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[FINI] Los Angeles, USA - Pieces of Minds (Abigail - PNJ)

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MessageSujet: [FINI] Los Angeles, USA - Pieces of Minds (Abigail - PNJ) Dim 1 Fév - 23:53

Spoiler:
 


Rentrer chez elle fut à la fois source de soulagement et de désespoir pour Abigail. Pendant encore deux semaines après son extraction de ce qu’elle pensait être l’un des points d’accès de l’Enfer sur Terre, elle avait suivi débriefing sur débriefing. D’abord avec le général Takio, pour tout l’aspect général de sa captivité et la nature de ses geôliers. Avaient suivi Sam Briggs et Thomas Laroquette, respectivement sur les points scientifiques et militaires de la question. A sa grande surprise, elle avait trouvé Laroquette presque humain. Lui qui était d’ordinaire si insupportable envers les agents civils de manière générale, et avec les membres du département scientifique en particulier, elle-même en tête, avait semblé presque humain aux yeux d’Abigail. Elle n’était de loin pas la plus grande experte de l’âme humaine, et espérait ne jamais avoir à en explorer toute la noirceur, mais des entrevues qu’elle avait eu avec lui, elle avait cru sentir un changement dans son comportement envers elle. Elle avait déjà eu un doute à son réveil. Elle savait que Maria était une professionnelle de très haut niveau, mais convaincre le colonel Laroquette de leur allouer la totalité de leur budget, sans la moindre coupe ? C’était trop beau pour être vrai… Etait-il humain après tout ?

Et la question que tout le monde se demandait à son sujet lui revenait en tête par la même occacion. Abiagil Lorenson était-elle humaine elle aussi ? Après plusieurs semaines de rééducation physique par le personnel médical de l’Initiative, elle avait retrouvé l’intimité de son appartement dans le centre de Washington DC, et en rattrapant son retard de lecture dans le spublications scientifiques auquelles elle était abonnée, sa concentration n’était plus la même. Dès que le sujet des articles traitait de virologie ou d’une discipline connexe, son esprit se remettait à vagabonder. Chaque fois que certains termes techniques étaient mentionnés, la scientifique, inconsciemment, fermait les yeux derrière ses lunettes et revoyait les filaments d’ARN contre nature qu’elle avait manipulés. Le dernier article en date de publication traitait justement d’un modèle de séquenceur qu’elle avait essayé d’obtenir durant sa captivité, afin d’attirer l’attention. Ce fut le coup de grâce pour son esprit qui marchait sur le fil du rasoir depuis environ 8 mois en menaçant de sombrer dans la folie. Elle avait réussi à obtenir du général Takio que ses séances de psy aient lieu dans le cadre civil, en dehors de la base. En lui fiasant signer ses formulaires de sorties de l’infirmerie, Maria lui avait laissé les coordonnées d’un praticien à Los Angeles, consultant pour l’ORS. Spécialiste du stress post-traumatique, l’organisation faisait souvent appel à lui pour les agents civils qui avaient besoin de soutien psychologique. Des agents comme Abigail en ce moment.

Ce fut donc avec des larmes silencieuses aux yeux qu’elle décrocha son téléphone en ressortant de son sac les coordonnées que Maria lui avait données en partant. Il fallait qu’elle vide son sac sur ce qu’elle avait vécu. Elle haïssait de l’admettre, même à elle-même, mais elle avait beosin d’aide si elle voulait traverser cette passe de sa vie. Mais surtout, elle pourrait profiter de ses entrevues pour autrechose. En effet, sa réflexion sur sa captivité la ramenait au même point de départ. Qu’importe la manière dont elle tournait le problème, Lucija Radenko, sa partenaire de mission, était l’origine de ce qu’elle avait subi. Elle la savait capable de s’évaporer dans la nature aussi sûrement que la rosée du matin, mais elle n’en restait pas moins humaine. Et ainsi elle restait soumise aux mêmes règles que le commun des mortels, et avec l’aide d’un psychologue, elle pourrait se faire une idée e l’endroit où Lucija aurait pu fuir en partant d’Inde. Elle dût cependant faire de gros efforts sur sa voix pour ne paraitre ni avaide de vengeance, ni aussi désespérée qu’elle n’était en réalité d’obtenir des réponses. Heureusmeent que le téléphone empêchait son interlocuteur de voir les larmes qu’elle s’emrpessait d’essuyer d’un revers de main en composant le numéro.
« Allô ?... Docteur Talbot ?... Abigail Lorenson à l’appareil… Quel jour puis-je prendre rendez-vous avec vous ?... J’ai besoin d’aide… »

**********

Los Angeles – Janvier 2015

James Talbot commençait très tôt ses journées, en comparaison d’autres psychologues ou psychanalistes. En effet, il mérpisait certains de ses confrères, parfois ouvertement, qui profitaient de leur emprise sur le besoin de certains de leurs patients pour trouver la paix psychique pour en extorquer le maximum d’argent. Le docteur Talbot, lui, croyait encore au serment qu’il avait prêté en devenant médecin, et auqel il ne cessait de se raccrocher depuis qu’il avat étudié la psychiatrie et la psychologie en école de médecine, puis dans une université de San Fransisco. Il aiderait toujours ses pateints à se rétablir, quels qu’en soient les moyens. C’est pour cette raison qu’avant chaque journée de trvaail et chaque entrevue avec un patient, il prenait le temps de relire leur dossier et les notes qu’il avait prises de leurs séances précédentes. Et ce matin, le dossier qu’il avait reçu de Washington DC était… intéressant, c’est le moins qu’on pouvait dire.

Il allait à nouveau avoir affaire à un agent civil de l’ORS. Mais cette fois, ça ne serait ni un flic infiltré dans une mafia vampirique qui avait perdu les pédales, ou un réserviste qui avait oublié les sensations du combat. Cette fois, c’était une scientifique, qui avait passé un sale quart d’heure de 7 mois à travailler sur du Solanum pur non stabilisé. Et d’après les échanges qu’il avait parfois avec son contact, le Docteur Maria Jankowskiova, sa pateinte était plutôt secouée par l’expérience, même en refusant de l’admettre. A ce qu’il avait échangé, le docteur Abigail Lorenson, conue comme le loup blanc dans le domaine de la biologie moléculaire pour son inflexibilité maladive quand il était question de travail qui donnaient lieu à des résultats souvent novateurs, allait avoir besoin de tout le soutien psychologique qu’il pourrait lui apporter pour lui permettre de reprendre une vie normale. Et à ce qu’il avait entendu de sa voix la semaine précédente au téléphone, il sentait que le travail serait massif…

Précise comme une horloge, Abigail se présenta pour sa consultation au cabinet du Docteur Talbot à 8h30, ce dernier l’accueillant à s’installer dans un profond fauteuil en cuir face à lui. Les deux protagonistes étaient séparés par une table basse en verre sur laquelle étaient disposés les derniers journaux scientifiques auquel Talbot était abonné, notamment le Journal of Cognitive Neuroscience et Nature, ainsi qu’une cafetière. Les titulaires de doctorat étaient souvent accros à la caféine, et les deux ne faisaient pas exception à la règle. Talbot avait englouti des litres de ce breuvage pour tenir les gardes de nuit de son internat, et Abigail avait gagné (sans jamais qu’on le lui dise) le surnom « Abi la pile électrique » à White Sands grâce à sa consommation industrielle durant ses nuits blanches à répétition. Alors qu’il ouvrait sur ses genoux le dossier d’Abigail qu’il avait imprimé le matin même, Talbot entma la conversation.
-Docteur Lorenson, mettez-vous à l’aise, je vous en prie. Vous avez fait bon voyage ?
-Vous savez ce que c’est… Correspondance par Atlanta en arrivant de Washington, je suis arrivée hier soir. Mais ce n’est pas pour ça que je suis venue vous voir… J’ai… J’ai…
-Docteur, je connais bien l’une de vos collègues sur DC… Je sais que vous ne l’admettrez jamais, ni à vous-même ni à n’importe qui, mais il n’y a aucune honte à le dire. Vous avez besoin d’aide. Et si vous m’aidez, je pourrai vous aider en retour…

Abigail sentit monter une boule dans sa gorge. Elle refusait systématiquement toute aide quand elle travaillait. Même en toute circonstance. Elle n’avait pris des assistants et des équipiers que très récemment, quan elle avait essayé de suivre son propre calendrier sur des travaux trop ambitieux pour qu’une seule personne puisse tout faire elle-même. Mais face à lui, elle ne craquerait pas. Elle enfila son masque de détermination avant de livrer ce qui lui pesait sur le cœur depuis plusieurs mois. Mais après tout, le visage amical et plein de compassion de son thérapeuthe l’aidait à se détendre peu à peu, et elle entama le déballage de ses pensées, avec un objectif en tête.
« Docteur Talbot, avez-vous toujours la même foi en votre métier qu’au premier jour ?... Depuis que je suis passée par cet endroit, et je vois que vous avez sur vous mon dossier, vous savez ce que j’ai fait. Ce qu’on m’a forcé à faire. Depuis quelques semaines, j’ai l’impression de perdre la passion qui m’avait fait devenir femme de sciences, et qui m’a fait intégrer l’Initiative... Mais aujourd’hui, j’ai l’impresion d’avoir à fuir pour un moment, le temps que tout retombe… Pour oublier… Mais sans savoir où aller… Et je me demandais si un connaisseur de l’âme humaine saurait conseiller à une personne comme ça où aller… »
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [FINI] Los Angeles, USA - Pieces of Minds (Abigail - PNJ) Mar 24 Mar - 13:48

Talbot observait Abigail avec une grande attention, conscient que la jeune femme ne lui faciliterait pas la tâche. Elle était sans aucun doute l'un des esprits les plus brillants de sa génération, et si elle n'avait pas étudié à fond des ouvrages de psychologie, elle en savait sans doute assez pour déjouer les techniques que les hommes comme lui mettaient en place pour mettre leurs patients à l'aise, les aider à se détendre et à se confier. Il avait beau tourner et retourner le problème dans sa tête, il lui semblait que la jeune femme représentait un défi trop grand pour les théoriciens de la psychologie clinique, qui n'avaient pas dû prévoir qu'une scientifique à la mémoire prodigieuse viendrait un jour en consultation. Et c'était à lui de gérer le coup, forcément. Il marqua cependant des points en lui faisant admettre, même si elle se refusa à le dire à haute-voix, qu'elle avait besoin de son aide. Il connaissait particulièrement bien les gens qui avaient son profil, et il en retrouvait dans tous les domaines : des policiers qui ne savaient pas se reposer sur un coéquipier, des militaires qui peinaient à admettre qu'ils étaient victimes d'un stress post-traumatique. C'était un cas assez classique, et plus elle résisterait, plus les séances dureraient longtemps. Le problème était que « vouloir lâcher prise » n'était pas possible. Il lui faudrait trouver les clés pour se détendre, se libérer de ce qui la tourmentait, et se laisser aller vraiment, sincèrement.

Toutefois – et Talbot aurait dû s'y attendre, connaissant le spécimen qu'il avait en face de lui –, le docteur Lorenson décida de prendre le taureau par les cornes. Plutôt que de se montrer réticente, elle voulait expédier les séances de psychothérapie aussi rapidement que possible, et pour cela elle était prête à livrer tout ce qu'elle avait en tête et sur le cœur. Néanmoins, ce n'était pas cela qui l'aiderait à se sentir mieux, sans quoi elle n'aurait pas eu besoin de lui parler à lui, et elle aurait tout aussi bien pu se confier à une amie. Mais d'après ce que lui avait dit Maria, elle n'avait que peu de personnes qui correspondaient à cette définition. Elle lui avait bien parlé d'une femme, une certaine Lucija, mais quand il avait demandé où elle se trouvait – il aurait bien voulu l'appeler pour obtenir des infos sur sa patiente –, Maria lui avait répondu qu'elle était indisponible pour le moment. Dommage.

Talbot, qui était doué d'une grande qualité d'écoute, laissa Abigail terminer de se livrer. Il décelait des manœuvres derrière la sincérité qu'elle s'efforçait d'afficher – il connaissait bien la technique –, mais il ne voyait pas exactement où elle voulait en venir. De toute évidence, il lui manquait des éléments de compréhension, qu'il lui faudrait mettre au jour pour retourner le stratagème qu'elle était en train de mettre en place, et essayer de construire une relation de confiance. Conscient que les choses ne se passaient pas tout à fait de manière académique, il déposa le carnet de notes qu'il tenait en mains sur un guéridon proche, et se pencha en avant, croisant ses mains. D'une voix parfaitement amicale, il lança :

- Vous ne m'aidez pas vraiment, Docteur… Vous n'aidez pas non plus les gens qui croient que vous venez ici pour vous faire aider en toute sincérité. Des gens très biens viennent me consulter, certains pour parler de leurs problèmes, d'autres ne viennent que pour essayer de trouver ce qui les bloque. Croyez-moi, j'ai vu de tout ici, et j'ai tout entendu. Je sais aussi que vous n'êtes pas encore prête à lâcher prise, même pas un peu…

Il marqua une pause, et eut un sourire amical. Ce n'était pas un reproche, loin de là. Simplement une constatation. La constatation que cette heure pouvait rapidement devenir pure perte, et qu'elle ne devait rien en attendre. Elle voulait absolument se confier, mais elle n'était même pas ouverte à ses propres tourments. Elle voulait lui parler des problèmes qu'elle avait identifiés, alors qu'elle était loin d'avoir creusé son subconscient pour y dénicher les choses qui la bloquaient fondamentalement. Il reprit, avec toujours la même voix calme et apaisante :

- Je vais tout de même vous aider du mieux possible, docteur Lorenson. Parce que je crois sincèrement que nous pouvons arriver à des résultats. Le plus important d'abord est de créer un climat de confiance. Je ne suis pas là pour vous juger, ni pour vous accabler. Vos décisions, vos sentiments et vos pensées sont pour vous seule, et je ne suis là que pour vous aider à en comprendre le sens, par pour les influencer. Vous repartirez d'ici maîtresse de vous-même, comme vous l'avez toujours été.

C'était la vérité, mais il se devait de le dire. Ce n'était pas un grand jeu de manipulation, à qui réussirait à influencer l'autre pour lui retourner le cerveau. Il s'agissait davantage de comprendre ensemble les tenants et les aboutissants d'un geste, d'une pensée, d'une peur. Il ne chercherait pas à exhumer de sombres secrets pour l'enfoncer, mais il ne renoncerait pas à sa quête à cause de la noirceur ou de la violence de ce qu'elle avait pu vivre. Sa formation lui avait appris à laisser glisser ce genre de choses sur lui, et il avait déjà entendu des atrocités telles que rien ne pouvait plus le toucher désormais.

- Vous pouvez me faire confiance. J'ignore si on vous a fait du mal, si on vous a blessée, si on vous a trahie. J'ignore si quelqu'un s'est moqué de vous, ou si on a abusé de votre confiance. Mais vous pouvez croire en moi. Pas seulement parce que j'ai prêté serment, mais aussi et surtout parce qu'en entrant dans cette pièce, vous m'avez demandé une aide que je suis prêt à vous apporter de manière inconditionnelle.

Il sentait que ses paroles commençaient à avoir de l'effet sur sa patiente. Il le devinait à certaines micro-réactions. Elle devait souvent être dans la maîtrise de soi, assurément, mais après ce qu'elle avait vécu son masque se craquelait. Il la sentait mal à l'aise sur ce divan : elle aurait sans doute préféré être assise en face de lui, droite et fière. Elle ne pouvait pas dissimuler ses mains et ses jambes, et il percevait chaque réaction même involontaire. Il ne savait pas comment elle réagissait, si elle était convaincue ou agacée, mais en tout cas il savait qu'elle était là, qu'elle était réceptive, et qu'elle répondait d'une manière ou d'une autre. Bien. Changeant de sujet pour lui laisser le temps de souffler et d'intégrer ce qu'il venait de lui dire, il entreprit de répondre à ses questions :

- Je vais m'efforcer de vous donner des réponses sincères, docteur Lorenson. J'espère que cela nous aidera à établir un climat sain et ouvert au dialogue, voulez-vous ? Pour être tout à fait franc, si j'avais dû répondre à votre question il y a quelques années, je vous aurais dit que j'avais perdu la foi dans ma profession… On voit et on entend des choses difficiles, on prend des décisions parfois mauvaises. Il arrive même que l'on se trompe. Nous ne sommes pas des dieux, en dépit de tous les diplômes qui nous font croire que nous connaissons, que nous comprenons. On peut signer un document attestant qu'une personne est guérie, alors qu'elle nous a trompée. Les conséquences peuvent être terribles.

Il sentit que la jeune femme voulait en savoir davantage sur son histoire, sur son récit, mais il se garda bien de tout lui raconter. Pas parce qu'il ne le voulait pas, il avait fait depuis longtemps le deuil de cette affaire, et il avait clairement tourné la page, mais bien parce qu'ils n'étaient pas là pour faire sa thérapie à lui. Il enchaîna :

- Je ne connais pas un psychologue qui, arrivé à mon âge, n'ait eu envie un jour d'arrêter. Pour retrouver une vie normale, pour se libérer du poids que notre profession implique. Mais vous savez quoi ? Beaucoup continuent, et ceux qui décident de quitter leur profession continuent immanquablement à aider les autres dans leur quotidien. C'est plus fort qu'eux. Parce que nous ne devenons pas psychologues pour l'argent, ou pour la notoriété. Nous ne devenons même pas psychologues pour aider les autres : ça c'est la raison commode derrière laquelle nous nous cachons. La vérité est ailleurs, docteur Lorenson, tout comme la réponse à votre question se trouve là où vous ne la cherchez pas.

Il inspira profondément. La réponse était simple. Ils devenaient psychologues parce qu'ils avaient un besoin très personnel de comprendre les gens. Une peur, peut-être. La peur de se retrouver face à des situations qu'ils ne comprendraient pas, et donc ne sauraient pas gérer. Il y avait un tel plaisir à pouvoir cataloguer même les actes les plus irrationnels derrière des mots scientifiques. Pervers, névrosé, psychotique. L'ensemble du monde classé en trois petites catégories. Avec des réponses toutes faites, le sentiment de pouvoir appréhender n'importe quoi, comment arrêter ? Comment replonger dans un monde plein de doutes, plein de questions sans réponses, plein de peurs terribles ? Talbot préféra ne pas trop en dire pour laisser le docteur Lorenson arriver à ses propres conclusions, curieux de voir ce qu'elle tirerait de ses propos. Il rebondit toutefois sur ses dernières paroles :

- Un connaisseur de l'âme humaine ? Je ne sais pas s'il faut être connaisseur de l'âme humaine pour répondre à votre question. La plupart des gens ont déjà réfléchi à cela. Fuir. C'est une solution pleine de charme, même si elle présente de gros inconvénients. Souvent, ceux qui fuient ont du mal à laisser le passé derrière eux, et la distance seule n'aide pas à oublier. Ils utilisent tout ce qui est à leur portée pour ce faire. Ils se mentent à eux-mêmes, ils se dévouent à un nouveau travail, ils s'impliquent dans une nouvelle relation affective. Ou alors, ils sombrent… Je suis persuadé que ce n'est pas votre objectif, docteur, et que vous ne souhaitez ni fuir ni sombrer. Toutefois, chacun peut avoir besoin de se ressourcer, c'est vrai…

Il se leva, et alla chercher sur son bureau un petit globe représentant la Terre, et un cerveau humain modèle réduit. Il les déposa sur le guéridon, et reprit sa place :

- Voilà les deux endroits où vous pouvez chercher refuge, docteur. La question n'est pas de savoir où vous partirez, mais comment vous allez revenir. Si je cherchais à fuir, à aller dans un endroit où je pourrais oublier, j'irais naturellement là où personne ne penserait à me chercher. Je me réfugierais dans un coin de mon esprit dont personne ne soupçonnerait l'existence, ou j'irais dans un pays avec lequel je n'ai aucun lien. Retourner à ses racines, docteur, n'est pas une forme de fuite. Si vous retourniez chez vos parents, vous n'auriez pas le sentiment d'oublier. Tout comme retourner à votre travail ne vous donne pas la sensation d'apaisement que vous recherchez. Peut-être devriez-vous penser une autre activité ? Si vous êtes aussi acharnée au travail que moi, vous ne devez pas avoir beaucoup de temps pour faire du sport. Nul besoin d'être psychologue pour vous dire que c'est une chose saine, et que vous ouvrir à autre chose pourrait vous aider. Mais n'oubliez pas que l'important, c'est de pouvoir revenir de ce voyage...
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MessageSujet: Re: [FINI] Los Angeles, USA - Pieces of Minds (Abigail - PNJ) Lun 8 Juin - 21:38


Vous ne m’aidez pas.

Une phrase qui avait souvent accompagné Abigail dans sa vie, tant sous cette forme que sous celle (beaucoup plus rare) où on la tutoyait. Entre sa mère qui essayait d’expliquer des choses à sa fille qui lui opposait toutes sortes d’arguments souvent fondés, ses professeurs qui essayaient de trouver un moyen de l’évaluer sans enfoncer le reste de sa classe ou tout simplement de faire cours sans qu’elle ne leur pose une question trop pointue, ses camarades de classe quand elle leur donnait une explication à leur yeux incompréhensible mais qui était pour ses jeunes yeux claire comme de l’eau de roche, ou encore ses collègues à qui elle menait la vie dure dans sa poursuite implacable des secrets du vivant, elle connaissait bien la phrase, souvent prononcée soit avec le ton suppliant de celui qui n’en peut plus, ou le ton plus ferme de figures autoritaires qui essayaient de réfrener ses ardeurs.
C’était surtout Abigail elle-même qui prononçait ces mots, quand elle estimait que les choses ne filaient pas assez bon train à son goût. Le plus souvent, c’était vers 23h, quand elle était à court de café, fatiguée de sa nuit blanche précédente et qu’elle voulait vraiment finir un test ou un protocole important qu’elle finissait par perdre son calme. Alors elle devenait encore plus tyranique et irascible envers quiconque avait le courage (courage que les plus mauvaises langues qualifiaient de suiciaire) de la déranger, mais elle s’en excusait toujours le lendemain matin. Abigail était comme ça : frapper d’une main avant de panser de l’autre, pour assurer la cohésion de son équipe.

« Ces derniers mois j’ai fait l’expérience des pires trahisons imaginables. Vous avez servi dans l’armée ? J’ai été sur le terrain seulement 5 fois dans ma carrière, j’avais une confiance aveugle dans mes coéquipiers, surtout quand ils manipulaient de l’artillerie lourde. Vous imaginez ce que ça fait, quand ce coéquipier vous prend pour cible ? Quand vous vous retrouvez sans soutien d’une seconde à l’autre, livré à vous-même et que, par-dessus le marché on vous tire dessus… » Elle s’interrompit, sentant sa voix s’étrangler. Elle sentait qu’elle allait à noveau craquer si elle devait parler d’Al, mais il le fallait. Il fallait qu’elle exorcise ses démons, qu’elle tire un trait sur tout ça et aille de l’avant. Son thérapeute avait-il suivi un chemin similaire, et embrassé la psychologie afin d’être autant son propre guérisseur spirituel que celui de ses patients ? Avait-il connu une expérience traumatisante dans son passé, qui l’avait amené à suivre la voie de la psychologie pour éviter à d’autres d’en subir les effets ? Ou au contraire agissait-il par rédemption ? Elle ne saurait le décider e suite, elle préférait se concentrer sur ele-même avant de s’amuser à le décortiquer lui. En tous cas, Talbot était un orateur calme et patient, qui savait la détendre et lui faire prendre conscience que demander de l’aide pouvait être bénéfique, dans son cas.
« Si ça peut vous aider, j’aimerais bien exprimer ce que j’ai sur le cœur, des fois que la solution se trouve déjà parmi mes griefs. On m’a appris qu’un problème bien posé est un problème à moitié résolu, alors… Je crois comprendre que vous et moi sommes liés par la même clause de secret professionnel, je peux donc tout vous dire. »

Parler de son expérience ramenait les souvenirs à fleur de peau, et Abigail le sentait dans son corps. Elle avait développé ce tic imperceptible à la jambe droite après son opération de retour aux USA, chaque fois qu’elle repensait à cette nuit. Sa hanche se crispait pendant une fraction de seconde, alors qu’elle sentait de nouveau la douleur cuisante de la balle qui la traversait. Assise sur une chaise ça serait passé inaperçu, mais le divan laissait apparaitre la moindre réaction, même involontaire. Elle se sentait particulièrement vulnérable, comme mise à nu sous un regard observateur. Mais sa fierté reprit encore une fois le pas, et elle rassembla sa maitrise de soi en déglutissant avant de continuer plus en détail.
« Lucija avait gagné ma confiance, une chose que je n’accorde que difficilement, vous pouvez demander à n’importe quelle personne qui a travaillé avec moi plus de 2 mois. Une confiance forgée sur le terrain il y a environ un an. Une confiance qu’elle a foulée au pied en m’alignant à longue distance, comme pour ne pas avoir à me regarder dans les yeux quand elle le ferait… Même chose pour celui que je croyais, sincèrement, être le bon… Pour tout vous avouer, je n’attendais de lui qu’une question de sa part, une seule, et j’aurais dit oui instantanément. Mais non, il bossait en réalité pour ceux qui m’ont forcé à faire ces expériences contre nature et faisait de la contrebande… J’ai travaillé contre mon gré sur des expériences qui feraient passer l’unité 731 pour des enfants de chœur… J’ai… J’ai tué des gens innocents, même si je n’ai pas injecté directement le produit, je l’ai créé… »

Sa voix s’étrangla de nouveau, mais moins qu’au cours des mois précédents. Elle commençait à faire son deuil de cette relation, mais sur le coup se demandait si elle pourrait jamais accorder de nouveau sa confiance à… Quiconque, en fait. Lucija l’avait trahie au point de mettre sa vie en danger, et Al avait abusé de ses sentiments d’une manière qui la révulsait. « Depuis longtemps je n’ai fait confiance qu’à moi-même, à l’exception de mes plus proches collègues à Washington, et notamment Maria. Corrigez-moi si je me trompe, mais est-il possible de faire de nouveau confiance après tout ça ? A soi-même, aux autres ? Je suis en plein doute sur l’éthique et la morale de ma science depuis mon retour, je n’en dors pratiquement plus, déjà que je dormais peu avant… Pour rebondir sur votre idée de sport, un sport de combat devrait pouvoir aider à regagner la confiance en un adversaire en me rendant plus forte, non ? »

Partir là où personne ne vous chercherait. Une option bien tentante sur le coup. A la réflexion, c’était une décision à la fois pleine de sens et dangereuse. Personne ne chercherait quelqu’un là où on ne l’attend pas, mais en appliquant un raisonnement inverse, ça pouvait devenir le premier endroit où chercher pour écarter les solutions invraisemblables. Elle appliquait une méthode similaire dans son métier : plutôt que de demander ce que telle ou telle chose inconnue était, elle se demandait ce que ce n’était pas.
La scientifique fit tourner lentement le globe entre ses doigts. Elle repérait les pays qu’elle avait déjà visités, ceux qu’elle rêvait d’explorer, mais aussi ceux où elle avait été sans que personne ne le sache, et ne doive le savoir. Un bref sourire illumina son visage quand le Kenya passa sous ses yeux, et que le souvenir d’Aeryn et Mac en train d’échanger des blagues dans le désert. Puis à mesure qu’elle continuait son observation, une région attira son attention. Elle avait repéré au passage la Croatie natale de Lucija, mais comme l’avait laissé entendre Talbot, il ne fallait pas essayer d’y trouver son ancienne partenaire si elle voulait vraiment s’enfuir. Puis une zone attira son attention.

L’Afrique Noire. Berceau de l’humanité, foyer de nombreuses guerres civiles et de certaines des maladies les plus mortelles du globe. Le jihad et Ebola faisaient des ravages dans la région depuis des mois, le genre de coin que toute personne à peu près saine d’esprit éviterait, à moins d’être dans l’humanitaire ou le terrorisme. Mais Lucija était-elle saine d’esprit ? Après ce qui était arrivé… Abigail, si sûre d’elle en temps normal, commençait à en douter. Dans son esprit, on ne tirait pas sur la personne qu’on est sensé couvrir. Si ça se trouvait, Lucija avait vendu au plus offrant des divers groupes extrémistes locaux ses services d’assassin, ou comme officier d’entrainement, voire était partie par là-bas pour se tuer à petit feu d’une quelconque saloperie tropicale… Son métier avait dû lui permettre de se constituer un petit magot en cas d’urgence, sur lequelle elle devait sans doute à l’heure actuelle se reposer.
« L’Afrique… Je n’y suis allée qu’une fois, et encore, pour le travail… Peut-être pourrai-je y trouver ce que je cherche… »
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [FINI] Los Angeles, USA - Pieces of Minds (Abigail - PNJ) Ven 10 Juil - 9:51

Talbot écoutait très attentivement les propos de la jeune femme qui se trouvait en face de lui, en essayant de se focaliser sur ce qu'elle ne voulait pas qu'il vît. Elle avait l'impression de lui faire le simple récit d'événements qui s'étaient déroulés des mois auparavant – d'après ce qu'il avait pu en lire dans le dossier de sa patiente – mais en réalité elle replongeait dans des souvenirs qui étaient encore frais dans sa mémoire. Cela se voyait dans son regard légèrement absent, comme si elle revivait avec une acuité particulière les trahisons qu'elle évoquait. Prise pour cible par un coéquipier ? C'était une chose terrible, surtout pour des soldats… Certes, Abigail Lorenson était une scientifique, et non une combattante. Elle était un être solitaire, et pas un chien en meute comme pouvaient l'être les militaires. Ceux-ci apprenaient la cohésion, ils apprenaient le travail d'équipe, et surtout ils apprenaient à faire confiance aveuglément à la personne qui se trouvait derrière eux. Sans cette confiance, rien n'était possible, car s'ils n'avaient pas la certitude que leur compagnon était prêt à prendre une balle pour eux, alors ils ne pouvaient pas aller décemment au front. Beaucoup de soldats parlaient de cette relation comme plus forte que les liens qu'ils pouvaient établir avec leurs pères et mères, voire même avec leur épouse. Ce n'était pas une relation amoureuse, non, mais c'était la relation la plus forte de leur vie pour beaucoup. Surtout pour ceux qui avaient eu l'occasion d'aller sur les pires théâtres d'opération : les commandos, les membres des forces spéciales, et fatalement les membres de l'Initiative. Quand cette confiance était rompue, beaucoup de choses étaient remises en cause. Il arrivait fréquemment que les soldats eussent besoin de beaucoup de temps pour se remettre de la perte d'un camarade dont ils étaient particulièrement proche. Les cas de tir ami étaient encore plus rare, et d'après ce qu'Abigail lui disait, il ne s'agissait pas d'une erreur ou d'un raté. Le collègue dont elle taisait le nom lui avait tiré dessus délibérément, sans quoi elle n'aurait pas eu besoin d'un psychologue. Elle marqua une pause dans son récit, alors qu'elle était de toute évidence gagnée par l'émotion. Oui, la blessure dans sa chair s'était refermée, mais celle dans son âme béait encore, et la faisait souffrir le martyr. Talbot, le visage sérieux, glissa :

- Ce doit être terrifiant, docteur.

Il n'ajouta rien. Il n'avait jamais vécu une situation pareille, et si Dieu le voulait, il n'en vivrait jamais. Il ne pouvait pas lui dire qu'il comprenait, et il ne pouvait pas être le modèle sur lequel elle pouvait se reposer. Si c'était ce dont elle avait eu besoin, elle se serait rapprochée de vétérans qui auraient pu la conseiller, bien que le cas de trahisons sur le champ de bataille fût particulièrement rare. Trop, peut-être, pour qu'elle pût facilement trouver quelqu'un qui avait été dans le même cas qu'elle-même. Elle rassembla ses forces, et se domina pour mieux reprendre son récit, déterminée à aller de l'avant et à laisser derrière elle l'instant de fragilité qui avait faillir la submerger. C'était précisément cela qui risquait de la bloquer, mais il n'était pas encore temps de l'interrompre. Premièrement, poser les faits pouvait être bénéfique. Son esprit scientifique affûté fonctionnait en exprimant les problèmes et en les résolvant. Soit, il s'y adapterait, et jouerait selon ses règles. Il clarifia cependant un point :

- Ce n'est pas moi que vous voulez aider, docteur. Agissez selon ce qui vous semble le mieux pour vous. Dites-moi ce que vous avez envie de me dire.

Elle s'y employa avec force détail. Talbot ne prit pas son carnet, de peur d'interrompre le récit de la jeune femme et de susciter de nouveau la méfiance chez elle. Il se contenta donc d'écouter tout ce qu'elle avait à lui dire, et qui pouvait bien l'aider à comprendre pourquoi elle se trouvait dans cet état. Et à mesure qu'elle soulevait le voile sur ses activités secrètes, il devinait qu'il aurait fort à faire pour l'aider à se remettre. La pauvre âme avait été mise à rude épreuve, et il en fallait au moins autant pour forcer une femme aussi forte à mettre un genou à terre. Abandonnée par la première personne à qui elle faisait réellement confiance, trahie de la plus vile des manières par la personne qu'elle aimait, et contrainte de fouler au pied tous ses principes déontologiques et éthiques dans le cadre de son travail, elle avait subi une triple déchirure : amicale, amoureuse et professionnelle. Un cocktail délicat à gérer, car il était nécessaire de décortiquer chaque situation individuellement, sans nier leur caractère profondément interconnecté. Chaque trahison était unique et singulière, mais ses conséquences se cumulaient aux autres, les renforçaient et les complexifiaient. Le temps qui s'était écoulé n'avait pas aidé à simplifier les choses, mais il avait au moins eu le mérite de faire retomber un peu de la pression. La jeune femme était toujours à cran, cela se voyait dans son corps tendu – elle était sans doute convaincue de réussir à se maîtriser, mais sa posture était caractéristique des gens « faisant semblant » – et dans sa façon presque mécanique de raconter les événements. Elle parlait avec sincérité, mais toujours avec l'esprit analytique et précis d'une scientifique. Elle se raccrochait aux branches qui lui restaient : sa foi dans la Science avec un grand S, la seule chose qui ne l'avait pas laissée tomber. Elle acheva finalement son récit sur une question, et Talbot garda le silence quelques instants, essayant de répondre point par point à ce qu'elle venait de lui dire. Il avait décidé de converser avec elle, et elle attendait de lui une réponse à la hauteur de l'intellect prodigieux qu'elle avait à sa disposition. Il ne pouvait pas parler dans le vide, et elle guetterait le moindre de ses mots. Se jetant à l'eau, il commença :

- Vous avez subi des choses affreuses, docteur Lorenson. Vraiment. Vous êtes déjà très courageuse de réussir à en parler, et de pouvoir faire état de tout ce qui vous est arrivé. Vous me demandez s'il est encore possible de faire confiance… Vous connaissez déjà la réponse. Je crois que ce qui vous pose le plus de problème tient à ce que vous ne savez pas comment. Vous voyez cette horloge ?

Il lui désigna du doigt une belle horloge sur pied, d'une trentaine de centimètres de haut, qui trônait sur son bureau en émettant un tic-tac régulier et si doux qu'il ne dérangeait pas du tout leur conversation. L'objet, de belle qualité, devait être cadeau. D'un geste souple, il s'empara de ladite horloge, l'observant affectueusement, avant de la passer délicatement à Abigail. Il nota qu'elle l'examinait avec ses yeux de scientifique, comme si l'objet en question était d'une importance vitale. Souriant pour lui-même, il reprit :

- C'est une belle horloge. Faite main, sans doute. Elle a un défaut, cependant. Le voyez-vous ?

Il laissa la jeune femme s'exercer à le chercher. Elle tourna et retourna précautionneusement l'horloge entre ses mains, à la recherche d'une entaille, d'une imperfection, d'un défaut de fabrication, d'une réparation à peine visible ou d'un peu de vernis qu'on aurait rajouté pour atténuer une tâche. Apparemment, il n'y avait rien. Certes, aucun objet n'était fondamentalement parfait, mais il n'y avait rien qui méritait vraiment d'être relevé. Avouant son impuissance au psychologue, elle le laissa reprendre :

- Elle retarde. Très peu. Son mécanisme interne est légèrement déréglé, et vous pouvez voir qu'il n'est pas 8h42, mais 8h44.

Sans se retourner, il avait désigné du doigt une pendule qui se trouvait derrière lui, accrochée au mur, face à ses invités. Elle était beaucoup plus moderne, avec un système sans doute plus perfectionné, et si Abigail avait regardé son téléphone, elle aurait constaté que le psychologue avait raison. Il poursuivit son exemple en invitant la jeune femme à ouvrir la petite porte qui se trouvait sur l'avant de l'horloge, qui lui permit de découvrir le mécanisme, les rouages qui tournaient inlassablement à l'intérieur. C'était fascinant, et quelque part assez émouvant de voir comme toute cette machinerie continuait son travail avec une précision… ou plutôt une imprécision parfaite. Il reprit :

- Voici le cœur de cette horloge. Je suis sûr qu'à moins de quinze minutes d'ici, vous pouvez trouver quelqu'un qui saura la réparer, et me la ramener avant midi, en parfait état. Ce quelqu'un serait même capable de m'expliquer comment il se fait qu'elle retarde, mais je serais bien en peine de vous en dire davantage. Cependant, il y a une chose qu'il ne pourrait pas me dire… Il ne pourrait pas me dire pourquoi elle n'est pas à l'heure.

Sa démonstration prenait forme, et maintenant qu'il avait capté l'attention de la jeune femme, il récupéra l'horloge et la remit à sa place. Elle l'écoutait attentivement :

- Les humains ne sont pas très différents. Ils sont pour la plupart beaux et lisses en apparence, mais au fond ils ne donnent pas l'heure exacte. Parfois la différence est minime, parfois la différence est considérable. Ce qui est certain, c'est qu'il est possible de corriger cela. Avec de l'amour ou des électrochocs, avec des psaumes ou de la prison. Avec du yoga ou des coups de bâton. Il est toujours possible de réparer un mécanisme qui n'est pas cassé, un mécanisme seulement déréglé. Mais cela ne nous donne pas une idée du pourquoi il se dérègle.

Croisant les mains, il poursuivit :

- Si vous cherchez à comprendre comment on a pu vous trahir, vous y parviendrez. Vous trouverez peut-être à quel moment on vous a fait du mal, de quelle manière. Mais les raisons vous demeureront obscures, et vous souffrirez de ne pas les trouver. Vous aurez peur qu'on vous blesse à nouveau, vous aurez toujours l'appréhension que, derrière chaque belle parole se cache en réalité un mensonge. Savez-vous pourquoi je n'ai jamais fait réparer cette horloge ?

Il espérait bien la déstabiliser en changeant de sujet, comme pour la forcer à réfléchir. Il avait remarqué très rapidement qu'elle était du genre à se prendre au jeu. Il n'y avait pas de petit défi pour elle, et elle devait mettre autant d'application à faire ses recherches complexes qu'à faire ses mots croisés dans le journal. Elle était dévouée à tout ce qu'elle faisait, et tout ce qu'elle commençait sérieusement devait être entrepris avec beaucoup d'abnégation jusqu'à arriver au bout. Il jouait sur cette corde pour construire ce climat ouvert qui était nécessaire pour qu'elle pût trouver ses réponses. De toute évidence, elle était réceptive à sa méthode, et littéralement pendue à ses lèvres. Il ne se fit pas prier, et répondit à sa question rhétorique :

- Parce que je lui fais confiance. La confiance, ce n'est pas tant trouver l'horloge la plus précise du monde, que d'apprendre à vivre avec une horloge imparfaite. Vous voyez où je veux en venir ?

Bien sûr qu'elle voyait. Abigail Lorenson était une élitiste, qui recherchait toujours la perfection dans tout ce qu'elle entreprenait. Elle avait été trahie si violemment qu'elle se demandait si elle pourrait un jour retrouver une relation comme elle avait pu en partager avec cette Lucija, ou bien cet homme dont elle n'avait pas donné le nom. En réalité, elle ne retrouverait jamais une telle relation, chacune était unique. Leur fin signifiait leur disparition pure et simple, et elles n'existeraient plus jamais que dans sa mémoire prodigieuse. Elle pouvait toutefois trouver mieux, plus équilibré, et surtout moins parfait. Elle ne pourrait jamais être certaine que les gens qu'elle rencontrerait ne seraient pas « déréglés », mais elle devrait faire l'effort d'accepter le passé que chacun traînait derrière lui, et qui avait un grand rôle sur ce qu'il était dans le présent, et sur l'avenir qu'il entendait se construire. C'était la raison pour laquelle, souvent, les gens se faisaient confiance quand ils se connaissaient intimement. En comprenant mieux le parcours d'un individu, on pouvait prévoir ses réactions dans une certaine mesure, prévoir ses écarts, et lui accorder la confiance qu'il méritait. Sans le savoir, Talbot venait de donner quelques pistes à Abigail, qui pouvait essayer de chercher dans le passé de Lucija pour en savoir davantage. Ce serait difficile, assurément, et son dossier personnel – déjà rempli de blancs et de trous – était sans doute bien rangé. Toutefois, en creusant de son côté, elle pouvait toujours trouver des éléments intéressants pour sa quête secrète. Une quête dont le psychologue essayait de la détourner sans même savoir exactement de quoi il retournait. Laissant le docteur Lorenson assimiler ces premiers commentaires de sa part, il rebondit sur l'idée d'un sport de combat qu'elle venait d'évoquer :

- Vous pouvez commencer un sport de combat, oui, mais cela vous aiderait-il à vous apaiser ? Je n'en jurerais pas. Je ne suis pas le mieux placé pour vous conseiller à ce sujet, mais je vous recommanderais plutôt la course à pied, le vélo ou la natation. Cela s'adaptera bien à votre convalescence, et cela vous donnera une bonne condition physique pour commencer un sport de combat quand vous serez apte à reprendre du service. Car, entre nous soit dit, vous n'entendiez pas apprendre à vous battre simplement pour le loisir, n'est-ce pas ?

Encore une fois, la question était rhétorique. Il avait vu assez de soldats revenir du front et avoir pour seul désir de perfectionner leurs compétences pour ne plus se laisser piéger qu'il connaissait la musique. Comme ce jeune homme, pris dans une embuscade en Irak, qui était revenu et lui avait demandé s'il était judicieux pour lui de s'entraîner davantage pour être plus efficace sur le terrain. Le psychologue avait eu beau lui expliquer qu'il n'était pour rien dans la mort de son compagnon de véhicule, le jeune homme s'était obstiné, et avait fait une fixation sur son entraînement au point de devenir particulièrement obsessionnel sur la question. Il avait reporté toute sa frustration sur la perspective de s'améliorer pour pouvoir repartir sur le terrain le plus tôt possible. Talbot avait lui-même signé le document médical le rendant inapte au service, conscient que ses performances physiques devenues tout à fait intéressantes ne pouvaient pas occulter le déséquilibre mental qu'il avait contracté à force de se focaliser sur une agressivité non contrôlée. Il ne souhaitait pas à Abigail de suivre le même chemin. Toutefois il comprenait que ce n'était pas la perspective de faire un sport de combat et de tuer quelqu'un à mains nues qui l'animait. Elle était une scientifique, et ce que son esprit réclamait, c'étaient des réponses. Des réponses, toujours plus de réponses. Elle marmonna de bien étranges paroles, sans doute pour elle-même, mais Talbot prit sur lui d'y répondre :

- Tant que vous ne vous consumez pas dans votre recherche.

Elle leva les yeux vers lui, et il soutint son regard. Il n'avait aucune idée de ce qu'elle cherchait exactement, mais il connaissait bien ce regard, et il savait qu'une femme aussi déterminée et volontaire qu'elle risquait de gâcher son précieux potentiel pour une quête sans fin. Il ne pouvait pas l'en empêcher, mais il savait que les conséquences pouvaient être absolument désastreuses si elle ne se laissait pas du temps pour se reposer, pour digérer tout ça. En soutenant son regard, toutefois, Talbot comprit qu'Abigail était arrivée dans son bureau avec une idée précise en tête, et qu'elle n'allait pas changer d'avis aussi facilement. Tout ce qu'il pouvait faire, en tant que médecin, c'était de l'aider de son mieux…
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MessageSujet: Re: [FINI] Los Angeles, USA - Pieces of Minds (Abigail - PNJ) Jeu 23 Juil - 11:26


Maria avait vraiment bien fait de lui donner l’adresse du cabinet du Dr Talbot. Au fond de son esprit, alors qu’elle se détendait toujours un peu et sentait qu’elle pouvait exprimer le fond de sa pensée librement, sans éprouver de gêne ou de remord ni se sentir jugée. Comme la plupart des psychologues liés à des organismes comme le FBI, les forces de police ou militaires, il était doué de talents d’écoute et de compréhension. Elle remarqua du coin de l’œil pendant son récit de sa captivité qu’il ne prenait pas de notes sur un calepin, une tablette ou un ordinateur portable. Etait-il comme elle sous certains aspects, doté d’une excellente mémoire ? Ou bien ne souhaitait-il pas coucher des impressions sur le papier ou le silicium à chaud, afin de pouvoir émettre des commentaires plus pertinents ? Toujours est-il qu’il la laissa parler sans interruption, conscient qu’elle avait besoin de vider son sac. Mais son regard perçant avait bel et bien détecté que même si elle semblait se maitriser, elle bouillait au fond. Elle bouillait de ne pas savoir l’origine de son calvaire. De ne pas savoir ce qui avait poussé une personne en apparence droite à commettre un acte de trahison. De ne pas savoir si elle pourrait accorder sa confiance à quiconque.

C’est à ce moment que James Talbot, docteur en psychologie, changea sa perception du genre humain.

Talbot lui tendit une petite horloge posée sur son bureau, qu’elle réceptionna délicatement. Abigail était depuis longtemps une perfectionniste et amatrices de beaux objets, et elle avait entre les mains une pièce fort bien travaillée, comprenant tout de suite pourquoi son thérapeute l’appréciait autat. Elle contrastait beaucoup avec l’environnement moderne du bureau et de la pièce où les deux se trouvaient, et n’aurait pas détonné dans une collection d’horlogerie. C’était un objet magnifique en tous points. En la tournant entre ses doigts pour mieux l’observer, la scientifique fut assez surprise d’entendre qu’elle comportait un défaut. Piquée à l’idée d’avoir manqué un détail, elle retourna à de nombreuses reprises l’horloge à la recherche du moindre défaut. Elle observa chaque centimètre carré : le vernis était uniforme et sans traces, le bois ne présentait aucune marque qui laissait à penser qu’elle avait reçu un coup ou était endommagée, la finition était impeccable. Elle chercha des traces de reprises dans le bois et le métal qui la constituait, mais rien de tout cela.
-J’avoue ne pas trouver… Qu’est-ce que c’était ?
Elle fut alors invitée à ouvrir la trappe d’accès au mécanisme interne de l’horloge. Abigail n’était pas experte en la matière, mais à première vue rien n’indiquant un défaut. Jusqu’à ce qu’il lui dise la véritable nature du défaut de l’appareil : l’horloge retardait de 2 minutes. Un rapide coup d’œil à l’horloge murale puis au cadran de celle entre ses mains permit à la scientifique de constater le décalage de 2 minutes. Et pourtant les roues dentées menaient leur ballet inlassable, les aiguilles valsaient toujours aussi régulièrement autour du cadran en indiquant une heure imparfaite. Instinctivement, Abigail se demanda pourquoi conserver une horloge qui retardait sans la régler. Avoir une horloge qui avance, elle comprenait encore, mais pourquoi conserver une horloge qui retardait ? Ca avait peut-être quelque chose à voir avec son aversion personnelle pour le retard. Déjà adolescente quand elle devait travailler en groupe avec des camarades, elle allumait systématiquement ceux qui ne se présentaient pas à l’heure pour les sessions de travail qu’elle organisait. Mais cette horloge-là retardait, et pourtant, rien n’empêchait son mouvement implacable pour afficher une heure inexacte. Elle s’apprêtait à demander à Talbot pourquoi il conservait cette horloge, hormis pour sa valeur esthétique, ou pourquoi il ne la confiait pas à un horloger qui pourrait la remettre à l’heure exacte quand il sembla lire dans ses pensées. Il était décidément très fort pour lire les gens, pensa-t-elle alors en son for intérieur.

La suite de son discours capta immédiatement son intérêt par son élégance. Il était maintenant évident que même si il demandait ‘pourquoi’ son horloge dérivait dans le temps, en réalité il posait la question ‘comment se fait-il’. Il y avait un parallèle avec les humains qu’il lui fit voir : quand elle ressassait son équipée indienne, elle demandait essentiellement ‘comment se fait-il que j’en sois arrivée là’ et non ‘pourquoi en suis-je arrivé là’. Elle saurait finalement comment on lui avait tiré dessus, comment on l’avait traitée, mais deumeurerait la question fondamentale du pourquoi. Pourquoi Lucija avait-elle ouvert le feu ? Pourquoi l’avait-elle laissée pour morte ? Pourquoi Al lui avait-il menti tout ce temps ? Pourquoi l’avoir fait travailler sur ces souches ? Des questions qui appelaient à des réponses, que son esprit toujours assoiffé de connaissances exigeait… Mais voulait-elle vraiment connaître les réponses à ses questions ? Etait-elle prête à entendre les réponses à ces questions ? Une partie de son esprit lui hurlait que oui, qu’il fallait qu’elle sache le fond du problème pour enfin le conclure, mais une autre voix dans sa tête, plus discrète et réservée, lui demandait si un tel mouvement était bien prudent. Et elle devait reconnaître qu’en l’état des choses… elle n’était pas sûre de vouloir savoir pourquoi. Car comme il le soulignait, Abigail avait tendance à rechercher des sous-entendus ou des sous-textes là où il n’y en avait pas. Elle avait le sentiment de développer une paranoia grandissante, encore contrôlable mais qui avait pris de l’ampleur.

-Si je suis votre raisonnement, nous sommes tous comme cette horloge : l’heure exacte représente la perfection et la confiance, et nous sommes tous en décalage par rapport à cette perfection, ne serait-ce que d’une fraction de seconde. Et si je veux être capable de retrouver un équilibre, il va falloir que je me fasse à l’idée qu’il est impossible d’atteindre cet écart de zéro avec la perfection, simplement le réduire au maximum… Et pour trouver la valeur de cet écart et définir si on peut accorder sa confiance, il faut savoir comment on fonctionne, avoir une connaissance du passé de cette personne…

La connaissance du passé. Evidemment. Elle qui se focalisait souvent sur le futur et le présent, elle en avait totalement oublié cet aspect, pourtant omniprésent en recherche scientifique pour comprendre les échecs de prédécesseurs. Ce fut comme si un interrupteur venait de fermer un circuit dans le cerveau d’Abigail, mettant en branle une implacable machine de réflexion. Si elle voulait trouver Lucija, il fallait qu’elle creuse dans son passé. La belle affaire, maintenant qu’elle était en congé sabbatique, on ne la laisserait pas entrer dans les locaux de l’ORS avant encore au moins une dizaine de mois. Et elle ne pourrait pas éternellement demander à Maria d’être ses yeux et ses oreilles à l’intérieur de son labo, ça finirait par paraitre suspect. Le problème était qu’elle ne s’entendait vraiment bien qu’avec un nombre réduit de personnes de l’ORS, mais qu’en leur demanant de l’aide sur ce sujet, elle romprait ses accords passés avec l’Initiative stipulant qu’elle était écartée de toute opération en cours ou en plannification, et même des archives, pour toute la durée de son congé. Non, sur ce coup, la scientifique était seule face à tous, sans soutien, avec pour seule arme son intellect et ses moyens propres. Et en se souvenant du dossier de Lucija, plus criblé de trous qu’un morceau de fromage suisse, la tâche serait ardue. « Mais tu es une femme de défis, et c’est précisément quand un défi semble impossible que tu fais en général tout pour l’abattre, hein ? » se dit-elle intérieurement, se remémorant ses derniers travaux publiés avant son départ pour Berlin. Personne ne s’attendait à ce qu’elle réussisse à aboutir au moinre résultat, aussi Abigail et son équipe avaient-ils été au-delà de toutes les espérences les plus folles du comité de lecture, preuves à l’appui.
-En définitive, je ne pourrai refaire confiance que le jour où j’aurai appris à quantifier et accepter le… déréglement, pour ainsi dire, d’une personne par rapport à mon idéal… Mais pour filer la métaphore, j’imagine qu’essayer de re-régler le mécanisme à sa propre convenance équivaut plus ou moins à une trahison de confiance, je me trompe ?

En attendant, Abigail ne perdait pas de vue son objectif. Tenter d’entrer dans la tête de Lucija pour lui remettre la main au collet et tenter de lui faire cracher les réponses aux questions qu’elle se posait. Et si la connaissance de son passé pouvait, comme le suggérait le Dr Talbot, l’aider à mieux cerner son comportement présent, il y avait une chance qu’elle puisse trouver des solutions. Le pus dur ici serait le point de départ. Son dossier dans les archives de l’Initiative ? Fragmentaire, potentiellement exploitable mais à prendre avec des pincettes. Abigail et Lucija n’avaient quasiment jamais partagé de souvenir personnels, les seuls qu’elle lui connaissait dataient de quand elle l’avait reçue avec sa famille chez elle. Tenter de passer par ses collègues ? Délicat de faire la part du vrai et du faux. Sa famille d’origine ? Comment espérer retrouver après plusieurs dizaines d’années une famille qui avait traversé la guerre des Balkans ? Ne restait que… Non. Richard et Ashley ne sauraient sans doute rien. Ils n’avaient connu Lucija que sous son identité d’Ivana Chambers. Mais de ce qu’elle avait lu du dossier de son ancienne partenaire, elle était assez brouillée avec sa famille biologique, ou tout au moins elle avait coupé les ponts avec eux. Ils représentaient sans doute les personnes les plus susceptibles de lui parler de Lucija dans le cadre de sa vie de tout les jours. Celles les plus à même de la décrire hors de la lumièredes projecteurs. Il faudrait éventuellement qu’elle leur rende visite un de ces jours pour en discuter…

La scientifique en était là de ses réflexions quand le psychologue lui parla de ses projets de sport. Et encore une fois, il avait raison. Si elle apprenait un sport de combat ès à présent, il y avait fort à parier que si elle reprenait un avion et apprenait qu’Al était aux commandes, elle aurait bondi de son siège pour aller lui écraser le visage sur le tableau de bord. Elle aurait été blacklistée pendant un certain temps par la suite, ce qui ne l’aurait pas aidée. Et si elle avait croisé Lucija au détour d’une plage en train de siroter un cocktail alors que sa famille devait se faire un sang d’encre voire la croire définitivement morte… elle préférait ne pas y penser.
-Je me dois d’être honnête avec vous, si j’étais tombé sur Lucija ou sur Al en ayant reçu quelques cours, je pense que j’aurais fait parler les poings… Mais j’y voyais surtout un complément à la formation que j’ai reçue… ainsi qu’une forme de discipline mentale. De ce que je connais d’eux, la plupart de ces sports se basent sur le respect de l’adversaire, et le contrôle de soi. Mais vous avez raison, la natation ou la course à pieds m’aiderait à terminer de remettre ma hanche en forme.

Instinctivement, elle avait replié légèrement sa jambe droite, qui avait été touchée lors de ce tir fatidique, comme pour vérifier qu’elle fonctionait toujours. Même si elle était persuadée d’avoir subi une infection chronique lors du traitement de sa blessure en Inde, à présent elle remarchait sans problème, sans même qu’on se rendît compte qu’un projectile de Dragunov l’avait presque tuée par choc hémorragique. Elle avait gagné une cicatrice supplémentaire, mais en étant astucieuse, elle pourrait encore porter des bikinis. Au moins n’aurait-elle pas besoin de la camoufler souvent, à l’inverse de celle qu’elle avait à son bras qu’elle s’efforçait de dissimuler au maximum quand elle sortait bras nus, en général avec une fine couche e fond de teint. C’était bien là un avantages à avoir la peau claire : les marques de brûlures passaient plus inaperçues. En tous cas les brûlures artificielles, car sa peau restait très sensible au Soleil. Si Lucija se cachait effectivement en Afrique, alors les huiles solaires seraient ses meilleures amies…
-J’ai pris un congé sabbatique jusqu’en octobre, pour pouvoir prendre le temps de me poser avant de reprendre du service. Ca va me laisser du temps pour arriver à un niveau de coureuse de marathon ! Je pensais aussi mettre de côté ce sur quoi je travaille et juste apporter des conseils à d’autres équipes de recherche. De vieilles connaissances du CDC à Atlanta m’ont parlé de leurs études sur les fièvres hémorragiques, je pense y jeter un œil mais sans trop me laisser embarquer...
En elle-même, Abigail savait pourtant que le plus clair de son temps lors de son congé serait de faire la navette entre Washington et Atlanta pour aller observer les progrès de ces recherches. Le sujet des fièvres en tous genres l’avait passionnée depuis son adolescence, après les sujets touchant aux végétaux. Quand elle-même en souffrait, elle était sujette à des effets secondaires parfois inhabituels, notamment des délires fébriles d’une rare intensité. Une de ses ambitions était de contribuer à faire avancer le traitement de fièvres hémorragiques comme la dengue, la fièvre de Marburg ou celle causée par le virus Ebola. Ces maladies étaient parfois mal connues par leurs réservoirs naturels ou leur fonctionnement, et mal connaitre ne faisait pas partie du vocabulaire de la scientifique.
-Ou bien voyager, soit pour le tourisme, ou bien de l’humanitaire, je ne sais pas encore…

En réalité, elle savait très bien. Elle voyagerait sans doute au moins en Croatie, après une escale dans la banlieue de Washington… Après, le reste dépendrait de ce qu’elle pourrait apprendre. Quand Talbot lui conseilla de ne pas se laisser consumer par les études, Abigail leva les yeux et ancra son regard bleu-vert dans le sien. Durant les quelques secondes de ce contact prolongé, elle lui sembla sentir que le psychologue essayait de lire au fond de son esprit, de savoir quelles intentions se tapissaient au fond de son âme. Il ne verrait que sa volonté de parvenir aux réponses qu’elle souhaitait de la part de son ancienne partenaire. Même si tout le monde la pensait décédée, Abigail la savait vivante quelque part, et comptait bien s’expliquer avec elle. Le plus ardu serait de lui mettre la main dessus…
-Je vous rassure tout de suite, je sais m’amuser aussi en dehors des études ! J’étais présidente du cercle d’échecs de l’Université du Nouveau-Mexique, sans doute existe-t-il quelqu’un ici ou à Washington à qui me mesurer… Ca ne me ferait vraiment pas de mal de rencontrer des gens… Mais je dois bien vous avouer que ça me fera du bien de ne pas travailler pour quelques semaines…
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MessageSujet: Re: [FINI] Los Angeles, USA - Pieces of Minds (Abigail - PNJ) Lun 7 Sep - 12:34


Après encore quelques minutes de discussion au cours desquelles Abigail put exposer quelques détails personnels destinés à aider son thérapeute, le docteur Talbot mit fin à la séance. Ils avaient fait des progrès, c’était indéniable, mais il sentait bien qu’il lui faudrait encore la voir plusieurs fois pour qu’elle puisse définitivement pouvoir mener de nouveau une existance aussi proche de la normalité que pouvait l’espérer un agent de l’Initiative. Ils se donnèrent rendez-vous chaque matin avant le premier rendez-vous sur l’agenda du psychologue durant les prochains jours. Elle souhaitait profiter de ce passage à Los Angeles pour mener à bien sa thérapie en une fois, plutôt que d’avoir à effectuer des allers-retours en avion à travers le pays.

La thérapie s’axa principalement sur la confiance. La confiance envers elle-même, envers les autres, envers son travail et son métier. La métaphore de l’horloge avait porté ses fruits, semblait-il, car sa patiente semblait avoir une nouvelle vision des gens depuis qu’il avait eu cette analogie. Il avait appris qu’elle avait commencé une collaboration avec le Center for Disease Control d’Atlanta, des trvaaux de recherche sur le virus Ebola qui faisait des ravages en Afrique. Ca corroborait sa volonté de voyager pour de l’humanitaire : Médecins Sans Frontières pourrait sans aucun doute faire bon usage de ses connaissances pour déterminer les principales zones à risque de contagion, de même que mener des analyses sur site d’échantillons inhabituels. Il se réjouissait à l’idée de la voir ainsi avancer, c’était la preuve que la thérapie fonctionnait.
Toutefois, il sentait toujours qu’elle lui cachait quelque chose de plus profond. Quelque chose de presque viscéral.

En effet, avait-il pu constater, en dépit de ses progrès, elle semblait toujours obsédée par des détails qui auraient paru dérisoires à d’autres psys moins consciencieux que lui. Durant ses séances, il lui avait semblé, sur une simple intuition, que Lorenson essayait de lui faire dire quelque chose sans vraiment y toucher. Elle était étrangement évasive quand il la questionnait sur ses estinations de voyage… Il en était sûr, elle avait une idée derrière la tête. Sans doute en lien avec sa collègue Lucija, au passé si mystérieux, aux actions si secrètes et si difficile à localiser. Il espérait cependant que la prochaine fois qu’elle prendrait l’avion sur United, elle ne commettrait pas l’erreur de se résoudre à la violence si son compagnon se toruvait dans le même avion. Mais il savait maintenant qu’elle était une personne raisonnable, et qu’elle avait fait son deuil de cette relation. Elle la regretterait sans doute très longtemps, mais il la pensait assez forte pour avancer. Mais il ne pouvait s’enlever de la tête l’idée qu’une fois hors de son bureau avec en main son approbation pour la reprise du service à la fin de son congé sabbatique, elle partirait dans une quête sans fin qui impliquait sa partenaire. Il avait tout tenté pour lui extorquer des informations à son sujet, mais elle était restée très mystérieuse à son sujet.

Cependant, à la fin de sa dernière séance avec la scientifique, il lui souhaita tout de même de trouver ce qu’elle cherchait avec tant d’ardeur. Quoi que ce fût, il savait que de toute manière elle ne connaitrait aucun repos tant qu’elle n’aurait pas abouti…
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