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[EN COURS] Nigeria - The walking dead

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MessageSujet: [EN COURS] Nigeria - The walking dead Mar 7 Juin - 21:26


La dernière fois qu’elle était allée en Afrique, c’était sur un siège inconfortable dans la soute d’un vieux DC-10 cargo. Cette fois, c’était en classe affaire sur un vol de British Airways à destination de Lagos, dans un vaste fauteuil avec un café à proximité alors qu’elle lisait le dernier numéro de Nature Cellular Biology. A ses côtés, Jeffrey Young, docteur en médecine et spécialisé en anthropologie. Ils s’étaient rencontrés pour la première fois à Atlanta, lors d’un briefing mené pour trouver des volontaires pour une expédition en Afrique subsaharienne. Le but était de revenir avec des observations in situ d’animaux infectés par le virus Ebola, afin de savoir comment ce virus leur était transmis si ils n’étaient pas les ‘patients zéro’, les premiers porteurs de la maladie. Abigail s’était tout de suite portée volontaire, désireuse de contribuer à la science ainsi que de poursuivre sa vendetta personnelle. Elle avait l’instinct qu’en faisant ce voyage, elle obtiendrait des résultats inattendus…

Sa quête de recherche mâtinée de vengeance envers son ancienne partenaire avait toutefois ralenti ces denières semaines. Abigail avait commencé, au cours de son congé sabbatique, une collaboration avec le CDC d’Atlanta dans leurs recherches sur le virus Ebola. Bien que passionnée du monde végétal sur lequel elle avait bâti la majorité de sa carrière, sa formation de biologiste concernait beaucoup la biologie humaine et animale, donc elle n’était pas dépaysée. Elle partageait un bureau et un laboratoire extrêmement bien fourni avec Jeffrey Young, un homme de quarante-cinq ans aux tempes légèrement argentées qui avait rejoint le CDC juste après le 11-Septembre, au moment des affaires de lettres piégées à l’anthrax. Ses connaissances en épidémiologie avaient été mises à contribution par la suite pour des études de propagation de maladies plus bénignes, avant d’obtenir une accréditation Secret Défense, lui odnnant accès à des sujets d’études plus excitants, comme par exemple l’étude d’armes chimiques ou d’épidémies de virus dangereux, notamment la dengue et le Marburg dont il avait fait son cheval de bataille. Ancien champion universitaire de water-polo, il continuait de pratiquer ce sport qui lui permettait de conserver une excellente forme qui n’avait pas laissée Abigail indifférente bien longtemps…
Au fil des semaines, leur relation était passée de très professionnelle à amicale, puis finalement s’était teintée d’affection de plus en plus marquée, alors que les deux s’attaquaient ensemble à des hypothèses de survie du virus Ebola dans son état naturel. Ils avaient fini par apprendre que lui était divorcé, elle n’avait jamais été mariée, tous les deux avaient du mal à avoir des relations hors du travail, mais se refusaient à sortir avec des collègues. « Et ça ne te tenterait pas, de goûter à ce genre de fruit défendu ? » avait alors demandé la scientifique rousse en s’approchant et posant ses lèvres sur les siennes. Ils entretenaient depuis ce jour une relation discrète mais passionnée, rendue d’autant plus intense qu’ils ne se voyaient pas souvent : Abigail travaillait souvent à distance depuis son appartement de Washington, et descenadait sur Atlanta pour des tests en labo. Pendant cette période, elle économisait sur les notes d’hôtel en se faisant héberger chez Jeffrey, et le couple passait alors de fort agréables soirées et nuits pour leur plus grand plaisir.

Un baiser dans le cou vint la tirer de ses pensées et de son article. Ce geste lui arracha un sourire alors qu’elle marquait sa page et se tournait vers Jeffrey en lui rendant son baiser. Après l’échec de sa dernière relation, elle se sentait de nouveau en confiance. Ils avaient passé énormément de temps ensemble, essentiellement à parler, dans un respect mêlé d’admiration mutuelle qui avait aidé la scientifique à s’ouvrir à lui, et accepter de partager des détails personnels. Il se montrait toujours patient avec elle, sans jamais lui imposer de cadence ou lui forcer la main sur un sujet. C’est cette tendresse qui avait achevé de faire chavirer Abigail, qui avait à présent oublié sa précédente relation et affichait de plus en plus le sourire. Sa famille commençait à suspecter quelque chose, car elle paraissait trop joyeuse quand elle répondait au téléphone. Abigail se tourna pour faire face à son homme et lui rendit son baiser en se blotissant contre lui, tout du moins autant que l’accoudoir qui les séparait le permettait. L’avion était essentiellement rempli de médecins et de membres de l’OMS en mission pour contenir les foyers d’épidémie à travers l’Afrique, ainsi que de membres d’ONGs partis aider les populations locales et épauler les équipes envoyées apr les gouvernements et organismes internationaux.
Alors que Jeffrey caressait doucement les cheveux de la scientifique, il ne put s’empêcher de lui exposer le fond de sa pensée.
-Abi, je comprends toujours pas pourquoi tu tiens vraiment à venir avec moi. Je t’aurais rapporté tes échantillons, tu sais…
-J’ai envie de voir du pays, de me sortir un peu. Et puis j’ai quelques théories à vérifier sur le terrain.
-Au Nigéria ? Pourquoi ne pas attendre quelques mois, et là on aurait été à Paris, puis à Rome pour la saison des congrès. C’aurait été mieux, tu ne crois pas ?
-Rien n’empêche d’y aller en plus de ce voyage-là. Tout ce qui compte c’est qu’on sera là ensemble…
Elle profita de la fin de la croisière en s’endormant sur son épaule, la main dans la sienne.

**********

Il faisait une chaleur étouffante, même aux petites heures du matin, et Abigail remerciait du plus profond de son être l’inventeur du pantalon de treillis. Sans lui, elle serait sans doute morte vidée à mort par les sangsues du marais qu’elle venait de traverser. Accompagnée de plusieurs guides ainsi que d’un interprète et de son assistant, elle arpentait la jungle à la recherche de chauve-souris endémiques au pays. Elle voulait en capturer quelques-unes afin de pratiquer certains tests sanguins et tissulaires, voire disséquer plusieurs sujets si elle en capturait un assez grand nombre. Elle avait chargé son assistant de porter avec lui un caisson de la taille d’un sac à dos capable de contenir une dizaine de ces animaux, des roussettes d’Egypte. Ces chauves-souris avaient déjà été identifiées comme réservoirs naturels du virus de Marburg, elle voulait faire des tests pour vérifier qu’elles pouvaient aussi porter l’Ebola qui sévissait dans la région.
-Docteur, permission de parler librement ?
-Vous êtes toujours libre, Jonathan, qu’y a-t-il ?
-Vous êtes vraiment sûre de vouloir les capturer vous-même, ces damnées chauve-souris ? C’est un coup à vous faire infecter, vous savez !
-C’est pour ça que j’ai ces gants, qu’est-ce que vous croyez ! Courageuse, mais pas téméraire ! Et puis vous avez bien un fusil à fléchettes sur vous.
-Oui, mais vous savez… mes capacités au tir…
La scientifique américaine but une longue gorgée d’eau pour masquer sa frustration. Jonathan Figgis, son assistant pour ses recherches au CDC d’Atlanta, était plein de bonne volonté et désirait sincèrement bien faire, mais il était exaspérant par bien des points. Si elle s’était écoutée, Abigail lui aurait sans doute pris le fusil des mains pour tirer elle-même sur les chiroptères endormis dans les branches d’arbres au-dessus de leurs têtes. Il aurait certes fallu qu’elle justifie de son adresse (toute relative) au tir à la carabine, mais elle aurait bien trouvé quelque chose : club de tir, copain à la NRA, les possibilités étaient infinies.
-Vous savez quoi ? Si en fin de matinée je n’ai pas nos spécimens, on pourra toujours essayer d’en négocier des cadavres auprès de paysans locaux. Ces animaux mangent leurs récoltes, alors ils posent des pièges. L’un d’eux devra bien en avoir ! Quitte à aller trouver un marchand de vaudou, je m’en fiche, nous aurons nos spécimens aujourd’hui !
Elle ne plaisantait qu’à moitié. Elle n’était pas au fait de toutes els croyances nigérianes, mais qu’ils pratiquent le vaudou et/ou utilisent des chuave-souris dans des rites cultuels ne lui semblait pas abérrant.
-Docteur, je tiens tout de même à vous rappeler que les troupes de Boko Haram…
-… ne sont pas loin, je sais ! C’est pour ça que Jamal est avec nous avec son AK…
Elle se garda bien de lui dire qu’elle avait, dissimulé dans son sac, un petit revolver Smith & Wesson qu’elle avait acheté il y a plusieurs années en complément de son arme de dotation de l’Initiative (qu’elle n’avait pas sur elle en ce moment, étant officiellement écartée des opérations durant la durée de son congé) et qui lui servait d’arme ‘de la dernière chance’. Elle en avait déjà usé à une occasion, mais depuis, il avait surtout fréquenté le fond de son sac bien qu’elle l’entretînt aussi régulièrement et rigoureusement que si elle tirait avec tous les jours. « Cela dit, c’est pas mon pétard qui va nous sauver face à des islamistes… » Elle avançait prudemment dans la jungle, regardant autour d’elle, jusqu’à ce que leur guide leur fasse signe d’arrêter d’avancer.

**********

-Vous avez gagné Jonathan, je le reconnais. Passons par le marché, sans doute aurons-nous un peu plus de chance que tout à l’heure…
Tout à l’heure, où la scientifique avait tant bien que mal tenté de grimper dans un arbre pour tenter d’attraper une chauve-souris que son assistant avait anesthésiée à distance avec son fusil. L’animal était resté accroché dans les branches à près de 4 mètres du sol, et Abigail avait absolument tenu à le récupérer car il présentait des signes évidents d’infection. Elle était presque arrivée à portée de main quand la branche sur laquelle elle s’appuyait avait cédé d’un seul coup, la précipitant elle et la chauve-souris au sol. L’impact avec le sol recouvert de feuilles avait évité le pire, mais elle avait mal sur tout son côté droit, et marchait avec quelque difficulté. Il fallait évidemment qu’elle soit tombée sur le côté où elle s’était fait tirer dessus l’an dernier. Elle profiterait qu’ils passent dans ce village avant de revenir au camp de base pour s’acheter quelques fruits pour la route.
Jonathan s’occupait de trouver des cadavres de chauves-souris auprès d’un paysan du coin pendant qu’elle prenait le chemin du marché local, se mêlant autant que possible dans la foule. A ceci près qu’elle devait être la seule rousse à des centaines, sinon des milliers de kilomètres à la ronde… Elle sentait qu’on la dévisageait dans son dos, mais elle s’en fichait royalement. Tout ce qui lui importait, pour le moment, c’était de se réhydrater et manger un peu.

« Attends… »

Abigail avait appris depuis longtemps que quand son instinct lui soufflait à l’oreille, il lui valait mieux l’écouter. Il était souvent source de bon conseil, et quand elle avait le temps de laisser venir à maturité ces conseils, elle avait ses travaux reconnus dans le monde entier. Mais cette fois, cet instinct était viscéral. Le visage qu’elle venait de voir, l’espace d’une fraction de seconde du coin de son regard, elle était certaine de l’avoir déjà vu auparavant. Son imposante mémoire était depuis son enfance un de ses traits distinctifs, et la mémoire visuelle en faisait partie. Elle arrivait parfaitement à associer les noms et les visages, même vieux de plusieurs années, si ces derniers n’avaient pas été trop altérés, ainsi que certaines des voix correspondantes. Ce visage, même si il était comparable à celui d’une personne ravagée par un style de vie délétère, était celui d’une personne qu’elle avait connue, avec qui elle avait trompé la mort.
« Pas possible… De tous les endroits au monde…Richard, si seulement vous étiez là ! »

Elle lui avait promis de lui ramener sa femme en vie. Elle était en passe de tenir sa promesse. Mais comment aborder la chose ? Jeffrey ingorait tout de ses véritables activités, sa cible risquait de faire un infarctus en la voyant débarquer comme une fleur devant elle, comme un spectre revenu sous forme humaine la tourmenter encore davantage, et comment justifier qu’elle repartait avec elle dans ses bagages ?

Dégainant le téléphone crypté qu’elle gardait toujours sur elle, même en congé, elle composa un numéro qu’elle connaissait par cœur.
« Lorenson, matricule 296687. Passez-moi le général Takio, je dois lui parler immédiatement ! Je crois que je l’ai trouvée… Ne… Cessez de discuter et écoutez-moi ! Passez-moi le… Très bien, alors dans ce cas, transmettez le message suivant. Dites lui que Lorenson est au Nigéria, et qu’elle a retrouvé Radenko. Quand elle pourra, dites-lui de m’appeler à ce numéro… »

**********

Le ciel était d’un noir d’encre au-dessus du camp de base de l’OMS. Adossée sur sa chaise de bureau qu’elle avait sortie au dehors, profitant de la douceur de la soirée, Abigail observait les étoiles. Depuis son enfance, elle avait rarement vu un ciel si pur, sauf peut-être en camp de géologie dans le désert du Nouveau-Mexique. Elle n’était pas férue d’astronomie, mais à chaque fois, voir la voûte céleste constellée de toutes ses parures ne manquait jamais de l’émerveiller. Puis une main se posa sur la sienne.
-Eh, là, l’oiseau de nuit, glissa Jeffrey à l’oreille de la scientifique rousse. Ne reste pas dehors trop longtemps, on a une grosse journée demain.
-Je sais, oui… J’attends un coup de fil du pays, et après je rentre.
-OK… Je t’attendrai !
En partant, il déposa un baiser sur la bague à la main gauche de la scientifique, qu’il lui avait offerte quelques semaines avant leur départ. Ce geste lui arracha un sourire, qui s’effaça bien vite quand le téléphone satellite d’Abigail se mit à sonner.
« Lorenson… Oui, en effet, mon général… Nigéria, Yola, près de la frontière. Passez par le Cameroun, et franchissez la frontière à pied… Je ne l’ai qu’aperçue brièvement, mais je suis certaine que c’est Lucija, mon général… Une petite équipe devrait faire l’affaire, mais briefez-les : j’ignore à quelle point elle est dangereuse… Je vous tiens au courant… Oui… Comptez sur moi, mon général… »
Abigail finit d’écouter les instructions qu’elle recevait depuis son pays tout en donnant les renseignements auxquels elle avait accès, puis coupa la communication et se dirigea vers le bungalow où Jeffrey l’attendait pour la nuit…

Si tout se déroulait comme prévu, elle devrait pouvoir enfin avoir des réponses très bientôt. Et tenir une promesse qu’elle avait faite à un homme il y a de cela des mois.
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [EN COURS] Nigeria - The walking dead Mar 14 Juin - 15:46

Maigre comme un clou, elle errait dans les rues de Yola, près du marché. Lucija, Ivana, Amanda… elle n'était plus qu'un spectre, une ombre qui se traînait péniblement hors de la lumière, dans l'espoir de survivre un peu plus longtemps. Au zénith, elle était complètement effacée comme si on l'avait coincée sous un trente-cinq tonnes. Aplatie comme ces personnages de cartoons, elle n'était pas certaine de retrouver un jour la consistance d'une personne normale. Le voulait-elle ? Pas vraiment. Lucija était brisée. Il n'y avait pas d'autres mots. Elle se tenait debout au milieu d'un champ de ruines qui était sa vie désormais, et plusieurs fois elle avait songé à y mettre un terme. Une seule pression sur la détente, et elle serait débarrassée définitivement de tous ses problèmes. Combien de fois, à la nuit tombée, avait elle glissé le canon de son Beretta entre ses dents, cherchant la force d'abréger ses souffrances ? Combien de fois avait elle hésité devant les médicaments qu'elle prenait pour combattre les maladies qu'elle avait pu contracter ici. Il suffisait d'augmenter la dose, et hop, pouf, tous ses soucis s'envoleraient. Le poids de sa culpabilité, le poids de son chagrin. Tout cela s'évanouirait en quelques instants.

Mais elle n'en avait pas été capable.

Qu'était-elle désormais ? Rien. Elle avait été virée de l'appartement où elle habitait faute de pouvoir le payer, et avait empaqueté ses maigres possessions pour aller dormir sous un pont qui se trouvait légèrement à l'extérieur de la ville. Personne n'était jamais venu la déranger là-bas, et on ne s'inquiétait guère de son accoutrement étrange en ville. Il y avait tellement de gens qui fuyaient Boko Haram que rien ne paraissait trop excentrique. Les blessés, les gens qui avaient tout perdu se rassemblaient ici et cherchaient à survivre du mieux possible, avant de partir dans d'autres régions moins menacées quand ils en avaient les moyens. Ce n'était pas toujours le cas. Elle-même n'envisageait pas la fuite, et elle attendait le jour où une explosion viendrait inopinément la surprendre alors qu'elle déambulait dans les rues. Si par chance elle tombait sur une bombe cachée dans les ordures qu'elle fouillait, elle donnerait un grand coup de pied dedans en espérant que tout s'achevât rapidement. Mais pour l'heure, elle n'avait encore rien déniché, et la mort s'échinait à la contourner soigneusement, comme pour la laisser souffrir encore.

Ce jour-là était donc un jour comme les autres, un jour d'errance sans but et sans espoir. Elle n'avait pas d'autre objectif sinon se nourrir chichement, puis retourner se coucher, se rouler en boule. Les nouvelles étaient toujours les mêmes : l'armée peinait à contenir la poussée de Boko Haram, même si les choses allaient mieux grâce à l'aide des pays voisins. La lutte était âpre, les attentats continuaient, et il y avait toujours autant de misère et de malheur. Ce n'était pas arrivé depuis plusieurs mois, mais il y avait des Occidentaux en ville qui n'étaient pas des conseillers militaires. Elle avait vu des camions arriver, protégés par les militaires Nigérians qui repoussaient les gens hors du passage. Elle-même avait été légèrement bousculée, mais cela avait suffi à la jeter à terre. Elle tenait à peine debout, l'absence d'une nourriture suffisante et de qualité ayant fait leurs ravages sur son corps qui avait fondu. Elle était l'ombre d'elle-même, un squelette par rapport à la femme athlétique et pleine d'énergie qui avait quitté les États-Unis. Les mois qui s'étaient écoulés avaient paru être des années, tant elle avait traversé d'épreuves difficiles, douloureuses.

La journée se déroula à une lenteur affligeante, et elle ne mangea guère à sa faim. Elle n'avait pas eu de chance aujourd'hui, et tout l'argent qu'elle avait était parti dans une pilule dont elle ignorait même le nom. Sans doute une autre saloperie qui lui ruinait la santé plus sûrement que l'absence de nourriture solide. Elle prit donc péniblement la direction de sa cachette, son antre planquée sous un pont où elle pouvait se reposer et plonger dans un sommeil plein de cauchemars sordides et violents. Elle préférait ne même pas y penser. Elle s'était habituée à se réveiller en sursaut, hurlant parfois de terreur, rassurée seulement par la présence de l'arme sous le sac qui lui servait d'oreiller. Son Beretta. Elle avait tiré en l'air pour effrayer un type qui avait voulu la suivre un jour, et elle avait eu l'impression que l'arme allait lui échapper des mains tant le recul l'avait surprise. Elle avait tout oublié.

Tout oublié ou presque.

Elle n'était pas devenue moins paranoïaque, et même si ses sens étaient émoussés elle était toujours capable de repérer un véhicule militaire qui la suivait de loin, à un rythme bien trop lent pour être honnête. Lucija s'éloignait progressivement de la ville, et elle savait que lorsqu'elle serait entièrement seule, les gens qui se trouvaient à l'intérieur du véhicule lui tomberaient dessus. Elle ignorait de qui il s'agissait, mais s'ils n'avaient pas pris le soin de l'éliminer à distance prudemment, ils devaient vouloir lui extirper des informations, ou bien la torturer pour lui faire payer ses agissements. Elle avait beaucoup d'ennemis dans le milieu. A moins que ce ne fût que des associés de Boko Haram qui pensaient avoir là une proie facile. Les militaires corrompus, elle en avait vu suffisamment ces derniers mois pour savoir qu'il ne fallait pas leur faire confiance spontanément. Ils auraient très bien pu enlever une femme blanche qui ne manquerait à personne, et la vendre à un bon prix pour arrondir leurs fins de mois. Elle ne les comprenait que trop bien, d'ailleurs… ce qui ne signifiait pas qu'elle était prête à se laisser faire sans se défendre.

Ses options étaient limitées, mais son esprit de guerrière revenait prendre le dessus sur sa résignation, et elle observa les alentours. Elle marchait le long d'une route relativement fréquentée, et il y avait encore du monde. Ils ne tenteraient donc rien jusqu'à être sûrs de pouvoir agir sans provoquer un mouvement de foule. A fortiori s'ils portaient des uniformes officiels. Elle continuait à avancer sans changer d'allure, mais elle se rapprocha de la voie et leva le doigt pour arrêter une voiture. Elle savait qu'elle n'avait que quelques secondes avant que les gens derrière elle ne tentassent quelque chose. Ils n'allaient pas la laisser s'échapper ainsi, assurément. Une demi-douzaine de voitures passèrent sans la considérer un instant, mais une femme blanche au bord d'une route dans l'état d'Adamawa n'était pas ce qu'il y avait de plus courant, et un taxi finit par s'immobiliser sur le bas-côté. Un type à la mine bonhomme passa la tête par la fenêtre dépourvue de vitre :

- Où est-ce que je vous emmène, lady ?

- Dehors ! Cria-t-elle en lui braquant le canon de Beretta sur le visage.

Il leva les mains, terrifié, et il quitta la voiture précipitamment. Elle ne lui donna pas l'occasion de protester, et après avoir pris place à bord elle démarra en trombe, effectuant un dangereux virage qui menaça de la projeter frontalement contre une autre voiture arrivant en sens inverse. Par chance, elle évita la collision, et coupa vers la route du Nord, appuyant sur l'accélérateur comme jamais. Semer le camion militaire n'aurait pas dû poser de problème, mais les véhicules locaux n'étaient pas de la meilleure qualité, et elle n'avait pas pu arrêter un de ces gros 4x4 que l'on voyait parfois. Elle devrait s'en contenter. Passant les vitesses mécaniquement, elle dépassa deux camions transportant du bois, avant de jeter un œil dans l'unique rétroviseur. Les militaires la talonnaient.

Cet instant de déconcentration faillit lui coûter la vie, et elle dut donner un grand coup de volant pour éviter un nid de poule de la taille d'une table. Elle n'avait pas conduit depuis si longtemps qu'elle était maladroite. La panique ne l'aidait pas à piloter convenablement son véhicule, et elle avait l'impression de jouer à un de ces stupides jeux vidéos où les véhicules étaient impossibles à manier correctement. Nouveau coup de volant, pour éviter un camion qui venait de dépasser sans regarder. Elle le doubla par la droite, mais ne vit pas à temps la barrière de sécurité qui se trouvait là. Son pied appuya de toutes ses forces sur le frein, et la voiture tourna sur elle-même alors que les pneus crissaient sur le goudron vétuste.

L'arrière de son véhicule heurta violemment le début de la barrière, et sa voiture fut projetée hors de la route. Par chance, elle ne fit pas de tonneau, sans quoi l'absence de ceinture de sécurité lui aurait coûté la vie. Elle ne rencontra aucun obstacle, et la voiture s'arrêta d'elle-même sur le bas-côté après avoir perdu suffisamment de vitesse. Cela n'avait pas empêché Lucija de se cogner durement la tête. Elle sentit un liquide chaud couler du côté de son crâne, dégouliner sur ses cheveux déjà sales et gras. Des étoiles dansaient devant ses yeux, et elle se laissa tomber sur le volant, le souffle court. Sa fuite avait duré moins longtemps qu'elle l'avait espéré. Elle tendit la main doucement et maladroitement pour ouvrir la portière, mais celle-ci était trop dure à manœuvrer pour elle. Résignée, elle chercha de son autre main le Beretta, qui avait glissé sous son siège pendant son escapade malheureuse. Elle ne mit jamais la main dessus. Terrassée par la fatigue, vaincue par sa blessure à la tête qui saignait de plus en plus, elle s'évanouit sans même s'en rendre compte.

Fin de l'histoire.

Ou le début ?
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MessageSujet: Re: [EN COURS] Nigeria - The walking dead Sam 23 Juil - 10:13


-Message chiffré du QG en Amérique, mon commandant. Interception de cible prioritaire, nous devons nous coordonner avec un de leurs agents sur place, l’agent Lorenson.
-Encore une opération cow-boy, on dirait… Hmm… Cible potentiellement armée, et dangereuse… Tueuse free-lance… Ca va être chaud. Au moins 4 ça sera pas de trop… Qui est déployé dans la région ?
-Je vérifie, un instant… OK, on a 9 équipes dans un rayon de 500 km, dont 3 impossibles à déplacer.
-Les 6 autres, quels agents ont les meilleures évaluations ?
-On a 2 binômes très bien cotés pour le secteur Afrique subsaharienne, noms de code Caracal et Wasp. Caracal est en Centrafrique pour un suivi de population de lycanthropes, Wasp est déjà au Nigéria sur une opération de quarantaine après une épidémie de Solanum.
-Très bien, déployez Caracal à la frontière camerounaise, ils vont opérer la jonction avec Wasp dans les faubourgs de Yola. Wasp se charge de l’équipement. Armement léger et dissimulable, une seule arme d’appui pour tout le groupe. Fusil de tireur isolé ou d’assaut, pas mittrailleur. Préparez des couvertures dans la police d’Etat ou l’armée régulière, avec les documents qui vont avec. Et en vitesse ! D’après l’Américaine, on a peu de temps.
-Bien mon commandant, je m’occupe de l’avion…
[…]
-Ici le commandant Watabe. Message au général Takio et le colonel Laroquette. Caracal et Wasp en cours de déploiement. Appréhension de la cible estimée d’ici quelques jours, prévenez l’Américaine sur place, elle a rendez-vous avec Caracal une fois la cible neutralisée.


**********


Les quatre hommes s’étaient séparés en binômes. Leur stratégie était somme toute relativement simple, et inspirée de nulle autre que Mère Nature. Le camion suivait la cible, et jouait le rôle du rabatteur, tandis que le second binôme, en voiture, fondrait sur leur proie le moment venu. Tels des prédateurs, ils se montreraient sans remords et impitoyables dans la poursuite.
-Wasp, Caracal, au rapport. Vous avez la cible en vue ?
-Caracal, négatif pour le… Attendez… Attendez, cible en vue, je répète, cible en vue, on la prend en filature. La cible est à pieds, le long de la voie. Contournez par les rues et retrouvez-nous à 500 m. Attendez notre signal.

L’homme leva ses jumelles. Sa mémoire n’avait rien à voir avec celle de leur contact de l’Initiative, mais il avait la photo de leur cible imprimée sur ses rétines. Elle avait indiscutablement maigri et vécu un enfer sur le plan physique et moral, mais la physionomie était bien là. Ils l’avaient repérée.
-Démarre. Avance doucement, on va se mêler au traffic. Avec un peu de chance, on se fera pas gauler…
Le second homme du binôme ébranla la carcasse qui servait de camion au groupe. Le traffic dense mettait à rude épreuve l’embrayage et la boite de vitesse vétustes du véhicule. Le camion se faufilait tant bien que mal le long de l’avenue, passant sous un pont.
-Wasp, Caracal. Cible en mouvement, on la suit le long de l’avenue. Point de ralliement alpha.
-Caracal, Wasp, reçu. On est déjà à alpha. On reste en attente.
-Compris, Caracal out.
Leur cible était toujours à pieds, et ne semblait pas avoir remarqué leur présence pour le moment. L’un des hommes profita d’un arrêt de la circulation pour revoir son équipement. Ils portaient des uniformes du Service de Sécurité d’Etat, et avaient donc l’équipement standard : P90 en arme principale et Glock 17 en arme de poing. Seule arme qui n’était pas du cru, et risquait de trahir qu’ils ne venaient pas d’ici : l’arme de soutien du groupe, un fusil américain Mk14 EBR équipé d’une lunette de visée pour le tir de précision. Ils espéraient ne pas avoir à s’en servir, mais si nécessaire, l’équipe Caracal se montrerait à la hauteur. Pendant ce temps, l’équipe Wasp arpentait un réseau de petites rues parallèles pour se rendre au point de ralliement. Pendant leur trajet en avion depuis leurs précédents lieux de déploiement, ils avaient établi plusieurs checkpoints pour coordonner leurs actions. Avec un spéciailste en pistage dans ses rangs, l’équipe Wasp avait tablé sur une poursuite de moins de 2 kilomètres, suffisant pour appréhender une cible à pieds. Ils devaient toutefois se dépêcher : si la cible s’éloignait trop du centre-ville, ou des bidonvilles qui formaient une grande parte de la banlieue de Yola, il deviendrait beaucoup plus difficile de la suivre en visuel sans griller leur couverture. Pour le moment tout se déroulait comme prévu…

Mais au moment où ils atteignaient leur position et garaient la voiture en double file le long d’un caniveau, un message tomba sur leur réseau radio.
-Wasp, la cible est en train d’arrêter une voiture, prévoyez point de… Merde, flingue, flingue !
Ce simple mot mit les deux membres de l’équipe Wasp en alerte immédiate. Un flingue signifiait que leurs renseignements étaient bien corrects : la cible avait les moyens de leur faire passer un mauvais quart d’heure. Chacun avait lu le dossier de celle qui se faisait appeler au sein de l’Initiative sous le nom de Lucija Radenko, une tueuse free-lance croate mortellement efficace. Leur seule chance de l’avoir en vie était de tirer pour blesser les premiers, si on en arrivait à cette extrémité.
-Reçu Caracal, transmettez vos positions, on converge vers vous !
-La cible est en voiture maintenant, un taxi, elle se dirige hors de la ville, direction hors de la ville ! Suivez notre balise, elle va à toute vitesse !
-Roger, Wasp out.

L’équipe Caracal peinait à garder l’allure. D’une part, leur camion n’était pas exactement un parangon de performances, et le traffic restait dense à cette heure. Cependant, ce dernier point les aidait un peu, car leur cible devait naviguer dans ce traffic aussi, et créait des trous assez impressionnants quand un véhicule faisait une embardée sur son passage. La poursuite s’arrêta toutefois brusquement, alors qu’elle avait semblé bien longue pour les deux agents dans la cabine du camion. L’un d’eux avait déjà son P90 à la main, prêt à tirer dans les pneus du taxi pour le ralentir, mais il n’eut même pas à s’en servir.
-Bordel !
-Caracal, répondez.
-Wasp, la cible est sortie de route, accident, à l’embranchement de l’autoroute. On descend, magnez-vous de nous rejoindre, elle est peut-être blessée !

Les deux hommes garèrent le camion dans un crissement de pneus le long du bas-côté, et descendirent d’un mouvement fluide sur le sol poussiéreux, P90 levés. C’était la procédure standard, le fruit de leurs années d’expérience et d’entrainements. L’un de leurs membres était lui-même un ancien des SSE, et s’était naturellement mis en pointe, le viseur balayant le côté de la route. Un début d’attroupement se formait autour du lieu, à la fois piétons et automobilistes, et il fit signe à son coéquipier de les disperser.
« Sécurité d’Etat, circulez ! Circulez, rien à voir ! »
Pendant ce temps, l’autre homme avait atteint le véhicule accidenté et baissé son arme. La conductrice ne donnait pas signe d’aggressivité manifeste, et avait l’air bien amochée. Une chance que la voiture soit tombée bien à plat, sinon elle se serait brisé le cou, et leur mission se serait arrêtée là sans plus de résultats. Du sang maculait son visage et son haut, et une de ses mains sortait par la vitre, sans doute pour essayer d’ouvrir la portière. Aucune arme en vue, elle avait dû glisser hors de portée sous un siège. L’homme ouvrit avec difficultés la portière, et rattrapa la femme qui avait perdu connaissance au volant.
« Lucija Radenko, est-ce que vous m’entendez ?... Lucija Radenko ? »
Il fait alors signe à son coéquipier, et à l’équipe Wasp qui venait d’arriver sur les lieux.
« Aidez-moi à la porter au camion, on l’emmène à l’hôpital central de Yola ! »


**********


-Alors, contente de ce que tu vois ?
-Il est tout simplement, et j’emploie rarement ce mot… Magnifique !
-Tout pour te faire plaisir, tu sais bien…
-Je sais… Maintenant, laisse-moi faire et prépare-toi à…

Les mains d’Abigail rampaient avec une précision chirurgicale le long des molettes de réglage du microscope. Elle avait un œil dans l’un des occulaires de l’appareil, l’autre était relié à une caméra qui projetait sur un des murs blancs du laboratoire ce qui intéressait tant la scientifique américaine. Jeffrey Young se tenait derrière elle, les yeux fixés sur l’image. Le laboratoire de l’hôpital central de Yola, même si il n’était pas aussi bien équipé que des gens de sciences comme eux pouvaient l’espérer, était toutefois un des mieux fourni de la région. Situé au rez-de-chaussée du bâtiment, il se situait sur le passage des brancards du service d’urgences. Le bruit crispait parfois la scientifique, mais elle se faisait violence tant que son homme était à ses côtés. Elle rabaissa ses lunettes sur son nez fin en relevant la tête, satisfaite de ses réglages.
-…à avoir une image nette ! Alors, verdict sur l’échantillon ?
-Viable, sans aucun doute. Et… c’est une extension qu’on connaissait pas encore, ça !
-Hmhm… Nouvelle souche ?
-Ou simple mutation, ne nous emballons pas… On va…

La porte de leur couloir s’ouvrit à la volée, coupant Jeffrey dans son élan et faisant tourner la tête aux deux scientifiques américains. Une paire d’infirmiers, un médecin urgentiste et deux soldats poussaient un brancard à toute vitesse. Abigail se leva de sa chaise, pour voir si il s’agissait d’une personne du coin ou d’un Occidental qui avait eu un accident. Elle les entendait parler fort à travers la vitre du labo.
-Femme blanche, la trentaine, accident de la route, possible trauma crânien, constantes vitales stables pour le moment !
-Préparez une dose d’adrénaline et un scan, on l’emmène immédiatement !
Abigail, à la mention d’une femme caucasienne comme victime, se dirigea vers la fenêtre. Et elle marqua un temps d’arrêt. Elle était pratiquement sûre que son cœur venait de rater un battement.

Lucija. Encore elle. Avec un large filet de sang sur le côté de son visage maintenu par une minerve.

« Non… Non ! Non, tu ne me crèveras pas dans les pattes, Lucija ! »
-Abi ? Tout va bien ?
La scientifique sursauta presque. Sans s’en rendre compte, elle avait dû parler bas entre ses dents. Une fois déjà pendant une nuit, Jeffrey l’avait réveillée parce qu’elle parlait dans son sommeil. Sa chasse l’obsédait, mais elle arrivait à maintenir les apparences. Ca devenait de plsu en plus difficile, elle allait sans doute bientôt devoir avoir une discussion avec lui… Mais le plus tard serait le mieux. Elle voulait obtenir ses réponses avant de se justifier.
-Oui… Oui… J’ai cru reconnaitre une des Allemandes du camp, mais je me suis trompée… OK, on reprend… Où on en était, mutation ?
-Hmm. Mutation, oui…

Mais en se rasseyant, elle ne put s’empêcher de jeter un dernier coup d’œil dans le couloir. Lucija et elle n’avaient plus été aussi proches depuis pratiquement deux ans. Elle comptait bien en tirer profit…


**********


-Agent Lorenson ?
L’intéressée leva littéralement la tête au coin du couloir qui la ramenait du réfectoire de l’hôpital au laboratoire. L’homme face à elle n’était rien de moins qu’une montagne : il frôlait facilement les deux mètres, bâti tout en muscle, si cet homme était incapable de déplacer quoi que ce soit ou maitriser une quelconque créature de ses propres mains, alors rien de devait en être capable. Son treillis de l’armée régulière nigériane l’aidait à se camoufler tant bien que mal au sein de la population, malgré sa constitution immense. Abigail n’osait imaginer les missions qu’on avait pu lui confier. Il devait être le va-tout de l’antenne en Afrique de l’Ouest pour tirer une situation d’une mauvaise passe.
-Ici ça sera Docteur Lorenson, s’il vous plait… Vous devez être Caracal. Comment va-t-elle ?
-Elle a un léger traumatisme crânien, mais rien de grave, elle vivra sans séquelle.
-Très bien… Quand pourra-t-elle parler ?
-Ca je ne sais pas. Ecoutez, je sais que vous devez avoir vos raisons, et que l’Initiative a des ressources limitées en Afrique, mais pourquoi cette personne en particulier ? Qu’est-ce qu’elle a fait ?
-Je ne peux pas le dire. Secret opérationnel.
Il était clair que Caracal, quoi que fût son vértiable nom, ne croyait pas un mot de cette petite femme rousse face à lui qui le regardait avec défiance et autorité. Il avait vu de sacrées choses dans sa carrière, et avait été dans des situations que bien peu, même au sein de la maison, acceptaient de croire. Il était sorti vivant de bien des situations étranges, mais cette femme et cette mission étaient un mystère pour lui. Mais un soldat aguerri comme lui savait que parfois, moins il en savait, mieux ça valait pour lui.
-Mouais… Secret opérationnel… J’ai vu des tas de choses, que même vos diplômes ne vous permettraient pas d’appréhender. Je sais que vous cachez des choses. Sans doute des choses terribles, ou qui contournent le système, on va pas se mentir là-dessus. Mais le mensonge est le cœur du métier, pas vrai ? Je ne vous jugerai pas, je ne poserai pas de questions… J’ai fait le boulot qu’on m’a assigné, mais j’espère que ça en vaudra le coup… Ne gâchez pas tout en vous laissant aveugler. Ma force réside dans mes mains, la vôtre dans votre intelligence. Servez-vous-en avec sagesse, Docteur… »

Abigail soutint le regard de l’agent de terrain. Il avait une vision… étangement précise de la situation qu’elle était en train de vivre. Etait-elle en train de se laisser consumer par son désir de vengeance sur ce que Lucija lui avit fait près de deux ans auparavant en Inde ? Pire, avait-elle perdu son objectivité ? En tant que femme de science, cette dernière hypothèse l’effrayait au plus haut point. La partialité était inhérente à l’être humain, mais pour elle qui avait dévoué sa vie entière à une quête de vérité scientifique, perdre son objectivité était comme perdre une partie de sa raison de vivre… Elle ravala sa salive, avant de jeter un regard circulaire autour d’elle. Quelques personens regardaient dans leur direction, mais semblaient davantage intéressés dans la stature immense de son interlocuteur que par le sujet de leur discussion.
« Je vous remercie, du fond du cœur, pour ce que vous avez fait… Où est-elle ? Même si elle ne peut pas parler, je voudrais au moins la voir après le travail… »


**********


Le travail s’arrêta pour la scientifique après 22h30. Elle avait attendu que Jeffrey lui souhaite bonne nuit et lui demande de ne pas trop tarder à rentrer après lui pour fialement raccrocher sa blouse au porte-manteau du labo. Ce point n’avait toujours pas encore changé depuis le début de sa relation avec Jeffrey : elle était toujours ce rat de laboratoire et de bibliothèque assoiffé de travail qui refusait de lâcher le labo tant qu’elle n’avait pas fini les tâches qu’elle s’était attribuée pour la journée. Il n’était pas rare qu’elle rentre plus de deux heures après lui, ce qui donnait à son homme l’occasion de l’impressionner avec des talents de cuisinier totalement insoupçonnés. Mais ce soir, elle n’en profiterait pas tout de suite.

Lucija était traitée dans un des services d’urgences de l’hôpital, et était séparée des autres patients par un rideau en plastique traité chimiquement. Les victimes infectées par l’Ebola présentes dans le bâtiment étaient toutes bien entendu séparées dans autres, mais les mesures d’hygiène et de confinement avaient été appliquées à tout l’hôpital. Abigail remonta les rangées de lits, et trouva celui de la Croate. Son cou était maintenant libéré de la minerve qu’elle avait en arrivant, une canule nasale l’aidait à respirer, et une plaie fraichement cicatrisée ornait à présent le côté de sa tête. La scientifique américaine ne put s’empecher d’éprouver une vague tristesse de voir celle qui avait été son amie, l’une de ses seules amies, dans pareil état. D’après la fiche en tête de lit, ses constantes vitales étaient toujours stables, ce que confirmait le cardiographe sur le côté du lit qui surveillait son rythme cardiaque et sa tension sanguine. Abigail reposa la fiche et se tourna pour envoyer un mail sécurisé par son portable :

‘296687. Tango en vie et stable. En attente d’instructions pour interrogatoire : local ou US ? Utilisation techniques avancées ? Permission de mener l’entretien. Standing by.’

Puis elle s’approcha de l’oreille de Lucija.
« On se retrouve enfin Lucija, murmurra-t-elle en tentant de rester maintresse d’elle-même pour ne pas s’effondrer littéralement de joie, de rage, de tristesse, de frustration et d’agressivité. Je suis là, et tu ne courras plus, cette fois. J’ai beaucoup de questions, et j’entends que tu y répondes. Et tu sais ce dont je suis capable… »
Elle serra la main de la Croate dans la sienne, avant de s’en retourner vers le camp de MSF et Jeffrey.
« On se revoit à ton réveil… »
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [EN COURS] Nigeria - The walking dead Mar 26 Juil - 16:39

Les heures étaient des jours. Les nuits étaient chaudes, et les jours glacés. La pluie tombait à l'envers, remontant vers le ciel comme aspirée par une paille gigantesque et invisible. Le feu ne brûlait plus, les os étaient mous comme de l'argile trempée. Une explosion de lumière, blanche et douloureuse, déchira sa rétine hypersensible. Les caresses étaient des coups, les murmures des hurlements d'une violence cataclysmique. Elle tremblait. Elle était frigorifiée, tétanisée, et pourtant elle transpirait abondamment. Son corps, agité de spasmes périodiques, n'inquiétait plus les médecins depuis un moment. Ce qui les inquiétait, désormais, c'était son esprit. Le choc avait été rude, l'accident brutal sans être fatal. Elle n'aurait pas de séquelles, avaient-ils dit, mais combien de temps faudrait-il avant qu'elle retrouvât pleinement ses moyens ? Peu, d'après les plus optimistes qui ne jugeaient que la légère commotion qu'elle avait reçue. D'autres, qui n'avaient pas besoin d'être très observateurs, s'inquiétaient de son état cadavérique, de la pâleur anormale de sa peau. On leur avait montré des photos, après tout. Les clichés qui dataient de quelques années à peine présentaient une femme pleine de vie, souriante. Belle à sa façon. Des cheveux bruns mi-longs, des yeux pétillants et des joues charnues, que l'on avait envie d'embrasser. Et maintenant que voyaient-ils ? Un spectre délabré, brisé, sale et puant. Une femme osseuse, fébrile, fiévreuse et pour l'heure inconsciente. Ses cheveux bruns, bien trop longs, flottaient autour d'elle comme des brins de paille noirs comme la nuit la plus sombre, secs comme la terre brûlée par le soleil. Lorsque les médecins avaient ouvert ses paupières, cherchant une réaction dans ses pupilles, ils n'avaient vu qu'un abîme sans fond, démesuré, dans lequel ils avaient eu peur de plonger.

Leur patiente était comme un golem arrivé en fin de vie après avoir accompli sa sinistre mission. Elle se liquéfiait peu à peu, retournant à l'état primitif qui était le sien. Toute force l'abandonnait, et elle s'affaissait sur elle-même, privée de la volonté de son créateur. Était-ce donc là son vrai visage ? Derrière ses faux-semblants, ses mensonges et ses contre-vérités, n'était-elle en définitive que cela ? Que cette pathétique créature qui rampait, terrifiée, le plus loin possible de la lumière ? Une coquille vide à laquelle on rendait temporairement la vie en lui confiant une cible, un nom et une arme ? Mille questions se posaient à son sujet, mais la première était bien entendu la suivante : comment avait-elle pu en arriver là ? Comment ? Oui, comment ? Et pourquoi ? Y avait-il un sens à sa déchéance ? Fallait-il y voir la chute d'un ange dont les ailes brisées n'avaient pu amortir sa chute du paradis dans lequel elle vivait ? Fallait-il y voir une ironie du sort, de cette femme qui avait tout fait pour construire une vie normale, et qui parce qu'une organisation internationale avait croisé son chemin un beau jour, avait tout perdu subitement ? Quelle était l'explication ? Y avait-il seulement une explication ? Le monde dans lequel la tueuse s'était embarquée n'était-il pas en définitive qu'une interminable série de questions qui demeureraient à jamais sans réponses ? La pire des tortures, la pire des fins pour une femme qui fuyait perpétuellement son passé, sans jamais pouvoir accrocher l'avenir dont elle rêvait. Aujourd'hui, à cause de son accident, elle avait été rattrapée par ses démons.

Littéralement.

Les heures étaient des jours, encore. Et il fallut deux jours à la jeune femme pour émerger de son sommeil, que l'on avait prolongé artificiellement pour des raisons de sécurité. Pourtant, pouvait-elle encore faire du mal à quelqu'un, là où elle était ? Elle était blessée, affaiblie, si loin de la femme forte et débrouillarde qu'elle avait pu être par le passé. Il ne restait rien de Lucija Radenko, et c'était Amanda Carson qui avait été admise à l'hôpital de Yola dans la soirée, ramassée sur le siège poussiéreux d'une voiture misérable comme un déchet est extirpé d'une poubelle pour être recyclé. Pourquoi lui ? Pourquoi pas un autre détritus qui méritait tout autant d'être ramené à la vie ? Parce qu'une scientifique aux cheveux roux considérait qu'elle pouvait être sauvée, soignée, nettoyée. Dans quel but ? Cela demeurait un mystère. Quoi qu'il en fût, les soldats qui gardaient sa porte jour et nuit ne pensaient pas un seul instant qu'elle pouvait représenter un danger. Ils avaient reçu des consignes claires, pourtant. Les avertissements de la hiérarchie avaient été martelés fermement : ils avaient affaire à une menace réelle, et ils devaient rester sur le qui-vive, écouter les directives des agents étrangers qui étaient chargés de l'affaire, et surtout ne jamais, jamais baisser leur garde. Mais après avoir jeté un coup d'œil à sa silhouette pâle gisant sur ce lit, ils avaient conclu d'un commun accord qu'on avait grandement exagéré la dangerosité de leur cible.

Les bureaucrates…

La jeune femme étendue ouvrit les yeux doucement, lentement, revenant à elle comme si elle émergeait peu à peu des ténèbres qui renonçaient péniblement à entraîner son corps et son âme dans un puits d'une noirceur sans pareille. Pour la première fois depuis trop longtemps, une lumière tranchante franchit les murailles insurmontables de ses paupières closes, et elle en fut instantanément désorientée. Douloureusement aveuglée, elle mit un moment à tolérer cette invasion, à accepter de retourner dans le monde des vivants où la souffrance était reine. Ses cils lui obscurcissaient la vue, et elle fronça les sourcils pour retenir les larmes qui s'agglutinaient sans raison apparente dans ses yeux. Où était-elle ? Ce fut la première question qu'elle se posa, cherchant à résoudre les problèmes dans l'ordre. Elle se sentait curieusement engourdie, ankylosée, et il lui fallut toutes ses forces pour regarder sur sa gauche. S'y trouvait une fenêtre béante qui lui jetait furieusement au visage un rai de pure lumière, à peine coupé par les rideaux. Elle ne voyait absolument rien de ce côté. Puisant dans ses maigres réserves, elle regarda sur sa droite, et constata qu'un monstre de métal avait pris place à ses côtés. Il la toisait de ses écrans froids qui lui servaient de visages, sur lesquels passaient ses expressions indéchiffrables, rythmées par des bips inquiétants. Lucija cligna des yeux, cherchant à faire la mise au point. Ce n'était pas un monstre, non. C'était une machine. Une machine qui enregistrait ses signes vitaux. Il lui fallut quelques secondes pour noter que, juste à côté de ladite machine, se trouvait un être humain de sexe féminin. Elle portait une tenue immaculée, comme un ange, et ses cheveux noirs étaient noués à l'arrière de sa tête. L'infirmière était occupée à faire des relevés de routine, à contrôler que tout allait bien, et elle s'apprêtait à repartir lorsqu'elle entendit une voix l'appeler :

- Gdje sam1 ?

Les mots coulaient de la bouche de la patiente, sans qu'elle se rendît compte qu'ils n'étaient pas de l'anglais. Ils étaient une langue qu'elle n'était même pas censée parler, à dire vrai. L'infirmière se retourna, affichant une expression à la fois surprise et effrayée. Elle recula d'un pas, alors que Lucija se redressait déjà. Elle n'eût jamais le temps de terminer son mouvement. Avant de s'en rendre compte, elle se retrouva enserrée par des entraves qu'elle n'avait pas senties jusqu'à présent, et qui lui donnèrent l'impression que des pinces venaient soudainement de se refermer autour d'elle. De solides attaches de cuir lui liaient les poignets et les chevilles, l'empêchant tout simplement se bouger. La désorientation passagère qu'elle avait ressentie se mua brusquement en une forme de crise de claustrophobie d'une brutalité extrême. Elle poussa un rugissement sauvage et essaya de bondir sur l'infirmière qui recula d'un pas en se protégeant de ses mains. Arrêtée par les liens qui la retenaient, Lucija ne put que se débattre rageusement, hurlant à s'en déchirer les cordes vocales, comme si cela pouvait l'aider à se libérer. Les soldats pénétrèrent dans la pièce, arme au poing, au moment où ses gesticulations emportèrent son lit sur le côté. La lourde armature de fer bascula et s'écrasa avec un bruit sourd sur le sol, sans pour autant la libérer. Elle se trouvait désormais dans une position fort inconfortable, ce qui ne l'empêchait pas de se débattre.

- Upomoć ! Upomoć2 !

Elle revint brusquement à l'anglais, comme si elle changeait de peau pour se glisser dans celle de la guerrière qu'elle ne cesserait jamais d'être :

- Lâchez-moi ! Lâchez moi !

Elle se battait plus qu'elle se débattait, donnant des coups de genou et de tête autant qu'elle le pouvait. Elle n'avait aucun espoir de s'enfuir, mais toute logique avait cédé le pas à un déchaînement de fureur et de peur mêlées. Elle était terrorisée, cela se voyait à son regard. Elle ne comprenait même pas que les militaires essayaient seulement de remettre le lit en place, pour lui éviter de se blesser ou de se disloquer une épaule. Tout ce qu'elle apercevait derrière sa rage, c'étaient ces uniformes honnis qui signifiaient « menace », « violence » et « mort ». Les instruments de mesure qui n'avaient pas souffert dans sa tentative d'évasion se mirent à s'affoler avant que les soldats eussent trouvé un moyen de la redresser. La jeune femme se mit à haleter, comme si ses poumons étaient incapables de recevoir de l'air. Son rythme cardiaque avait atteint un rythme réellement inquiétant, et aussi soudainement qu'elle s'était emportée, elle parut s'effondrer. Son cœur battait de manière irrégulière, et elle fut soudainement agitée de tremblements et de spasmes. Les militaires profitèrent de l'accalmie pour remettre le lit en place et vérifier son état. Ils convinrent d'appeler à l'aide, de faire venir quelqu'un de qualifié pour s'occuper d'elle, mais la jeune femme reprenait déjà ses esprits, se mettant à hurler derechef. Cette fois, cependant, ses yeux étaient rivés sur la porte.

Ou plutôt sur la personne qui venait de pénétrer dans la pièce.

Abigail Lorenson. Tout du moins son fantôme, puisque la jeune femme était morte des mois auparavant, tuée par celle-là même qui la voyait en ce moment. L'hallucination était d'un réalisme saisissant, comme toujours, et elle ne resta pétrifiée que l'espace d'une seconde avant de chercher à faire fuir l'apparition :

- Noooon ! Nooooooon ! AAAAAAH ! NOOOON ! Va-t-en ! Va-t-en !

Sa voix se mua en un sanglot incontrôlable, et elle fondit en larmes. De véritables larmes de tristesse et de souffrance. Elle ne pouvait cependant pas fermer les yeux devant cette apparition d'outre-tombe, revenue pour la hanter de nouveau.

- Tu es morte ! Tu es morte, Abi ! Je suis désolée… Je suis tellement désolée… Oh Rebecca, je t'en prie reviens…

Elle délirait complètement, et l'image de la jeune femme britannique disparut. Sa tête retomba en arrière, alors que des fantômes de ses souvenirs venaient danser devant ses yeux qui se laissèrent absorber par la vague. Les hommes et les femmes qu'elle avait pu tuer au cours de sa carrière, leurs visages gravés pour toujours dans sa mémoire après qu'elle eût mémorisé chaque détail de leur expression, flottaient autour d'elle comme une armée de juges venus la condamner à la damnation éternelle. Ils pointaient leurs doigts vers elle, comme pour lui crever les yeux. Elle essaya de lever les mains pour se défendre, en vain.

- Partez ! Partez ! PARTEZ !

Son rythme cardiaque explosa, et elle fut submergée d'émotions au point que son cœur s'arrêta purement et simplement. La femme qui semblait possédée, les yeux fous et la voix rauque, retomba comme une poupée de chiffon sur le lit où elle avait été confinée. Tétanisée comme un boxeur ayant pris un K.O., elle se mit à trembler de manière frénétique. Les muscles de son cou saillaient comme si elle était en souffrance, et ce n'étaient pas les cris alarmés autour d'elle qui allaient l'apaiser. Était-ce la voix des soldats qui appelaient un docteur, ou des renforts ? Était-ce la voix de Lorenson qui se faisait entendre curieusement bien par-dessus le pandémonium qui régnait dans la pièce ? Était-ce la voix de l'infirmière qui paniquait devant cette scène incroyable ? Dans la chambre, c'était le chaos.

Bientôt des cris, des appels. On ouvrit la blouse de Lucija pour placer sur son torse le défibrillateur qui lui sauverait la vie. Le premier choc n'eut aucun effet, et elle ne poussa pas même un cri. Le second ne produisit pas davantage de résultat. Mais la décharge était si puissante que la tête de la jeune femme roula sur le côté. Abigail put plonger dans ses yeux grands ouverts, comme des failles béantes qui l'invitaient à s'abandonner dans l'oubli de soi. Un oubli de soi auquel la tueuse avait déjà cédé depuis longtemps. Lucija était partie, et même si son cœur recommençait de battre, même si la vie acceptait de reprendre le combat contre toutes les souffrances qu'elle endurait, il faudrait encore beaucoup de temps avant de retrouver tous les morceaux de son esprit, égarés en chemin…

Lorenson serait-elle prête à accorder ce temps à sa prisonnière ?


~ ~ ~ ~


Le docteur Adesina était penaud. L'hôpital de Yola était certes débordé, assez peu équipé en comparaison des hôpitaux de Lagos ou Abuja, mais ils auraient tout de même dû faire passer les examens de la patiente américaine en premier. Pas parce qu'elle était américaine, mais parce qu'au vu de l'impressionnant dispositif de sécurité qui l'entourait, il aurait été de bon ton de ne pas faire traîner son dossier. Hélas, ils n'avaient pas su répondre aux exigences de ces blancs venus faire la loi au milieu d'une des zones les plus dangereuses du pays. Le docteur Lorenson, qui se tenait en face de lui, ne paraissait pas très contente. C'était peu dire. Il essaya de lui fournir des explications :

- Docteur Lorenson, je suis vraiment désolé que vous ayez assisté à cela. Votre patiente, eh bien… Nous avons conduit des tests dès son arrivée, mais les résultats ne nous sont parvenus que maintenant. Nous avons trouvé des traces significatives d'héroïne, de cocaïne et de morphine dans son organisme. Ainsi que d'autres substances qui nous sont inconnues, des drogues difficiles à décrire avec les moyens que nous avons ici. Je pense, cependant, que sa réaction pour le moins… euh… violente… est due à un sevrage trop brutal d'alcool. Une forme de delirium tremens, que nous n'avons pas su prévoir hélas. Votre rapidité a sans doute permis de lui sauver la vie, je… je suis impressionné.

Il l'était sincèrement. Le docteur Lorenson avait pris les affaires en main très rapidement, et elle avait pu empêcher le pire. Elle avait placé tout le monde à ses ordres d'un seul geste : l'infirmière, et les deux gardes, qui avaient été contraints de lui obéir à la lettre. Sans sa promptitude, la patiente n'aurait probablement pas survécu. Il reprit sur un ton apaisant :

- Nous avons fait le nécessaire, docteur, pour que le sevrage soit plus doux. Mais hélas, cela ne va pas accélérer sa rémission. Elle est très fragile physiquement, vous l'avez remarqué, mais nous craignons surtout pour les séquelles psychiques. Si on ajoute son style de vie à ce que l'on peut tirer de sa réaction, il y a toutes les raisons du monde d'être préoccupé. Je vous suggère d'y aller doucement…

Il ne donna aucune précision quant à ce qu'il entendait par là, mais son regard se tourna vers la patiente, de l'autre côté de la fenêtre à jalousie. Toujours inconsciente depuis son accident cardiaque, qui heureusement n'avait pas eu de conséquences dramatiques, elle avait été placée sous coma artificiel afin d'être maintenue dans un état de calme et de relaxation. Mais les consignes avaient été claires : elle devait être sortie de son sommeil dès que possible, et tenue à disposition du docteur Lorenson. Tous les deux attendaient désormais qu'elle ouvrît les yeux, ce qui ne devrait plus tarder…

________

En Croate :
1 : « Où suis-je ? »
2 : « A l'aide ! A l'aide ! »
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MessageSujet: Re: [EN COURS] Nigeria - The walking dead Mer 24 Aoû - 20:56


Cette nouvelle journée démarrait sur une note positive pour Abigail. En arrivant au laboratoire de l’hôpital, elle s’avança de l’unité réfrigérée pour trouver ses cultures parfaitement conservées. Il était impératif, comme toujours, qu’elle travaillât dans les meilleures dispositions : café à portée de main quand ses mains pouvaient être libres, être au calme, et avoir des échantillons de première qualité. Elle refusait catégoriquement tout prélèvement qui avait déjà transité par un autre laboratoire. Cela avait d’ailleurs soulevé bien des débats au sein de l’Initiative, en particulier après plusieurs refus de sa part de traiter des échantillons sanguins provenant d’une banque du sang suspectée d’abriter des spécimens vampiriques. Pour obtenir satisfaction, Abigail avait finalement accompagné une équipe sur le terrain, pour une mission de moins de trente minutes qui avait conclu que tout était en règles au bout du compte. Mais aujourd’hui, avec ses échantillons fraicehemnt récupérés la veille par ses soins, l’Américaine rousse était contente. Certes, Jeffrey n’était pas à ses côtés pour les prochains jours car il était parti sur le terrain participer à une campagne massive de vaccinations et traitement de certains points d’épidémie à travers la brousse ; cela l’attristait et la stressait légèrement de le savoir au dehors avec des groupes terroristes et des prédateurs sauvages cachés dans la jungle, même si elle refusait de se l’admettre à elle-même. Néanmoins, cela lui laissait une certaine satisfaction. En effet, il ne serait pas dans ses pattes quand elle voudrait aller rendre visite à une certaine patiente admise récemment dans les urgences…
Abigail secoua légèrement la tête, comme pour chasser ces idées de son esprit. Son affection pour cet homme ne cessait de grandir, et l’affection qu’elle recevait de sa part en retour la comblait comme jamais. Mais elle ne pouvait s’empêcher de se dire qu’elle ne méritait pas entièrement tout ce qu’il lui donnait, à cause de ses activités non-officielles, de ses secrets qu’elle ne pouvait révéler à personne à moins de passer pour une folle bonne pour le confinement solitaire dans un hôpital psychiatrique. Ils avaient beau travailler ensemble à Atlanta au CDC sur des objets de biologie tout à fait extraordinaires, des organismes pathogènes que tout scientifique digne de ce nom auraient été capable de vendre père et mère pour pouvoir observer au microscope, Abigail voyait des choses qui dépassaient les rêves les plus fous d’un écrivain ou d’un cinéaste en mal de sensations fortes. Elle se souvenait encore de ses premières classes à l’Académie de l’Initiative, des premiers échantillons sur lesquels ses yeux s’étaient posés, armés de toute la science qu’on lui avait enseignée… Aujourd’hui, participer à des recherches de virologie ou de biologie sur des maladies comme Ebola lui paraissait presque comme des vacances. Elle traitait de nouveau des sujets… normaux. Mais c’était bien quand la normalité s’installait que la routine se brisait. Alors qu’Abigail était perdue dans la contemplation de son Ebola sous son microscope, elle fut tirée brusquement de sa concentration.

Un bruit assourdissant, qui la fit sursauter sur son siège. Qui venait de la chambre où Lucija était gardée par deux soldats en armes. Abigail bondit de sa chaise et se dirigea vers la source du bruit. Elle avait déjà ses gants stériles aux mains, et courrait avec une célérité décuplée par sa volonté de ne pas arriver à temps qi il arrivait quoi que ce soit à sa partenaire. Malgré tout ce qu’elle lui avait infligé, Lucija restait son amie, et chez les Lorenson, l’amitié était une valeur enseignée très tôt.

En passant le pas de la porte, elle fut acceuillie par un concert de cris, l’un d’eux plus perçant que les autres. Les deux soldats redressaient le lit de Lucija, qui avait basculé sur le côté. Une infirmière qui tentait de calmer l’état comme enragé de la patiente attachée au lit. Mais surtout, Lucija semblait réagir avec une violence extrême à la simple présence de la scientifique américaine. Comme si elle voyait un fantôme. Elle hurlait de manière incohérente, semblait avoir peur qu’elle s’approche, lui intimait l’ordre de s’en aller. Une telle réaction laissa la scientifique perplexe l’espace d’une fraction de seconde. Il était évident que Lucija l’avait reconnue, elle l’avait même appelée par le diminutif de son nom. Alors pourquoi agissait-elle de cette manière ?
« Elle pensait m’avoir tuée en Inde ! Et maintenant, elle est en train de croire que je suis mon fantôme venu la hanter, et… en train de péter les plombs et de me faire un infarctus ! »

Une milliseconde plus tard, tous les rouages du cerveau d’Abigail étaient en mouvement. Ses yeux balayaient la pièce à toute vitesse. En moins de quelques secondes, elle avait toutes les informations qu’il lui fallait. Rythme cardiaque en train de crever le plafond. Données affichées sur les moniteurs de constantes vitales. Instruments à disposition. Lucija en train de convulser et de s’effondrer sur le dos. Elle avait seulement quelques secondes pour faire une différence dans cette situation. Abigail poussa une infirmière hors du chemin vers le chevet de Lucija.
« Tout le monde s’écarte ! Défibrilateur et adrénaline, maintenant ! ALLEZ ! »
D’un geste sec, Abigail ouvrit en deux la blouse de Lucija et repéra immédiatement le plexus solaire de son ancienne partenaire. Elle se pencha sur elle, cherchant à capter son souffle sur sa peau, sans résultats. La scientifique n’était pas médecin de formation, mais dans le cadre de son entrainement d’agent de l’Initiative, elle avait eu droit à une formation aux premiers secours en situation d’urgence. Comme toutes les formations qu’elle avait suivies, celle-ci était restée gravée dans sa mémoire aussi sûrement que des inscriptions au laser dans une plaque d’acier. Abigail pratiqua plusieurs bouche-à-bouche sur la Croate, tentant de relancer l’organisme de son amie.
« Allez, reviens… Reviens… »
Devant l’absence de réaction, Abigail écarta largement la blouse d’hôpital de sa patiente, et plaça ses mains sur la cage thoracique de la Croate, et commença son massage cardiaque. Son petit gabarit ne l’aidait pas forcément dans ce genre d’effort, où appuyer de tout son poids sur une personne se révélait parfois problématique. Mais l’énergie du désespoir apportait un regain de puissance dans le corps de la scientifique. Elle était quasiment sûre qu’au moins une ou deux côtes venaient de se rompre sous son massage. Elle continuait frénétiquement d’appliquer ses comrpessions thoraciques quand un bruit de roulettes derrière elle l’informa que le défibrillateur était prêt à l’emploi. Abigail s’empara des palettes assurant la circulation de la décharge électrique, et les plaça sur le torse de Lucija.
« Chargez, 250 watts… Dégagez ! »
Un claquement sourd fit tressauter la poitrine de la Croate, mais sans plus d’effets. Abigail attendit quelques instants, en jetant un œil sur le cardiographe. Toujours plat.
« Chargez à 300 !... Dégagez ! »

**********
Albuquerque, NM, Etats-Unis - Novembre 1985

Evelynn Lorenson-Black regardait tendrement sa petite fille de 5 ans en train de dormir dans sa chambre. Elle avait passé toute la soirée à lire un livre pris au hasard dans la bibliothèque familiale après le dîner, et s’était endormie dessus. Elle releva la tête de sa fille en enlevant ses lunettes. Elle les posa délicatement branches repliées sur la table de nuit, Evelynn ne voulait pas qu’elles se déforment sous le poids de la tête de sa fille. Déjà une avide lectrice, elle plaisantait avec elle en lui disant qu’elle finirait par avoir une tête trop lourde à cause de toutes les connaissances qu’elle emmagasinait.
Elle marqua la page de l’épais livre et le referma, posant un œil sur le titre de l’ouvrage : ‘Manuel de procédures de médecine d’urgence’. Evelynn ne put retenir un petit sourire en se rappelant ce temps de ses études en faculté de médecine d’abord en tant qu’étudiante, puis en tant que professeur, et ouvrit de nouveau le livre à la page qu’elle venait de marquer. Elle reconnut le principe de fonctionnement d’un défribrilateur, ainsi qu’une série de planches expliquant le massage cardiaque.
« Eh bien, ma chérie, en voilà une lecture bien difficile pour une petite fille… Mais je suis sûre qu’un jour, tu comprendras tout ça, et même plus. »
Elle se pencha déposer un baiser sur les cheveux roux d’Abigail, du même roux ardent que les siens et qui avaient immédiatement attiré le regard de son mari lors de leur première rencontre, et remonta la couverture sous son menton.
« Si ça se trouve, tu pourras mettre en pratique tout ce que tu as lu, et sauver quelqu’un à qui tu tiens. »

**********

-Je t’interdis de crever ! Chargez à 400 !
-Docteur, ça pourrait…
-J’ai dit, chargez à 400 ! Exécution, ou ma patiente meurt ! Chargez… Dégagez !
Abigail pressa de nouveau les poignées du défibrilateur contre le torse de Lucija, et pressa les boutons déclenchant la décharge électrique à travers son corps dans un claquement sourd. Le corps de Lucija sembla se soulever encore plus au-dessus du matelas, tel le coprs inerte d’un possédé, retenu uniquement par les sangles de cuir. Abigail reporta son attention vers le cardiographe au chevet du lit…
Pas de réaction…


Puis un bip régulier, suivi d’un autre environ une seconde plus tard. Alors seulement Abigail expira profondément avec soulagement. Elle regarda le cardiographe du coind e l’œil pendant quelques secondes, à la recherche de signes de rechute immédiate qui ne revinrent pas. Elle balaya lors l’assemblée présente dans la chambre de son inflexible regard bleu-vert. Leur lenteur avait failli coûter la vie à son ex-partenaire. Heureusement qu’elle était à proximité quand le lit de Lucija était tombé, autrement il y avait de bonnes chances qu’elle y soit restée.
« OK, c’est pas passé loin… Cette patiente est à moi à partir de maintenant. Vous deux, je veux une surveillance constante de cette porte. Infirmière, appela-t-elle en claquant des doigts, qui est le docteur responsable ici ?
-Le… Le Dr Adesina.
-Je veux le voir demain dans la journée. Sortez-moi tous les rapports d’examens que vous avez faits à l’admission de cette patiente. Toxico, sanguins, la totale. Vous avez une heure pour me les transmettre sur mon bureau au labo !

**********

Abigail avait rendez-vous avec le Dr Adesina ce matin-là. Elle avait placé le rendez-vous pour pouvoir discuter avec lui de l’état de la patiente croate qui était sous sa responsabilité dans cette section de l’hôpital de Yola. Elle lui avait demandé de sortir toutes les informations et tous les résultats de tests qu’ils avaient pu mener lors de l’admission de sa patiente. Et quand il les lui tendit, elle ne fut pas déçue du voyage ! A en croire les données du rapport, c’était comme si Lucija avait avalé le contenu d’une pharmacie d’une traite. Certaines drogues étaient communes, d’autres plus exotiques, certaines réservées aux afficionados, certaines carrément impossible à trouver à moins de les cherhcer désespérément. Et au fond d’elle, Abigail se doutait qu’il devait encore se cacher quelques spécimens de synthèse dans le sang de la Croate. L’équipement de l’hôpital de Yola ne permettait pas de mener toutes les analyses que la scientifique aurait voulu, mais même certains laboratoires en Occident ne répondaient pas à ses critères draconiens. Elle n’écoutait qu’à moitié ce que le docteur nigérian lui disait. Il lui demandait d’y aller doucement, mais ce n’était pas l’intention de Lucija. Pour avoir des fruits, il fallait parfois secouer l’arbre violemment.
-Je veux un accès illimité à votre stock de toxines, et à tous vos psychotropes.
-Excusez-moi ?
-J’ai besoin de seringues hypodermiques, d’une planche de suivi, d’un accès à vos échantillons de toxines et à vos psychotropes. Pour une expérience…
-Docteur, je ne peux…
-Correction : vous ne voulez pas, c’est différent ! Cette patiente a des informations vitales pour la sécurité de mon pays, et j’ai carte blanche pour les obtenir… Alors, les clés de l’armoire à drogues ?


**********


Pour plus d’effets, Abigail choisit de mener son entretien de nuit. C’était à ce moment que la garde de Lucija serait la plus basse, qu’elle serait la plus vulnérable moralement, et la plus réceptive à ce qu’elle voulait faire. Il fallait que l’impact psychologique soit parfait.
En arrivant, les deux gardes étaient toujours là, armes plaquées contre la poitrine. Elle puisa dans son autorité de scientifique reconnue dans son domaine et évoluant comme un poisson dans l’eau dans cet hôpital pour assurer ses arrières, juste au cas où.
« Je vais vous demander de me laisser seule là-dedans, et de ne laisser entrer personne, sous aucun prétexte. Quoi que vous entendiez, quoi que vous voyiez, je ne dois pas être interrompue ou dérangée par personne. Personne, vous m’entendez ?!... Bien. »

Elle alluma alors son portable sur la planche de suivi, le rétroéclairage répandant une lumière blanche en contre-plongée sur son visage et le haut de son buste. Dans la pénombre, ses traits étaient d’autant plus contrastés. Puis elle entra dans la pièce, le plus naturellement du monde.
« Bonjour Lucija… Ou est-ce Ivana ? Ou Amanda, je ne sais plus… »
La scientifique américaine obsevrait Lucija, attentivement, posément, son regard se promenant sur chaque centimètre carré de peau de sa partenaire, à la recherche de la faille dans les remparts. Et de ce qu’elle voyait, l’ombre de l’agent qu’elle avait connue à Washington, à Berlin, en Inde, et à travers les rapports qu’elle avait pu lire, les remparts ne tenaient plus que par quelques briques. Une simple pression au bon endroit, et le mur tomberait.
« Ca fait combien de temps ? Six mois ? Un an ? Un an et demi ? »
Abigail se souvenait parfaitement de la durée de leur séparation, mais n’y tint finalement plus, et gifla la jeune femme alitée. Un tel geste aurait eu des conséquences désastreuses en temps normaux, quel que soit le pays. Mais une situation si exceptionnelle appelait des mesures également exceptionnelles.
« Tu m’as laissée pour morte, Lucija ! J’ai cru que j’allais mourir, et pourtant j’ai survécu. Pour ça, j’imagine que je dois des remerciements à tes petits copains assassins en Inde. Tu leur as dit qui j’étais, ce que je faisais là, hein ? On t’a promis combien, dis moi ? Cent mille ? Deux cents mille ? Plus ? »
Abigail était au bord de la crise de nerfs contenue. Elle se sentait des yeux légèrement vitreux de larmes, de devoir employer pareil ton et attitude avec son amie. Elle était à la fois folle de rage et déçue de la situation. Ses yeux trahissaient son envie profonde de connaitre le fin mot de cet imbroglio commencé plus d’un an auparavant, alors que ses mains restaient parfaitement assurées. Avec une lenteur calculée, la scientifique ferma les yeux, et rajusta ses cheveux roux en un chignon en prenant de longues respirations, puis réajusta ses lunettes sur son nez fin. Ce rituel était celui qu’elle faisait au début de chacune des présentations décisives qu’elle avait à effectuer. Elle l’avait fait pour la soutenance publique de son doctorat de biologie à l’âge de 24 ans, pour ses premières conférences face à la communauté scientifique, à Berlin pour faire gagner du temps à Lucija pour compléter sa mission. Abigail ouvrit de nouveau les yeux, et ancra son regard bleu-vert dans celui de Lucija, et l’examina du même regard qu’elle aurait observé une souris de laboratoire pour savoir comment elle allait expérimenter sur elle.
« Tu sais Lucija, j’ai une soif dévorante de connaissances, de réponses à des questions dans des domaines très divers. Mon métier en tant que scientifique, consiste à utiliser tous les outils à ma disposition pour obtenir ces réponses, puis les mettre en forme pour les passer à la postérité. »
La scientifique s’assit au chevet de sa patiente, tirant à son niveau le chariot qu’elle avait avec elle en entrant dans la pièce. D’une manière presque nonchalente, elle attrapa un plateau d’acier brossé sur lequel reposaient une seringue hypodermique, et plusieurs flacons de produits aux étiquettes tournées de manière à ce que Lucija ne puisse les lire. Ses mains s’activèrent pour en remplir une du premier flacon, dont l’étiquette n’augurait rien de bon pour la Croate.

‘Suxaméthonium’

« Ceci, dit calmement Abigail comme si elle s’était adressée à une classe d’université, est l’un des instruments à ma disposition dans ma quête de réponse. Vu que c’est moi qui dispose des instruments, et que c’est toi qui es alitée, c’est moi qui vais mener la conversation, OK ? Bien. Dans cette seringue, il y a du suxaméthonium, plus connu sous le nom de succinylcholine. C’est un dimère d’acéthylcholine, qui se fixe sur les récepteurs nicotiniques de la plaque motrice des fibres musculaires. Se la faire injecter dans le système revient à avoir l’impression que le corps ne répond pas aux stimuli nerveux. Et c’est le cas… Démonstration. »
Sur ces mots, Abigail planta la seringue dans l’intraveineuse de la Croate, et pressa du pouce le piston, libérant la terrible substance dans le flux sanguin de la jeune femme. Le spectacle était aussi soudain qu’insoutenable. Le corps de la Croate se souleva, comme si il était possédé, ou levé du lit par la main d’une puissance divine, seulement retenu par les sangles de cuir qui l’entravaient. Elle lisait dans ses yeux la panique, la peur, l’incompréhension. Elle tentait de respirer, mais rien ne se passait. Elle tentait de bouger, de parler, mais rien ne se passait. Abigail la fixait du regard, parée d’un masque impassible qui ne laissait rien transparaitre. Et pourtant au fond d’elle, la scientifique ne pouvait s’empêcher de se haïr de faire une chose pareille, torturer son amie, et espérait sincèrement qu’un jour, elle comrpendrait et la pardonnerait. Mais elle était devenue pendant quelques minutes l’implacable robot dépourvu d’émotions que tout le monde décrivait.
« Maintenant, Lucija… Dis-moi pourquoi on en est arrivées là… Qui t’envoie ? Pourquoi as-tu essayé de me tuer ? Qu’as-tu à gagner ? »
Abigail avait encore une carte dans sa manche. Ou plus exactement, la photo que lui avait remise Richard avant son départ de leur foyer de Washington. Abigail était tentée de la lui montrer dès maintenant, de lui rapeler ce qu’elle laissait derrière elle, de lui rappeler que dans sa folie auto-destructrice, elle avait détruit ce qu’elle avait sans doute de plus précieux.
« Non… Pas tout de suite… Laisse-là d’abord toucher le fond avant de la tirer vers le haut… »
« Parle-moi Lucija…Parle-moi, ou je devrai te faire encore plus de mal pour avoir mes réponses. »
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MessageSujet: Re: [EN COURS] Nigeria - The walking dead Mar 30 Aoû - 22:36

Bip.

Bip.

Bip.

Ce fut la première chose qu'entendit Lucija. Puis elle perçut le bruit d'une machine qui tournait tranquillement autour d'elle. C'était curieux. Elle sentit enfin qu'elle avait le corps endolori, comme si on l'avait frappée. Etait-ce le cas ? Cela ne l'aurait pas surprise. Il y avait suffisamment de personnes sur cette planète qui voulaient lui faire du mal pour qu'elle n'eût pas à chercher trop longtemps si cette option était envisageable ou pas. La véritable question était : pourquoi était-elle en vie ? Elle fronça les sourcils, mais n'ouvrit pas les yeux, essayant de rester calme. Elle n'avait pas bougé d'un pouce, mais elle se souvenait parfaitement qu'à son dernier réveil elle était attachée et elle préférait ne pas donner d'indications à quiconque pouvait être en train de la surveiller pour l'heure. Elle essaya, au contraire, de se faire une idée de qui pouvaient bien être ses ravisseurs à partir du peu d'informations dont elle disposait. Au départ, elle avait sincèrement pensé que l'ORS avait trouvé le moyen de lui mettre la main dessus. Quand elle avait senti ce camion la suivre, elle avait reconnu une méthode de filature qui n'était pas du coin, et elle avait cru bon de tenter de s'échapper. La douleur dans son crâne était là pour lui rappeler que conduire après avoir bu n'était pas une bonne idée. Du tout. Elle s'attendait à se réveiller dans le quartier général de l'Initiative, installée dans une pièce isolée dernier cri, avec un millier de capteurs sur le corps pour détecter si elle mentait ou non. Elle s'attendait à devoir faire face aux officiers de la base dont les noms lui échappaient pour l'heure. Ses doutes avaient commencé à s'éveiller quand elle s'était rendue compte qu'elle était toujours au Nigeria, entourée par des soldats locaux qui paraissaient assurer sa sécurité – pour combien de temps encore ? Cela lui avait mis la puce à l'oreille immédiatement. Cependant, ce qui avait achevé de la convaincre, c'était la présence du spectre de Abigail. La femme lui apparaissait souvent en rêve, mais à chaque fois elle était couverte de sang, et elle tentait de lui parler, de l'accuser. Cette Abi-là, même si elle ressemblait à ce qu'elle voyait dans ses cauchemars, n'était pas un rêve. Et puisque la jeune femme était morte en Inde… par sa faute… alors on essayait de la tromper. Et l'ORS n'aurait jamais utilisé pareille technique.

Etendue sur ce lit, Lucija réfléchissait à toute vitesse en essayant d'assembler les morceaux du puzzle. Une fausse Abigail avait fait irruption dans la pièce, et elle avait cédé à une nouvelle crise de panique. On avait dû l'assommer après, car elle ne se souvenait de rien du tout. Cela signifiait que ses geôliers du moment souhaitaient la garder en vie, ce qui était positif. Il lui fallait simplement trouver un moyen de s'échapper. Peut-être en essayant de persuader quelqu'un de la détacher, pour n'importe quelle raison. Après quoi, elle trouverait un moyen de se tirer d'ici pour de bon. Elle avait été formée pour ça, elle était née pour ça. Elle avait beau être dans un état déplorable, tant physiquement que mentalement, elle trouverait toujours un moyen de s'en sortir… ou de mourir en essayant.

Il y eut un grincement léger, accompagné par des bruits de pas. Immédiatement après, un claquement feutré. On venait de refermer une porte. Quelque chose de métallique produisait un crissement étrange, mais elle se refusait obstinément à ouvrir les yeux, préférant imiter le sommeil. C'était peut-être quelqu'un du personnel venu la voir pour vérifier qu'elle allait bien. Si cette personne commettait l'erreur de desserrer ses liens… Si seulement…

Une voix trancha le silence oppressant qui s'était installé. Une voix qu'elle aurait reconnu entre mille, pour l'avoir entendu crier désincarnée à travers une radio. Une voix qu'elle avait fait disparaître. Sa résolution faillit, et elle ouvrit les yeux pour voir si ses cauchemars s'étaient matérialisés. Elle fut immédiatement frappée par le contraste douloureux entre l'obscurité ambiante et le halo blanchâtre qui enveloppait Abi. La fausse Abi. La fausse Abi. Elle se répéta cela en boucle pendant de longues secondes, comme pour conjurer un mauvais sort. Il fallait dire que cette apparition spectrale était le sosie de sa meilleure – et seule – amie. Quelle que fût l'identité du commanditaire de cet interrogatoire, il avait mis les petits plats dans les grands, et il avait fait de gros efforts pour impressionner la tueuse. Mais pourquoi ? Honnêtement elle s'en fichait : elle n'était pas une super-héroïne qui, dans les pires moments, pensait encore à découvrir quel était le plan du grand méchant qui tirait les ficelles derrière tout ça. Elle se préoccupait uniquement de sauver sa vie, et le reste elle verrait plus tard… Si plus tard il y avait. Pour le moment cela paraissait mal embarqué, car la fausse Abi avait sur le visage une expression dure. Elle commença par interpeller la Croate par son vrai prénom, puis par son identité américaine, et enfin par la dernière qu'elle avait utilisée. C'était un moyen élégant de lui faire comprendre qu'elle avait réussi à faire des liens, et qu'elle savait ce qu'il y avait à savoir sur la tueuse. Mais il ne fallait rien confirmer. Elle était épuisée, et les efforts mentaux qu'elle avait fournis pour essayer de se rassurer quant à qui lui voulait du mal et pourquoi lui avaient donné la migraine. Elle ne devait pas essayer de jouer à la plus maline. Comme on le lui avait appris, elle répondit :

- Megan Brooke, sergent dans l'armée des États-Unis, née le 11 Mai 1981. Je demande à être traitée selon les dispositions prévues par la convention de Genève, et à parler à votre officier référent.

Elle avait joué au maximum la carte du bluff. Un bluff qui la plongeait dans un passé qu'elle avait oublié depuis bien longtemps. Megan Brooke était morte quand elle avait quitté l'armée, mais c'était paradoxalement la personnalité la plus forte de son arsenal. C'était derrière elle qu'elle pouvait le mieux se réfugier et résister à l'interrogatoire qu'elle anticipait. Sa réponse, stéréotypée au possible, risquait fort de mettre la femme qui se faisait passer pour Abi sur les nerfs, mais elle était justement déterminée à ne répondre à aucune de ses questions. Et si elle s'énervait, avec de la chance, elle enfreindrait le règlement et se ferait taper sur les doigts par son commanditaire. Elle était en vie pour une raison, et cela lui donnait un levier qu'elle pouvait exploiter.

Mais la fausse Abi n'était pas démunie non plus, et en parlant comme la scientifique, agissant comme la scientifique, et l'accusant comme la scientifique, elle marquait des points. Sa question mit Lucija au supplice, mais elle s'efforça de ne pas baisser les yeux. Pas devant cette imposture qui prétendait être cette amie qu'elle avait tuée. Elle ne lui ferait pas ce plaisir. Elle avait le sang d'Abigail Lorenson sur les mains, et elle était suffisamment hantée par ses souvenirs pour ne pas avoir à détourner le regard devant pareille supercherie. Des larmes lui montèrent aux yeux néanmoins lorsque la question fit revenir des souvenirs douloureux. Elle se souvenait avec précision de la voix d'Abigail dans la radio, de sa pression sur la détente, du bruit assourdissant de son Dragunov, du recul violent de l'arme contre son épaule. Elle se souvenait de chaque détail, de chaque instant. Elle se souvenait de ses hurlements, de l'incompréhension, de sa peur. Abi était morte seule. Elle était morte terrifiée. Elle était morte de la main de la seule personne à qui elle faisait confiance dans ce putain de pays. Lucija serra les dents pour ne pas céder aux sanglots, et derrière la fatigue et l'affliction qu'on lisait dans son regard, elle essayait de rassembler ses forces. Elle savait que ce n'était que le début : elle devait être plus forte que ça. Elle inspira profondément :

- Megan Brooke, sergent dans l'armée des États-Unis, née le …

Elle ne finit jamais sa phrase. Une gifle cinglante, brûlante, vint la cueillir au milieu de sa litanie. Il y avait tant de force, tant de rage dans ce coup que sa tête partit en arrière. Elle resta sonnée un instant, à la fois par l'impact physique et émotionnel. Sa geôlière ne s'était pas retenue. Pas le moins du monde. Pas plus qu'elle ne se retînt quand elle revint à la charge, défonçant ses maigres défenses avec un bélier. Elle fracassait les frêles remparts que Lucija essayait d'ériger, et s'acharnait à lui poser des questions auxquelles elle n'avait pas de réponse. Alitée, elle ne pouvait pas se défendre en changeant de position, et elle devait soutenir le regard de l'interrogatrice sans rien pouvoir faire ou dire. Elle était cuite. Quand celle-ci se méprit en évoquant la somme qu'on avait pu payer pour qu'elle tirât sur la scientifique, Lucija eut un sourire narquois. Un de ces sourires qui voulaient dire « vous ne savez rien ». Un sourire qui aurait pu lui valoir une seconde gifle, d'ailleurs. Elle répondit d'une voix où perçaient des accents de dégoût :

- J'ai eu exactement ce que je méritais.

Ce dégoût n'était pas dirigé contre la fausse Abi. On pouvait déceler dans son ton que Lucija n'avait qu'une envie : trouver le courage de prendre une arme, de la plaquer sur sa tempe, et de presser le détente. Malheureusement, elle n'avait jamais été du genre courageuse, et il n'était pas dans ses habitudes de prendre ce genre de grandes décisions inspirées par une profonde noblesse d'âme. Elle fuyait aussi loin qu'elle le pouvait, et elle essayait de repartir de zéro, en oubliant. En se noyant dans un quotidien fait de violence et de mort, qui lui permettait d'oublier son hier fait d'autant de violence et d'autant de morts. Elle n'ajouta rien, et se contenta de défier l'interrogatrice du regard, en attendant la nouvelle gifle qui ne manquerait pas de venir. Mais elle ne vint pas. Au lieu de quoi, la femme ramassa ses cheveux en arrière, et sembla se préparer. Lucija frémit, car cette gestuelle était celle de la véritable Abi. Jusqu'où avaient-ils poussé le vice pour la faire craquer ? Jusqu'à quel degré de précision étaient-ils allés pour la convaincre qu'elle avait bien une apparition fantomatique devant les yeux ? Si elle parvenait à mettre un jour la main sur les salauds qui avaient fait ça, elle les tuerait. Oui. Elle les tuerait jusqu'au dernier.

La pseudo-docteur Lorenson ne manifesta aucun signe de colère apparente, et se contenta de reprendre la parole sur le même ton calme qui la caractérisait, et qui trahissait une grande concentration. Elle se mit alors à parler, comme si elle voulait conserver l'attention de Lucija. Cette dernière l'observait attentivement, guettant un instant de faiblesse. Malgré sa situation délicate, elle pensait toujours comme un prédateur et cherchait la faille dans laquelle elle pourrait s'engouffrer. Elle n'avait pas d'arme sur le chariot, et si la jeune femme en avait amené une avec elle, elle devait la porter sur elle. Le temps de la dégainer et de viser, il lui faudrait au moins deux longues secondes. Des secondes qui pouvaient s'avérer cruciales dans un combat au corps à corps. Si seulement elle pouvait se débarrasser de ces entraves ! Pendant qu'elle réfléchissait à une solution, la fausse Abi continuait à disserter sur la raison de sa présence ici, et sur la nature profonde de son travail. Elle attira cependant l'attention de la Croate en s'attelant à remplir une seringue d'un liquide qui ne lui disait rien de bon.

- A-Attendez… Souffla-t-elle.

Elle était sincèrement choquée. L'interrogatrice ne lui avait encore posé aucune question ! Elle n'avait rien voulu savoir, elle ne s'était heurtée pour ainsi dire à aucune résistance, et elle était déjà en train de jouer avec des produits dangereux. Son nom était imprononçable, mais les effets que semblait détenir cette substance étaient tout simplement effroyables. Lucija sentit son rythme cardiaque s'emballer, ce que lui confirma la machine qui guettait ses signes vitaux et qui venait de trahir son trouble. Elle était déjà à plus de cent-vingt battements par minute, alors que la seringue était toujours pleine.

- Attendez, je vous en prie, essaya-t-elle encore.

Mais Abi était imperturbable. Lucija se souvint soudain de la façon dont celle-ci avait traité Grauber quand il avait été à sa merci au sein de l'Initiative. Elle se souvint des extrémités auxquelles elle était prête à aller pour obtenir des réponses. Le docteur savait aussi bien sauver la vie que donner la mort, et elle ne reculait devant rien quand elle s'engageait sur l'une ou l'autre voie. Heureusement, elle s'était arrêtée avant le moment fatidique...

MAIS CE N'EST PAS ABI !

Cette pensée explosa en elle, et elle se mit brusquement à se débattre dans son lit, essayant de se dégager pour éloigner cette menace qui plongeait vers elle, pleine de douloureuses promesses. La fausse Abi était imperturbable ! Voilà ce qu'elle devait penser ! Cette femme n'était pas son amie, et elle n'essayait pas de lui soutirer des informations. Elle était là pour lui faire du mal... On pouvait lire dans le regard de la jeune Croate une terreur sans nom. La peur de la torture davantage encore que la peur de l'injection en elle-même. Elle était en proie à un effroi qui la rendait incapable de se maîtriser, et une brèche immense s'ouvrit dans sa garde. Béante. Gigantesque. Comme si on avait déchiré un morceau de journal. Elle riposta en tentant le tout pour le tout.

- Arrêtez ! Arrêtez ! Je vous en supplie, pitié ! Pitié ! Pitié !

Elle se mit à pleurer, comme une enfant terrorisée. Puis elle eut un sursaut, et elle se fit brutalement agressive :

- Vous n'êtes pas Abi ! Vous n'êtes pas Abi ! Je sais que vous n'êtes pas Abi ! Jamais elle n'aurait fait ça ! Jamais !

La pression sur la seringue eut lieu néanmoins, et Lucija ne put que regarder celle-ci achever son travail et quitter son bras. Ses yeux terrorisés croisèrent ceux de la pseudo-scientifique et pendant une seconde elles s'observèrent d'âme à âme. Lucija put lire dans celle de l'interrogatrice qu'elle ne reculerait devant rien. Cette dernière put lire dans ceux de la Croate qu'il n'était pas utile de chercher à la briser… Elle l'était déjà depuis bien longtemps.

Et puis ce fut le choc. Lucija se cambra comme si elle essayait de jaillir hors de son propre corps, avant de retomber lourdement sur le dos. Elle avait mal. Elle avait affreusement mal ! Pas au sens physique du terme. Elle brûlait de l'intérieur, et gelait. Elle était paralysée, terrorisée, et elle avait l'impression d'être compressée sous un camion. Elle sentait ses membres écartelés, et déchirés, en même temps qu'elle sentait un démon qui l'étranglait. Son corps lui envoyait des signaux contradictoires, et elle céda à une panique violente. Elle allait mourir ! Elle allait mourir ici, sur ce lit d'hôpital ! A quoi la mort pouvait-elle ressembler sinon à ce qu'elle ressentait en cet instant ? Elle n'avait jamais connu pareille souffrance, et elle aurait tout donné pour qu'on l'achevât sur-le-champ. Par pitié. Par simple pitié pour son âme qui était sur le point de se rompre. De nouvelles larmes se mirent à couler le long de ses joues, alors qu'elle sentait son univers s'échapper entre ses doigts crispés comme des araignées figées par la mort. Elle était impuissante, soumise, réduite à néant. Piégée dans son propre corps comme s'il était la prison ultime de laquelle nul ne pouvait la délivrer. « Tuez-moi ! » voulut-elle implorer. Il fallait que quelqu'un mît fin à son tourment, que quelqu'un la sauvât en mettant un terme à son existence pathétique. Elle ne pouvait que pleurer. Pleurer et regarder avec ses yeux qui ne voulaient pas se fermer. Pleurer et fixer ce démon qui la regardait en retour, lui promettant des souffrances éternelles. Incapable de bouger, elle se mit à convulser légèrement, les yeux écarquillés. Sa bouche s'ouvrit et elle poussa un hurlement silencieux qui la projeta dans un autre monde…


~ ~ ~ ~

Croatie, 1991

Des pas feutrés. Une porte s'ouvre.

- Ils arrivent, il faut partir.

- Des Serbes ? Ce sont des Serbes ?

Ils chuchotent. Elle reprend :

- Je ne sais pas, chéri. Ecoute, il faut partir, maintenant. Ne laissons pas de traces. Je ne veux pas que tu aies à leur tirer dessus. Où est Lucija ?

- Que… Elle… Elle était là il y a une seconde !

Bruits de pas précipités. Des appels. Au loin des coups de feu. Des cris. Le chaos.

Les minutes défilent.

- Hey ! Hey toi ? Qu'est-ce que tu fais là ?

La silhouette d'une enfant dans un manteau kaki trop grand pour elle se découpe sur le paysage de briques autour d'elle. Sa peau pâle contraste avec ses cheveux d'un noir de jais qui tombent autour de ses joues rebondies. Elle est tétanisée. L'homme lui adresse un sourire révélant ses dents manquantes, et se penche vers elle en tendant une main comme pour appâter un chien. Dans l'autre, il tient un pistolet automatique chargé.

- Viens ma puce, tu n'as rien à craindre. Allez, sors de ta cachette.

Elle ne bouge pas, et jette un regard derrière l'homme. Une forme sombre, étendue par terre dans une mare de sang. Le même sang que sur les mains de celui qui lui demande de sortir. Le type capte son hésitation, et jette un œil derrière lui. Son visage change soudainement d'expression. Sa voix devient dure et cassante quand il demande :

- Depuis combien de temps tu es là ?

Elle ne répond pas. Il se redresse, attrape le meuble sous lequel elle se cachait, et le balance au loin avec un rugissement furieux. Il va s'écraser par terre en faisant sursauter la gamine qui tremble de tout son être.

- Putain… Qu'est-ce que je vais faire de toi, maintenant ?

Il regarde encore derrière lui, sincèrement hésitant. Il a l'air de considérer ses options, mais elles ont l'air réduites. Il lève les yeux au ciel, marmonne quelque chose, avant d'observer ses mains qu'il essuie sur son uniforme.

- Oh et puis merde.

Il s'avance vers la gamine, et lève son arme.

BANG !


~ ~ ~ ~


Lucija revint à elle, comme si on lui avait donné un crochet qui l'avait renvoyé dans les cordes. Elle ignorait encore comment elle faisait pour être encore en vie, mais de toute évidence son organisme refusait de mourir. Elle était paralysée, entièrement à la merci de sa tortionnaire, mais pas encore décidée à laisser le rideau s'abattre sur sa vie. Il était peut-être temps de mettre un terme à cette pièce tragique, dont le personnage principal n'avait plus de raison d'exister. Il était sans doute l'heure pour les spectateurs de rentrer chez eux, de retourner à des affaires plus intéressantes que de voir le temps et la souffrance arracher chaque lambeau d'humanité de ce tas de chair en décomposition qu'elle était devenue.

La fausse Abi, cependant, ne paraissait pas décidée à lui laisser cette opportunité. Au lieu de quoi, elle la bombardait de questions sans queue ni tête. Elle s'acharnait, et alors que les effets du produit disparaissaient peu à peu et que la Croate commençait à retrouver ses facultés, elle attendait une réponse claire. Ses menaces n'étaient pas pour rire, de toute évidence, et il y avait fort à parier qu'elle avait dans sa manche d'autres moyens exotiques de lui infliger une souffrance innommable. Elle était déterminée, elle avait les armes et aucun avantage ne lui échappait. Pourtant elle s'obstinait sur des choses qui n'avaient aucun sens.

A quoi cela pouvait-il bien servir de savoir qui avait engagé la tueuse Croate ? Personne ! Personne ne lui avait dit de presser la détente pour commettre la plus grosse erreur de son existence ! Personne n'était responsable, sinon elle. Qu'aurait-on voulu qu'elle dît ? Qu'elle avait été payée par l'Initiative pour se débarrasser d'une scientifique aux vues parfois dérangeantes ? Qu'elle avait été payée par une organisation criminelle pour porter un coup décisif à l'ORS ? Même pas. Cela aurait eu au moins le mérite d'expliquer son geste. Ils pensaient toujours qu'elle avait tué Abi pour un contrat, pour de l'argent, ou bien pour de sombres motifs politiques, alors qu'elle l'avait fait par affection. Une affection telle qu'elle avait perdu la raison quand elle avait cru que son amie était tombée sous les coups de ce soldat. Une affection telle que les larmes et la rage avaient obscurci son jugement quand elle avait pressé la détente. Une affection telle qu'elle n'avait jamais pu se remettre de son forfait… Elle avait tué sa meilleure amie parce qu'elle l'adorait. De même qu'elle avait mis en danger sa famille parce qu'elle les aimait. Voilà quel était son fardeau.

Il y eut un instant de silence. Profond. Elle se rendit compte seulement à cet instant que tout ce qu'elle avait pensé, elle venait en fait de le dire à voix haute. Elle était arrivée au terminus, fin de la ligne, dernier arrêt. Elle était lessivée, épuisée. Elle avait tout donné pour emporter sa culpabilité au fin fond de la planète et y mourir seule. C'était la punition qu'elle avait choisi pour expier ses crimes. Mais ils étaient venus la rattraper, et pourquoi ? Pour essayer de lui arracher des secrets qui n'existaient pas ? Les voilà servis. Ils avaient fait tous ces efforts pour rien. Ils avaient travaillé à créé une fausse Abi pendant si longtemps pour essayer de lui soutirer des informations qui n'avaient jamais existé. Et maintenant ? Qu'allait faire cette fausse scientifique qui la regardait avec une incrédulité certaine ? Lucija, malgré la douleur, lui lança un sourire vide joie :

- Jamais je ne lui aurais fait de mal… Si vous saviez par quoi on est passées toutes les deux…

Elle soupira :

- La vraie Abi aurait su ça. Elle l'aurait su… Oui… elle l'aurait su…

Elle s'égara un instant, et ses yeux se voilèrent alors qu'elle se perdait dans ses souvenirs. Mais elle ne resta pas éloignée d'elle-même bien longtemps, car elle planta son regard dans celui de l'interrogatrice, et lui dit avec une assurance qu'elle n'avait pas montrée jusqu'alors :

- Et maintenant tuez-moi, s'il-vous-plaît… Nous n'avons plus rien à nous dire.

Elle laissa sa tête retomber en arrière, et se laissa aller à des sanglots désolants. Cette fois, c'était bel et bien fini… Ses lèvres tremblaient alors qu'elle essayait de contenir son émotion. Elle n'aurait jamais cru fondre en larme le jour où son heure serait venue. Pourtant, à l'heure où la mort était le point de s'abattre sur son cou et de mettre un terme à sa vie qui n'existait plus par ailleurs, ses pensées glissèrent vers son trésor. Sa petite Ashley. Elle aurait tellement voulu pouvoir la prendre dans ses bras une dernière fois. Embrasser ses cheveux… Caresser sa main… Juste voir sa photo, emportée dans les flammes des mois auparavant en même temps que les restes d'Ivana Chambers.

- Je vous en prie, implora-t-elle en fermant les yeux. Je vous en prie, tuez-moi vite… Qu'on en finisse enfin… Qu'on en finisse…
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MessageSujet: Re: [EN COURS] Nigeria - The walking dead Mer 19 Oct - 22:02


Dans ses années d’études, Abigail avait étudié bien des composés chimiques et organiques. Certains attisaient sa curiosité, d’autres son étonnement, et un petit nombre lui inspirait la méfiance. Voir leur nom écrit dans un rapport, ou sur le flacon les renfermant, lui faisait quasiment toujours un petit hérissement, imperceptible mais bien présent. Elle jouait souvent avec des jouets dangereux, et plus d’une fois dans sa carrière la scientifique avait été amenée à se revêtir d’une combinaison étanche pour manipuler des choses qui auraient fait réfléchir à deux fois une personne ordinaire. Abigail Lorenson avait beau avoir une crainte des armes à feu, tant de les manipuler que de se retrouver confronter à elles, elle restait impavide face à des virus ou des bactéries qui tuaient aussi sûrement, voire plus efficacement qu’une balle. Là où des munitions standard provoquent des hémorragies et des déchirures de tissus qui faisaient agoniser leur victime pendant des heures, voire des jours, il existe des poisons végétaux et d’origine animale capables de foudroyer quasiment instantanément un homme adulte en bonne santé.
Dès qu’elle manipulait ces substances, la scientifique devenait, était-ce seulement imaginable, encore plus inflexible et draconienne sur les règles. Aucun mouvement n’était superflu, aucune parole n’était lancée en l’air, un profane aurait pu croire à un rituel sectaire trop élaboré. Mais quand au bout de la seringue, il y avait de quoi décider de la vie ou la mort de quelqu’un, elle ne plaisantait jamais. Même ici, dans un hôpital de seconde zone en Afrique Noire, en train d’administrer de la succinylcholine à son ancienne amie parce qu’elle estimait devoir lef aire, Abigail ne perdait pas son masque de professionalisme. Elle observait attentivement les torsions du corps de la Croate, écoutait ses tentatives de hurlements, enregistrait dans sa mémoire les larmes de terreur sur son visage. Mais elle, de l’autre côté de la barrière entre prisonnier et interrogatrice, restait aussi émue qu’une statue.

Les effets de la toxine s’estompaient, et Lucija recommençait à avoir un discours cohérent. Mais même si ses muscles recommençaient à fonctionner, Abigail jeta un regard discret sur son conférenceir, à la recherche des tables de dosages. En un rapide mouvement d’yeux, elle avait rebalayé les quantités, les avait croisées avec le poids de Lucija, ajusté le résultat en fonction de son affaiblissement… Non, la dose qu’elle avait injecté était loin de causer des dégâts irréversibles ou létaux, ni même de laisser la moindre séquelle en dehors d’une histoire à raconter dans sa prochaine sortie mondaine dans le milieu des assassins free-lance quand on lui poserait des questions sur les expériences de mort imminente. Alors qu’est-ce qui avait mal tourné ? Pourquoi Lucija lui tenait-elle des propos insensés comme ça ? Elle revérifia le flacon, mais la date à partir de laquelle le produit perdait de sa qualité n’était mraculeusement pas encore atteinte. Il se passait quelque chose d’inattendu autour d’elle, Abigail ne savait pas de quoi il s’agissait, et cela la rendait folle.
« Quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Lucija vidait son sac presque sans reprendre son souffle. Et Abigail ne savait pas quoi en faire ! Elle ne savait pas si Lucija disait la vérité, toute secouée qu’elleé tait d’avoir ingéré une toxine ravageuse et de voir une amie défunte revenue à la vie, ou bien si elle appliquait la tactique de lui raconter n’importe quelle histoire pour peu que la torture s’arrête. Abigail devait montrer des signes évidents de confusion sur son visage, ils étaient en tous cas bien présents dans son esprit. La mécanique si bien huilée de son cerveau, les rouages de son esprit, n’avaient pas rencontré un simple grain de sable, ni même un caillou, mais carrément un rocher. Lucija lui avait tiré dessus par affection ? Pourquoi ? Par peur qu’elle ne se fasse avoir par la sentinelle du complexe qu’elle espionnait ? Abigail restait silencieuse, ne sachant pas quoi dire. Puis sept mots firent vasciller la situation.

Jamais elle ne lui aurait fait de mal.

Abigail regarda alors ses mains. Elles tenaient encore la seringue hypodermique, cet objet à l’apparence anodine pour elle, mais chargé de tant de connotations pour les autres. Vecteur de vaccins, certes, mais aussi de drogues capables de ravager un corps sain, ou encore de toxines capables de l’arrêter tout simplement, de le faucher en pleine course. Entre les mains d’Abigail, cet outil de soin était devenu une promesse de mort. Une mort que Lucija lui demandait, pour la libérer du supplice.
Alors la réalité frappa Abigail de plein fouet. En torturant ainsi Lucija, sans défense, elle venait de fouler au pied son droit à se qualifier dignement d’être humain. Elle avait fait à Lucija ce que la Croate n’aurait jamais pour rien au monde fait à l’Américaine. Elle s’était retournée contre son amie. Et si… Et si finalement c’était Abigail qui tenait le rôledu méchant dans toute cette histoire. Le rôle de celle qui avait été abandonnée par son amie, avait souffert seule, et s’était reconstruite en un personnage vengeur qui ne savait pas pardonner à celle qui lui avait causé du tort ?

« Oh mon Dieu… Qu’est-ce que j’ai fait ?… Qu’est-ce que j’ai fait ?…Que… »
La scientifique recroisa le regard de Lucija, et cette-fois s’y arrêta au point d’essayer de pénérter au fond de son esprit rongé de remords et de désespoir. Et devant ces deux puits sombres d’où se déversaient des larmes amères et sincères, Abigail vit l’image qu’elle renvoyait chez Lucija. Celle d’un monstre, impitoyable et sans remords, capable des pires extrémités pour obtenir ce qu’elle voulait. Ses yeux bleu-vert semblaient briller d’un éclat malsain, celui d’une psychopathe au bord de la rupture mentale. Ses cheveux auraient pu être des torrents de feu, cela ne l’aurait pas surprise. La seringue était son épée par laquelle elle s’apprêtait à prendre la vie de son amie. Abigail, la fierté de son père, était devenue un démon inflexible qui avait sommeillé pendant longtemps et avait attendu son heure pour se montrer sous sa forme la plus hideuse.
« Lucija… »
La scientifique sentit ses genoux se dérober sous elle. Le premier signe indiquant qu’elle s’apprétait à craquer était que ses genoux commençaient à trembler, un trait que son thérapeute à Los Angeles n’avait pas manqué de remarquer lors de leurs rencontres au cours de l’année passée. Elle sentait son monde s’écrouler, morceau apr morceau, autour d’elle et elle ne pouvait rien faire pour l’arrêter. Et comment aurait-elle pu, vu que tout était de sa faute ? Le désir de conniassance s’était transformé en soif de vengeance, et la vengeance l’avait consumée, aveuglée, et lui avait fait commettre l’irréparable. Abigail eut une bouffée d’air, expirant brusquement, comme si on lui avait frappé un coup au ventre. Elle pressa le piston de la seringue, la vidant d’un seul coup.
Mais au lieu de la vider dans Lucija pour l’achever, elle la vida sur le sol, et jeta dans un fracas de verre brisé l’instrument.
« Oh Lucija, je t’en supplie, pardonne-moi… Pardonne-moi… »
Avec des gestes rendus fébriles par le déferlement d’émotions, la scientifique rousse s’aprocha du lit où se trouvait Lucija, et posa sa main sur celle de la Croate. Elle était chaude et rendue moite par le climat étouffant de l’endroit, mais en même temps froide d’avoir traversé trop d’épreuves et n’avoir plus aucune réserve d’énergie. Les mains de la scientifique tremblaient, comme si elle paniquait. La respiration rapide et hachée, la scientifique défit les entraves de Lucija. Elle ne méritait pas d’être attachée ainsi comme une criminelle. Elle avait certes commis un acte qui restait en travers de sa morale, mais au fond de sa conscience, Abigail savait qu’elle aurait fait la même chose. Si elle avait été à sa place, elle aurait sans doute tiré aussi pour tenter son amie. Elle aurait sans doute raté son tir et révélé sa position, mais son choix aurait été le même…
Abigail pleurait des larmes silencieuses et redressa Lucija. Elle la redressa et la serra contre elle avec la force d’une enfant retrouvant ses parents après une trop longue séparation. Elle aurait voulu que ce moment de retrouvaille ait eu lieu en d’autres circonstances, mais elle l’avait retrouvée. Elle l’avait retrouvée en vie, et pareille situation ne méritait pas qu’elle fît la fine bouche.
Et fidèle à elle-même Abigail voulut cacher qu’elle pleurait en posant son menton sur l’épaule de la Croate.
« Je t’en avais tellement voulu… Mais maintenant qu je sais la vérité… Si tu savais comme je m’en veux… Je t’en prie, pardonne-moi ce que je t’ai fait subir… Je vais te ramener à la maison Lucija. Je vais te ramener à ta famille. J’ai promis… J’ai promis à Richard… Et Ashley »
Elle ne savait trop si un tel geste revenait à lui fournir un phare pour la sortir des abysses, ou lui planter un nouveau couteau en plein cœur, mais Abigail décida d’utiliser la carte qu’elle avait conservée dans sa manche en cas de besoin. Elle sortit de la jaquette de protection de son portable une photo. Cette photo lui avait été remise plusieurs mois auparavant par un certain Richard Keller, à Washington. Elle représentait cet homme qui tenait dans ses bras une jeune femme pleine de vie, un sourire éclatant sur le visage. Le couple était à la base du Washington Monument, et rien ne semblait pouvoir contrarier ce bonheur… Si le photographe hélé ce jour-là savait quelle personne il venait de prendre en photo… sans doute n’aurait-il jamais cru les aventures qu’elle aurait pu lui raconter !
Abigail présenta la photo entre les mains de Lucija, et essuya d’un revers de pouce la joue de la Croate. Elle se posa alors une question délicate : que faire une fois sur le pas de la porte de leur maison ? Comment expliquer son absence à Richard ? Comment cacher leurs activités ? Comment, en définitive, ne pas faire exploser cette famille ? Abigail n’en avait cure pour le moment. Lucija passerait sans doute en cour martiale à l’Initiative, mais Abigail serait prête à témoigner en sa faveur, défendant le faux-pas dans une carrière que peu pouvaient prétendre avoir au sein de l’organisation. Mais elle avait fait une promesse, et les promesses d’une Lorenson étaient toujours honorées.
« Richard et Ashley t’attendent à la maison… »
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MessageSujet: Re: [EN COURS] Nigeria - The walking dead Lun 24 Oct - 0:32

Lucija inspira profondément.

Changement soudain dans l'atmosphère. Elle pouvait le sentir en goûtant l'air qui entrait douloureusement dans ses poumons, et qui avait une saveur si particulière. Une saveur unique qu'elle avait déjà pu goûter par le passé.

Elle vivrait.

Ses yeux écarquillés fixaient la fausse Abi, alors que celle-ci perdait de sa superbe devant l'étalage de la vérité. Elle avait joué, elle avait perdu, et désormais elle ne savait plus que croire. De toute évidence, le récit que lui avait fait la tueuse avait échappé à ses prédictions même les plus folles, et elle paraissait à la fois choquée et sonnée. Ce qu'elle venait d'apprendre était de toute évidence beaucoup trop pour elle, et Lucija profita de son abattement pour savourer l'espace d'un instant le fait qu'elle allait échapper pour un temps à la torture. Ses muscles contractés violemment un instant plus tôt se relâchèrent totalement, et elle se mit à trembler. Comme si un froid surnaturel s'était emparé d'elle, elle se mit à frissonner, alors que son visage déformé par le sanglot qu'elle essayait de réprimer affichait brusquement la profonde lassitude qu'elle ressentait.

Elle sentait un engourdissement désagréable dans le bout de ses doigts, mais ils réagissaient tout de même et bougeaient quand elle le leur commandait, même si ses poignets étaient toujours fermement attachés au cadre métallique du lit.

La fausse scientifique se mit alors à marmonner des choses qui n'avaient pas de sens. Elle semblait perdue entre le poids des révélations, et la nécessité de continuer à jouer son rôle. Mais pourquoi faire ? Qu'avait-elle à gagner à prétendre encore être le docteur Lorenson, alors qu'il était évident qu'il n'y avait rien de plus à obtenir de la tueuse ? Pourtant, le remords qu'on lisait dans son regard était pour le moins sincère, et cela troubla Lucija plus qu'elle ne voulait bien l'avouer. Qui donc était cette personne qui se faisait passer pour Abi, et qui s'échinait à imiter la moindre de ses réactions avec un réalisme aussi saisissant ? Une sœur ? Une cousine ? Abi avait-elle seulement de la famille proche ? Pour l'heure ces questions étaient secondaires dans l'esprit de la Croate, et elles pouvaient être reléguées sans risque dans un coin de son esprit brisé. Pour plus tard, quand elle aurait à la fois le temps et l'espace d'y penser sereinement.

En attendant, pendant que sa pseudo-amie paraissait prendre la mesure de ses actes, la tueuse continuait de scanner son corps à la recherche de signes inquiétants. Ses jambes réagissaient convenablement aussi, et elle pouvait bouger ses orteils sans difficulté. Pas sans douleur, néanmoins… Mais elle y survivrait.

Elle fut tirée de ses pensées par un bruit liquide qui l'amena à se focaliser sur sa tortionnaire. Celle-ci, apparemment dégoûtée par ce qu'elle avait semblé faire sans éprouver la moindre émotion quelques minutes auparavant, venait de vider le contenu de la seringue sur le sol. Lucija cligna des yeux, en comprenant qu'elle avait marqué plus de points qu'elle aurait pu l'espérer. Son bourreau perdait ses moyens, et de toute évidence toute perspective de torture était désormais bien loin. Surtout que l'inconnue qui portait les traits de son amie venait de lui demander pardon. Pardon ? Comment ? Pourquoi ? Ce fut au tour de la Croate de plonger dans une confusion inextricable. La situation venait de basculer si rapidement qu'elle avait l'impression de perdre pied, de se retrouver dans un océan d'incongruité qui la désarçonnait.

- Abi ? Interrogea-t-elle d'une voix aussi brisée que son corps.

Elle se sentit défaillir, et un gémissement de douleur accompagna sa pathétique tentative de se redresser. Elle retomba lourdement sur son lit, essayant vainement de lever les mains pour se prendre la tête. Le bruit des sangles attira sans doute l'attention de la tortionnaire devenue en un éclair une alliée providentielle. Elle s'approcha, et les défit avec un empressement teinté de panique. Une panique qui n'échappa certainement pas à Lucija, qui retrouvait peu à peu sa lucidité. Elle devait avoir le visage confus elle aussi, tant elle oscillait entre la peur, la souffrance, et le désir de faire confiance à cette femme qui ne pouvait être qu'Abigail. Elle retrouvait la véritable scientifique dans cette maladresse curieuse qui tranchait avec le contrôle parfait qu'elle exerçait d'ordinaire sur tout et tout le monde. La vérité était qu'en dehors de son laboratoire, de ses expériences et de ses plantes, Abigail était une personne normale : il lui arrivait d'hésiter, de faire les mauvais choix, de regretter… Elle avait montré ces facettes de sa personnalité à Lucija par le passé, notamment à Berlin. Quiconque connaissait Abi pouvait dire qu'elle était d'un calme olympien, capable de faire preuve d'un sang-froid à toute épreuve. Mais combien pouvaient témoigner de la fragilité d'une femme que tout le monde croyait taillée dans le diamant brut ? La Croate était de ceux-là, et la fébrilité soudaine qu'elle apercevait chez sa geôlière était plus qu'assez pour convaincre n'importe quelle personne raisonnable qu'elle avait bien affaire à la véritable Abigail Lorenson.

Lucija sentit que ses membres retrouvaient soudainement leur liberté, et l'instant d'après des mains fines et brûlantes vinrent l'aider à se redresser, avant qu'une étreinte puissante ne lui fût donnée. La tueuse était ailleurs, pourtant. Son regard était vide, et elle était comme incapable de réagir, anesthésiée, aseptisée. Elle sentait vaguement le contact des bras de la scientifique, elle percevait de manière lointaine les mots qu'elle prononçait sans en capter le sens véritable. Le reste lui échappait aussi sûrement que le sens de la vie échappe à un enfant. A moins que ce ne fût l'inverse. A moins que, à l'instar d'un enfant, elle eût une connaissance instinctive de ce qu'Abigail voulait lui dire, sans avoir besoin de l'écouter vraiment pour comprendre.

Pourtant, deux mots vinrent tirer Lucija de sa torpeur. Deux mots chargés de sens, chargés de puissance, qui transpercèrent son âme comme deux flèches de lumière déchirant un abîme de ténèbres.

Richard.

Ashley.

Elle ne sut résister aux larmes, et dans les bras d'Abigail elle se crispa brusquement et s'effondra de nouveau. Elle était si faible, si lamentable, et pourtant elle n'avait pas encore subi le coup de grâce. Coup que la scientifique venait de lui porter. Richard. Que devenait-il ? Il était si loin d'elle, à la fois physiquement et symboliquement, qu'elle avait fait en sorte de ne pas penser à lui. Elle avait réussi à l'écarter de ses pensées, grâce à l'alcool, grâce à la drogue, grâce à tout ce qui avait pu lui tomber sous la main. Mais maintenant que son nom venait d'être prononcé, et que son image venait d'apparaître dans son esprit, elle ne savait plus que penser. Elle était horrifiée par tout ce qu'elle avait fait, par l'état dans lequel elle était. Elle lui avait toujours menti, depuis le début de leur relation… elle avait toujours caché la vérité sur sa véritable identité, sur son parcours couvert de sang… Mais si elle avait toujours pu cacher ce qu'elle faisait, elle n'avait jamais pu lui cacher une seule seconde ce qu'elle était. Et qu'était-elle maintenant, sinon un déchet humain ? S'il pouvait la voir en cet instant précis, il s'effondrerait en pensant que cette femme était la mère de son enfant… que cette femme avait partagé sa vie et qu'elle aurait pu les entraîner avec elle dans sa chute.

Et Ashley… La petite Ashley qui n'avait rien demandé, qui n'avait jamais fait autre chose que d'être la petite fille la plus adorable que l'on pût rêver d'avoir. Privée de sa mère du jour au lendemain, sans explications, sans même un début de réponse auquel s'accrocher. Que penserait-elle en voyant que celle qu'elle avait toujours rêvée d'imiter en était rendue à ramper dans les caniveaux les plus sordides d'une région en guerre ? Qu'elle mendiait de la nourriture, était prête à tout pour avoir sa dose quotidienne de poison liquide ou sous forme de cachets. Elle serait partie en courant devant cette apparition squelettique et cauchemardesque, parodie grotesque de celle qu'elle avait un jour eu le plaisir d'appeler « maman », et qu'elle ne pouvait désormais qualifier que de « monstre ». Lucija fut écrasée par le poids de ses souvenirs, et elle se réduisit à néant dans les bras d'Abigail, comme si son corps physique était vidé de toute substance.

Elle était en train de s'en aller.

Elle mourait.

Probablement consciente qu'il fallait faire quelque chose, Abi sortit une photo qu'elle présenta à Lucija. Une photo d'elle et de Richard, devant le Washington Monument. Elle datait de l'époque où ils venaient de faire connaissance, et elle se souvenait parfaitement de ce jour. Il faisait beau, et il l'avait invitée à se promener entre les sculptures d'art moderne du Mall. Elle pressentait qu'il était intéressé, mais elle ignorait si elle était prête à s'engager dans une relation avec lui. Ivana Chambers le désirait sincèrement, car elle avait trouvé chez lui un homme gentil et convenable. Lucija Radenko le redoutait, car elle savait que la vie de famille était incompatible avec les exigences de sa vie cachée. Elle se souvenait parfaitement de cette photo, car elle se souvenait parfaitement de cette journée. Ils avaient déambulé l'air de rien jusqu'au Washington Monument, et s'étaient installés dans l'herbe tout à côté, à bonne distance de la Maison Blanche et des touristes qui venaient la prendre en photo. Allongés l'un à côté de l'autre, ils avaient discuté, et discuté encore. Richard, qui savait toujours trouver les mots pour faire sauter sa carapace, lui avait posé une question qui l'avait désarçonnée :

« Tu te verrais sortir avec quelqu'un comme moi ? »

Elle avait hésité. Il n'avait pas desserré les mâchoires, la laissant choisir les mots pour répondre.

« Tu te verrais sortir avec quelqu'un comme moi, toi ? » Avait-elle répondu, prise au piège.

Il avait souri, s'était redressé avec un naturel désarmant, avant de se pencher pour l'embrasser. Elle aurait probablement dû le repousser à ce moment précis. Lui dire que non, que c'était impossible, qu'elle était déjà prise, qu'elle allait devoir changer de ville, qu'elle était une tueuse à gages. Elle n'en avait rien fait. Au lieu de quoi, elle avait accepté son baiser, et tout ce qu'il impliquait. Et c'était ce que cette photo symbolisait… le moment où elle avait accepté, le moment où elle avait décidé que sa vie de tueuse ne serait pas la seule qu'elle mènerait. Le moment où elle avait décidé qu'elle serait plus que ça. Plus qu'un monstre.

La simple vision de ce cliché faisait remonter à la surface des émotions et des souvenirs enfouis profondément. Des questions aussi. Une question, en fait. Les yeux rivés sur son sourire de l'époque, éclatant, elle ne pouvait s'empêcher de se demander une chose cruciale. Une chose si essentielle qu'elle éclipsait tout le reste, qu'elle jetait son ombre terrifiante sur tout le bonheur que l'on pouvait lire sur les traits du couple.

Comment Abigail avait-elle mis la main sur cette photo ?

Lucija leva les yeux, à la fois surprise et atterrée. Elle sentit la main de la scientifique essuyer une de ses larmes, et lui murmurer de douces paroles réconfortantes à l'oreille. Elle tendit la main, pour effleurer du bout des doigts le visage de son amie. Pendant une fraction de seconde, elle fut convaincue. Totalement. Sans réserve. L'instant d'après, son regard se durcit.

Ses doigts fébriles se transformèrent en une poigne d'acier qu'elle referma sur la nuque d'Abi. Elle avait beau être amoindrie, l'entraînement à la fois physique et mental que la tueuse avait reçu n'avait pas totalement disparu. Les restes de sa formation étaient suffisants pour ce qu'elle avait à faire. Tirant brusquement la pseudo-scientifique vers elle, elle fit le trajet inverse avec sa tête, et heurta sans prévenir le front de la femme rousse avec le sien. Coup de boule. Le choc, aussi terrible qu'inattendu pour l'une des deux parties, rejeta leurs deux corps en arrière. Lucija retomba sur le confortable matelas de son lit, en se tenant le visage, essayant de chasser les étoiles qui dansaient devant ses yeux. Abigail n'eut pas la même chance, et en reculant elle trébucha sur le petit chariot métallique qu'elle emporta dans sa chute. Le fracas fut assourdissant, mais ce n'était que le début.

Transformée en boule de rage par la mention de sa famille, Lucija se redressa et bondit comme un tigre famélique sur celle qui demeurait avant tout sa tortionnaire, une femme suffisamment retorse pour être capable de jouer à « bon flic, méchant flic » sans avoir besoin d'un partenaire. Une femme qui avait failli lui retourner le cerveau en lui faisant croire qu'elle était la véritable Abi, soudainement prise de remords. Mais penser à sa famille avait réveillé un instinct que rien ne pourrait tuer chez la Croate. L'instinct de survie qui, chez elle, primait sur tout le reste. Avec un cri de rage à déchirer les tympans, elle plaqua au sol son adversaire au moment où celle-ci cherchait à se relever, et dévia ses tentatives maladroites de se défendre. N'importe quelle personne se serait acharnée avec violence, frappant sans retenue, cherchant à noyer l'autre sous un flot continu d'attaques désorganisées. La meilleure façon de se faire contrer. Lucija, l'esprit plus clair que jamais, glissa ses mains sous la gorge de la fausse Abi, et appuya de toutes ses forces. Elle n'avait pas l'énergie de serrer, mais elle jetait tout son poids dans la bataille, verticalement, calant ses épaules pour former une ligne parfaite et impossible à briser.

Sous ses doigts, Abi se défendait tant bien que mal, mais elle ne sentait pas les coups qu'elle essayait de lui porter. Son hurlement de rage couvrait les halètements qu'elle donnait alors qu'elle cherchait désespérément un peu d'air. A cheval sur son ventre, elle ne voyait pas les battements inutiles de ses pieds… pas plus qu'elle ne vit s'ouvrir la porte de la chambre. Elle avait les yeux rivés sur sa future victime, et ne fut détournée de son entreprise que par une douleur brutale et sourde apparue à l'arrière de son crâne.

Sans comprendre pourquoi ou comment, son corps devint soudainement lourd et gourd. Elle s'écroula en avant, incapable de maintenir sa prise sur la pseudo-scientifique et de résister à l'injonction muette que la crosse métallique d'un fusil d'assaut venait de tamponner dans son cuir chevelu. Les étoiles, toujours les étoiles, revinrent exploser en une multitude de flashes lumineux devant son regard. Elle n'était pas encore inconsciente, et elle se redressa légèrement pour ramper hors de portée. Son champ de vision, cruellement réduit, lui permit tout de même d'aviser un objet sur le sol enténébré. Un rectangle de papier photo qui lui appartenait, et qu'elle entendait bien récupérer. Elle essaya de s'en emparer, mais une jambe terminée par une botte lui barra la route. Elle ne vit pas venir le second coup non plus. Il s'écrasa sans ménagement sur sa tempe, porté avec générosité par le colosse à la peau sombre qui tenait l'arme.

La jeune femme avait son compte, et elle s'effondra sur le ventre, rendue à l'inconscience qui lui seyait plutôt bien.

Pendant ce temps, le second militaire aidait le docteur Lorenson à se relever, en lui présentant ses excuses :

- Pardon madame, on sait que vous nous aviez dit de ne pas vous déranger mais… On a entendu du bruit à l'intérieur, et… Attendez, asseyez-vous… Voilà… Est-ce que vous voulez qu'on l'attache de nouveau, par précaution ?

Laissant le temps à Abigail de retrouver ses esprits et ses lunettes, il servit un verre d'eau à la jeune femme tout en essayant de déchiffrer ses émotions. En vain. Le premier, qui repassa son arme en bandoulière non sans avoir jeté un regard à Lucija, intervint :

- On a aussi reçu un appel de votre chef. Il vous a demandé de le rappeler dès que possible… Mais vous voulez peut-être vous reposer un peu avant ? … Madame ?
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Accréditations: auncune
Domaine de compétences: Tir de précision, dissimulation en milieu urbain, infiltration/exfiltration
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MessageSujet: Re: [EN COURS] Nigeria - The walking dead Jeu 12 Jan - 22:13


Fort McNair – Juillet 2010

Pour un observateur extérieur, la rangée d’individus face à l’instructeur de combat rapproché semblait tout à fait normale. Devant l’ancien capitaine des Marines John Barrett se tenait une vingtaine de recrues, issues de divers corps d’armées de plusieurs pays. De nombreux Américains, quelques Européen et Russes, tous imposants et taillés dans le creuset des armes. Ces hommes et femmes s’étaient engagés pour défendre leur patrie contre d’autres combattants qui seraient leurs égaux, aujourd’hui ils apprenaient à défendre ces mêmes patries contre des ennemis qui n’étaient même pas supposés exister… Il y avait toutefois un élément détonant dans ce tableau. Non pas l’environnement d’entrainement, ni même une cible hors du commun pour ce type d’exercice. A une extrémité de la rangée de treillis fatigués et de visages durs, il y avait de toute évidence quelqu’un qui n’était pas à sa place.

Bien que le groupe comportât plusieurs femmes, celle-ci semblait pouvoir être brisée au moindre mouvement brusque. Cette femme aux longs cheveux roux et portant des lunettes à fine monture était la seule civile de la promotion, et était regardée à la fois avec étonnement, envie, haine et dédain en proportions variant selon les participants à l’exercice. Elle dominait les examens théoriques avec une facilité déconcertante grâce à une mémoire fantastique, et trouvait toujours réponse à tout en quasiment toute situation. Lors de la pratique en revanche, cette même civile devait mettre les bouchées doubles pour espérer suivre les autres membres de sa classe. Elle finissait avec les poumons en feu et d’horribles crampes malgré ses étirements. Les exercices liés aux armes et au combat rapproché étaient ceux qu’elle détestait le plus. Entre ses mains, un fusil d’assaut que n’importe quel soldat maniait sans difficulté lui paraissait aussi encombrant et lourd qu’une mittrailleuse lourde. Même en tirant allongée avec l’arme stabilisée par un bipied, elle était incapable de faire un score décent sur stand de tir ! Le pistolet étaient la seule arme qu’elle semblait manier à peu près correctemement, tant que le calibre restait du 9mm. Elle s’obstinait pourtant à tenter d’égaler ses camarades de formation militaire, pour qui monter et démonter un M4 les yeux bandés était aussi facile qu’elle résolvait de complexes problèmes théoriques.

Mais tout tournait au vinaigre dès qu’il était question de corps-à-corps. La civile n’avait jamais pratiqué d’art martiaux de sa vie, ni n’avait suivi de formation militaire avant de rejoindre cette classe. Son petit gabarit jouait à la fois pour et contre elle. Plus petite et plus agile, elle était plus légère et facile à retourner et immobiliser une fois au sol. Etrangement, pareille chose semblait être le sport préféré de ses partenaires.
-Pourquoi vous vous embêtez à faire cette formation avec nous, lui avait-on un jour demandé. Vous allez rester tout le temps dans un labo ! Le plus proche du terrain que vous verrez, ça sera les échantillons qu’on vous ramènera !
-Si je veux des échantillons, je les veux directement à la source, prélevés moi-même. Et il y a peu de chance que la source me les donne sans faire de vague, même si je lui demande gentiment… Je dois le faire.
-Très bien, préparez-vous à vous faire bouffer toute crue alors… Ils rigolent pas avec les scientifiques.
-J’ai la peau dure, je survivrai…
Abigail en avait encaissé, des coups. Elle avait plusieurs fois visité l’infirmerie, une fois pour un os fêlé, plusieurs autres fois pour des écorchures et des coupures plus ou moins sévères. Elle regagnait ses quartiers meurtrie et épuisée, mais refusait d’abandonner. Pour sa ténacité, ses adversaires la respectaient, et beaucoup essayaient de trouver son point de rupture. Pour certains de ces militaires de formation, une scientifique n’avait pas sa place dans une classe de corps-à-corps. Quand vint le jour de leur évaluation finale au corps-à-corps, Abiagil avait tout juste obtenu le score minimal lui permettant de ne pas être recalée, et il était mentionné dans son dossier que pour chaque déploiement où une opposition armée était attendue, un agent rompu aux techniques de combat devait impérativement l’accompagner. Si des blessures reçues à l’entrainement pouvaient facilement s’expliquer avec des exercices, les morsures, plaies et infections diverses qu’on agent de l’Initiative était susceptible de recevoir en mission devenaient souvent franchement difficile à justifier…

Les agents étaient régulièrement évalués sur leurs capacités martiales, à l’image de n’importe quelle force de maintien l’ordre ou militaire, et chaque saison de réévaluation était un cauchemar pour Abigail Lorenson. Elle avait beau tenter de s’enterrer sous le travail à cette période, on finissait toujours par la rattraper et l’emmener sur le ring de combat, souvent contre un adversaire bien plus fort qu’elle, car tout le monde savait qu’elle « ne reculait pas devant un bon défi ». L’évaluation finissait souvent dans le sang de la scientifique, mais toujours de manière à ce qu’elle valide les compétences minimales requises pour ne pas être écartée, car son cerveau savait des choses très importantes que l’Initiative voulait conserver. Abigail avait appris très vite à protéger son visage, ainsi que les techniques de désarmement et de chute qui lui permettaient de répliquer, ou de s’enfuir d’un combat qu’elle savait ne pas pouvoir gagner.

Son problème restait de pouvoir réagir assez vite aux attaques…


**********

Yola – Mars 2015

Des étoiles dansaient devant les yeux de la scientifique, et à son grand regret, il ne s’agissait pas du ballet de la voûte céleste. Fidèle à elle-même, Lucija était pleine de surprises, et lui avait bondi dessus avec une rapidité et une férocité que ne laissait en rien paraitre son apparence famélique.
Complètement désorientée, Abigail tentait de retrouver des repères, de comprendre ce qu’il lui arrivait. Lucija lui bondit dessus tel un serpent, et referma ses mains autour de son cou en serrant vicieusement.

Cette fois Abigail était prête à faire du mal à son amie, si cela lui permettait de respirer de nouveau. Avec peine, elle essayait d’attraper du bout des doigts un scalpel qui était tombé du plateau d’outils qu’elle avait renversé dans sa chute. La position de Lucija, l’épinglant sur place aussi sûrement qu’un prédateur, la maintenait assez stable pour qu’elle puisse tenter d’attraper la lame, mais le manque d’air, et les soubresauts incontrôlés de son corps en train de se déconnecter petit à petit, semblaient l’empêcher d’assurer une quelconque prise solide sur le scaplel. Il ne lui manquait que quelques millimètres ! Entre ses mains, le couteau chirurgical serait devenu une arme mortelle. Mais les mains de la Croate formaient un étau que rien ne pourrait déserrer. La vision d’Abigail se troublait… Ses pieds battaient pathétiquement, tenant de trouver un appui pour tenter de se relever, mais rien ne semblait l’aider sinon à s’épuiser davantage… Elle tentait bien d’une main de déserrer l’étreinte mortelle de Lucija, mais ses forces s’amenuisaient…

C’était donc comme ça que ça finirait ? Abigail avait déjà eu pluseurs fois ce genre de pensée, à Bombay pendant ces terribles semaines, elle l’avait même espéré certains jours. Elle mourrait loin de chez elle, oubliée, à poursuivre une quête qui avait fini par la consummer toute entière. Elle pensait mourir de sa belle mort, âgée, peut-être entourée de sa famille, auréolée de prix et récompenses diverses de la communauté scientifique à laquelle elle avait dédié sa carrière. Non, elle mourrait étranglée sur le sol d’un hôpital nigérian, tuée par la rage aveugle de son amie et partenaire d’activités dont personne ne saurait jamais rien. Sa mort n’aurait pas de commémoration, tout au plus dissimulée dans un obscur accident. Et ça, Abigail était incapable de l’accepter. Sa mère, qui tenait à sa fille plus que tout au monde, se laisserait mourir de chagrin en apprenant sa mort, et pour cette seule raison, Abigail continuait de lutter. Abigail ne savait pas abandonner un combat, fût-il physique ou intellectuel.

Puis de l’air trouva brusquement un chemin vers ses poumons.

Deux colosses avaient fait irruption dans la petite chambre, sans doute attirés par le bruit soudain. L’un d’eux avait envoyé un violent coup de la crosse de son arme dans la tête de la Croate, pendant que le deuxième la redressait. Instinctivement, Abigail porta une main à son visage là où Lucija lui avait asséné un coup de boule magistral, qui l’avait à moitié aveuglée, complètement déstabilisée et avait fait voler ses lunettes, faisant d’elle une proie encore plus facile que d’ordinaire. Du sang vint tacher ses doigts fins. Avec un peu de chance, elle n’aurait pas besoin de sutures, mais il lui faudrait désinfecter et bander rapidement la plaie. La bosse résultante ferait fureur à son retour, à n’en pas douter. Elle n’aurait qu’à raconter cette chute prodigieuse dans la jungle, où elle était tombée dans un tas de branches épaisses après avoir dérapé…

Elle entendait à peine l’un des soldats lui parler, pendant que son compère s’assurait que Lucija était hors d’état de lui faire encore du mal. Abigail échappa aux mains du premier soldat l’espace d’un instant, le temps de fouiller le sol à tâton à la recherche de ses lunettes. Être hypermétrope lui permettait de les retrouver assez facilement en regardant d’assez loin, et le soldat l’aida à les retrouver dans la pièce mal éclairée. Il lui tendit un verre d’eau, qu’elle avala par petites gorgées, faisant de nouveau travailler normalement les muscles de son cou et de sa gorge. Elle déglutit avec difficulté tout en rajustant sa vision, s’asseyant péniblement dans une chaise au chevet du lit d’hôpital. Un des soldats lui proposa de rattacher Lucija, ce que la scientifique refusa. Avec le coup porté et dans son état de faiblesse général, Lucija serait KO assez longtemps pour que l’Initiative puisse lui remettre la main dessus et l’extraire.

L’autre lui apprit que son chef voulait qu’il la rappelle. Encore Laroquette et son micro-management, se dit-elle avec un soupçon d’exaspération dans sa voix intérieure. Cet homme était plus ou moins sa némésis au sein de l’Initiative, cerchant en permanence à la rabaisser, lui rappeler à chaque occasion qu’elle n’avait pas sa place parmi eux, qu’elle n’était restée que parce que beaucoup de scientifiques qui consultaient pour eux n’avaient pas ses capacités dans certains domaines. Laroquette n’aimait pas les scientifiques, et la plupart des scientifiques le lui rendaient bien, Abigail menant souvent la charge. Mais comme il gérait la plupart des déploiements de l’ORS dans l’hémisphère ouest de la Terre, il fallait bien souvent passer par lui pour de nombreux aspects.
« Passez-moi le téléphone avec lequel il a appelé, commanda la scientifique d’un ton involontairement dur. Et laissez-moi seule ! »

Abigal attendit que les deux hommes soient sortis de la pièce et que al porte fût fermée, et composa le numéro de son supérieur militaire. Pendant que le téléphone connectait les deux terminaux sécurisés, elle regarda rapidement sa montre, qui était miraculeusement restée attachée durant l’échauffouré. A cette heure-ci, il devait être le milieu de l’après-midi aux Etats-Unis. Au bout de quelques sonneries, une voix familière résonna dans son oreille.
« Lorenson, vous avz cherché à me joindre… Oui mon colonel… (elle metait un point d’honneur à toujours l’appeler par son grade comme il s’adressait à elle toujours par son titre en sa présence ; quitte à se détester, autant se détester cordialement)… Oui mon colonel, je lui ai parlé… Disons que la discussion a déraillé à un moment… OK nous nous sommes battues, mais j’ai réussi à avoir le dessus, figurez-vous que j’ai plus d’un tour dans mon sac… Je vais avoir besoin d’une extraction pour Lucija, impossible de la ramener par mes propres moyens, je suis accompagnée par des gens de l’extérieur… OK… Oui mon colonel… Très bien mon colonel, je transmettrai… Mon retour au pays est prévu pour dans deux jours, mon colonel… Très bien mon colonel. Lorenson terminé… »

En lançant un dernier regard plein de regret mêlé de haine à Lucija pour le geste qu’elle avait eu alors qu’elle tentait de l’aider, Abigail eut une dernière phrase pour sa coéquipière en rassemblant son matériel.
« On se reverra en cour martiale, Lucija… On se reverra… »
Puis en essuyant très vite une larme, Abigail sortit de la chambre et distribua le sordres du colonel Laroquette aux deux soldats en faction avant de repartir, en faisant un crochet par une armoire de premiers soins où elle se soigna rapidement avant de retrouver le camp de base de l’OMS et son compagnon de voyage…
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
Date d'inscription : 26/12/2011

Dogtag
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[EN COURS] Nigeria - The walking dead

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