique avait aligné sur le lit son matériel pour la suite des opérations : Glock 17, dont elle remarqua que la MagLite avait été brisée lors de sa rencontre avec Lucija, 4 chargeurs de 17 cartouches pleins, son oreillette, sa radio, sa balise de suivi pour le satellite, un appareil photo haute définition et un objectif longue portée, au cas où. Elle y ajouta un plan à grande échelle de la ville, acheté le matin même, au cas où la couverture satellite viendrait à manquer ou le contact radio perdu. Pas question de se faire prendre au dépourvu enc as de pépin. Elle sortit également son téléphone, décidant de coordonner son action avec Lucija. Elles avaient formé un bon duo en Allemagne, elle se disait qu’il n’y avait aucune raison pour que leur duo ne fonctionne pas une nouvelle fois. Elle s’était habillée de manière discrète et légère : débardeur noir à manches courtes, qui laissait apparente la marque de brûlure à l’acide qu’elle avait reçue à l’avant-bras durant ses études et avait à jamais altéré sa peau à cet endroit, jean noir, chaussures de marche tenant bien au pied (elle avait, à l’origine, prévu de profiter d’une de ses journées pour aller visiter de magnifiques temples hindous que le temps et la végétation hors de la ville avaient réclamés), et sac à dos gris sombre pour contenir tout son matériel. Elle prit également une bouteille d’eau, s’attendant à devoir passer de nombreuses heures statique dans une atmosphère étouffante, et préférait parer à toute éventualité. Elle appela ensuite sur son portable sécurisé le numéro de Tuck à Washington, où ils se mirent d’accord sur un horaire d’action en fonction des créneaux de satellite

Elle s’apprêtait à appeler Lucija, quand une pensée lui vint, se rappelant ce qu’elle avait vu. Le site avait l’air bien gardé, avec ce qui ressemblait à des miradors camouflés en grues de construction, des checkpoints et tout ce qui allait avec, et Lucija avait débarqué armée jusqu’aux dents, et devait avoir encore tout un arsenal planqué quelque part. La scientifique se dit alors que si les choses tournaient au vinaigre, elle tenait à être équipée. Bon, Lucija serait sans doute avec elle, mais si elles devaient se retrouver séparées… Son Glock fournirait une protection temporaire, mais il faudrait la rendre durable. Ramasser l’arme d’un mort ? Elle y pensait, amis elle n’avait jamais touché à une AK-47 ou une de ses quelconques variantes de sa vie. Sa partenaire croate saurait sûrement comment remédier à ça.
Elle composa le numéro qu’elle gardait dans un coin de sa mémoire, et sourit birèvement quand la tonalité s’établit, avant qu’elle n’entendît le déclic d’un téléphone qu’on décroche.
« Lucija, Abigail à l’appareil. Comment allez-vous ?... J’ai téléphoné à la maison, ils m’ont accordé une sortie sur place à 19h25, la couverture commencera à 19h27... On sera en contact permanent avec eux, je vous propose qu’on se voie dès ce matin pour se préparer… Et il y a autre chose… Au cas où ça tournerait mal… Vous pourriez me faire un topo rapide sur la AK-47 ?... Je demande, au cas où j’aurais à en ramasser une pour nous protéger, au cas où… En espérant bien sûr que ça n’arrive pas, mais plutôt prévenir que guérir !... Très bien…Où voulez-vous que nous nous retrouvions ?... OK, je vois… J’y serai… A tout à l’heure… »

Abigail raccrocha, en priant pour que cette fois, tout se passe comme prévu, puis elle se dirigea vers leur point de rendez-vous, sac sur le dos et plan en main.
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Sam 9 Aoû - 13:28

Dire que Lucija était stressée aurait été largement en-dessous de la vérité. Elle avait établi sa surveillance depuis un bon moment déjà, et dans ces cas-là, elle prenait grand soin de ne pas se faire repérer, et de maîtriser tous les aspects dangereux qui pouvaient se présenter à elle. Son équipement dernier cri et ses capacités de dissimulation - la faute à son entraînement de tireur de précision, naturellement - lui permettaient d'éviter la majeure partie des problèmes. Abigail, par sa présence, l'avait fait paniquer, et avait fait monter son palpitant pas loin de 200 en moins d'une seconde. Fort heureusement, elle avait réussi à la désarmer à la faveur de la surprise de cette dernière - qui, il était vrai, n'avait pas de ceinture noire dans trois arts martiaux. L'emmener ensuite dans un endroit plus tranquille pour discuter n'avait pas été très compliqué, la persuasion d'une paire de Beretta contribuant largement à l'affaire. Pendant tout ce temps, le docteur Lorenson essaya de la détendre avec des plaisanteries et des réflexions, mais les pensées de la jeune Croate étaient tournées vers les potentiels dangers, et elle préférait ne pas parler... A dire vrai, elle n'écoutait qu'à moitié, concentrée sur tout ce qui se trouvait autour d'elle, et qui pouvait s'avérer menaçant.

Ce ne fut que lorsqu'elles se trouvèrent dans cette petite ruelle, suffisamment éloignées de la base qu'elles étaient censées surveiller, que Lucija sembla redevenir elle-même, passant du rôle de combattante impitoyable capable de tuer n'importe qui n'importe quand, à jeune femme légère et détendue, au sourire éclatant. La transition pouvait sembler un peu rapide, mais en mission on n'avait pas toujours le temps de soigner les apparences, et elle agissait en fonction de ses émotions du moment, sans se soucier plus que ça des convenances. Lorenson, de toute évidence, s'accommoda de ce revirement soudain de personnalité, et dut se satisfaire de voir que la tueuse avait rengainé ses pistolets, montrant qu'elles pouvaient désormais discuter sans risque. Sans risque imminent tout du moins.

Le sourire de Lucija lorsqu'elle entendit les péripéties de sa collègue était sincère, et elle s'imagina parfaitement à sa place, arrachée à son quotidien tranquille pour partir réaliser une mission à l'autre bout du monde. A ceci près qu'elle avait toujours été bien payée pour cela, et qu'elle n'avait jamais dû partir sur le terrain habillée de cette façon. De toute évidence, l'ORS ne s'était pas améliorée depuis. Leur sens de la préparation laissait toujours à désirer, et lorsqu'ils envoyaient des agents au pied-levé, leur couverture était minimale. Normal pour une agence cherchant à ne pas faire de vagues, et désirant préserver son anonymat. Dangereux pour des hommes et des femmes qui allaient au devant de dangers réels, et qui ne pouvaient compter que sur eux-mêmes, un entraînement plus ou moins poussé, et une connaissance des risques plus ou moins élevée. Jusqu'à présent, Lucija s'en était toujours sortie, mais elle avait maintenant compris la leçon, et faisait davantage confiance à ses armes qu'au renseignement de l'agence, qui de toute évidence souffrait des mêmes problèmes que les autres agences gouvernementales américaines.

Revenant à Abigail, Lucija se rendit compte qu'elle lui avait posé une question, et elle se détendit perceptiblement. Elle s'était brusquement tendue en entendant un bruit venant de la rue principale, et avait jeté un coup d'œil rapide et furtif sans rien apercevoir. Mais dans une telle obscurité, un bataillon indien aurait tout aussi bien pu se tenir de l'autre côté de la ruelle sans qu'elle vît quoi que ce fût. Elle répondit d'une voix calme, comme si son explication était parfaitement normale, et que sa présence ici n'était pas le fruit d'une forme de violation des règles tacites de l'ORS :

- Je reviens de Pologne, où la mission s'est... passée. On va dire ça. Vos chefs ont obtenu les informations qu'ils voulaient, et moi j'en ai profité pour glaner quelques renseignements. Pas grand-chose, seulement un nom et un lieu : Docteur Stephens, Bombay. L'ORS était trop occupée à décrypter les données reçues pour se consacrer à une piste aussi mince, et qui pouvait tout aussi bien ne mener à rien. Moi, j'étais pas en mesure de rentrer au pays, alors je suis venue ici faire de la surveillance.

Elle haussa les épaules, presque avec fatalité. Comme si la mission était une obligation impérieuse à laquelle elle n'avait pas pu se soustraire. Une forme de charme sous lequel elle opérait, et qui la poussait à se rendre à des milliers de kilomètres de sa famille pour ramper dans la poussière en tenue de combat. Son excuse ne tenait pas la route, et on voyait bien qu'elle était heureuse d'être là, à ressentir ce qu'elle appelait le "frisson de la chasse", ce sentiment grisant quand elle traquait une cible, avant de pouvoir lui coller une balle en pleine tête à plusieurs centaines de mètres. Bon, en l'occurrence, elle n'avait pas le droit de presser la détente, mais c'était tout comme. Le frisson était toujours là. Reprenant, elle ajouta :

- Pour ce qui est de vous suivre, j'étais là un peu avant votre arrivée, à surveiller le site. Je vous ai repérée grâce à ça (elle sortit une paire de jumelles thermiques). Vous devriez faire attention, Abi... Les types qui gardent le site m'ont l'air d'être mieux formés que l'armée indienne : peut-être des mercenaires appartenant à une compagnie privée, ou pire. Et on ne sait jamais qui peut se cacher dans un bâtiment à vous surveiller.

Elle eut un demi-sourire légèrement rassurant. Mais légèrement seulement. Elle craignait véritablement d'être surprise par un groupe de soldats venus la cueillir, auquel cas elle n'aurait d'autre choix que de tirer à tout va, et d'espérer s'en sortir vivante. La situation avait l'air calme, mais elle avait désormais la certitude que les opérations avaient repris, ou à tout le moins qu'on se préparait à quelque chose. Il fallait donc redoubler de vigilance, car il pouvait tout aussi bien s'agir d'un piège destiné à les faire sortir de leur trou. Là était la force du sniper, capable de rester caché des jours durant pour attendre le bon moment, l'unique fenêtre de tir où il serait en mesure d'éliminer sa cible, et pas une autre. Bouger trop vite, cela risquait de compromettre leurs chances, et d'effrayer leurs proies, ce qui était la dernière chose à faire.

Lucija, qui avait fait beaucoup de découvertes depuis son arrivée en Inde, voulut en informer le docteur, mais celle-ci lui affirma qu'elle devait rentrer pour préserver sa couverture. En la voyant ainsi habillée, la tueuse se demanda ce qu'elle entendait bien protéger : qu'elle était danseuse orientale en stage en Inde ? Qu'elle venait participer à un festival culturel ? A moins qu'elle n'usât encore une fois de sa véritable identité pour venir travailler dans une université... en tenue traditionnelle indienne ? Difficile à imaginer, mais le monde universitaire pouvait réserver bien des surprises. Néanmoins, une information attira l'attention de la tueuse. Une information qu'elle avait déjà entendue, et à laquelle elle n'avait pas prêté attention. Al. Deux lettres, qui pouvaient évoquer beaucoup de choses.

Connaissant la scientifique, Al aurait tout aussi bien pu être un collègue de travail un peu ennuyeux, un ordinateur auquel elle aurait donné un surnom affectueux, ou bien un animal de compagnie voire même une plante. Passer son séjour avec Al n'était pas particulièrement révélateur, surtout que le diminutif pouvait révérer à n'importe quel sexe : Albert, Alison ? Comment savoir. Mais les choses se précisèrent avec sa seconde intervention. Les "heures de vol" d'Al ? Ainsi, il ou elle était pilote, et il ou elle constituait la couverture de Lorenson ? Les choses paraissaient étranges, et la scientifique - qui ne laissait rien au dépourvu - n'aurait jamais omis de présenter quelqu'un qui aurait pu lui servir de couverture... sauf... Lucija n'osa en demander plus pour l'instant, mais son intuition en la matière ne la trompait pas. Lorenson était avec quelqu'un, et considérant l'empressement qu'elle avait à le rejoindre, les doutes n'étaient pas permis. Elle était avec un homme qui partageait sa vie. Un peu surprise par ces révélations, la jeune femme mit un moment à réagir :

- Oui... Enfin non, mon numéro n'a pas changé. Si vous l'avez toujours, vous pouvez me contacter quand vous voulez. Mon autre portable, vous l'avez également, mais je crains les écoutes, donc évitons dans la mesure du possible. Et pour vos supérieurs... Ne leur dites pas encore que je suis là... Je... hmm... Je préfère continuer à travailler à ma façon pendant encore quelques temps. J'ai l'impression de tenir une piste, mais... Je vous en dirai plus demain, filez !

Lucija sourit en entendant les noms de code employés par l'ORS, et Abigail ne manqua pas de remarquer son amusement. Son explication éclaira soudainement la situation : qui d'autre que le farfelu Tuck aurait pu inventer de tels noms. On se serait crus dans un jeu vidéo, avec des classes bien définies. Pendant un moment, la tueuse se demanda ce qu'il aurait choisi pour elle, si elle avait été affectée à l'Inde également. Il faudrait qu'elle lui posât la question, pour savoir si elle pouvait partir en mission sous sa surveillance ou non. Mais plus tard, pour l'instant elle avait à faire. Les deux jeunes femmes se séparèrent non sans une accolade amicale, avant que Lucija ne s'élançât vers son poste d'observation. Elle s'empressa de démonter son arme, avec une facilité acquise par l'habitude - et par un système de montage-démontage simplifié sur son SVD modifié, qui lui permettait de le déployer en quelques secondes seulement - avant de filer prestement à son hôtel pour s'y mettre à l'abri et se reposer avant de repartir en mission.


~~~~


En sortant de la douche, Lucija se sentit revivre. Il faisait tellement chaud au dehors ! Vêtue d'un simple débardeur et d'un mini-short, elle s'installa en tailleur sur la chaise qui trônait au milieu de la pièce, et alluma son ordinateur, tout en s'examinant dans un miroir pour vérifier que le noir qu'elle avait mis sur son visage avait bien disparu. C'était très pratique, mais ça collait bien, et elle avait dû passer une bonne demi-heure sous l'eau pour se décrasser, et notamment nettoyer ses cheveux qui avaient pris la poussière. Quelle plaie. Mais maintenant, elle se sentait propre et prête à travailler. L'écran d'accueil s'afficha, et elle entra une série de commandes qui firent soudainement apparaître sur son bureau des icônes bien étranges. Le réseau était suffisamment bon, et elle avait un amplificateur wi-fi pour être capable de capter à peu près partout. Mais ce qu'elle avait à faire ne lui demanderait pas autant de puissance. Le logiciel qu'elle activa, et qui moulina pendant quelques secondes à la recherche de coordonnées, lui indiqua rapidement la localisation d'un point bleu sur Google Map. Elle actualisa la page, patienta quelques secondes, et suivit ainsi pas à pas la progression d'Abigail dans la forêt de bâtiments qui constituaient Bombay.

Les téléphones cryptés étaient protégés contre ce genre d'intrusions et de repérages, mais il se trouvait que Lucija avait le numéro personnel d'Abigail, et que la plupart des gens oubliaient de désactiver toutes les connexions wi-fi et GPS de leurs mobiles. Pour plus de sécurité, le téléphone personnel de la jeune Croate était un ancien modèle qui n'était pas équipé de toutes ces améliorations, et qui lui servait essentiellement à téléphoner. En tant que scientifique à la pointe de la technologie, Lorenson avait donc un téléphone intelligent, et puisque personne ne connaissait son numéro privé - à qui aurait-elle pu le donner ? -, elle était en sécurité. Ce que faisait Lucija n'était pas très réglo, mais son amie ne s'apercevrait de rien, et elle était d'une curiosité dévorante. Le point bleu finit par s'arrêter dans un hôtel plutôt chic, en centre-ville, et la jeune femme eut l'information qu'elle désirait. Maintenant qu'elle savait où dormait son amie, elle se sentait un peu rassurée. En cas de coup dur, elle savait pouvoir aller sortir Abi d'un mauvais pas en moins de trente minutes. Elle ferma les yeux, et s'endormit tranquillement, tout en se demandant au fond d'elle-même qui était ce fameux Al qui réussissait à distraire sa collègue en pleine mission.


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Lucija était en nage en rentrant dans son hôtel, et elle avait les jambes en feu. Elle avait décidé d'aller courir assez tôt, vers six heures, pour se décrasser un peu, et profiter de ce qu'il ne faisait pas encore une chaleur caniculaire. En plus, il n'y avait pas grand monde, ce qui n'était pas plus mal pour elle qui ne souhaitait pas être remarquée. Elle avait couru plusieurs kilomètres à un rythme soutenu, accélérant sur les portions où elle se savait seule, pour retrouver son rythme de croisière, ralentissant quand elle approchait de zones plus fréquentées pour maintenir l'illusion. Svelte et tonique, elle entretenait son corps par la course essentiellement, mais il aurait été inconvenant qu'on remarquât qu'elle avait un rythme semblable à celui de certains athlètes professionnels. Naturellement, elle n'aurait pas pu devenir championne des Etats-Unis en sprint, mais sur les courses de fond, elle était assez douée, et avec un entraînement plus régulier, elle aurait pu avoir une belle carrière.

Les mains un peu tremblantes à cause de la fatigue, elle mit un moment à trouver ses clés et à les enfoncer dans la serrure. Refermant la porte derrière elle, elle lança le trousseau sur son lit, et alla s'hydrater copieusement, avalant deux grands verres d'eau par petites gorgées, puis décidant de prendre une bonne douche fraîche pour se débarrasser de la sueur et de la chaleur. Elle sortit de la salle de bains quinze minutes plus tard, vêtue d'un simple peignoir, les cheveux noués dans une serviette qui trônait sur son crâne. Pieds nus, elle avait l'air d'une de ces richissimes princesses à qui la vie sourit, à ceci près que sur sa table reposait un pistolet automatique chargé, juste à côté de l'ordinateur qu'elle utilisait. Elle se connecta à internet, et entreprit d'écrire un e-mail à Richard, en attendant le coup de téléphone d'Abi. Il était huit heures, et connaissant le professionnalisme de la scientifique, elle ne tarderait pas à appeler pour convenir d'un rendez-vous. La jeune femme s'absorba dans sa rédaction, puis cliqua sur envoyer, non sans adjoindre en pièce-jointe une photo d'elle devant un temple Hindou. La photo avait été prise par un groupe de touristes japonais que Lucija avait filés pendant trente minutes, pour s'assurer qu'ils n'avaient rien de suspect. Elle se méfiait comme de la peste de ces gens bizarres qui sortaient toujours des appareils photos quand il ne fallait pas. Mais ils avaient été sympas, et avaient accepté de figer ce moment pour elle.

Elle jeta un regard à son portable : huit heures vingt, et toujours rien. Pour tuer le temps, elle alla faire un café, et jeta un regard par la fenêtre, l'air de rien. Elle aurait pu passer son chemin, et retourner à ses affaires, mais quelque chose accrocha son regard, et elle s'arrêta pour mieux voir. Une silhouette, un homme de toute évidence, se tenait debout de l'autre côté de la rue. Il attendait le bus, apparemment, mais surtout il regardait de manière insistante en direction de l'hôtel, comme s'il était en train de surveiller quelqu'un. Une planque ? Mais qui était ce type ? Un tueur ? Non, improbable, il ne se serait pas planté en face d'elle avec si peu de professionnalisme, il se serait contenté de lui loger une balle dans la caboche à travers la vitre, ou bien il aurait défoncé sa porte pour la tuer de ses mains - question de style. Un ami ? Peu crédible, étant donné qu'elle n'avait pas donné son adresse à quiconque, et qu'elle n'avait prévenu personne de son escapade en Inde. Lucija recommença à respirer en sentant ses poumons hurler après de l'air, et elle réfléchit à ce qu'elle devait faire. Fuir ? Elle n'avait aucune chance de pouvoir échapper à la surveillance de ce type, qui décidément paraissait très louche. L'éliminer ? Sans confirmation qu'il était bien un ennemi, elle pouvait tout aussi bien commettre une grossière erreur, et s'en mordre les doigts. L'aborder ? Trop risqué, surtout s'il était bel et bien un tueur engagé pour se débarrasser d'elle. Non, elle devait continuer à faire comme si de rien n'était, et tout irait pour le mieux.

S'éloignant de la fenêtre, elle se jeta sur ses affaires compromettantes, et les rangea soigneusement dans sa valise sécurisée. Elle devait s'en débarrasser le plus rapidement possible, la mettre à l'abri pour éviter tout risque. Mais comment faire ? Elle en était là de ses réflexions quand un bruit de moteur cahotant se fit entendre au dehors. Elle revint vers la fenêtre, et vit un bus approcher, et s'arrêter péniblement. L'homme pénétra à l'intérieur, le bus démarra et s'éloigna. Rien à signaler. Lucija soupira de soulagement, et un sourire ourla ses lèvres tandis qu'elle réalisait dans quel état l'avait mise un simple passant. Mais en même temps, si ça avait été un ennemi, elle aurait été dans une situation difficile. Elle devait trouver une cachette plus sûre pour son matériel, et soigner sa couverture. Et Abigail qui n'appelait pas !

Tant pis. Elle appela un taxi, qui arriva sur les coups de neuf heures, et s'engouffra à l'intérieur avec sa valise. Elle en changea une première fois devant la gare, puis demanda au second de la déposer au niveau d'un parc de belle taille qu'elle traversa en diagonale pour récupérer un troisième taxi, qui finit par l'emmener jusqu'au port, où elle avait pris soin de louer - via le wi-fi de la gare -, un petit entrepôt de dépôt de marchandises sous un faux nom. Le paiement devant se faire de la main à la main, elle glissa deux cent dollars au type très louche qui l'accueillit, et qui de fait ne posa aucune question. Elle s'en retourna ensuite à son hôtel, avec le sentiment d'être un peu plus en sécurité, même si elle avait dû se débarrasser de la majeure partie de ses armes. N'importe qui pouvait pénétrer dans son hôtel, et saboter ses armes pour qu'elles fussent inopérantes le moment venu. Il valait mieux faire preuve de prudence, et éviter ce genre d'incidents. C'était ce qu'elle aurait fait, si elle avait été à la place de ses ennemis.

Alors qu'elle attendait un taxi pour la ramener chez elle, son téléphone se mit à vibrer dans sa poche. Elle le sortit, sourit en reconnaissant le numéro et décrocha tranquillement. Elle se demandait ce que sa collègue avait fichu toute la matinée... ou plutôt, elle avait sa petite idée en tête, mais elle ne souhaitait pas l'évoquer au téléphone :

- Allô ? ... Tout va bien, merci. Quoi de neuf ? ... 19h27, c'est noté... Oui, bien entendu, j'ai quelques choses qui pourraient vous intéresser, mais de vive voix... Hmm ? Pourquoi donc, vous prévoyez de devenir commando ? ... Haha, rassurez-vous, je comprends, pas la peine de vous justifier : je vous dirai ce qu'il faut savoir, mais ça n'a rien de sorcier... On fait comme ça... Où ça ? Euh... un endroit tranquille... Retrouvons-nous à la gare, j'ai une idée... A tout à l'heure, Abi, et... faites attention à vous...

Elle n'avait pas pu s'empêcher d'ajouter ça. Elle était convaincue que l'homme qui se tenait en face de l'hôtel n'était qu'un simple passant, mais elle avait la curieuse impression de se tenir au milieu d'une toile d'araignée. Si elle n'y prenait pas garde, elle risquait de se retrouver emprisonnée, et il valait mieux éviter au regard de la compétence de leurs ennemis. Elle espérait simplement ne pas trop faire paniquer la scientifique, car Abigail paraissait être dans une phase plutôt agréable de sa vie, et Lucija ne voulait surtout pas briser ce bonheur à cause de sa paranoïa hyper-développée. Mais en même temps, elle sentait qu'il y avait quelque chose de louche quelque part, et elle se méfiait.

Midi, cela lui laissait assez peu de temps pour être à l'heure. Elle sauta dans le premier taxi qu'elle trouva, et rejoignit son hôtel, en surveillant tous les passants. Naturellement, personne de bizarre, et elle se morigéna intérieurement pour son attitude. Elle devait être plus zen, plus détendue. Elle était dans un pays où les gens étaient relax, et elle devait s'imprégner de cette culture, et non pas importer ici le stress de Washington. Elle souffla un peu, et se changea pour adopter une tenue plus adaptée à ce qu'elle avait en tête pour l'après-midi. Elle enfila un jean un peu usé, qui allait probablement lui tenir chaud, mais qui lui éviterait les piqures d'insectes et autres joyeusetés locales, chaussa des chaussures de randonnée solides qu'elle avait eu l'occasion d'utiliser bien plus souvent qu'à son tour, puis se glissa dans un débardeur noir qui mettait en valeur la finesse de sa silhouette, mais qui avait surtout l'avantage de ne pas révéler les marques de transpiration qu'elle aurait immanquablement à la fin de la journée. Elle fourra ses cheveux sous une casquette, et hissa sur son nez une paire de lunettes de soleil qui mangeait son visage, et dissimulaient parfaitement son identité. Elle enduisit les parties exposées de son corps d'un mélange de crème solaire et d'anti-moustique, espérant que cela lui permettrait de rentrer en vie et sans coups de soleil, ce qui n'était pas gagné considérant sa peau pâle.

Après s'être apprêtée, elle s'attaqua à son sac, dans lequel elle glissa un Beretta et un chargeur, dissimulant le second dans son pantalon, dans une cachette située au niveau de sa jambe gauche. A sa cheville droite, elle avait enroulé un semi-automatique de petit calibre, au cas où. Son sac contenait en outre son ordinateur - qu'elle n'avait pas envie de laisser sur place -, et son appareil photo, pour bien jouer les touristes. C'était maigre en comparaison de ce qu'elle avait la veille au soir, mais elle devrait s'en contenter si elle voulait passer inaperçu. Elle consulta sa montre, jura, et courut attraper le bus qui l'emmènerait à la gare, en espérant ne pas arriver trop en retard.


~~~~


Mais en Inde, la conception du temps semblait être différente, et avec les bouchons qui s'accumulaient au centre-ville - c'était l'inconvénient quand on se donnait rendez-vous dans un endroit aussi fréquenté -, elle arriva vingt-minutes après l'heure prévue. Elle avait pris soin de prévenir Abi par SMS au préalable, naturellement, mais lorsqu'elle la retrouva dans la foule, elle ne manqua pas de s'excuser platement :

- Désolée, j'étais en train de mettre de l'ordre dans mes affaires, et je n'ai pas vu l'heure. Et puis midi, ce n'était peut-être pas la meilleure idée.

En fait, si, c'était précisément la meilleure idée. Il y avait tellement de monde dans les rues qu'il semblait impossible de se retrouver. La gare était bondée, au point qu'il était difficile de consulter les horaires de train, et qu'il fallait jouer des coudes pour gagner le bon quai. Lucija et Abi, tentant de rester immobiles, étaient ballotées par le flot des voyageurs, et elles avaient du mal à discuter de manière cohérente, leurs échanges étant toujours interrompus par quelqu'un qui s'acharnait à vouloir passer entre elles. Mais pour Lucija, cette cohue était la meilleure protection possible, et elle était plus à son aise que la plupart des gens.

- Tenez ! Lança-t-elle à Abi, en lui tendant une casquette. Essayez de cacher vos cheveux là-dessous.

C'était une précaution qui pouvait paraître inutile, et Lucija avait tenté de rendre cela naturel en n'adoptant pas une mine grave, mais elle songeait, étrangement, au type du matin. Il avait vraiment l'air en surveillance, et elle ne souhaitait pas prendre le moindre risque. Sitôt qu'Abigail eût dissimulé sa longue chevelure rousse - du moins une partie -, la croate lui prit la main, et la tira vers un quai. Elle savait déjà où elles allaient se rendre, et elle avait eu le temps de consulter les panneaux. Leur restait désormais à acheter des tickets. Elle paya pour deux, avec une carte de crédit sécurisée, et continua à tirer sa collègue par la main, pour ne pas la perdre de vue. Il était étonnant de constater avec quelle fluidité Lucija se déplaçait dans la foule, évitant toujours d'être bousculée, comme si elle comprenait le mouvement de cette masse de gens, et qu'elle parvenait à la contrôler. A l'inverse, comme la veille au soir, elle était complètement mal à l'aise dans les endroits vides, et elle cherchait instantanément une cachette, un abri sûr.

Elles finirent, au bout de ce qui sembla une éternité, par arriver sur le bon quai, et par entrer dans le bon train. Elles le longèrent jusqu'à trouver des places confortables, mais il y avait tellement de monde autour d'elles qu'elles ne pouvaient pas parler. Il y avait beaucoup de touristes, naturellement, et le train qu'elles empruntaient était un des plus réguliers, puisqu'il partait toutes les cinq minutes environ. Lucija, finalement, consentit à donner plus d'informations à la scientifique :

- Nous allons au Parc National Sanjay Gandhi. C'est un immense parc, et on y trouve des centaines d'animaux. Je pense qu'on peut également y voir des plantes plus ou moins rares, vous me direz ça. Je suis sûre que ça va vous plaire.

Elle continua ainsi pendant un moment, racontant des choses anodines, mais le message était clair. Impossible de parler travail tant qu'elles seraient ici. Fort heureusement, le voyage fut relativement court, et elles purent rapidement descendre. Il faisait si chaud dans le train que lorsqu'elles sortirent, ce fut comme si elles avaient ouvert la porte d'un frigo. Le courant d'air frais qui les cueillit leur tira un soupir de soulagement, et elles s'engouffrèrent à la suite de quelques touristes qui, de toute évidence, avaient prévu la même activité qu'eux. Elles allèrent donc à la rencontre du parc, payèrent leur entrée, et s'enfoncèrent dans le parc. Il y avait plusieurs chemins, mais elles choisirent le moins fréquenté, et s'éloignèrent de la foule de touristes pour mieux profiter de la solitude, et enfin cesser de parler de la pluie et du beau temps.

- Ah... Enfin seules, lâcha Lucija en regardant autour d'elle. Tenez, asseyons-nous ici.

Elle lui désigna un coin à l'abri des regards, dans lequel elles seraient tranquilles. C'était un léger renfoncement sous la roche, pas très loin d'une cascade. Assurément, l'endroit était paradisiaque, et si elles n'avaient pas été accaparées par le travail, elles auraient sans doute apprécié de s'allonger là et de rester à ne rien faire, simplement à savourer une journée de repos dans leur quotidien d'ordinaire bien chargé. Mais elles n'étaient pas vraiment en vacances, hélas, et la Croate trouva rapidement ordinateur et une paire d'écouteurs, qu'elle confia à Abi :

- Tenez, écoutez ça. C'est un enregistrement audio du docteur Stephens, en conversation avec une certaine Monica. Je l'ai espionné pendant trois semaines, et ça a l'air d'être un scientifique tout ce qu'il y a de plus banal, mais il est impliqué dans les expérimentations, j'en mettrais ma main à couper. Voici... (elle ouvrit un sous-dossier) ce que l'on peut trouver sur lui sur internet, et dans les documents officiels. Mais ici (elle en ouvrit un autre, juste à côté du premier), c'est tout ce qui n'apparaît pas sur les documents, et que j'ai pu récupérer grâce... euh... oubliez ça.

Elle haussa les épaules. Moins Abigail en saurait sur la manière dont elle récoltait ses informations, moins ses informateurs seraient en danger. Elle savait que la scientifique garderait le secret si elle le lui demandait, mais elle ne voulait pas la faire mentir continuellement. Déjà qu'elle avait eu la bonté de la couvrir après leur mission à Berlin, elle ne souhaitait pas la forcer une nouvelle fois à se mettre en danger pour elle. Reprenant, elle ajouta :

- J'ai fait des recherches sur "Monica", et rien ne ressort. C'est peut-être un nom de code, un surnom, ou quelque chose du genre, mais dans ce cas, impossible pour moi de la retrouver. Et la reconnaissance vocale prendrait un millénaire, si on ne restreint pas notre champ de recherche. Mais ça peut être une piste à explorer, donc je tends l'oreille, et je reste à l'affût.

Elle ferma le dossier, et referma son ordinateur, avant d'ajouter :

- Quant à hier soir, j'ai pu récolter quelques informations sur les gardes. Je ne suis pas restée assez longtemps pour voir une relève, un changement de rythme ou quoi. Il faudrait plusieurs jours de surveillance pour y parvenir. Tout ce que je peux dire, c'est qu'ils sont bien équipés, avec des Kalachnikov, peut-être une version plus moderne que le AKM ou le AK-47, et je ne serais pas surpris qu'ils utilisent des munitions spécifiques. Ces mecs ont l'air d'avoir des moyens. Ils ont même des grenades et des snipers dans les miradors.

Mais ce qui m'inquiète le plus, Abi, c'est ce que je ne vois pas. A Berlin...
(elle marqua une pause, se rappelant de mauvais souvenirs) quand on est sorties de cet hôtel, il y avait un sniper qui nous attendait, et qui voulait nous flinguer. Franchement, j'ai peur qu'ils aient des tueurs du même acabit dans le coin. Je suis effrayée par tous les gens suspects et... tenez, ce matin, j'ai cru que quelqu'un surveillait mon appartement. C'est débile, je sais, mais j'ai cette impression en tête et...

Elle s'interrompit, et expira. Ne pas céder à la paranoïa, c'était ce qu'elle avait décidé de faire. Mais en même temps, après le Canada, elle était revenue changée. Elle était effrayée par des choses qui n'auraient pas dû la faire réagir, elle sentait son cœur battre à tout rompre quand l'électricité sautait, ou même quand une ampoule faiblissait. Elle voyait dans le regard des gens qui la dévisageaient la même lueur de folie que chez les patients de cet hôpital. Elle essayait de passer outre, mais de temps en temps cela la hantait, et quand elle n'arrivait pas à identifier la menace, ses angoisses reprenaient le dessus. Elle cacha son trouble en feignant d'avoir trop chaud, et chercha à s'éventer avec sa main. Mais Abigail était-elle dupe ? Difficile à dire. Pour changer de sujet, elle revint à la charge avec un grand sourire, et lança :

- Mais au fait, c'est qui ce Al dont vous m'avez parlé hier ? Et ne me dites pas que ce n'est personne, je ne vous croirai pas ! Abigail Lorenson qui m'appelle après dix heures en me disant qu'on doit se voir "ce matin", la bonne blague. Alors, dites-moi tout. Depuis combien de temps vous êtes ensemble ?

Son sourire complice et son regard pétillant venaient de refaire leur apparition, et puisqu'elles étaient seules dans cet endroit idyllique, il n'y avait aucun risque à parler. Lucija voulait tout savoir, cela se voyait dans son attitude, et elle entendait bien obtenir les réponses à ses questions. Elle avait peut-être enfin trouvé, grâce à Abi, un moyen de penser à autre chose qu'à ce drôle de type qui avait pris le bus ce matin devant chez elle.


~~~~


On frappa deux fois au carreau, et le commissaire leva la tête. C'était le lieutenant Michaels, qui revenait de sa mission. Il n'avait pas eu le temps de remettre son uniforme, et il était toujours en civil : un t-shirt blanc qui contrastait avec sa peau basanée, un jean passe-partout, et une paire de baskets. Il entra dans le bureau, et s'assit alors que son chef lui proposait une chaise.

- Alors ? Demanda ce dernier d'un ton bourru.

- Je crois qu'elle m'a grillé, monsieur. J'ai pris le bus l'air de rien, et je suis parti... pour ne pas attirer l'attention.

Le chef plissa les yeux. Il faisait toujours ça quand il réfléchissait intensément. La veille, ils avaient reçu un appel anonyme leur annonçant qu'il y avait un risque d'attentat à Mumbai, et qu'ils devaient se rendre dans un hôtel pour appréhender une touriste américaine apparemment anodine. On leur avait donné un signalement qui n'avait rien de précis - blanche, brune, taille moyenne -, en leur demandant de faire preuve de la plus extrême vigilance. Naturellement, ils avaient cherché à repérer l'émetteur de l'appel, sans succès, puis avaient décidé de poster un policier en surveillance devant l'hôtel. Il ne l'avait pas vue de la journée, et apparemment elle était rentrée en échappant à sa surveillance. Le matin, elle était partie faire un jogging, et il était resté en poste pour la surveiller. De toute évidence, elle l'avait vu en rentrant de sa séance, et le policier avait dû battre en retraite :

- Vous avez quelque chose de concluant à son sujet, lieutenant ? Un indice, une preuve quelconque ?

- Non, monsieur. Mais je ne l'ai pas vue rentrer, et je trouve ça curieux... Je voudrais continuer à la surveiller encore un peu.

Le chef hocha la tête pesamment. Michaels était un jeune policier, à peine trente ans, et il était promis à un brillant avenir. Ce n'était pas tout le monde qui souhaitait repartir en planque simplement pour s'assurer qu'il avait bien fait son travail. C'était un idéaliste, le genre de type tenace et dur au mal, parce qu'il croyait faire le bien. Et ce genre de personnes, le commissaire l'avait appris, il ne fallait pas leur couper les ailes. S'il la surveillait et qu'il ne trouvait rien, il aurait au moins la satisfaction d'avoir fait son travail jusqu'au bout, alors que si on le privait de sa chance, il demeurerait frustré... Surtout si attentat il y avait :

- Accordé. Mais attention je veux de la finesse. Si c'est une touriste, pas besoin de faire de scandale. Vous la suivez, vous recueillez des informations en toute légalité, et vous ne la coffrez que si vous n'avez pas le moindre doute. Pas besoin de vous faire un dessin ? Bien, et maintenant laissez-moi bosser. J'ai de la paperasse.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Mer 20 Aoû - 20:54


En se dirigeant vers la gare de Bombay, leur lieu de rendez-vous, Abigail réfléchissait, comme à son habitude. L’objet de ses réflexions pouvait paraître trivial pour une personne comme elle, mais un détail la préoccupait. Son rythme du sommeil, certes dérangé comparé à une personne normalement constituée, était réglé comme une horloge, et elle savait qu’il lui fallait une seule nuit de sommeil pour se recaler au rythme des différents pays où elle voyageait. Alors pourquoi son réveil si tardif, ce matin ? La veille au soir avec Al, pour se détendre encore un peu plus, ils avaient fait monter quelques verres, et… Aurait-il mis quelque chose dans son verre à elle pour la sonner ? Non, impossible, ça ne lui aurait pas du tout ressemblé ! « Tu deviens parano, ma grande… Et tu sais très bien que tu tiens très mal l’alcool… ». Oui, ça devait être l’alcool qui l’avait mise KO pour le début de matinée, se disait-elle pour chasser de son esprit ces pensées.

Ces pensées furent définitivement refoulées pour la fin dela demi-journée quand Lucija la prévint par SMS qu’elle serait en retard à leur rendez-vous. Naviguant dans son smartphone, la scientifique lui répondit qu’elle l’attendrait à un endroit relativement visible, le kiosque à journaux à l’entrée de la gare. La scientifique s’y établit quelques minutes avant midi, et en profita pour se tenir informée de l’état du monde en achetant le Mumbai Mirror du jour. Dès sa jeunesse, elle avait toujours eu de l’affection pour la presse papier, même si elle vérifiait toujours ses informations par les sites internet et certaines autres sources du milieu via son téléphone. Son attention se porta essentiellement sur les nouvelles à l’international. Toujours cette histoire en Pologne, d’un assaut des forces spéciales sur une propriété proche de Varsovie, Interpol recherchait toujours le terroriste responsable de la fusillade. Plus rien sur cet incident au Canada, où un F-18 en vol d’entrainement de nuit avait largué par erreur une bombe sur un bâtiment par chance innoccupé, une annexe d’un centre de recherche canadien. A part ça, toujours les mêmes problèmes sociaux, politiques, économiques, bref, le monde tournait toujours aussi mal, et l’ORS était toujours une agence clandestine. Elle s’attarda aussi sur la rubrique des faits divers. C’était souvent comme ça que l’ORS avait connaissance de l’activité de spécimens plus ou moins naturels… Ca et des écoutes régulières sur les fréquences et rapports de police du monde entier. Des agents infiltrés dans les principales forces armées et spéciales du monde comme le SAS, les Bérets Verts, le DEVGRU, la DGSE, les Spetsnaz, et même les forces de l’ONU et de l’OTAN, servaient de formidables indicateurs. Combien de fois un soldat parti pisser derrière un buisson ou s’étant trompé de chemin pour retrouver son unité dans un bâtiment avait-il trouvé quelque chose dépassant l’entendement et en avait parlé à son pote ou son supérieur, et que l’information finissait par tomber dans les oreilles d’un agent de l’ORS ?

Lucija la trouva ainsi en pleine lecture d’un fait divers sur un meurtre où la victime avait eu la gorge arrachée dans la région. Elle garderait l’article, pour avoir le nom du journaliste ou de l’institus médico-légal chargé de l’autopsie et poser quelques questions elle-même. Abigail s’excusa de n’avoir pas pu la prévenir plus tôt. Cependant, elle ne savait pas trop comment amener le fait qu’elle avait passé une nuit torride avec son homme et avait été KO tout le début de la matinée. Elle restait encore assez pudique sur le sujet, et elle estimait qu’elle n’avait pas nécessairement à savoir le déroulé de ses nuits dans le détail. Elle rangea son journal dans son sac à dos, et attrapa la casquette que lui tendit sa partenaire. Nul doute qu’elle l’avait trouvée du rpemeir coup grâce à ses cheveux, comme la plupart des gens… Elle noua alors ses cheveux en chignon, le plaqua tant bien que mal et posa la casquette par-dessus. Elle avait toujours adoré ses cheveux, qu’elle tenait de sa mère, et avait toujours refusé de les teindre, mais elle comprenait l’intention. Au milieu de cette gare, elle devait être la seule rousse à des kilomètres à la ronde, à part pour les touristes d’origine de pays comme l’Irlande et le Royaume-Uni. Et avoir un physique détonnant pour une mission où discrétion était le maître mot pouvait parfois faire la différence entre la vie et la mort. Elle en profita pour retirer ses lunettes de vue normales pour chausser des lunettes de soleil adaptées à sa vue qui couvraient un peu plus son visage. En plus ses yeux bleu-vert étaient assez sensibles à l’éblouissement, donc elle faisait ça aussi pour son propre confort.

Lucija la prit par la main, qu’Abigail agrippa fermement. Elle était de petite taille, et la perdre dans une foule était aussi facile que de la retrouver grâce à ses cheveux. Lucija les mena vers un quai où elle paya à chacune un billet de train vers une destination dont le bruit de la foule couvrit le nom. Abigail restait rivée sur la nuque de sa partenaire, s’en servant comme référence visuelle pour ne pas se perdre. De temps en temps, elle jetaitun œil derrière elle, histoire de s’assurer que tou était normal. Depuis qu’elle avait intégré l’ORS, elle regardait beaucoup plus par-dessus son épaule, comme si l’esprit de clandestineté de cette agence aux ressources phénoménales et aux objets de science hors du commun avait déteint sur sa personnalité. Elle si tournée vers le futur quelques années plus tôt contonuait de l’être, amis avait toujours de temps en temps un œil derrière elle, pour s’assurer qu’aucun démon ne venait la prendre en traître. Lucija semblait se déplacer dans la foule comme un poisson dans l’eau, Abigail jouant dans le cas présent le rôle d’une bague de repérage ou d’un hameçon fixé à elle. Une image qui lui rappela les premières années de ses études à l’Université, où pour son cours de mécanique des fluides, le professeur avait utilisé l’image d’une foule dans un couloir pour décrire un fluide parfait non visqueux. Cela lui arracha un petit sourire nostalgique, se disant que d’ici quelques semaines à peine, elle aurait à trouver un sujet d’examen pour ses élèves en amphi de biologie moléculaire pour leur partiel de fin d’année. Qui sait, peut-être cette mission lui donnerait-elle de l’inspiration. Bien entendu, aucune information confidentielle ne sortirait de l’ORS par sa faute, mais son travail lui donnait souvent l’occasion de trouver des sujets pour ses élèves sur des sujets plus abordables dans un cadre académique normalement constitué. Sa coéquipière et elle finirent par trouver leur train et monter à bord, et Lucija lui donna leur destination. Le Parc National Sanjay Gandhi. Un des joyaux naturels de l’Inde accessible au plus grand nombre. Un de ses rêves.

« J’en ai entendu parler, oui, mais je n’y étais encore jamais allé. Mais j’imagine que je n’aurai pas le loisir de vous faire un topo détaillé de la flore et la faune locale, n’est-ce pas ? De toute manière, me connaissant, on y aurait passé la journée, sinon plus… »

Cependant, ce parc était un véritable trésor pour la biologiste qu’elle était. Elle se serait écoutée, et surtout si elle n’avait pas eu d’obligations envers l’ORS, elle aurait pris un carnet de notes, un appareil photo et aurait entrepris de scrupuleusement détailler la moindre nuance de coloris des fleurs, les moindres ciselures des feuilles d’arbre, la moindre essence d’écorce… Un travail de titan, considérant que le parc devait abriter plusieurs centaines d’espèce différentes, dont certaines endémiques au pays et beaucoup menacées d’extinction et conservées avec autant de professionnalisme et pour certaines de dévotion que si il s’était agi de reliques religieuses. De la même manière que son compagnon aurait pu détailler tous les systèmes visibles de son avion depuis le salon d’attente du terminal de l’aéroport, elle était capable de faire une visite guidée du parc sous l’angle botanique avec une passion dont seuls étaient capables certains guides de musée. Elle aurait tant voulu prendre une semaine entière, sinon plus, pour explorer l’endroit et partir à la rencontre de ses secrets.

Et ça ne manqua pas. Une fois payé leur droit d’entrée, et le temps de se trouver un coin tranquille pour parler boutique, elle était comme une enfant dans une confiserie : tant de merveilles étalées devant ses yeux, et pourtant impossible de s’en approcher d’assez près pour en profiter. Elle espérait trouver des karvis, ces fleurs qui ne fleurissent que tous les 7 ans, et en prendre une photo, et des chitals, ces cervidés si gracieux mais parfois si craintifs qu’ils étaient assez difficiles à approcher. De loin, elle reconnut plusieurs espèces d’arbres et de fleurs tropicales de toute beauté qui commençaient à se parer de leurs atours de printemps. Le spectacle la ravissait et elle prenait une ou deux photos au passage, notamment d’un jeune léopard indien qui traversa le chemin loin devant elles. Le chemin était peu fréquenté, l’animal devait y avoir établi son territoire durablement et le parcourir sans croiser beaucoup de monde. Il faudrait qu’en rentrant à l’hôtel elle fasse le tri de ses photos : bien que belles, ses photos du félin seraient totalement inutiles à l’ORS, mais constituaient une couverture en béton quand Al lui demanderait ce qu’elle avait fait de sa journée. Bien trop vite à son goût maheureusement, Lucija rappela au groupe qu’elles n’étaient pas là que pour la beauté de la flore et de la faune qui s’en nourrissait et y vivait. Elles s’assirent à l’abri des regards près d’une chute d’eau où devaient crécher quelques espèces d’oiseaux ou de reptiles. La Croate sortit un ordinateur de son sac ainsi qu’une paire d’écouteurs que la scientifique se mit dans les oreilles.

Lucija n’avait pas perdu son temps. Pendant semaines elle avait suivi un certain Dr Stephens.
« Stephens… Le nom me dit quelque chose, mais c’est un nom assez répandu. A l’accent, il est Anglais, Australien ou a reçu une éducation dans un de ces pays. Je connais 3 docteurs Stephens, le premier est de Sydney et travaille dans l’océanographie, les deux autres sont Anglais et virologistes. Je les ai perdus de vue il y a quelques années, quand j’ai commencé à beaucoup travailler pour l’ORS. Je peux vous obtenir des informations sur ses recherches, officielles ou non. Je n’ai qu’à passer quelques coups de fil à différents labos, je peux avoir le détail de tous leurs travaux en cours et vous faire un topo détaillé. Vous n’avez pas idée à quel point un assistant de recherche peut être bavard, c’est pour ça que je n’en prends jamais sur les sujets sensibles, contrairement à la plupart des gens du milieu… »

Elle continuait son écoute, les yeux semblant lire un texte invisible défilant sur les verres de ses lunettes. Elle avait tout le temps ce tic nerveux en pensant, en plus de lever régulièrement les yeux vers son tableau noir. Or, ici en plein milieu de cet écrin de verdure, point de tableau noir à couvrir de formules et autres brouillons d’idées, mais le geste restait. Ses doigts aussi semblaient vouloir écrire quelque chose, une formule, ou tout simplement tracer des lignes qui faisaient écho à son cheminement de pensée. Masi là encore, pont de craies ni de stylos, mais le geste perdurait. Elle réfléchissait à ce qu’elle entendait. Monica. Un nom à consonnance européenne ou latine. Une accociée, ou une supérieure. Au ton employé, elle semblait faire partie des dirigeants de la bande. Elle tirait les ficelles, mais avait-elle seulement les connaissances logistiques, ou bien aussi els ocnnaissances scientifiques qui allaient avec ? Difficile à dire à partir du seul enregistrement, et là encore, elle pourrait mener ses recherches…
« Quant à Monica, ça peut être tout et n’importe quoi, de son assistante à son contact dans un autre labo. Ca peut être un indicatif, voire un sigle complet. J’ai travaillé comme ça au début de ma carrière sur un projet pour l’armée, nom de code ADAM, dont je ne suis pas censée vous parler car il est encore en développement, je compte sur votre silence. Et ne vous embêtez pas pour la reconnaissance vocale, il existe des logiciels de synthèse vocale très poussés, et il est possible de déformer sa voix avec des inhalations de gaz comme de l’hélium ou de l’hexafluorure de soufre… ou SF6, si vous préférez… Gardez un œil dessus, si il lui parle comme en ce moment, cette Monica a un rôle important et il faudra la ferrer à un moment… En tous cas, à l’écoute de ce que vous avez enregistré, ça confirme nos observations sur les roulements de personnel. Repassez-le-moi encore une fois, voulez-vous ? »
Abiagil faisait ici appel à ses capacités de mémorisation. Plutôt que de risquer de compromettre la sécurité de ses documents, elle préférait le mémoriser. Sa mémoire, à la fois visuelle et auditive, lui avait rendu de fiers services durant ses études et sa carrière. Elle avait ainsi enregistré sur dictaphone de nombreux cours, qui lui servaient de compléments à ses notes écrites. Ses capacités de mémorisation leur avaient déjà sauvé la mise lors de leur mission à Berlin, quand elle avait retenu un chemin qu’elle avait emprunté une fois plusieurs années plus tôt, et avait su le reprendre en sens inverse et sous pression. Elle demanda donc à Lucija de lui passer intégralement et sans coupure l’enemble de ses enregistrements. Abigail les retranscrirait sur le calepin qui le la quittait jamais, et pourrait mener ses recherches à partir de là.

Pour les gardes, elles pourraient faire appel, du moins via la scientifique, aux images satellite. Ce dernier devait déjà avoir fait plusieurs passages au-dessus de la zone, et à différents intervalles de temps. Il était aussi probable que des drones soient en vadrouille et aient fait quelques photos au passage. « Un coup de fil rapide à Washington et affronter l’humour douteux de Tuck devraient faire l’affaire, pour les relèves... Ils me guident par satellite, et sans doute par drone quand les satellites ne sont pas là. J’obtiendrai des tranches horaires, au moins… Je me suis acheté un plan de Bombay à grande échelle ce matin. Vu qu’il ne faut pas, ou du moins pas encore annoncer votre présence en haut lieu, il nous faudra deux itinéraires d‘approche. Je passerai par ici, dit-elle en suivant sur son plan un réseau de ruelles imbriquées. Ma radio dispose de deux canaux, j’assignerai l’un d’eux à nos communications entre nous, et un pour l’ORS. Vous m’avez l’air équipée pour de la surveillance, en tous cas plus que moi. Je vous rpopose donc de reprendre votre point d’observation, et de me couvrir, car officiellement, c’est moi qui suis supposée m’approcher… Vous avez de quoi assurer une couverture armée, au cas où, j’imagine ? » Cette dernière phrase était davantage sur le ton de la supposition que de la véritable interrogation. Connaissant sa partenaire, elle se disait que son énorme fusil était sans doute de la partie lui aussi.

Abigail rougit légèrement en étouffant un petit rire quand Lucija changea de sujet. Même si sa relation avec Al pulvérisait des records de durée pour quelqu’un comme elle, elle ne se sentait toujours pas d’attaque pour l’exposer au grand jour. Elle savait que ses collègues savaient qu’elle voyait quelqu’un mais elle refusait d’émettre le moindre commentaire à ce sujet. Mais avec Lucija, elle sentait que nier serait futile. Elle avait exécuté une séance de coercition quelques mois auparavant, mais ce qu’elle avait fait devait relever de la promenade de santé comparé à ce que la Croate devait être capable de faire si elle n’obtenait pas ses informations ! Autant tout lui dire, car elle estimait que deux partenaires se confiant mutuellement leur vie en mission ne devaient pas avoir de secrets. Et pourtant, juste avant de changer de sujet, Lucija avait paru… mal à l’aise, comme si elle essayait de cacher quelque chose. Elle sentait que ça avait à voir avec le Canada, ou plus récemment la Pologne. Comment savoir ? Lui demander, froidement ? Sans doute plus tard. Peut-être qu’elle n’avait pas tout à fait récupéré du Canada, voire de la Pologne… Etait-elle à celle qu’Interpol recherchait, comme le disait la presse ? Elle remit toutes ces pensées à plus tard, autant lui dire ce qu’elle voulait savoir.
« Vous allez rire, mais c’est un peu grâce à vous que nous sommes ensemble, Al et moi… Vous vous souvenez, quand on est revenues d’Allemagne, vous m’avez conseillé le yoga pour chasser mes cauchemars… Eh bien il en faisait aussi pour évacuer le stress. On s’est rencontrés courant septembre de l’année dernière, et on a commencé à sortir ensemble en novembre. Il s’appelle Alfred Williams, il est commandant de bord chez United Airlines sur 767 et 777, c’est lui qui pilotait le vol qui m’a amenée ici. Il est là pour encore une douzaine de jour pour former des pilotes d’Air India, et nous a trouvé un très bel hôtel en centre-ville… »

Elle souriait rien qu’à l’évoquer. D’aucun aurait qualifié ce sourire de niais ou de béat, mais elle n’en avait cure, elle savait que beaucoup de couples avaient le même. Cet homme était vraiment une des meilleures choses qui lui soit jamais arrivée. Elle ne l’échangerait contre aucun autre à ce stade, et déjà se dressait une idée de ce pouvait vivre Lucija dans son mariage. A la fois le bon côté, de savoir qu’un homme l’aimait pour qui elle était et avoir un soutien indéfectible, et le côté plus délicat, à savoir lui mentir sur ses véritables activités… Ne pas pouvoir lui raconter certains de ses voyages, ou ses recherches… Elle sentait que lui-même ne lui disait pas tout sur ses vols… Non, si il avait quelque chose sur la conscience, il le lui dirait sans doute !
« Si vous avez des suggestions de plan d’approche, je suis toute ouie. Mais sachez que nous serons toutes les deux sous le faisceau du satellite, et que moi seule suis sensée être en vue. Et pour les snipers, et les tueurs… (elle marquait une pause, se rappelant avec effroi le tonnerre du fusil de précision en Allemagne) J’en suis même venue une fois à suspecter Al, juste parce qu’il était rentré avec un jour de retard à cause d’une avarie technique en Pologne… Mais il s’en est excusé et… bref, je dois vous embêter avec ma vie… Donc je reprends : vous en observation/couverture, moi au sol à prendre des photos, et repli. Discrétion de mise, et on n’engage que si on nous tire dessus. Des suggestions ? »

Les deux femmes peaufinèrent ainsi leur plan jusqu’en milieu d’après-midi, annotant le plan de la scientifique. Une fois prêtes, elles reprirent le chemin de la ville de Bombay, non sans que la scientifique, pour se vider l’esprit avant une mission délicate, lui fasse un topo détaillé et riche en anecdotes des différentes espèces végétales qu’elles croisèrent en chemin.

**********
L’heure approchait.

Abigail marchait le long de la bordure d’une route longeant Dharavi, suivant le plan qu’elles avaeient décidé quelques heures auparavant.Elle laissa passer un bus devant elle, et vérifia encore une fois que son arme était à sa hanche, chargée et que le cran de sûreté était en place. Maintenant était tout sauf le moment de se tirer une balle dans le pied parce qu’elle avait les doigts crispés. De toutes manières, elle avait été entraînée à n’avoir le doigt sur la détente qu’au tout dernier moment, une fois l’arme levée et el guidon aligné sur la cible. Elle se servait de l’objectif et du zoom de son appareil photo comme d’une paire de jumelles pour observer la zone avant de s’engager plus loin. Elle en profitait ainsi pour caler les différents réglages de l’appareil, pour des phtos d’une qualité optimale. Régulièrement, elle jetait un œil à son plan, annoté durant sa venue au parc, pour vérifier qu’elle ne s’égarerait pas.

-Ingé, Doc, en position, je me dirige vers la zone…
-Bien reçu, Doc, on vous a au satellite. Dites, vous avez pas choisi le chemin le plus court !
-C’est toujours mieux que de leur pendre au nez comme la dernière fois. J’ai été voir sur Google Maps en rentrant, telle que j’étais partie, je me serais sûrement retrouvée dans al lunette d’un sniper…
-Toujours à imaginer le pire, hein ? Vous me dites quand vous entrerez dans la zone du bidonville.
-Compris, Doc en stand by jusqu’en entrée de zone.
Sa radio était réglée de sorte à pouvoir parler à la fois sur le canal de l’ORS et de Lucija, pour qu’elle entende ce qu’elle leur disait, et sache ce qu’ils lui disaient en colationnant leurs informations. Le tout était de ne pas se tromper dans les canaux d’émission, chose qu’elle résolut en assignant à Lucija un canal push-to-talk qui la faisait appuyer sur une touche de son oreillette Bluetooth pour émettre. Ce qu’elle fit immédiatement.
-Lucija, j’arrive pas loin de l’arrêt de bus près de Dharavi. Vous êtes en place ?... Et dites-moi… Vous aviez bien dit que quelqu’un vous avait surveillé, ce matin ? A quoi est-ce qu’il ressemblait ?... Je demande, parce qu’il y a un type avec un appareil photo qui vient de descendre de bus… Et à moins qu’il ne me dise qu’il est reporter pour National Geographic en reportage sur les ordures… ce type me parait douteux… Je vous en envoie une photo de loin ?

**********
Celle-là avait été chaude ! Il avait failli se faire choper ce matin ! Il savait que le genre de personne qu’il recherchait était douée en contre-surveillance, mais à ce point ! Heureusement que ce bus était arrivé à point nommé, un peu plus et il se demandait comment il aurait fait. Le lieutenant Michaels, policier de métier d’origine anglaie et détaché en Inde pour Interpol, avait été faire son rapport à son chef sur sa surveillance. Il prenait assez au sérieux cette menace terroriste issue d’un tuyau anonyme.

Comme tout membre des forces de l’ordre, il avait eu son lot de fausses alertes à la bombe et de prétendues menaces qui ne s’étaient avérées être que des canulars, mais celle-ci était sérieuse. Rien que le ton, et le synthétiseur de voix (quelle voix naturelle avait ce ton monocorde et déformé ?), l’avaient convaincu que la menace était réelle. Il avait mémorisé la description, et le travail de police l’avait mené à cette femme dans cet hôtel. Il laissait un gars en surveillance, et avait organisé un relais pour éviter d’attirer l’attention. Elle devait profiter des changements de poste pour s’éclipser.

Mais cet après-midi, il avait réussi à retrouver sa trace, dissimulé par un chapeau, des lunettes de soleil et un cigare qu’il rallumait régulièrement pour masquer le bas de son visage, avant de la perdre de nouveau dans la gare, où elle avait retrouvé une femme rousse, qui avait disparu avec elle ? Complice ? Simple touriste perdue ? Maitresse ? Coincidence ? Il ne croyait pas aux coincidences, mais il les avait perdues. Il décida d’attendre à la sortie de la gare, repérant en fin d’après-midi sa cible, et une femme qui ressemblait beaucoup à la rousse de tout à l’heure. Il allait à nouveai essayer de la suivre ce soir, en bus, puis à pieds. L’idéal aurait été de réussir à poser un mouchard sur elle, mais allez l’approcher, ce serpent qui se coulait dans la foule.

Non, il devrait faire appel à ses méninges pour se rapprocher d’elle. Où une femme comme elle pourrait-elle être à l’abri des regards, ne pas être dérangée par la police, mais aussi assez proche pour mener des reconnaissances et, le temps venu, passer à l’action ? Les hôtels pouvaient être discrets, mais le traffic les rendait vulnérables aux fuites. Une carte de la ville au mur de son bureau lui révéla alors la réponse, une réponse que son instinct lui soufflait depuis quelques heures.

Dharavi.

Il s’empara d’un appareil photo de la brigade criminelle, et prit le premier bus vers l’endroit, qui le déposa vers 19h20, sans qu’il remarque la femme rousse de l’après-midi qui marchait vers lui. Il commençait à faire sombre, il faudrait la jouer fine…

A moins de vraiment pas de chance, il pourrait la coincer dans les prochains jours !
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Dim 24 Aoû - 18:06

Converser avec Abigail, au milieu de ce parc magnifique, calme et plein d'espèces exotiques toutes plus splendides que les autres, avait quelque chose profondément irréel pour Lucija. Non pas qu'elle ne fût pas habituée à discuter avec d'autres personnes, non, mais elle était simplement perturbée d'être dans un lieu si émouvant et si reposant, au beau milieu d'une mission. D'ordinaire, ses sorties étaient moins confortables. On la larguait dans un pays souvent hostile, et elle devait se frayer un chemin jusqu'à un point spécifique, y attendre parfois plusieurs jours durant, pour enfin coller une balle à un homme dont elle ignorait tout ou presque. Les choses étaient simples en soi, mais les conditions étaient difficiles : des hôtels miteux, des planques sordides, des coins humides et sombres où elle se terrait en attendant que les recherches de police se calmassent. Rien de bien folichon. Cet endroit, en revanche, était une bouffée d'air pur et de verdure qui avait un côté incroyablement relaxant. Elle s'y sentait bien, et elle se dit subitement que Richard adorerait venir passer quelques jours ici, se promener dans cette végétation luxuriante, prendre des photos et repartir avec des milliers d'idées pour les bouquets qu'il composait. Elle sentit son cœur se serrer en pensant à lui, resté à Washington. Elle espérait pouvoir un jour partir en voyage avec lui, sans armes, sans pression, sans secrets. Elle l'espérait de tout son être.

Sa paranoïa naturelle reprit toutefois le dessus lorsqu'elle revint aux paroles d'Abigail, alors que celle-ci terminait d'écouter l'enregistrement, et qu'elle apportait ses premiers commentaires. En effet, creuser la piste du docteur Stephens était très intéressant, car c'était une personne qui existait. Ce n'était pas un pseudonyme - Lucija s'en était assurée -, et on pouvait le filer, le placer sur écoute, bref avancer dans l'enquête. Le souci, c'était que la tueuse était incapable de comprendre ce dont il parlait dès lors qu'il cessait de parler de son chien, et Abigail était la plus à même de déchiffrer son charabia scientifique, pour en tirer le meilleur. S'il projetait vraiment d'étudier le Solanum, probablement qu'une mise sur écoute parviendrait à déceler des éléments vitaux pour la suite, mais encore fallait-il les décrypter sur le moment, pour ne pas perdre de temps. Néanmoins, il fallait faire preuve de la plus extrême prudence :

- N'appelez pas directement les universités, Abi. N'oubliez pas que depuis Berlin, ils sont susceptibles d'avoir votre nom, et de faire le lien. Si vous vous intéressez subitement au docteur Stephens, ils peuvent nous coincer. Vous n'avez pas quelqu'un qui travaille comme journaliste ? A part moi, naturellement.

Elle sourit. Il aurait très pratique de pouvoir aller poser des questions discrètement, sous couvert d'un intérêt purement journalistique, à un assistant de recherche. Ils n'étaient pas toujours autorisés à parler des nouvelles découvertes, mais il était possible de mentir : prétendre que c'était pour savoir s'il était utile de signer un contrat d'exclusivité avec le scientifique, si la découverte était prometteuse. Bien entendu, on glissait quelques billets, et personne ne faisait de vagues. L'article ne paraissait jamais, l'assistant payait son loyer, et tout était réglé.

- Quant à cette Monica, je vais m'en charger. J'ai quelques contacts qui pourront balayer des champs que l'ORS ne peut atteindre, et je pense que si elle n'apparaît nulle part avec les moyens que j'ai utilisé...

Elle ne finit pas sa phrase. Peut-être parce qu'elle n'osait pas dire à haute voix ce qu'elle pensait. En réalité, il n'y avait que deux types de personnes qui étaient introuvables par les moyens conventionnels - et par "moyens conventionnels", elle entendait même les recherches de l'ORS - : les gens qui n'existaient pas, et les gens qui n'avaient jamais existé. Lucija Radenko appartenait à la première catégorie. Cette identité ne débouchait sur rien, et aucune recherche conventionnelle ne pouvait donner de résultat. Si l'ORS avait réussi à l'identifier, c'était très probablement à partir de son identité civile d'Ivana Chambers. Avec neuf éliminations compromettantes, ils avaient probablement utilisé un logiciel de reconnaissance faciale, pour trouver des correspondances sur les vols, sur les contrôles aux frontières. C'était un travail titanesque, que seule une organisation tentaculaire comme l'ORS pouvait réaliser. A partir de là, ils avaient sans doute réussi à remonter, de fil en aiguille, jusqu'à sa véritable identité. Mais cela avait été long et fastidieux, prenant plusieurs années de travail intensif.

Si quelqu'un du milieu avait voulu obtenir des informations sur Lucija Radenko, il lui aurait suffi de passer un coup de téléphone à son contact en Colombie, pour qu'il lui sortît son pedigree. Bien entendu, il protégeait son identité civile, mais il aurait répondu quelque chose comme : "tueuse croate, ancienne des bérets verts américains, spécialiste en tir de précision et en maniement d'explosifs, assassin free-lance". De la même manière, elle allait mobiliser ses contacts, et essayer d'obtenir quelques bribes, quelques minuscules détails qui pouvaient leur permettre de se rapprocher de leur cible. Car cette Monica, quel que fût son rôle exact dans cette histoire, était le seul point d'ancrage réel qu'elles eussent pour espérer ferrer le réseau qui s'occupait de synthétiser du Solanum. Elle était leur piste.

Abigail demanda à réécouter l'entièreté de l'enregistrement, comme pour s'assurer qu'elle n'avait rien manqué, et qu'elle avait bien tout analysé. Lucija fut estomaquée de voir que son regard était absent, et qu'elle était de toute évidence en train de mémoriser par cœur le dialogue qui pourtant n'était pas mince. Une telle mémoire... c'était extraordinaire ! La jeune femme aurait tué pour avoir de telles capacités, simplement pour être en mesure de se souvenir de tout ce qu'on lui avait dit, avant de pouvoir faire les liens qui s'imposaient lorsqu'elle préparait une mission, quand son esprit analytique limité lui permettait seulement de trouver des réponses dans les situations de crise, quand sa vie était en jeu le plus souvent. Mais elle savait que c'était leur complémentarité qui faisait la force de leur duo, et qu'elles avaient des spécialités différentes qui leur permettraient de mettre à genoux leurs ennemis du moment, bien qu'ils fussent plus nombreux.

Puis, une fois la séance de mémorisation terminée, elles s'attaquèrent à la planification et commencèrent le briefing à proprement parler. Il était toujours amusant de concevoir un plan, pour un soldat qui avait davantage l'habitude de les exécuter à la lettre sans décider de quel chemin prendre, de quelle arme prendre, et de quelle voie de sortie emprunter. Depuis qu'elle travaillait seule, Lucija appréciait cette liberté, et avait l'impression d'avoir gagné en autonomie, même si en réalité elle se contentait de prendre les mêmes décisions que les officiers qui la supervisaient quand elle servait sous les drapeaux. Elle allait au plus simple et au plus logique, mais au moins, c'était elle qui choisissait. Elle hocha la tête positivement, d'accord avec le docteur Lorenson sur le fait qu'il leur faudrait deux itinéraires pour se mettre en position. Il valait mieux éviter de perturber l'ORS en leur apprenant la présence de la jeune femme en Inde, alors qu'ils la pensaient perdue en Europe, à échapper à la police.

- J'ai ce qu'il faut, en effet, répondit Lucija avec un demi-sourire.

Son fusil de sniper était la meilleure couverture dont Abigail pouvait rêver, et avec Lucija aux commandes, elle pouvait être rassurée sur son sort. La jeune femme n'avait eu l'occasion de dégainer son fusil qu'une seule fois en présence de la scientifique, mais de toute évidence cela avait laissé une empreinte durable dans sa mémoire... alors que la tueuse considérait que la situation n'avait rien de très impressionnant. Elle s'était contentée de tirer au jugé sur une tour de contrôle, sans pouvoir compter sur la stabilité d'une position travaillée, sans avoir analysé le vent, sans avoir choisi avec soin les balles appropriées pour la mission. Si grabuge il devait y avoir, Abi verrait probablement la différence. Il y avait quelque chose de fascinant à voir des hommes s'écrouler avec dans la poitrine un trou gros comme le poing : on avait l'impression d'avoir un ange gardien. Mais tout ange qu'elle fût, Lucija était inquiète, et elle le fit savoir :

- Il vous faudra faire très attention, Abi. Je n'aime pas vous savoir exposée comme ça, dans une ruelle. Si je peux vous voir, quelqu'un d'autre le peut aussi, et le temps que je le repère, il sera peut-être trop tard. Alors par pitié, si je vous donne un ordre, ne réfléchissez pas et exécutez, d'accord ?

Son visage était sérieux, mais il se détendit légèrement. Elle savait la scientifique parfaitement capable de réagir au quart de tour, mais elle la connaissait aussi, elle et sa curiosité débordante. Si on lui disait de fuir, à tous les coups elle demanderait pourquoi. Il fallait que le danger fût sur elle pour qu'elle réagît. Lucija avait l'impression de se reconnaître, plus jeune, et cela lui tira un sourire à la fois attendri et préoccupé. Elle avait failli se faire descendre plusieurs fois à cause de son impétuosité, et elle ne souhaitait pas tenter le diable avec la vie du docteur.

Changer de sujet lui fit donc du bien, et elle sourit largement en voyant la gêne de son amie, lorsqu'elle aborda la question de l'homme qui partageait sa vie. Al - ou plutôt Alfred - était donc un pilote de ligne. Lui aussi devait bien gagner sa vie, ce qui expliquait qu'il lui eût payé le voyage pour venir se relaxer en Inde. Lucija ne le connaissait pas, mais à voir le sourire de la scientifique, ce devait être un homme formidable. Elle parlait avec la langueur des amoureux transis, et il était amusant de voir que derrière cette carapace apparemment entièrement dédiée au travail, se cachait le cœur d'une grande romantique qui attendait son beau prince charmant. Elle paraissait aux anges, et son bonheur se communiqua à la jeune croate, qui lui poussa l'épaule, taquine :

- Alors c'est le bon ? Il a l'air de vous plaire en tout cas, et puis si monsieur est pilote, vous risquez de passer de super vacances ! Je suis heureuse pour vous en tout cas, vous le méritez... surtout si ça vous permet de faire la grasse matinée de temps en temps.

Elle partit d'un rire léger et doux, le rire d'une amie. Mais malheureusement, elles avaient des impératifs bien précis, et un timing à respecter, si bien qu'elles revinrent rapidement à leur plan d'action. Elles devaient peaufiner les détails, notamment concernant le fait que Lucija ne devait pas se trouver sur les lieux au moment de l'intervention. Celle-ci rassura son amie du geste :

- Rassurez-vous, j'ai de quoi passer inaperçu aux yeux du satellite. Ca coûte une petite fortune, et c'est encore expérimental, mais d'après les premiers résultats, c'est efficace. Une sorte de cape d'invisibilité anti-capteurs infrarouges. Le satellite me verra, mais pensera que je suis un chat, au pire des cas. Tant que je ne bouge pas, c'est bon.

Le système était simple, à défaut d'être particulièrement pratique à transporter et à utiliser. Elle ne le déplaçait que lorsqu'elle pressentait le besoin urgent de se protéger d'une détection. C'était une sorte de cape sous laquelle elle se positionnait. L'ensemble était constitué de petites bulles d'aluminium qui faisaient considérablement baisser la température perçue par un système de détection, au point de réduire sa signature thermique par quatre ou cinq. A la base, c'était pour se protéger des hélicoptères que l'on envoyait parfois la traquer, mais cela ferait l'affaire contre un satellite également.

Lucija leva la tête de la carte, en entendant Abigail évoquer presque brutalement les doutes qu'elle pouvait avoir sur son compagnon. Et curieusement, le fait qu'il fût en Pologne fit remonter des souvenirs un peu désagréables à la jeune femme. En soi, elle n'avait pas raté sa mission, mais les choses avaient légèrement dérapées, et elle avait eu de la chance de sortir vivante du traquenard dans lequel Laroquette l'avait envoyée. Elle se retint de demander quand est-ce que cette avarie avait eu lieu, peut-être parce qu'elle ne voulait pas communiquer sa paranoïa à Abigail. D'ailleurs, elle répondit à celle-ci :

- Je sais ce que vous ressentez, Abi. Quand on même une double vie, on a l'impression que c'est pour tout le monde pareil, que tout le monde nous ment, et qu'on va à tout moment se faire trahir par nos proches. J'ai eu la chance de tomber sur Richard, et je sais qu'il m'aime trop pour me tromper comme ça...

Elle marqua une pause, prise par l'émotion. Il était toujours difficile pour elle de parler de ça. Elle savait que Richard était là, comme un roc indestructible sur lequel elle pouvait s'appuyer quand la tempête grondait. Il ne lui cachait rien, était toujours là pour elle, et en échange que lui offrait-elle ? Une identité de façade, des mensonges, des escapades improvisées à l'autre bout du monde... Elle se détesta en cet instant, d'être là à comploter pour une surveillance secrète, alors qu'il s'occupait d'Ashley seul et souriant, croyant qu'elle vivait sa passion. Remarquant qu'elle était restée silencieuse un peu trop longtemps, Lucija ajouta :

- Je suis sûre que c'est pareil pour Al, ne vous ne faites pas.

Un peu perturbée par tout ça, elle s'agrippa à la perche tendue par Abigail pour revenir au sujet sur lequel elles étaient les plus efficaces : le travail. Des suggestions pour l'approche et pour la mission, la croate en avait beaucoup, mais elle préférait ne pas se fonder de trop sur ce qu'elle avait vu, et laisser faire les choses. Parfois, quand on était sur le terrain, la situation avait évolué, et il fallait être capable de réagir. Surtout que Dharavi n'était pas un endroit particulièrement sûr ou stable, et elles allaient devoir s'adapter à de potentiels dangers :

- Je pense que vous devriez prévoir un plan de repli rapide pour rejoindre les transports en commun, voire même deux. Je pourrai vous couvrir depuis le bâtiment où je me trouvais, mais seulement jusqu'à cette rue. Après, vous serez livrée à vous-même. Heureusement, je crois que l'arrêt de bus est à moins cent mètres... Mais cent mètres sans couverture, ça peut être long. Tout dépend des situations...

Elle s'interrompit. Elle ne voulait pas en rajouter dans la tête d'Abigail, et la faire paniquer inutilement. Avec un petit sourire, elle se souvint de leur premier briefing ensemble, avant Berlin. Alors, la femme rousse avait calmé ses ardeurs, et lui avait dit qu'il n'y avait pas de nécessité à préparer un plan d'action en cas de crise, car les risques étaient minimes. De toute évidence, elle avait changé d'opinion à ce sujet, et après avoir passé quelques heures sur le terrain, après avoir vécu une mission désastreuse en Europe, elle paraissait avoir pris du galon, et avoir mûri. Soudainement, Lucija se dit qu'elle ferait un excellent officier instructeur. Il faudrait peut-être le lui suggérer. Mais plus tard, elles avaient à faire pour l'heure.


~~~~


Lucija descendit de son perchoir, là où elle était allée faire sa patrouille. Elle n'avait pas perdu ses bonnes habitudes, et après avoir installé son périmètre de sécurité, elle avait décidé de vérifier toutes les dix minutes si personne n'approchait aux alentours, pour contourner son angle de tir relativement restreint. Elle se sentait rassurée à cette idée, car il y avait de nombreux dangers dans ces rues. Durant sa première surveillance, elle avait repéré des groupes armés, des bandits locaux qui arpentaient les rues, rackettaient et agressaient les habitants à la nuit tombée. Pour l'heure, ils étaient loin, mais sur leurs véhicules légers, ils pouvaient arriver en quelques minutes, et les surprendre. Elle n'était pas rassurée de devoir abandonner sa surveillance, mais le satellite arrivait au-dessus de sa position, et elle devait se tenir immobile, camouflée, si elle voulait éviter de faire une surprise à l'ORS que Laroquette n'apprécierait sûrement pas.

Elle se glissa sous sa couverture, épaula son fusil de précision, et remonta lentement la rue pour repérer Abigail. La jeune femme avançait l'air de rien, en essayant de rester aussi naturelle que possible. Ce n'était pas une mince affaire, quand on allait faire de la surveillance, mais elle s'en sortait plutôt bien. Elle venait juste d'arriver au bout de la rue, et donc de pénétrer dans le champ de vision de la croate, qui l'examina de loin. Ce n'était pas de la parano, ou en tout cas pas vraiment, mais Lucija observa Abigail comme une cible potentielle, analysant sa démarche, calculant sa vitesse moyenne à l'instinct, et observant son matériel. Apparemment, elle n'avait qu'un appareil photo et une carte, comme une touriste venue prendre des clichés d'une zone pourtant très loin des standards recherchés par les touristes. Mais en réalité, elle cachait sur elle une arme à feu, et Lucija essaya de la trouver... en vain.

Le contact fut établi avec la base, et Tuck lui confirma qu'il avait localisé sa position. Avec le satellite à leur disposition, ils pouvaient sans peine suivre ses mouvements, et la guider loin du danger. A condition de l'identifier. Et ça, c'était le rôle de Lucija. En effet, les caméras thermiques permettaient de voir les zones de chaleur, mais pas de les identifier clairement comme amies ou ennemies. Pour cela, il fallait être sur le terrain, et c'était le rôle des tireurs d'élite qui appuyaient les groupes d'infanterie. Il ne s'agissait pas tant de pilonner des positions à deux kilomètres, contrairement à l'imaginaire assez répandu, mais bien d'ouvrir des voies, et d'apporter des confirmations. Il s'agissait d'informer les troupes au sol, et de faciliter la prise de décision des officiers en leur apportant un point de vue qu'ils n'avaient pas. Mais le revers de la médaille était qu'en cas de coup dur, il était difficile d'intervenir. La conversation avec Tuck s'interrompit, et la tueuse vit nettement Abigail mettre la main à son oreillette pour lui parler :

- En place, et je vous vois très bien... Euh... Le gars à l'arrêt de bus ? Je ne l'ai pas bien vu... Assez grand, je dirais, métis... Il est parti rapidement, j'ai pas eu le temps d'établir un signalement. Je... Merde, vous croyez que c'est le même ? Merde, c'est vraiment la tuile. Euh... Oui, allons pour le cliché, mais discrètement.

Elle attendit de recevoir, moins d'une minute plus tard, la photo prise par la scientifique. C'était flou, c'était sombre à cause de la nuit tombante, et il lui était difficile de faire la part des choses. Elle resta à regarder le cliché pendant un moment, avant qu'une voix ne l'appelât :

- ... Attendez, j'ai un doute. Ca pourrait être lui, mais je n'en suis pas sûre (remettant l'œil devant son viseur) et arrêtez de me parler. Stop, ne dites rien. Je le vois maintenant, il vient d'entrer dans mon champ de vision et... je crois que c'est lui. Bordel... Bordel bordel...

Elle marqua une pause, et ajusta sa visée, pour zoomer très légèrement sur lui. Ce n'était pas facile, il essayait d'avoir l'air normal, mais il faisait très chaud, et il ne portait qu'un simple t-shirt qui couvrait à peine la bosse que l'on voyait dans son dos, à hauteur de hanche. Une proéminence caractéristique.

- Merde, Abi, il a une arme. Je... Non ! Baissez votre main, maintenant ! Ne touchez plus à votre oreillette, ou il va comprendre. Ecoutez-moi bien, et essayez d'avoir l'air naturelle. Continuez à avancer, pas trop vite... Bon il vous suit, normal. Vous allez vous arrêter dans... 3, 2, 1... Maintenant. Voilà, vous voyez la fleur, là ? Observez-la, prenez-la en photo... Prenez votre temps, il va être obligé d'approcher, sinon il va comprendre.

Elle décala légèrement son viseur. A cause de l'angle, elle n'arrivait pas à voir son visage, mais il paraissait hésiter sur la marche à suivre. De toute évidence, il s'attendait à ce que Lorenson s'éloignât, mais la voir s'arrêter était un cruel dilemme. La rue était déserte, et il ne pouvait décemment pas ne pas continuer. D'un pas mesuré, il cassa donc la distance, continuant à jeter sur Abi un regard suspicieux. Il craignait le piège, ça se voyait.

- Restez calme, restez calme... Vous allez le laisser approcher, et lui faire un sourire, un geste de la main, dites-lui bonjour... N'importe quoi pour qu'il comprenne que vous l'avez remarqué. Ça va le pousser à réagir.

De loin, Lucija vit toute la scène. La crispation des deux parties était évidente - du moins de là où elle se trouvait -, et elle garda le doigt sur la détente tout au long du bref échange qu'il y eut entre les deux. Au moindre mouvement suspect, à la moindre tentative plus ou moins discrète pour s'emparer de son arme, elle lui collait une balle dans la poitrine, et tant pis pour les emmerdes. Elle ne tenait pas particulièrement à avoir la mort d'Abigail sur la conscience. Elle n'eut pas à donner la mort toutefois, car l'homme s'éloigna et disparut dans une ruelle non loin, comme s'il rentrait chez lui. Malheureusement, ce n'était que partie remise. Elle était certaine qu'il était là pour suivre Abi, et qu'il reviendrait à la charge. Mais pas tout de suite, pas après avoir été identifié par la jeune femme aussi rapidement :

- ... Désolée Abi, désolée d'avoir paniqué mais... Je vous jure qu'il avait une arme et... Oui... Je comprends, encore désolée.

Lucija inspira profondément. Elle était peut-être un peu sur les nerfs, c'était vrai, et elle avait peut-être réagi avec empressement. Après tout, si elle avait dû vivre dans ce quartier mal famé, elle aussi aurait porté une arme sur elle en permanence. Et puis, ce n'était peut-être pas une arme, après tout. Elle s'était peut-être trompée. Avec la distance, avec le stress, elle avait sans doute vu ce qu'elle voulait voir. Le type prenait des photos, il était peut-être journaliste, ou n'importe quoi d'autre. Il fallait qu'elle reste calme, sinon elles n'arriveraient jamais à remplir leur mission. Bien déterminée à faire les choses bien, Lucija garda le silence radio, et suivit la progression d'Abigail jusqu'au centre de recherche. Elle disparut de son champ de vision, pour être aussi bien cachée d'elle que de tout autre individu hostile. Toutefois, elles maintenaient le contact radio, pour se rassurer mutuellement, et Lucija entendait tout ce qu'il se disait entre "doc" et "ingé", les indicatifs radio choisis par l'excentrique Tuck. Profitant de ce qu'ils discutaient de ce qu'elle voyait, de ce qu'elle prenait en photo, et de ce que l'ingénieur de la base voulait absolument obtenir, Lucija observa les environs immédiats à l'aide de sa lunette.

Elle était convaincue que ce type était une menace, mais il n'était pas dans son champ de vision, et elle n'avait aucun moyen de le repérer. Peut-être le satellite arriverait-il à localiser sa présence, mais puisque Tuck demeurait silencieux sur le sujet, c'était que rien ne menaçait présentement Abigail. C'était rassurant de savoir que son amie bénéficiait d'autant de soutien pour cette mission délicate. Au moins, ils étaient certains que rien ne lui arriverait. Ou en tout cas, pas grand chose.


~~~~


Les heures passaient à une vitesse affligeante. Lucija, si proche de l'action et du danger, était contrainte de rester immobile, et d'attendre bien sagement, sans même savoir exactement où se trouvait Abigail. Celle-ci essayait de lui donner des indications, à mesure qu'elle se déplaçait pour prendre ses clichés, mais Dharavi était une telle fourmilière qu'il était presque impossible de la localiser. Elle devait se contenter de définir une zone plus ou moins large, et de balayer les rues qui passaient par là, à la recherche d'un élément hostile à neutraliser. De toute évidence, ils avaient détourné la course du satellite pour le placer temporairement en orbite géo-synchronisée, afin de s'accorder plusieurs heures de surveillance sur zone. Lorenson était un élément précieux de la machine, et ils se devaient de la protéger... ce qui ne faisait pas les affaires de Lucija, qui de fait ne pouvait toujours pas bouger. Toutefois, elle surveillait les environs, et grâce à sa lunette thermique, elle repéra le danger sous la nouvelle forme qu'il avait choisi d'adopter. Tuck était en train de parler, quand Lucija prit la parole pour attirer l'attention d'Abi :

- Danger Nord-Est.

C'était bref, mais suffisant pour donner les éléments d'information nécessaires à Abigail. Elle abrégea avec l'ingénieur de l'ORS, et Lucija reprit, certaine d'avoir l'attention de la scientifique :

- Deux véhicules légers type Jeep... Je confirme hostiles armés à bord. Ce sont des bandits locaux, faites attention.

Les camions avançaient vite, mais en approchant de la base, ils coupèrent leurs phares et ralentirent considérablement. Au même moment, les lumières qui éclairaient le centre de recherche, les projecteurs des miradors, tout s'éteignit simultanément, plongeant les lieux dans une obscurité aussi soudaine que malsaine. Lucija ajusta son viseur thermique pour continuer à suivre la progression des individus, qu'Abigail pouvait sans doute percevoir de là où elle était, bien qu'ils ne fussent pour elle que des silhouettes sombres. Machinalement, la tueuse lança :

- Cinq... non six hommes sont descendus, et ils se déploient devant l'entrée. Les véhicules entrent dans l'enceinte et... On dirait qu'ils déposent quelque chose... Attendez... C'est pas clair... Je... Merde, trop tard. Vous avez une photo exploitable ? ... Tant pis, c'est pas grave.

Lucija se mit à réfléchir. Comment expliquer ce à quoi elles venaient d'assister ? Des bandes armées, des bandits que la police ne parvenait pas à contrôler, venaient de livrer en toute discrétion quelque chose de compromettant à ce centre de recherche. Avec le satellite, on pouvait voir qu'ils arrivaient, mais en coupant les phares, impossible de les identifier plus précisément. Pourtant, rien que de penser qu'un laboratoire pouvait travailler en étroite collaboration avec des hors-la-loi avait de quoi soulever pas mal de questions. Cela aurait pu justifier une enquête officielle de la part du gouvernement Indien, mais de toute évidence Dharavi était hors de portée des autorités, et on laissait faire.

Sitôt les Jeeps reparties, quelques minutes seulement après l'extinction générale, les lumières revinrent, et la vie du campement reprit son cours, avec les mêmes gardes, les mêmes patrouilles, et le même aspect totalement anodin. Toutefois, au moment où la lumière revint, la tueuse capta un mouvement suspect dans un bâtiment proche de la zone où se trouvait Abigail. Balançant son viseur de droite et de gauche, elle essaya d'en apprendre plus, mais sans succès. D'après elle, il y avait quatre options possibles. La plus probable, un habitant de Dharavi cherchant à rentrer chez lui après avoir été surpris par la coupure de courant. Il pouvait aussi s'agir, et c'était moins rassurant, de l'individu qui avait filé Abigail, revenu pour l'espionner à nouveau. Troisièmement, ça pouvait être un des brigands ou un des gardes qui aurait repéré quelque chose, et qui serait venu jeter un œil. Auquel cas, le danger était réel, surtout que Lucija n'avait aucun angle de tir, aucune possibilité d'apporter du soutien. La quatrième, et c'était peut-être l'option la plus effrayante, était d'imaginer qu'un tueur professionnel était sur les talons du docteur Lorenson, et qu'il se rapprochait lentement de sa proie, par surprise.

- Abi, j'ai vu quelque chose. Je... Je n'ai rien vu de concret, mais j'ai un mauvais pressentiment... Ou-oui, je sais bien... Mais... mais... Bon sang, demandez à Tuck de vérifier, s'il-vous-plaît !

Elle avait légèrement perdu son sang-froid, devant les réserves émises par Abi, et s'en voulut presque immédiatement, mais refusa de s'en excuser. Elles étaient en mission, et elles règleraient ce genre de choses après coup, au calme, quand elles seraient sorties d'affaire. Pour le moment, il y avait plus urgent. Pourtant, si Lucija avait bien voulu analyser les choses froidement, elle aurait convenu qu'il n'y avait pas de raison objective de paniquer, et de mettre en branle tout le système de surveillance pour si peu. Si elle-même avait été à la place d'Abi, elle aurait réagi de la même manière, et privilégié l'action à la prudence excessive. Quelques mois plus tôt, elle n'aurait même jamais réagi de la sorte. Mais entre temps, elle avait été canardée par un tireur d'élite, elle avait vu un agent mourir atrocement dans un hôpital psychiatrique apparemment anodin, et elle avait survécu à une véritable bataille rangée en Pologne. Même si elle n'était pas prête à l'admettre, elle n'était peut-être pas totalement remise, et apte à partir en mission.

Le hic, c'était qu'elle avait le doigt sur la détente...
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Dogtag
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Lun 1 Sep - 12:54


Bien des enquêtes, dans le domaine de l’aviation, pouvaient être résolues grâce à des enregistreurs de vol dissimulés dans l’appareil. Mais il existait une parade sur le splus anciens modèles : ces dispositifs enregistrent en boucle, et passée une certaine durée, la bande effacerait les anciennes données. Mais dans le cas présent, il faudrait un mécanicien spécialisé pour altérer les odnnées… Et par chance, il y en avait un à bord aujourd’hui, ainsi qu’un maître chargeur et un copilote dans la confidence...
L’appareil posa ses 14 roues sur une base militaire au sud de Dehli. Sur les cartes et documents publiés officiellement, ce terrain était une base tout ce qu’il y avait de plus normale, base pour un escadron de transport aérien. Officieusement, il servait de plaque tournante pour leurs trafics. Alfred Williams, aux commandes de son 777, avait demandé à son copilote indien de l’assister pour se poser sur ce terrain pour un exercice. Tout du moins, c’est ce que croirait l’enregistreur des conversations dans le cockpit. Une fois au sol, moteurs coupés, tout alla très vite : un camion s’approchait du flanc de l’avion pendant que le maître chargeur ouvrait la porte cargo arrière et que l’électronicien coupait les boites noires. Le Boeing avait beau être flambant neuf, il était toujours facile de prétexter un composant d’usine défecteux…
-Tout est prêt ?
-Oui, on a chargé les palettes, c’est bon. Miss Monica va être contente de ses nouveaux équipements, là. Putain, la salade pour l’amener d’Europe, avec toutes leurs reglementations, et je vous parle pas si on avait dû transporter des trucs organiques…
-Pour ça y a les vols humanitaires… et même si le CVR est arrêté, pas de noms, bordel !
-Désolé. A moi les commandes ?
-A toi les commandes, je prends la radio. On y va. Check-list avant mise en route : APU sur ON, frein de parking, ON…

**********

Quand Lucija lui avait recommandé la prudence quand elle serait sur le terrain, Abigail avait été tentée de lui dire qu’elle ne prévoyait pas de courir en tous sens arme au clair pour signaler sa venue. Elle tenait à revenir en vie et en pleine santé terminer ses vacances avec Alfred, et rentrer retrouver son laboratoire. Elle ne se l’avouait qu’à contre-cœur, mais de temps en temps, quand un sujet d’étude la passionnait vraiment, elle se sentait davantage chez elle dans son labo que dans son appartement. Combien de fois avait-elle congédié ses collègues et assistants pour rester à travailler seule jusque tard dans la nuit ? Combien de fois ses collègues, de retour le lendemain matin l’avaient retrouvée fraîche comme au premier jour alors qu’elle avait passé la nuit entière à travailler, ou bien endormie à son poste de travail terrassée par la fatigue de plusieurs jours de veille, encerclée de tasses de café vides ? Elle avait perdu le compte de ses heures de sommeil perdues dès l’université, quand elle avait commencé les nuits blanches à étudier, et que les migraines avaient commencé à arriver. Elle ne l’avouait à personne, mais tard la nuit, il lui arrivait d’avoir des migraines parfois si intenses qu’elles l’empêchaient de réfléchir et la rendaient somnolente…

Surtout, elle avait un mauvais préssentiment. Certes à Berlin elle était allée sur le terrain quasiment sans soutien extérieur, mais elle ne s’habituerait sans doute jamais aux missions de terrain. Comme tout le monde, elle ressentait le frisson d’adrénaline au moment de la traque et de l’intervention sur le terrain, mais elle savait aussi qu’en risquant ainsi sa vie pour sa soif de connaissances pour des choses dépassant l’entendement qui pourtant existaient, elle finirait par êre sérieusement traumatisée, blessée, ou pire tuée. Si jusqu’ici elle s’en était tirée, c’était grâce à une chance inouïe mais aussi grâce au soutien sans faille de ses coéquipiers dans les moments tendus. Ce soir elle mettait sa vie entre les mains de Lucija et de son fusil (car elle ne doutait pas que ce terrible engin était de la partie) pour sa protection pendant qu’elle s’improviserait reporter de terrain. Elle avait installé un dispositif standard qui envoyait directement les photos qu’elle prendrait à l’ORS. Cependant, elle pouvait choisir de le désactiver temporairement pour l’envoyer à un autre destinataire, comme Lucija dans le cas présent.

« OK, attendez, j’essaie de l’avoir en même tempsque le paysage, qu’il ne se doute de rien.. » Elle leva l’appareil, coinçant le suspect dans un coin du champ de l’objectif. Elle attendit ensuite quelque secondes après son envoi, le temps que Lucija la regarde en détail malgré le peu de netteté dont faisait preuve sa photo prise à la volée pour ne pas attirer l’attention. Pendant que Lucija faisait appel à sa mémoire, elle fit mine de s’imprégner de la misère du monde abattue sur cet endroit. L’océan de toits en tôle ondulée et matériaux divers n’était rompu que par les quelques îlots qu’étaient certains petits immeubles, et à quelque distance l’immense structure qui, de loin, ressemblait à un immense chantier de constructions pour des tours d’habitations supposées améliorer le standardde vie des habitants de ce lieu. Toutefois, en y regardant de plus près, ce chantier était trop bien gardé… Quel chantier civil avait des mercenaires armés avec des fusils automatiques ? Sa mission serait de détailler tout ça, de préférence sans se faire avoir. Mais elle resterait distance, comptant sur le zoom de son apapreil photo pour ne pas s’approcher de trop. L’Initiative disposait d’un service photo de qualité, mais autant essayer de leur faciliter la tâche en faisant des photos nettes.

Mais quand Lucija reprit la parole, le mauvais présentiment d’Abigail se confirma. Elle la sentait… pas tout à fait paniquée, mais en tous camal à l’aise. Ce gars était-il donc celui qui l’avait suivie plus tôt aujourd’hui ? Même protégée par sa cape anti-détection par satellite (que la scientifique s’était immédiatement promis d’examiner à son retour. Elle n’avait jamais entendu parler d’un tel dispositif, sa curiosité était titillée au point de se demander comment l’améliorer encore), elle avait l’air aux abois. Elle voulut chercher les mots pour la rassurer, mais la Croate intervint d’abord, lui donnant des directives pour essayer de débusquer la filature. Elle avait beau avoir promis à sa coéquipière d’agir sans réfléchir à ses ordres, demander à Abigail Lorenson de ne pas réfléchir était quelque chose confinant à l’impossible… Elle suivit toutefois le sinstructions de sa coéquipière. Après tout, elle avait plus d’expérience qu’elle dans le domaine, mais elle commençait à se sentir dépassée apr les événements. L’opération avait-elle été compromise dès le départ ? Avait-elle fait une erreur fatale à la mission ? Les questios se bousculaient dans sa tête, mais elle s’arrêta exactement au top donné par Lucija. Le plus dur était de conserver la démarche d’un touriste ou d’un reporter en balade dans le coin alors que ses jambes menaçaient de se dérobe rsous elle à tout moment. Et surtout, elle ne pouvait pas porter la main à son oreillette pour lui parler. Faisant mine de remettre une mèche de cheveux derrière son oreille, elle cala son bouton de micro pour ouvrir en permanence le canal de Lucija.
« C’est juste une touffe de jasmins, ne put-elle s’empêcher de remarquer à voix basse, mais bon… il arrive… » Elle prenait quelques photos de l’herbacée devant elle, priant que ses tremblement cessâssent très vite. Elle refusait toujours autant de paraître faible ou démunie, masi elle ne pouvait empêcher ses mains de trembler légèrement quand elle n’avait pas le contrôle total de la situation. L’homme arriva à sa hauteur, un homme assez grand, au teint basané, un t-shirt cachant très probablement une arme, et avec un appareil photo à la main et un cigare. Quand il arriva à sa hauteur, la scientifique se para de son sourire le plus innocent en relevant la tête, accompagné d’un petit « bonjour » timide. Elle passait ainsi pour la petite touriste ingénue un peu paumée mais qui avait trouvé de jolies fleurs à photographier. L’homme sembla se raidir, lui rendit son salut puis s’éclipsa dans une ruelle non loin. Alors seulement se rendit-elle compte qu’elle s’était retenue de respirer jusqu’à ce qu’il soit parti. Elle inspira profondément, reprenant le contact avec Lucija.
« Je crois qu’il en avait une, oui…Mieux vaut prévenir que guérir, non ?... Je crois que j’ai eu encore plus la trouille que vous… Allez, c’est pas grave, on y retourne ! »

-Ingé, Doc en entrée de zone, 25m de l’objectif.
-Reçu Doc, on vous voit tuojours sur le satellite. Pour le moment vous êtes hors du périmètre des gardes, allez-y, on a ouvert un canal pour recevoir vos photos.
-Compris, Ingé, je commence à mitrailler… Vous commencez à recevoir les premières ?
-Impec, Doc ! On a une meilleure vue d’ensemble depis le sol. Vous pouvez vous approcher un peu ?
-En mouvement, Ingé… OK, j’aperçois mieux les gardes… Treillis urbains, gilets tatciques, AK-47 ou 74, ou un fusil qui leur ressemble… Ils portent tous des masques de protection… Vous les voyez mieux, là ?... Répétez ?... OK, en mouvement vers les miradors…
-Doc, si vous pouviez essayer de prendre en photo les gars dedans, ça nous aiderait pas mal…
-Et avec ça je fais aussi le ménage dans votre bureau, tant qu’on y est ? Je fais ce que je peux Ingé, ça risque d’être flou ou mal cadré…
-Je risquerai de plus retrouver mes affaires si vous faites ça, Doc… OK, la photo arrive… Pas mal, on devrait pouvoir en tirer quelque chose… OK, déplacez-vous discrètement vers le nord, vous aurez sans doute une meilleure vue sur l’enceinte. Attendez… Attendez… OK, les gardes sont passez, allez-y !
-Reçu, Doc en mouvement… Photos envoyées, vous les avez ?
-On les a, Doc, beau boulot, vous vous en tirez à merveille…
- Danger Nord-Est.
-Stand-by, Ingé…

Et voilà que le présentiment d’Abigail revenait à la charge, alors qu’elle s’accroupissait hors de vue derrière une benne à ordures. Lucija lui décrivait ce qu’elle voyait par sa lunette, plusieurs hommes étaient descendus de jeeps et les lumières s’étaient coupées. La scientifique resta sur place, mettant son apapreil photo en bandoulière et attrapant son arme de sa main gauche. Et ils semblaient déposer quelque chose sur place. « Si je me relève, ils vont me repérer… Désolée… » Puis en changeant de canal : « Ingé, ici Doc, ça commence vraiment à sentir mauvais, si vous avez toutes les photos que vous vouliez, je me dirige vers mon point de sortie de zone, over. »
-Bien reçu, Doc, allez-y, on vous guide. Prenez devant vous, 10 mètres, puis à gauche, 150 mètres, et vous serez sortie.
-Reçu, j’avance…
-Faites gaffe, y a un garde à côté d’un véhicule léger sur votre chemin. Soit vous le fumez discrètement, soit vous attendez qu’il parte, à vous de voir…

Abigail avançait à ras de terre, accroupie, et dégaina son Glock. La lampe fixée sous le canon était éteinte, et c’était pour le mieux, sinon elle aurait tout de suite grillé sa position… Lucija la prévint d’un danger potentiel près de sa position. La scientifique n’avait rien vu, concentrée sur son chemin vers la sortie. « J’ai rien vu… Si ça se trouve, c’est juste un habitant du coin… »
-Doc à Ingé, j’ai cru voir quelque chose, nord ouest de ma position. Ca ressemble à quoi ?
-Doc, on vous a sur l’écran… on a pas eu le temps de le marquer, il a dû rentrer dans un bâtiment… Sans doute un habitant qui rentre chez lui. Vous savez le quartier est bondé…
-J’avais remarqué, Ingé… OK, il est tout seul en train d’en griller une… je le fume et je fonce vers la sortie…
Puis en changeant de canal : « Lucija, je suis au niveau d’une des jeeps, derrière un monticule. Je fume le garde qui me gêne, puis je fonce jusqu’à mon point de sortie… Oui, je vais y arriver toute seule, mais soyez prête à faire feu au cas où… »

La scientifique sécurisa l’envoi de ses denrières photos, puis empoigna son arme fermement dans sa main, l’autre servant de guide le long de la carosserie de la jeep, en progressant lentement accroupie. En arrivant au coin du véhicule, elle leva les yeux. Le garde ne faisait pas du tout attention à elle, et elle l’en remerciait pour ça. Puis, avec une agilité qui la surprit elle-même, la scientifique lui bondit dessus, éloignant son AK-74 de sa direction, et abattant la crosse de son pistolet sur la tempe du garde. Les deux tombèrent au sol, cachés par la jeep, et il tenta de se défendre malgré la surprise de l’attaque. Abiagil plaqua sa main sur sa bouche, pour l’empêcher de crier, et frappa de nouveau, plusieurs fois, jusqu’à ce qu’il cesse de bouger et qu’elle sente du sang sur elle.
-Ingé, Doc, je crois que je l’ai eu, confirmez, dit-elle le souffle court en ramassantle fusil d’assaut du garde.
-Doc, confirmé, maintenant foncez !

Abigail, toutefois, ne franchit pas l’arrière du véhicule.

En se relevant, elle avait mis le fusil au niveau du plateau arrière de la jeep, prenant appui pour se relever. Mais brutalement, sorti de nulle part, un son terrfiant emplit les oreilles de la scientifique devenue commando en herbe. Le terrible tonnerre qu’elle avait entendu à Berlin. Un bruit à nul autre pareil. Celui d’un fusil de précision. Immédiatement après, Abigail était au sol, autant par pur réflexe de préservation, que… Non, c’était impossible, elle était hors de vue des miradors… Qu’est-ce qui lui causait alors cette douleur ? Elle baissa les yeux à sa hanche droite, et eut envie de hurler. Un trou ornait la carosserie du véhicule qui la protégeait, et il était auréolé de rouge. Du sang. SON sang. Mais elle eut véritablement envie de hurler quand la douleur lui vint depuis sa hanche, qu’elle pressa de sa main et retira rougie de son fluie vital. Un cri mue mourrut dans sa gorge, alors que les deux canaux de communication étaient ouverts.
-Oh merde… Meeerde…
-Doc ? Doc, répétez !
-J’suis touchée, et… AAAAAAAAH ! Elle venait d’essayer de se déplacer mais la douleur était trop intense. Elle était bloquée là, et les lumières s’étaient rallumées tandis que des gardes convergeaient dans sa direction. Elle fit sauter la sécurité de son Glock, prête à vendre chèrement sa peau si besoin, mais sa vision commençait à se troubler, à la fois de faiblesse et de larmes de douleur et de rage mêlées. Comment est-ce que ça avait pu lui arriver à elle ?! Elle qui avait encore tant à faire ! Non, elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas mourir !
« Dites à Al… et à ma mère… que je les aime… »
« Bordel, Doc est à terre ! Doc, on vient vous chercher ! Tenez bon Doc ! Doc ? Doc ! Nous lâchez pas Doc, non ! »

Puis les ténèbres la prirent…

**********

Bon Dieu, c’était quoi ça ? Depuis quand est-ce que Dharavi avait des snipers ? Il avait tenté de suivr cette femme qu’il avait vue à l’arrêt de bus et qui ressemblait beaucoup à cette femme rousse qu’il avait vue à la gare. En fait c’était peut-être une touriste un peu perdue, il l’avait croisée en train de photographier des jasmins quand elle lui avait dit bonjour, et par là même savait qu’il était pas loin d’elle. Il s’était éclispé juste aprs, exploitant le dédale de ruelles et de toits pour se remettre en vue du chantier. Il avait ses jumelles de vision nocturnes pour inspecter els camions et espérer retrouver la trace de cette rouquine, quand il y avait eu le tir.

Et quand les lumières étaient revenues, il la retrouva, la rouquine. Avec un trou à la hanche. C’était juste du shrapnel, la jeep avait pas mal dissipé l’énergie du projectile, masi c’était une sale blessure. Les gardes l’encerclèrent, et l’emmenèrent dans le chantier qui ressemblait de moins en moins à un chantier. Il faudra qu’il enquête dessus, en même temps qu’il retrouve l’autre femme…

En tous cas, il avait plus ou moins trouvé la direction d’où était parti le tir, et rangea ses jumelles, fonçant à toutes jambes vers ce qu’il pensait être le nid du sniper.
Spoiler:
 
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Jeu 4 Sep - 11:12

Allongée sur le sol, Lucija avait quitté son corps physique, et voyageait désormais par l'intermédiaire de sa lunette de visée, aux côtés d'Abigail. Elle n'était plus un soldat d'élite, postée à plusieurs centaines de mètres de là, donnant des informations très générales à une coéquipière, pour lui épargner les ennuis qui pouvaient se dissimuler sur son chemin. Elle était la Déesse de la Mort, invisible mais toujours diablement efficace, voletant autour de sa petite protégée aux cheveux roux, qu'elle entendait défendre contre tout mal. Elle était là, à côté d'elle, alors qu'elle se dissimulait devant les jeeps qui arrivaient. Elle était là encore, à côté de son oreille, pour capter les consignes que Tuck lui donnait afin de sortir de la zone occupée par des troupes hostiles, qui pouvaient faire feu à n'importe quel moment. Elle était là encore, quand l'informaticien de génie qui se tenait devant son écran lui indiqua que se trouvait dans les parages un ennemi qu'il allait falloir neutraliser pour s'ouvrir un chemin vers la sortie. Neutraliser un homme était toujours plus facile à dire qu'à faire, toujours plus évident dans un film que dans la réalité. Ce que demandait Tuck à Abi était d'ailleurs sournoisement vague. Il lui demandait de se débarrasser de la menace, ce qu'elle aurait pu faire en lui tirant deux balles dans la poitrine pour s'assurer qu'il ne bougerait plus jamais. Mais la jeune femme n'avait pas de silencieux, et elle serait démasquée immédiatement. D'un autre côté, la solution de l'attaquer au corps à corps était tout aussi dangereuse. En effet, la dernière fois que Lucija avait vu Abi s'approcher à moins d'un mètre d'un adversaire, elle avait fini avec le visage ensanglanté, et avait bien failli les faire tuer toutes les deux. A l'idée de recommencer, la tueuse croate se crispa involontairement, et respira profondément pour chasser la tension nerveuse.

Elle n'y parvint pas réellement. Peut-être à cause de la confiance excessive qu'elle entendit dans la voix d'Abigail. Elle aurait voulu lui dire de ne pas agir avec trop de précipitation, de demeur calme, de faire preuve de patience. C'était une qualité essentielle quand on opérait sur le terrain, quand on faisait face au danger. La scientifique, en revanche, paraissait vouloir aller trop vite, obtenir les résultats le plus rapidement possible. Et elle n'était pas aidée par son support à Washington, qui s'obstinait à la pousser de l'avant, au mépris de toute prudence. Tuck maintenait que l'inconnu qu'elle avait vu était peut-être un habitant rentrant chez lui, un simple passant anodin, mais Lucija aurait voulu en être sûre. Il pouvait tout aussi bien s'agir d'un tueur venu là précisément pour prendre du recul sur la situation - ce qu'elle aurait fait si elle avait été engagée pour s'occuper d'éventuels cibles - et abattre quiconque se serait tenu dans les parages. La jeune femme, à travers sa lunette à fort grossissement, balayait les fenêtres du rez-de-chaussée à la recherche d'une silhouette qui se serait tenu là, d'une ombre qui aurait voulu passer le nez par un interstice minuscule afin de loger une balle dans le dos d'Abigail, sitôt qu'elle aurait eut fait le moindre mouvement pour éliminer l'homme qui lui barrait la route. Et pour l'heure, elle devait bien l'admettre, il n'y avait personne. Elle faisait confiance à son intuition, toutefois, et elle voulait en être sûre, temporiser, gagner quelques précieuses secondes.

- Attendez... Essaya Lucija, en vain.

Abigail semblait confiante. Trop peut-être. Ou peut-être pas. Elle avait certainement acquis de l'expérience pendant ces six mois passés loin de la tueuse croate. Elle avait sans doute été envoyée sur d'autres missions difficiles, et avait dû repartir en formation pour combler les manques à son profil déjà incroyablement varié. Et, connaissant la scientifique, on ne pouvait pas croire qu'elle était du genre à faire du zèle pour impressionner sa collègue de travail. Au contraire, elle était plutôt prudente et méticuleuse, encline à prendre son temps plutôt qu'à foncer dans le tas sans regarder, et sans faire attention. Au fond, Lucija en était consciente... Mais alors pourquoi diable Abi ne voulait-elle pas attendre !?

- V-vous êtes sûre que ça va aller ? Lança la jeune femme dont la voix trahissait son inquiétude. Je pourrais m'en charger, et vous ouvrir la voie. J'ai un visuel, et...

La scientifique la coupa de nouveau, distraitement, lui certifiant que tout allait bien. De toute évidence, elle avait déjà pris sa décision. La tueuse ouvrit la bouche, pour essayer de trouver un autre argument susceptible de la convaincre, mais de toute évidence il était trop tard. Soudainement, un chaos indescriptible envahit l'oreillette de Lucija. Elle bascula son canon légèrement sur la droite, essayant de revenir aussi rapidement que possible à la dernière position connue de son amie, cherchant des yeux sa coéquipière. Abi avait engagé le combat, et de toute évidence il ne se passait pas tout à fait comme prévu. Au lieu d'éliminer son adversaire proprement, rapidement et discrètement, elle avait choisi d'essayer de le neutraliser sans le tuer. Un choix qui n'avait aucune logique dans un contexte militaire, et que la croate ne pouvait pas comprendre. Elle avait été formée différemment, pas pour sauver des vies mais bien pour en prendre. Pour sa part, elle avait toujours un couteau de combat sur elle, et en l'occurrence, elle n'aurait pas hésité à s'en servir. Une lame dans la moelle épinière, une main sur la bouche pour préserver le silence, et elle se serait occupée du garde en moins de trois secondes. Une manière brutale mais efficace de supprimer un adversaire, et de se frayer un chemin vers la liberté. Pour la jeune femme, rien n'était plus important. Au lieu de quoi, c'était un véritable pugilat qui se déroulait là en bas entre une scientifique inexpérimentée et un bandit surarmé. Lucija mit une seconde à chercher la position d'Abi, et lorsqu'elle se focalisa de nouveau sur la jeep, elle eut juste le temps de voir deux corps entremêlés chuter hors de vue, tandis que dans son oreille les bruits du combat continuaient.

Que se passa-t-il ensuite ? Impossible de le dire. Est-ce que dans la lutte, le bandit avait réussi à arracher l'oreillette d'Abi ? Est-ce que Lucija était si tendue qu'elle n'entendit pas le rapport que sa coéquipière envoya à l'ORS ? Etait-ce une simple défaillance technique qui l'avait soudainement privée de la fin de la conversation ? Une simple interférence avec une autre onde radio ? Quoi qu'il en fût, la tueuse n'entendit pas le message d'Abi à Tuck, et elle paniqua plus qu'il était possible de l'imaginer. Dans son esprit, la situation était parfaitement claire : Abigail s'était attaquée à plus fort qu'elle, comme cette fois malheureuse à Berlin, et elle était en grave danger. Elle avait sous-estimé son adversaire, un combattant dangereux et déterminé, elle lui avait laissé une opportunité de se défendre, une seule chance de riposter, et il avait repris l'avantage. Et qu'allait-il lui faire désormais ? Qu'allait-il faire à Abigail, maintenant qu'il la retenait !? Allait-il la maîtriser puis la capturer, pour ensuite la torturer ? Allait-il la battre à mort, sauvagement et brutalement, pour se venger d'avoir été ainsi malmené ? Allait-il songer à pire ? Des flashes violents envahirent le champ de vision de Lucija, et elle vit soudainement le tueur fou du Canada. Elle vit distinctement son regard avide et effrayant, elle vit ce qu'il promettait de lui faire subir. Elle entendit ses paroles obscènes, perçut son sourire carnassier alors qu'il l'observait comme un loup observe un morceau de viande. Elle sentit de nouveau le contact de ses mains agressives sur son corps fragile, les caresses, les coups, les griffures. Elle ressentit tout cela, en une brutale fraction de seconde qui succéda à la pression de la détente.

Le recul terrible du Dragunov se répercuta dans son épaule, brutalement, et fut absorbé par sa position parfaite, tout en la ramenant à la réalité. C'était comme recevoir un seau d'eau glacée sur le visage, après avoir été inconscient pendant longtemps. Elle avait l'impression d'émerger d'un cauchemar, mais ce qui se trouvait autour d'elle lui paraissait encore irréel, au point qu'elle avait du mal à se dire qu'elle avait rêvé. Elle mit une seconde à comprendre ce qu'il venait de lui arriver. Une pleine seconde pour reprendre pied, et pour réaliser ce qu'elle venait de faire. Elle avait tiré par réflexe. C'était la pire erreur qu'un tireur d'élite pouvait faire, et peut-être même que tout soldat, que toute personne amenée à tenir une arme pouvait faire. Elle avait pressé la détente sans avoir toutes les informations, sans avoir une autorisation formelle de faire feu, sans même savoir exactement où elle avait tiré. Elle avait fait feu au jugé, dans un élan de désespoir, croyant naïvement que son projectile allait toucher l'homme qui menaçait Abigail, et qu'elle voyait se déplacer sournoisement derrière la Jeep. En fait, ça, c'était l'explication qu'elle aurait servi à un débriefing musclé où elle aurait dû justifier ses actes. La vérité était autre, plus sombre, plus dure à entendre. Elle avait tiré sans savoir pourquoi, et elle n'avait aucune justification. Hélas.

La seconde d'après, avant même qu'elle eût le temps de prier pour le salut d'Abigail, elle entendit son cri déchirant se répercuter dans ses oreilles, mais plus encore... Cette voix qui hurlait, ka voix de son amie résonnait au fin fond de son âme, faisait trembler ses muscles, ses os. Elle l'entendait aussi bien dans son oreillette que, légèrement atténuée, provenant de la ruelle où la scientifique était allongée, grièvement blessée. Lucija demeura pétrifiée, incapable de la moindre réaction, alors qu'Abigail mourait :

- Abi ? Lâcha-t-elle d'une voix abasourdie. Abi ! Bon sang, Abi ! Répondez !

Elle entendait en même temps les appels de Tuck, qui s'époumonait de l'autre côté de l'océan. Il ne comprenait pas, il était impuissant, et il ne maîtrisait plus rien. De là où il était, la situation était catastrophique. Pour lui, Abigail était seule, et elle venait d'être touchée par un tir ennemi. Les conséquences d'un tel acte pouvaient être désastreuses pour l'ORS, et il ne pouvait envoyer personne sur place pour récupérer la meilleure scientifique de la base de Washington. Les autorités indiennes étaient loin, et si on avait envoyé Lorenson ici, c'était peut-être parce qu'il n'existait pas une antenne indienne aussi développée. Si des agents se trouvaient là, ils devaient être encore en cours de formation, et ne pouvaient pas gérer seuls cette crise immense. La mission de routine avait dérapé, encore une fois parce que Lucija n'avait pas pris garde. Mais cette fois, son erreur était monumentale. Indigne d'une tueuse professionnelle. Fatale.

Lucija sentit des larmes lui monter aux yeux. Que pouvait-elle faire, de là où elle se trouvait ? Elle avait touché Abi, et à part continuer à l'appeler dans son micro, elle n'avait aucune solution. Son trouble était tel que lui revinrent en mémoire les paroles de Laroquette à son égard. Il la voyait comme un assassin avide de sang, comme une femme sans scrupules et sans honneur, qui tuait pour le plaisir ou l'argent. Il la considérait comme capable de tuer n'importe qui, et il avait même insinué à l'issue du débriefing de l'Allemagne qu'elle aurait pu vendre Abigail à des ennemis de l'ORS. Elle s'était insurgée, affirmant que c'était faux. Mais désormais qu'elle venait de tirer, mille questions apparaissaient chaque seconde dans sa tête. Avait-elle vraiment tiré parce qu'elle aimait le sang ? Elle était convaincue que non, mais comment savoir ? Avait-elle voulu se débarrasser d'Abigail ? C'était ridicule, mais alors pourquoi ouvrir le feu sans avoir de certitude ? Ses pensées étaient si confuses en ce moment, et elle avait tant de larmes dans les yeux qu'elle ne pouvait plus raisonner logiquement. Tout ce qui importait maintenant, c'étaient les adieux déchirants d'Abigail. Lucija hurla :

- Abi ! Abi ne dites pas ça ! Abi !!

Elle ne put en dire plus, car des claquements secs retentirent alors autour d'elle, tandis que des morceaux de béton étaient arrachés de la façade, remplacés par des balles à haute vélocité, tirées depuis une position éloignée. Pour l'heure, les tirs étaient imprécis, mais au moins ils avaient localisé grossièrement sa position, et ils allaient finir par l'ajuster. Elle leva un peu son viseur, et mit la mire sur une quinzaine d'hommes en armes qui, retranchés, tiraient au jugé dans sa direction pour pouvoir approcher de la Jeep. Elle voyait les flammes de leurs canons, comme si elle s'était tenue à quelques mètres seulement de leurs AKs, et si elle l'avait voulu, elle aurait pu faire un massacre dans leurs rangs. Mais il y avait une autre menace bien plus dangereuse qu'elle devait prendre en compte. Elle pointa son arme en direction du laboratoire, et observa les miradors. Les deux snipers la cherchaient activement, et ils avaient de toute évidence repéré sa position, car ils étaient en train d'ajuster leurs tirs, et leurs assistants aux jumelles spécifiques étaient en train de leur donner les dernières consignes. Elle roula sur le côté, esquivant un tir qui de toute façon l'aurait manquée, mais qui passa si près qu'elle entendit distinctement le sifflement de la balle. Cela réveilla son instinct, et son rythme cardiaque s'emballa brusquement. Un second tir fit voler en éclat une partie du mur derrière lequel elle se cachait, et elle décida de filer. Dans son oreille, une voix résonna. C'était celle de Tuck, qui avait dû oublier de couper le micro :

- Quelqu'un vient d'apparaître sur le détecteur ! Là, 300 mètres au Sud ! Il se déplace !

Lucija coupa la communication, et réfléchit à une solution. Elle ne voulait que son raisonnement fût parasité par les cris alarmants de Tuck, qui de toute évidence ne savait pas quoi faire pour aider Abigail. La jeune croate serra les dents, et rampa hors de portée, tout en essayant de définir un plan d'action cohérent et sûr. Sa tristesse et son égarement étaient bien réels, aucun doute là-dessus, mais elle avait toujours les réflexes d'un soldat, et elle pensait en termes pratiques et pragmatiques. Dans sa tête, les choses étaient simples : elle avait tué Abigail. Son erreur terrible, fatale pour la jeune scientifique, la hanterait jusqu'à la fin de ses jours, mais il n'y avait plus rien à faire. La mort était un état définitif. Si elle avait reçu la balle de plein fouet, comme le croyait encore Lucija, elle avait prononcé ses derniers mots. La tueuse tirait avec un calibre suffisant pour transpercer un véhicule, ou un blindage léger. C'était une munition militaire tout à fait appropriée à ce genre de situations, capable de perforer sans difficulté un gilet pare-balle, et qui restait mortelle pour tout humain. Si par miracle Abi n'était pas morte sur le coup, elle décéderait d'une hémorragie interne particulièrement douloureuse, que les bandits n'avaient pas les moyens de soigner avec leurs compétences et leurs moyens limités. Il aurait fallu l'opérer d'urgence dans une structure équipée d'un matériel de pointe, mais il n'y en avait pas à des lieues à la ronde, et le temps de rejoindre le centre de Bombay, la scientifique ne serait plus qu'un souvenir. En définitive, Lucija l'avait bien tuée, et elle s'en voudrait à vie.

Considérant cela, la jeune femme devait désormais prendre une décision la concernant. Elle pouvait tout à fait rester là, à gamberger, et à attendre qu'une balle bien ajustée vînt mettre fin à ses jours et à son tourment. C'était une solution tentante car elle aurait mis fin à son tourment, mais Lucija était une battante, une dure à cuire, et elle aimait la vie par-dessus tout. Elle avait été formée pour survivre, et elle le faisait admirablement bien. S'écartant de la fenêtre, elle se releva avec son fusil sur l'épaule, et sprinta vers l'escalier qui se trouvait non loin. Les balles continuaient de pleuvoir au-dessus de sa tête, mais elle était en sécurité tant qu'elle était en mouvement. Avec la distance, viser quelqu'un décidé à éviter les balles était pratiquement impossible. Elle le savait, et elle devait en profiter. Courant à en perdre haleine, tout en fourrant sa cape en billes d'aluminium dissipant la chaleur dans son sac, elle se retrouva bientôt au rez-de-chaussée. Hélas, il n'y avait pas que les tireurs de précision qui la traquaient : un véhicule léger arrivait dans sa direction, rempli d'hommes en armes, et elle n'avait aucune chance de traverser sans qu'ils la vissent. Elle fit demi-tour, et chercha à s'éloigner dans l'autre direction, pour rester invisible. Elle jeta un œil à l'angle d'une maison, et avisa une silhouette qui s'approchait subrepticement. L'inconnu de l'arrêt de bus ! Elle ne reconnut pas son visage, mais plutôt sa tenue qui tranchait avec celles que portaient les bandits.

Sans réfléchir, elle laissa tomber son équipement, sortit son pistolet automatique, et fit feu au jugé. Elle n'avait pas le temps ni la possibilité de l'interroger sur son identité, sur ses intentions. Elle l'avait repéré deux fois en deux jours, et voilà qu'il réapparaissait désormais, au pire moment. Elle n'avait aucune idée de qui il pouvait être réellement, mais elle le définissait comme un obstacle, et elle ne pouvait pas se laisser ralentir. L'homme se terra, et répliqua de la même manière, prouvant bien qu'il avait une arme sur lui. Lucija s'abrita temporairement, avant de tirer de nouveau pour couvrir sa fuite. Elle n'avait qu'une main libre, et elle dut faire un choix qui lui brisa le cœur. Son fusil, ou son sac de matériel. Elle n'avait qu'une seconde pour se décider, et elle l'utilisa en entier pour faire ce choix atroce. D'un côté, elle avait un attachement sentimental pour cette arme, qui lui avait sauvé la mise à de nombreuses reprises, et qu'elle avait personnalisée au point de la rendre unique. Ce SVD modifié, en polymère, était presque indétectable par des moyens conventionnels, et il était beaucoup plus puissant que les modèles standards de l'armée grâce à des ajouts qui lui avaient coûté une véritable fortune. C'était son arme, son arme à elle, celle qui faisait d'elle ce qu'elle était : une tueuse. D'un autre côté, son sac d'équipement contenait du matériel plus intéressant dans l'immédiat : des munitions, une arme de secours, et de quoi déployer un système de surveillance basique mais efficace. Elle risquait d'être en fuite, perdue pendant un moment, et elle aurait besoin de tout cela pour se protéger.

Faisant le choix de la raison plutôt que celui du cœur, elle laissa le fusil à l'inconnu qui s'approchait d'elle, et traversa la rue devant le véhicule qui approchait, tous phares dehors. Au moins, le type louche ne pourrait pas la suivre, sans risquer d'être criblé de balles par les bandits. Il pourrait simplement récupérer son fusil. Elle courut en tirant à l'aveugle vers le véhicule, espérant faire ralentir la Jeep, mais puisqu'elle ne toucha personne, le pilote accéléra, et elle entendit rapidement les rafales d'AK résonner derrière elle. Des cris lancés dans une langue qu'elle ne comprenait pas la poussèrent à courir plus vite, ce qui n'était pas une mince affaire. Lucija bondit souplement dans la ruelle en face d'elle, ou tout du moins ce que l'on pouvait appeler une ruelle. C'était un chemin de terre dans lequel elle pouvait s'engouffrer sans difficulté. Elle sprinta pour la quitter avant d'être rejointe par le véhicule, dont les passagers auraient pu la cribler de balles dans cet espace réduit. Sans ralentir, elle éjecta le chargeur vide de son pistolet, en chargea un nouveau, et continua sa fuite éperdue, sans savoir où elle allait, sans savoir si elle s'enfonçait davantage dans Dharavi ou si elle rejoignait la ville de Bombay à proprement parler. Autour d'elle, il n'y avait qu'une forêt de maisons, et rien pour la guider. Des cris se firent entendre dans son dos, et elle bifurqua dans l'espace réduit entre deux maisons. Elle s'y glissa tant bien que mal, sortit dans la rue parallèle, et se mit à courir droit devant elle.

Traquée, Lucija en oubliait sa peine, et se concentrait sur sa survie. Elle ne pensait plus qu'à une chose, ménager ses forces et ne pas faire de faux-pas. L'univers s'était réduit à sa respiration qu'elle voulait régulière, à ses bottes qui frappaient le sol toujours au même rythme. Contrairement aux apparences, c'était une course d'endurance, et non un sprint. Elle devait continuer à avancer, le plus longtemps possible, car ils ne lâcheraient pas l'affaire facilement. Toutefois, contrairement à ce que l'on aurait pu croire, Lucija n'avait pas peur, et elle ne fuyait pas désespérément. Elle avait fait preuve de beaucoup d'hésitation ces derniers temps, mais maintenant elle était sûre d'une chose : elle allait s'en tirer... Elle ne les laisserait pas mettre la main sur elle.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Dim 7 Sep - 10:57


« Dr Stephens, au bloc d’urgence, je répète, Dr Stephens, au bloc d’urgence ! »
Qu’est-ce qu’on lui voulait encore ? A peine un mois et demi de retour dans la place, et encore une fois on venait le déranger hors de son service. Philip Stephens, docteur en virologie de l’University College de Londres et maintenant installé depuis 4 ans à Bombay où il étudiait les maladies tropicales tout en continuant d’enseigner et de pratiquer, se leva en maugréant de son lit comparable à celui d’un cantonnement militaire. C’était déjà mieux que rien, il avait entendu dire que certains des soldats qui gardaient le complexe dormaient dans des conditions à faire pâlir n’importe qui. Il s’habilla en vitesse, enfila sa blouse de laboratoire et se dirigea vers le bloc opératoire. Qu’est-ce que ça allait être, cette fois ? Encore un gars qui avait défait la sécurité de son arme et s’était tiré une balle dans la jambe ? Un laborantin qui s’était blessé avec du matériel tranchant au laboratoire ? Ou pire, et l’idée lui envoyé un frisson le long de l’échine, un des sujets de leurs expériences avait décidé qu’il avait eu sa part de décès et voulait revenir à la vie ? A l’entrée de la salle stérile, il envila une paire de gants et un masque chirurgical, puis pénétra dans la pièce.
-Alors, qu’est-ce qu’on a ?
-Femme blanche, la trentaine, blessure perforante par balle à la hanche droite, elle a déjà perdu pas mal de sang, et…

Stephens se pencha sur la civière qui accueuillait sa patiente. Un soldat faisait compression de ses mains pour tenter d’endiguer l’hémorragie, tandis qu’un autre avait récupéré ses affaires personnelles et qu’un troisième poussait la civière vers la table d’opération. A chaque fois qu’il entrait dans ce bloc, Stephens était abasourdi. Une chance d’avoir plusieurs pilotes de ligne reconnus par leurs compagnies pour leur acheminer clandestinement tout leur matériel. Sans ça, cette pauvre femme serait morte vidée de son sang avant d’avoir pu sortir de Dharavi. Il avait ici un bloc opératoire digne des meilleurs hôpitaux occidentaux, même si ses ressources servaient à des patients un peu moins… vivants. Toutefois, il était contre l’éthique de son métier de laisser cette femme mourir, aussi réagit-il avec toutes les connaissances que ses études de médecine lui avaient enseignées.
-Transfusez-la immédiatement, sortez-moi ses signes vitaux, préparez une anesthésie et une intubation, je ne veux pas qu’elle nous fasse une hémorragie interne ou une tamponnade cardiaque. On la mets sur la table, à 3, 1… 2… Soulevez !

C’ets en soulevant sa patiente qu’il la reconnut. Cette marque au bras, personne d’autre dans la communauté scientifique n’en avait, même si son propriétaire faisait de son mieux pour la dissimuler quand elle sortait bras nus. Une marque ancienne de brûlure à l’acide. Il eut un temps de latence, à peine une seconde, alors qu’on installait des électrodes et un masque d’anesthésie sur le visage de la femme qu’il venait de reconnaitre. Il l’avait déjà vue à plusieurs conférences, la plus récente à Berlin l’an dernier... C’était impossible ! Que faisait-elle ici ? N’était-elle pas en train de poursuivre ses recherches sur les poisons végétaux à Washington DC, en parallèle d’un poste à l’Université du Massachussetts ? Que faisait-elle à proximité d’un laboratoire dont peu savaient la véritable raison d’être ? Que faisait ici le docteur Abigail Lorenson ? Comment avait-elle reçu cette blessure ? « Tu lui demanderas quand tu l’auras sauvée » pensa-t-il in petto.
-OK, à partir de maintenant je ne veux que mes infirmières et uniquement mes mains dans le champ opératoire, tous les autres dégagent de là tout de suite ! On stoppe cette hémorragie, ensuite on lui fera une radio pour trouver des coprs étrangers. Clampe !... Bordel, me claquez pas dans les mains, vous…

**********

Quand Abigail se réveilla, tout était lumineux autour d’elle. « Ca y est… J’ai atteint le bout de la ligne… » Elle n’avait jamais vraiment cru en Dieu, même si son père avait essayé de lui en parler, dans son enfance. Masi déjà, les germes de la science étaient fermement et profondément ancrés en elle, et elle n’arrivait pas à se faire à l’idée qu’un être supérieur essayait de guider leurs actes. Elle préférait les faits documentés et documentables. Et pour tout ce qui ne pouvait être expliqué, elle s’en remettait aux innovations et générations futures pour le découvrir. Elle plissa les yeux, puis sentit qu’elle ne portait plus les mêmes vêtements que dans son dernier souvenir. Faiblement, elle tenta de se redresser pour se faire une idée de sa situation. Une douleur cuisante à la hanche lui arracha une grimace et fit remonter des souvenirs flous.

Dharavi. La mission. Les photos. Le garde à éliminer.

Le tir.

Lucija. Qu’est-ce qui lui était passé par la tête, bon sang ? Elle avait la situation en main, elle le lui avait dit ! D’accord, elle était n’était de loin pas la plus experte du duo quant au maniement des armes et des techniques de combat, mais cette fois, elle savait qu’elle pouvait le maitriser, malgré son inexpérience et son petit gabarit. Et elle l’avait eu, elle croyait bien même qu’elle avait tué ce pauvre gars qui avait eu la mauvaise idée de se trouver sur son chemin quand elle devait y passer en urgence… Ce qui faisait de lui le premier homme qu’elle tuait. Elle avait déjà tué avant, une fois, mais c’était un vampire qui l’avait trouvé belle à croquer au sens littéral du terme. Elle lui avait collé deux balles dans la tête, et avait conservé un échantillon de son sang pour analyse. Elle avait bien entendu fait des prélèvements de manière officielle (tout officielles que fussent le sopérations de l’ORS, bien entendu), mais elle avait conservé cet échantillon-là à la manière d’un trophée de chasse. En y repensant, c’était peut-être glauque, mais elle le gardait dans un recoin du réfrigérateur de son labo, donc aucun risque que quiconque tombe dessus chez elle.

Mais ce qui la troublait encore, c’était qu’elle en voulait, en un sens, à Lucija. Pourquoi lui avait-elle tiré dessus ? Le débriefing de Berlin lui revint en tête. Et si Laroquette avait eu raison ? Avait-elleé té bernée par une tueuse professionnelle qui n’attendait qu’une autre occasion pour se débarrasser d’un autre agent de l’ORS ? Lucija travaillait-elle en fait pour ces gens qu’elles pourchassaient, pour mieux infiltrer l’ORS ou décimer les agents de l’intérieur ? Les larmes lui montèrent aux yeux. Non, c’était impossible ! Pas elle, pas après ce qu’elles avaient vécu ensemble, pas après l’avoir vue sans armes à la main ! Elle revit sa famille souriante et décontractée, encore à sa table 6 mois plus tôt… Le visage rieur de sa petite fille, son mari décontracté, Lucija épanouie comme elle ne l’avait jamais vue auparavant. Tout cela ne cadrait pas avec l’image d’un assassin au sang plus froid qu’un iceberg, infiltré très profondément dans une agence comme l’ORS… « C’est parce que les meilleurs assassins sont ceux qui se cachent en plein jour… Et toi tu as marché dans sa combine… » Elle voulut se frapper la tête devant pareille ignominie, mais sa main la retint.

On l’avait menottée au lit. Et là, la peur prit l’ascendant dans le cocktail explosif de sensations qui l’animaient.

Il était grand temps pour elle de faire le point sur ce qu’elle savit et ne savait pas. Ne pas savoir était de loin ce qui l’insupportait le plus, et elle ferait la lumière sur tout ça. La chose dont elle était sûre, c’était qu’elle était en vie. Cela soulevait plusieurs hpothèses : soit on voulait l’interroger plus tard, soit on attendait quelque chose d’elle. Sinon ils l’auraient laissée crever contre cette voiture. Elle se trouvait dans ce qui semblait être un lit d’hôpital, dans une blouse d’intervention chirurgicale. On l’avait soignée, ou plutôt, on lui avait carrément sauvé la vie. Une balle de fusil de précision laissait très peu de chance à sa victime, en particulier, si Lucija était derirère la lunette de visée. Ca confortait son opinion qu’on attendait quelque chose d’elle. C’était soit un rein, soit ses compétences ou conniassances. Ou alors une rançon. Et les seules personnes à savoir qu’elle était ici étaient Al, Lucija et l’ORS. Son amant gagnait certes bien sa vie, mais pourquoi voudrait-on le faire chanter ainsi ? Et personne ne savait qu’elle travaillait por l’ORS, même pas sa famille ni ses collègues de travail dans le civil…

Elle en était à ce stade de réflexions quand la porte de la pièce où elle se trouvait s’ouvrit. Un homme e blouse blanche entra, un chariot roulant en acier brossé devant lui, contenant des objets qu’elle ne voyait pas. Ele était encore un peu sous les effets de son anesthésiant pour vraiment le reconnaitre, masi quand il lui parla, ce fut avec un accent anglais…
-Docteur Lorenson… Comment vous sentez-vous ?
-Qui… Qui êtes-vous ? Que… me voulez-…vous ? Où suis-je ? J’ai mal…
-On vous a tiré dessus, j’ai refermé la plaie à votre hanche, et on vous a transfusée en sang. O positif, si j’en crois mes renseignements...
La scientifique hocha faiblement la tête, actionnant son goutte-à-goutte de morphine por calmer la douleur, avant de reprendre, la voix un peu pâteuse.

-Vous n’avez pas… répondu… à mes questions… Qui… êtes-vous ? Que voulez-vous ?
-On m’avait dit que vous étiez une maniaque, mais à ce point… Je suis le docteur Philip Stephens, et vous allez travailler pour moi dans les prochaines semaines à prochains mois.
Abigail était trop comateuse pour réagir. Travailler pour lui ? Que voulait-il dire ?
-Je ne suis pas…
-Arrêtons de nous mentir, voulez-vous ? Nous savons que vous étiez à Berlin quand le Docteur Grauber a disparu. Nous savons que vous tentez d’espionner nos travaux. Vous voulez savoir ce que nous faisons ? Vous allez prendre la site de Grauber sur ses travaux, jusqu’à ce qu’il nous soit remis.
-Qui est…ce « nous » ?
-Nous sommes le groupement PATRIOT, nous travaillons dans l’ombre pour assurer l’équilibre de notre monde…
-Avec du… du Solanum ? Vous voulez… un monde d’infectés ? Jamais…
-Uniquement les bons côtés du Solanum… Nous focalisons nos recherches sur une mlécule capable d’en annihiler les effets tout en en gardant les atouts : force, endurance, capacités d’adaptation, inhibition de la peur, de la fatigue. Imaginez les possibilités !
-Vous êtes dingue… vous savez que… le Solanum… a des propriétés dégénératives… et nécrosantes… impossibles à supprimer…
-Pourquoi croyez-vous que nous avons fait appel au Docteur Grauber ? C’était son cheval de bataille bien avant que nous ne fondions le PATRIOT… Et je crois comprendre que vous en avez eu un petit… aperçu, n’est-ce pas ? Et je crois me rappeler que vous avez fait votre thèse de doctorat sur les mécanismes de défenses immunitaires en milieu viral, et que vos récents travaux portent sur les impacts mmunologiques des poisons ? En quoi seriez-vous donc moins qualifiée ? Surtout avec vos recherches… qui ne figurent pas sur votre CV ?
-Je… ne vois pas…
-Ne faites pas l’innocente, Docteur… Nous savons… Bien, trèves de bavardages. Prenez ces pilules, et d’ici quelques jours, je vous présenterai votre nouveau labo…
-J’imagine… que j’ai pas le choix... grogna-t-elle, résignée. Si tel était le prix de sa liberté, elle devait bien l’accepter. Mais jamais ellle ne pourrait se le pardonner, pensa-t-elle imédiatement. Comment se pardonner en effet d’avoir contriubé à transformer en arme un des pires virus à exister avec des saloperies comme l’Ebola ? Même si il s’avérait qu’elle travaillerait sur un vaccin ou une amélioration, l’image d’un infecté encore capable de bouger mais aux caractéristiques physiques qu’on attribuait davantage au cadavre en décomposition avancée resterait ancrée dans sa mémoire. Et même si un tel vaccin avait des effets positifs, elle en saurait l’origine et les effets véritables, et la pression des compagnies pharmaceutiques l’empêcherait de tout divilguer, avec le spectre de la mort pour conserver leur secret. Des fois que le tueur de Berlin soit de leur côté, elle connaitrait sans doute une mort lente et douloureuse pour avoir voulu suivre une quête de vérité et de connaissances.
[color=white]-Vous voilà raisonnable. Je repasserai d’ici quelques jours pour vérifier que vous allez bien, et vous présenter à vos nouveaux collègues. Entretemps… évitez d’abuser de votre morphine, je veux que vous gardiez les idées claires…

Le docteur Stephens quitta alors la pièce, laissant la scientifique américaine en plein désarroi. Voilà qu’elle était embringuée dans des activités, au mieux immorales, au pire carrément dangereuses et mettant en danger le monde tel qu’elle le connaissait. Mais d’un autre côté… Se retrouver embringuée là-dedans faisait d’elle une taupe formidable pour l’ORS. De quoi pouvaient-ils rêvr de mieux dans cette affaire que d’une paire d’yeux et d’oreilles au cœur du camp ennemi ?

Il fallait qu’elle trouve un moyen de contacter l’ORS. Et de sortir de là.

**********

Il progresait de manière prudente en entendant des tirs d’armes automatiques un peu aprtout autour de lui. Nul doute que des civils innocents allaient y rester, mais il ne pouvait rien faire pour eux sans se faire tirer dessus lui-même, au risque de prendre de graves blessures. En particulier, il n’avait rien pu faire pour cette femme qui avait pris la balle de sniper. SI elle avait survécu à l’impact initial, comme son cri le laissait supposer, elle allait de toute manière crever d’ici 20 minutes maximum à moins d’avoir un système cardio-vasculaire en béton armé et qu’on l’opérait sur le champ dans un bloc parfaitement équipé. Et d’après ses informations, ce centre de recherche était juste équipé pour faire des analyses sur les maladies virales qui ravageiant le quartier et la région. Autant la considérer comme morte, ça lui ferait ça de moins à penser pendant qu’il poursuivait l’autre femme. Il n’avait pas de radio avec lui, donc aucun moyen de prévenir le commissaire ni personne. Il était seul, son FN Five Seven à la main, à tenter de poursuivre ce tireur qui, si comme il le suspectait était cette même femme qu’il avait repérée plus tôt, allait être aussi facile à attraper q’un fantôme ou un écran de fumée à mains nues.

Un véhicule léger passa en trombe à côté de lui, heureusement sans le remarquer plus que ça. Il s’apprétait à traverser discrètement une ruelle, camouflé par un angle de maison, quand il avisa une silhouette qui courrait à en perdre haleine, comme si le Diable en personne lui avait donné la chasse. Ils croisèrent leurs regards, et Michaels fut surpris de lire dans celui de cette femme… de la détresse ? De la détermination et de la détresse ? Un peu comme si elle venait de commettre une erreur irréparable, et cherchait à prendre le large en vitesse. Il savait, de par son bref passage par le SAS, que les snipers étaient très mobiles, et changeaient souvent de position entre deux tirs, mais c’était différent ici… Mais les balle squi sifflaient dans sa direction de sa part le ramenèrent rapidement à la réalité. Il se mit à couvert, et répliqua en aveugle, lâchant quelques balles en passant la main par-dessus le muret de la ruelle et tirant au hasard, priant de ne aps toucher de civils. Plusieurs autres tirs lui arrivèrent dessus, puis plus rien.

Il se releva, pour découvrir une rue vide. Enfin, pas tout à fait vide. Là où se tenait précédemment cette femme, il y avait un objet posé au sol, un objet à la forme particulière et unique. Un SVD Dragunov. Tout du moins, cet objet en avait l’apparence générale, si on faisait abstraction de toutes els améliorations qui y avaient été apportées. En le soulevant et le passant en bandoulière, il fut surpris de sa légèreté, sans doute des polymères. Il fournirait ses empreintes pour les séparer de celles qu’ils pourraient retrouver dessus. Cette arme deviendrait une pièce à conviction centrale pour retrouver cette personne. Pour peu qu’elle soit fichée, il la traquerait, il la retrouverait, et finirait par connaître le fin mot de toute cette affaire. Rangeant son arme, il prit le chemin de la sortie de Dharavi, direction le commissariat central, où il ferait son rapport à son chef.

-Entrez… Michaels, on a une fusillade dans Dharavi, on y retourne.
-Je sais, j’en viens…
-Votre filature, c’est ça ? Elle est à l’origine de cette fusillade ?
-JE n’ai rien fait. Il y a eu un tir de tireur embusqué, les gardes du centre de recherche ont répliqué, accompagné d’une bande de racailles locales qui passaient dans le coin… Il y a au moins une victime civile, une femme rousse que j’avais déjà aperçue aujourd’hui au cours de ma filature, et je crains qu’on en compte davantage quand la poussière va retomber. J’ai été obligé de tirer pour me défendre et sortir de là… Et aussi… J’ai un cadeau pour la brigade criminelle. Michaels posa le fusil sur la table
-Bonté divine, Michaels, comment avez-vous trouvé ça ?
-Le sniper s’est enfui en l’abandonnant, et l’a limite jeté à mes pieds en se taillant. Des fois qu’il serve à l’identification, je me suis dit qu’il valait mieux le prendre…
-Je vois… Bon… Rentrez chez vous, Michaels, mais restez disponible pour l’enquête. J’ai des coups de fil à passer.
-Merci commissaire.

Michaels ferma la porte, pendant que le commissaire décrochait son téléphone. Cependant, le premier numéro qu’il composa n’arriva pas quelque part en Inde. A plus de 20000 km de là, un destinataire à Washington DC décrochait son téléphone, pendant que le commissaire regardait l’imposant fusil de précision posé sur son bureau.
« Colonel, ici Gupta… J’ai de mauvaises nouvelles, je crois… »
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Dim 7 Sep - 17:58

Quitter Dharavi avait été un véritable parcours du combattant, et elle remercia ses instructeurs de ne jamais lui avoir fait de cadeaux, sans quoi elle serait probablement restée allongée dans la boue, quelque part au milieu de ce bidonville hostile, un trou sanglant entre les épaules. Elle avait couru toute la nuit, évitant la plupart du temps les Jeeps qui roulaient à toute vitesse dans les ruelles, à la recherche de l'ombre qui leur échappait constamment. Par deux fois au cours de la nuit, elle était tombée sur des hommes à pied, armés, qui la cherchaient. Elle avait dégainé la première à chaque fois, et s'était débarrassée des deux types avec une efficacité qui lui aurait tiré un sourire satisfait, si sa situation n'était pas aussi dramatique. Les coups de feu avaient alerté d'autres hommes, et elle avait continué à fuir, inlassablement, en essayant de rester aussi lucide que possible. Elle avait ainsi dû se cacher dans un monticule d'ordures, forcer la porte d'une maison et prendre temporairement en otage la famille qui résidait là, pour se protéger d'une patrouille, avant de continuer son chemin.

Elle avait finalement réussi à s'éclipser de ce traquenard mortel, peu avant le lever du jour, et l'arrivée des forces indiennes qui avaient rappliqué avec le soleil, dispersant les badauds et les bandits qui s'étaient rassemblés. Il lui avait fallu de longues heures, passées à marcher à travers le bidonville. Fort heureusement, l'agitation qui y régnait avait incité les habitants à rester terrés chez eux, et elle n'avait croisé personne. Quand elle avait réussi à quitter les abords immédiats du laboratoire de recherche, la pression s'était faite moins importante, et elle avait pu se relâcher légèrement, et marcher droit devant elle en reprenant son souffle. Ses jambes étaient terriblement lourdes, elle sentait la transpiration couler le long de son dos, et avec le retour du soleil, elle allait bientôt être écrasée par la chaleur étouffante de l'Inde.

A pied, seule et totalement épuisée, Lucija avait dû trouver un moyen de quitter la ville sans être interceptée par les patrouilles de police qui venaient enquêter sur les lieux, et les hélicoptères qu'elle entendait voler au-dessus de sa tête. Elle avait décidé de se reposer pendant un quart d'heure, et avait réfléchi à ce qu'il convenait de faire, rassemblant ce qu'elle savait de sa situation. La police avait été prévenue, beaucoup plus rapidement qu'elle l'aurait imaginé, comme si un de leurs agents avait été dans le coin, et c'était loin d'être bon signe. D'après ce qu'elle savait des méthodes policières, ils allaient d'abord enquêter et chercher des réponses. On allait leur dire qu'une fuyarde entendait quitter la ville, et ils allaient donc essayer de mettre en place un barrage routier pour la coincer. Elle n'avait aucune chance de quitter le pays en avion, c'était certain, et elle était persuadée que son hôtel allait être perquisitionné dans la matinée. Elle devait donc fuir avec ce qu'elle avait sur le dos. Mais avant cela, il lui fallait trouver un moyen de quitter les lieux plus original que simplement courir droit devant elle. Mue par un instinct de survie à la hauteur du danger qui la menaçait, elle avait arrêté une voiture sur une route déserte, et avait pris en otage les deux personnes qui s'y trouvaient. Le premier était taxi, et conduisait sa cliente au travail. En voyant arriver Lucija, ils avaient paniqué, probablement à cause de ce qu'ils entendaient à la radio au moment où elle avait arrêté leur voiture. Toutefois, elle leur avait dit que tout irait bien s'ils la conduisaient en dehors des limites de la ville, à la prochaine gare. Ils avaient obéi, davantage convaincus par l'arme qu'elle tenait en main que par son joli discours ou sa tenue sale et puante.

Elle en avait profité pour écouter les informations, et apprendre ce qu'on disait de l'affaire. La voix du journaliste, qui parlait un anglais impeccable, relatait les faits tels qu'ils avaient été recueillis par la police :

- Le bidonville de Dharavi a été le théâtre, hier soir, d'une violente fusillade qui aurait fait plusieurs morts, d'après la police. Les autorités ont refusé de communiquer sur la situation, mais plusieurs témoins ont annoncé avoir vu une femme fuir la scène du crime. Les coups de feu ont été entendus autour d'un laboratoire de recherche chargé d'étudier les virus répandus dans le bidonville. Aucun suspect n'a, pour l'instant été appréhendé, mais la menace terroriste est envisagée, et l'armée a été déployée pour sécuriser les lieux. Ecoutons désormais Lona, habitante de Dharavi, dont la famille a été menacée par la suspecte présumée.

- ... Nous étions chez nous avec mon mari et les enfants, quand une femme a pénétré dans notre domicile. Elle était armée, et elle était pourchassée par quelqu'un. Nous entendions les voitures et les cris au-dehors. Elle nous a demandé de rester silencieux, et de ne pas tenter d'alerter quiconque. Quand les voitures se sont éloignées, elle est partie comme elle était venue.

- Cette habitante aurait communiqué des détails cruciaux aux autorités indiennes, qui a déjà décidé d'instaurer des barrages autour de Dharavi, et de lancer des patrouilles aériennes sur zone. Toutefois, elle n'aurait pas vu le visage de la femme suspectée d'avoir déclenché la fusillade, et aucun portrait robot n'a été communiqué aux médias. Nous invitons tous les habitants à la prudence, et à rester attentifs aux consignes de sécurité communiquées par la police. Le maire a prévu une allocution publique dans la soirée, au cours de laquelle il communiquera davantage d'informations...

Lucija demanda au chauffeur de baisser le son. Elle avait entendu ce qu'elle avait besoin d'entendre. Les autorités ne savaient pas grand chose sur elle, ce qui était très positif, car elle avait de bonnes chances de pouvoir s'enfuir du pays sans être arrêtée aux frontières sur un simple contrôle d'identité. Du moins, pour l'instant. Par ailleurs, et c'était moins réjouissant, il n'y avait pas un mot sur Abigail Lorenson. La jeune femme avait espéré tout du long qu'on aborderait le sujet, qu'on dirait que les autorités étaient arrivées suffisamment rapidement pour sauver une jeune scientifique américaine qui avait été la première victime d'une tueuse isolée. Mais il n'en était rien, et elle était de toute évidence comptée parmi les décès. Peut-être l'ORS avait-elle fait pression pour étouffer l'affaire, et ordonné aux autorités indiennes de prendre en charge le corps de la scientifique. Il s'agissait de ne pas effrayer les détenteurs du Solanum, en dépit de la fusillade à leur porte. Mais la croate se demandait quand même comment serait annoncée la nouvelle. En effet, elle avait son compagnon qui devait attendre son retour et se faire un sang d'encre. Elle avait une vie, un boulot à l'université, et on s'inquiéterait de son absence. Allait-on reconnaître immédiatement qu'elle était morte, ou bien simplement constater son absence et lancer des recherches qui, de toute façon seraient vaines ?

En chemin, la femme était restée silencieuse tout du long, mais le taxi avait essayé de faire la conversation pour nouer un contact avec Lucija, et la convaincre de ne pas leur faire du mal. Elle avait souri en l'entendant prendre la parole, d'une voix incroyablement hésitante, avec un accent à couper au couteau :

- Nous avons une famille, madame. Nous avons des proches, des amis... Vous ne pouvez pas nous tuer.

Elle soupira :

- Je ne vais pas vous tuer, rassurez-vous. Je voudrais juste que vous me conduisiez vers une gare en dehors de la ville. C'est tout.

La cliente cligna des yeux. Elle ne savait pas si elle devait intervenir, car elle était désireuse de croire dans les paroles de la jeune femme, mais elle n'oubliait le pistolet automatique qu'elle avait toujours en main, et qu'elle n'avait pas rengainé. Ce fut de nouveau le taxi qui parla :

- Pourquoi vous êtes allée là-bas, dans ce laboratoire ? Vous vouliez tuer quelqu'un ?

- Soyez gentil, taisez-vous. Je dois réfléchir...

Il s'était tu, et n'avait plus rien ajouté jusqu'à l'arrivée. Elle les avait lâchés un peu avant la gare, dans une petite bourgade qui s'était construite autour, et leur avait demandé de ne parler de ça à personne. Bien entendu, ils allaient s'empresser de tout raconter à la police, mais c'était un simple réflexe. Elle n'avait pas vraiment réfléchi. En fait, elle ne pensait plus à grand chose depuis ce fameux tir qui avait coûté la vie à Abigail. Elle se contentait d'aller droit devant elle, et de prendre les problèmes un par un, comme ils venaient. Et pour commencer, il lui fallait une douche, des vêtements propres, et un moyen de transport pour s'éloigner de Bombay. Lucija avait de quoi se changer dans son sac : elle avait prévu ce qu'il fallait, au cas où elle aurait dû retourner en ville après sa mission, et aurait dû se changer pour passer inaperçu. C'était ce qui était prévu au départ, c'était comme ça qu'elle avait envisagé la fin de la banale mission de surveillance, et elle ne préférait même pas penser à tout ce qui aurait dû se passer, et qui ne surviendrait jamais à cause d'elle.

Son amie, Abigail, avait été tuée. Elle qui était promise à un brillant avenir professionnel, à beaucoup de bonheur sur le plan personnel depuis qu'elle avait rencontré Al, et sur qui l'ORS comptait énormément pour arrêter les gens qui participaient au développement du Solanum. Elle avait désormais quitté le tableau, et, sur ces trois plans, elle allait cruellement manquer. On pleurerait probablement son décès là où elle enseignait, car nul doute que si elle était inflexible et froide, elle n'en demeurait pas moins un professeur de qualité, et une chercheuse dont les travaux étaient à la pointe de sa discipline. Et qu'en penserait Al ? Lui qui avait amené sa précieuse Abigail en Inde, pour lui faire découvrir les merveilles de ce pays, apprendrait son décès brutal et ressentirait certainement un horrible sentiment de culpabilité. Il risquait d'en ressortir brisé, plus bas que terre. Et que penser ensuite de l'ORS, dont un second agent venait de tomber en mission ? Ils n'étaient pas habitués à perdre des hommes, Lucija l'avait compris à l'issue du débriefing du Canada, et Lorenson n'était pas n'importe qui. Elle manquerait à titre professionnel et personnel, on ne verrait plus jamais le fantôme de la scientifique rousse hanter les bâtiments en pleine nuit.

Elle avait marché sans s'en rendre compte, tandis que le taxi s'éloignait dans la direction inverse, et s'arrêta près d'une rivière qui paraissait relativement propre. Ici, il n'y avait personne pour la regarder, pour l'épier, pour la traquer. C'était curieux. Après avoir été plongée en ville pendant si longtemps, après avoir lancé des filatures et des écoutes à Bombay, elle se sentait à la fois en sécurité et incroyablement vulnérable, au bord de cette rivière, dans laquelle elle se nettoya sommairement. Elle retira la crasse de ses cheveux, de son visage, de ses bras, et se débarrassa de ses vêtements, qu'elle roula en boule, et qu'elle fit flamber. C'était le meilleur moyen pour que personne ne retrouvât son ADN. En temps normal, elle ne se préoccupait pas vraiment de ce genre de choses, car elle savait qu'aucun prélèvement n'aboutirait à quoi que ce soit pour les polices du monde entier. En revanche, pendant sa fuite, elle s'était rendue compte de quelque chose. C'était elle qui avait fait feu avec l'arme qui avait tué Abigail, et considérant le désastre que représentait cette mission, on la désignerait sans aucun doute comme la coupable idéale. Dans le meilleur des cas, si l'ORS lui mettait la main dessus, elle serait retirée du service, et alors rien n'empêcherait Laroquette de la dénoncer malencontreusement à Interpol, qui se ferait une joie de venir la cueillir. L'idée s'était fait un chemin dans son esprit, mais elle n'en mesurait pas encore les conséquences...

Sitôt après avoir terminé de se débarbouiller, Lucija enfila une tenue civile composée d'un jean et d'une chemise passe-partout, épaula son sac à dos dans lequel elle cachait toujours son matériel, et s'empressa de courir vers la gare. C'était une petite gare indienne, qui avait le charme de ces petits ilots de civilisation au milieu de nulle part, et elle y acheta un billet vers le Nord-Ouest, avec l'argent qu'elle avait sur elle. Elle ne connaissait pas les noms des arrêts, ni celui des villes où elle souhaitait se rendre, mais savait globalement que rejoindre le Pakistan serait sa meilleure chance de s'en sortir. Elle entendait, comme souvent, profiter des tensions entre Etats pour se glisser entre les mailles du filet. Si elle franchissait la frontière, l'Inde n'aurait aucun moyen de la pourchasser là-bas, et elle gagnerait un peu de temps. Elle quitta le guichetier, qui de toute évidence n'avait pas fait attention à elle, et se déplaça l'air de rien, sans être repérée par les deux caméras de surveillance, en direction d'une cabine téléphonique libre. Elle introduisit quelques pièces, et composa un numéro qu'elle connaissait par cœur, et qu'elle n'avait noté nulle part :

- Allô ? Lança une voix au petit accent exotique.

- Allô... Lucija chercha ses mots pendant un instant. Je... J'ai besoin d'aide ! C'est très urgent.

Une seconde de silence :

- Excusez-moi, mais qui est à l'appareil ?

- C'est moi ! R-Radenko ! Pitié, j'ai vraiment besoin d'aide, je suis dans la merde.

Une seconde de silence à nouveau. Elle comprit que c'était à cause de la distance. Pendant qu'elle parlait, elle chargea de nouvelles pièces dans la machine, pour s'assurer qu'elle aurait le temps de dire ce qu'elle voulait :

- Ah mademoiselle Radenko ! Ca a l'air très urgent en effet, que puis-je faire pour vous ?

- Je vais faire court... (elle baissa la voix). Je suis en Inde, et je vais avoir les autorités de tout le pays sur le dos, voire pire. Une organisation mondiale, un truc énorme qui va me tomber dessus. J'ai besoin d'un moyen de disparaître.

Cette nouvelle seconde d'attente lui parut aussi longue qu'une éternité, et elle faillit fracasser la machine d'impatience. Elle devait simplement faire preuve de patience, mais comment accepter cela quand sa vie était en jeu, quand chaque instant perdu donnait un peu plus de chance à ceux qui la traquaient de la rattraper, de remonter jusqu'à elle ?

- Hmm... Une organisation mondiale vous dites ? Je n'en connais pas qui pourraient vous poser tant que ça de problèmes. Je pourrais vous faire une nouvelle identité, et hop ce serait bon. Le même tarif que d'habitude, bien entendu.

- Non. Désolée mais c'est non. Cette fois, j'ai besoin de plus. Ils ont cramé toutes mes identités, ils savent tout, et j'ai vingt-quatre heures, peut-être deux jours pour disparaître. Définitivement. J'arrête tout. J'en peux plus.

Elle sentit les larmes monter, et elle fit un effort pour les retenir, expirant profondément pour se calmer. Pleurer maintenant n'aurait servi à rien. A rien d'autre qu'à s'apitoyer sur son sort, alors qu'en définitive, elle était totalement responsable de ce qu'il lui arrivait. Qu'aurait-elle dû mériter sinon une culpabilité immense, après avoir tiré sur Abigail ? Sa meilleure amie... sa seule amie... Elle l'avait tuée sans réfléchir, à cause d'une erreur monumentale, une erreur intolérable. Elle ne se pardonnerait jamais son geste, et n'oublierait jamais ce jour. Il serait inscrit dans sa mémoire jusqu'à ce qu'elle rendît son dernier soupir. Cette fois, trois secondes s'écoulèrent, avant que le Colombien ne reprît la parole. Il était plus grave que jamais :

- Je comprends, mademoiselle Radenko. Je vous ai toujours trouvée trop bien pour cette vie. Quel est votre plan ?

- Pour l'instant, je vais vers le Pakistan. Je devrais franchir la frontière sans problème. De là, je pense rejoindre Moscou, puis Washington, et ensuite je ne sais pas... J'aimerais bien finir dans un coin où ils ne me retrouveront jamais. Je veux m'enterrer pour de bon.

C'était loin d'être un plan. Tout au plus une idée qu'elle avait comme ça, à mesure qu'elle parlait. Aucun détail, aucune perspective sérieuse. En fait, elle ne savait pas du tout ce qu'elle allait faire de son avenir, et elle n'avait aucune idée d'où aller. Elle avait dit Moscou au hasard, pour donner une destination au Colombien. Mais au final, elle avait l'impression d'être en roue libre dans une descente vertigineuse, et de ne plus rien contrôler.

- Je vais arranger ça. J'ai un contact aux Etats-Unis, il viendra vous voir à Washington dans quarante huit heures. Il vous trouvera, ne vous faites pas de souci. Je m'occupe du reste.

- Merci... Merci mille fois ! Oh, une dernière chose... J'aurais besoin que vous vous occupiez de quelque chose pour moi...
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture Mer 10 Sep - 9:36


« C’est avec une peine immense que nous avons appris la disparition du Docteur Abigail Lorenson au mois de mars 2014 en Inde. Beaucoup d’entre nous se souviennent d’elle comme d’une personne à la très grande rigueur, qui pouvait sembler distante ou réservée par moment, mais était toujours là pour nous donner un avis ou un coup de main pour nous aider. Elle avait toujours une pensée pour votre famille quand vous partiez tard le soir, toujours une petite anecdote, et… »
La voix de Maria Jankowskiova se brisa. Originaire d’Europe de l’Est proche de la Mer Noire, elle avait été élevée dans une famille aristocratique où montrer ses émotions était contraire à la bienséance. Et même si elle avait régulièrement entendu des discussions parfois assez houleuses entre la scientifique rousse et des membres de son équipe de recherche, elle savait qu’elle était une femme d’une gentillesse sans limites et toujours avec une réponse sensée à tout. Selon elle, si quelqu’un devait un jour prendre la tête du Département après le départ de Sam Briggs, c’était bien Lorenson. Mais comme elle, Maria était une scientifique, et attachée aux faits. Abigail n’était que MIA, disparue en action. Tant qu’on ne lui présentait pas d’avis de décès, elle continuerait de la croire vivante, et refuserait, comme certains, de parler d’elle au passé. Malheureusement, une petite voix au fond d’elle lui disait qu’on ne la reverrait probablement jamais, alors que Sam Briggs prenait la parole à sa suite pour continuer d’évoquer le souvenir de la scientifique américaine.

Ils étaient bien loin de la réalité…

Abigail Lorenson était peut-être portée disparue depuis le mois de mars, mais comme elle le disait elle-même avant son départ, « je refuse de mourir tant que je n’aurai pas réponse à tout ! ». Car si la blessure qu’elle avait reçue cettenuit-là était terrible et lui laisserait sans doute une cicatrice qui demanderait des trésors d’imagination pour la cacher quand elle serait de nouveau en train de prendre le soleil en bikini au bord de la piscine de sa maison de famille à Albuquerque, elle était bien vivante. Ses premiers jours de captivité avaient surtout servi à la remettre le plus vite possible sur pieds, avec un programme de rééducation accéléré pour qu’elle soit opérationnelle dès que possible. Elle marcha les premiers jours avec une canne, puis s’en débarrassa bien assez vite à son gout. Elle trouvait que la canne, bien que pratique, la viellissait plus que sa fierté ne le tolérait. Il lui faudrait encore du temps pour courir de nouveau et suivre péniblement le ryhtme des courses matinales des recrues de l’Initaitve, mais elle regagnerait, selon les dires du Dr Stephens, le total usage de ses jambes.

Toutefois, elle se méfiait de tout autour d’elle… Elle n’aimait déjà pas à la base avoir quelqu’un qui regardât par-dessus son épaule pendant qu’elle travaillait. Que ce quelqu’un eût en plus un fusil mitrailleur à la main, et on tenait le cocktail parfait pour la mettre hors d’elle en temps normal. Malheureusement, la situation était tout sauf normale. Elle avait déjà enfilé plusieurs fois des combinaisons de risque bactériologique, mais ici, les procédures de décontamination égalaient au moins celles draconniennes qu’elle imposait sur certains objets d’étude dans son labo à Washington. Le matériel était très correct pour de l’équipement apporté en contrebande, avait-elle appris. Bien entendu, fidèle à elle-même, elle avait insisté et râlé de toutes ses forces pour avoir de l’équipement dernier cri, parlant de versions de logiciels déjà obsolètes et de certains instruments qui avaient davantage leur place dans des universités de seconde zone que dans des labos de recherches expérimentales. On l’avait mouchée quand on lui demanda si c’était un moyen d’attirer l’attention de l’extérieur.

Elle comptait la-dessus, en fait. Dans le milieu de la recherche scientifique, tout le monde savait qui utilisait quoi et en quelles quantités. Tout le monde savait qui avait le dernier modèle de tel ou tel équipement, et les contrats se négociaient le prix fort pour les obtenir. De la même manière, le transport de ce genre de marchandise attirait l’attention à cause de toutes les précautions à prendre. Al lui avait parlé d’un ami pilote chez FedEx, qui devait régulièrement transporter des marchandises pour l’armée qui l’obligeait à adopter un pilotage extrêmement délicat. De telles choses restaient dans l’esprit des gens, et si une enquête venait à être lancée, de telles informations pouvaient s’avérer essentielles. Elle ravala donc son idée avec rancœur, et dût se contenter de matériel qu’elle avait dû réapprendre à utiliser, en raison de leur âge. Pour dire, même les machines qu’elle utilisait pendant la fin de ses études étaient aussi performantes. Le bon côté de la chose était que cela lui rappela de bons souvenirs de l’université : son règne sans partage dans les matières scientifiques du cursus, les sessions de travail où elle menait à la baguette ses camarades, ses premires amours rendues éphémères par le feu du travail qui la consummait. Mais dès qu’elle remit les yeux derrière les binoculaires de son microscope, toute la réalité la rattrapa.

« Te voilà donc, sale petit bâtard… » siffla-t-elle entre ses dents, en examinant l’échantillon de Solanum sous ses yeux. Une forme hideuse, comparable à un serpentin bouffi et annelé, et semblant se trotiller si on le regardait assez longtemps. Même le milieu nutritif semblait réagir àlaprésence du virus. Elle l’avait appris assez vite, une fois mis en culture, un échantillon n’était viable que quelques jours au maximum. C’était là les capacités dégénératives de ce virus, et elle devait trouver un moyen de les annuler… ou de les amplifier, selon le bon vouloir de ses geôliers. La tâche était énorme, demanderait beaucoup de temps et d’efforts, mais ne serait pas insurmontable. Abigail s’en voulut immédiatement d’avoir de telles pensées. Ce virus était un fléau mondial au même titre que le bacille de la peste qui avait décimé un tiers de la population européenne au XIVème siècle, ou plus récemment les cas d’Ebola en Afrique équatoriale, et encore d’autres afflictions moins médiatisées ou connues. Et elle allait faire partie du problème. Ou de la solution, dépendant du point de vue et de la quantité d’argent qui serait extorquée des états…

Il fallait qu’elle retrouve un nouveau moyen de sortir de là. Et en regardant son ordinateur relié au microscope, elle eut une idée…

**********

Le bilan de la fusillade de Dharavi avait été assez lourd : 3 civils tués, en plus des 5 bandits locaux tués dans des échanges de tirs avec les gardes du centre de recherche, qui n’avaient eu dans leurs rangs que quelques blessés. Dans l’esprit de Michaels, les choses étaient à la fois claires et confuses : le tir de sniper avait été à l’orgigine de tout, et les bandits avaient sans doute cru que les gardes avaient tiré les premiers... Mais en revenant sur les lieux le lendemain matin, il était perplexe : les miradors qui entouraient lecomplexe ne correspondaient pas à l’angle de tir qu’il avait vu. Il se remémorra la scène. Oui, la rousse était là-bas, contre une jeep, et le tir venait de cette direction-là… En ligne droite et passant exactement entre 2 tours. Et cette feme qui avait disparu… Les cadavres ne faisaient jamais de vieux os dans ce coin, mais en étant repassé moins d’une heure plus tard, elle et toutes ses affaires avaient disparu. Les pillards avaient beau être rapides, là c’était trop rapide. Tout ça cachait quelque chose. Il découvrirait quoi, même si ça impliquait de flinguer sa carrière.

En retourant au commissariat, il s’adressa à son supérieur, le commissaire Gupta. Il fallait qu’il lui fasse part de ses observations. En arrivant, il remarqua une série de voitures sombres qui n’avaient rien des véhicules de police habituellement garés devant le bâtiment. Ca sentait l’implication du gouvernement, voire plus.
-Ah, Michaels, vous voilà !
-Commissaire, qu’est-ce que c’est que tout ça ?
-Michaels, on nous retire cette enquête. C’est du ressort du contre-terrorisme national et d’Interpol, maintenant, plus de la police. Je dois leur remettre aujourd’hui nos pièces à conviction, nos notes, nos rapports et nos photos, d’ailleurs il ne manque plus que les vôtres…
-Commissaire, je vous demande de l’affecter à ce dossier, s’il vous plait ! J’ai une conniassance de ce coin qui pourra les aider !
-Michaels, je viens de vous dire qu’on refile le bébé à Inteprol, n’insistez pas !
-Alors détachez-moi auprès d’Interpol ! Je pourrai leur faire gagner un temps précieux en leur faisant un briefing sur nos rapports directement, en plus de leur présenter nos conclusions. Et je suis certain que vous arriverez très bien à faire tourner la boutique sans moi pendant quelques temps, non ?
-Vous m’avez été d’une très grande aide jusqu’ici, Michaels. Allez-y, je vais me débrouiller ! Mais je veux que vous reveniez rapidement, ce coin est parfois une vraie poudrière, j’ai besoin de tous mes hommes.
-Dès qu’ils ont fini je reviendrai, je vous assure !
-OK, maintenant filez leur transmettre mon rapport et le vôtre !
-Bien, commaissaire.

Gupta s’alluma une cigarette alors que Michaels fermait la porte de son bureau. Si seulement il savait la vérité. Il faisait partie du groupe de soutien de l’ORS pour une opération de surveillance sur ce même centre en Inde que celui que Michaels décrivait. Et cette femme rousse qu’il disait avoir vu se faire tirer dessus… On lui avait appris qu’elle avait un rôle important dans l’enquête, et qu’elle était en reco pour des actions futures. Il ne savait pas ce qui se tramait là-bas, mais ça vaait l’air gros. Michaels allait avoir son rôle à jouer. Si l’ORS l’exploitait correctement, ls avaient des chances de remettre la main sur cette femme qui avait tué leur agent…
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[TERMINE] Bombay - Au chaud sous couverture

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