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[En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall

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MessageSujet: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Jeu 31 Juil - 12:09

Varsovie - Firewall

Spoiler:
 

_________


- Je vais bien, et je suis prête à reprendre du service, monsieur.

Ce dernier mot lui arrachait toujours la bouche, et elle ne supportait pas d'avoir à l'employer lorsqu'elle se trouvait en présence d'un ponte de l'ORS, mais si elle voulait être réintégrée, elle devait faire un effort sur les détails, et se concentrer sur l'essentiel. Reprendre du service était son souhait le plus cher à l'heure actuelle, et elle pouvait bien se plier au protocole quelques temps. Physiquement, elle était parfaitement remise, à n'en pas douter. Le Canada avait été une expérience... désastreuse, chaotique, et beaucoup plus complexe que ce à quoi tout le monde s'attendait. Deuxième missions et deuxième situation pourrie dans laquelle elle s'était trouvée plongée bien malgré elle. Le débriefing de l'opération avait été lugubre, et l'ombre de l'agent de terrain O'Connor - elle n'avait appris son véritable nom qu'après son retour au pays - avait pesé tout au long de l'entretien qu'elle avait eu. L'ORS ne perdait pas souvent d'agents, et encore moins des agents qui partaient pour leur première mission. Son décès avait pas mal secoué la hiérarchie, et on avait posé des questions, cherché des responsables. Saint Laurent, le Français, avait assumé ses responsabilités, et il avait été sévèrement réprimandé, sans que cela eût une incidence sur son grade. Tout le monde comprenait que les choses avaient dérapé de manière incontrôlable, et personne ne pouvait le blâmer pour avoir pris la mauvaise décision... Pas même Lucija.

La jeune femme, pourtant, en avait voulu à l'ORS quand elle était rentrée aux Etats-Unis. C'était sur une civière débarquant d'un hélicoptère civil qu'elle avait rejoint les quartiers secrets de l'ORS, frigorifiée, affamée et en état de choc. Le vacarme assourdissant des pales avait menacé de la rendre folle, lui rappelant par trop les échanges de coups de feu violents qui avaient présidé à sa libération, tandis que la lumière au plafond lui brûlait les yeux, devenus photosensibles après avoir passé une nuit à voir des éclairs et des flashes lumineux signifiant qu'on lui tirait dessus. Il avait fallu trois jours avant que cette sensation horrible ne se dissipât. Au départ, personne n'avait été autorisé à la voir, à part les médecins de la base qui l'avaient placée en quarantaine. Elle avait survécu à un véritable carnage, et tout le monde cherchait quelle pouvait en être la cause. Car même les plus grands spécialistes demeuraient sans voix devant le phénomène de folie collective qui s'était emparé de l'établissement. Le premier meurtre, particulièrement horrible, avait éveillé l'attention de l'organisation, qui avait dépêché Lucija puis Bryan sur place, afin de découvrir la vérité. La jeune femme avait d'abord pensé à un changeur de forme, ou quelque chose du genre, mais cela n'expliquait pas la mutilation du corps... disparu dans les décombres qui avaient suivi l'explosion.

Quant à celui de Bryan... on n'en avait retrouvé que des morceaux, et Lucija était littéralement partie vomir quand on lui avait présenté les photos lors du débriefing. La séance avait été interrompue, et on lui avait accordé vingt-quatre heures de repos. Les experts disaient qu'il s'agissait peut-être d'un gaz libéré dans l'air, et qui aurait infecté les malades avant de les pousser à s'entretuer. D'autres arguaient que seuls les patients avaient été touchés, et que le personnel de l'hôpital avait été épargné. On avait avancé l'hypothèse d'une infection alimentaire, mais cela ne semblait pas tenir la route non plus. Pour l'heure, l'analyse des médicaments était en cours, et on cherchait à savoir si des tests n'avaient pas été menés en batterie sur les patients. A moins qu'il ne s'agît d'un acte malveillant, auquel cas il faudrait des mois pour avoir une confirmation. Lucija, elle, avait dû passer sept jours dans un lit, pour récupérer de ses blessures. A vrai dire, elle s'en sortait plutôt bien. Des coupures et des éraflures, un vilain bleu sur la joue qui se dissipait déjà, et quelques ecchymoses par-ci par-là, mais rien de trop grave. Elle avait toujours de la chance, et s'arrangeait pour éviter les traumas les plus importants - sa vie de famille en dépendait !

Toutefois, sept jours à contempler le plafond, et à être prise pour une folle, encadrée par une escouade de soldats, cela avait de quoi rendre dingue. On pratiqua sur elle toute une batterie de tests et de prélèvements. Analyses de sang, d'urine, prélèvements de cheveux, tout ce qui était possible et imaginable lui fut appliqué, sans qu'elle eût la moindre idée de ce à quoi cela allait pouvoir servir. On ne lui disait rien, sinon que tout allait bien, et qu'elle ne devait pas s'inquiéter. Pour sa propre sécurité, on la faisait respirer à l'aide d'un masque à oxygène, qui - elle le comprit au bout du cinquième jour -, diffusait également un gaz légèrement soporifique, de sorte à la maintenir dans un état végétatif permanent. On craignait de toute évidence qu'elle s'agitât, et qu'elle présentât les mêmes symptômes que les autres patients. Plusieurs fois, la jeune tueuse croate avait eu l'occasion de voir Abigail de l'autre côté de la vitre de quarantaine qui la séparait du monde extérieur. Elle était bien incapable de parler à sa coéquipière, rendue léthargique par le gaz et par différents produits qu'on lui injectait par intra-veineuse, mais elle était suffisamment consciente pour la voir et la reconnaître.

La scientifique lui parlait fréquemment, mais les mots rapides, déformés par le micro qu'elle utilisait pour que sa voix parvînt jusqu'à la pièce coupée du monde, formaient un tout inintelligible que la jeune femme appréhendait comme une bouillie verbale qu'on aurait essayé de lui injecter de force. Mais elle appréciait l'attention, tout de même. Abi vint le deuxième, troisième et quatrième jour. Au début, elle essaya de communiquer, mais cela ne donnant aucun résultat, elle se contenta de rester assise. On pouvait lire une forme d'inquiétude sur ses traits, car elle n'était pas habituée à voir Lucija dans cet état de vulnérabilité totale. Elle avait dû être briefée sur ce qu'il s'était passé, mais le rapport de la jeune femme était toujours dans l'esprit de cette dernière, et les détails les plus sordides n'avaient pas encore été rendus publics. A la fin, le docteur Lorenson amena du travail, et se contenta de rester là à lire des dossiers, employant l'ordinateur qui se trouvait là pour accéder aux informations dont elle avait besoin. Elle finit par se lever, et ce fut la dernière fois qu'elle vînt, probablement affairée ailleurs. Lucija se sentit terriblement seule, orpheline de son amie, rongée par l'absence de sa famille qui devait se faire un sang d'encre, et des larmes d'impuissance coulèrent le long de ses joues.

A l'issue de cette semaine, les médecins décidèrent qu'elle était en mesure de sortir de quarantaine, et ils choisirent de la placer dans un hôpital de Washington, en prétextant qu'elle avait été victime d'un accident de ski sans gravité, mais qu'il était nécessaire de la placer sous surveillance. Le médecin en charge de son cas était de l'ORS, naturellement, et les seules visites qui furent autorisées furent celles de Richard et Ashley, qui lui firent un bien fou. Son mari inquiet fut rapidement rassuré par le docteur, qui lui apprit que le temps des analyses et du rapatriement, la jeune femme n'avait pas pu passer de coup de téléphone, et que cela expliquait le délai de sept jours. Richard avait cru la blouse davantage que l'homme qu'il n'écoutait qu'à moitié, et avait remercié chaleureusement le docteur pour son aide, avant de se précipiter au chevet de sa femme.

Il était venu chaque jour après le travail, accompagné de leur petite fille qui, si elle avait eu peur au début, s'était rapidement rendue compte que sa mère allait bien, et qu'elle pouvait continuer à lui raconter ses mille et une aventures. Probablement que la jeune femme n'aurait pas récupéré aussi vite sans ce soutien psychologique, et sans l'obligation de faire bonne figure pour ne pas éveiller de soupçons chez ses proches. Abigail, quant à elle, ne se présenta pas. Trop occupée, sans doute, par un travail important. Lucija ne lui en voulait pas, et la comprenait même fort bien. Elle était comme ça : le boulot avant tout le reste. Tout de même, cela lui manqua, mais elle étouffa ce sentiment égoïste et bien malvenu après ce qu'il s'était passé. Pendant que Richard travaillait, des hommes en costume impeccable, officiellement là pour les assurances, vinrent la rencontrer en privé. En vérité, ils étaient des agents de l'ORS, venus consigner son rapport. Le premier notait à une vitesse vertigineuse sur son clavier ses moindres paroles, tandis que le second veillait à ce qu'elle se rappelât de tout, ce qui n'était pas évident. La conversation était également enregistrée, comme la procédure l'exigeait.

Il fut compliqué pour la jeune femme de relater certains passages, et elle dut à de nombreuses reprises demander aux deux hommes de faire une pause, tandis qu'elle pleurait à chaude larmes au souvenir répugnant du violeur à deux doigts de... Elle préférait ne même pas formuler l'idée. L'agent lui disait alors d'une voix douce :

- Ne vous en faites pas, prenez votre temps.

Elle aurait préféré qu'il la fermât à jamais. Mais elle avait des obligations, et elle finit par leur dire tout ce qu'ils voulaient savoir, ravalant sa dignité, essayant de reconstituer fidèlement le dossier qui serait analysé, et qu'on utiliserait probablement contre elle lors du procès... ou du débriefing, au choix. Ce ne fut, étonnamment, pas le cas. La mort de Bryan, donc, mais également les circonstances particulières de la mission, et l'incapacité des services de l'ORS à établir la nature de la menace, furent des éléments qui jouèrent en la faveur de la tueuse croate. Personne ne songea à l'enfoncer après ce qu'elle avait vécu - et après avoir survécu à une situation extrême, ce que tout le monde devait bien reconnaître comme étant miraculeux. On se contenta d'essayer d'établir, avec elle, une quelconque responsabilité, mais elle avait été trop occupée à survivre pour faire attention aux détails. Même Laroquette, fait unique, vint lui adresser ses félicitations - en privé, cela dit, dans l'hôpital de Washington où elle avait été placée. C'était toujours un enfoiré de première, et de toute évidence il n'avait pas changé d'avis à son sujet - considérant qu'elle était un soldat impulsif et incapable d'obéir -, mais il avait tenu à venir la soutenir, et même échanger quelques mots plutôt sympathiques avec elle. Après tout, il était en charge du personnel militaire, et il était de son devoir de veiller à ce que les agents de terrain fussent bien pris en charge. Elle se souvenait parfaitement de leur conversation :

- Vous vous sentez comment, Radenko ?

- Bien, monsieur.

Pour lui, "monsieur" était venu tout naturellement, puisqu'il ne quittait jamais son uniforme. En outre, il avait un charisme naturel qui obligeait à cette forme de respect. A sa réponse, il avait froncé les sourcils, et avait repris :

- Vous vous sentez comment ? Permission de parler librement.

Une pause, lourde de sens. Ils échangèrent un regard, sans qu'elle pût déchiffrer son expression. Et pire, elle était incapable de dire à quel point il pouvait lire en elle. Elle avait l'impression qu'il voyait tout, et même s'ils ne s'appréciaient pas, il semblait la comprendre parfaitement. En tant qu'ancien soldat, il avait dû en voir de dures lui aussi. Avec une franchise désarmante, elle souffla :

- ... Cassée, monsieur. Je me sens cassée.

Il eut une moue bien à lui, un étrange froncement de sourcils, et reprit :

- J'ai lu votre rapport... Vous avez fait du bon travail.

Lucija mit un moment à admettre qu'il venait vraiment de la complimenter. De tous les individus présents sur cette planète susceptibles de lui adresser des félicitations, il arrivait véritablement en dernier, probablement même après les familles des gens qu'elle avait assassinés. Elle leva les yeux vers lui, et lâcha d'une voix enrouée :

- Je ne crois pas, monsieur.

Il lui tendit un verre d'eau, et reprit :

- Ce n'était pas votre faute. C'est triste, mais ce genre de choses arrive, et on ne peut rien y changer.

- Alors pourquoi est-ce que ce n'est pas moi qui y suis restée ? Pourquoi est-ce que je m'en suis sortie, et lui non ? Répondit-elle, des larmes dans la voix et les yeux.

Il récupéra le verre qu'elle avait bu à moitié :

- Croyez-vous au Destin ?


--- ---


La voilà donc, après un mois de convalescence forcée, et un mois de soutien psychologique intensif, prête à reprendre le service actif. Officiellement, on lui avait confié une mission qui consistait à aller en Pologne. C'était tout ce qu'elle savait pour le moment, elle n'avait pas réussi à obtenir les détails. Mais elle avait appris que plusieurs opérations simultanées étaient menées, et qu'on avait besoin des renseignements sur la Pologne - les informations fuitaient facilement, quand on faisait partie du système, et elle savait tendre l'oreille au bon endroit. Elle avait donc décidé de se porter volontaire, et de partir en mission le plus tôt possible, ce qui lui éviterait de trop ressasser le passé. Laroquette, qui lui faisait face en cet instant, fronça les sourcils. Il avait été étonné de la voir franchir le seuil de sa porte, et elle-même ne savait pas vraiment pourquoi elle avait choisi d'aller le voir lui, alors que d'autres officiers plus compréhensifs auraient pu accéder plus facilement à sa requête. Peut-être parce qu'elle savait qu'il ne lui ferait pas de cadeaux, et que si elle avait son feu vert, personne n'y trouverait rien à redire. Peut-être parce qu'elle se souvenait de leur conversation et que, d'une manière ou d'une autre, il l'avait aidée à aller mieux. Vraiment.

- Voyez-vous ça... répondit Laroquette en posant son stylo.

- Je vous demande respectueusement de bien vouloir m'envoyer en Pologne, comme convenu.

Le militaire la considéra d'un oeil critique. De toute évidence, il ne croyait pas un mot de sa "demande respectueuse", et il n'y voyait qu'une courbette de façade destinée à obtenir ce qu'elle désirait. En cela, il n'avait pas tort, et elle savait qu'il le savait. Toutefois, le jeu était de tenir le masque le plus longtemps possible. Il répondit d'une voix tranquille :

- Un mois avant la date prévue ? Après ce que vous avez traversé ? Soyez convaincante...

Elle n'aurait su dire si c'était une menace ou une perche tendue, mais elle décida de tenter sa chance. Ce type la mettait à l'épreuve, et elle ne devait pas se défiler. Partir en Pologne était probablement la meilleure chose qui pouvait lui arriver.  Elle avait passé trop de temps à ruminer cette histoire, trop de temps à se morfondre dans son coin, en cherchant l'inspiration pour un article apparemment anodin. La présence de Richard et d'Ashley avait eu un effet miraculeux sur elle, bien entendu, en l'aidant à surmonter le choc post-traumatique, auquel elle commençait à être habituée. Mais en revanche, pour ce qui était de la confiance en elle... cela ne reviendrait que lorsqu'elle serait sur le terrain. Tirer sur des cibles inertes allait un temps, mais elle avait besoin de sentir l'excitation, le frisson de la traque et du risque. Malheureusement, elle s'en rendait compte un peu plus chaque jour, elle aimait ce qu'elle faisait, parce qu'elle savait le faire bien. Ce qu'elle désirait, c'était aller au feu le plus vite possible, et enfin mener à bien une mission, sans bavure. Mais elle ne pouvait pas le dire de la sorte à son supérieur :

- Tous mes tests d'aptitude sont positifs. Mes scores sur cible sont au-dessus de la moyenne, et mes performances physiques sont normales. Pas de séquelles, pas de traumatismes latents d'après les médecins. Je n'ai aucune raison de rester en retrait, surtout pas si cela nuit à une opération à plus grande échelle.

- Vous êtes bien renseignée pour une simple consultante. Mais dites-moi un peu, qu'en est-il de vos évaluations psychologiques ? Le rapport dit qu'il y a encore certaines choses que vous devez extérioriser avant de pouvoir rejoindre le terrain. En outre, parlez-vous le polonais ? Êtes-vous prête à étudier tout un dossier en huit heures, avec briefing par téléphone, et arrivée dans le feu de l'action ? Êtes-vous prête à travailler sous la supervision constante d'un agent de liaison ici, et obéir au moindre de ses ordres, même s'il vous paraît stupide ?

Lucija inspira profondément :

- Je ne parle pas polonais, mais je suis certain que vos agents locaux parlent anglais. Quant à mes évaluations, elles sont comme ça depuis toujours, et ce n'est pas votre psychiatre qui y changera quoi que ce soit. Pour le reste, je ferai de mon mieux pour être irréprochable.

- Ce sera déjà beaucoup. Départ demain huit heures. Passez par l'armurerie pour prendre votre équipement, et laissez votre arsenal personnel chez vous. Voici le premier ordre de votre agent de liaison.

Elle crut lire un sourire sur le visage de Laroquette, mais elle n'eut pas le temps d'avoir confirmation que déjà il baissait la tête dans ses dossiers, concluant par là leur entretien. Lucija quitta la pièce sur un "merci" presque timide. Elle n'appréciait toujours pas l'homme, bien trop pédant et sec à son goût, mais elle reconnaissait en lui ce qui lui plaisait chez les militaires : cette prodigieuse efficacité, et cette capacité à aller droit au but, sans se poser de questions inutiles. Il la voyait comme une arme, et la principale interrogation qu'il avait à son sujet était de savoir si elle était fiable en toutes circonstances. Si elle voulait continuer à tenir le rôle, elle allait devoir lui prouver qu'elle méritait sa confiance. Ce qu'elle n'avait pas encore décelé, toutefois, c'était que leurs relations s'étaient faites moins tendues et moins orageuses, et qu'entre le professeur discipliné et intransigeant, et l'élève chaotique et indépendante pouvait naître une forme de complémentarité intéressante que le Colonel, lui, semblait avoir entrevue. L'expérience, sans doute.


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Lucija atterit en Pologne début Février, soit un mois avant la date prévue. Elle avait obtenu cela de Laroquette, et avait dû subir un briefing terrible par téléphone. Les informations sur la cible étaient colossales, et elle avait dû prendre des notes à la vitesse de l'éclair - encore une fois, merci sa formation de journaliste - pour être certaine de ne pas tout oublier. Celui qu'elle devait appréhender s'appelait Jaroslaw Lisiak, et il était connu pour être un brillant informaticien, travaillant pour une compagnie privée spécialiste en sécurité. Les données qu'il recevait étaient stockées sur des disques durs inaccessibles au meilleur des pirates, et il fallait absolument l'accord de l'intéressé pour les obtenir. Il était possible de l'arrêter officiellement, et de l'interroger, mais il disposait de données personnelles appartenant à de richissimes hommes d'affaires, qui constituaient sa meilleure défense. Si on faisait pression sur lui, une multitude de millionnaires allaient s'abattre sur les autorités, et intercéder en sa faveur. L'ORS pouvait également essayer de le capturer, et de l'envoyer dans une de ses prisons secrètes, mais le bougre était d'une intelligence retorse, et il avait truffé sa maison de caméras, et sa disparition ne passerait pas inaperçu.

Le plan de Laroquette était simple, mais dangereux. Envoyer Lucija à l'assaut du bâtiment, totalement seule, et la forcer à menacer Lisiak pour qu'il lui révélât son code secret. Ensuite, il fallait compter environ quatre minutes pour récupérer les données du bon serveur, après quoi elle devrait s'enfuir, en profitant de la présence d'agents de l'ORS parmi les forces de police qui pourraient faire diversion. La difficulté de l'opération résidait en trois points : premièrement, il était très probable que Lisiak tentât de gagner du temps, pour attendre l'arrivée de la police. Il faudrait donc faire pression sur lui de manière intense, et il était certain que la torture n'aiderait pas à en venir à bout. Pour cela, on lui avait adjoint un sérum dit de vérité, qui pouvait aider sa cible à parler, si elle était dans de bonnes dispositions. Malheureusement, il faudrait quand même pas mal le brusquer pour le forcer à se mettre à table. Ensuite, il y avait les gardes du corps de Lisiak, bien entraînés, qui n'hésiteraient pas à tirer à vue. Pour cette opération, on lui avait donné la permission de tirer pour tuer - ce qui n'était pas dans les habitudes de l'ORS, mais la situation était exceptionnelle - à condition de n'employer ce droit qu'en cas de nécessité absolue. Il n'était pas question de débarquer en défouraillant à tout va, et espérer que cela allait passer. Enfin, il restait la question de l'exfiltration. Quelques policiers pouvaient être ralliés, mais le gros des forces de sécurité polonaises tirerait à vue sur Lucija, à raison. Si elle n'était pas tuée sur place, alors l'ORS couperait définitivement les ponts avec elle, et elle devrait se justifier en prétendant être une terroriste internationale, ou quelque chose du genre. Dans tous les cas, si elle ne trouvait pas comment se sortir de ce traquenard, elle était foutue.

Et pourtant, malgré le manque de temps pour se préparer, malgré les risques immenses qu'elle devait prendre, et l'impression terrible de n'être qu'un pion qu'on pouvait sacrifier, elle avait accepté. Laroquette lui avait bien expliqué ce qu'ils espéraient trouver dans le serveur, et il lui avait confirmé que dès que Lisiak aurait prononcé le mot de passe, quatre équipes allaient travailler avec acharnement pour en extirper les informations. A elle de faire le nécessaire pour lui faire cracher le morceau avant que les choses ne deviennent corsées. Dans l'avion, elle prit le temps d'analyser le plan de la maison, qui se trouvait légèrement à l'extérieur du centre-ville de Varsovie, et qui était une véritable forteresse. Elle devrait franchir un mur de pierre qui encerclait la propriété, puis devrait traverser l'immense jardin. Soit en ligne droite, pour réduire son temps d'exposition, soit en prenant le chemin le plus long, mais également le plus abrité. Et tout cela, sans être abattue par les gardes, ou rattrapée par les chiens. Ce serait un véritable parcours du combattant, mais elle se sentait capable de le faire, surtout avec l'appui satellitaire de l'ORS, qui pouvait la renseigner.

Elle fut conduite par un taxi, comme une voyageuse anonyme, jusqu'à son hôtel qui se situait de l'autre côté de la ville, qu'elle aurait à traverser entièrement pour se rendre sur le lieu de son forfait. Mais au moins, personne ne penserait à la chercher de ce côté, et si elle arrivait à échapper aux autorités, et à se rendre dans sa chambre, elle pourrait s'accorder une douche et un changement d'identité rapide avant l'arrivée de la police locale. Si elle y arrivait. Chassant ces pensées défaitistes, Lucija regarda par la fenêtre, observant le défilement des bâtiments, et le contraste entre la modernité de cette capitale résolument tournée vers le progrès, et les vestiges d'une époque communiste pas si lointaine. Le chauffeur, discret comme tout, n'avait pas ouvert la bouche, et s'était contenté de brancher la radio locale, qui diffusait une chanson calme et relaxante. Elle devait bien l'avouer, elle aimait cette clandestinité retrouvée, avec l'impression d'être totalement libre de ses mouvements, même si dans son oreille, minuscule et discrète, la voix de Laroquette n'était jamais loin. Il la surveillait toujours, ayant à sa disposition la caméra espion qu'elle portait en permanence attachée à la poitrine. En l'occurrence, il pouvait voir l'intérieur d'un taxi, puis la jeune femme s'approcher du chauffeur et lui tendre un billet qu'il accepta avec un signe de tête, avant de démarrer. Elle souleva ses valises, et se dirigea vers l'hôtel miteux dans lequel elle avait élu domicile. Rien de folichon, donc. La voix de Laroquette revint, après s'être tue pendant quelques heures :

- Un peu long, mais ça va, répondit-elle. J'ai vu bien pire.

Cependant qu'elle parlait, elle verrouilla les portes en y adjoignant un signe "ne pas déranger", ferma les fenêtres, et s'assura que personne ne pourrait jeter un coup d'oeil indiscret à l'intérieur. Une fois à l'aise, elle retira le foulard et les lunettes de soleil qui dissimulaient son identité, et entreprit d'ouvrir ses valises. La première était de petite taille, et contenait des vêtements passe-partout qu'elle avait achetés pour une bouchée de pain dans une boutique proche de l'aéroport : inutile de porter des marques de Washington quand on voulait être discret. Il y avait assez pour quelques jours tout au plus, mais rien de bien impressionnant. La seconde valise trouva une place sur le lit, et lorsqu'elle l'ouvrit, il y avait déjà davantage matière à s'émouvoir :

Deux pistolets Sig-Sauer, modèle réglementaire de l'ORS, ainsi que huit chargeurs complets. Si elle entendait mener l'assaut de la maison, elle avait intérêt à être lourdement armée. A cette fin, elle avait choisi un G36, une arme d'assaut légère, capable de faire la différence si elle venait à être engagée dans une bataille rangée. Elle avait cinq chargeurs avec elle, de quoi faire pleuvoir un déluge de balles. Enfin, pour l'approche, elle avait choisi un MP5SD5, dont le silencieux lui permettrait de frapper vite et fort sans donner l'alerte trop rapidement. Elle comptait sur la bonne précision de cette arme qu'elle maniait mieux que le fusil d'assaut, et avait décidé de prendre quatre chargeurs pour partir à l'aventure. En plus de cela, elle avait réussi à négocier deux grenades : une flashbang, destinée à neutraliser en toute indiscrétion un groupe d'adversaires. La seconde était une grenade fumigène, au cas où elle aurait à se frayer un chemin parmi les balles. Pour le reste, elle avait opté pour un gilet pare-balle intermédiaire, peu discret mais assez efficace. Le casque la ralentirait et la gênerait, donc elle avait prévu une cagoule commando pour préserver son identité. Et, avec tout cela, elle entendait partir à l'assaut d'un bâtiment hyper sécurisé. Laroquette y alla de son commentaire :

- Un Scar H ? Autant leur donner mon adresse. J'aurais vraiment préféré avoir un AK pour cette opération, mais puisque l'Allemagne est à côté de la Pologne, le G36 fera l'affaire. Au lieu de critiquer mes choix, dites-moi plutôt quand est-ce que j'interviens... hum... D'accord, c'est noté. Contact demain huit heures, Lima Romeo terminé.

Elle retira son oreillette, mais laissa la caméra en place, et s'arrangea pour la tourner dans la direction de son lit. Laroquette voulait avoir l'oeil sur elle H24, afin de s'assurer qu'elle ne ferait pas de bêtises. Une précaution bien inutile, car elle n'avait pas envie de le décevoir, mais elle était persuadée qu'il faisait ça juste pour voir si elle allait craquer. Ravalant sa fierté, elle alla se changer hors-champ, et revint se glisser sous les draps. Hasard ou non, elle s'endormit face à la caméra, et pour la première fois depuis longtemps, une vidéo enregistra son visage détendu.


--- ---


08:00

Le réveil sonna, et Lucija se réveilla en sursaut, au beau milieu d'un cauchemar. Elle mit quelques secondes à reprendre pied, et elle attrapa l'oreillette qui se trouvait sur la table de chevet, pour répondre à l'appel :

- Je suis là, désolée. Lima Romeo au rapport... je... Haha, très drôle. Vous devriez animer les pots de départ à la retraite.

Elle s'était levée, rajustant son t-shirt sur lequel apparaissait un énorme smiley souriant lui tombant jusqu'à mi-cuisse, et s'était spontanément dirigée vers la cuisine. Elle avait payé pour qu'on remplisse son frigo, et elle avait eu la bonne surprise de trouver du lait frais, et des céréales bon marché. C'était maigre, mais c'était mieux que rien. Le colonel commença à lui expliquer le topo, pendant qu'elle préparait son petit-déjeuner, et qu'elle mangeait. Elle déglutit, et ajouta :

- A partir de quelle heure le satellite sera au-dessus de la maison ? Hmm ? Ah d'accord, parfait.

Elle plongea sa cuillère et continua son repas. Laroquette, même si elle trouvait toujours que c'était un salaud de première, elle devait reconnaître qu'il avait un don pour répondre à ses questions avant qu'elle les posât. Combien de gardes estimés, combien de chiens, quels systèmes de défense, quels systèmes de verrouillage de la maison. Il semblait l'avoir construite lui-même.

- Et la police, combien de temps avant qu'elle ne soit sur place ? Vous pensez que vos agents peuvent retarder l'assaut de combien de minutes ? Vous pensez qu'il y a un moyen commode de s'enfuir de la maison ? Je... oui, oui, j'écoute, désolée...

Elle avait toute la journée pour se préparer, et ce soir, quand le satellite serait en place, elle pourrait compter sur le soutien efficace de l'ORS, et enfin réussir sa mission. Mais cela voulait dire supporter le colonel jusqu'à n'en plus pouvoir, ce qui risquait de se révéler aussi difficile que de franchir le mur de balles qu'on allait dresser face à elle.
Lucija RadenkoPrivateavatarMessages : 77
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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Mar 12 Aoû - 15:04


Thomas Laroquette, chef des opérations militaires de l’ORS, avait de nombreux défauts mais il était un homme droit. En particulier, il ne tolérait pas qu’on lui mente, et notamment quand ce mensonge était le mensonge le plus répandu dans la population : « je vais bien ». Quand un soldat commence ses phrases par « je vais bien » après son retour d’une mission désastreuse, qu’il avait été blessé physiquement et moralement, Laroquette ne le croyait pas et le forçait à parler et à vider son sac. Mais quand le soldat en question était cette emmerdeuse de Radenko, ça le rendait carrément dingue ! Dès sa première sortie sur le terrain elle avait trouvé le moyen de lui faire perdre patience. Cette mission en Allemagne avait réuni dans le même panier de crabes ses deux bêtes noires : Lorenson et son attitude parfois totalement irresponsable, et Radenko qui se fichait pas mal des règles et de la hiérarchie. Aucun doute, ces deux-là faisaient une sacrée paire qui les lui broyait magistralement ! A la prochaine mission, il aurait fallu les séparer, pour que Radenko s’habitue un peu à un fonctionnement en hiérarchie… Le Canada, pour commencer. Ca refroidirait ses ardeurs, et avec un petit jeune tout juste sorti de l’Académie, suggéré par St Laurent, aurait la hiérarchie fraiche en tête pour la lui rappeler.

Ca n’avait pas vraiment marché comme prévu.

Le bleu s’était fait avoir, et de manière assez moche en plus. Même lui qui avait été au front avait été secoué par les photos qu’il avait vues. Radenko était revenue dans un sale état, surtout moralement. Il était en liaison avec les Canadiens quand la balise d’urgence du Chaudron avait été activée, et avait suivi l’assaut à travers les yeux électroniques d’un des hélicos. Le débrief avait été lugubre. Radenko avait du mal à aligner deux phrases sans donner l’impression de s’écrouler moralement. Les photos l’avaient rendue malade, mais bizarrement, il semblait qui lui fallait la ménager, sur ce coup-là. Il n’avait pas encore tous les détails de son rapport, mais il savait que des choses affreuses s’étaient déroulées là-bas. Il la tiendrait éloignée du terrain, le temps que les médecins et scientifiques rendent leurs conclusions. Lorenson allait sans doute encore sortir toutes ses théories et ses grands airs supérieurs de celle qui a fait des études et a eu deux doctorats, pour leur expliquer qu’il lui faudrait plus de moyens pour arriver à se prononcer. Celle-là, pas moyen, il ne la ménagerait jamais, avec son petit air supérieur, et ce sourire qu’elle avait depuis peu ! Elle lui cachait quelque chose, c’était sûr ! Radenko, pendant ce temps, allait se remettre à son rythme, et il imposa des séances avec le psy de la base. De la même manière, on décida de porter la responsabilité de la mort de Bryan O’Connor sur St Laurent, qui était un bon instructeur mais l’avait envoyé trop tôt en action. O’Connor était la première victime de l’ORS en opérations depuis bientôt 5 ans, et le Français allait sans doute être muté pour un temps…

Mais au début de l’année, Lorenson était revenue lui empoisonner l’existence, indirectement du moins. Elle était toujours terrée dans son labo, à faire Dieu sait quoi avec toute son équipe, mais son interrogatoire (qui l’avait bluffé, quand il avait vu les bandes ; il ne s’attendait pas à voir cette femme incapable de tenir correctement une arme à feu mener par le bout du nez ce docteur allemand, c’était soit une psychopathe, soit le type réfléchissait avec autre chose que son cerveau, mais Laroquette penchait pour la première option) avait glané des informations inattendues, et elle avait fait des pieds et des mains pour qu’on mette en branle un dispositif de surveillance massif. Pendant qu’elle gérait ça avec Tuck, il était passé voir Radenko à l’hôpital. Cette petite, même si elle avait une notion de la hiérarchie très contestable, avait fait un boulot remarquable au vu des circonstances. Elle protesta, comme de juste, disant que son pote n’aurait pas dû mourir, mais il avait trouvé les mots. Après cette visite, Tuck et Lorenson l’avaient mis au courant de leurs débuts de résultats. Eux deux aussi formaient une paire qu’il ne supportait pas ! Tuck était beaucoup trop brouillon pour son poste, et pourtant il trouvait le moyen de faire le boulot avec la précision d’une machine. Incroyable. Et ces deux oiseaux de malheur voulaient des informations et des agents en surveillance pour rien de moins que l’Australie, l’Allemagne, la Pologne, la France, les USA et le Pakistan, en plus de l’Inde ! Il leur dit que pour les USA, il s’en chargerait, le reste il verrait avec les agences en Europe et au Asie

Et au début du mois de février, Radenko revint à la charge.
Elle voulait repartir sur le terrain, et pour la mission en Pologne. Un mois avant la date prévue. Il avait vu des gars presque supplier le médecin de les laisser sortir de l’hôpital, mais repartir en mission 1 mois avant la date prévue, c’était inédit pour lui ! Mais elle sut se montrer assez convaincante, et il finit par céder. Après tout, si jamais il y avait la moindre fuite (ce dont il doutait, les services d’enquête internes bossaient d’arrache-pied pour vérifier que non), partir à une date avancée prendrait leurs cibles de court, et un ennemi pris par surprise était un ennemi à moitié vaincu. Par contre, elle allait avoir droit au briefing par téléphone, et pour en avoir fait l’expérience pendant Desert Storm, c’était tout sauf une partie de plaisir. D’autant qu’il avait jusqu’ au lendemain 8 heures pour lui préparer ses infos…

Et à l’heure dite, Laroquette décrocha son téléphone et composa le numéro de son agent sur le terrain.
« Radenko ? Colonel Laroquette à l’appareil. Bien réveillée ? J’espère bien, prenez un crayon et notez bien tout… On cherche un certain Jaroslaw Lisiak, un cadre majeur d’une société de sécurité informatique basée à Varsovie. Formé en URSS, doctorant en mathématiques théoriques et hacker de génie. Ca gars a déjà réussi à forcer des systèmes bancaires et de défense réputés inviolables. La rumeur veut qu’il ait aussi récupéré des données à la source dans l’intranet d’Interpol et de divers services de renseignement européens. En bref, il sait récupérer des données dont il n’est même pas supposé connaitre l’existence. Il est mêlé à ce que vous avez déterré en Allemagne, et nous voulons récupérer ses données : d’après nos renseignements, c’est lui qui centralise sur serveur toutes leurs archives numériques, à la fois recherches, finances, personnel, tout. Nous le voulons.
Plan opérationnel : vous entrez dans sa propriété, par la force si nécessaire, vous maitrisez Lisiak, vous le forcez à ouvrir son serveur, si nécessaire avec le sérum que les gars du labo de Lorenson ont concocté (il se retint bien de dire qu’il n’avait aucune confiance en la formule, en particulier quand elle sortait du labo de sa bête noire civile), et vous nous connectez  dessus. Tuck sera à l’autre bout et va tout siphonner sur nos machines, et on l’examinera au calme.
Lisiak sera bien gardé, il a un groupe de mercenaires bien armés et entrainés pour assurer sa protection, alors attendez-vous à ce qu’il prévienne la police dès que les pruneaux vont voler. Pour cette mission, et UNIQUEMENT celle-ci, autorisation de tirer pour tuer si votre vie est menacée et qu’ils tirent les premiers. La police va sans doute se radiner très vite dès que vous commencerez à tirer ou que les gars de Lisiak remarqueront qu’il y a un intrus. De deux choses l’une : soit on arrive à infiltrer un agent dans leurs rangs et il sera de la partie, et là il essaiera de vous exfiltrer vers l’Allemagne ou la Russie, soit il ne sera pas en place à temps, et là… vous serez seule, nous ne pourrons pas intervenir pour vous récupérer sans révéler notre existence. Vous serez vraisemblablement recherchée pour terrorisme ou meurtre, mais j’imagine que vous connaissez la musique, dans ce genre de cas…
On vous a transmis les plans de la maison, vous verrez, c’est un terrain assez vaste, mais par chance avec pas mal d’arbres. Par contre la maison est pleine de pièces, avec au moins un garde par pièce, plus des réserves, attendez-vous à de l’opposition. C’est le moment de nous montrer que vous savez être une ombre, car tout le périmètre est gardé et surveillé avec du matériel de pointe : barbelés électrifiés, caméras thermiques, JVN, chiens, tout le bordel.

Oh, et dernières choses : si j’apprends que vous avez emporté la moindre arme qui ne fait pas partie de l’arsenal de dotation standard, ou que vous manquez le moindre rapport journalier, je vous fais bouffer vos ovaires sans anesthésie. Donc pour vous éviter ce désagrément, je veux que vous portiez en permanence une caméra sur vous, ainsi qu’une oreillette. Je vous appellerai quand vous serez arrivée, et vous me ferez un rapport demain à 8h00, vous recevrez des informations complémentaires. Questions ? Vous avez tout bien noté ? Je m’en doutais. Bon voyage, alors, et bonne chance. »


**********

Plusieurs heures plus tard, Laroquette avait pris un peu de repos et retournait à son poste pour voir Radenko régler sa course de taxi et entrer dans son hôtel à Varsovie. Elle n’avait donc pas raté sa correspondance d’avion, bon départ. Elle prenait possession de ses quartiers comme Laroquette enfilait un casque doté d’un micro et qu’il s’asseyait devant son écran.
« Alors, bon voyage, pas trop fatiguée ? Bien. Nouvelles informations opérationnelles. Indicatifs radio : plutôt que de faire comme cet illuminé de Tuck et ses noms de code alambiqués, on va prendre nos initiales en alphabet OTAN, vous serez donc Lima Romeo, et m’appellerez Tango Lima. Ensuite, j’aimerais bien jeter un œil à votre… ah, ben voilà que vous anticipez mes questions ! OK, tout ça m’a l’air en ordre. Choix bizarre, le G36… Un SCAR H aurait eu plus de punch, vous vous seriez moins encombrée, et il surchauffe moins en tir soutenu, mais bon… Intervention après demain, soyez sur site à 21h locale, d’après les observations satellite c’est le moment d’une relève. Je vous rappellerai demain à 8h locale pour briefing et nouveaux développements. C’est tout noté ? Et une dernière chose, Lima Romeo : je veux en permanence cette caméra sur vous ou pointée sur vous. Pas de blagues, ou je m’en rendrai compte. Tango Lima terminé. »

Il coupa la communication quand il la vit se coucher. Certain qu’elle s’était endormie, il posa son casque et entreprit de convaincre la NASA et la CIA qu’il avait besoin d’un satellite avec capacités infrarouge et très haute définition au sol. Et surtout avec la bonne orbite. Bah, la CIA avait toujours un satellite quelque part. Au pire, il graisserait quelques pattes. C’était à nouveau le comptable de l’ORS qui allait râler, mais bon, quand on avait un agent sur le terrain, depuis les échecs de Berlin et au Canada, il voulait que son agent s’en tire entier ave une couverture décente. Même si c’était Radenko, il voulait la ménager, cette fois. Quand un soldat tout juste sorti d’un désastre retourne en opération, on s’arrange soit pour lui donner une tâche simple, soit pour l’épauler au maximum. Cette Croate était un véritable électron libre doublé d’une criminelle, mais au vu du boulot abattu, elle méritait le respect et du ménagement. Mais elle était encore très loin d’être dans ses petits papiers ! Enfin, si tout se passait bien, pensait-il alors que la CIA le mettait en attente, cette petite mission lui permettrait de reprendre ses marques. Et de se faire à l’idée qu’elle faisait partie d’une putain de hiérarchie !

**********

Pour Laroquette, il était 2h du matin. Il était temps de réveiller Radenko, pour 8h en Pologne. L’inconvénient de ces missions en Europe, c’était le décalage horaire de 6 heures. Avec l’Inde ou le Japon, ça serait encore pire, plus de 12 heures… En tous cas, il semblait que la Croate dormait encore à poings fermés, même si elle semblait avoir le sommeil agité, alors qu’il s’évertuait à patienter qu’elle réagisse à son réveil. Et enfin la communication fut établie.
« Ici Tango Lima, good morning Warsaw ! Bien dormi, Lima Romeo ? Vous rêviez de votre Juliet ?... Le comptable en chef part le mois prochain reprendre ses activités auprès du gouvernement,  mais je serai trop occupé pour ça… Bref, j’ai parlé à la CIA et on aura votre couverture satellite. Passage sur cible : 21h31 pendant 16 minutes, puis la couverture sera assurée par un drone en haute altitude en transit vers l’Iran. On aura pas les mêmes instruments que le satellite, mais c’est mieux que rien… On a calibré le satellite en faisant un premier passage cette nuit : pour le moment en extérieur on a repéré 5 maîtres-chiens et une vingtaine de gardes qui patrouillent le périmètre. La caméra infrarouge a déterminé une vingtaine de pièce, avec ce qui semble entre 25 et 30 gardes à l’intérieur de la baraque. Le sous-sol est chaud avec des points froids, probablement là qu’il y aura les serveurs refroidis à l’azote liquide. On a des photos des gardes : JVN, AKs, quelques-uns avec des PKP, tous ont ce qui ressemble à un strobo ou un système IFF. On a confirmé la présence de barbelés électrifiés de type barbelés de prison, projecteurs, et ce qui ressemble à un verrouillage centralisé commandé électroniquement. Et ce qui semble être tout un réseau de caméras et d’alarme incrusté dans le périmètre et les murs de la maison, mais le signal était brouillé, on a pas de grosses précisions. Il y a ce qui ressemble à des portes coupe-feu au sous-sol, mais sans certitude, là-encore tout était brouillé… »

Puis vint la question de la police. Connaissant Radenko, elle n’allait pas tenir 5 minutes avant de sortir tous flingues dehors et déclencher une fusillade. Et là, les forces de police et les forces spéciales polonaises allaient débarquer en force et en rajouter une couche. Il l’avait prévenue : si un agent de l’ORS n’arrivait pas à l’exfiltrer, elle serait toute seule. Et sans doute recherchée pour terrorisme.
« D’après les infos de notre gars là-bas, dans ce genre de cas et en nous basant sur leurs réactions à des attaques de banques et des prises d’otages, on peut tabler sur une vingtaine de minutes, parce que la maison est assez isolée. Mais une chose : notre agent n’est qu’à un rang subalterne dans la police de Varsovie, donc il est possible qu’il en puisse pas être de la partie. Si il peut retarder l’arrivée de la police, ça ne sera pas de beaucoup, quatre ou cinq minutes maximum. Et… Une chose à la fois, laissez-moi continuer ! Pour fuir vous aurez deux solutions : faire le mort et essayer d’attendre leur départ, ou alors forcer le passage, et là vous serez recherchée pour terrorisme. Ou alors… vous vous laissez arrêter et vous vous échappez en chemin. A vous de voir… Ca dépendra beaucoup de la situation sur place. Mais j’imagine que ça ne vous posera pas de problème, pas vrai ? Je vous laisse vous préparer. Et n’oubliez pas la caméra ni la connexion pour Tuck ! Tango Lima out. »

Plus qu’à croiser les doigts, en espérant que Radenko ne fasse pas tout foirer !

**********

-Jan, Jarek, tu me reçois ?
-Vas y Jarek.
-Le périmètre est bouclé, on est bons.
-OK, la nuit est en train de tomber, on passe en JVN. Oubliez pas d’activer vos strobos, qu’on se tire pas dessus si y a un intrus. Et gardez les chiens à proximité.
-On a pendu dehors le dernier intrus la semaine dernière, il doit toujours être dans les bois, à pourrir quelque part… Au moins il aura rendu heureux un loup ou deux… Ou bien un ours.
-Mouais… Faites quand même gaffe, on garde un VIP !
-Le geek, au sous-sol ?
-Ouais. Apparemment, c’est du top niveau, ce qu’il fait.
-J’y connais rien, moi, à tout ça. Du moment qu’on nous paie et qu’on peut tirer sur un truc de temps en temps…
-OK, trêve de bavardage, on reprend les rondes !
-Reçu chef, on remonte le périmètre extérieur.

[...]

-Jarek... Au rapport, où t'en es ? ... Jarek, branche ton micro ! ... Jarek ? Chef, Jarek est devenu muet...
-Fouillez le périmètre, si Jarek répond, dites lui que sa paie est divisée par deux. SI vous trouvez un cadavre... sonnez l'alarme.
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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Sam 23 Aoû - 10:45

Les briefings au petit-déjeuner, bizarrement, ne lui avaient pas manqué tant que ça. Cela lui rappelait ses années à l'armée, quand leurs officiers leur balançaient des dizaines d'informations sitôt qu'ils sortaient du lit, pour tester leur capacité de mémorisation. En fait, c'était simplement pour voir comment ils réagissaient à un stress intense, mais cela ils ne le comprenaient que quelques mois plus tard, quand ils étaient balancés sur le terrain. C'était en Somalie que la jeune femme avait compris ce que tout cela signifiait. Aucun rapport officiel ne faisait état de cette opération, qui n'avait d'ailleurs jamais existé. Pour libérer un otage particulièrement compromettant capturé par les pirates locaux, son unité avait été détachée afin d'escorter des négociateurs dont les compétences se résumaient à trois valises remplies d'argent, scellées par un cadenas magnétique dont le code était gardé précieusement, et piégées pour faire brûler leur contenu si quelqu'un essayait de les ouvrir par la force. L'opération n'aurait dû être qu'une petite promenade de santé en terrain ennemi, un simple aller-retour comme ils appelaient ça. Le gros de la section partait à bord de camions, la moitié s'arrêtait à l'entrée de la place-forte du seigneur de guerre avec qui il fallait négocier, tandis que les snipers se déployaient discrètement de sorte à offrir une couverture optimale à leurs compagnons. Si ce crétin de négociateur ne s'était pas trompé de code, faisant brûler l'entièreté d'une valise, les choses se seraient très bien passées. La mission avait été un désastre, et on avait déploré deux morts et deux blessés chez les soldats américains, huit du côté somalien, dont trois pour Lucija. Elle se souvenait encore très bien des échanges de coups de feu, qu'elle voyait depuis sa position, à neuf cent mètres de là, et elle entendait encore les ordres aboyés par le capitaine, cherchant à sortir ses hommes du merdier. Heureusement que les somaliens avaient mis du temps à réagir, et que la puissance de feu des commandos avait compensé leur faible nombre, sans quoi ils auraient été coincés.

Lucija raccrocha la conversation en entendant le colonel lui donner des détails chiffrés, sans que Laroquette eût remarqué qu'elle avait légèrement décroché pendant quelques instants, se plongeant dans ses souvenirs les moins glorieux. Peut-être que la caméra qu'elle avait installé face à elle ne rendait pas bien les détails, et qu'il ne voyait pas très bien son visage. Mais au regard des capacités de l'ORS, elle en doutait sincèrement. Le colonel devait la dévisager avec insistance, et elle était quelque part frustrée de ne pas le voir, frustrée de devoir parler à une micro-caméra qui ressemblait à un œil de poisson la fixant sans ciller. Elle ravala sa colère de devoir agir sous surveillance constante, et décida de se focaliser sur le plus important : sa mission. Elle avait rendez-vous à 21h heure locale, et le satellite passerait au-dessus de sa tête entre 31 et 47. Pas besoin d'être fort en maths pour comprendre que son délais d'action serait extrêmement court. Elle aurait seize minutes pour se faire une idée des forces en présence, et pour déterminer un plan d'action et une voie d'accès, en essayant de contourner tous les obstacles qui se dresseraient devant elle, visibles ou non. Qui avait dit que sa vie était facile ? Ensuite, elle bénéficierait de l'appui d'un drone, qui ne donnerait que des images horribles et déformées, avec un léger retard dû au temps de transmission. Si quelqu'un voulait la prendre par surprise, il aurait le temps de la maîtriser et de lui apprendre le tchèque avant que le drone eût perçu sa présence. Mais c'était mieux que rien, et surtout c'était rassurant pour Laroquette... et pour elle aussi, il fallait le dire.

- Mieux que rien... reprit-elle. Espérons qu'il restera assez longtemps sur zone pour me permettre de trouver une sortie.

Elle se tut, revenant à ce que le colonel lui disait. Ses informations étaient précises, et lancées sur un ton militaire. Elle avait attrapé un papier et un crayon sans réfléchir, pour noter ce qu'il lui disait. Cinq maîtres chiens, vingt gardes à l'extérieur, trente à l'intérieur. Ce ne serait pas une sinécure, c'était certain. Elle n'avait tout bonnement pas de quoi neutraliser une soixantaine d'hommes, c'était impossible. Ils finiraient par l'abattre avant. Ce qu'elle devait faire, c'était trouver une façon de les disperser, de les faire paniquer, et de rendre confuse leur organisation. Si elle y parvenait, elle aurait une fenêtre.

- C'est qui votre type ? Le frère du président ? J'ai rarement vu un système de sécurité aussi performant pour un seul gars. Il doit avoir des informations vraiment compromettantes. Vous croyez qu'on va apprendre qui a tué Kennedy ?

Elle ne plaisantait pas vraiment. Elle savait pour avoir travaillé dans des opérations vraiment louches et pas très légales que les services secrets américains en savaient beaucoup plus qu'ils ne le disaient à la presse mondiale. Elle imaginait qu'il devait y avoir beaucoup d'informations circulant dans les milieux autorisés, et qu'un hacker de génie qui aurait réussi à y avoir accès pouvait dénicher de sombres et sordides secrets un peu partout, pour en faire ce qu'il souhaitait : chantage, revente d'informations confidentielles... finalement, soixante gardes, c'était peu, quand on y réfléchissait.

Laroquette, focalisé sur son explication, finit par lui apporter les réponses à ses questions les plus importantes. En effet, il était possible d'entrer dans toute structure de nos jours. Même la Maison Blanche, avec un peu de travail et beaucoup de planification. La jeune femme ne connaissait aucun système de sécurité qui fût sûr à 100%. La véritable question était de savoir si on voulait sortir sur ses deux jambes, sur une jambe, ou sans toucher le sol. Attaquer une maison avec soixante gardes armés était en soi réalisable. Elle pouvait arriver, tirer à tout va, briser une fenêtre, et pénétrer dans le salon. Là, elle pourrait courir partout et essayer de survivre le plus longtemps possible, mélange curieux entre un rodéo et un chasse-taupe... avec des flingues. Mais son objectif était tout autre, et elle devrait s'en accommoder. Les solutions proposées par le colonel faisaient écho à sa propre vision des choses, et il n'y avait malheureusement pas de quatrième voie :

- Je suppose que si je suis arrêtée, vous ne pourrez pas utiliser votre immense influence pour me faire libérer, effacer mon casier judiciaire et effacer mon visage de tous les registres de police... Non ? Bon, au moins j'aurais demandé. Lima Romeo, out.

La jeune femme tourna la caméra vers la porte de la minuscule salle de bains, et s'y enferma avec soin. Il n'y avait personne, mais elle avait le réflexe de toujours fermer les portes à clé, comme si elle craignait que quelqu'un pût la prendre par surprise. Comme si elle craignait qu'on vînt l'agresser, la violenter... Lucija s'adossa à la porte et respira profondément, pour chasser l'angoisse qui lui saisissait les tripes, tout en essayant de se convaincre que ce n'était rien. Elle avait parfois des bouffées de terreur, mais qui ne duraient jamais très longtemps, et qui n'étaient pas incapacitantes. Elle réussirait sa mission, et il n'y aurait pas de problème.

Prendre une bonne douche brûlante lui fit un bien fou, et elle se dépêcha de s'habiller en civil, pour profiter de sa journée et planifier son opération du soir. Il était sur les coups de onze heures quand elle sortit de sa chambre d'hôtel, portant un bonnet et ses lunettes sans correctif, mais équipées de micro-diodes. En Février, les températures étaient loin d'être agréables, et elle devait se protéger du froid. Elle glissa la caméra du colonel le pli de son bonnet, et écarta légèrement les mailles pour lui permettre de voir. L'appareil était de belle qualité, extrêmement fin, et elle ne doutait pas qu'il aurait un rendu satisfaisant.

Puis quittant son logement qu'elle ferma soigneusement, elle attrapa un bus, et s'enfonça dans les rues de Varsovie. Quand elle était en mission, pour un contrat d'exécution, habituellement, Lucija adorait se fondre dans le quotidien des gens d'ici. Elle prenait les transports en commun, notamment le bus ou le métro, et essayait de repérer les endroits les plus fréquentés, ceux où il était facile de se fondre dans la foule, et ceux où, au contraire, il n'y avait jamais personne. Elle regardait à quelle fréquence arrivaient les transports, pour se donner une petite idée, et regardait à quelle heure les stations fermaient. Toutes ces informations qui donnaient des idées de la vie nocturne et diurne d'une capitale, et qui lui fournissaient de précieux renseignements sur comment s'échapper discrètement.

Dans son oreille, la voix s'était tue, et Laroquette avait dû s'absenter pour aller dormir, ou manger, ou n'importe quoi d'autre - elle ne savait pas exactement à combien s'élevait le décalage horaire. En tout cas, il n'était pas là. Elle en profita pour aller rendre une petite visite à un ami qu'elle n'avait jamais eu le plaisir de rencontrer. Elle descendit à un arrêt de métro au nom imprononçable, et s'enfonça dans les rues en suivant un plan qu'on lui avait envoyé sur une adresse e-mail sécurisée utilisée par un seul individu. Officiellement, et pour quiconque aurait observé ses déplacements, elle ne faisait rien d'autre que se promener dans un quartier peut-être un peu moins touristique que les autres, sans arrière pensée. La caméra allait de droite à gauche, à mesure qu'elle observait les façades, ici davantage dans le style communiste des années 80, ici clairement dans un style moderne typique de l'Europe de l'Ouest. Le mélange était à la fois dérangeant et agréable à l'œil. C'était comme se retrouver dans un superbe musée, et prendre conscience brutalement que les objets que l'on voyait avaient été réellement utilisés par des gens qui avaient beaucoup souffert. Lucija, hélas, n'avait pas le temps de se lancer dans une observation architecturale, et elle préférait de loin se concentrer sur sa mission, pendant que personne n'était pas là pour lui donner des ordres, et qu'elle avait un peu de marge de manœuvre. Elle avisa un bâtiment, et leva la tête pour en observer le numéro. Oui, elle était à la bonne adresse.

Quand elle franchit le seuil de ce qui ressemblait à un immeuble des années 40, elle se demanda si Laroquette ne pouvait pas se tenir là, derrière son écran, silencieux. Il aurait tout aussi bien pu l'espionner, car le dispositif qu'elle portait était avant tout là pour s'assurer qu'elle ne ferait rien en dehors de sa mission... ce qui était précisément le cas. Mais c'était un cas de force majeure, elle n'avait pas le choix. Si le colonel désapprouvait, il l'engueulerait comme il en avait le droit. Mais fort heureusement, il se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres, et il ne pouvait pas l'entraver dans ses mouvements. Elle fourra ses mains dans ses poches, rentra la tête, et s'attaqua à l'escalier grinçant qui faisait face à l'entrée laissée ouverte. De cette façon, elle était prête à réagir au moindre signe de danger, et à dégainer son arme cachée dans son blouson, tout en conservant une démarche à peu près normale. Marche après marche, elle s'éleva dans le bâtiment, jusqu'à arriver au troisième étage, porte 33. Elle regarda autour d'elle, mais il n'y avait personne, et nul endroit où se cacher. Elle n'avait pas de raison objective de paniquer, mais elle décida tout de même de retirer le cran de sureté de son arme, et de se montrer prudente en rentrant dans la pièce. Elle savait qu'on pouvait facilement lui tendre un piège.

Prenant ses précautions, elle coupa son laryngophone, si bien que personne n'entendrait ce qui se dirait autour d'elle à Washington. Elle avait dit qu'elle laisserait sa caméra allumée, et elle tint promesse, consciente que Laroquette ne lui pardonnerait pas le moindre écart. Deux coups secs à la porte, et elle entra sans attendre de réponse, contente de trouver le verrou ouvert. Deux pas à l'intérieur, et elle se retrouva avec un objet froid et métallique plaqué sur la base de la nuque. Elle leva les mains bien haut, en signe de paix, consciente que si on avait voulu se débarrasser d'elle, on aurait tiré sans poser de questions :

- C'est moi... Et je suis seule, comme promis.

Le canon du pistolet braqué sur elle se retira lentement, et une voix familière, bien que non déformée par la distance, lui répondit avec un peu d'hésitation :

- Mademoiselle Radenko ?

Elle s'humecta les lèvres, soulagée de reconnaître son interlocuteur. Baissant les mains, elle choisit de ne pas se retourner - pour ne pas que la caméra pût capter le visage de l'individu qu'elle venait de rencontrer, et qui n'était autre que son contact, un ami virtuel à qui elle devait tout, et qui était la seule personne en dehors de l'ORS à avoir connaissance de sa véritable identité. Elle lui faisait confiance plus qu'à n'importe qui, et de toute évidence, elle avait raison car il avait choisi de l'épargner. Elle avait reconnu sa voix sans le moindre doute, après l'avoir eu très souvent au téléphone. On ne pouvait pas falsifier ce "mademoiselle Radenko" qu'il lui lançait à chaque fois, et ce petit accent colombien qu'il semblait ne pas pouvoir faire disparaître :

- Je suis content de vous voir... Je ne savais pas qui allait venir. Mais allons dans le salon, ce sera mieux...

Lucija avait une foule de questions, mais elle choisit d'attendre et de les poser quand ils seraient installés. Elle entendit qu'il verrouillait la porte derrière elle, et le précéda dans la pièce à vivre, qui était en effet un peu mieux que le hall. Un peu seulement. Les murs étaient couverts d'un papier peint qui se décollait de toutes parts, jauni par le temps. Le tapis était dévoré par les insectes, tout comme le parquet qui aurait eu besoin d'un bon coup de balais. Voire deux. L'ampoule nue au plafond dégageait une lumière blafarde, à peine suffisante pour qu'on puisse voir qu'il y avait, sur la droite, une table haute et quatre chaises. Elle se trouvait, toutefois, juste au-dessus d'une table basse encadrée par deux fauteuils en cuir qui avaient été dépoussiérés pour l'occasion. Délicate attention.

Lucija invita l'homme à s'asseoir sur le fauteuil qui tournait le dos à la table haute, et tandis qu'il prenait place, elle allait déposer son bonnet sur la table haute, la caméra tournée vers eux. De la sorte, si le colonel revenait... ou s'il était toujours là... il pourrait toujours la voir, et noter qu'elle discutait, mais il ne verrait pas avec qui. Une simple précaution. Une fois installée, elle se retourna vers son contact, et posa les yeux sur lui pour la première fois. A dire vrai, il était tout à fait comme elle l'imaginait. De taille moyenne, les cheveux courts en bataille, il avait le type des gens d'Amérique du Sud, des yeux pétillants et une bouche rieuse - qui, en l'occurrence, était plutôt sérieuse. Imberbe, il portait une paire de lunettes de vue qui lui donnaient l'air d'un étudiant en fac de droit, plutôt que d'un génie informaticien, faussaire par-dessus le marché. Elle lui expliqua en deux mots qu'elle avait un dispositif d'enregistrement qui les filmait en ce moment même, mais le rassura du geste, si bien qu'il resta assis. Il avait l'air assez mal à l'aise, quoique paradoxalement content de rencontrer Lucija :

- Je n'ai pas l'habitude de rencontrer les gens avec qui je traite, mademoiselle. Vous comprenez que j'ai plutôt intérêt à rester discret.

Il était comme ça. Du genre à entrer dans le vif du sujet, sans se faire prier, et sans utiliser de formules compliquées. C'était un individu simple et efficace, qui avait l'avantage de ne pas poser trop de questions, et de garder pour lui ce qu'il savait. Elle l'appréciait à sa manière, même si elle ne le connaissait que par téléphone, et elle savait qu'il lui avait sauvé la mise à plusieurs reprises. Des gens comme lui, il n'y en avait pas cent. Suivant son rythme, elle répondit :

- Dans ce cas, pourquoi insister pour me rencontrer ? Pourquoi faire le déplacement jusqu'en Pologne ?

Il sourit. De toute évidence, elle avait dit quelque chose de drôle ou de stupide :

- Je viens de Colombie, mais vous croyez que quelqu'un comme moi resterait là-bas ? Il y a bien plus d'opportunités en Europe. Je n'ai pas eu à faire un long détour pour venir ici, rassurez-vous.

Elle fronça les sourcils. En effet, elle avait naïvement cru que ce qu'il lui avait dit - à savoir qu'il travaillait en Colombie - était véridique et immuable. Elle aurait dû deviner qu'elle n'était pas la seule à bouger de par le monde, et que pour préserver son anonymat dans le milieu du crime organisé, il devait avoir des bases un peu partout, des points de chute prévus sur la plupart des continents, et beaucoup d'amis prêts à l'aider en cas de besoin. Elle changea de sujet, cherchant des réponses avant d'aller plus loin :

- Et comment avez-vous su que j'allais en Pologne ? Je suis arrivée hier.

- C'est moi qui ai créé toutes vos identités, mademoiselle Radenko. Vous retrouver n'a pas pris plus de quelques minutes. Et quand j'ai vu que vous étiez si proche, j'ai pensé qu'il serait plus simple de venir vous voir. Ce que j'ai à vous dire est trop confidentiel pour être écrit dans un e-mail.

C'était ce qu'il avait dit au téléphone. C'était d'ailleurs la seule raison pour laquelle elle était là aujourd'hui, en face de lui, alors que d'ordinaire, même pour des dossiers top secrets, il se contentait de les lui envoyer en pièce-jointe, sans se soucier le moins du monde qu'ils fussent interceptés un jour par une cellule anti-terroriste. Quand il avait quelque chose de court à lui dire, et que c'était urgent, il se permettait même de l'appeler sur son téléphone privé à partir d'un numéro masqué, et ils étaient quelquefois restés faire la causette. Mais aujourd'hui, c'était une première. Devant son silence, il continua :

- Votre vraie identité a été découverte. Ils savent que mademoiselle Radenko et mademoiselle Chambers ne font qu'un.

Lucija remercia le ciel d'avoir un siège, sinon elle se serait évanouie sur-le-champ. Elle serra fermement les accoudoirs, pour s'empêcher de trembler, et chercha comment réagir à une telle nouvelle. Peut-être... peut-être qu'elle devait tout plaquer, l'ORS, sa mission, et repartir à Washington pour mettre sa famille à l'abri. Mais qu'est-ce qu'elle leur dirait ? Que des tueurs surentraînés allaient venir pour faire pression sur une journaliste anonyme du Washington Post ? Elle devrait alors tout leur dire, et déménager quelque part, loin. En Colombie, peut-être ? Elle connaissait bien, et elle avait deux ou trois liens avec un chef de cartel qui, s'il ne s'était pas fait tuer entre temps, pouvait lui filer un coup de main. Incapable de parler, incapable de bouger, elle dévisagea son contact avec insistance, dans l'attente de ce qui allait suivre. Curieusement, il souriait :

- Attendez avant de faire un arrêt cardiaque. Ils ne savent pas vraiment qui vous êtes, mais ils ont l'information en leur possession. La décrypter prendra du temps, mais ils y parviendront, et ils finiront par vous démasquer. Sauf...

- Sauf ?

Elle s'était penchée en avant involontairement. S'il ne crachait pas le morceau, elle était capable d'aller lui arracher la fin de sa phrase au fond de la gorge. Il dut percevoir son impatience, car il enchaîna sans attendre :

- Sauf si vous détruisez purement et simplement l'information. Un petit coup de baguette magique, et vous êtes sauvée. C'est aussi simple que ça.

- Et pourquoi venir me dire ça en personne. Ne croyez pas que je n'apprécie pas, mais... pourquoi ?

Il déposa sous ses yeux un document, qui ressemblait à s'y méprendre à un rapport de police. La police russe. Elle l'ouvrit, et découvrit des photos qui montraient l'explosion d'un appartement, situé dans un quartier résidentiel. Le spectacle était effrayant, et les alentours avaient été pulvérisés par une charge de très forte puissance. Elle leva les yeux vers son contact :

- J'aurais pu me trouver dans cet endroit, à quelques jours près. J'avais envoyé un de mes cousins me chercher des informations, et il a déclenché le mécanisme en allumant l'ordinateur.

- On vous visait directement ?

Il secoua la tête négativement :

- Non, sinon je serais probablement mort. Mais on savait que je stockais des données là-bas. On a dérobé certains de mes disques durs, et on a piégé les lieux pour me faire disparaître. Le souci, c'est que ces informations contiennent des renseignements sur plusieurs tueurs internationaux... dont vous. Toutes vos identités, tous vos passeports, vos numéros de téléphone, vos adresses de secours, tout y est. C'est crypté, bien entendu, et je ne me serais fait aucun souci, si le disque n'était pas arrivé ici.

- Et qui le détient ?

Il se cala dans son siège, et lui jeta un regard qui signifiait : "vous connaissez parfaitement la réponse". Elle marqua une pause, en comprenant que sa mission pour l'ORS se parait désormais d'un volet plus personnel, et qu'elle allait devoir faire preuve de beaucoup de dextérité pour gérer la situation. Malheureusement, elle devait faire passer ses intérêts personnels avant ceux de l'agence, et elle devrait agir à l'insu du colonel, qui sinon risquait de lui passer un savon monumental. Elle ne le croyait pas capable de la corriger physiquement si elle le décevait à ce point, mais elle n'était sûre de rien avec cet ours rustre et agressif. Il pouvait la briser en deux s'il le souhaitait, et elle lisait dans son regard qu'il ne se priverait pas pour le faire si elle lui en donnait l'occasion. Le Colombien reprit, avec un peu moins de gravité :

- J'avais pensé à contacter simultanément tous les tueurs qui sont sur la liste, et les envoyer abattre Lisiak, récupérer le disque, et le neutraliser. Mais puisque vous et vos nouveaux amis de la CIA êtes là, je suppose que je n'ai pas besoin de toucher à mon compte en banque.

La jeune femme demeura impassible, mais elle sourit intérieurement. Ainsi, il croyait qu'elle travaillait pour les services secrets. Décidément, l'ORS arrivait bien à protéger ses traces. Elle répondit avec précaution :

- Il se trouve que la... CIA... ne me fournit aucun appui. J'y vais seule.

- Bon courage, car d'après ce que j'en sais, il ne plaisante pas avec la sécurité. Si par miracle vous trouvez le disque, ne vous contentez pas de tirer dessus : réduisez-le en miettes, et jetez le tout dans les flammes. Ou alors, prenez ce petit dispositif, introduisez-le dans le port adapté, et laissez faire le reste. Ca va anéantir l'ensemble des données, avec une fiabilité de 100%. Rien à récupérer, même si tout le monde verra qu'il y a un trou énorme.

Sur ces mots, il se leva, et récupéra un sac à dos qu'il gardait caché dans un recoin sombre de la pièce. Il n'avait plus rien à lui dire, sinon de faire attention à elle, et il quitta les lieux en premier, sans cesser de consulter sa montre. De toute évidence, il avait à faire. Il ne lui avait rien dit, mais elle était certaine qu'il calculait quand est-ce qu'elle passerait à l'action. Il savait qu'elle allait agir vite, probablement dans la nuit à venir. D'où son insistance pour la voir en privé, si rapidement. Il avait paru confiant concernant le succès de cette opération - aussi confiant qu'on pouvait l'être quand on considérait qu'elle allait affronter soixante types armés à elle toute seule -, mais elle le savait prévoyant. Il allait convoquer tous les assassins qu'il connaissait, tous les professionnels du milieu, et les mettre sur les starting blocks, prêts à décoller pour Varsovie. Si elle échouait, il ferait s'abattre un déluge de feu sur la maison de Lisiak, et la raserait jusqu'aux fondations pour s'assurer que ce disque était détruit. Elle devait, si c'était possible, l'empêcher de se découvrir à ce point. Autant pour lui que pour elle, d'ailleurs...


~~~~


Laroquette avait repris contact une heure plus tard, environ. Il ne s'était absenté de son oreille que trois heures, en tout et pour tout, mais elle n'était pas certaine de ce qu'il avait fait durant ce temps-là. Avait-il dormi, ou bien en avait-il profité pour aller se reposer, et peaufiner le plan d'action de ce soir ? A moins qu'il eût préféré rester devant son écran, pour l'observer machiner dans le dos de l'organisation. Dans tous les cas, il n'avait fait aucune allusion à sa rencontre, et n'avait pas même évoqué sa coupure de micro. Est-ce qu'il bluffait, ou est-ce qu'elle avait véritablement réussi à déjouer sa surveillance ? Elle n'aurait su le dire, mais elle devait continuer à croire qu'il n'était au courant de rien, et agir normalement. Durant l'heure qui suivit, elle fit quelques courses dans une épicerie, passa par une animalerie, et se dépêcha de rentrer à l'heure pour préparer ses affaires, et se rendre sur place.

Alors que la nuit tombait, relativement tôt car ils étaient en plein hiver, quelques flocons se mirent à dégringoler du ciel, accompagnés d'un vent froid et sec. Les habitants de Varsovie se retranchèrent chez eux, protégés des éléments qui allaient probablement se déchaîner durant la nuit par les épais murs de leurs maisons, et par des couvertures qui réduisaient les pertes de chaleur. Lucija, elle, n'aurait pas cette chance. Son matériel était tourné vers l'efficacité, mais elle n'avait rien pour la protéger de la morsure glaçante du froid, et elle devait se maintenir en mouvement constamment, pour éviter de geler sur place. Se changer, et enfiler sa tenue d'infiltration, avait été un moment particulièrement difficile, car elle avait dû le faire dans une ruelle sombre, à quelques centaines de mètres du mur d'enceinte seulement. C'était d'ailleurs là qu'elle avait déposé le matériel dont elle n'avait pas besoin, vérifié une dernière fois ses armes, et qu'elle avait patiemment attendu le signal.

- Base, ici Lima Romeo. J'attends confirmation position satellite pour intervention... Roger... Roger... Compris, mouvement.

Elle saisit fermement son MP5 silencieux, passa la main devant sa poitrine pour s'assurer que Laroquette conservait toujours le contact visuel, puis elle s'engagea. D'ordinaire, les soldats portaient des caméras sur le casque, mais puisqu'elle avait opté pour une cagoule simple, elle devrait se contenter d'un dispositif placé à droite de son cœur, qui filmait tout ce qu'elle voyait avec un angle large. Le colonel aurait l'impression d'être lui-même à Varsovie. Elle s'élança comme une ombre, avalant les mètres en prenant soin de rester loin des lampadaires qui éclairaent sporadiquement la route. Elle avait pris soin de repérer à la jumelle les caméras de surveillance, et avait estimé qu'elles ne balayaient pas aussi loin qu'elles en avaient l'air. Rapide comme l'éclair, elle se faufila derrière une poubelle, et attendit. Elle était à moins de dix mètres du mur, désormais.

- ... Les caméras ? Facile, elles sont tournées essentiellement vers l'entrée principale, et vers le sommet des murs au cas où quelqu'un escaladerait. Caméras fixes, donc  il suffit de rester hors-champ.

En vérité, les choses étaient un peu plus compliquées, et demandaient beaucoup plus de talent que simplement se contenter de marcher en dehors du faisceau de ces dispositifs de surveillance. Premièrement, il fallait les localiser, et estimer leur portée en fonction du modèle - heureusement, grâce à ses yeux d'aigle, elle parvenait à deviner juste pratiquement à tous les coups. Ensuite, il fallait définir une trajectoire d'approche, qui parfois avait la taille d'un boulevard, et parfois celle d'une tête d'épingle. Dans ce dernier cas, elle devait bondir comme une ombre, et se placer le plus vite possible hors de portée, en espérant que personne ne regarderait cet écran en particulier. Fort heureusement, plus la structure était grande, plus le dispositif de sécurité était friable. En règle générale, il n'y avait jamais assez d'hommes pour surveiller tous les écrans, et des gens comme elle exploitaient les failles dans le système et dans la concentration humaine pour s'infiltrer. Elle finit par arriver, à force de persévérance, à se coller au mur sans avoir été localisée. Laroquette pouvait entendre son souffle court, tandis qu'elle ouvrait son sac pour se saisir d'un objet cylindrique creux.

- ... Ça mon colonel, c'est un tapis de gymnastique.

Sans lui donner plus d'explications, elle le déroula, et le jeta par-dessus les barbelés électrifiés. Simple, rapide, et beaucoup plus sûr que de tenter de découper les minces câbles de métal qui entouraient la propriété. Elle avait acquis le truc d'un collègue assassin, qu'elle avait vu s'échapper de cette manière d'une prison de ultra-haute sécurité. Elle avait applaudi des deux mains, et s'était promis de tenter le coup quand elle en aurait l'occasion. C'était chose faite. Elle sortit un clou relativement long de sa poche, et l'enfonça profondément dans le mur, d'un coup de crosse. La tige de métal se figea à hauteur de hanche, et la jeune femme prit appui dessus pour se hisser souplement à califourchon sur le tapis. Elle pouvait sentit les barbelés qui traversaient, et qui commençaient à piquer ses cuisses, mais elle se retrouva de l'autre côté avant d'être accrochée, avec tout son matériel, et les deux sacs qu'elle transportait en plus.

- Et une victoire pour FAC... Que... Non, non, ce n'est pas un sigle militaire. Ça veut dire "Fesses-Abdos-Cuisses". Vous savez ? Le tapis... Non ? Vous devriez lire plus de magazines féminins, ça vous aiderait.

Elle parlait pour se calmer, et pour essayer de penser à autre chose tandis qu'elle se rapprochait de la maison, discrètement, invisible. Elle avait franchi le premier obstacle sans trop de difficulté, mais de toute façon aucun système de sécurité digne de ce nom ne comptait entièrement sur un mur et des barbelés. C'était simplement pour dissuader les voleurs peu talentueux, et les jeunes désirant s'introduire en douce sur une propriété privée. Maintenant qu'elle était dans l'enceinte, les choses se corsaient, car les dangers devenaient soudainement mortels. Elle s'allongea au sol, et rampa derrière un arbre, pour observer à la jumelle. La voix de Laroquette lui parvint :

- ... Oui, eh bien j'y peux rien ! Attendez que je sois relevée, et vous verrez mieux.

L'emplacement de la caméra n'était pas optimal, mais elle avait un second dispositif d'enregistrement fixé au canon de sa G36. Si elle engageait le combat, Laroquette pourrait voir virtuellement sur qui elle tirerait. Mais pour l'heure, elle avait d'autres soucis. Les gardes qui patrouillaient dehors semblaient se répartir à une distance à peu près égale, et ils tenaient leurs chiens en laisse, assis. Les bergers allemands, parfaitement dressés, ne la sentaient pas encore, mais l'heure viendrait bien assez tôt, et elle devrait faire preuve de prudence s'ils la prenaient en chasse. Fort heureusement, elle avait un excellent plan pour les perturber. Simple, mais très efficace. Toutefois, elle avait plus urgent. Etudiant le périmètre, elle finit par localiser un garde un peu moins proche des autres, qui couvrait une aile de la maison plus exposée. Elle décida arbitrairement qu'il serait sa cible numéro 1, et choisit d'approcher subtilement. Les caméras de la maison, thermiques, étaient un danger permanent, mais si elle continuait à rester hors de leur champ, elle ne courait aucun risque. Elle s'immobilisa à une soixantaine de mètres de l'individu, face au vent. Elle avait dû contourner rapidement pour se placer dans cette position optimale, et elle jeta un œil à sa montre, pour savoir quand intervenir.

21h40.

Elle avait cramé beaucoup de temps pour approcher, et elle allait devoir faire vite pour bénéficier encore un peu plus longtemps de la couverture satellite, avant d'être complètement livrée à elle-même. Elle ouvrit le sac qu'elle avait sous le bras, et attrapa ce qui se trouvait à l'intérieur avec précaution. C'était aussi un truc qu'elle avait appris de quelqu'un d'autre, et qu'elle avait utilisé à de nombreuses reprises depuis : un chat. Tout bête, pas cher, et surtout très efficace. Comme une grenade dégoupillée, elle lança la pauvre créature en avant, droit sous le regard du berger allemand, qui commença à grogner. La pauvre créature, tétanisée, un peu choquée d'avoir été emprisonnée dans un sac pendant si longtemps, demeura immobile, pétrifiée. Le chien tira son maître en avant, et celui-ci s'approcha, l'arme au poing. Lucija, dissimulée non loin, fit feu à cinq reprises avec sa mitraillette silencieuse. Deux balles pour le chien, trois pour le maître. Les deux s'effondrèrent sur le sol, morts.

La jeune femme n'aimait pas tuer les animaux, surtout quand ils n'avaient rien à voir avec le conflit dans lequel ils étaient pris, mais les circonstances étaient parfois plus fortes que ses sentiments. Elle devait absolument protéger sa famille, et récupérer ces informations pour l'ORS. Elle n'avait pas le choix. Considérant que la voie était libre, elle lança à Washington :

- Ici Lima Romeo, ennemi à terre, confirmez voie dégagée... Ok, je fonce.

Elle quitta son abri, et se rua sur le porche, juste sous la caméra thermique, qui filmait très légèrement sur la droite du chemin qu'elle avait emprunté. Elle sortit un flacon de poivre en grain qu'elle avait pris soin de réduire en poudre soigneusement, et en répandit partout autour d'elle, sur le sol, les murs, et autour de la fenêtre qu'elle entendait utiliser pour rentrer. Elle garda la moitié pour plus tard, on ne savait jamais. L'odeur terrible rendrait les chiens inopérants pour quelques minutes, et elle espérait bien en profiter pour trouver Lisiak. Elle se glissa souplement par l'ouverture, sans remarquer qu'elle venait de déclencher une alarme silencieuse, reliée directement à un poste de contrôle. Dans quelques minutes, tous les gardes de la bâtisse se mettraient à sa recherche. Mais tant que le satellite était au-dessus de sa tête, elle était couverte. Elle consulta l'heure : 21h42.

- Cinq minutes. Guidez-moi, Tango Lima... Allez... je suis exposée là...

De toute évidence, il y avait beaucoup d'informations à gérer, et Laroquette hésitait sur la direction à lui donner. Si elle en avait eu le temps, elle se serait demandé quelle en était la raison, quel était le danger imminent qui pouvait bien justifier un tel silence au moment où elle avait le plus besoin de lui. Mais elle était stressée, son rythme cardiaque était élevé, et elle se crispait légèrement à chaque fois qu'elle entendait des pas se rapprocher. Les gardes étaient partout. Serrant les dents, elle siffla :

- Bon sang Tango Lima, gauche ou droite ?
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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Ven 29 Aoû - 17:03


A surveiller et coordonner des agents aux 4 coins de la planète, le colonel Thomas Laroquette avait fini, selon ses propres dires, à avoir des horaires et une horloge biologique d’hôtesse de l’air. Par là, il entendait être capable de dormir très peu de temps et à n’importe quelle heure. Quand il avait fait son briefing à Radenko pendant son petit-déjeuner à 8h en Pologne, il était 2h du matin à Washington DC, et le temps qu’elle prépare son opération, il irait dormir un peu et revoir l’équipe chargée de la surveillance satellite et du pilotage du drone. Ces derniers étaient basés en Allemagne, leur appareil était encore pour le moment un drone Barracuda en phase de développement, avec des équipements en cours de validation opérationnelle. A l’heure où ils devraient intervenir, il ferait nuit, ça serait l’occasion idéale de tester leurs systèmes de vision infrarouge. Quelques coups de fil à la CIA demain matin lui permettrait de se faire une idée de la préparation de l’équipe de surveillance satellite. Mais pour l’heure, la nuit portait conseil en Amérique. Et si Radenko faisait l’imbécile, il pourrait toujours le voir sur la bande enregistrée de sa caméra, et lui resserrer les vis si nécessaire ! Et comme elle l’avait pressenti, si elle se faisait arrêter, elle aurait le plaisir de voir à quoi ressemblaient les cellules des prisons polonaises de l’intérieur sans qu’il puisse l’en sortir. Mais elle était journaliste dans le civil, ça pourrait lui faire un sujet sympa, pensa-t-il sarcastiquement en fermant les yeux…

**********
5h02, heure américaine
-Ici le Colonel Laroquette, à Washington. Votre satellite est toujours prêt pour ce soir pour la Pologne ?
-Oui mon Colonel, on a fait tourner une note de mise en maintenance pour que personne d’autre n’y touche. De toute manière il devait y aller la semaine prochaine, on a juste échangé les slots dans le planning. On l’a mis sur une orbite de transfert pour le mettre en orbite basse d’ici une petite heure…
-Epargnez moi les détails techniques, du moment que votre engin est sur place au moment où mon agent entrera sur zone. Vos équipements sont au point ?
-Mon Colonel, c’est juste une maintenance de routine, donc les équipements sont bons, ce genre d’opération sert davantage de test qu’autre chose… Donc vous en faites pas pour votre gars, il aura des yeux dans le dos pendant 16 minutes !
-Parfait, début d’insertion à 21h31, comme prévu. Je veux un flux vidéo sur ma station de travail au moins 10 minutes en avance.
-Reçu mon Colonel.

8h05, heure américaine
-Colonel Laroquette, on a une bonne et une mauvaise nouvelle.
-Allez-y.
-La bonne, c’est que notre Barracuda sera opé pour ce soir, et pourra rester sur zone un bon bout de temps sans se faire repérer. La mauvaise…
-Crachez le morceau, j’aurai un agent qui dépendra entièrement de votre machin !
-La mauvaise, c’est que les caméras vont avoir des performances très inférieures à ce qu’on avait prévu. Va falloir revérifier en vol, mais on risque d’avoir des images très brouillées. A votre place, je me procurerai des plans détaillés de votre lieu, au cas où…
-OK, bien reçu…

Bordel, il avait pas besoin de ça. Même si elle lui avait affirmé le contraire, il sentait que Radenko était à deux doigts de perdre les pédales après le Canada. La moindre situation de stress trop intense la ferait basculer et elle se mettrait à tout truffer de plomb sans réfléchir… Encore heureux qu’elle n’ait pas encore fait de tir ami, mais le jour où elle en ferait un, il la retirerait du terrain et la remettrait en instruction avec des recrues, le temps qu’elle soit complètement rétablie. Il croisait les doigts, espérant que tout se passerait bien. Il avait prévu le dispositif en ce sen, de toute manière, alors tout irait bien. Du moins c’était ce dont il se persuadait…

********

15h31, heure américaine
Il était l’heure. L’image du satellite n’était pas extraordinaire, mais de la part d’un appareil photo situé à près de 250 km d’altitude, c’était déjà énorme. Le petit transmetteur de la caméra de Radenko fonctionnait parfaitement, et permettait de la repérer sr l’écran avec un petit diamant vert au-dessus d’elle. Sur l’écran principal, il voyait par les yeux du satellite, voyant dans les gammes infrarouges du spectre, sur la gauche il téléchargeait des plans d’architecte en 3D du bâtiment, à droite la caméra de Radenko lui renvoyait ses images.
« Lima Romeo, ici Base, stand by… Stand by… OK, Lima Romeo, je vous vois sur l’écran. Attention, Lima Romeo, un groupe de 2 sentinelles se dirige vers vous. Laissez les passer… attendez… attendez… OK, ils se séparent et s’éloignent, allez-y, go ! »

Vu de loin, un néophyte pourrait croire que le colonel jouait à un jeu vidéo très réaliste. Sauf que dans ce jeu bien réel, Radenko n’avait qu’une vie et pas de régénération de santé, Laroquette pas le droit à un nouvel essai en cas d’erreur, et l’intelligence ennemie était imprévisible et pas du tout scriptée. Radenko se déplaçait véritablement comme une ombre, et esquiva les caméras comme par magie. Maintenant il se souvenait pourquoi il l’avait recrutée. Et étrangement, il s’en sentait un peu fier, car elle symbolisait toute la furtivité et l’ombre dans laquelle évoluait l’ORS…
« Incroyable, vous les avez esquivées comment, ces caméras ?... OK, c’est vous l’experte…Attendez, un garde passe avec un chien… Il est passé, allez-y, et… Attendez, c’est quoi ce truc ? »
Un tapis de gym ? Elle voulait vraiment faire de la gym ? Maintenant ?! Grimper un mur d’enceinte avec des barbelés pouvait certes se révéler sportif, mais quand même ! Ce genre de tapis c’était pour les femmes comme Lorenson, trop délicates ou trop maniaques pour s’entrainer à même le sol et se salir un peu ! Bon sang qu’il pouvait détester cette femme ! OK, son labo était immaculé et tout était accessible facilement, mais elle avait cet air si… supérieur et condescendant à la fois ; si sa candidature avait dépendu de lui seul, elle n’aurait même pas franchi l’étape de formation… Mais ça n’avait pas dépendu de lui, et elle apportait des résultats sans précédents pour l’ORS, donc on ne pouvait pas la virer. Mais ça ne l’empêchait pas de la haïr profondément !

Pendant qu’il déversait intérieurement son fiel sur sa bête noire des labos, Radenko avait franchi le mur comme un ninja. « FAC ? C’est quoi encore, ça, comme acronyme ? Un truc militaire en Europe ?...non, je ne savais pas… Toujours le mot pour rire, hein ? Concentrez-vous, Lima Romeo, vous entrez en zone franchement hostile ! Attendez, un garde arrive… Qu’est-ce que… Faites-moi voir la situation à la porte, Radenko, je vois rien…  OK, personne devant, allez-y… » Et là elle sortit… un chat ? Qu’est-ce qu’elle foutait avec un chat, maintenant ?! De son temps, un utilisait un caillou ou une branche pour faire diversion. Mais le chat avait l’air de marcher, vu qu’il attira le chien et son maître, avant que Radenko ne les abatte de plusieurs tirs précis à la MP5 silencieuse.
« Joli tir, Lima Romeo. Voie dégagée, allez-y, go ! » et elle entra dans le bâtiment, au moment où… l’écran commençait à se figer, puis reprendre puis se figer de nouveau. Non, pas maintenant ! Les plans étaient téléchargés, mais il n’aurait pas de positionnements fiables pour les ennemis. Il prit son téléphone et appela la CIA.
-C’est quoi ce bordel, avec votre satellite !?
-On cherche à résoudre le problème, mon Colonel, ça vient d’une des antennes. On applique les patchs correctifs, on vous rappelle, mais on en a pour au moins 4 ou 5 minutes…
-4, ou 5 minutes ?
-5 minutes, mon Colonel !
-J’ai pas 5 minutes, et mon agent n’a pas 5 minutes, elle est en plein territoire hostile ! Tant pis, faites votre truc, je vais me débrouiller, rappelez-moi quand tout sera en ligne et opérationnel ! […] J’ai besoin du drone tout de suite, le satellite a une panne !
-On vient à peine d’entrer dans l’espace aérien autour de Varsovie, au moins 7 minutes avant l’entrée sur zone !
-Accélérez la cadence ! Mon agent est en terrain hostile, magnez-vous, il lui faut des yeux fiables !

Ah, cette panne tombait au pire moment, alors qu’elle venait d’entrer dans la maison ! Et Radenko commençait à s’impatienter. Il reporta son attention sur l’écran de gauche. LA situation était peu reluisante, c’était une maison de campagne typiquement européenne : plein de pièces, de couloirs et pleins de recoins. Mentalement, et avec la vue de la caméra de Radenko, il se traça un chemin vers la zone qu’il savait abriter les serveurs. Si ils éliminaient tout le monde en chemin discrètement… c’était jouable.
« Tango Lima à Lima Romeo. Ecoutez-moi attentivement ! Prenez à gauche, 10 mètres… A droite, puis première porte à droite… OK, jetez un coup d’œil… y a des bandits en vue ?... OK, entrez discrètement, et passez dans la pièce par la porte devant vous en entrant, puis… merde, attention, deux bandits, fumez-les !... joli… OK, avancez, vite… A votre droite, il doit y avoir une cuisine, entrez dedans, il y a un monte-plats près de la cheminée. Passez par le monte-plats, vous arriverez directement au sous-sol… Attendez, je change de plan… OK… OK, en sortant du monte-plats, tout droit, 25 mètres… dirigez-vous vers le froid, le serveur est refroidi à l’azote… Et neutralisez discrètement les gens qui vous gênent… A droite, 10 mètres… Les serveurs doivent être devant vous… Lima Romeo, confirmez… Lima Romeo, réception faible, continuez de me parler ! Décrivez-moi ce que vous voyez ! »

La liaison vidéo et audio était détériorée maintenant qu’elle était en sous-sol, et la batterie de la caméra commençait à baisser… Le froid ambiant n’allait rien arranger, mais il fallait qu’il s’assure du succès de cette mission. Il gardait un œil vers son écran de gauche, qui indiquait aussi le statut de téléchargement des données qu’elle rapporterait. Et aussi sur l’écran central, attendant que le satellite revienne en ligne… Bon sang, il sentait que ça allait partir en couille !

**********

Jaroslaw Lisiak était encore dans la salle des serveurs, en train de préparer un algorithme d’un genre unique. Les infos qu’il avait siphonnées de services de renseignements colombiens et brésiliens étaient codées de manière spéciale, mais ces données-là sortaient du lot de par leur complexité. Trop complexes pour de simples renseignements nationaux. Ca cachait quelque chose, et il voulait le savoir. Le chantage avec ces informations devait pouvoir rapporter des millions… Il s’apprêtait à entrer les commandes d’exécutions quand un flash rouge attira son attention sur un écran situé au loin sur sa gauche. Il y jeta un œil rapide : quelqu’un avait franchi le périmètre de sa propriété et était entré dans la maison. Il se saisit d’une radio à sa droite.
« Intrusion, intrusion, arrêtez l’intrus. »
Avant même d’avoir entendu une réponse, il se reporta à son écran. Il voulait cracker ces informations au plus vite. Après tout, il avait une soixantaine d’hommes pour le protéger. Et son consortium d’associés les payait grassement et lui avait assuré la qualité de leur formation. C’était le moment de le vérifier. En attendant, il couvrirait ses arrières, et pour ça, il n’avait qu’un coup de fil à passer et dire quelques mots bien choisis.

Il venait de raccrocher comme il entendait des bruits à la porte de la salle de ses serveurs…

**********

-Je comprends, monsieur… Oui, je fais le nécessaire.
-On a une situation, chef ?
-La propriété de M. Lisiak, apparemment elle est attaquée… On assemble l’équipe d’intervention.
-Déjà ?
-Ca a l’air sérieux, il a déjà perdu plusieurs hommes… J’y vais, vous restez ici pour assurer la coordination.
-OK…

« Bordel, j’ai un coup de fil à passer…rapidement ! »

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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Sam 30 Aoû - 19:20

Lucija ne pouvait pas s'empêcher de sourire, en entendant les commentaires de Laroquette dans son oreille. Elle n'aurait su expliquer pourquoi, mais elle appréciait de savoir qu'il était admiratif de son travail. Peut-être parce qu'il l'avait saquée après sa première mission, et qu'il avait mis en doute autant ses capacités que son professionnalisme. Aujourd'hui, elle avait à cœur de lui montrer qu'elle valait le salaire que les cartels et les organisations criminelles de par le monde lui payaient, et que l'ORS avait de la chance de l'avoir dans leurs rangs et non contre eux. Elle avait franchi le périmètre de sécurité avec une étonnante facilité, fière de recevoir les compliments très spontanés de son officier de liaison qui, de toute évidence, était à fond dans la mission. Consciente qu'elle devait lui faire la meilleure impression de sa vie, elle neutralisa le premier garde, pénétra dans la bâtisse sans se faire détecter, et démarra ce qui constituait sa véritable mission, trouver Lisiak.

Et ce fut là que tout commença à aller de travers.

Quand Laroquette renoua le contact radio, après s'être tu pendant plusieurs longues secondes, elle comprit que quelque chose n'allait pas. Il y avait quelque chose dans son ton qui avait changé, et pas seulement parce qu'elle était désormais au milieu d'une soixantaine d'hommes qui voulaient lui faire la peau. Quand il lui avait dit "écoutez-moi attentivement", elle avait senti qu'une donnée avait changé : est-ce que les gardes étaient plus nombreux que prévu ? Etait-elle déjà repérée ? La police était-elle déjà en chemin ? Une foule de suppositions passa dans sa tête, mais toutes aboutissaient à la même conclusion logique : si elle voulait sortir vivante de ce guêpier, elle devait faire confiance à Laroquette, aveuglément. S'il lui disait de se coucher, elle devait se coucher, s'il lui disait de sauter par la fenêtre, elle devait le faire sans hésiter, ou elle risquait de recevoir une balle venue de nulle part. Mais quand la situation virait de cette manière, elle ne pouvait pas se terminer sans encombres.

- A gauche, dix mètres... Répéta-t-elle pour confirmer.

Elle avança sur sa gauche, légèrement baissée, le canon de son MP5 aligné avec son œil. De quoi gagner de précieux centièmes de seconde si elle se retrouvait face à un ennemi. Dans ces cas-là, il fallait tirer sans réfléchir, et neutraliser la cible avec autant d'efficacité que possible. Elle n'avait qu'un type à épargner, mais tous les autres pouvaient être rayés de la liste sans problème. C'étaient des mercenaires, des gardes du corps professionnels engagés pour prendre les balles. Malheureusement pour eux, ils savaient quels étaient les risques quand ils avaient signé. Lucija continua donc sa progression aussi discrètement que possible, pénétrant dans un couloir aux murs parcourus de peintures exquises.

- A droite, première à droite...

Elle bifurqua dans un second couloir, vide également, et plongé dans l'obscurité. Elle s'y engagea, collée au mur, et posa un genou au sol devant la première porte. Ainsi baissée, elle était difficilement repérable, même si un individu arrivait de l'autre côté du couloir, et qu'il observait brièvement. Elle suivit les directives, ouvrit légèrement la porte, et jeta un œil à l'intérieur. C'était une sorte de petit salon, avec des canapés, quelques livres, une table basse... Un endroit où recevoir tranquillement quelques amis. Elle évita soigneusement le tapis, sous lequel pouvaient se dissimuler des capteurs de pression, et avança vers la porte du fond. Elle s'abaissa de nouveau, ouvrit, et tomba nez à nez avec deux gardes.

Ils étaient de toute évidence en train de surveiller l'extérieur par une petite fenêtre, comme s'ils espéraient pouvoir la localiser en train de courir dans le jardin. En entendant la porte, ils tournèrent la tête, mais c'était trop tard. Deux rafales courtes mais mortellement précises les frappèrent au niveau du torse, les envoyant instantanément au tapis. Lucija se jeta sur eux, et vérifia qu'ils étaient bien morts. Elle avait eu de la chance, ils portaient des protections en kevlar, mais de piètre qualité, conçues pour arrêter les balles de petit calibre. Non sans jeter un regard autour d'elle, elle récupéra leur radio qu'elle éteignit sans perdre le canal qu'ils utilisaient, et continua sa progression, silencieuse comme un souffle de vent.

En temps normal, elle aurait caché les cadavres pour limiter les risques d'être repérée, mais elle avait vraiment peu de temps devant elle pour cela, et elle ne connaissait pas suffisamment bien la maison pour se permettre de trainer deux corps dans une pièce qui pouvait tout aussi bien abriter de nouveaux ennemis. Elle espérait déjà que le bruit de chute des deux corps n'avait pas alerté d'autres gardes, et dans le doute, décida de presser le pas. Normalement, Laroquette aurait dû lui confirmer ça grâce au satellite, mais il avait paru surpris de voir les deux hommes apparaître sur son écran. Peut-être était-il trop focalisé sur elle, et pas assez sur ce qui l'entourait :

- Tango Lima, je... Elle voulait lui demander de la prévenir un peu en avance du danger, mais elle n'en eut pas le temps. Reçu, cuisine à droite.

Elle ouvrit de nouveau la porte avec prudence, et s'avança en demeurant baissée. La pièce était de belle taille, mais surtout il y avait beaucoup de fenêtres. Elle préférait éviter qu'un des maîtres chiens à l'extérieur la repérât et ne signalât sa position. Elle avait toujours la radio avec elle, mais elle ne l'avait pas allumée, et elle ne parlait pas polonais. Peut-être que le Colonel en était capable, lui. Elle s'approcha de la cheminée, et chercha pendant un instant le monte-plats. Dans l'obscurité, le trouver était plus difficile qu'on aurait pu le penser, mais elle finit néanmoins par mettre la main dessus. Elle ouvrit la trappe, et lança un regard à l'intérieur du conduit. Ca avait l'air profond, mais au moins il était vrai qu'elle arriverait au sous-sol. Elle n'était toutefois pas suicidaire, et elle préférait éviter de se lancer dans un conduit dont elle ignorait jusqu'à la profondeur, comme une fleur. Elle sortit de son sac une corde, et deux mousquetons. En une dizaine de secondes, elle avait trouvé une prise solide sur laquelle attacher sa corde, et avait réussi à s'harnacher solidement pour assurer sa descente et éviter de se briser les deux jambes dans sa descente :

- Un monte-plats, tss... A... Attendez, comment ça changer de plan ? Il arrive quoi au satellite ?

Elle aurait bien voulu continuer cette conversation, et obtenir des informations sur ce qu'il se passait, mais une lampe se rapprocha depuis l'extérieur, et elle dut se résoudre à plonger dans l'inconnu avant d'en savoir davantage. Toutefois, son inquiétude venait de grimper en flèche, et elle se promit de contacter le Colonel dès qu'elle aurait trouvé un coin à peu près sûr. Un plan ? C'était fini l'époque où on guidait les agents avec une vieille carte pourrie trouvée au fond d'un tiroir. Maintenant, on utilisait des caméras thermiques, qui signalaient la position des ennemis à neutraliser, et on se servait de plan tridimensionnels qui donnaient la configuration du bâtiment... Du moins, quand on travaillait avec des professionnels. Elle avait naïvement cru que l'ORS était équipée pour ce genre de sorties, et se rendait compte avec effroi qu'elle avait peut-être surestimé les compétences de cette organisation. Après tout, c'était une agence gouvernementale comme les autres - à ceci près qu'elle avait des pouvoirs étendus et qu'elle travaillait avec tous les gouvernements -, ce qui signifiait qu'elle avait un déficit de matériel et jamais assez de crédit. C'était l'avantage du privé, on avait toujours un matériel de pointe quand on avait de l'argent pour se le payer.

Lucija descendit dans le monte-plats, en essayant de se faire aussi discrète que possible. Sur les parois en tôle, ce n'était pas aisé, toutefois, et elle fit en sorte de se laisser tomber mètre par mètre, comptant uniquement sur son biceps pour la retenir. C'était une façon de descendre très dangereuse et très éprouvante, mais puisqu'elle n'avait que quelques mètres à faire, elle pouvait se le permettre. Pendant ce temps, Laroquette continuait de lui donner des indications. Elle avait vingt-cinq mètres à faire en ligne droite - sans savoir, bien entendu, ce qu'elle trouverait sur sa route -, et normalement elle se trouverait non loin de la salle aux serveurs. Elle aurait voulu répondre, mais la concentration qu'il lui fallait pour descendre était telle qu'elle ne pouvait pas formuler une phrase cohérente, au risque de chuter sur les derniers mètres.

Elle atteignit finalement le "sol", ou à tout le moins le bas du monte-plats, avec un bruit sourd. Ses rangers n'étaient malheureusement pas des chaussons de danse, et elle s'en voulut d'avoir lâché la corde un peu tôt. Elle glissa la main sous le panneau de métal, et l'ouvrit discrètement. Fort heureusement, il n'y avait personne. Elle soupira de soulagement, se décrocha du mousqueton, et se glissa souplement hors du conduit, qui se trouvait à environ un mètre du sol :

- Heureusement que je suis petite, Tango Lima... Dit-elle en avalant les vingt-cinq mètres de couloir à découvert qui ne lui inspiraient aucune confiance. La suite ? ... A droite, dix mètres, reçu.

Elle s'arrêta à l'angle, et jeta un bref coup d'œil. Effectivement, la température commençait à baisser sérieusement, à cause des serveurs immenses qui devaient être refroidis en permanence pour continuer à tourner. La jeune femme repéra deux gardes qui attendaient devant la porte, arme au poing. De toute évidence, on les avait prévenus que quelqu'un s'était introduit dans la maison, et ils savaient que la seule voie d'accès était ce couloir. Ils devaient donc le protéger au péril de leur vie, et ils ne laisseraient personne approcher. Retranchés comme ils l'étaient, ils étaient habilement protégés des tirs, et Lucija pouvait espérer en toucher un, avec de la chance. Le second lui collerait une rafale d'automatique avant qu'elle eût le temps de changer de cible. Il lui fallait donc un plan un peu plus subtil pour réussir à franchir cet obstacle.

Les deux gardes, qui n'avaient pas remarqué la présence d'une jeune femme dix mètres devant eux, cachée à l'angle du couloir, furent extrêmement surpris de voir un objet glisser jusqu'à eux en produisant un bruit métallique caractéristique sur le sol. Ils ouvrirent grand les yeux en reconnaissant une grenade, et essayèrent de se planquer autant que possible des effets dévastateurs que pouvait avoir un explosif de cette puissance dans un endroit clos. Si les projectiles ne les tuaient pas, le souffle risquait de leur briser les os, et ils devaient absolument se terrer quelque part. Le premier, abrité derrière un pan de mur se jeta en avant et s'allongea sur le sol, face contre terre. Il savait risquer de subir une importante blessure aux jambes, mais au moins il éviterait le gros de l'explosion qui se répandrait vers le haut. Le second, caché derrière un bureau renversé, passa par-dessus son abri et se recroquevilla de l'autre côté en fermant les yeux. C'était un réflexe courant que de fermer les yeux dans l'attente d'un choc de la sorte. Mais cela n'empêcha pas Lucija de sortir à découvert en criblant de balles son premier adversaire.

Il poussa un gémissement de douleur, et resta affalé dos à la table, la poitrine vomissant du sang par les six impacts qui fleurissaient sur sa poitrine. La tueuse croate cassa la distance à toute vitesse, et alors que le second comprenait à peine ce qu'il s'était passé, elle lui réserva le même sort en lui adjoignant trois balles au niveau de la tête. Il était déjà allongé, si bien qu'il demeura en place, curieusement étendu les bras en croix face - ou ce qu'il en restait - contre terre. Lucija, sous sa cagoule, se permit un sourire franc en ramassant sa grenade qu'elle n'avait pas dégoupillée. C'était de toute façon un modèle flashbang, destiné à assourdir et à aveugler d'éventuels d'adversaires, mais en règle générale, personne ne cherchait à savoir de quel type de grenade il s'agissait. Surtout pas quand il faisait si sombre. Elle avait fait très fort sur ce coup, et elle s'attendait à recevoir de nouveaux compliments de la part de Laroquette. Au lieu de quoi, elle n'eût qu'une bouillie incompréhensible :

- Tango Lima, ici Lima Romeo, vous me recevez ? ... Tango Lima, répétez, je vous reçois mal ... Tango Lima ? Bordel...

Lucija cessa de parler. Ce devait être un simple souci passager, ou peut-être même que Laroquette était en train de manger, et qu'il n'arrivait pas à parler la bouche pleine. Comment savoir ? En attendant, c'était elle qui était sur le terrain, et elle n'avait pas le choix que de continuer à avancer. De toute façon, il devait toujours recevoir la vidéo, et il pouvait suivre sa progression. Elle vérifia que le matériel était toujours bien accroché à sa poitrine, et constata que la batterie était faible. Elle ne tiendrait pas jusqu'à la fin de la mission. Elle accrocha son MP5 contre sa poitrine, et s'empara de la G36. Avantage, c'était une arme plus puissante, qui aurait un impact certain si des hommes armés se cachaient dans la salle des serveurs. En plus, elle était équipée d'une caméra au niveau du canon, ce qui permettrait à Laroquette de suivre sa progression en direct - même s'il ne verrait que ce qu'elle visait. Par contre, elle n'avait pas de silencieux, ce qui signifiait qu'en cas de contact, elle se retrouverait avec tous les gardes de la maison sur le dos. Mais elle ne pouvait plus décemment espérer que son approche était passée inaperçue. Et pour l'heure, les gardes devaient être en train de faire un check de tous leurs hommes. Quand ils verraient que l'équipe des serveurs était aux abonnés absents, ils descendraient en force pour la déloger.

- Tango Lima, si vous me recevez... Je vais entrer dans la salle des serveurs. Je laisse le canal ouvert, des fois que vous cessiez de faire la gueule.

Et elle entra. Si elle trouvait qu'il faisait froid à l'extérieur, ce n'était rien comparé à ce que l'on trouvait à l'intérieur. Les machines colossales dégageaient une fumée constante, et elle eut l'impression d'être arrivée au pôle Nord. Ce type devait vraiment brasser des quantités incroyables d'informations pour avoir ça au sous-sol de sa maison. Elle referma la porte soigneusement, et chercha des yeux sa cible. D'après les rapports, Lisiak devait se trouver au sous-sol, où il travaillait fréquemment. Mais entre ces disques durs immenses qui ressemblaient à des buildings miniatures, cette fumée étrange qui s'en échappait, et l'obscurité qui régnait ici, elle aurait fort à faire pour repérer le type. Elle se glissa derrière un serveur, s'adossa à lui, et le poussa de toutes ses forces jusqu'à réussir à le faire tomber. La tour s'écroula avec fracas sur le côté, juste assez près de la porte pour compliquer l'accès à quiconque voudrait entrer ou sortir. Un cri de rage lui répondit, suivi par un déluge de balles.

- Bordel !

Au bruit, elle reconnut un revolver, et elle plongea au sol pour réduire les risques de prendre une balle perdue. Lisiak - car qui d'autre pouvait se trimbaler avec une arme à six coups - paraissait avoir pété un plomb, et il tirait dans la direction de la porte, sans vraiment viser. De toute évidence, il n'avait pas apprécié de savoir qu'elle avait pulvérisé pour plusieurs centaines de milliers de dollars d'informations, et il tenait à le lui faire savoir. Elle jeta un œil derrière un autre serveur, et repéra une flamme qui lui indiqua la position de l'informaticien, qui jurait en polonais. Au moins, elle savait où il était. Elle attendit simplement qu'il eût terminé de décharger son pistolet, avant de se lever et de courir derrière un autre abri, plus proche. Il la vit, essaya de s'enfuir à son tour, mais elle le rattrapa sans difficulté. D'un tacle qui faisait très soccer, elle l'envoya au sol, et se redressa avant lui pour l'empêcher de récupérer l'arme qu'il avait laissée tomber dans sa chute. Il continuait à gueuler en polonais, mais quand elle lui colla le canon de son arme sous le nez, il cessa de s'agiter :

- Jaroslaw Lisiak ? (la question était de pure forme, elle l'avait formellement identifié). Dites-moi où se trouvent les informations colombiennes que vous avez récupérées, immédiatement !

Elle ne plaisantait pas, mais de toute évidence elle devait avoir quelque chose d'amusant sur le visage, car il se mit à sourire brutalement, et il continua à parler en polonais. Il devait être en train de la prendre pour une conne, et elle n'apprécia que très moyennement. Lucija n'aimait pas la torture, mais elle ne considérait pas comme de la torture de remettre à sa place un informaticien insupportable qui pensait être plus malin qu'un fusil d'assaut. Elle le releva en le tenant par la nuque, et l'envoya tête la première dans ses serveurs. Il fracassa plusieurs d'entre eux, s'ouvrit la tempe au passage, et retomba un peu sonné, et subitement beaucoup plus coopératif :

- Stop ! Stop ! Pas les serveurs !

Ca, elle comprenait. Elle lui saisit le col, et le traîna à l'écart de tout matériel informatique, de tout élément qui aurait pu servir à envoyer un message, ou de tout objet qu'il aurait pu transformer en arme. Le malheureux glapit comme un animal :

- La Colombie, bordel !

D'ordinaire, les soldats essayaient de brusquer leurs cibles, pour les rendre plus coopératives. Il était toujours très impressionnant d'être exposé à la menace d'une arme à feu, et beaucoup étaient tellement désemparés qu'ils ne songeaient pas à se défendre. Et il était toujours plus facile d'abattre des cibles qui ne se défendaient pas vraiment. Officiellement, naturellement, on ne tirait pas sur des cibles non armées, mais ça c'était bon pour la presse et la com'. Lucija avait assisté à des missions officieuses, où on tirait à tout va, sans se soucier de savoir qui était qui. On leur mettait une arme en main après coup, on prenait deux trois photos, et on était les héros. Quelle merde. Mais aujourd'hui, elle se sentait exactement dans l'état d'esprit de la fille qui risquait bien de faire une connerie, et le polonais dut le comprendre, car il lui désigna du doigt une série de disques branchés à une machine.

- Tu les as ouverts ? Est-ce que tu as décrypté leur contenu !?

Il fit "non" de la tête, mais Lucija n'en croyait pas un mot. Elle le força à s'allonger par terre, posa un genou au creux de son dos pour l'empêcher de bouger, et récupéra les disques dans lesquels elle inséra la clé donnée par son contact Colombien, et qu'elle avait pris soin de prendre avec elle. De toute évidence, Lisiak savait ce qu'elle était en train de faire, car il commença à se débattre. Elle le frappa sur le côté de la tête pour le calmer, et il s'attrapa l'oreille en gémissant, abandonnant son initiative rebelle. Lucija ne savait pas trop si ce qu'elle faisait allait marcher, mais elle faisait confiance à son contact : sa vie dépendait de la réussite de sa mission, et il n'aurait pas pris de risque à ce niveau.

- ...ce-que vous faites... Romeo ? ..pondez !

Elle sursauta presque en entendant la voix de Laroquette lui parvenir très déformée mais suffisamment compréhensible pour qu'elle se rendît compte que sa caméra filmait toujours. Elle posa le disque dur hors-champ, feignant de ne rien avoir entendu, et le laissa s'époumoner de l'autre côté de l'Atlantique, pendant qu'elle continuait sa mission.

- Et maintenant, les informations concernant ce qu'il s'est passé à Berlin ! Allez, dépêche-toi !

Elle le tira de nouveau, le forçant à se relever. Le changer constamment de position avait également pour effet de le désorienter. Il cligna des yeux, et répondit d'une voix un peu perdue :

- Berlin ? Comment ça ?

Lucija fit une moue, retira la sécurité de son G36, et tira une rafale dans les serveurs les plus proches, en espérant qu'elle ne toucherait pas ceux qui l'intéressaient au passage. Le bruit de tonnerre combiné à la vision de ses précieux serveurs pulvérisés par des balles déterminées à déchiqueter toutes ses informations lui tirèrent un hurlement de rage et de désespoir qui s'interrompit lorsque la jeune femme lui remit l'arme sous le nez :

- Alors !? Parle ou je fais flamber tout ça !

- Ok, ok, je parle ! Ils sont par ici. Mais pitié, ne tirez plus sur les serveurs.

Elle lui emboîta le pas, tandis qu'il la menait vers les serveurs de données. En chemin, elle porta la main à son oreille, et lança :

- Base, ici Juliet 4 Charlie. Confirmez réception informations.

Laroquette, s'il la recevait suffisamment bien, allait sans doute se demander ce qu'il lui prenait. En vérité, c'était un énorme coup de bluff. Elle avait peur que le polonais la menât en bateau en lui donnant les mauvaises informations. N'ayant pas la possibilité de communiquer avec Laroquette, elle devait faire semblant d'être en liaison avec une agence gouvernementales, pour lui donner l'illusion qu'elle était capable de savoir s'il lui mentait ou pas. Il la regarda avec un sourire, malgré le sang qui lui coulait sur le visage :

- Aucune chance qu'ils vous reçoivent. On est sous terre.

- Un drone amplificateur de signal, et une voiture garée devant votre propriété pour éviter la perte de qualité due à la distance. Vous croyez qu'on n'avait pas tout prévu.

Deuxième coup de bluff. Elle ne connaissait rien aux transmissions radio, mais savait simplement que la distance réduisait la qualité des émissions, en plus de certains matériaux. Elle avait sorti ça complètement au hasard, pour l'impressionner, et de toute évidence cela fonctionna. Il avait peut-être des choses à redire en la matière, mais après tout elle était arrivée jusqu'ici arme au poing. S'il tentait de se moquer d'elle, il risquait de le payer très cher. Il ne pouvait pas se permettre de douter de ses paroles. Lucija lui sut gré de ne pas chercher plus loin la faille dans son résonnement, et elle s'immobilisa en même temps que lui, quand il lui indiqua le serveur.

- Voilà, c'est celui-ci...

Elle le força de nouveau à s'allonger, puis brancha les câbles comme on le lui avait demandé dans le briefing. Fort heureusement, on avait simplifié son rôle à l'extrême à ce niveau-là, lui permettant de ne pas se tromper de port. Elle avait même un petit boîtier lui indiquant quel était le pourcentage de transfert réalisé. Elle laissa la machine tourner, bien trop lentement pour lui permettre d'être satisfaite. Alors qu'elle attendait, une voix se mit à hurler à travers la porte. De toute évidence, c'était du polonais, car elle ne comprit rien du tout. Lisiak leur cria quelque chose en retour, et Lucija se tourna vers lui avec une lueur meurtrière dans le regard :

- Qu'est-ce que tu leur as dit ? Réponds !

- Rien, je le jure ! Juste que j'allais bien !

Elle le releva, et sortit d'une poche pectorale une seringue. Il ouvrit de grands yeux effrayés, mais elle n'en avait cure. Cette fois, il dut croire son heure arrivée, car il essaya de se débattre. Elle lui fit une violente clé au bras, et le tint immobile. Il cria de toutes ses forces quand elle lui enfonça l'aiguille à la base du cou, puis le lâcha subitement. Le produit devait être sacrément violent, car il s'effondra de tout son long, sans parvenir à se redresser tout seul. Elle ignorait quand le sérum ferait effet, mais elle n'avait pas vraiment le temps de patienter. En effet, le groupe de mercenaires se tenait vraisemblablement devant la porte, en train de chercher un moyen de pénétrer dans la pièce. La voix s'éleva de nouveau, pour formuler une question. Lucija voulut interrompre Lisiak, mais il était trop tard :

- Nie ! Répondit-il tout haut.

Dans la seconde qui suivit, la porte s'ouvrit, et deux hommes firent leur apparition. Lucija réagit au quart de tour. Dans le même mouvement, elle pivota, se baissa, épaula son fusil d'assaut, et pressa la détente. Un déluge de feu s'abattit sur la porte, et les deux premiers hommes furent abattus sans sommation - peut-être morts, sauf s'ils avaient décidé de porter des gilets pare-balle. Les autres se planquèrent bien vite, laissant toutefois la porte ouverte pour riposter au jugé. Les balles sifflèrent, et Lucija rentra la tête pour éviter les éclats de plastique. Lisiak se mit à brailler quelque chose en polonais, et les tirs s'arrêtèrent rapidement. La jeune femme, qui commençait à en avoir marre de ne rien comprendre, empoigna l'informaticien par le col, et rugit :

- Mais vous allez la fermer ! Qu'est-ce que vous venez de leur dire !?

- D'arrêter de tirer... Pour ne pas abîmer les serveurs.

Lucija inspira profondément. Elle trouvait sa phobie débile, mais elle la comprenait. Il y avait stocké ici de quoi se faire beaucoup d'argent, et s'il perdait ça, il perdait à la fois son job, mais aussi sa protection. Les gouvernements risquaient de lui tomber dessus et de l'emprisonner, tandis que les mafieux avaient des chances de l'éliminer pour faire disparaître leurs secrets avec lui. C'était un peu sa police d'assurance, et il avait intérêt à la protéger consciencieusement.

- Et avant ça, vous leur avez dit quoi ? Répondez !

- Ils... Ils ont demandé si vous aviez piégé la porte... J'ai dit non.

Elle voulut lui donner un bon coup de poing en pleine tête, pour passer ses nerfs sur lui, mais il se recroquevilla sur place, et gémit :

- Je vous jure, j'ai pas fait exprès. J'ai pas pu m'en empêcher.

Le sérum faisait donc effet. De toutes les bonnes nouvelles qui auraient pu tomber, elle aurait préféré en placer d'autres en tête de liste comme : "un bataillon de Marines venu la sortir de là" ou bien "un téléporteur capable de l'emmener directement à Washington". Mais c'était déjà pas mal, et elle pouvait peut-être le tourner à son avantage.

- Dis-moi, tu as bien lu les infos concernant Berlin ? D'où venaient-elles ?

- D'Inde. Un type à Bombay. Il y avait les travaux d'un docteur, le docteur Stephens...

Lucija aurait véritablement voulu entendre la fin de sa phrase, mais ils se retrouvèrent bientôt sous le feu ennemi, et ils durent plonger au sol pour éviter de recevoir un projectile malencontreux. La croate n'était pas experte des combats de cette intensité. Certes, elle y avait été formée, et elle avait comme tous les autres soldats subi des exercices où ils devaient subir le feu ennemi, progresser et ramper pour atteindre un objectif. Mais cette fois, c'était différent. Ici, pas de compagnons d'armes susceptibles de l'aider, pas d'appui feu prêts à pulvériser un groupe hostile. Et surtout, elle était au milieu de l'enfer. D'ordinaire, en tant que tireur de précision, elle se trouvait à une distance raisonnable du champ de bataille, et c'était elle le soutien. Elle se recroquevilla derrière le serveur, et poussa Lisiak pour qu'il cessât enfin de hurler de colère, et pour qu'il se jetât lui aussi par terre. De toute évidence, les hommes engagés pour le protéger ne savaient pas quelle était la valeur de ces informations, et bien qu'ils essayassent de faire un effort, chaque balle perdue emportait avec elle des milliers de dollars. Indifférente à ces considérations financières, la jeune femme fit feu à l'aveugle avec son G36. Le Colonel, s'il recevait la vidéo, dut voir quelle était la situation, et elle aurait vraiment aimé pouvoir profiter de ses conseils. Mais de toute évidence, il ne parvenait pas à communiquer. Peut-être que quand le drone serait au-dessus de sa tête, elle recevrait un meilleur signal. Pour l'heure, elle était livrée à elle-même.

Sa riposte fit un peu cesser le déluge de balles qui s'abattait sur elle, et elle en profita pour sortir légèrement de sa cachette, et ajuster ses tirs. Un garde du corps supplémentaire s'effondra, alors qu'il essayait de contourner pour se rapprocher d'elle. Malheureusement, elle dut changer de chargeur, et cela laissa le temps aux autres de se rapprocher. Elle était cernée, et elle n'avait aucune issue. Sa seule chance résidait dans un informaticien soudainement devenu très sincère, qui essayait actuellement de se faire la malle en rampant tant bien que mal. Elle l'attrapa par le talon, et le tira de toutes ses forces jusqu'à elle. Il se débattit, mais elle finit par le saisir, le força à se relever, et l'érigea entre elle et ses ennemis, en criant en anglais :

- J'ai un otage ! J'ai un putain d'otage, cessez le feu !

Certains comprirent où elle voulait en venir, et baissèrent leurs armes. Les autres continuèrent de plus belle, et elle fut contrainte de s'abriter temporairement. Elle demanda au polonais comment on disait "otage" dans sa langue, et elle fut presque surprise qu'il lui répondît si rapidement. Mais après tout, il n'avait pas le choix. Ce sérum était décidément bien pratique, et elle aurait adoré pouvoir en garder un peu :

- Zakładnik ! Zakładnik !

Elle n'était pas très sûre de la prononciation, encore moins de l'intonation, mais dans ces conditions, c'était très certainement ce qu'elle pouvait faire de mieux. Les rares hommes qui continuaient à tirer s'arrêtèrent, probablement surpris de l'entendre parler polonais. Ils relevèrent leurs armes, et elle en profita pour leur crier, bien à l'abri derrière Lisiak :

- Reculez ! Reculez ou je le descend !

Ils parurent se concerter, mais ils n'avaient pas vraiment le choix. Si leur patron était encore en vie, ils devaient tout faire pour ne pas aggraver sa situation. Et pour l'heure, seule contre une cinquantaine de types, elle n'avait pas la moindre chance. Ils savaient qu'elle ne s'échapperait pas d'ici, et qu'elle finirait avec une balle dans le dos. Sortir avec Lisiak comme otage ? Même pas en rêve. Lucija, partageait leur opinion sur la question, et elle n'était pas très rassurée de les entendre converser en polonais. Elle aurait voulu demander à son bouclier humain s'il pouvait lui traduire tout ça, mais ce n'était pas vraiment le moment, hélas. Au lieu de quoi, elle devait penser à un plan. La police arriverait bientôt sur les lieux, et elle n'avait aucune chance de les éviter. L'étau allait se refermer sur elle. Mais elle avait un plan qui pouvait fonctionner, si seulement elle parvenait à rejoindre le rez-de-chaussée. Et pour cela, il lui fallait rejoindre le monte-plats.

Elle doutait sincèrement d'y parvenir un jour...
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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Jeu 4 Sep - 22:18


Il fallait absolument qu’il reprenne l’initiative. Ce qu’il avait sous les yeux était à peu près le pire scénario envisageable : un agen en terrain hostile, sans soutien, sans informations sur son opposition ni aucun moyen de se guider. Ca aurait été Lorenson sur le terrain, il l’aurait laissée crever sans le moindre scrupule, il aurait même sans doute trouvé une histoire bidon capable de le dédouaner de toute responsabilité. Mais Radenko… Il sentait qu’avec un peu d’encadrement et de soutien, on en ferait une pierre angulaire parmi les agents. Au début, une telle pensée lui aurait tout simplement écorché la bouche rien que de l’énoncer, puis avec le temps, il en était venu à reconnaitre bien malgré lui ses capacités, et était prêt à lui odnne rune seconde chance... Mais le moindre grabuge sur cette mission ou la suivante, et là il n’aurait plus aucune pitié pour elle ! Mais pour le moment, il fallait s’assurer qu’elle vivrait assez longtemps pour profiter de sa seconde chance.

Ses principaux soucis étaient l’observation et les communications. Avec le satellite qui déconnait et le drone qui n’alait pas arriver à temps, il devait se reposer sur les plans d’architecte en 3D du bâtiment pour guider son agent. C’était mieux que rien, mais il fallait faire sans la position des ennemis. Pour ça, il devait reposer sur ce que Radenko lui transmetait, et là aussi la situation dégénérait. Durant toute sa descente à travers le monte-plats, il avait pu l’entendre, incrédule, se demander ce qu’il se passait. Il était incapable de lui dire, surotut parce qu’il pressait les gens de la CIA pour qu’ils remettent en ligne le satellite rapidement. Et les gars du drone pour qu’ils mettent les gaz. Etait-ce, là encore, le Destin qui voulait que Radenko passe dans l’ombre chaque fois qu’elle s’apprêtait à lui rendre service ? Car si on y regardait de plus près : entre la catastrophe de Berlin qui leur avait apporté des renseignements de première bourre, et le Canada où elle avait littéralement agi dans le noir… C’était une femme de l’ombre, qui opérait au mieux dans l’ombre. Enfin, du moment qu’elle rendait compte de ses actions plus tard !

La charge de la batterie de la caméra l’inquiétait franchement. Cette fois c’est Tuck qui allait en prendre pour son matricule ! Ce crétin n’avait pas pris en compte que la batterie allait sans doute perdre en efficacité avec le froid ?! Ou bien il ne l’avait pas complètement chargée ?! Toujours était-il qu’il perdait de manière intermittente la liaison avec elle, et que ça ne l’enchantait pas… A ce rythme il allait finir par perdre la liaision vidéo, et il serait totalement incapable de la guider et sutout de voir ce qu’elle faisait… L’oreillette passait encore à peu près : elle s’était automatiquement connectée à l’antenne relais la plus proche, puis reroutée vers un relais satellite qui devait se trouver dans la capitale. Ca crachotait sévèrement et coupait de manière anarchique ses paroles, mais ça passait encore. D’après ce qu’il copmprenait, et en faisant abstraction de la petite pique finale, elle s’apprétait à entrer dans la salle des serveurs, alors que la caméra mintée sur le canon du G36 prenait vie. C’est à ce moment que son téléphone sonna. On le lui accorderait donc jamais une pause dans cette foutue mission ? Si c’était Lorenson, pas moyen, il lui raccrocherait au nez. Ca lui ferait les pieds, à cette grognasse !

-Laroquette
-Colonel, on a un problème : les forces anti-terroristes sont en route pour la propriété de Lisiak.
-C’est pas vrai, déjà ?! Vous pouvez encore les retarder ?
-Impossible, ils m’ont assigné à des tâches de bureau loin de l’action et ils sont déjà en route. Faut que votre agent se débrouille pour s’en tirer tout seul.
-Reçu, je transmets.
-Colonel, le drone st en entrée de zone !
-Pas trop tôt ! Branchez tous les instruments tout de suite, rétablissez la liaison avec mon agent !
-…Drone en ligne, mon Colonel !
-OK j’ai les images et le son… Oh, bordel…

D’un coup l’image sur ses écrans se clarifia. Et la situation tactique s’assombrit d’autant.

Le losange vert signalant la position de Radenko était revenu, et elle était bien entrée dans la pièce des serveurs. Ca c’était la bonne nouvelle. La, ou plutôt, les mauvaises étaient qu’elle semblait tenir Lisiak en otage, mais surtout que la communication flanchait toujours un peu, et que la cinquantaine de gardes restants étaient en train de converger sur elle, à la fois de l’extérieur et de l’intérieur de la propriété. Et sur les bords du champ de vision du drone, il voyait des véhicules foncer à travers la banlieue de Varsovie, avec des petits flashes lumineux qui ne trompaient personne quant à l’identité de leurs propriétaires. Alors qu’il observait le tableua prendre forme sous ses yeux, il reçut une communication entrante. L’antenne réceptrice etamplificatrice de ce damné drone avait enfin accroché le signal de l’équpement de Radenko, il l’entendrait de manière continue, mais parfois avec un peu de bruit blanc, un peu comme quand on reçoit mal la radio en voiture en traversant une forêt. C’était déjà ça. Et pour le moment, il ne pouvait pas faire grand-chose, sinon la laisser convaincre Lisiak de lui donner ce qu’il voulait et… Qu’est-ce qu’elle foutait, là ?

« Lima Romeo ? Qu’est-ce que c’est que ces fichiers ? Qu’est-ce que vous faites ? Lima Romeo ? Répondez ! »
Puis il y eut le message suivant. Elle avait pété un plomb, ou quoi ? Elle venait de totalement s’asseoir sur leurs indicatifs de mission, comme ça, le plus naturellement du monde. Puis il comprit qu’elle devait bluffer, pour faire croire à Lisiak qu’elle avait bel et bien des renforts derrère elle en cas de coup dur. Et même si il semblait ne pas la croire au début, il devait bien se rendre compte qu’avec tout cet équipement, cette précision et cete brutalité, elle ne pouvait qu’être sérieuse. De ce fait, Lisiak la mena à son serveur, où Radenko mit le dispositif qu’on lui avait remis en route pour téléchargement. A sa droite, l’écran prit vie, indiquant que les données arrivaient.
« OK, Lima Romeo, els données arrivent ! Protégez l’apapreil jusqu’à la fin de la procédure ! Et bon sang, faites-gaffe à vous et à Lisiak, il pourrait resservir !... Bon, aux coups de feu, je pense que vous aurez deviné, ils convergent vers vous… Et j’ai encore une bonne nouvelle, la police aussi est en train d‘arriver, et en force… Attendez-vous à une bataille rangée, vous risquez d’être au milieu… Bonne chance, je vous guiderai dès que vous aurez fini, et… quoi, vous l’avez en otage ?... 65%... 70%... 80%... 90%... 95%... OK, toutes les données sont arrivées, maintenant débranchez le disque de transfert, et cassez-vous avant que tout pète ! »

Maintenant, y avait plus qu’à croiser les doigts… Et espérer que la batterie n’allait pas… Trop tard…
« Radenko, j’ai perdu votre camera… Radenko, répondez ! »

[/color][/color][/color][/color][/color][/color][/color][/color][/color]
**********
[color=red][color=blue][color=red][color=blue][color=red][color=grey][color=red][color=grey][color=red][color=red][color=red]

-Qu’est-ce que vous voulez ?
-Capitaine Dimitriev, je veux parler au responsable ici, je veux un rapport de la situation !
-Barrez-vous, on a pas besoin d’aide pour tirer cet intrus d’ici !
-C’est pas ce qu’on nous a dit au téléphone, on nous a signalé de lourdes pertes et une tentative de prise d’otage.
[color=yellow]-Que… Quoi ?! Personne n’a appelé ! On a tout sous contrôle, barrez-vous !
-Ne me parlez pas sur ce ton, laissez entrer mes hommes pour inspection de la propriété !
-BARREZ-VOUS, ou je tire !
-POSEZ VOTRE ARME, LAISSEZ ENTRER MES HOMMES !
*coups de feu en rafale*
-OUVREZ LE FEU, DEPLOIEMENT ! JE VEUX UNE INSPECTION COMPLETE, ET PAS DE BAVURE ! TIR DE DEFENSE !

**********

Pour Jan, ça n’était pas tenable. On tenait son patron en otage, sans qu’on ait réussi à intercepter le preneur d’otage avant qu’il ne soit arrivé loin au sous-sol. Ce mec devait être un putain de fantôme, ou bien un type surentrainé qui avait fait des repérages pendant des mois… Ou alors… Non, il aurait fallu un satellite et des plans de construction pour toruver la faille du monte-plats ! Toujours était-il qu’il était là, AK-74 en main, à fixer la porte.

D’après son aptron, la porte n’était pas piégée, il pourrait donc entrer sans risques de se manger une balle ou une grenade. De toute manière, il aurait envoyé quelqu’un d’autre en avant, juste au cas où. Quand il était mercenaire en Angola, au Sierra Leone, et plus récemment en Georgie, Tchétchénie et Ukraine, ce genre de technique avait plutôt bien marché pour lui. Ca donnait souvent lieu à un joli feu d’artifice miniature, quelques cris, puis al situation se résolvait grâce à son AK. La belle ne l’avait pas lâchée depuis ses 16 ans et l’Angola, et la crosse commençait à manquer de place pour y graver ses tués confirmés. Les entailles faisaient le tour de toute la crosse, mais il commençait à attaquer la partie pleine de la pièce de bois verni. Sans doute y graverait-il un dessin, avec une entaille par tué.

Puis la voix cria à l’intérieur. Une voix aigue, pas une voix de gars. Ou alors une voix de gars qui avait eu un gros problème avec ses couilles en descendant un conduit étroit… Qu’il se rassure, il allait les lui réduire en purée encore plus compacte qu’il ne les avaient déjà !
« Laisse-le partir !... Laisse-le, et on te fera rien… »
Tout en parlant, il dégoupilla une grenade flash et une fumigène, qu’il lança en entr’ouvrant la porte.
« GO ! »
Il entra, AK levé, prêt à faire gouter du 5.45 x 39 mm à ce type qui le faisait tourner en bourrique en menaçant son payeur…

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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Mer 10 Sep - 19:01

Renouer le contact avec le QG eut le don de tirer un sourire à Lucija, qui pourtant n'était pas une situation propice à se laisser aller à ce genre de démonstrations de joie. Cela faisait de longues minutes qu'elle n'avait pas reçu la moindre info, et elle avait cru qu'on l'avait purement et simplement abandonnée. Pour le coup, savoir que quelqu'un s'intéressait à son cas était rassurant, d'une certaine manière. Même s'il se trouvait de l'autre côté de l'océan, et qu'il ne pouvait rien faire pour elle dans l'immédiat. Elle était tout de même coincée dans une pièce extrêmement bien isolée, cernée par une cinquantaine de types déterminés à la déloger. Elle pouvait en dégommer un bon paquet s'ils entraient en force, mais elle finirait par tomber sous le nombre, en dépit de tous ses efforts. Elle n'avait pas ce qu'il fallait pour les tenir en respect, hélas. Elle vérifia que sa communication était active, et lança par-dessus le vacarme des armes :

- Tango Lima, ici Lima Romeo ! Vous en avez mis du temps ! Ca fait plaisir de vous entendre !

Elle se recroquevilla un peu plus, pour réduire la surface de tir, et riposta comme elle le pouvait. Les conseils que lui donnait Laroquette étaient tout sauf précis. Elle faillit lui hurler dessus, tant son baratin était insupportable ! Mais d'un côté, elle comprenait : il parlait pour cacher son stress, qu'elle entendait malgré la déformation de sa voix. Il savait que la situation était merdique, et pendant qu'il lui donnait les infos qu'il avait à sa disposition, il devait réfléchir à une manière de la faire sortir de là. Lucija l'écoutait d'une oreille distraite, tout en rendant coup pour coup à ses ennemis, qui rentraient un peu plus nombreux dans la pièce aux serveurs. Mais sa situation était intenable, et elle finit par se saisir de Lisiak comme d'un otage, pour gagner un peu de temps :

- Oui, je l'ai en otage ! Vous vouliez que je fasse quoi d'autre ? Au lieu de vous énerver, dites-moi plutôt combien de temps il reste, vite !

Pendant que le Colonel lui donnait le pourcentage de transfert effectué, à intervalle régulier, elle se déplaça vers le boîtier de transfert qu'elle devait récupérer pour éviter qu'il ne tombât entre les mains de leurs ennemis, et qu'ils ne fussent en mesure de remonter la trace du signal. Elle savait que Tuck était compétent dans son domaine, et qu'il pouvait éviter d'être repéré, mais il valait mieux être prudent. Les installations de ce Lisiak étaient impressionnantes, et il avait peut-être le matériel nécessaire pour retrouver la piste de celui qui l'avait menacé. Autant être consciencieux et professionnel jusqu'au bout, afin de s'éviter des mauvaises surprises par ailleurs. Un type qui piratait les informations d'agences gouvernementales pouvait tout aussi bien s'attaquer aux serveurs sécurisés de l'ORS, et réussir à force de patience à récupérer des bribes d'informations. Mais même des bribes pouvaient le mettre sur la voie de découvertes terribles...

Quand le Colonel lui donna le feu vert, elle récupéra le boîtier, et le glissa dans sa poche, avant de réfléchir à une manière de sortir de là. Dans sa tête, elle pouvait forcer les hommes à reculer, et ensuite les prendre de vitesse. Elle les imaginait probablement plus stupides qu'ils ne l'étaient en réalité. En effet, elle avait tablé sur des mercenaires de seconde zone, du type de ceux qu'on emploie pour faire les gros bras devant un bar. Ils étaient tout juste bons à tirer sur une cible immobile, et à casser la gueule d'un homme ivre. Pour le reste, ils étaient totalement inefficaces sur ce genre de missions délicates. Elle avait pensé qu'en les mettant en difficulté, en mettant leur roi en échec, elle allait se débarrasser de cette armée de pions. Elle n'avait pas pensé qu'ils pouvaient ne pas être que des pions...

Elle s'était laissée attendrir par les paroles censées la rassurer prononcées par un type de l'autre côté de la porte, qui devait être le négociateur du groupe. Oui, bien entendu, ils allaient la laisser filer. Est-ce que quelqu'un gobait vraiment ce genre de mensonges ? Elle était sur le point de répondre quelque chose de particulièrement bien senti, et pourquoi pas demander des trucs complètement exagérés comme un hélicoptère et une pizza quatre fromages, mais le type était un malin. Profitant de sa baisse de concentration, il lança une grenade fumigène dans la pièce. Celle-ci libéra en un instant toute la fumée qu'elle contenait, transformant la pièce en un champ de bataille horrible. Les lumières des serveurs ressortaient comme les phares d'une voiture un jour de brouillard. Lisiak dit quelque chose, mais elle n'entendit pas quoi. Elle était trop préoccupée sur le reste, et les hommes qui allaient entrer dans quelques secondes :

- Pas un geste, ou je l'abats ! Restez où vous êtes !

Mais son appel demeura vain. Un tintement métallique non loin l'alerta, et elle tourna la tête dans sa direction, les yeux grands ouverts pour capter le moindre mouvement. L'air était gris et sombre, et pendant une brève seconde, il devint d'un blanc aveuglant... terriblement aveuglant. Incommensurablement aveuglant. Il fut accompagné d'une détonation assourdissante à faire trembler les murs, qui déstabilisa totalement la jeune femme et la força à lâcher son otage. Lucija recula de plusieurs pas, tandis que Lisiak s'effondrait en hurlant. De toute évidence, il avait reçu quelques projectiles dans les jambes, protégeant bien involontairement de son corps la tueuse croate qui s'était abritée derrière lui. Elle était en meilleur état, et elle ne souffrait d'aucune blessure sérieuse, mais cela ne la rendait pas plus apte à se défendre. A cause du bruit, elle n'entendait plus rien, et elle chuta lourdement sur le sol, se rendant compte qu'elle ne pouvait pas se maintenir debout. L'explosion avait temporairement endommagé son oreille interne, et elle était incapable de tenir en équilibre sur ses jambes. Du côté de sa vue, les choses étaient catastrophiques. Elle ne pouvait pas songer à ouvrir les paupières, et les mains sur le visage, elle essayait de combattre la douleur atroce. Ce n'était pas une souffrance physique, mais simplement le contrecoup d'une exposition brutale à une lumière excessive. Elle avait appris que la paralysie ne durait que quelques secondes, mais elle avait l'impression qu'elle ne retrouverait jamais la vue.

Dans sa chute, elle avait perdu son arme, et elle n'était pas en mesure de la retrouver pour l'instant. Elle se contenta donc de ramper pour essayer de s'éloigner de la zone. Elle retrouvait peu à peu ses sensations et ses facultés mentales, ce qui la conduisit à la pensée logique qu'elle devait se tirer d'ici en vitesse. Le fumigène était là pour cacher la flashbang, et la flashbang était là pour faciliter un assaut. Ils allaient entrer en force, et se saisir d'elle sans la moindre pitié. Si elle voulait survivre, elle devait absolument trouver un moyen de se barrer d'ici. Le problème était qu'elle ne pouvait pas, seule, échapper à une cinquantaine de types armés qui la cherchaient dans une pièce close. Elle avait de la chance, parfois, mais jamais à ce point.

Elle entendit des voix qui lui parvenaient comme de loin, mais comprit que ce n'était qu'un contrecoup de la grenade lorsqu'elle reçut un violent coup de pied, totalement inattendu, dans l'estomac. Elle avait beau porter un gilet pare-balle, l'impact lui coupa le souffle et elle gémit de douleur. Sa vue revint légèrement, ses yeux brouillés par les larmes, et elle les ouvrit pour découvrir une dizaine d'hommes qui approchaient dans sa direction, malgré la fumée. Deux d'entre eux vinrent aider Lisiak, tandis que les autres s'approchaient d'elle. Ils parlaient polonais, et elle ne comprenait pas ce qu'ils pouvaient bien se raconter, mais elle imaginait très facilement la teneur de leur dialogue. Ils devaient se demander comment ils allaient la tuer. Certains devaient préconiser de lui coller une balle dans la tête maintenant, d'autres de lui trancher la gorge. Peut-être qu'il y en avait un, un peu plus inventif, qui se proposait de la torturer avant. Le chef voudrait probablement l'interroger avant, pour obtenir des infos sur la façon dont elle s'y était prise pour rentrer. Après quoi, ils se débarrasseraient d'elle, et on n'entendrait plus jamais parler de Lucija Radenko.

Elle savait qu'elle aurait dû se débattre, faire quelque chose pour les empêcher de la neutraliser, mais elle en était totalement incapable. Et ces types autour d'elle, immenses, ne lui laissaient aucune chance. Ils faisaient au moins trois mètres de haut, et ils la toisaient avec sévérité, conscients que tout était terminé, et qu'ils avaient gagné. En vérité, si elle avait mieux observé leur visage, elle aurait lu une forme d'inquiétude les concernant. Le chef attrapa sa radio, et distribua des ordres. Non loin, la majeure partie des hommes quitta la pièce, et remonta à l'étage rapidement. Ils avaient de toute évidence quelque chose de très urgent à faire, même si la jeune femme ne savait pas trop quoi. Elle était encore sonnée, et son cerveau marchait au ralenti. Elle avait l'impression d'avoir bu, et cela ne l'aidait pas à concevoir un plan de sortie.

Elle était encore en train d'observer les hommes remonter quand soudainement elle grandit d'un bon mètre. Elle se retrouva plaquée contre un mur avec brutalité, et une main terrible vint s'écraser contre sa gorge, la broyant violemment. Suffoquant, Lucija revint rapidement à la réalité. Non, ce n'étaient pas des géants, c'était elle qui avait été retenue à genoux par deux types la tenant par les coudes pour l'empêcher de s'écrouler. Non elle n'avait pas grandi, elle venait simplement d'être mise à niveau par ce type qui de toute évidence allait la tuer avec le plus grand plaisir. Cinq de ses hommes se tenaient autour, un sourire mauvais sur le visage, tandis que les autres évacuaient Lisiak. Le type commença, en anglais :

- Soyons clairs... Je vais te poser des questions, et tu vas y répondre bien sagement. Si tu coopères, je te tuerai rapidement. Sinon, je te jure que je vais te faire souffrir, et ensuite je te donnerai à bouffer aux loups, c'est clair !?

Il adjoignit à sa question une pression sur sa gorge, et Lucija lâcha un "oui" étouffé. Dans son oreille, qui retrouvait peu à peu son utilité, elle entendait la voix de Laroquette qui lui criait dessus. Il devait entendre toute la conversation, et devait enrager de ne rien pouvoir faire. La jeune femme, de son côté, se fichait un peu du Colonel pour l'heure. Il n'avait pas pu empêcher la police d'arriver sur les lieux, il n'avait pas pu empêcher les hommes de rentrer dans la pièce, et ses informations avaient été dignes d'un enfant de six ans. Pour une opération bâclée, c'était une opération bâclée. Mais il l'avait prévenue, et elle s'était portée volontaire pour cela. Quelle conne...

- Bon, reprit le type. Qui t'envoie ici ? Réponds !

Lucija porta la main à sa cuisse, s'attendant presque à trouver son pistolet automatique. Ils le lui avaient pris ! Mais quand ? Elle ne se souvenait pas du tout. Peut-être quand ils l'avaient récupérée. Ils avaient dû la désarmer totalement, pour s'assurer qu'elle ne ferait rien de stupide. Deux des hommes sur sa droite, qui avaient capté son geste, eurent un sourire satisfait. Elle se contenta de répondre :

- Je m'appelle Hermione Granger, j'appartiens à l'école de Poudlard, maison de Gryffondor, mon meilleur ami est...

De toute évidence, le type avait capté la référence, et il n'apprécia pas du tout. Mais alors pas du tout. De sa main libre, il lui envoya une série de trois coups de poing dans l'estomac. Elle ne pouvait même pas crier, et l'assaut vicieux eut pour effet de lui vider les poumons. Elle agrippa sa main pour essayer de desserrer son étreinte, afin d'inspirer un peu d'air. Mais il était beaucoup plus fort, plus grand. Lucija n'avait jamais été très douée au corps à corps, et encore une fois aujourd'hui elle éprouvait les limites de son physique poids mouche. Elle lui agrippa le col, incapable de se saisir de son visage pour le repousser d'une quelconque manière. Il n'y prêta pas attention, plutôt concentré sur sa douleur à elle qu'il voyait sur son visage devenant bleu à vue d'œil. Elle sentait ses poumons brûler, et avait l'impression qu'ils allaient jaillir hors de sa poitrine pour sortir à l'air libre. Sa vision se brouilla, mais juste avant de sombrer dans l'inconscience, le type relâcha un peu son étreinte, et elle s'affaissa légèrement, respirant bruyamment. Il lui donna quelques secondes, avant de revenir à la charge :

- Tu veux faire la fière, hein ? Encore une connerie du genre, et je te jure que je te descends, c'est compris ? Maintenant, dis-moi qui t'envoie.

Elle avait toujours une main agrippée à son col, comme dans une pathétique tentative pour se protéger. Mais ce qu'il n'avait pas vu... ce que personne n'avait vu... c'était qu'elle avait récupéré dans une de ses poches un objet que personne ne lui avait pris. Les types qui l'avaient fouillée sommairement avaient dû s'emparer de ses armes visibles, et n'avaient pas considéré utile de la débarrasser du matériel un peu plus spécifique. Ils étaient entrés en force avec une grenade flashbang... ils n'étaient pas les seuls à en disposer. A bout de forces, elle réussit à surprendre son adversaire, et à le prendre de vitesse. Elle tendit le bras droit, dégoupilla la grenade de la main gauche, et glissa la bombe miniature dans la veste du type, avant de le repousser d'un violent coup de pied.

Elle avait jeté toutes ses forces dans cette dernière tentative, et savait très bien que s'il était plus rapide qu'elle, elle allait y passer. Mais de toute évidence, il ne devait pas s'attendre à ça. En fait, personne ne devait s'y attendre, car aucun de ses hommes n'eut le temps de réagir. Quand leur chef fut repoussé dans leur direction, ils eurent un moment de flottement que Lucija mit à profit. Elle s'écroula, et se boucha les oreilles, fermant les yeux pour ne pas trop en voir. L'explosion fut aussi terrible que la première, sinon davantage. Il n'avait pas eu le temps de retirer la grenade de sa veste, à cause de ses gants militaires qui n'étaient pas adaptés à ce genre de gestes, et à cause de la complexité des tenues de combat qui étaient conçues pour protéger des balles, et non pour être enlevées en deux secondes. La violence de l'explosion fut absorbée en bonne partie par le corps du polonais, qui gagna un trou immense en plein milieu de la poitrine. Le flash lumineux se colora de rouge, et une odeur de brûlé se répandit dans l'air. Mais en vérité, c'était bien le bruit qui était le plus violent. Les cinq hommes, à moins d'un mètre de sa source, furent atteints de plein fouet, et ils se retrouvèrent au sol en quelques secondes, couverts des morceaux de leur chef.

Lucija, quant à elle, avait accusé le coup de cette seconde explosion si proche de la première. Malgré ses mains, ses tympans avaient été touchés, et elle sentait un filet de sang couler le long de son oreille, dans son cou. De même, elle saignait également du nez, sans trop savoir pourquoi. Mais au moins, elle était en vie, et dans une meilleure forme que ses geôliers. Et surtout, elle voyait. Un peu désorientée, elle se précipita vers le type le plus proche, et lui arracha son arme des mains. C'était un AK standard, dont elle retira la sécurité, avant d'exécuter proprement tous ceux qui avaient eu le malheur de voir son visage. Elle n'éprouva pas la moindre pitié pour eux, et se contenta de tirer jusqu'à épuiser son chargeur. Ce fut à cet instant qu'elle se rappela de Laroquette :

- Tango Lima, ici... Lima... Lima Romeo... Est-ce que vous me recevez ? ... Dieu soit loué, vous êtes là... J'ai besoin d'un rapport de situation... Je vous en prie, faites... faites vite...

Elle se déplaça, et récupéra du matériel sur les cadavres qui se tenaient autour d'elle. Il y avait là pas mal de munitions d'AK, qu'elle pourrait réutiliser plus tard. Elle s'en équipa, et fit l'inventaire de son matériel. Ses pistolets lui avaient été retirés, et elle risquait d'en avoir besoin plus tard. Elle prit un Beretta et deux chargeurs, avant d'entendre le rapport de Laroquette, qui devait paniquer devant ses écrans :

- Comment ça : "tous dehors" ? Ils font quoi ? ... Hmm... La police vous dites... Je devrais pouvoir utiliser ça à mon avantage... Il faut juste que... je... sorte de là. Vous avez bien tous les fichiers, vous êtes sûr ? ... Pas question que vous me fassiez revenir... Bon, alors on y va.

Elle ravala son sourire, et essaya de se concentrer sur la mission. Son saignement de nez ne l'aidait pas à se concentrer, et elle savait qu'elle devrait faire preuve de prudence et de vigilance pour ne pas recevoir une balle perdue. Elle épaula le fusil d'assaut, et avança s'élança aussi rapidement que possible dans le couloir, vers la sortie. Elle se retrouva face à l'escalier sécurisé par lequel étaient passés les mercenaires. C'était probablement la sortie la plus rapide, mais elle était forcément protégée, soit par des hommes, soit par des codes complexes. Elle irait tout aussi rapidement en utilisant le monte-plats, et éviterait d'être repérée en moins de trente secondes. Elle s'engouffra dedans, sans cesser de se plaindre à cause de l'étroitesse du conduit, qui ne lui paraissait pas aussi impraticable quand elle était descendue quelques minutes auparavant. Quelques minutes... Elle avait l'impression que cela faisait une éternité, et quand elle consulta sa montre, elle réalisa qu'il ne s'était en réalité écoulé qu'une dizaine de minutes, tout au plus. Entre temps, elle avait pris un type en otage, en avait tué une demi-douzaine, avait reçu deux grenades assourdissantes, et avait réussi à sortir d'un traquenard monstrueux. C'était fou ce que l'on pouvait être productif en si peu de temps.

Arrivée au niveau de la cuisine, elle se laissa glisser sans grâce par l'ouverture, et se donna le temps de reprendre un peu son souffle. En temps normal, grimper quatre mètres le long d'une corde ne lui aurait pas demandé plus d'efforts que d'aller faire les courses, mais après ce qu'elle avait traversé, elle était encore un peu secouée. Elle finit par se relever, tout en entendant la voix du Colonel dans son oreille, qui continuait de lui donner des consignes :

- ... Ok, j'y vais... A droite, très bien... Vous êtes sûr qu'il n'y a personne dans la maison ? ... Oui, forcément, ils doivent le soigner dans sa chambre... Aucun risque qu'ils me tombent dessus par surprise ? Aucun risque que votre foutu satellite me laisse encore en plan ? Aucun... D'accord, d'accord... Je suis calme, figurez-vous. C'est vous qui me stressez...

Elle continua en ligne droite, longeant un couloir similaire à celui qu'elle avait emprunté pour venir, mais qui n'était de toute évidence pas le même. A moins que ce ne fut son sens de l'orientation qui la trompât. Elle aurait pris de longues et précieuses minutes à l'arpenter si elle avait été livrée à elle-même, se terrant derrière chaque abri potentiel pour vérifier qu'elle n'était pas suivie ou attendue. Mais grâce aux indications du Colonel, elle était sûre qu'elle ne courait pas de danger, et elle pouvait donc progresser à bonne allure, sans toutefois baisser sa garde. Laroquette l'avait laissée tomber une fois, et il pouvait très bien recommencer. Elle finit par arriver à une fenêtre, et elle en profita pour jeter un œil dehors. Ce qu'elle vit ne la rassura pas beaucoup :

- Tango Lima, il y a un souci. Les gardes sont sur mon chemin pour sortir, et ils vont probablement me cueillir... Que... Mais bien sûr que j'en suis sûre ! Vous ne les voyez pas ? Ils sont déployés en arc-de-cercle, et ils vont certainement me tirer dessus à vue... Euh... Comment ça, avec la police ? Ils se sont tirés dessus pour de vrai ? ... Bah pour le moment, ça a l'air calme, on dirait qu'ils parlementent. Quand ils auront dissipé le malentendu, ils vont venir me chercher, c'est clair... Sans faire de vagues ? C'est gentil de vous préoccuper de moi. Moi je veux juste sortir d'ici, un point c'est tout. Alors vos vagues, vous pouvez vous les foutre au... Pardon Col... Tango Lima, oui, désolée.

Elle se mordit la lèvre. Elle était plus nerveuse qu'elle voulait l'admettre, et elle réfléchissait à toute vitesse, cherchant une solution. Elle devait exploiter les tirs qui avaient été échangés entre la police et les gardes, qui de toute évidence étaient en train de négocier un cessez-le-feu. Les premiers devaient demander aux seconds de baisser leurs armes, les autres devaient être en train de se justifier, de dire qu'ils travaillaient ici, et qu'ils n'étaient pas les preneurs d'otage. Lucija, au milieu de tout ça, devait sortir vivante de ce traquenard. Ses options étaient limitées : les forces de l'ordre avaient bloqué l'entrée principale, et elle n'avait aucune chance de rejoindre le mur d'enceinte sans être repérée par l'un des deux groupes. Il lui fallait donc semer la pomme de discorde, et essayer une autre option. D'un coup de crosse, elle brisa la vitre, acheva les morceaux de verre brisés du canon de son AK, avant de mettre en joue les gardes dont elle voyait le dos. Avec de la chance, elle pouvait en tuer un ou deux, avant d'encaisser une riposte sévère. Elle leva légèrement sa mire, et aligna les voitures de police qu'elle voyait au loin. Un sourire se dessina sur ses lèvres tâchées de sang, et elle lança au Colonel :

- Désolée pour les vagues.

Le claquement sec, caractéristique de l'AK, se répercuta dans la maison et se projeta au dehors, tandis que tous baissaient la tête et se mettaient à couvert, incapables de déterminer l'origine du tir. Les projectiles de la jeune femme filèrent à toute vitesse, et frappèrent les véhicules des autorités qui se trouvaient là. Une balle chanceuse toucha un officier au bras, et il chuta au sol, tandis que ses collègues essayaient de le traîner à l'abri. Elle vida son chargeur, et se baissa pour en changer. Ce fut à ce moment précis que l'enfer se déchaîna. Les policiers ouvrirent le feu en direction des gardes, qui répliquèrent brutalement, davantage par réflexe que par réel désir de mettre hors de combat les forces de l'ordre. Ils étaient des soldats, et ils faisaient ce qu'on leur avait appris à faire. Aucun d'entre eux n'avait été formé à se rendre, ou à encaisser des tirs sans riposter. Lucija engagea un nouveau chargeur, jeta un œil en direction des deux groupes, et décida qu'il était temps pour elle de filer.

Elle bondit par l'espace qu'elle avait dégagé, et se rua sur sa droite, en direction des arbres les plus proches. Une série de balles passa à côté d'elle, et elle changea de direction pour s'abriter derrière une fontaine. Des choses étaient criées en polonais dans son dos, et elle se retourna pour mieux voir. Les gardes l'avaient repérée, mais ils étaient incapables de la poursuivre. Chaque tir donnait davantage de raisons aux policiers de riposter, et se lever pour entamer une poursuite aurait été suicidaire. Mais, allongés, ils essayaient de l'atteindre. Elle lâcha une rafale vers ses ennemis du moment, une vers les policiers pour les pousser à intensifier leurs tirs, avant de partir en sprint en direction du terrain de golf. Elle n'attendrait jamais les arbres derrière lesquels elle s'était abritée en arrivant, et il lui fallait improviser. Elle se jeta dans un creux rempli de sable, et se retourna à temps pour voir que quatre hommes la prenaient en chasse. Elle tira dans leur direction, sans les toucher, mais suffisamment pour les forcer à s'allonger. Satisfaite de ce temps gagné, elle s'élança sur le green, consciente que sur un terrain aussi découvert, elle avait intérêt à tout donner si elle voulait se mettre hors de portée avant l'arrivée de ses traqueurs.

Elle courait à en perdre haleine, gardant comme objectif la lisière des arbres qui se dressait face à elle. C'était une forêt de belle taille sur le domaine de Lisiak, fermée par des murs tout autour. Mais au moins, il n'y aurait aucun policier ici. Si elle arrivait de l'autre côté, elle retrouverait la liberté. Ce qu'elle ignorait, c'était que ladite forêt était peuplée de loups et d'ours sauvages, introduits pour le bon plaisir du maître des lieux. Des créatures qui se délecteraient de croquer dans une belle poupée slave. Inconsciente du danger vers lequel elle se dirigeait, elle était davantage concentrée sur les hommes qui arrivaient derrière elle, et qui tiraient dans sa direction. Elle était trop pour qu'ils pussent l'ajuster, et elle gagna les bois en vie. Toutefois, ils étaient plus grands, plus rapides, plus costauds, et surtout ils étaient quatre. Elle s'enfonça entre les arbres, haletant bruyamment, et hurla dans sa radio :

- Tango Lima ! Vous m'avez sur vos écrans ? ... Trouvez-moi ! Je suis à l'Ouest de la propriété, dans la forêt ! C'est bon ? ... Le plus court chemin vers la sortie, c'est quoi !? Punaise, punaise, dépêchez-vous !

La nuit allait être longue...
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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Ven 12 Sep - 14:35


« Tuck, vous avez reçu toutes les infos, c’est bon ?... OK, commencez à éplucher tout ça fissa, pendant ce temps, je vais sortir Radenko de ce merdier. »
Laroquette raccrocha avant que l’ingénieur en chef de l’ORS ne puisse ajouter quoi que ce soit. Une fois lancé, impossible d’arrêter ce type, il avait eu le malheur une fois pendant un breifing quelqeus années plus tôt de lui demander des détails sur une opération en cours où il était impliqué. Il avait été impossible de reprendre la main sur le briefing pendant facilement 30 minutes, car Tuck monopolisait la parole et empêchait tout le monde d’avancer sur les détails opérationnels de la mission, qui avait finalement été le premier déploiement sur le terrain de certains équipements de l’Initiative et un succès. Le succès qui semblait toutefois commencer à l’éluder de plus en plus. Certes sur le papier la mission de Berlin avait été un succès, mais de justesse, et pas grâce à une Lorenson qui baisait avec le premier venu car incapable de contenir ses hormones ni grâce à Radenko qui apparemment refusait de partir en mission sans rencontrer ses collègues criminels ni sans tout son arsenal exotique. Le Canada, par contre, avait été un véritable échec, car ils ne savaient toujours pas ce qui était arrivé là-bas, à part que O’Connor y était passé et que c’était pas passé loin pour Radenko… Cette fois, avec le satellite et maintenant le drone, ça ne pouvait qu’être un succès, non ?

En tous cas, c’était assez mal parti. Entre Radenko qui prenait sa cible en otage et ce qui ressemblait à un début de bataille rangée en surface, ça devenait… Un violent bruit aigu lui vrilla les tympans, et l’image satura entièrement pendant une fraction de seconde. Laroquette grimaça violemment quand le bruit envahit ses oreilles en sifflant. Une flashbang. Ce bruit était inimitable, un bruit assourdissant, d’autant plus terriblement efficace que la grende était lancée dans un espace confiné. Il l’avait déjà fait pendant Tempête du Désert pendant qu’ils investissaient des bâtiments, en prenant soin de toujours regarder à l’opposé de la porte avant d’entrer. SI Radenko se faisait capturer, là ça serait franchement la tuile, peut-être pire que si elle se faisait tuer. Ca encore, il pourrait vivre avec. Mais si elle se faisait prendre et qu’on la torturait assez bien, elle pourrait révéler tout ce qu’elle savait surl’ORS, fort heureusement suffisemment peu pour mettre l’organisation en danger… Mais il valait mieux éviter tout ça.
« Lima Romeo, dégagez de là vite fait !... Lima Romeo ? Lima Romeo, répondez ! Lima Romeo !... Répondez ! »

**********

De vraies merveilles, ces grenades étourdissantes. Jan en avait fait les frais une fois, sur un terrain d’entraienement en Tchétchénie. Pour lui faire une blague, un de ses compagnons d’armes lui avait dit « Je veux essayer ça, ferme les yeux et bouche-toi les oreilles ! » tout en lançant à ses pieds ce type de grenade. Pris par surprise, il n’avait pas suivi les invectives de son camarade, et avait passé 5 minutes avant de pouvoir retoruver sa vision normale et 15 supplémentaires avant que les acouphènes ne soient dissipés. Et encore, on l’avait prévenu qu’on lui lançait une flash. Il n’imaginait même pas la marmelade dans laquelle devait être ce type dans la pièce. Dans cet espace clos, les effets des flashbangs étaient encore amplifiés. Son cerveau devait lui couler par les narines et les oreilles, en ce moment ! Et ça ne manqua pas : quand son commando et lui investirent al pièce, il trouva Lisiak à terre blessé aux jambes, et… une nana ? C’était une nana qui avait réussi à les ridiculiser comme ça, en passant à travers son périmètre qu’il avait vendu comme infranchissable à ses commanditaires ?

-Jan, on a les flics qui veulent entrer, ils ont commencé à tirer pour forcer le passage !
-OK, je vous envoie mes gars, on arrive en refort. Vous 4, remontez, on a un soucis avec la police, vous, restez là, on va l’interroger.

Autant de frustration que de rage que pour s’assurer que son otage n’allait pas bouger plus, il lui envoya un puissant coup de pied chaussé de rangers dans le ventre. Elle avait beau porter un gilet tactique de protection, contre els coups de pieds ça protégeait que dalle, un de ses amis était même mort d’un coup de machette porté à travers un gilet en kevlar en Angola. Deux de ses hommes évacuaient Lisiak, mis à terre par une balle tirée dasn son pied. Comme ça il était tombé, dégageant les lignes de tir et le protégeant partiellement de la grenade. Ils étaient une dizaine dans la pièce, deux déjà prenaient la nana par les épaules, pendant qu’il la délestait de son G36 et de ses flingues. Et puis quitte à faire, il la palpa à la recherche d’une arme de secours, ne trouvant en plus qu’un couteau tactique. Il lui posa quelques questions de rigueur sur qui l’envoyait s’intéresser au geek local, tout en lui écrasant la trachée de la main. A question de rigueur, il reçut réponse en carton de rigueur. Hermione Granger, mais bien sûr ! Juste pour lui faire comprendre qu’il ne plaisantait pas, il lui expédia 3 nouveaux coups de poing à l’estomac. Pour qui se prenait-elle, à la fin ? SI al prochaine réponse ne le satisfaisait pas, il la saignerait lentement de son propre couteau. Une blessure assez grave pour entrainer la mort, mais assez superficielle pour que sa mort âr exsanguination dure au moins une bonne demi-heure… Mais d’un coup, elle le repoussa en lui mettant un objet cylindrique dans sa poche de gilet tactique, avant de se jeter à terre.

Il comprit seulement trop tard de quoi il s’agissait, alors qu’il essayait de retirer son gilet pare-balle.
« Kurwa… »

Puis tout explosa autour de lui, et il ne ressentit plus rien.

**********

Le colonel Laroquette avait parlé en boucle sur la fréquence pour tenter de joindre son agent pendant ce qui lui avait semblé une éternité. En réalité, il s’était écoulé moins de 10 minutes. Un tel sentiment de ralentissement du temps ne lui était toutefois pas étranger. Pendant ses années actives, il avait mené plusieurs séries d’opérations clandestines pour l’armée, et des opérations qui ne duraient qu’une trentaine de minutes en temps réel semblaient s’éterniser au-delà de ce qui semblait concevable quand on se trouvait sous le feu de l’ennemi. Ce fut donc avec soulagement non dissimulé qu’il entendit de nouveau la voix déformée par les parasites de Radenko qui lui demandait un rapport de situation.
« Enfin, Lima Romeo, vous revoilà ! Rapport de situation : d’après ce que je vois sur le drone, on a une quarantaine de tireurs répartis sur tout l’avant de la maison, plus une dizaine à l’intérieur, qui sembent aller vers l’extérieur. Pour la plupart ils sont déjà tous dehors… Oui, dehors. Apparemment ils sont en train de faire face à des policiers pour le contrôle de la baraque. Pour le moment ça tire pas encore, mais la moindre étincelle supplémentaire et là…Oui, Tuck dit qu’on a tout, vous pouvez y aller ! …OK j’ai votre position sur l’écran, ressortez. Remontez le couloir… Ensuite à droite, vers le Nord… Les derniers viennent de sortir, il en reste 2 à l’intérieur avec une cible non identifiée… Sans doute ouais… Non, ils sont dans les étages, il leur faudrait une bonne minute pour descendre. Et le satellite est déjà passé, vous êtes sous surveillance drone, là, et… Bon sang, Lima Romeo, laissez moi continuer, et calmez-vous, bordel !... C’est ça, oui… »

Puis d’un cou l’image de la caméra perdit en fluidité. L’indicateur de batterie devait arriver au bout de sa charge. Bordel, elle ne savait donc pas qu’on partait toujours sur le terrain avec tous les équipements électriques chargés à bloc ?! Ou bien elle était comme Lorenson, coincée de l’extérieure, mais fantasque et volage à l’intérieur ? Mais il n’vaait pas le temps de lui remonter les bretelles de ce point de vue là, pour le moment il devait la conduire en sécurité. Il attendrait sonr etour pour lui exprimer sa façon de penser. Car même si elle avait ses côtés outrageusement crispants concernant la hiérarchi et l’équiepement… quand on lui donnait des directives claires, Radenko était une arme redoutable, qu’il vallait mieux avoir dans son camp que contre soi. Il ne le lui dirait jamais en face, sans doute, mais il n’en pensait pas moins.
« OK, continuez jusqu’au monte-plats, vous allez repasser par là… Quand vous serez dans la cuisine, ressortez, à gauche… puis la pièce devant vous… ensuite première à droite… là, à droite, allez ! … OK, à gauche, maintenant !... OK, vous allez arriver à la porte et… Quoi, ils sont tous là ? Vous êtes sûre ? La caméra du drone doit avoir des délais… décrivez… Attendez ! Putain, y a eu des tirs ! Restez à couvert, je vous donne un chemin pour les ocntourner sans que vous fassiez de vagues, et … Surveillez votre ton, Lima Romeo ! … Attendez… OK voilà ce vous allez… Quoi ? »

D’un coup, une des images thermiques bascula en arrière. Et ce fut comme si un arbre de Noël s’était illuminé sur son écran. Les policiers venaient de se faire tirer dessus, et ils ouvraient le feu avec force. Et bien entendu, les gardes de Lisiak n’allaient pas se laisser faire, et répondaient avec leur arsenal, qui avait l’avantage du calibre sur celui des représentants de la loi polonais, qui cependant semblaient avoir une discipline de tir mieux établie et plus efficace. Il vit des spots de thermique s’éteindre de chaque côté, perdant de vue le petit diamant vert qui indiquait la position de Radenko. Un coup pareil, c’était signé ! Cette folle avait déclenché la fuisllade pour fuir. Cette fois i ne pourrait rien pour elle : si elle se faisiat coffrer, il ne pourrait pas la tirer de prison…
« Lima Romeo, vous êtes folle ou quoi !? Si vous vous faites prendre… Vous êtes sortie du champ, je recadre… OK je vous vois, y a 4hommes derrière vous, ils… correction, 3 hommes, y en a un qui vient de disparaitre, il a dû tomber quelque part… attendez… Continuez devant vous 200 mètres, vous allez tomber sur un petit ruisseau… suivez-le vers la gauche, pendant 500 mètres, puis à droite il y aura un chemin de terre. Vous el suivez, pendant 1500 mètres, et là vous retrouverez une des petites routes régionales qui ramène sur Varsovie… Désolé, je peux aps faire plus court sans vous faire rebrousser chemin ni tomber sur la police ! Et… »

D’un coup, l’écran de la caméra mourrut. Au même moment, à plus de 10000 km, une meute de loups hurlait, se mettant en chasse de nouvelles proies…
« Lima Romeo, contact vidéo perdu, je répète, contact perdu avec votre caméra, donnez votre position ! Radenko, vous m’entendez ? »
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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Lun 15 Sep - 0:05

Suspendue aux consignes de Laroquette, qui la guidait dans son oreillette, Lucija courait pour sa vie. Curieusement, ce n'était pas la chose la plus étrange qu'elle avait fait ces temps-ci. Elle aurait bien aimé se livrer à une activité nouvelle, comme faire du shopping, ou aller au cinéma par exemple. Quelque chose qui n'aurait pas impliqué de courir sur un territoire hostile, traquée par des hommes qui étaient bien décidés à lui faire la peau, sans savoir où elle allait, et sans le moindre espoir de voir du soutien arriver. Mais bon, elle avait signé, alors elle devait aller jusqu'au bout. Elle n'avait pas le choix, et les cris rauques qu'elle entendait derrière elle étaient là pour le lui rappeler. Lucija était une joggeuse confirmée, et si elle n'avait pas la puissance brute de ceux qui la traquaient, et qui avalaient les mètres à une vitesse infernale, elle compensait ce désavantage par son endurance hors-normes, et par sa petite silhouette qui se faufilait entre les obstacles. Elle n'avait qu'à rentrer les épaules pour éviter une branche que les autres devraient se pencher pour ne pas prendre en pleine face. C'étaient de petits détails, mais c'étaient surtout de précieuses secondes gagnées sur ses poursuivants qui conservaient leur allure, et qui continuaient de casser la distance.

Il était toujours plus facile d'être traqueur que traqué, surtout quand on chassait en groupe. Laroquette, qui essayait tant bien que mal de lui donner des informations opérationnelles efficaces et précises pour lui permettre de sortir de ce mauvais pas, lui indiqua qu'un des hommes avait disparu de ses écrans. Lucija, qui devait maîtriser son souffle pour continuer à tenir le rythme, ne trouva pas le temps de répondre, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de s'interroger. Un homme manquant ? Cela signifiait-il que le type était mort, touché par un tir perdu alors qu'il tournait le dos à la police ? C'était peut-être beaucoup plus inquiétant, s'il avait trouvé un moyen ou un autre pour échapper au radar, et qu'il empruntait une voie différente de ses collègues. La tueuse connaissait le principe de la battue, et elle préférait éviter d'être le gibier qui allait bien sottement tomber dans le piège qu'on avait confectionné pour lui. Elle aurait voulu demander à Laroquette de vérifier ça de plus près, et de lui indiquer s'il voyait quelque chose, mais pour le moment elle devait courir, point final.

Deux cent mètres, droit devant. Ok ! Elle faisait face à un petit talus, qu'elle gravit tant bien que mal en s'aidant de ses mains sur les portions les plus délicates. C'était du temps perdu sur des hommes qui allaient écraser l'humus sous leurs pieds sans lui lâcher la moindre seconde, et qui se rapprochaient ainsi d'une position de tir efficace. Il leur fallait se trouver suffisamment près pour pouvoir ouvrir le feu, en comptant le temps qu'ils mettraient à se stabiliser, la seconde qu'ils mettraient à viser, et ensuite le trajet de la balle. C'étaient des professionnels, et ils connaissaient à l'instinct ce qu'une Abigail Lorenson se serait amusée à calculer durant son temps libre, pour le plaisir. Quoi qu'il en fut, la jeune femme arriva au sommet, et entreprit une périlleuse descente de l'autre côté, jusqu'au ruisseau que lui avait indiqué Laroquette.

C'était le soir, pour ne pas dire la nuit sur la belle ville de Varsovie, et dans cette forêt qui coupait les pâles lueurs de la Lune et des étoiles, il était difficile de voir quelque chose à plus d'une dizaine de mètres. Et encore, ce n'étaient que des ombres fugaces qui passaient en coup de vent, et qui ne laissaient qu'une empreinte résiduelle sur la rétine. Lucija avait le nez baissé, les yeux allant de droite à gauche jusqu'à trouver ledit ruisseau, qu'elle ne localisa que lorsqu'elle eût mis le pied dedans. Elle cracha un juron fort peu professionnel, et arracha sa botte maculée de boue du cours d'eau que lui avait indiqué le Colonel. Fidèle à ses instructions comme une croyante bigote obéirait à son pasteur, elle tourna à gauche et longea le ruisseau en essayant de ne pas glisser sur le sol pentu qui menaçait de la faire trébucher. Courir le long d'une dénivellation, sans choisir de monter ou de descendre, était assez complexe, spécialement de nuit sur un terrain inégal et accidenté, parsemé de racines et de buissons. Elle risquait à tout moment de voir son pied glisser, être happé, être retenu, ou s'enfoncer dans un quelconque obstacle naturel ou non.

Pour pouvoir continuer, elle devait ralentir, mais ralentir signifiait donner plus de temps aux mercenaires de la rattraper. Elle entendit des claquements secs, et l'écho de balles qui passèrent non loin de là où elle se trouvait. Les tirs étaient encore trop imprécis pour réussir à la toucher, probablement grâce à la nuit qui les entourait tous, mais c'était un avertissement plus que suffisant. Laroquette lui avait dit cinq cent mètres, mais il était difficile de calculer une telle distance dans l'obscurité presque totale, sous le feu ennemi, et après tout ce qu'elle avait subi. Que ses jambes fussent encore d'accord pour la porter était déjà un miracle en soi, alors imaginer qu'elle n'allait pas se perdre. Quand le contact vidéo fut rompu, et que le Colonel lui annonça qu'il avait besoin qu'elle lui donnât sa position, elle avait déjà dépassé le petit chemin de terre.

Elle voulut s'arrêter pour essayer de se repérer, et répondre quelque chose, mais d'autres tirs un peu mieux ajustés eurent raison de son idée qu'elle étiqueta "stupide", et qu'elle jeta au fond d'une boîte pour la ressortir plus tard... quand elle aurait des problèmes moins létaux. Elle continua en droite ligne, suivant le cours du ruisseau qui était sa meilleure balise, et qui paradoxalement ne lui donnait aucun visuel sur ce qui allait venir. C'était comme courir au milieu d'un désert de glace en suivant une corde rouge, sans vraiment savoir si elle risquait de vous mener à un endroit habité, chauffé, accueillant et ami, ou si vous alliez vous retrouver dans une station vétuste, inutilisée, glaciale et située sur le territoire des loups. Et en parlant de loups...

Leur hurlement déchira l'air comme une lame déchire le papier, et tous les bipèdes aux alentours s'arrêtèrent, leur instinct de conservation se réveillant subitement. Des loups... Ils connaissaient tous ces créatures que l'on pouvait trouver à l'état sauvage, et qui étaient réputés pour leur violence sur les troupeaux de moutons. C'étaient des créatures magnifiques, à la structure sociale complexe, mais c'étaient surtout des prédateurs redoutables qui étaient capables de s'en prendre à ceux qui se trouvaient sur leur territoire. Ils avaient probablement été alertés par les coups de feu, et ils s'étaient rassemblés pour défendre leur foyer. Lisiak avait donc des loups sur sa propriété ! Quand on pensait que les choses ne pouvaient pas empirer... Lucija et ceux qui la traquaient eurent de toute évidence la même pensée, car ils marquèrent tous une pause pour considérer leurs options.

La présence des loups était, dans un sens, une chance pour la jeune femme. En effet, ceux sur sa piste pouvaient tout à fait se laisser effrayer par la présence des prédateurs, qui risquaient fort de leur tomber dessus au mauvais moment. Le risque était grand, et ils pouvaient imaginer que la jeune femme n'allait pas survivre à son séjour dans les bois. Cette dernière, qui estimait que l'abandon de ses poursuivants pouvait être une bonne chose, n'était pas non plus totalement pour l'idée de se retrouver seule au milieu d'une forêt, traquée par une meute affamée. Elle ignorait à quel point les créatures pouvaient être déterminées, et elle préférait ne pas tenter le diable plus qu'il n'était nécessaire. Cependant, elle ne pouvait pas totalement compter sur eux pour semer les hommes de Lisiak, qui étaient tout de même équipés d'armes automatiques. Tirer en l'air pouvait suffire à effrayer les plus zélés des loups, et ils étaient suffisamment nombreux pour se couvrir mutuellement en cas de besoin. Consciente de tous ces désavantages, Lucija répondit au Colonel d'une voix essoufflée :

- Tango Lima, je suis... je suis... je suis toujours la rivière... est-ce que vous pouvez me repérer ?

Elle posa la question, et s'en voulut d'avoir formulé ça à haute voix, c'était stupide. Elle s'était enfoncée dans la forêt, qui grouillait d'êtres vivants, et les arbres devaient perturber les détecteurs du drone qui survolait le site. Il était sans doute possible d'obtenir un meilleur rendement, mais il fallait beaucoup de travail de la part des techniciens qui devaient procéder à des ajustements minutieux. Un travail qui prenait le temps qu'elle n'avait pas à leur donner. Elle reprit, en regardant autour d'elle, sans trouver un point fixe suffisamment notable pour être repéré par un plan aérien de la zone :

- J'ai longé la rivière, Tango Lima, mais je ne sais pas où aller. Je... Ah merde !

Elle s'abrita en entendant des tirs frapper le sol non loin. Une balle ébranla même l'arbre derrière lequel elle se terrait, et elle perçut l'onde de choc dans son dos. Le Colonel lui dit quelque chose dans l'oreille, mais elle n'y prêta guère attention, trop concentrée sur ses poursuivants. Elle savait ce qu'ils cherchaient en faisant ça, et elle retint à grand peine son bras. Elle aurait voulu tirer en retour, pour les dissuader d'avancer, mais elle savait que c'était ce qu'ils cherchaient. Ils avaient localisé sa position grossièrement, et ils espéraient qu'elle allait ouvrir le feu pour pouvoir la repérer avec précision. Ainsi, ils pourraient continuer à maintenir la pression, tout en se déployant pour la prendre en tenaille. C'était une façon de faire assez commune, et elle n'entendait pas tomber dans le panneau. Malgré la dangerosité de son mouvement, elle jugea que c'était le plus sensé, et en avertit Laroquette :

- Tango Lima, ici Lima Romeo. Sous le feu ennemi, je continue à avancer le long du ruisseau. Qu'est-ce que vous pouvez me donner comme info ?

Elle se leva et courut droit devant elle, en essayant de se montrer discrète. Mais c'était peine perdue en forêt, où le moindre bruit paraissait être repris en écho tout autour. Les premières balles filèrent dans sa direction, mais elle les évita par chance, et put reprendre de l'avance. Les hommes reprirent la traque après ce bref intermède, s'élançant sur les talons de la jeune femme qui conservait son AK dans une main, et qui écartait les branches qui lui tombaient dans le visage de l'autre. Elle se retrouvait dans une zone beaucoup plus sauvage, beaucoup moins praticable, et elle sentit des épines percer les parties non renforcées au kevlar de sa tenue. Elle gagna au passage de jolies coupures, et elle ne trouva l'énergie de continuer qu'en se rappelant sans cesse de ce qui l'attendait si elle laissait les hommes de Lisiak lui mettre la main dessus. Sa petite taille lui permit de se faufiler avec moins de difficulté que les polonais qui la traquaient. Elle entendit distinctement leurs grognements étouffés quand ils s'embarquèrent eux aussi dans la traversée de l'épineux problème qui se dressait entre eux et la jeune femme. Lucija arriva de l'autre côté, et regarda autour d'elle :

- Tango Lima, j'ai perdu le ruisseau de vue ! Je... Putain, il a dû bifurquer, je ne le vois pas !

Elle regarda autour d'elle, cherchant un point de repère, sans vraiment avoir de l'espoir. Elle devait faire vite, cependant, et elle décida au hasard de partir sur sa droite, sans vraiment laisser à Laroquette le temps de lui proposer quelque chose. Elle était pistée par trois hommes déterminés à la tuer, et elle avait enfin l'occasion de casser la distance : elle n'allait pas s'en priver au prétexte qu'on devait lui proposer un plan bidon qui de toute façon ne tiendrait pas la route. Laissant le Colonel à ses réflexions, elle força un peu l'allure tant qu'elle le pouvait encore, et se laissa aller à un excès de confiance. Lorsque le Colonel revint à la charge en lui demandant si elle apercevait un petit lac, elle leva instinctivement la tête pour observer autour d'elle.

Cette seconde d'inattention ne lui permit pas d'assurer son appui. Son pied droit se tordit brusquement, et elle chuta tête la première, emportée par son élan. Elle n'avait pas vu qu'elle allait droit vers une dénivellation, et son corps fut emporté dans une dégringolade vertigineuse. Son corps, simple fétu de paille soumis à la gravité, évita par chance les rochers et les arbres qui auraient pu se dresser sur sa route, et qui lui auraient probablement brisé les os. Au lieu de quoi elle heurta le sol soudainement redevenu plat, avant de rouler sur plusieurs mètres jusque sur des galets. Elle se retourna sur le dos et grogna de douleur en se tenant le poignet. Sa main droite était secouée de légers tremblements, et elle s'était de toute évidence fait une entorse au poignet. Rien de grave ou de définitif, mais c'était suffisamment handicapant pour qu'elle fût incapable de se servir de cette même main pour tirer. Sa main directrice, naturellement. Elle était un peu sonnée, et elle mit quelques secondes à répondre à la voix insistante du Colonel qui s'acharnait à lui demander des nouvelles. Il était vrai que le bruit de la chute ne devait pas être joli à entendre, et s'il n'avait pas la vidéo il avait dû imaginer le pire. Elle desserra les mâchoires :

- Hmff... Bordel... Tango Lima, ici Lima Romeo... Je crois que j'ai trouvé votre lac. Mais j'ai une entorse du poignet, et je... Non, j'ai fait une mauvaise chute, et j'ai eu de la chance de pas m'exploser la tête sur un rocher. Je... Hmm ?... Ah, euh... Je crois que je peux marcher, mais je me suis tordu la cheville... Ca va aller, ça va aller. J'en ai vu d'autres.

Et c'était vrai. Elle ne faisait pas explicitement référence au Canada, mais tous les deux savaient ce qu'elle avait traversé là-bas, et Laroquette était de ceux qui l'avaient vue à son retour. Il avait vu à quel point elle avait plongé, à quel point elle avait été traumatisée par cet événement. Ce qu'elle vivait maintenant n'était rien à côté de ce dans quoi elle avait été plongée dans cet asile psychiatrique. Pendant qu'elle parlait, elle avait d'ailleurs pris les devants en glissant sa main blessée dans la fermeture éclair de sa veste. Ce serait une attèle de fortune en attendant de pouvoir consulter un vrai médecin, et de toute façon elle n'avait pas le temps de déballer son kit de survie. Les hommes étaient toujours à ses trousses, et ils finiraient immanquablement par la trouver.

Elle se releva, grimaçant à cause de la douleur, et repartit en traînant la jambe, dans la direction que lui indiquait le Colonel. Elle s'était trop éloignée de la route de terre, mais elle pouvait toujours la rejoindre et ensuite trouver la route. A partir de là, elle serait seule, et elle devrait se débrouiller. Ce n'était pas comme dans ces jeux vidéos où, quand on sortait de la propriété d'un malfrat, la mission était finie et c'était l'heure du goûter. Là, elle devrait encore marcher pendant un long moment, en évitant les patrouilles de police. Puis elle devrait trouver un médecin, trouver un endroit sûr, se cacher, et essayer de quitter le pays au plus vite. Elle savait faire tout ça, mais c'était beaucoup plus compliqué quand on était blessé... Elle continuait de s'éloigner de la forêt, tout en maudissant l'absence de couverture sur ces galets qui la faisaient souffrir le martyr à chaque fois qu'elle posait le pied droit. En revanche, elle eût une bonne nouvelle quand elle entendit des coups de feu étouffés derrière elle, assez loin. De toute évidence, les polonais étaient tombés sur les loups... ou l'inverse. Cela allait les ralentir pour un moment. Lucija était aux anges, ou presque, quand soudainement derrière un rocher, elle eut une vision qui la glaça de terreur. Elle s'immobilisa, et une paire d'yeux bruns se tournèrent dans sa direction, la fixant avec insistance. Elle sentit ses jambes se mettre à trembler. D'une voix où on percevait la peur, elle dit :

- T-Tango Lima... Si je devais ne pas revenir de cette mission, je... Non, Tango Lima, je suis très sérieuse... Je... S'il vous plaît, écoutez-moi... Colonel !

Elle coupa court très brutalement à sa tentative de la raisonner, bousilla leur indicatif radio - ce qui démontrait à quel point elle était perturbée - et agita par la même occasion les yeux qui la fixaient toujours, avec une certaine curiosité. Quelle qu'en fût la raison, Laroquette la laissa finir. Elle déglutit, et continua :

- Désolée, Tango Lima... Mais s'il m'arrive quelque chose, promettez-moi que ma famille sera en sécurité... Je vous en prie, promettez !

Elle avait encore haussé le ton, et les yeux n'apprécièrent pas de percevoir les ondes de colère qui venaient de sortir dans l'air. Ils s'assombrirent, si c'était possible au milieu de cette nuit étonnamment sombre, mais demeurèrent fixés sur la jeune femme. Lucija, très lentement, leva son bras gauche qui tenait son AK, et le pointa sur le corps qui se trouvait en face d'elle, allongé. Elle retint sa respiration, et fit un pas sur le côté. Il y eut un bruit de craquement quand les galets s'entrechoquèrent sous ses rangers, et elle fit une moue implorante, espérant que le bruit n'allait pas attiser la colère de la créature. Elle envisageait de la contourner doucement, sans la brusquer, pour ensuite continuer son chemin. Un pari risqué, un pari fou peut-être, mais c'était sa seule chance de quitter en vie la propriété de Lisiak, avant qu'on commençât à la chercher. Mais si cette masse immense se décidait à bouger, elle n'avait aucune chance de s'en sortir. Son AK, aussi puissant qu'il fût, n'avait que bien peu de chances de la sauver d'un tel monstre, et il valait mieux jouer prudemment. Laroquette continuait à lui parler dans l'oreillette, lui demandant des rapports, des informations, tout ce qui était nécessaire pour qu'il pût la repérer avec le drone et l'aider de son mieux. Elle se contenta de répondre en chuchotant :

- ... Un ours, Tango Lima... Je suis face à un ours... un ours immense...

Elle vit la créature se lever pesamment, et dans sa tête une seule pensée défila : "tu vas mourir, tu vas mourir". Elle se répétait cette phrase en boucle, et elle était terrorisée. De toutes les morts qu'elle avait pu s'imaginer, celle-ci était une des pires, et une des moins gratifiantes. Elle serait dévorée vivante, souffrirait jusqu'au dernier moment en sentant les crocs et les griffes se planter dans sa chair. Elle n'avait aucun moyen d'échapper à la bête si elle voulait la traquer, et aucune chance de l'emporter en combat singulier. Avec sa seule main gauche valide, elle ne pouvait pas imaginer viser assez bien pour toucher l'animal à la tête, ce qui ne lui laissait aucune option, sinon prier. La bête était toujours immobile quoique sur ses quatre pattes. Lucija n'était pas experte en comportement ursidé, mais elle savait une chose : dans cette position, l'ours mettrait moins de temps à la prendre en chasse :

- Il s'est levé... Il s'est levé... Non, toujours à quatre pattes... Je vous en prie, dites-moi ce que je dois faire... Tango Lima, je vous en prie, trouvez-moi une solution.
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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Jeu 18 Sep - 9:22


Pour l’instant, sa fuite allait comme prévu. Si tant était toutefois qu’on puisse prévoir une fuite improvisée comme celle-ci. Ce genre de retraite, Laroquette l’avait déjà expérimentée, à une échelle plus réduite. Il avait déjà dû se retirer de bâtiments trop bien défendus pour pouvoir être pris d’assaut avec les forces dont il disposait. Depuis son service au sien de l’Initiative, cependant, il n’avait pas eu à en orchestrer de trop calamiteuses. Berlin ne compterait pas dans ses états de services, cette mission était supervisée par Briggs et Tuck. C’était là toute la différence entre une mission conçue et gérée par des civils et celles par des militaires. Briggs n’était jamais allé sur le front, et Tuck n’avait jamais touchéà une arme de sa vie bien qu’il en sache le fonctionnement, contrairement à lui ou ses adjoints. Même la chef de l’Initative, le général Takio, avait été au front en son temps, avant de prendre ses fonctions de commandent. Elle savait l’importance du renseignement, et y accordait une importance capitale, usant de nombreuses missions de reco pour se faire une idée du chemin à suivre. Certes, sa rigueur toute asiatique la rendait parfois rigide et procédurière, mais son tuax de réussite en mission était irréprochable.

Radenko cessait pour une fois de faire sa forte tête et suivait ses ordres à la lettre sans réfléchir. Le colonel connaissait la petite plaisanterie qui disait que dans l’armée, réfléchir c’était commencer à désobéir. Il souriait toujours quand il l’entendait, car les plans échafaudés par certaines personnes à la volée sur le terrain contraierement à un plan établi à l’avance pouvaient se révéler tout à fait désastreux. En ça il pensait notamment à Lorenson et Radenko à Berlin et leur changement de moyens d’exfiltration au dernier moment, certes justifié, mais qui avait fichu le brin dans la mécanique prévue. Lorenson, la maîtresse incontestée des procédures alambiquées et ultracomplexes. Un jour ce penchant finirait par jouer contre elle, elle allait faire un plan tellement compliqué qu’elle finirait par se prendre une balle de son propre camp à cause d’un champ de tir foireux, ou que son itinéraire de sortie la ferait revenir sur ses pas dans un guêpier impossible à esquiver… Et ce jour là, il voudrait être à la radio pour pouvoir jubiler de l’entendre essayer d’improviser… Pendant qu’il formulait ses pensées, il suivait la progression de Radenko sur son écran. Elle cotinuait de suivre les indications qu’il lui donnait, avançant dans ce qui devait être du terrain difficile, à en juger par sa vitesse de progression. Elle trouva le ruisseau, si il en croyait le juron qu’elle lâcha à un moment, et entreprit de le suivre. Mais en essayant de semer ses poursuivants, elle dépassa le point où elle aurait dû bifurquer sur le chemin. Il allait devoir lui retrouver un autre itinéraire. Il déplia une carte topographique de la zone, récupérée au cas où, et reporta dessus la progression de son agent. Elle continuait de suivre le ruisseau… Si elle le suivait toujours, elle pourrait toruver un petit lac et là couper à travers un terrain vague qui la ramènerait sur une route.

« J’ai vu ça, Lima Romeo, vous avez raté le chemin… c’est bon je vous ai sur l’écran… Bien reçu pour les coups de feu, je les entends par votre oreillette. OK, continuez le long de la rivière. Vous allez arriver au niveau d’un lac, de là vous couperez au nord vers la route en traversant un terrain vague, et… Ah bordel !... Attendez… Dès que vous pourrez, appuyez sur votre droite et… » Il n’acheva pas sa phrase, entendant un bruit de craquement distinctif entre mille. Radenko était tombée et s’était sans doute foulé ou cassé quelque chose. Encore un truc à rpendre en compte ! Un agent avec une jambe cassée était un frein à toute progression rapide, mais il fallait qu’il la sorte de là. Sa fierté de commandant de troupes le lui imposait.
« Putain, vous êtes touchée, gravement ?... Vous allez pouvoir marcher ? Vous pouvez encore marcher, ça ira ?... OK, si vous le dites… »

Puis elle eut des phrases qui n’avaient pas grand sens. Si elle n’en revenait pas ? Qu’est-ce qu’elle lui racontait là ? Elle était capturée ? Impossible, les spots qui indiquaient ses poursuivants étaient encore assez loin derrière. Elle était certes à proximité d’une source de chaleur à peu près de la taille d’un gros rocher, et les gardes ennemis semblaient aux prises avec des animaux sauvages comme ce qui ressemblait à des sangliers ou autres, alors de quoi parlait-elle ?
« Lima Romeo, qu’est-ce que vous me chantez là, vous plaisantez ? C’est pas une petite entorse de rien qui va... Hé, n’oubliez pas à qui vous parlez !...Qu’est-ce que… D’accord, vous avez ma parole. Vous allez me dire ce qu’il se passe à la fin ?! »

Heureusement que Laroquette était assis quand elle lui annonça la couleur de la situation.

Un ours ?! Elle avait trouvé le moyen de débusquer un ours dans une propriété privée ? Décidément c’était de mieux en mieux, cette mission. Même dans les simulations les plus vicieuses qu’il avait orchestrées en killing-house ou en campagne, il n’avait jamais été jusque là. Son péché mignon c’était les champs de mines et les pièges improvisés du style chausse-trappe ou EII, pas les animaux sauvages. Une idée à garder sous le coude pour les prochaines recrues. Comme quoi même dans les pires situations, il y avait moyen de trouver de quoi faire feu de tout bois. Mais pour le moment, le plus urgent était de faire en sorte que Radenko ne serve pas de quatre-heure à un ours en mal de chair tendre…
« Répétez, un OURS ?!... Il est levé, comme levé sur ses deux apttes ?... OK… OK… Est-ce qu’il y a un ourson à proximité ?... non ? OK, dans ce cas, tirez un coup en l’air, les ours sont facilement impressionnables… Et les 3 derniers points derrière vous ont disparu, c’est vous qui les avez butés ou semés ?… ah… ils ont dû se faire avoir par la police alors… Bref, essayez d’effrayer cet ours, ou de détourner son attention… vous avez de la nourriture sur vous ?... n’importe quoi qui se mange ! … non ? … Putain, je voulais pas en arriver là… Faites vous toute petite et ne bougez surtout pas !... Contrôle Barracuda, armez le canon, et tirez un obus sur la source de chaleur à l’ouest de mon agent… C’est un ours, et il lui coupe la route ... Non c’est pas une blague, maintenant tirez, bordel ! Et ne touchez pas mon agent, c’est la petite source de chaleur ! Lima Romeo, tir de canon imminent, je répète, tir imminent, danger rapproché, danger rapproché ! »

Sur l’écran, les lignes qui sillonnaient le champ de vision électronique du drone se murent en un nouvel assemblage. Un réticule apparut au centre, ainsi qu’un compteur de munitions. Le Barracuda était armé d’un M61 en nacelle ventrale montée sur pivot, le même canon que celui armant les F-16 de l’Air Force et les F-18 de la Navy. L’arme aligna l’ours, qui semblait s’intéresser de plus près à Radenko. Tout allat dépendre maintenant de la précision de l’artilleur du drone, qui se situait à presque 2000 km de son arme. Un trait d’un mélange de combat, soit 1 obus traçant tous les 5 obus perforants, jaillit des 6 bouches en rotation du canon, assez loin de Radenko pour ne aps riquer sa vie, mais assez près de l’ours pour l’effrayer ou au moins le distraire assez, soulevant des mottes de terre haut dans le sairs et déchiquetant les arbres en une pluie de copeaux. La réaction de l’animal ne se fit pas attendre, et il s’enfuit en vitesse. La rafale avait duré moins d’une demi-seconde, mais la soixantaine d’obus déversée avait eu l’effet escompté.
« Bon, maintenant qu’il est parti, décampez, fissa ! »

Puis une fois qu’il la vit repartie dans la bonne direction, il ne put s’empêcher un trait d’humour pour tenter de détendre l’atmosphère tendue.
« Bon sang Lima Romeo, c’est pourtant écrit dans le manuel : les tartines de miel sont interdites sur le terrain… OK, continuez tout droit… Encore… OK, vous êtes à l’entrée du terrain vague. Personne en vue. Plus que 300 mètres tout droit et vous serez sur une route. Personne d’hostile derrière ou devant vous…Continuez… Continuez… OK, vous arrivez sur la route, essayez de choper une voiture en stop pour rentrer… Lima Romeo, vous m’entendez ?... Lima Romeo, je perds votre signal radio… Lima Romeo à l’aveugle, rechargez vos batteries de radio, vous devenez inaudible… Lima Romeo à l’aveugle, répondez et chargez vos batteries… Lima Romeo ?... Lima Romeo à l’aveugle, vous êtes seule en territoire ennemi, chargez votre batterie et répondez… Lima Romeo à l’aveugle, le drone doit se replier, vous êtes livrée à vous-même, rapport demain 0800 Lima. Lima Romeo à l’aveugle, accusez réception… »
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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Dim 21 Sep - 10:46

Lucija, aussi immobile qu'un être humain pouvait l'être, écoutait les conseils du Colonel avec une attention soutenue. Elle avait toujours eu une certaine méfiance pour la hiérarchie, et elle appréciait de travailler en solo, sans ordres et sans contraintes. Mais dans ce genre de situations, elle était toujours contente de pouvoir bénéficier de l'expérience d'un homme qui pouvait la guider, et l'épauler plus ou moins. En dépit de la distance, les conseils qu'il allait lui donner étaient toujours valides, et il avait l'avantage de pouvoir garder la tête froide et les idées claires, car il n'était pas immédiatement en danger de mort. La jeune femme, son AK toujours braqué sur l'ours, avait cessé de se déplacer sur le côté, et elle se contentait de répondre à voix basse à son superviseur pour qui essayait d'évaluer le danger. Elle l'imaginait bien, perdu au milieu de ses écrans, à hurler sur les techniciens qui passaient par là, et à se creuser les méninges pour deviner comment faire fuir un mastodonte à coup sûr, sans prendre le risque de l'énerver encore plus. Le pari était osé, surtout qu'il mettait en jeu la vie de son agent de terrain.

Après une seconde de silence, passée probablement à considérer les options qui s'offraient à lui, il reprit la parole avec de nombreuses questions, auxquelles la jeune femme s'empressa de répondre :

- Négatif, Tango Lima. Aucun ourson à proximité... Euh... Tirer un coup de feu en l'air ? Vous êtes sûr de vous ?

Elle doutait sérieusement de réussir à effrayer la bête, et elle préférait ne pas gâcher ses munitions à essayer de faire fuir une créature qu'elle pouvait tout aussi bien essayer de descendre. De sa main gauche, elle était beaucoup moins précise, et elle risquait d'y laisser la peau. La balle qu'elle tirerait en l'air avait toutes les chances d'être celle qu'il lui manquerait quand elle en viendrait à l'affrontement que, pour l'instant, elle jugeait inéluctable. Alors, quand elle serait en train d'être dévorée vivante par la créature, elle maudirait Laroquette et ses idées à la noix, et lui ferait porter la culpabilité de son décès en mission. Cette pensée puérile lui mit un peu de baume au cœur, mais la nouvelle annoncée par le Colonel immédiatement après lui tira un franc sourire :

- Disparu vous dites ? Je n'ai rien à voir avec ça... mais c'est déjà ça de gagné. Bon, je vais faire comme vous disiez...

Elle leva le canon de sa Kalachnikov vers le ciel, et pressa une fois la détente. Une balle partit avec un claquement sec, très caractéristique de cette arme de légende. La créature se tassa sur elle-même, comme si elle craignait de recevoir la foudre sur la tête, mais elle ne s'enfuit pas. Au contraire, elle semblait même encore plus agitée par le bruit, la flamme, et elle prenait de toute évidence cela comme un défi. Elle lança un mugissement sauvage qui gronda dans l'air, et Lucija put voir l'espace d'un instant les dents gigantesque qui allaient se planter dans sa chair. Elle recula d'un pas, et appela fébrilement le Colonel :

- Tango Lima, trouvez-moi autre chose ! Ca n'a pas marché ! Vite, vite ! ... De la nourriture ? Mais c'est moi la nourriture ici ! Qu'est-ce que vous voulez que je lui donne !? ... D'accord, je vérifie... Je... Non, punaise, j'ai rien du tout. C'est pas vrai ! ... Euh... Tango Lima ? Pourquoi me "faire toute petite" ? Tango Lima ? Tango Lima répondez.

En retour, elle n'obtint qu'un silence éloquent. Le Colonel devait avoir temporairement coupé la communication pour vérifier quelque chose sans parasiter leur canal. Mais de quoi pouvait-il bien s'agir ? Et puis comment devait-elle faire pour "se faire toute petite" ? Voulait-il qu'elle s'allongeât sur le sol en mettant les mains sur sa tête pour se protéger de quelque chose ? Devait-elle se cacher derrière un rocher pour éviter un danger en approche qu'il pouvait voir sur son radar thermique ? Si oui, dans quelle direction devait-elle regarder pour être certaine de voir venir les policiers qui la traquaient ? Y avait-il un hélicoptère des forces spéciales en approche, qui la recherchait activement, et auquel elle devait échapper en faisant profil bas ? Il n'avait rien dit, et elle ne pouvait pas faire grand-chose hélas, sinon attendre d'autres consignes. Il y eut un déclic à peine perceptible qui lui indiqua que le Colonel s'était de nouveau branché sur le canal, mais elle n'eût pas le temps de lui demander des détails.

Dans sa tête, les pensées filèrent à la vitesse de l'éclair, et elle déploya un éventail d'émotions qui se trahirent sur son visage par une grande incompréhension. Au tout début, quand le Colonel parla de "tir de canon", elle faillit éclater de rire. Un canon ? On n'était pas en guerre, et on n'était pas en 1944. En règle générale, on n'utilisait pas l'artillerie pour soutenir un agent infiltré dans une maison, et dont l'objectif était de ressortir en vie et discrètement. Elle se demanda si Laroquette n'était pas devenu fou, et s'il ne se moquait pas purement et simplement d'elle. Toutefois, cette pensée s'envola lorsqu'elle entendit le mot "danger". En mission, on n'employait jamais ce terme sans une raison sérieuse, ce qui signifiait présentement qu'elle allait réellement être soumise à un tir de très gros calibre sur sa position. Le temps de comprendre de quoi il retournait, et de lancer des ordres à son corps endolori, il était trop tard, et les premiers projectiles commençaient déjà à s'abattre sur la zone.

Elle n'entendit même pas la détonation accompagnant leur sortie du canon, et eût simplement la surprise d'entendre une série de sifflements légers une demi-seconde avant de sentir la terre trembler brusquement sous ses pieds. Les galets volèrent en éclats et de gigantesques colonnes de sable s'élevèrent dans le ciel, accompagnés des morceaux de bois des troncs d'arbres étendus non loin. La puissance de feu dudit canon était colossale. Lucija lâcha un cri de surprise et plongea à terre sans se soucier pour l'instant de son poignet blessé, avant de ramper tant bien que mal derrière un abri de fortune, un petit rocher qui la protégerait des projectiles que constituaient désormais les débris catapultés à toute vitesse par la force de pénétration des petits obus. Et puis, comme si la colère divine s'était soudainement atténuée après avoir déchaîné sa puissance sur ce coin de plage, le calme revint totalement, et la jeune femme se retourna sur le dos en gémissant de douleur. Son poignet lui faisait un mal de chien, et en plongeant dessus elle n'avait rien arrangé à sa situation. Mais elle avait d'autres chats à fouetter. Le Colonel venait de lui indiquer que la voie était libre, et qu'elle pouvait continuer sa route. L'ours avait pris peur, et elle avait désormais une opportunité de fuir, avant que le vacarme causé par la canonnade n'attirât des policiers zélés.

Elle se remit sur ses deux jambes, et continua son chemin aussi rapidement que le lui permettait sa cheville fragile sur laquelle elle peinait à s'appuyer. Les galets étaient une véritable torture pour elle, car ils constituaient un sol inégal et dangereux, peuplé de multiples obstacles. Elle jeta un bref coup d'œil aux impacts profonds laissés par les munitions qui lui avaient sauvé la vie, et se dit que l'enquête allait forcément permettre à la police polonaise de comprendre que de très gros moyens avaient été utilisés pour capturer Lisiak et lui extorquer des informations. Il faudrait déployer des trésors d'inventivité pour dissimuler la présence de l'ORS sur les lieux, et pour étouffer l'affaire auprès des journalistes. Mais ça, ce n'était plus son problème. Elle s'éloigna des lieux, et s'enfonça dans un bosquet pour redevenir invisible aux yeux d'éventuels poursuivants. Une fois à l'abri, elle lui lança avec une sincérité aussi rare que surprenante de sa part :

- Merci Tango Lima. Merci pour tout.

Elle ne s'attarda pas plus longtemps sur la séquence émotions, mais il était vrai qu'elle était passée tout près de la catastrophe, et que seule la réaction rapide et audacieuse du Colonel lui avait permis de sortir de ce mauvais pas. Elle ne l'appréciait toujours pas, le considérait comme un vrai salaud sadique et mesquin. Elle trouvait son attitude envers Abigail détestable, et elle le jugeait aussi borné que ringard et vieux jeu. Toutefois, elle devait reconnaître qu'ils travaillaient plutôt bien ensemble, et surtout il lui avait fait confiance pour se lancer dans cette mission là où d'autres l'auraient simplement mise au placard. Il avait tout misé sur elle, et elle lui avait prouvé qu'elle en valait la peine. Elle éprouvait une certaine fierté, et un psychologue qui serait passé par là aurait pu deviner qu'elle retrouvait pour la première fois depuis longtemps une figure paternelle vers qui se tourner. Certes, elle était en conflit avec lui, mais c'était un conflit qui lui servait à s'affirmer et à s'améliorer. Toutefois, elle avait toujours abandonné ses parents, et elle savait que ce genre de situations ne pouvait pas durer. Elle n'était pas faite pour s'attacher aux gens, et elle finissait toujours par les décevoir, d'une manière ou d'une autre.

Ereintée, blessée et quelque peu perdue, elle ne put s'empêcher de rire à la réflexion du Colonel. Un rire si soudain et si inattendu pour elle qu'il se transforma en un grognement de douleur, à cause de son corps meurtri. Elle s'arrêta en prenant appui sur un arbre, son souffle court nettement audible à Washington, avant de répondre :

- Vous ne pouviez pas vous en empêcher, n'est-ce pas ? Vous alors...

Leur complicité était d'autant plus étrange qu'ils se détestaient réciproquement, mais il fallait croire que la Pologne avait réussi à leur faire prendre conscience de leurs similitudes. Ils étaient aussi différents qu'un chien et un chat pouvaient l'être, mais ils n'en demeuraient pas moins proches car ils vivaient dans le même monde fait de violence et de sang, ils avaient les mêmes armes à leur disposition, et ils savaient que la connaissance, l'information, les machines et les sciences ne remplaçaient jamais l'humain et sa capacité à innover sur le terrain. Ils étaient deux soldats, en somme, et après avoir traversé des épreuves chacun de leur côté, ils se comprenaient sans avoir besoin de mots, sans avoir besoin d'expliciter leurs sentiments. Cette plaisanterie de la part du Colonel était là pour faire retomber la pression, certes, mais c'était surtout une manière de dire : "je suis content que vous en soyez sortie". Et sa réponse à elle n'était qu'un "merci" un peu maladroit.

Suivant fidèlement les directives de Laroquette, qui continuait à lui donner des indications, elle fila tout droit hors du couvert des arbres, et traversa le fameux terrain vague. Il faisait environ 300 mètres de long, d'après la voix dans son oreille, mais il faisait si sombre qu'elle aurait été bien en peine de pouvoir le dire. Elle était de toute façon trop concentrée sur le sol autour d'elle pour regarder devant. Elle craignait de mettre le pied dans une irrégularité du sol et de repartir sur une chute violente. C'était souvent dans les derniers mètres qu'on faisait le plus d'erreurs, et que l'on oubliait la prudence élémentaire. Elle devait rester concentrée jusqu'au dernier moment, et même encore un peu après. Elle finit par arriver à la route qui symbolisait son retour à la liberté, et la fin de son infiltration, et regarda des deux côtés sans voir un seul véhicule en approche.

- En stop, ça va pas être évident. Il n'y a vraiment personne dans ce trou... Tango Lima ? Vous me recevez ? Je vous reçois faible et haché... Tango Lima ?

Elle comprit soudainement que sa batterie était vide, en mettant bout à bout les bribes criées par le Colonel. Pour ce genre de cas, elle partait toujours avec une batterie externe. Elle faisait approximativement la taille d'un paquet de chewing-gum, et servait à recharger à peu près n'importe quel dispositif électrique : un téléphone portable, une radio perfectionnée, n'importe quoi. Elle ne gagnerait que quelques dizaines de minutes, une heure avec de la chance, mais c'était déjà ça. Elle en gardait toujours une sur elle pour parer aux coups durs en mission. Par réflexe, elle sortit la batterie, mais au moment de devoir la brancher sur la radio, elle marqua un temps d'arrêt, et évalua sa situation.

Si elle maintenait le contact avec le Colonel, elle serait obligée de procéder à un débriefing de sa mission, et elle devrait rentrer à Washington. A partir des informations qu'elle avait trouvées, qu'il faudrait des semaines pour déchiffrer entièrement, on monterait une opération spéciale pour aller débusquer les types qui essayaient d'exploiter le Solanum. Si elle avait de la chance, elle serait de la partie, mais elle devrait encore travailler dans une chaîne de commandement stricte, et elle n'aurait aucune liberté d'action. Elle devrait écouter les ordres débiles qu'on lui donnerait, alors que ce qu'elle souhaitait elle, c'était faire son enquête comme elle l'entendait, et découvrir les secrets de leurs ennemis à sa façon.

En revanche, si elle ne rentrait pas à la base tout de suite, elle pouvait prendre de l'avance sur l'ORS, mettre en place une surveillance, et essayer de glaner des informations en avance. Elle savait déjà par où commencer, en plus, grâce aux révélations de Lisiak qui lui avait donné un nom et un lieu. Mais cela signifiait couper le contact avec l'Initiative, et se débrouiller seule. De toute façon, ils n'avaient jamais prévu de venir la chercher, et ils lui avaient très clairement fait comprendre qu'après son infiltration, elle serait livrée à elle-même, dans la nature polonaise. Au lieu de fuir vers l'Allemagne et ensuite essayer de rejoindre les Etats-Unis, elle pouvait prendre la direction de la Russie, et de là rejoindre l'Inde. C'était une façon comme une autre de ce sortir du traquenard, et d'échapper à la police qui la rechercherait activement.

Elle laissa donc le Colonel s'épuiser à l'appeler, jusqu'à ce que ses paroles s'éteignissent comme un feu mourant dans l'âtre, puis consulta sa boussole attachée à sa montre. Elle devait aller vers l'Est, ce qui signifiait prendre sur sa droite. Avec lenteur, handicapée par sa jambe blessée, elle commença à marcher bien décidée à s'éloigner autant que possible de la maison de Lisiak. L'enquête allait probablement mettre une bonne journée à établir qu'elle avait été sur les lieux, et il faudrait ensuite établir par quel chemin elle avait fui, ce qui leur prendrait probablement une journée supplémentaire. Enfin, ils mettraient tous les moyens à leur disposition pour la localiser, avec des hélicoptères, des barrages aux frontières, etc... Cela lui donnait donc un peu de temps pour trouver un véhicule et quitter le pays prestement. Il faisait encore nuit noire pour l'heure, et elle était certaine qu'elle finirait par arriver à une route plus fréquentée, où elle trouverait des camions de transport de marchandises qui ralliaient la Russie. Elle n'aurait qu'à en arrêter un.

Pas après pas, elle se rapprochait de son nouvel objectif. Le docteur Stephens à Bombay.
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MessageSujet: Re: [En cours] Varsovie (Pologne) - Firewall Lun 29 Sep - 21:26


Laroquette suivait toujours la progression de son agent, Lucija Radenko, alors que le satellite et le drone continuaient de balayer de leurs yeux électroniques le champ de bataille miniature qui s’étendait à des centaines de kilomètres de distance. Plusieurs fois dans sa carirère de militaire d’active pour l’armée américaine, le colonel avait pu observer et coordonner des actions s’étendant sur des dizaines de kilomètres carrés, coopérant avec des frappes aériennes dispensées par un imbécile de l’Air Force qui mettait un temps fou à choisir les unités à envoyer sur le front. Pourtant c’était pas sorcier, et les gens de l’Air Force étaient supposés être vifs d’esprit ! Fort heureusement, cet imbécile avait fini par se faire virer, et Laroquette avait pris pour pli de ne jamais avoir à inclure des appareils de l’Air Force dans ses plans. Mais cette fois, il n’avait qu’un seul diamant ‘allié’ sur son écran, au milieu d’une marée de carrés ‘ennemi’ et des animaux sauvages tout aussi hostiles à son agent.

Mais il savait qu’il y avait une chose certaine dans cette mission pleine d’incertitudes. Parmi un simple accrochage entre des mercenaires et des policiers qui avait dégénéré en véritable bataille rangée (merci l’agent et son doigt chatouilleux sur la détente), des ours qui n’étaient même pas sensés être là et pourtant l’avaient forcé à se servir de l’arme montée sur son drone, le satellite qui avait des sautes dans son logiciel de prise de vue, il y avait une constante. Quand un agent ne chargeait aps totalement sa radio avant de partir sur le terrain, on se retrouvait sans contact radio ! Laroquette était un maniaque des communications, chaque fois qu’il avait des recrues à l‘entrainement, il leur faisait au moins un ou deux exercices pour leur montrer l’importance d’une communication claire entre eux lors des missions. Soit il faisait partir en exercice une ou plusieurs recrues avec des radios défectueuses, soit il les faisait partir sans breifing sur la situation, juste pour voir comment ils allaient se débrouiller. Et là, ça arrivait en pleine opération à l’étranger, avec le décalage horaire de 6 heures et une situation tactique peu reluisante.

Mais il avait confiance en son agent. Il refuserait de l’admettre face à elle, mais… elle faisait partie des meileurs agents qu’il avait eu sous ses ordres. C’était certes une emmerdeuse avec de gros problèmes concernant l’autorité et l’équipement réglementaire, et un tempérament impossible qui avait déjà fichu par terre le splans les mieux organisés. Enfin, si tant est que les civils qui avaient organisé les dernières missions aient jamais organisé des missions correctement. Il doutait qu’un jour Lorenson en particulier ait l’intelligence de ne pas imaginer un plan d’action hyper compliqué juste pour fanfaronner sur son intelligence. Ce genre de comportement était pour lui un summum de pédanterie et le hérissait profondément. A moins que ça ne soit le fait qu’une scientifique civile ait réussi à atteindre un tel statut au sein de l’Initiative. Cependant, il reconnaissait qu’elle approtait des résultats uniques sur la table, et qu’on ne pouvait que s’incliner devant ses résultats… Mais ça ne l’empêchait pas de la détester cordialement !

Alors q’il formulait ces pensées, deux appels lui parvinrent simultanément. Reprenant ses réflexes de militaire et aboyant de ne lui parler qu’un à la fois, il apprit que le satelite devait être mis en maintenance pour de bon, au même moment que les techniciens du drone devaient le retirer de la zone pour ravitailler en carburant. Il donna son accord, avant de reprendre la radio.
« Lima Romeo à l’aveugle, ici Tango Lima… Le satellite et le drone doivent quitter la zone. Surveillance suspendue jusqu’à nouvel ordre. J’attend votre rapport demain 8h locale. Si je ne l’ai pas… Bon courage pour rentrer au pays saine et sauve. Ne nous faites pas attendre plus que nécessaire ! Sinon n’oubliez pas ce que je vous avais promis en partant : vous aurez un aperçu inégalé sur le gout de vos ovaires sans anesthésie ! … Enfin bref… Rentrez rapidement. Et sans faire de vagues cette fois ! Bonne chance... Tango Lima out.»

Il coupa la liaison radio et se laissa aller sur le dossier de son fauteuil, jetant son micro-casque sur le bureau devant lui en fermant les yeux, alors qu’au fur et à mesure, les écrans se couvraient de statique quand les caméras du drone et du satellite étaient mises hors service. Quelques années plus tôt, le colonel Laroquette aurait célébré une mission réussie par un cigare, mais la dernière fois qu’il l’avait fait dans son bureau, il avait involontairement déclenché une alarme incendie. Jusqu’à présent, personne sauf lui n’avait jamais su la vérité sur l’origine de cet incident. Mais ici il ne sa faisait aucune illusion. Demander à Radenko de ne pas faire de vagues ? Autant demander à Lorenson, ce robot sans émotions autres que la condescendance, d’avoir un dîner romantique avec un homme, ou de demander à Tuck, ce bordélique notoire, de faire de la place sur son bureau ! Elle allait rester terrée dans un trou en Pologne le temps que les choses se tassent un peu, puis elle rentrerait au bout d’une semaine,  peut être deux. Trois au maximum, clandestinement pour éviter les avis de recherche qui ne manqueraient pas d’ête émis à son intention pour terrorisme…

Ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne commencent à tomber, alors qu’il ne s’attendait même pas à recevoir de nouvelles de son agent avant un bout de temps.

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Tentative de meurtre sur le sol polonais
Terrorisme
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