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Lucija Radenko

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MessageSujet: Lucija Radenko Jeu 1 Aoû - 16:27

Café Eagle, table 4. Washington DC - 15h37

C'est forcément elle, qui vient juste d'entrer dans le café. Malgré son chapeau à larges bords, ses lunettes de soleil noires, et ses gants, il n'y a pas de doutes là-dessus. Elle embrasse la salle d'un regard circulaire, sans se presser, et avise finalement l'homme qui l'attend, seul, assis à la table 4. Sans se démonter, elle se dirige vers lui, et prend place sans attendre d'invitation. Son visage est fermé, elle attend la suite. Il n'est pas impressionné le moins du monde, et sort tranquillement un dossier de son portefeuille de cuir. Il lâche d'une voix calme :

- Allons droit au but. Nous connaissons tout de vous, et nous sommes très sérieux. J'ai besoin que vous vous présentiez mardi prochain à cette adresse.

Il lui glisse un morceau de papier. Elle l'ignore, en le prenant très franchement de haut. Elle doit se demander pour qui il se prend, et l'impatience se lit sur ses traits. Il soupire, comme s'il était contraint de faire ce qu'il s'apprête à faire. Avec une lenteur exagérée, il ouvre le dossier, et commence à lire...



- Commençons par le général, voulez-vous ? Ce sera probablement plus simple ainsi. Alors alors...

Nationalité : D'après les informations récupérées sur votre passeport - intercepté lors d'un contrôle à l'aéroport tandis que vous alliez à...Chypre, si je ne m'abuse - vous êtes une citoyenne des Etats-Unis tout ce qu'il y a de plus banal. Cependant, des recherches approfondies ont révélé que vous étiez en réalité née en Croatie.

Nom : Radenko. Enfin, c'est celui de vos parents. Un nom que vous n'utilisez plus guère aujourd'hui dans la vie civile, et qui ne figure sur aucun document officiel que l'on peut se procurer par la voie légale, vous y avez veillé. Mais il y a des secrets que même la persuasion, l'argent et les meurtres ne permettent pas d'enterrer, bien que je doive reconnaître que même de manière illégale, c'est une information difficile à trouver.

Prénom : Lucija. C'est plutôt sympa. D'origine croate tout comme votre nom, il est la forme slave de Lucie... mais ça on s'en fiche. Lui non plus, vous ne l'utilisez guère au quotidien, et tout comme votre nom, il semble avoir disparu dans la nature, perdu dans les dossiers. Toutes les recherches mènent à des impasses.

Date et lieu de naissance : Vous êtes née le 7 Avril 1983 à Zagreb, Croatie, ce qui vous fait 29 ans. Cette information est fournie sur votre extrait de naissance original, enfin une copie car le document premier semble avoir été égaré, et plus personne ne se souvient d'où on l'a rangé. Heureusement que certaines personnes aiment garder des doubles. Mais tous les documents officiels en votre possession (notamment votre permis de conduire et son passeport) renseignent une autre date et un autre lieu, naturellement.

Taille : 1m68, très précisément. C'est en tout cas ce que votre médecin a indiqué sur son ordinateur lors de votre dernière visite médicale, qui remonte au 20 Février dernier pour...une grippe bénigne, je crois.

Poids : 51 kg. Ce qui prouve bien que vous mentez à vos voisines, lorsqu'elles vous demandent combien vous pesez. A croire que les femmes ne peuvent dire la vérité à ce sujet, même pour un petit kilo...

Description physique : Taille moyenne, vous êtes décrite ici comme une femme de type caucasien, à la peau plus claire que la plupart des gens. D'une corpulence tout à fait normale, on pourrait sans peine vous qualifier de sportive, pour ne pas dire athlétique. Les cheveux mi-longs sont d'un noir profond, assortis à la couleur de vos yeux - mais comme je ne les vois pas, je ne peux pas juger. C'est marqué ici "elle a l'allure d'une femme sûre d'elle et décontractée, mais un œil exercé peut noter qu'elle se montre attentive à tout ce qui se trouve autour d'elle. Bien plus que la moyenne des gens.". Ca, par contre, je peux le confirmer.

Caractères discriminants : Aucun signe distinctif, ni tatouage, ni marque particulièrement remarquable, ni cicatrice suffisamment visible pour être reconnaissable. C'est assez rare, pour quelqu'un dans votre genre. A moins que vous n'ayez soigneusement effacé toutes les traces sur votre corps, comme dans votre passé ?

Profil physique : Dans la vie de tous les jours, vous êtes une femme que l'on pourrait qualifier aisément de banale. Normale à tous points de vue, vous avez tout de la gentille voisine, douce et débordante de bonne humeur. Votre entourage vous décrit facilement comme agréable, communicative et chaleureuse. Vous vous tenez bien droit, et pas seulement aujourd'hui, et les Lawson, qui habitent de l'autre côté de la rue, disent de vous que vous marchez "comme si vous alliez tous les jours faire votre marché au Jardin d'Eden". Très poétique. Vous vous habillez de manière élégante, toujours, mais vous n'investissez jamais dans des vêtements trop chers, et les marques que vous portez sont somme toute très communes. Vous semblez toutefois apprécier particulièrement cette jolie veste de tailleur bleue sombre que vous portez souvent le lundi, lorsque vous êtes conviée aux réunions des femmes du quartier. C'est probablement la plus chic de votre garde-robe, et celle qui vous donne l'air le plus crédible lorsque vous prenez la parole en public. Le reste du temps, vous faites preuve d'une grande discrétion, et vous vous habillez de couleurs sobres, passe-partout. Vous faites tout pour ne pas sortir du lot, pour rester dans la norme, dans la moyenne.

Pourtant, vous n'avez rien de normal, et vous le savez. Aux vestes de tailleur, vous préférez nettement le gilet pare-balles en kevlar noir taillé sur mesure pour les opérations délicates. Vous prétendez aimer les manches longues, même par les jours de forte chaleur, mais en réalité c'est faux, et vous appréciez beaucoup votre liberté de mouvement, au point de vous débarrasser de tout le superflu lorsque vous êtes en mission. Là, finie la posture droite et la démarche guillerette. Vous savez avancer avec une grande prudence, bas sur vos appuis, vous êtes à l'affût du moindre danger, et du moindre piège. Vous redoutez tout, vous observez tout ce qui vous paraît suspect, sans toutefois déceler tous les éléments étrangers à votre vie. J'en suis la preuve. Vous êtes une sportive excellente, formée dans les conditions les plus dures, et vous pourriez sans peine faire de l'ombre aux gens avec qui vous courrez parfois en fin de semaine, si vous ne faisiez pas exprès de perdre et d'être fatiguée pour entretenir votre couverture.

Vous savez vous adapter à toutes les situations, vous savez vous fondre dans la masse et disparaître dans l'océan de la normalité. Vous êtes insaisissable, et vous le savez. A l'étranger, vous savez comment vous habiller en fonction de l'endroit où vous allez. Vous savez vous faire oublier, approcher les gens sans qu'ils se souviennent de votre visage ou de votre passage. Vous avez été formée à n'exister que pendant un bref instant dans l'esprit des gens inattentifs - c'est à dire 95% de la population. Vous savez être la parfaite inconnue, la passante dans la rue, la serveuse dans un bar, ou la riche dame qui promène son chien. Mais vous ne nous avez pourtant pas échappé.

Profil psychologique : Nous arrivons au plus intéressant, je trouve. C'est la partie de ce rapport qui m'a le plus captivée. Adaptable, changeante, multiple, double, triple, quadruple... les psychologues eux-mêmes ont bien du mal à mettre un mot sur ce qui vous définit pourtant le mieux, votre prodigieuse capacité à adapter votre comportement, vos actions, votre discours, à celui ou celle qui se trouve en face de vous. Vous êtes décrite par le docteur Bowman, psychologue décédé depuis, comme une jeune fille traumatisée, choquée, et il vous prescrit de nombreuses séances pour vous aider à vous remettre de ce qu'il décrit dans ses notes comme "les souvenirs douloureux dus à un événement violent dont la patiente a été témoin dans sa jeunesse". L'année suivante, toutefois, le docteur Marcus, lui aussi psychologue dans votre école, vous décrit comme une jeune fille tout à fait équilibrée, curieuse et pleine de vie. On pourrait croire que l'un des deux s'est trompé, ou que l'un des deux ment, mais je suis prêt à parier qu'ils ont eu raison tous les deux au moment où ils ont consigné ces notes.

D'après les conclusions de ce rapport, il apparaît que vous êtes le genre de personne à mentir pour préserver ce que vous considérez être comme votre sanctuaire. Vous avez vécu des événements qui auraient traumatisé toute jeune fille, mais vous avez choisi de les ranger dans une boîte, au fin fond de votre esprit, et de ne plus jamais les en sortir, afin de mieux vous protéger. Dès le début, pour ainsi dire, vous avez renié la réalité, et vous avez construit votre vie à partir de ce mensonge. Lorsque vous êtes sortie du droit chemin, c'est cela qui vous a permis de couper les ponts avec votre passé, avec votre éducation stricte, et avec tout ce que vous considériez être des contraintes. Ainsi donc, on peut dire que vous n'avez jamais supporté l'autorité, et que vous avez toujours obéi parce que cela, d'une manière ou d'une autre, vous arrangeait. Vous êtes incapable de supporter les ordres, même si vous feignez le contraire, et vous n'obéissez que tant que vous trouvez un intérêt suffisant à cela. Mais en même temps, cela présente un intérêt, et certains l'ont bien compris. Avec la motivation suffisante, vous êtes prête à faire n'importe quoi, à vous donner à 200%, et à placer vos compétences au service de n'importe qui.

On se dispute d'ailleurs au sujet de ce qui vous motive le plus. Certains disent que c'est l'argent, et que vous agissez simplement par pur désir matériel. Cependant, quand je vois la voiture dans laquelle vous roulez, les vêtements que vous portez, la maison que vous habitez, je ne peux pas croire que ce soit simplement pour l'argent, à moins que vous aimiez amasser les dollars pour le placer sur un compte aux Îles Caïman... Je rejoins plutôt l'avis de ceux qui croient que, au fond, vous faites ça pour vos proches, et que vous tenez sincèrement à les aider et à les protéger. Hélas oui, l'argent est nécessaire pour vivre heureux dans le monde d'aujourd'hui, mais il existe mille façons bien moins immorales de s'enrichir.

Mais outre ces considérations morales, je crois que vous êtes quelqu'un de réellement compétent dans votre domaine, et c'est la raison pour laquelle on fait appel à vous de manière régulière. Vous menez toujours vos missions à leur terme, et vous faites les choses proprement, la plupart du temps. Les gens n'ont rien à redire sur le résultat, même si lorsqu'ils vous laissent carte blanche, vous avez tendance à laisser quelques saletés derrière vous. Ce qui est fantastique, c'est la facilité avec laquelle vous réussissez à échapper à tous les systèmes de surveillance connus. Sans porter de masque, de lunettes, de cagoule ou de chapeau, vous parvenez à éviter la très grande majeure partie des caméras de surveillance, comme si vous possédiez un sixième sens qui vous avertissait lorsque vous étiez sur le point d'être filmée. Alors inutile de parler des gens autour de vous, qui ne prêtent attention qu'à ce qu'ils veulent bien voir. Vous ne savez pas devenir invisible, mais vous pouvez faire mieux : vous pouvez n'avoir jamais existé. Cette compétence fait de vous une espionne parfaite, et pourtant vous n'avez jamais souhaité travailler pour un gouvernement, comme si la pensée d'être liée à quelqu'un vous répugnait. Pourtant, vous avez... Mais je m'égare, revenons à ce qui nous intéresse...

Domaine de compétence : Là encore, vous me bluffez, et je dois dire qu'en vous regardant, on ne s'attend vraiment pas à voir votre pedigree. Vous êtes formée au tir de précision, avec la plupart des armes communes, et certaines beaucoup plus rares. Votre niveau est dans la moyenne de celui des snipers de l'armée des Etats-Unis, ce qui n'est pas un mince exploit.
Vous êtes aussi formée à la fabrication, à la pose et au désamorçage d'explosifs, ce qui vous offre une seconde alternative lorsqu'il s'agit de tuer quelqu'un.
Enfin, vous avez ce talent remarquable qui vous permet de passer inaperçue, de vous dissimuler dans la foule, de vous faire oublier.
Pour le reste, vous parlez couramment anglais, français, et vous savez vous en sortir en japonais. Mais étrangement, vous ne parlez pas croate, ni aucune autre langue slave.
Vous avez suivi une formation avancée en karaté, ceinture noire, en jujitsu, ceinture noire, et en krav maga...ceinture noire. Une véritable arme vivante.

Statut souhaité : Cela ne vous concerne pas vraiment pour l'instant, mais je pense qu'en tant que tueuse freelance, vous serez davantage intéressée par un poste de consultant.

Biographie : Commençons par le commencement, voulez-vous ?

Vous êtes donc née le 7 Avril 1983, à Zagreb, dans la clinique Nemetova. Votre mère avait à l'époque 26 ans, et elle avait demandé un congé à ses employeurs de l'ambassade d'Allemagne en Yougoslavie, où elle travaillait depuis trois ans, après avoir obtenu brillamment un diplôme en relations internationales, axé vers les relations avec les pays de l'Ouest. Votre père, quant à lui, était âgé de 33 ans, et il a renoncé à participer à une réunion stratégique concernant les mesures à prendre dans le cadre de la crise des Euromissiles, pour assister à votre naissance. En effet, il était à l'époque Commandant d'une unité de recherche stratégique, dont la mission consistait à trouver comment contrer l'installation des missiles Pershing II américains en Europe de l'Ouest.

Vos parents vous placèrent dans une école réputée en Croatie, où vous passerez les huit premières années de votre vie. Ils vous apprendront cependant l'anglais, qu'ils parlent tous deux couramment, et vous donneront une éducation bien plus libérale que celle du reste de la population. Du fait du poste qu'occupe votre père, votre quotidien est assez aisé, et vous ne manquez de rien. Vous échappez même en grande partie à la propagande soviétique dispensée dans les écoles, et vous avez accès à certains livres que le parti aurait vu d'un très mauvais œil.

Tout bascule pour vous et votre famille à la chute du mur, en 1989. Votre mère perd son emploi, du fait qu'elle travaillait dans l'ambassade d'une Allemagne de l'Est en décomposition, et votre père est condamné à suivre le nouveau gouvernement, en tant que membre de l'armée. Votre famille ne peut donc pas quitter le pays comme elle le souhaite dès la chute du mur, et doit demeurer sur place, sous la surveillance étroite du régime. La situation se stabilise pour votre famille, avant que n'éclate la guerre de Croatie en 1990. Les attentats qui ont précédé ont fait de nombreuses victimes, et vous avez vous-même été témoin d'une explosion particulièrement violente. C'est là la cause de votre traumatisme, et même si vous ne voulez pas en parler, c'est une chose qui vous a marqué profondément.

Votre père est mobilisé comme la plupart des soldats, mais obtient finalement une permission en 1991. C'est à ce moment-là que votre famille décide finalement de quitter le pays, en prenant le risque d'être considérés comme des déserteurs, au regard du poste que votre père occupait. Ce dernier voulait probablement échapper à la mobilisation générale prévue, et il craignait sans doute une escalade du conflit. A cette période de votre vie, les données sont rares, et probablement que vous avez dû vous cacher des soldats serbes qui traquaient inlassablement tous les croates qu'ils pouvaient rencontrer, ainsi que des forces croates qui n'auraient pas supporté de voir un homme valide fuir lâchement sa patrie. Peut-être est-ce à ce moment que vous avez définitivement renoncé à parler croate, pour ne pas être arrêtée et exécutée. L'anglais vous aura sans doute été d'un grand secours, si vous deviez être confrontés à une patrouille. Votre quotidien a dû être pénible, et vous ne rejoindrez finalement les Etats-Unis qu'en 1992, après avoir laborieusement gagné l'Allemagne.

Là, votre père sera repéré par les services de la CIA, et mis sous surveillance à son insu. Vous pensez bien qu'un ancien gradé de l'armée soviétique ne peut pas s'installer chez l'Oncle Sam sans se faire remarquer. Ce que vous ignorez sans doute, c'est que très rapidement, les services secrets vont prendre contact avec lui, pour essayer de lui soutirer des informations stratégiques. Il passera un accord avec eux, et décidera de leur raconter tout ce qu'il sait, en échange d'une carte verte, qu'il finit par obtenir l'année suivante. Il vous a peut-être raconté que c'était un coup de chance, ou qu'il avait fait le dossier dès son arrivée, mais en réalité il a vendu les secrets de la Yougoslavie pour protéger sa famille. Un geste d'une grande noblesse. La CIA fait un rapport ridicule sur vous, vous décrivant simplement comme "la fille du Commandant Radenko", sans rien ajouter d'autre. Votre mère, par contre, a le droit à un rapport bien plus conséquent, notamment sur les liens qu'elle a pu conserver avec l'Allemagne de l'Est, et avec les différents collaborateurs en Croatie. Elle sera surveillée étroitement jusque dans les années 2000.

Quant à vous, votre parcours devient quelque peu chaotique. Jusque là, vous étiez plutôt une bonne élève, mais vous n'arrivez pas à vous intégrer aux Etats-Unis. La présence d'une nouvelle élève, étrangère de surcroît, n'a pas dû plaire à vos petits camarades, à moins que le niveau exigé à Zagreb ne soit très inférieur à celui exigé en Ohio... Quoi qu'il en soit, vous échouez lamentablement au collège, vous ne participez à aucune activité extrascolaire, vous n'appartenez à rien, et vous ne semblez pas vous en préoccuper. Les années passent, et vous vous éloignez de plus en plus de vos parents. D'obscurs rapports de police mentionnent deux fugues de personnes qui ne peuvent être que vous, par recoupement avec d'autres sources, même si vous n'y êtes pas explicitement nommée. Mais qui sait combien d'autres fois vous avez décidé de quitter vos parents, sans que ceux-ci appellent la police ? Finalement, vers quatorze ans, en 1997, vous quittez définitivement votre famille, et vous partez sur les routes avec une voiture que vous dérobez à votre voisin de l'époque, monsieur Graham. Sa plainte a été dûment enregistrée par les autorités locales, et son véhicule sera retrouvé trois jours plus tard, bien caché dans une grange de Pennsylvanie. Sacrée escapade. Mais la police ne réussira jamais à mettre la main sur vous.

Les raisons qui vous ont poussé à fuir restent mystérieuses. Peut-être est-ce parce que vous n'avez jamais réussi à vous intégrer aux Etats-Unis, peut-être parce que vous en aviez marre de la vie minable que menaient vos parents ici, alors qu'ils étaient des princes en Croatie. Peut-être que vous aviez peur de ces voitures noires qui vous suivaient régulièrement, des appels secrets que recevait votre père, et dont il ne voulait jamais parler. Peut-être que vous ne pouviez plus supporter l'ambiance pesante à la maison, votre père morose, stressé, anxieux. Quoi qu'il en soit, ces mois de cavale vous ont permis d'apprendre à vous dissimuler. Vous avez très jeune su comment éviter les caméras de surveillance, comment adopter l'attitude de quelqu'un qui n'a rien à se reprocher, surtout quand on vient de voler des vêtements, à manger, ou tout autre chose utile à la survie. Il est possible que vous ayez travaillé pour quelqu'un, dans un bar, un restaurant, ou bien comme employée de ménage, mais je doute que vous y soyez restée très longtemps, de peur de vous faire prendre.

A 16 ans, on vous retrouve avec une arme dans la main. Ce n'est peut-être pas la première fois que vous tuez, mais c'est la première fois qu'on vous identifie formellement. Enfin, nous, car la police n'a pas réussi à vous retrouver à partir du portrait robot qui a été établi, et personne n'a fait le rapprochement avec la jeune fille disparue quelques années plus tôt dans un autre état. Les failles du service de police des Etats-Unis, dirons-nous. Bref, vous êtes en cavale, avec une arme compromettante, et vous trouvez finalement refuge chez Monsieur Burke, dans l'état de New York. Ancien marines des Etats-Unis, décoré de la Silver Star, à la retraite au moment de votre rencontre. J'ignore si vous l'avez menacé avec votre arme pour qu'il vous laisse entrer, ou si vous avez simplement joué la carte de la jeune fille perdue, mais toujours est-il que vous avez séjourné chez lui pendant quelques temps. Vous avez eu de la chance de tomber sur un homme qui accepte de vous cacher aux autorités. Certains pensent que c'est en écoutant ses histoires que vous avez commencé à vous intéresser aux armes à feu, et à l'armée en général. Personnellement, je pense qu'il a fait plus que vous raconter ses faits d'armes, et qu'il vous a laissé toucher le Springfield qu'il gardait chez lui, souvenir de ses années de soldat. Je ne serais pas surpris que vous l'ayez convaincu de vous apprendre à le monter, à le démonter, à le charger, et peut-être même à tirer avec. Après tout, en utilisant les mots adéquats, je pense qu'il n'y a pas besoin de forcer beaucoup pour convaincre un ancien Marine de replonger dans ses souvenirs.

Quoi qu'il en soit, vous avez appris à tirer avec, et vous avez commencé à ressentir le plaisir que l'on éprouve à abattre une cible à plusieurs centaines de mètres de distance. Vous avez dû ressentir une grande euphorie la première fois que vous avez baladé votre viseur au milieu de la foule. Vous dire que, si vous le vouliez, vous pouviez supprimer n'importe quelle vie. Avez-vous eu l'impression de tenir dans votre main, pendant un bref instant, un ersatz de pouvoir divin ? Le pouvoir de détruire impunément ? Je le pense, oui. Et comme un animal qui a goûté au sang, une fois que vous avez goûté à ce pouvoir, vous n'avez plus jamais réussi à vous en défaire. C'est devenu une drogue, une obsession, et vous avez probablement résisté longtemps avant de passer à l'action. Vous avez essayé de vous convaincre que ce n'était pas bien, que vous risquiez gros, mais finalement, le goût du risque l'a emporté. Alors, pour sauver votre conscience, vous avez décidé de choisir votre cible : un malfrat notoire, le genre de type pas particulièrement fréquentable, mais pas non plus un gros bonnet. Vous l'avez suivi pendant...quoi ? une semaine ? Deux à tout casser. Vous avez analysé ses déplacements, vous avez réussi à savoir une bribe de son emploi du temps, et vous avez décidé d'agir. Vite et bien. Il devait se rendre à un hôtel, pour y recevoir de l'argent d'un petit trafic de drogue qu'il était en train de mettre en place. Vous, postée de l'autre côté de la rue, attendiez dans un grenier auquel vous aviez eu accès deux jours avant, grâce à la charmante propriétaire, à la mémoire un peu défaillante, qui vous a prise pour la fille d'un des locataires. Installée, vous n'avez eu qu'à attendre qu'il arrive. Son taxi l'a déposé juste devant l'entrée, et il s'est arrêté pour fumer une cigarette. Un seul tir, en pleine poitrine, et c'était fini. A trois cent mètres, ce n'était pas un exploit, mais il fallait quand même le faire, et avoir le cran d'appuyer sur la détente...

Après ça, vous avez filé en vitesse. L'enquête allait démarrer, et vous saviez probablement, au fond de vous-même, que peu de tireurs d'élite utilisaient encore un Springfield de la seconde guerre mondiale. Alors vous avez fui, sans même prévenir Monsieur Burke, qui a été interpelé par la police, et considéré comme le suspect numéro 1 pendant longtemps, jusqu'à ce que des tests médicaux prouvent qu'il était physiquement incapable de réaliser un tel tir, à cause de sa vue défaillante. Une chance pour lui. Pendant ce temps, vous avez gagné le New Jersey, et vous avez commencé à travailler illégalement à la plonge d'un restaurant miteux. De quoi vous occuper le jour, vous permettre de vous poser, et surtout gagner un peu d'argent que vous avez réinvesti dans un club de tir d'une petite ville proche. Megan Brooke, car c'est sous ce nom que vous vous êtes présentée, s'est entraînée pendant près d'un an et demi, jusqu'à vos 18 ans, en fait, sur des cibles factices, jusqu'à réussir à toucher des cibles à plus de 700 mètres de distance avec une grande régularité. Des scores qui ont fini par attirer l'attention d'un recruteur de l'armée qui passait dans le coin, et qui vous a proposé une place parmi eux.

Vous y avez probablement vu un moyen d'échapper au train-train quotidien, et vous avez accepté de servir sous les drapeaux. Engagée cinq ans, vous avez d'abord servi comme tireur d'élite dans une unité d'infanterie qui a été expédiée en Irak en 2003. Vous y êtes créditée de 27 victoires, dont six tireurs d'élite ennemis. Cependant, le reste de vos états de service a été soigneusement effacé, lorsqu'en 2004, vous parvenez à entrer dans le corps des Bérets Verts américains, la prestigieuse unité des forces spéciales, qui sur le papier vous correspond beaucoup mieux. Agir derrière les lignes ennemies, avec une grande autonomie, en utilisant toutes les méthodes nécessaires pour atteindre l'objectif, même les moins conventionnelles. C'est un véritable tour de force que vous avez réussi pour y être admise, au regard de votre jeunesse et de votre manque d'expérience, et vous en avez profité pour faire effacer complètement votre passé. Les informations que l'on peut retirer de votre séjour là-bas sont minces, mais il est certain que vous y avez acquis une solide formation militaire générale, et avez acquis des connaissances pointues en explosifs, une expérience supplémentaire en tant que tireur d'élite, bien que vos victoires ne soient pas comptabilisées officiellement, ainsi qu'un diplôme en chimie. C'est également là-bas que vous avez appris le français, ce qui me pousse à penser que vous avez servi sur un théâtre d'opération en Afrique Subsaharienne.

En 2006, vous donnez brutalement votre démission à l'armée, et décidez de retourner à la vie civile sous le nom de Lola Grant. Votre dossier militaire est classé, et vous revenez de plein droit à la vie normale d'un citoyen normal. Toutefois, l'identité de Lola Grant est une feinte supplémentaire, et celle-ci ne fait aucune demande de permis de conduire, aucune ouverture de compte en banque, rien. Tout l'argent que vous aviez économisé a disparu, et a été investi dans la création de votre nouvelle identité. Je ne sais pas exactement qui vous a mis en relation avec le milieu de la pègre, qui vous a donné les contacts nécessaires pour vous faire oublier... peut-être un compagnon d'armes, peut-être une rencontre fortuite. Toujours est-il que vous avez réussi à rencontrer un informaticien ingénieux, qui a réussi à vous créer une identité de toute pièce. J'estime que vous l'avez payé environ 200.000 dollars pour qu'il accepte de se taire et de vous oublier. Il a donc créé Ivana Chambers, identité que vous conservez actuellement.

Vous avez décidé de vous rendre dans le sud de la France, à Nice pour être précis, où vous avez obtenu en deux ans un diplôme de journalisme, et où vous avez surtout été en contact avec le milieu mafieux italien. Là, vous avez réussi à vous faire embaucher pour des éliminations plus ou moins spectaculaires, sous votre premier nom : Lucija Radenko. Pratique, car toute votre vie a été oubliée, et à part un ou deux agents de police chargés de vous retrouver après votre fugue, désormais à la retraite, et vos parents, plus personne ne se souvient de vous. Mlle Radenko, comme on vous appelle souvent, a donc été impliquée dans plusieurs meurtres commis à environ 300 mètres, une distance trop faible pour que quiconque puisse faire le rapprochement avec votre formation de sniper, et remonter jusqu'à Megan Brooke des Bérets Verts, ou Lola Grant l'ex-militaire. Vous avez également fait exploser quelques voitures pour le compte de la mafia sicilienne, et ainsi gagné un beau paquet d'argent. Vous êtes ensuite retournée aux Etats-Unis, en 2009, et vous avez pris contact avec le Washington Post, pour y travailler comme journaliste freelance. Un boulot qui ne paie pas très bien, mais qui vous permet de voyager en toute liberté, et surtout d'avoir le temps de faire ce qui rapporte le plus, des exécutions pour le compte de groupes plus ou moins frauduleux.

Vous avez travaillé deux fois pour les FARC, en Colombie, avant d'exécuter un contrat pour l'IRA, quatre pour des terroristes sans envergure, douze pour des groupes mafieux européens. Sans jamais vous faire prendre. Et puis depuis 2010, vous avez commencé à travailler avec un nouveau client. Vous ignorez sans doute qu'il s'agit d'une seule et même personne, car je présume que votre employeur n'agit jamais directement, mais le même individu ou la même organisation vous a contactée pour neuf assassinats, bien payés, un peu partout dans le monde. Et c'est là que les choses se corsent pour vous, car les cibles que vous avez abattues ne sont pas des cibles anodines, voyez-vous.

Six spécimens, et trois agents tués, ce qui défie les probabilités statistiques. Je sais que vous ne comprenez pas ce dont je vous parle, mais je vous assure que pour nous, c'est d'une importance capitale. Bref, vous avez éliminé des personnes qui pour nous étaient plus que de simples citoyens lambda. Jack Bell, britannique, ingénieur au Niger, sur un projet de puits d'une nouvelle génération : tué d'une balle dans la tête tirée à plus de 400 mètres. Mort sur le coup. Les autorités n'ont jamais pu mettre la main sur le tueur. Mike Lloyd, citoyen américain, mort dans l'explosion de sa voiture privée avec son chauffeur et sa secrétaire alors qu'il se rendait à une réunion de travail. Un assassinat attribué à un groupe terroriste. Marc Morin, français, apparemment simple volontaire chez Médecin Sans Frontière, soufflé par une explosion vraisemblablement due à une fuite de gaz. Un regrettable accident, selon les enquêteurs Laotiens, un meurtre habilement dissimulé selon les nôtres. Je ne pense pas devoir continuer, car vous connaissez ces hommes bien mieux que moi. Tout ce que vous devez savoir, c'est que nous savons tout de vous, de votre vie, de vos actions. Fuir serait inutile, nous retrouverions votre trace partout, même si vous décidiez de vous installer au fin fond d'un igloo au Groënland.

Avant que vous posiez la question, oui il y a une chose que vous pouvez faire pour sauver votre tête, et celle de vos proches. Si vous voulez que nous oubliions l'existence de Richard Keller, votre compagnon ancien comptable qui travaille comme vendeur dans cette charmante boutique de fleurs et qui apprécie particulièrement de faire un petit footing le dimanche matin dans votre quartier, ainsi que celle de Ashley, votre fille de 3 ans, qui parle déjà comme une grande, et qui seraient probablement dévastés d'apprendre quel est le véritable métier de mademoiselle Chambers, je vous conseille vivement de vous rendre à cette adresse. Soyez à l'heure.

Bonne journée, mademoiselle Chambers.

Autres identités :
- Megan Brooke, inutilisée
- Lola Grant, inutilisée
- Ivana Chambers, utilisée actuellement

Couverture :
- Ivana Chambers, journaliste


HRP:
 
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MessageSujet: Re: Lucija Radenko Dim 4 Aoû - 15:18

Je pense qu'on peut valider cette fiche ! Et continuer direct sur un petit RP test.
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Lucija dormait d’un sommeil réparateur. Ces dernières semaines avaient été, pour le moins, éprouvantes. Sa formation incluait tout ce que les unités d’élites des forces armées du monde connaissaient, des parcours du combattant aux maniements d’armes diverses et variées, à la fois sur champ de tir et dans la nature. S’ajoutaient à cela des cours théoriques intensifs, le plus souvent juste après des exercices physiques intenses. Ce soir, exceptionnellement, les instructeurs avaient donné congé à leurs recrues vers 22h30, leur accordant un peu de repos bienvenu dans des quartiers qui leur étaient dévolus dans les installations de l’ORS à Fort McNair.

Le tableau était presque idyllique. Une telle situation ne pouvait pas durer indéfiniment, non ?

Vers 4 heures du matin, une paire de mains agrippa les épaules de la recrue, la forçant émerger de son sommeil. Et pour s’assurer qu’elle était bien réveillée, un verre d’eau acheva de dissiper les dernières brumes de somnolence qui pouvaient subsister dans le regard de la Croate.

« Allez, debout, vous avez 5 minutes pour vous préparer et me retrouver à l’ascenseur au bout du couloir. Et inutile de me demander si je sais l’heure qu’il est, j’ai fait régler ma montre hier après-midi… »

Bon gré mal gré, Lucija se plia aux ordres de l’inconnu qui l’avait tiré du repos. Que pouvait-elle faire d’autre, de toute façon ? En le voyant à la lumière, dans le couloir, elle reconnut l’instructeur français, Didier St Laurent, ou un nom comme ça… Lui était frais comme un gardon, et tenait un sac près de lui. Sans plus d’explications, il fourra la main dedans.

« Tournez-vous. » lui ordonna-t-il d’un ton ne souffrant aucune réplique.

A peine s’était-elle exécutée que l’instructeur lui attacha une bande de tissu Velcro autour du cou. Dessus étaient attachées 3 casseroles, attachées au Velcro par des chainettes. Ainsi harnachée, Lucija fut invitée à se placer devant la porte de l’ascenseur. Et au moment où elle allait lui demander ce qu’elle allait devoir faire ainsi accoutrée, l’instructeur se mit en devoir du lui expliquer ce qu’on attendait de la dernière recrue en date de l’ORS.

« Votre mission est assez simple. Vous allez prendre cet ascenseur et descendre au niveau -3. Là, vous allez trouver des laboratoires sécurisés. Trouvez celui du Dr Lorenson, entrez-y et trouvez le dossier relatif à l’affaire 2011120013, qui doit se trouver quelque part dans ses affaires. Rapportez-le-moi, j’ai quelques éléments à y ajouter, et il est nécessaire que j’aie tout le dossier pour pouvoir les y intégrer correctement. »

Et comme la recrue pénétrait dans l’ascenseur, St Laurent crut bon d’ajouter quelques détails :
« J’allais oublier… Le Dr Lorenson est un peu… comment dire… même carrément maniaque sur les détails. Le genre à remarquer tout de suite qu’un objet a été déplacé. Et faites gaffe à ses plantes carnivores, j’ai pas encore pu vérifier, mais je suis à peu près sûr qu’elle fait des… expériences dessus… »
Une courte pause, puis il ajouta :
« Ah, et inutile de préciser que la base entière est sous surveillance et sous alarme, le tout à la pointe de la technologie. Et malheureusement, ajouta-t-il d’un ton qui ne laissait transparaître en aucun cas qu’il était désolé, je n’ai eu le temps de prévenir personne à propos de ce que vous vous apprêtez à faire… Alors évitez de vous faire remarquer. Mais je suppose que ça ne vous posera pas de problème, je me trompe ? »

Sur ces mots, les portes se fermèrent, laissant Lucija Radenko avec sa ferblanterie essayer de trouver un dossier au milieu des laboratoires. Puis St Laurent eut une dernière pensée.
« Mince ! J’ai oublié de lui parler des rondes régulières par du personnel armé... Et de Lorenson qui passe régulèrement des nuits blanches au labo… Bah, elle trouvera un moyen… »

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MessageSujet: Re: Lucija Radenko Mar 6 Aoû - 2:00

Allongée sur le côté, face au mur, Lucija était plongée dans un sommeil profond, ce qui ne lui ressemblait guère. D'ordinaire, elle était plutôt du genre à apprécier les nuits courtes, pour être toujours fraîche et dispo. Mais ces derniers jours avaient été particulièrement épuisants, tant physiquement que mentalement. La jeune femme avait l'impression que son corps avait été frappé méticuleusement avec une batte de base-ball par un des instructeurs sadiques qu'on leur avait adjoint, et que quelqu'un avait pris son cerveau pour jouer au tennis avec. Inutile de préciser, donc, que lorsqu'on leur avait donné la permission exceptionnelle d'aller se coucher à 22h30, bien que sentant un piège malsain venir, elle avait sauté sur l'occasion pour aller se reposer. Comme tous les soirs avant d'aller se coucher, elle avait eu l'occasion de ressasser ce qu'il lui était arrivé, en se demandant si elle aurait pu faire quoi que ce fût pour ne pas se retrouver là.

Elle avait hésité longuement avant de se rendre à cette fameuse adresse, donnée lors de ce mystérieux rendez-vous. Elle avait imaginé - comme elle savait très bien le faire - des milliers de scenarii dans sa tête, et s'était ensuite arrangée pour les classer du plus optimiste au plus pessimiste. Et dans tous les cas, ce n'était pas réjouissant. Les plus optimistes la poussaient à croire qu'un groupe mafieux particulièrement bien informé avait réussi à mettre la main sur elle, et comptait faire pression sur sa famille pour ne pas avoir à la payer, et s'assurer ses services loyaux et fidèles...après quoi ils pourraient la descendre sans se faire prier. Des situations telles que celles-ci, elle en avait déjà vécues, même si personne n'avait encore été en mesure de faire le lien entre ses deux vies. En guise de solution, elle s'imaginait débouler au rendez-vous, armée jusqu'aux dents, et faire un véritable carnage parmi ceux qui essayaient de lui mettre la pression. Elle avait aussi l'option de louper le rendez-vous, et d'exercer une surveillance sur les types qui voulaient la voir. Le gars avait fait fort en lui déballant l'air de rien toute sa vie, mais il y avait des points qu'il ignorait sans doute : notamment qu'avec le fusil approprié, elle pouvait lui coller une balle dans la tête à plus d'un kilomètre de distance. Et ça, il ne pouvait pas le prévoir. Mais si c'était un réseau bien organisé, à quoi pouvait bien servir de couper un doigt au monstre, sinon à réveiller sa colère ? Et même en coupant la tête du chef, elle risquait encore de subir des représailles. Il n'y avait que dans les films qu'on pouvait échapper à une organisation criminelle en flinguant tous ses représentants.

Son estimation la plus pessimiste tablait davantage sur des agents du gouvernement. Malheureusement, elle savait que les services de l'Etat étaient encore les plus capables de retrouver sa trace, grâce à leur immense réseau de surveillance. D'ailleurs, l'homme qu'elle avait rencontré ressemblait plus à un fonctionnaire qu'à un mafieux, et il en savait trop pour travailler pour de vulgaires marchands de drogue, d'armes, ou de peur. Là se présentait le problème des raisons qui les poussaient à la contacter, et aucune des deux qu'elle envisageait n'était particulièrement réjouissante. Si le gouvernement des Etats-Unis souhaitait lui parler, c'était forcément pour l'arrêter, ou pour l'utiliser. S'ils avaient réussi à remonter sa trace, et à extirper de son passé tous ses meurtres, ils avaient largement de quoi l'inculper, et la coller au fin fond d'une prison fédérale pour le reste de ses jours. Une motivation suffisante pour vouloir fuir le pays immédiatement, mais cela signifiait imposer une cavale à sa famille, ou les abandonner. Elle ne pouvait pas se résoudre à choisir entre les deux. Cependant, si les services secrets américains - car qui d'autre pouvait la contacter de manière aussi mystérieuse ? - voulaient s'attacher ses services, c'était probablement parce qu'ils n'avaient personne d'autre sous la main. Et là non plus, les choses n'étaient pas des plus réjouissantes. Elle avait une formation militaire, des forces spéciales, tout comme des centaines d'hommes plus talentueux qu'elle. Des snipers, il en existait énormément, dont certains battaient même des records de distance à plus de deux kilomètres. Des spécialistes en explosifs, le monde en comptait beaucoup également. Qu'avait-elle à leur offrir qu'une autre personne sur cette planète ne pouvait pas ? Sa liberté d'action, peut-être ? Ou son manque de remords ? Son manque d'attaches et la possibilité de la sacrifier à n'importe quel moment ? Tout cela à la fois ? Elle n'aurait su dire.

Elle s'était creusé la cervelle, profitant de ce que son mari était au travail et sa fille à l'école pour passer la maison au crible, et essayer de dénicher des micros, des caméras de surveillance installées clandestinement, en vain. Elle avait fait de son mieux pour ne pas inquiéter Richard et Ashley, et aucun des deux n'avait remarqué son trouble. Il fallait dire qu'elle le cachait admirablement bien. Finalement, ce fut deux jours avant le fameux mardi qu'elle décida de se rendre là-bas, qu'importassent les risques. Sa famille passait en priorité, et si elle devait prendre un risque quelconque pour la mettre à l'abri, elle le ferait. Elle mentit encore une fois à son compagnon, en lui disant qu'elle devait partir pour le Canada, où elle allait faire un reportage sur les conséquences du réchauffement climatique. Il était habitué à ses départs du jour au lendemain - elle avait fini par le convaincre qu'elle devait rester disponible pour l'actualité, ce qui lui permettait en contrepartie de demeurer à la maison plusieurs semaines ou mois durant, lorsqu'elle n'avait aucun scoop à l'étranger - et il lui souhaita un bon voyage comme à l'accoutumée. Elle avait choisi le Canada à dessein, car elle ignorait pour combien de temps elle partait, et elle pourrait expliquer par l'absence de réseau la faible fréquence de ses appels. Elle fit son sac, loua une voiture pour se rendre à l'aéroport, et partit.

Habituée à ces petits mensonges, elle déposa la voiture au parking convenu, et attrapa le bus le plus proche pour se rendre à l'adresse qui lui avait été communiquée, située à Washington. En arrivant, elle portait donc un sac de voyage lourd et épais qui contenait des après-ski, un anorak, des cache-oreilles, et tout le nécessaire pour vivre confortablement sous des températures inférieures à zéro. De quoi intriguer les militaires qui avaient fouillé ses affaires. Ils lui avaient également confisqué le pistolet automatique qu'elle avait apporté - elle savait pertinemment qu'ils allaient le repérer, mais c'était pour bien leur montrer qu'elle n'avait pas confiance en eux -, et avaient tenté de lui retenir son téléphone portable. Là, elle avait refusé en bloc, et avait protesté avec véhémence, tant et si bien qu'elle avait obtenu une dérogation spéciale pour le conserver, à condition que sa carte SIM demeurât aux mains du garde, et que ledit téléphone fût examiné par leurs spécialistes pour vérifier qu'il ne contenait ni micro, ni caméra, ni localisateur. Elle avait trouvé le compromis acceptable, et ce fut ainsi qu'elle rejoignit le rang des autres hommes qui se trouvaient là - des militaires à en juger par leur apparence - qui la regardèrent de haut, la prenant pour une greluche inutile, accrochée à son téléphone comme eux à leurs plaques d'identification.

Avait alors commencé un entraînement terrible, qui semblait ne pas avoir connu d'interruption depuis la première minute, avec des épreuves physiques destinées à écarter d'emblée ceux qui n'étaient pas au sommet de leur forme. La plupart des soldats, qui ressemblaient davantage à des footballeurs américains qu'à des cheerleaders, avaient cru qu'elle craquerait dès le départ. Mais visiblement, ils n'avaient pas conscience qu'une force physique moins importante n'était pas un handicap, quand on n'avait pas besoin de déplacer quatre-vingt-dix kilos de viande. Plus coriace qu'elle n'en avait l'air, elle résista aux épreuves d'endurance, se révéla particulièrement douée sur les parcours du combattant où la finesse de sa silhouette, et sa légèreté lui permirent de compenser sa petite taille et sa force moindre. Lorsqu'il fut question de s'entraîner au tir, là encore elle se révéla bien plus douée qu'on aurait pu le croire. Ses compagnons commencèrent à ne plus se moquer d'elle ouvertement, surtout pas après qu'elle leur eût mené la vie dure avec son fusil de précision. Même si les cartouches tiraient de la peinture, il n'était jamais agréable de voir son casque se colorer de rouge sans comprendre d'où venait l'agression. Elle eut plus de mal à rivaliser avec le M4, une arme qu'elle trouvait à la fois trop lourde et trop peu maniable, même si dès lors qu'elle avait un peu de champ, la précision de sa visée venait équilibrer le rapport de force.

Pendant qu'elle s'entraînait, elle ne cessait de demander aux officiers la permission d'appeler chez elle, ce qu'ils lui refusèrent avec un plaisir évident au départ. Mais devant son obstination, et sans doute après étude de son dossier, ils comprirent qu'elle ne pourrait pas donner le meilleur d'elle-même si elle ne pouvait pas garantir sa couverture. Sans en informer les autres soldats - afin de ne pas créer de tensions inutiles -, ils l'autorisèrent une fois par semaine à passer un coup de fil à son mari. Appel public, enregistré, et bien entendu passé sous la surveillance d'un des officiers. La durée était également limitée, et elle n'avait le temps que de dire à son mari et à sa fille à quel point elle les aimait, à quel point ils lui manquaient, et qu'elle leur ferait signe dès qu'elle rentrerait. Après quoi, elle jetait un regard méprisant aux officiers qu'elle tenait pour responsables de cette situation, et retournait se coucher.

Lorsque le français vint la réveiller brutalement, agrémentant le tout d'un verre d'eau en pleine figure, il eut le droit à un de ces regards dont elle avait le secret. Farouche, elle n'était pas prête à se laisser marcher sur les pieds, et si elle se taisait pour l'instant, sa gestuelle à elle seule en disait long. Elle avait quitté l'armée, et il y avait un moment qu'elle avait renoncé à accepter bêtement les ordres qu'on lui donnait. Elle n'avait jamais été particulièrement à l'aise avec l'autorité, et ce n'était pas aujourd'hui que cela allait changer. Après avoir retenu une réplique particulièrement acerbe, elle se leva, et s'habilla prestement. Elle sauta dans un pantalon militaire informe, d'un gris horrible qui aurait fait hurler tout grand couturier, et enfila par-dessus sa brassière un t-shirt règlementaire, noir si l'on faisait abstraction des tâches de terre qu'elle n'avait pas eu la force d'enlever, avant de glisser ses pieds meurtris dans ses rangers. Elle ramassa ses cheveux derrière sa tête avec un élastique, et se présenta ainsi face à lui, au garde-à-vous comme l'exigeait ce stupide protocole.

Lorsqu'il le lui ordonna, elle se retourna en fronçant les sourcils, avant de sentir ses mains passer autour de son cou. Son premier réflexe fut de se défendre, et elle commença à vouloir se débattre, craignant une tentative d'étranglement. Mais avant qu'elle eût pu terminer son geste, il acheva de lui attacher cette stupide bande de velcro autour du cou. Bande à laquelle étaient attachées des casseroles. Des casseroles ? Mais qu'est-ce qu'elle devait en faire ? En plus, c'était lourd, et incroyablement bruyant ! Lorsque le fer frappait le fer, on aurait dit un gong appelant à la méditation. Elle avait l'impression que le truc résonnait dans ses oreilles, et elle rompit le garde-à-vous - tant pis pour le protocole ! - pour s'emparer des deux casseroles situées aux extrémités, afin de les empêcher de se cogner. Il l'invita à rejoindre un ascenseur non loin, et ce fut devant celui-ci qu'il lui expliqua sa mission.

"Oh la la..." fut sa première pensée alors qu'il s'exprimait.

Il y avait bien trop de choses qui lui déplaisaient souverainement, et pour des raisons pratiques, elle décida de les prendre dans l'ordre. Premièrement, quand un officier commençait par "votre mission est assez simple", cela ne pouvait signifier que des ennuis en perspective. Deuxièmement, il avait évoqué des "laboratoires sécurisés". Sécurisé, pour le commun des mortels, signifiait fermé à clé, et éventuellement surveillé par une caméra banale, voire factice. Ici, le terme avait un sens presque effrayant tant il recouvrait de réalités possibles (elle avait vu des complexes "sécurisés" gardés par des bergers allemands, entourés d'un champ de mine,  et surveillés par des snipers). Troisièmement, il y avait cette histoire de plantes carnivores... c'était précisément le genre de détails apparemment anodin, mais qui pouvait prendre toute son importance par la suite. Finalement, ce fut lorsqu'il lui déclara que toute la base était surveillée qu'il la rassura le plus. Voilà au moins quelque chose qu'elle avait anticipé. Sans lui donner plus d'explications, il la poussa dans l'ascenseur, laissant la porte se refermer entre eux. Lucija se mit à réfléchir aussi rapidement que possible, essayant de rester cohérente :

"Mais qu'est-ce que je fous là, punaise ?" Se lamentait-elle intérieurement. "Et c'est quoi ces casseroles ? Il veut que je m'en serve pour me battre, comme Jackie Chan ? Je dois récupérer un dossier, ou affronter la mafia de Hong-Kong ? Bref, reste concentrée... concentrée... Tu dois récupérer un dossier qui est Dieu sait où, dans un bâtiment dont tu ignores le plan. Niveau -3 ? Ca pourrait être immense, et tu pourrais te perdre bêtement. Ou bien c'est minuscule, et tu te fais piéger dès le départ. Oh qu'est-ce que je donnerais pour être ailleurs..."

Interrompant le cours de ses pensées, elle glissa la main dans sa poche. Elle avait emporté son téléphone avec elle. Elle l'ouvrit, et posa les yeux sur son fond d'écran : une photo de sa fille qui lui adressait un sourire angélique. Pendant deux secondes, elle sentit son cœur se serrer, et l'envie de quitter cet endroit à tout jamais, mais elle se rappela qu'elle ne le pouvait pas. Puisant de l'énergie dans le visage rieur de la petite Ashley, elle referma le téléphone, essuya ses yeux embués de larmes, et reprit son introspection :

"Bon, ressaisis-toi ! Analyse les options qui s'offrent à toi, en fonction de tes compétences. Pour localiser le bureau, tu n'as pas beaucoup d'autres options que de te jeter à l'eau. Le coup des systèmes d'aération pourrait être une bonne solution, mais c'est classique, et il est possible qu'ils soient éloignés des laboratoires pour des raisons de sécurité. En plus, je pourrais m'y perdre, et ce serait pas malin. Donc, il faudra y aller franco, au culot. Ensuite, le labo. Il faudra que je trouve le dossier, c'est faisable, mais sans que personne ne s'en rende compte. Mais comment ? Ce docteur Lorenson connait sans doute son bureau mieux que moi, il y a ses habitudes. Surtout s'il est maniaque. Quelle plaie ! Oh arrête de déprimer, c'est un boulot digne des forces spéciales, et c'est précisément ce que tu es. Remue-toi !"

Lucija allait appuyer sur le bouton de l'ascenseur qui indiquait "-3", mais elle se retint au dernier moment. Un boulot digne des forces spéciales ? C'était exactement ce qu'on lui soumettait. A une heure impossible, avec peu de repos et peu de fraîcheur physique, s'infiltrer dans un endroit inconnu, récupérer une information, et sortir sans laisser de trace. Sauf qu'elle n'était plus des forces spéciales, et que même si leur entraînement inspirait toujours ses méthodes, elle avait désormais des façons de faire bien différentes. Cet enfoiré de français allait voir ce qu'il allait voir. S'il croyait qu'elle allait sagement faire ce qu'il attendait d'elle, il risquait d'être déçu. Entre ce qu'il lui avait fait subir durant les entraînements, la pression que cette foutue organisation secrète faisait planer sur sa famille, et les missions impossibles qu'ils leur confiaient juste pour leur dire ensuite qu'ils n'avaient aucune chance dès le départ, elle allait lui montrer de quoi elle était capable lorsqu'elle était en colère.

La jeune femme appuya sur le "-2", l'étage juste au-dessus de celui qu'elle devait investir, et laissa l'ascenseur faire le reste. Elle décida de détacher cette affreuse bande de velcro qui lui enserrait le cou, qui l'alourdissait, et qui risquait à tout moment de trahir sa position, mais se refusa à la jeter purement et simplement. "Il est possible que ce ne soit que pour me gêner, mais si jamais il s'avère que j'en ai besoin en fin de compte, je serais contente de les avoir gardées". Lorsque la porte s'ouvrit avec un chuintement feutré, elle se coula dans un coin pour ne pas être vue depuis l'extérieur, et observa ce qu'il se trouvait en face d'elle via le reflet sur la casserole, qui faisait pour la première fois preuve de son utilité. Personne. Elle leva la tête, et avisa une caméra de surveillance qui était braquée sur la sortie de l'ascenseur. Une caméra murale, banale, probablement observée en temps réel par une équipe de surveillance. Combien de vidéos différentes pouvaient-ils donc surveiller simultanément ? Six ? Douze ? Davantage ? Impossible à dire. La caméra avait un angle mort si l'on était assez mince pour passer dessous, ce qui était probablement son cas, mais elle avait choisi le mauvais côté. Il lui aurait fallu se placer à droite de la porte. Elle observa à nouveau le couloir via la casserole, et chercha la présence d'une seconde caméra à portée immédiate. Il n'y en avait pas dans le couloir. Naturellement, donc, cette caméra devait être surveillée étroitement, car elle constituait la première sécurité de l'étage. La passer signifiait donc franchir une première difficulté, et ensuite il faudrait s'attaquer au reste. Alors qu'elle s'apprêtait à remballer, elle entendit des pas sur le sol. Elle appuya frénétiquement sur le "-3", et fut soulagée de voir la porte se fermer tranquillement. Elle coinça tout de même le manche d'une des casseroles - deuxième utilité ! - dans la porte, de sorte à pouvoir observer subrepticement par un mince interstice. Un factionnaire sortit d'un couloir latéral, arme à la hanche. C'était un M4 standard, qu'il tenait comme s'il s'apprêtait à faire feu sur la première forme de vie qui passerait devant lui. Lucija nota que son uniforme était gris, pantalon et veste assortis, ainsi qu'une casquette militaire dans les mêmes tons. Il avait à sa hanche une radio. Il jeta un regard circulaire aux alentours, puis retourna à son couloir.

La jeune femme retira le manche de la casserole, et laissa la porte se refermer, et l'ascenseur descendre enfin. Les informations acquises étaient minces mais précieuses. Tout d'abord, elle avait déjà une idée de la configuration du troisième sous-sol, grâce à ce qu'elle avait pu voir de l'étage du dessus. Elle avait pu observer, au cours de sa longue carrière, que les bâtiments officiels étaient souvent construits sur des plans simples. En effet, cela avait pour avantage de faciliter grandement le travail d'un groupe d'intervention, qu'il s'agît de la police, de l'armée, ou des pompiers. Surtout pour cette dernière catégorie, il est plus facile d'évacuer les gens lorsque les couloirs se ressemblent, et que les voies d'accès sont similaires. Cela permet un gain de temps non négligeable. Elle était convaincue qu'il y avait des différences, bien entendu, mais l'emplacement des caméras était probablement identique, et l'agencement des principaux couloirs également. Lorsque la porte s'ouvrit au "-3", elle avait pris soin de se cacher de l'autre côté, et comme elle l'avait prévu, la caméra se trouvait bien juste au-dessus de sa tête. Elle inspira profondément, rentra le ventre, et attaqua enfin cette maudite mission. Elle évita soigneusement de rentrer dans le champ sous surveillance, et fit très attention à ne pas faire s'entrechoquer les casseroles qu'elle portait toujours. Quel boulet énorme ! En trois secondes, cependant, elle se retrouva libre. Avec célérité, elle se déplaça jusqu'à la première intersection, qui semblait se présenter de manière identique. Un rapide coup d'œil lui apprit qu'il y avait une caméra située au fond, dans un coude que formait le couloir. Elle l'examina brièvement, et en conclut qu'elle filmait simultanément sur sa droite et sur sa gauche. Des angles morts faciles à exploiter. Cependant restait le garde. Pour le moment il était hors de vue, probablement en train de patrouiller dans une autre section, mais il finirait bien par arriver. La jeune femme avisa un bureau non loin, et elle était certaine que la caméra ne la verrait pas à cette distance. Elle ouvrit la porte rapidement, et se glissa à l'intérieur de la pièce, en brandissant bien haut ses casseroles. Une arme dérisoire, mais on ne savait jamais. Toutefois, la pièce était vide, et il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. Elle déposa ses ustensiles sur le côté, et fouilla à la recherche de quelque chose qui pût l'aider à se dissimuler. C'était un bureau de scientifique, visiblement un homme à en juger par la paire de baskets qui trônait au-dessus d'une étagère. Au moins du 44. Il y avait aussi une blouse blanche sur le dossier de la chaise. Les choses allaient en s'arrangeant. Tendant l'oreille pour guetter l'arrivée d'un éventuel intrus, Lucija se mit à farfouiller frénétiquement les placards à la recherche de la clé. Non pas la clé pour ouvrir la porte, mais la clé pour passer inaperçu. Elle finit par la trouver sous la forme d'une immense paire de lunettes, visiblement des lunettes-loupes. Elle les chaussa, et eut immédiatement l'impression d'avoir le vertige à cause du grossissement désagréable, couplé à la pénombre. Cependant, son visage semblait complètement différent. Elle ramassa ses cheveux en un chignon strict, qu'elle fit tenir à l'aide d'un stylo bas-de-gamme qui traînait là, enfila la blouse un peu trop grande dont elle remonta les manches, et troqua ses rangers contre des baskets immenses, qu'elle noua aussi serré que possible pour les faire tenir. Son accoutrement était aussi ridicule que peu pratique, mais les scientifiques n'étaient en règle générale ni des sportifs ni des fashion victims, hélas.

Après avoir veillé à retirer tous les signes distinctifs des vêtements qu'elle venait d'emprunter, elle emprunta un sac opaque dans lequel elle fourra ses casseroles et ses rangers. Elle ne savait pas encore ce qu'elle dirait si quelqu'un venait à découvrir ce que contenait son bagage, mais elle préférait ne pas en faire cas pour l'instant. Le temps pressait, et elle risquait d'avoir quelques difficultés à accomplir sa mission si elle trainait trop. Moins il y aurait de monde dans le bâtiment, mieux ce serait. Elle froissa soigneusement sa blouse, adopta une démarche un peu gauche, et se lança franchement dans le couloir. C'était l'étape la plus délicate de son infiltration, et en même temps celle dans laquelle elle était la plus douée. Il fallait jouer le tout pour le tout, et se montrer parfaitement tranquille. Son sac sous le bras, elle ne pouvait pas se permettre de marcher trop vite aussi, essaya-t-elle de ne pas se presser de trop. Elle passa en dehors du champ de la caméra, en prenant bien soin de raser les murs. Mais même si elle avait été filmée, il aurait été bien difficile de reconnaître son visage, soigneusement caché par ses lunettes épaisses et une mèche qui s'échappait "malencontreusement" de son chignon. Elle tourna à l'angle, et marcha droit dans la direction du soldat en faction. Celui-ci leva légèrement son arme en s'immobilisant, avant de reprendre sa marche, prudent. Elle ne voyait presque rien avec ces lunettes horribles qui déformaient tout autour d'elle, et elle devait faire un effort pour ne pas trébucher dans ses chaussures gigantesques qui lui donnaient l'air d'un clown. Sa dégaine n'avait rien de menaçant, mais elle décida de se rendre encore plus ridicule. Prenant l'air essoufflé, elle modifia les intonations de sa voix pour la rendre plus grave, moins mélodieuse, et se lâcha un :

- B'soir...

Elle se doutait que le militaire allait rapidement lui poser des questions quant à ce qu'elle faisait là à cette heure de la nuit, ce qu'elle pouvait bien transporter dans un sac aussi grand, ou encore qui elle était. Autant de choses qui pouvaient se révéler gênantes pour la suite. Aussi, afin de prendre l'ascendant dans la conversation, elle lui présenta sans honte le sac qu'elle venait d'ouvrir en grand :

- J'apporte ça au doc'. C'est des échantillons contaminés, évitez d'vous approcher d'trop près.

Elle avait employé le mot contaminé dans un sens générique, davantage pour insuffler un côté menaçant à ce qu'elle transportait, que pour vraiment le terroriser. Elle espérait simplement que son imagination ferait le reste, et qu'il garderait les yeux rivés sur l'intérieur du sac, et les casseroles qu'il pouvait y voir. Il ne put manquer de remarquer qu'elle tenait le sac à bout de bras, comme si elle-même refusait de rester à moins de cinquante centimètres d'un danger qui s'il était invisible, n'en était que plus inquiétant par ailleurs. Comme pour appuyer un propos qui n'avait pas besoin d'exemples, elle ajouta d'un ton docteur :

- C'est d'la ferraille, z'avez vu ? Du Damasium Aciétum, pour être précis. Mais je pense pouvoir dire qu'il a été mis en contact avec une souche de Germinus Périllus Maximus. Très dangereux, mais les cas de contagion ne sont pas statistiquement significatifs. Mais puisque ça touche nos agents, il vaut mieux l'étudier, hein ?

Tout en parlant, elle n'avait cessé d'agiter le sac sous son nez, toujours plus près, pour le forcer à rester focalisé dessus. Elle ignorait si cela allait marcher ou non, mais elle misait tout sur la confiance qu'elle avait dans ses capacités à disparaître des esprits. Oh, il se souviendrait d'elle assurément ! La femme au sac. Mais en attendant, elle espérait qu'il avait davantage regardé le sac que la femme, et aurait parié que son esprit allait inventer une odeur étrange émanant du sac, voire même une couleur suspecte. Ou bien une simple impression de malaise. Peut-être même qu'il aurait oublié si elle était brune ou blonde. C'était déjà arrivé. Elle avait réussi à mettre la main sur des interrogatoires de vigiles l'ayant croisée, qui quand on leur demandait si quelle était la couleur des cheveux de la femme qu'ils avaient vu, répondaient penauds : "je ne m'en souviens pas" ou "je n'ai pas fait attention". C'était une leçon qu'elle avait apprise sur le tas. Pour se faire oublier, il n'était nullement besoin de chercher à se faire oublier, mais tout bêtement d'occuper l'esprit de l'autre. Tendez un verre d'eau à un homme assoiffé, et présentez-lui un journal au même moment. Il y a fort à parier qu'il ne se souviendra pas du gros titre. Faites la même chose avec un homme au lendemain d'un événement mondial, et il y a fort à parier qu'il oubliera ce qu'il a bu. Il suffit de voir l'expression du visage d'un individu regardant la télé pour comprendre.
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MessageSujet: Re: Lucija Radenko Mer 7 Aoû - 20:33


Elle était restée debout toute la nuit. Encore une fois. Depuis quelques jours, le docteur Abigail Lorenson était devenue aussi incontournable la nuit que les sentinelles qui montaient la garde à l’extérieur de son laboratoire. Elle se disait, au fond d’elle-même, qu’à force de mener ce train de vie, elle et ses assistants allaient finir par y laisser leur santé. D’ailleurs, passé 22h30 elle les congédiait systématiquement, les rendant à leur sommeil ou leurs familles pour ceux qui en avaient. Ca lui laissait toute latitude pour soit continuer leurs travaux en cours, soit mener à bien des expériences plus personnelles.

Mais la scientifique américaine refusait de lâcher le morceau sur le cas 2011120013. L’agent McGregor lui avait rapporté en début d’année des échantillons de Sibérie, et durant tout le printemps elle avait planché dessus avec son équipe sans en percer les mystères, entre autres travaux. Elle détestait que quelque chose lui résiste. Elle ne pouvait supporter de laisser un problème non résolu, quitte à y travailler jour et nuit pendant des semaines entières si besoin. Ce cas ne ferait pas exception à la règle…

Vers 4h10 du matin, les premiers signes de fatigue commençaient à se faire sentir. A moitié décoiffée, des cernes commençant à creuser le dessous de ses yeux tirant sur le bleu vert, on voyait clairement qu’elle tenait à peine debout.« Allez, t’as déjà fait mieux que ça, ma grande. A l’université, tu avais bien fait 4 jours entiers sans dormir. » Un sourire passa sur son visage. Durant une session d’examens particulièrement exigeante (mais dont elle s’était brillamment sortie) à l’Université du Nouveau Mexique, Abigail, alors âgée de 19 ans quand ses camarades en avaient entre 21 et 23, avait battu son record de veille éveillée, restant sur la brèche et concentrée pendant plus de 96 heures. Fort heureusement, le congé de printemps de l’université commençait juste après, aussi avait-elle pu rattraper son comptant de sommeil…

La scientifique posa alors son stylo et retira ses gants en latex. Elle releva ses lunettes sur son nez et reporta son attention sur la porte vitrée du laboratoire. Rien d’inhabituel. Le caporal Jackson passa en la saluant de la tête, salut qu’elle lui rendit. Elle crut voir une ombre au coin d’une porte. « Voilà la preuve que tu manques sérieusement de sommeil, pensa-t-elle. Y a rien ici. Bon, occupes-toi de tes petites chéries, et rentres. Pas étonnant qu’avec ce genre d’horaires, ta vie socio-sentimentale soit quasi-inexistante… »

Abigail se leva et se dirigea vers une paillasse murale contigüe à son bureau. Dessus trônaient sa fierté : un bac en céramique, dans lequel s’épanouissaient des plants de dionées de genlisea, des plantes carnivores qu’elle cultivait depuis maintenant plus de 3 ans. Elle mettait au point un traitement pour leur permettre de mieux passer l’hiver. Elle avait mis au pont un cocktail d’enzymes et d’agents biologiques (aux petites heures de la nuit, des idées surprenantes pouvaient surgir), qu’elle aspergea à l’aérosol sur leurs feuilles et à la base de leurs pieds. Puis elle attrapa une mouche dans un bocal, et la déposa sur une des feuilles de sa dionée. Vivement, le piège biologique se ferma sur l’infortunée créature. Elle répéta le procédé pour chacune des feuilles ouvertes restantes.
« Eh ben t’es en forme aujourd’hui, hein ? dit doucement la scientifique à sa plante, d’un ton presque maternel. On pourrait pas en dire autant de moi… Allez, mange bien, moi je vais me coucher. A demain. »

La scientifique posa sa blouse sur le porte-manteau, l’échangeant contre sa veste de tailleur. Puis elle ramassa ses papiers, dont le dossier 2011120013, qu’elle plaça dans son attaché-case dont elle verrouilla la serrure, et attrapa son sac à main après avoir vérifié la présence de son revolver Smith & Wesson à l’intérieur. Puis elle referma la porte derrière elle en sortant, attaché-case sous le bras, pass dans l’autre. Autour d’elle tout était calme quand elle appela l’ascenseur pour remonter vers la surface. Elle rentrerait sur son appartement de Washington, qu’elle avait en plus de ses quartiers à la base de Fort McNair.

« Bon, il se décide, cet ascenseur ? » pensa la scientifique. Sans remarquer d’imperceptibles mouvements dans les ombres…
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MessageSujet: Re: Lucija Radenko Dim 11 Aoû - 15:50

Lucija avançait d'un pas traînant dans les couloirs, essayant de ne pas laisser l'euphorie de la situation la gagner. Elle avait réussi à distraire le premier garde suffisamment, et ce dernier avait fini par la laisser passer, ce qui signifiait qu'elle avait franchi avec succès un obstacle supplémentaire. Et son instinct lui disait qu'il n'y en aurait pas beaucoup d'autres à surmonter avant de finalement s'emparer du dossier. Toujours déguisée en scientifique, elle progressait calmement, en essayant de se donner le temps de repérer les différentes caméras. Fort heureusement, elles étaient assez peu nombreuses, bien que réparties à intervalles réguliers, et il était assez simple de les éviter. Un peu d'expérience suffisait à déjouer la plupart des systèmes de surveillance, qui fonctionnaient toujours de la même manière. La logique de ceux qui les installaient était apprise dans un manuel, et une fois que l'on avait compris la solution, il suffisait de l'appliquer bêtement dans tous les cas de figure. Cela fonctionnait particulièrement bien dans les bâtiments publics, où les restrictions budgétaires ne permettaient pas de se payer des experts privés hors de prix. Bien souvent, on comptait sur le caractère dissuasif d'une caméra, plutôt que sur son efficacité. Et même ainsi, cela ne fonctionnait pas si bien que ça. Sinon, comment expliquer que des villes ultra-surveillées, comme Londres par exemple, aient des taux de criminalité plus élevés que des villes dépourvues de caméras ?

La jeune femme marchait toujours, observant les alentours par-dessus ses lunettes grossissantes, jusqu'à finalement apercevoir un bureau parmi d'autres, qui attira particulièrement son attention. En effet, une plaque y était fixée, gravée "Dr A. Lorenson".  Ainsi, elle était arrivée à destination. Trébuchant volontairement sur son propre pied, elle s'immobilisa, et entreprit de refaire le nœud qui tenait ses chaussures trop grandes. En deux gestes, elle acheva de les dénouer, puis elle s'attaqua méthodiquement au laçage, en profitant de cette pause pour observer les alentours. Pas de caméra de surveillance braquée directement sur la porte, ni aucune autre dans le secteur. Cependant, à gauche, il y avait un long couloir, et donc probablement un dispositif de surveillance installé à une extrémité ou à une autre. Les spécialistes avaient tendance à aimer les grands angles, même s'il n'était pas particulièrement pertinent de placer des caméras qui ne filmaient pas les choses réellement importantes. En observant le bureau, Lucija remarqua qu'il y avait de la lumière à l'intérieur, ce qui signifiait probablement que le docteur Lorenson était encore au travail à cette heure-ci. Cela compliquait quelque peu ses plans, même si St-Laurent l'avait prévenue de cette éventualité. La porte était vitrée, aussi la jeune femme se déplaça-t-elle sur le côté pour bénéficier d'un meilleur angle. Elle ne voyait pas grand chose, à l'exception d'une silhouette aux longs cheveux roux, penchée sur une table. Ainsi, Lorenson était une femme ? Etait-ce la raison pour laquelle l'instructeur français leur avait confié des casseroles ? Une sorte d'humour machiste, ringard et stupide destiné à la rendre encore plus ridicule qu'elle ne l'était déjà ? Elle l'ignorait, et préféra ne pas chercher plus avant, désireuse de se concentrer sur sa mission.

Dans sa tête, la situation était simple. Investir la place, se débarrasser du docteur, récupérer le dossier, et ensuite filer aussi rapidement que possible. La première partie du plan était simple. La porte devait probablement être ouverte, et elle n'aurait qu'à se glisser derrière sa cible, la neutraliser sans la tuer et en silence. Cela lui prendrait moins d'une minute. Ensuite, elle pourrait fouiller le bureau à loisir, et espérer tomber rapidement sur le document. Mais comment faire pour sortir après cela ? Les choses devenaient véritablement compliquées dans sa tête, et il lui faudrait trouver un plan ingénieux pour ne pas être capturée. Alors qu'elle réfléchissait à toute vitesse à la manière dont elle allait masquer ses traces, elle entendit des pas dans le couloir. Un garde, d'après le bruit caractéristique des rangers sur le sol. Lucija regarda autour d'elle, et constata qu'elle ne pourrait jamais s'éloigner assez pour se placer hors de vue, et qu'elle n'avait aucune chance d'échapper à un nouvel interrogatoire. Elle regarda autour d'elle, et essaya de se servir de son environnement pour trouver une issue. En face, une porte fermée se dessinait. Elle essaya de l'ouvrir, en vain. Et impossible de la fracturer sans alerter le militaire qui continuait à approcher. Levant les yeux, elle lut le nom inscrit sur la plaque : "Dr P. Moore". Cela lui donna une idée, risquée mais qui pouvait lui permettre de s'en sortir. Priant intérieurement pour réussir ce qui s'annonçait comme un nouveau défi, elle vérifia qu'aucune caméra n'était braquée sur elle, et toqua à la porte :

- Docteur Moore ? Lâcha-t-elle d'une voix timide. Docteur ?

Les bruits de pas s'arrêtèrent un instant, puis reprirent, accompagnés du cliquetis caractéristique d'un fusil d'assaut que l'on arme. Elle appela une troisième fois le docteur pour se donner une contenance, avant de sortir son téléphone portable de sa poche, et de commencer à composer un numéro. Elle n'avait plus de carte SIM, et elle ne passerait donc aucun appel, mais l'important était d'en donner l'impression. Alors qu'elle avait le téléphone collé à l'oreille, le garde arriva à sa hauteur et lui demanda d'une voix abrupte ce qu'elle faisait là. Pour faire bonne mesure, elle sursauta et en profita pour dissimuler son visage derrière ses mains :

- Je... je viens voir le Docteur Moore, mais il ne répond pas à la porte, ni à mes appels. Il m'a pourtant dit qu'il m'attendait dans son bureau. J'ai peur que...

Le ton qu'elle avait employé, et les insinuations qu'elle avait laissé planer avaient eu l'effet escompté : réveiller l'instinct militaire du garde. La plupart de ces hommes étaient formés pour le combat, et se retrouver à patrouiller dans un complexe secret n'était pas une mission des plus palpitantes. Certains auraient tué pour un peu d'action, et celui-ci n'était pas prêt à laisser s'échapper une occasion de tirer à balles réelles sur un intrus. Il demanda à la jeune femme de s'écarter, et il toqua lui-même à la porte avec le canon de son M4. Pas de réponse.

- Il était pourtant dans son bureau... Souffla-t-elle.

Au même moment, le soldat composa un code secret sur le clavier qui se trouvait à côté de la porte. Probablement un code universel connu uniquement de la sécurité, conçu pour pénétrer dans n'importe quel bureau et porter assistance à n'importe qui, par exemple en cas d'attaque à l'anthrax. Lucija aurait aimé mémoriser ce rossignol virtuel, mais le code était bien trop compliqué. Immédiatement après que le militaire eût appuyé sur la dernière touche, un chuintement indiqua que la porte venait de s'ouvrir. Le soldat entra précautionneusement, arme levée, et il alluma la lumière pour y voir plus clair. Il fit deux pas à l'intérieur, et scella donc son destin. La recrue avait profité de sa concentration pour plonger la main dans son sac, et en sortir les casseroles. Le militaire s'immobilisa en entendant le bruit du sac que la jeune femme venait de lâcher lorsqu'il toucha le sol. Mais il n'eût même pas le temps de se retourner qu'elle était déjà sur lui. La première casserole le percuta sévèrement au niveau du front, la deuxième vint l'achever en le frappant sur l'arrière du crâne. Il s'effondra lourdement sur le sol, inconscient. Le bruit avait été étouffé par la porte qui venait de se refermer derrière eux, ce qui soulagea la jeune femme. Ils se trouvaient dans des laboratoires sécurisés, avec un code d'accès à l'entrée, et qui étaient surtout mieux isolés que les autres, pour permettre aux chercheurs de travailler dans le calme. Une chance !

Lucija, cependant, se retrouvait avec un corps bien gênant sur les bras, et elle ignorait comment elle pouvait gérer cela. Elle s'empressa d'éteindre la lumière, pour dissimuler son forfait, et réfléchit à une solution. Au même moment, elle vit du coin de l'œil le Docteur Lorenson fermer la porte de son laboratoire. Quelle plaie ! Ainsi donc elle choisissait précisément ce moment pour s'en aller ? La jeune femme se baissa pour ne pas être repérée, et observa la femme se diriger d'un bon pas vers l'ascenseur. Elle tenait dans une main un attaché-case fermé à clé, et sous le bras elle portait un sac à main. Le dossier se trouvait-il avec elle ? Il était impossible de le savoir, mais son bureau était fermé et bien trop protégé pour être accessible en quelques minutes. Il fallait croire qu'elle portait le précieux document avec elle, et imaginer un plan pour le récupérer. Ou au moins, il fallait espérer qu'elle eût sur elle un pass pour pénétrer dans son bureau. Mais dans tous les cas, s'approcher suffisamment pour récupérer ou l'attaché-case ou le pass paraissait impossible en l'état. Il fallait trouver une solution, de toute urgence.

La jeune femme essaya de se calmer, et réfléchit. S'attaquer frontalement au docteur était impensable, à cause des caméras et des gardes qui patrouillaient. Mais pour l'intercepter plus loin, il faudrait affronter d'autres caméras, et d'autres factionnaires. Quel déguisement pouvait lui permettre de passer outre le système de surveillance, et de gagner l'étage supérieur sans être repérée ? Elle se tourna vers le garde inconscient, et un sourire s'afficha sur ses lèvres. Avec célérité, elle se débarrassa des chaussures et de la blouse empruntée, jeta les lunettes dans un coin, et plongea vers l'homme qui respirait de manière régulière. Elle s'empara de sa veste, un peu grande, ainsi que de sa casquette qu'elle vissa sur sa tête en dissimulant soigneusement ses cheveux, et en rabattant la visière de sorte à dissimuler autant que possible ses traits. Elle récupéra son pistolet, et le cala à sa hanche, ainsi que son poignard, ça pouvait toujours servir, puis récupéra la radio qu'il portait aussi. Elle décida de laisser là son M4, qui risquait de l'encombrer de trop dans sa mission, et ce fut déguisée en militaire qu'elle s'élança dans les couloirs. Les caméras de surveillance risquaient de la voir, mais elle s'en fichait désormais, car son plan était en marche, et rien ne pourrait l'arrêter. Elle arriva en vue de l'ascenseur au moment où le docteur Lorenson voyait la porte se refermer sur elle-même. Prestement, elle attrapa la radio, et ouvrit une communication vers ce qu'elle espérait être tous les autres gardes du secteur :

- A toutes les unités, alerte intrusion ! Une personne se faisant passer pour le docteur Lorenson se dirige actuellement vers la surface avec en sa possession une bactérie mortelle. Elle se trouve dans l'ascenseur A, et se rend à l'étage -1 ! Interception demandée à toutes les patrouilles !

Un bref silence fit écho à ses paroles, avant qu'une voix ne lui répondît :

- Confirmez alerte classe rouge.

- Alerte classe rouge confirmée ! Rendez-vous sur les lieux de l'interception !

Pendant qu'elle parlait, Lucija s'était mise à courir. Elle avait emprunté la porte de l'escalier, et elle grimpait frénétiquement en direction du -1, soit deux étages plus haut. Elle imaginait la frénésie qui devait s'être emparée des hommes de garde, qui allaient débouler et braquer leurs armes sur le suspect pour l'interpeler. Elle avait pris un peu d'avance sur les militaires, aussi parvint-elle au -1 avant les autres. Elle appela l'ascenseur, qui allait donc s'arrêter à cet étage avant de regagner la surface, et recula de quelques pas avant de se placer un genou au sol, dans une position d'attente. Son pistolet était braqué vers la porte qui allait s'ouvrir d'un instant à l'autre. Dans son dos, des bruits de couse la rassurèrent, tandis que les renforts se rapprochaient. En quelques secondes, les hommes se déployèrent à ses côtés, arme braquée sur la porte. Un des soldats lui demanda alors :

- Quels sont les ordres, mon caporal ?

Lucija se demanda de quoi il parlait, puis avisa les galons sur son épaule, et comprit qu'elle dirigeait cette opération. Quelle chance ! Elle fit un effort pour ne pas le regarder, conserver le regard braqué sur la porte, pour l'inciter lui aussi à la regarder et à fixer son attention dessus. D'une voix qu'elle voulut aussi grave que possible, elle répondit :

- Quand la porte s'ouvrira, je ne veux aucun coup de feu sauf en cas de nécessité absolue. L'imposteur ressemble trait pour trait au docteur Lorenson, ne vous laissez pas abuser, elle essaiera de vous convaincre que vous faites erreur. Je veux une interpellation musclée, elle est peut-être armée. Une fois appréhendée, vous la conduirez devant le colonel. Il s'agit d'une alerte classe rouge, et il tiendra à l'interroger lui-même. Je m'occuperai personnellement de descendre l'échantillon contaminé pour le replacer en sécurité. Les autres, vous ratisserez le -1 et le -2 pour vous assurer qu'aucun autre infiltré ne se trouve là. Elle n'a pas pu rentrer sans complices.

Les ordres donnés, le silence revint, interrompu brutalement par la sonnerie de l'ascenseur qui s'immobilisa face à eux. La porte s'ouvrit, révélant le docteur Lorenson qui devait probablement se demander pourquoi une douzaine d'hommes armés braquait des armes sur elle. Comme ils l'avaient appris lors de leurs formations, les hommes se mirent alors à brayer simultanément, pour désorienter leur cible. "Les mains en l'air !", "Les mains derrière la tête !", "Face contre terre !", "A genoux !", "Posez cette valise !" criaient-ils à pleins poumons. Les hommes avancèrent en gardant leurs armes braquées, et procédèrent sans ménagement à l'interpellation de la suspecte, sans se soucier des explications qu'elle aurait pu tenter de leur fournir. Ils étaient des chiens de garde bien dressés, et ils ne savaient que mordre. Il avait simplement été question de leur trouver une cible. Le docteur sentit qu'on lui passait des menottes, on vida son sac à main où on découvrit une arme dissimulée. Six hommes décidèrent de l'escorter voir le colonel - Lucija n'avait même pas précisé lequel, mais personne n'ayant posé de questions, elle supposait qu'ils devaient savoir mieux qu'elle de quoi il retournait. Un des hommes s'approcha d'elle, tandis qu'elle rengainait son pistolet, et lui déposa précautionneusement dans les mains l'attaché-case où elle espérait trouver le précieux document.

- Merci. Et maintenant, fouillez tout de fond en comble. Exécution !

Le soldat se mit au garde-à-vous, puis tourna les talons prestement, et harangua les autres pour les exhorter à se dépêcher. Lucija ne put s'empêcher de les observer avec un sourire aux lèvres. Braves petits. Elle avait eu le mérite de tomber sur des hommes obéissants, qui devaient faire la fierté de leurs officiers. S'ils avaient été moins disciplinés, son plan aurait pu échouer. Rajustant la visière de sa casquette, elle se plaça hors du champ de la caméra, dans ce couloir redevenu calme après avoir été le témoin d'une scène des plus surprenantes, et entreprit d'ouvrir l'attaché-case. Il était fermé par un cadenas, mais elle avait été bien avisée de récupérer le poignard du caporal qu'elle avait assommé. Sans aucune considération pour le cuir de bonne qualité, elle plongea sa lame à l'arrière de la petite valise, et y pratiqua une ouverture de belle taille, par laquelle elle pouvait faire passer les documents. Elle sortit les dossiers qui s'y trouvaient, sans prêter attention aux crayons qui chutaient sur le sol, et observa leur couverture. Elle finit par dénicher le 2011120013, qui lui apparut comme le Saint Graal sorti de nulle part. Elle aurait embrassé le dossier si la situation le lui avait permis, tant elle était soulagée de l'avoir enfin déniché. C'était pour elle comme le symbole de la fin de son calvaire. Pourtant, elle n'était pas encore sortie d'affaire, et il lui restait à s'échapper. Afin de dissimuler son forfait, elle ramassa également tous les autres documents que contenait la valise. Elle ne souhaitait laisser aucune trace, encore moins permettre que l'on découvrît quel document constituait sa cible principale. Consciente que très rapidement, on allait se rendre compte de son action, elle décida de battre en retraite. Elle n'avait pas fait dans le détail, et elle avait été contrainte de créer une énorme diversion pour s'emparer incognito du fameux rapport. Cela signifiait que bientôt, on allait poser des questions, et se demander où était passée la mallette contenant les produits mortels, où était passé le caporal qui avait mené l'opération. Elle gagna l'escalier, et se débarrassa de l'attaché-case vide et désormais inutilisable. Il ne lui était plus d'aucune utilité, à présent, et au vu de la plaie béante sur son côté, il ne serait plus d'aucune utilité à personne. Elle glissa les documents sous sa veste, arracha ses galons et déboula dans le couloir où elle avait été séparée de St Laurent peu de temps auparavant.

Enfin peu de temps... elle n'avait aucune idée du temps que cet aller-retour lui avait pris. Peut-être une demi-heure, peut-être bien davantage. Sous terre, il lui était impossible de savoir. Le couloir était vide, pour l'instant, aussi se dirigea-t-elle rapidement vers sa chambre, en traînant le sac contenant les casseroles confiées par ce maudit français. Elle pénétra à l'intérieur, referma la porte, et s'y adossa en lâchant un soupir de soulagement non feint. La tension qui l'avait habitée pendant toute la durée de sa mission venait de redescendre brutalement, et elle sentit des tremblements la parcourir. L'adrénaline lui avait permis de se tenir éveillée, mais maintenant qu'elle avait terminé, elle sentait que la fatigue, physique et nerveuse, allait venir à bout de sa résistance. Le matelas qui se tenait en face d'elle lui faisait de l'œil, et elle était bien incapable de résister à son attrait. Elle déposa les dossiers sur la table de chevet, ôta ses vêtements avec empressement, et s'étala de tout son long sur son lit, avec l'impression de se vautrer dans un cocon protecteur et réparateur. Tant pis pour le français, tant pis pour la mission, tant pis pour les casseroles... elle souhaitait simplement dormir. Elle ferma les yeux, et se laissa instantanément emporter par le sommeil. Ses dernières pensées furent pour sa fille et son mari qui devaient l'attendre. Retournerait-elle un jour à une vie normale ?
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MessageSujet: Re: Lucija Radenko Mer 14 Aoû - 19:49


Les portes de l’ascenseur se refermèrent comme la scientifique, de plus en plus vaincue par le sommeil, aperçut qui remontait vers elle une silhouette. A son apparence, et pour l’avoir croisé quelques minutes auparavant, elle en déduisit que cette silhouette était le caporal Jackson qui revenait au point de départ de sa ronde. Mais il semblait… quelque peu différent. Sa casquette était rabattue de sorte à ne pouvoir discerner ses traits, sa veste lui semblait devenue un peu grande, mais surtout son fusil d’assaut M4 n’était plus avec lui. « Tu te fais trop de soucis, ma grande. Il est tard, il est loin et tu es en train de tomber de sommeil… » pensa la scientifique en s’adossant à la paroi de l’ascenseur, alors que celui-ci entamait sa remontée vers la surface. Rapidement, la scientifique, vaincue par trop de veille soutenue (elle en était à sa deuxième nuit blanche d’affilée), ferma les yeux et plongea dans la somnolence.

Elle eut un rêve bizarre. Elle était armée de charges de démolition, accompagnée de Peter McGregor et Aeryn Fallen, avec qui elle avait effectué cette virée en Afrique pour la destruction d’un labo clandestin, et rêvait qu’elle devait, à nouveau, faire sauter le labo, mais en plein milieu d’une zone de guerre. Chaque fois qu’un obus de mortier tombait près de leur position, Mac leur hurlait de se mettre à terre. Puis, à sa grande surprise, il le vit braquer son arme sur lui, imité par sa collègue irlandaise, lui ordonnant de mettre à genoux les mains en l’air. Perplexe, Abigail ne réagit pas. Les voix se firent plus insistantes et plus fortes, semblant se démultiplier. Et seulement à ce moment-là se rendit-elle compte qu’elle ne rêvait pas.

La scientifique ouvrit péniblement un œil, puis l’autre, une main levée pour se protéger les yeux de l’éclat des lampes torche. Une petite dizaine de soldats se tenaient face à elle, armes levées et prêtes à faire feu si elle ne leur opposait la moindre résistance. L’un d’eux la saisit par le bras, la contraignant à se mettre à genoux. De surprise, elle lâcha son sac à main et son attaché-case. Un second soldat le ramassa, tandis qu’un troisième extrayait de son sac son Smith & Wesson et que le premier lui passait les menottes. « A quoi ça rime tout ça ? Vérifiez mes papiers et mon pass, leur intima la scientifique, tout en tentant de se débattre entre les poignes de fer des sentinelles, je suis le Docteur Abigail Lorenson, j’ai totalement le droit d’être ici, même à cette heure ! Et enlevez-moi ces menottes, nom de Dieu ! ». A l’arrière du peloton, alors que six des soldats l’emmenaient voir le colonel, elle crut en reconnaître un des soldats avec un veste un peu large, même si elle avait du mal à dire d’où elle le connaissait. Et celui-ci semblait s’éloigner avec sa mallette. « Eh vous, lui cria-t-elle, là-bas, revenez ! Rendez-moi cette mallette, les documents dedans ne sont pas à votre niveau d’accréditation, ni même de compréhension ! Lâchez moi ! » continua-t-elle à l’attention de ceux qui l’emmenaient manu militari vers son destin.

************

Thomas Laroquette détestait au plus haut point être dérangé de nuit. Mais l’affaire semblait grave, aussi avait-il choisi de la gérer personnellement. Que quelqu’un ait pu franchir le dispositif de sécurité, pourtant formidable et à la pointe de la technologie, de l’ORS et réussir à s’introduire dans les laboratoires souterrains en usurpant l’identité d’un des scientifiques le gênait profondément, et nécessitait selon lui une enquête approfondie. Il avait contacté en chemin le sergent Harpoon l’instructeur St Laurent, pour avoir son avis et se livrer à des interrogatoires à plusieurs.

Quand il arriva devant la salle d’interrogatoire (en fait une des salles de conférence au niveau -1 de la base) qu’on lui avait désigné, il retrouva l’instructeur français, et tous deux y entrèrent. Leur surprise fut grande d’y trouver une Abigail Lorenson, l’une des scientifiques civiles du département scientifique, menottée à la table, complètement décoiffée, les yeux cernés, et manifestement très remontée. Laroquette voulut prendre la parole, mais l’américaine le devança.

-Pour l’amour du ciel, mon colonel, expliquez donc à ces crétins que je ne suis pas un imposteur ni un traitre ! leur dit la scientifique en rogne J’ai beau leur expliquer, ils ne veulent rien savoir !
-On se calme, Docteur Lorenson… C’est la procédure, je dois vous poser des questions pour vérifier votre identité. Vous avez pu appeler votre père aujourd’hui ?
-La voilà votre putain de procédure, dit Abigail, de plus en plus énervée. Remontez ma manche droite, vous y trouverez une marque de brûlure à l’acide vieille de plusieurs années. Et vous savez très bien que mon père est mort en 91 pendant Desert Storm…

Laroquette fit un signe à un des soldats, qui releva la manche d’Abigail, révélant une longue cicatrice de peau brûlée. Satisfait, il ordonna qu’on enlève les menottes à la scientifique, qui ne se fit pas prier pour se lever et se diriger vers la porte. Mais en posant la main sur la poignée, elle eut un éclair de lucidité : elle se souvenait où elle avait vu le garde à la veste trop grande.
-Mon colonel, pour quel motif m’a-t-on arrêté ?
-Usurpation d’identité, vous auriez volé des échantillons toxiques.
-Tentez d’appeler le caporal Jackson à la radio, je crois que quelqu’un a pris sa place. Quelqu’un de l’intérieur… Sergent St Laurent, est-ce que vos élèves sont tous là ?
-J’en ai une en exercice, pourquoi ? répondit l’instructeur alors que Laroquette lançait l’appel à la radio. Vous pensez que… ?
-Il y a des chances pour qu’elle soit en possession de mes documents et de ma mallette. Si jamais je la croise, je vous jure que je lui fais la peau, promit la scientifique.
-Ca ne sera pas nécessaire, je m’en occuperai moi-même… Vous pouvez y aller, je vous rapporterai votre mallette et vos documents demain. Tout y sera, ne vous faites pas de souci.

************

St Laurent sortit de la salle d’interrogatoire alors que Laroquette et Lorenson mettaient au point la meilleure façon de traiter la situation. En ressortant, il emprunta l’escalier qu’avait emprunté plus tôt la recrue en cavale. Il remarqua un coin qui dépassait de l‘ombre, derrière une poubelle. Intrigué, il le prit dans ses mains et reconnut une mallette comme celle que lui avait décrite Lorenson. En l’examinant, il remarqua que tout son contenu avait été vidé pas une ouverture pratiquée au couteau dans la doublure en cuir de l’objet.
« Ca va pas plaire à Lorenson, ça… Elle qui aime les beaux objets, on peut dire que pour celui-ci, c’est raté… » Néanmoins, il garda l’attaché case avec lui. Il connaissait un cordonnier sur Washington capable de miracles, sans doute qu’en louant ses services, Lorenson ne remarquerait rien. Il se dirigea ensuite à la recherche de sa recrue croate. Elle n’était pas devant l’ascenseur où il l’avait quittée, il passa donc par ses quartiers.

Il la retrouva endormie, étendue sur son matelas. L’adrénaline de cette dernière demi-heure était retombée, et avec elle les derniers soupçons de vaillance de son corps. Une fois que celui-ci a décidé qu’il n’irait pas plus loin, il s’arrêtait, tout simplement, et on tombait là où il avait choisi de tomber. Il alla chercher un nouveau verre d’eau, qu’il relança au visage de Lucija.
« Eh bien, mademoiselle Radenko ? On part sans faire son debrief à son supérieur ? » lui lança-t-il d’une voix s’assurant sa pleine et entière attention.
St Laurent s’assit sur un coin du matelas, avisant la pile de dossiers sur la table de Lucija. D’une geste, il sélectionna dans la pile celui qui l’intéressait, puis récupéra son sac contenant les casseroles.
« Je me doutais bien que vous y arriverez, mais aviez-vous besoin de faire une… diversion aussi phénoménale ? Je n’ai aucune idée des circonstances, mais une approche plus… discrète aurait-elle pu être envisageable ? »
L’instructeur écouta la réponse de sa recrue, puis continua.
« Très bon boulot, néanmoins, je dois le reconnaitre. Vous valez beaucoup… Mais un conseil : évitez de passer du côté des labos avant un bon bout de temps, je crains que Lorenson ne soit assez remontée contre vous… D’ailleurs la réparation de son attaché-case passera en partie sur votre solde… » ajouta-t-il avec un sourire en repartant. « Je vous laisse, on se retrouve à 6h pour exercice de tir. Attention, hein. A 6h, et pas DANS 6h ! »


Dernière édition par Depsci le Ven 16 Aoû - 9:40, édité 1 fois
DepsciMaitre suprême du jeuavatarMessages : 41
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MessageSujet: Re: Lucija Radenko Jeu 15 Aoû - 17:27

Lucija dormait paisiblement, avec l'impression étrange d'avoir été tenue éloignée d'un lit pendant des semaines. A bien y réfléchir, elle ne se souvenait pas vraiment en avoir jamais approché un depuis qu'elle avait accepté de maudit rendez-vous. Des paillasses, des couchages rudimentaires, ça elle y avait eu le droit. Elle avait dû dormir dans des conditions épouvantables, sous la pluie, abritée seulement par une toile tendue. Elle avait dû partager des espaces réduits avec d'énormes tas de muscles comme on en fabriquait que dans l'armée : des débiles décérébrés formés pour tuer, qu'elle avait été contrainte de supporter, et qui avaient à eux seuls constitué un défi plus dur que tous les parcours du combattant et tous les exercices sadiques qu'on leur avait donné. En quittant l'armée, elle avait gardé un souvenir désagréable des relations hommes-femmes à l'intérieur d'un régiment. Ces quelques semaines avaient eu pour conséquence de lui rappeler à quel point "désagréable" pouvait être loin de la vérité. Entre les moqueries continues, qui portaient autant sur ses capacités que sur son physique, elle avait dû faire un effort de volonté pour ne pas casser des mâchoires à tours de bras. Ils ne demandaient que ça. Ils avaient simplement envie de la faire craquer. Lorsqu'ils passaient derrière elle, ils se permettaient toujours des commentaires stupides sur sa coiffure, sur ses vêtements. Lorsqu'elle se baissait pour refaire les lacets de ses rangers, elle sentait leurs regards avides posés sur elle. Et lorsqu'ils avaient dû faire des exercices de groupe, et dormir dans le froid, collés les uns aux autres pour préserver le peu de chaleur que leur corps arrivait à fournir, elle avait senti à la bosse dans leur pantalon qu'ils trouvaient des avantages à la situation.

Toutes ces raisons faisaient qu'elle n'avait pas résisté longtemps à la possibilité de dormir dans un vrai lit, avec une vraie couverture, un vrai oreiller. Elle savourait la solitude retrouvée. Elle appréciait comme jamais le confort d'une chambre individuelle, le silence. Surtout le silence. Bien que profondément endormie, elle avait l'impression d'être encore consciente, quelque part. Elle avait la sensation perturbante de sentir son corps se régénérer progressivement, comme si elle assistait personnellement au travail des millions de composants de son corps, qui s'affairaient à la remettre en état. Et, comme si elle avait été projetée en dehors de sa propre enveloppe charnelle, il lui semblait se voir elle-même, étendue sur le lit, la bouche entrouverte. Elle respirait régulièrement, profondément, et tranquillement. Cependant, elle comprit que cette vision n'était qu'un rêve lorsqu'un élément perturbateur lui tomba dessus dans la réalité, sans qu'elle l'eût vu venir auparavant. Cet élément aqueux se manifesta sous la forme d'une nouvelle gifle liquide et glaciale, qui la réveilla en sursaut. Elle ne put s'empêcher de lâcher un juron, alors qu'elle se relevait violemment, désorientée et frigorifiée. C'était la deuxième fois en un peu plus d'une heure qu'on lui versait de l'eau sur la tête, et il aurait été étonnant que l'auteur de cette bassesse fût différent.

Lorsqu'elle entendit la voix du français, Lucija faillit hurler de colère, mais elle trouva la force de se retenir. Au lieu de quoi, elle entreprit d'essuyer son visage trempé avec sa couverture... trempée. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises, et finit par placer la tête de St Laurent dans son champ de vision. Il paraissait toujours aussi frais, lui, et c'était sans lui demander la permission qu'il venait de s'asseoir sur son lit. Elle aurait voulu le dégager d'un coup de pied bien propre, et l'envoyer rouler par terre, où elle aurait pu lui écraser les doigts rageusement avec son talon, mais elle se dit que ce ne serait pas du meilleur effet sur son dossier, et que les ennuis qu'elle risquait d'avoir méritaient de repousser cette vengeance à plus tard. Cependant, elle ne se priva pas pour lui jeter un regard assassin, lui faisant comprendre par là à quel point elle était contrariée d'être dérangée, alors qu'elle venait de réussir sa mission. Cependant, comme tout bon instructeur sait le faire, il s'arrangea pour soulever le point qu'elle avait omis durant sa mission : faire son débriefing avant d'aller se coucher. Quel insupportable mangeur de grenouilles ! Elle fronça les sourcils, et répondit du tac-o-tac :

- Je bosse en solo, j'ai pas l'habitude d'avoir un supérieur... monsieur.

Elle s'était rattrapée de justesse, et avait transformé sa réflexion insolente en... en une réflexion insolente teintée d'une politesse feinte. C'était déjà un peu mieux. Elle ne sourit même pas pour atténuer l'acidité de ses paroles - réveillée avec un verre d'eau à quatre heures du matin pour accomplir une mission débile sans préparation, il se mettait le doigt dans l'œil s'il espérait un sourire -, et se contenta de le dévisager avec autant de mépris qu'il lui était possible de placer dans son regard. Mais de toute évidence, il se fichait complètement de ses états d'âme, car il récupéra le dossier qui l'intéressait parmi la pile qu'elle avait placée sur la table, et attaqua sans attendre son débriefing.

Dans son ton, elle n'entendit aucunement qu'elle lui avait fait bonne impression, et il se contenta purement et simplement de remettre en question son approche. Lucija, qui était déjà sur le point de lui sauter à la gorge pour faire disparaître ce qu'elle percevait comme un sourire suffisant de son visage, sentit le rouge lui monter aux joues, en même temps qu'une colère sourde s'emparait d'elle. Et la fatigue accumulée ne l'aidait pas à canaliser ses émotions. Elle inspira profondément, essayant de se concentrer sur le visage de sa fille pour oublier qu'il était en train de critiquer ce qu'elle considérait comme étant un plan de génie qui en plus avait fonctionné sans incident - sans incident pour elle, tout du moins, car le docteur Lorenson ne devait pas être de cet avis. Elle répondit d'une voix tranchante :

- Une approche plus discrète ? Non mais vous plaisantez... monsieur !? Dans la même situation, envoyez un membre des forces spéciales, et vous passerez plus de temps à compter les morts qu'à lire votre fichu dossier. Vous trouvez que la diversion était trop grosse ? Vous n'avez pas lu le dossier que vos copains ont écrit sur moi, c'est ça ? Formation aux explosifs, c'est marqué. J'avais prévu de faire sauter le bureau du docteur Lorenson, histoire de camoufler le vol du dossier. Il y aurait eu tant de dégâts que personne n'aurait pu remonter jusqu'à moi. Alors pour ce qui est de la discrétion...

Elle soupira, contrariée de s'être emportée, mais aussi contrariée d'être contrariée par ce français... contrariant. Elle avait envie de s'arracher les cheveux, ou de lui arracher les yeux. Ou peut-être même les deux. Cependant, elle savait que dans le fond, il avait quand même raison. Elle était partie dès le début avec l'intention de faire un maximum de grabuge, simplement pour les embêter, et leur montrer à quel point elle était déterminée à ne pas se laisser faire. Elle ne connaissait pas le docteur Lorenson, mais il lui avait semblé qu'une personne accusée à tort risquait fort de se retourner contre l'instructeur qui avait ordonné cette mission. Elle espérait secrètement que St Laurent se fît passer un savon par ses supérieurs. Mais il avait l'air calme, et finalement, comme d'habitude, c'était toujours sur elle que les problèmes retombaient. En outre, sa conscience professionnelle l'obligeait à reconnaître qu'elle avait peut-être un peu abusé. Elle reprit sur un ton un peu moins agressif, et dans lequel on pouvait discerner - à condition d'y prêter attention - une pointe de remords :

- Bon, bon... J'admets avoir été un peu loin. Vous voulez entendre quoi ? Que j'aurais pu simplement neutraliser le premier garde, voler son uniforme et aller incognito jusqu'au bureau de Lorenson ? Que là, j'aurais pu m'arranger pour y entrer, et braquer un flingue sur sa tête ? J'aurais exigé d'obtenir le dossier, puis je l'aurais mise hors jeu. Et ensuite, j'aurais pu sortir tranquillement, comme j'étais venue.

Elle soupira à nouveau. De toute évidence, ce plan lui paraissait correct, mais sans plus. Elle s'expliqua :

- C'est un plan classique, qui a une trop grande part d'imprévu... Braquer un pistolet sur le doc, d'accord. Mais si elle dit non ? Avec la porte vitrée, chaque seconde de perdue augmente les chances de se faire prendre. Et puis surtout, si je suis sur le point d'être prise, je fais quoi ? Je tire sur vos potes ?

Elle passa une main sur son visage. Elle ne comprenait même pas le but de cette mission, ni même les modalités. Elle n'avait reçu aucune information valable, et elle avait dû improviser de A à Z. C'était déjà un miracle qu'elle s'en fût sortie vivante, un deuxième que personne ne l'eût identifiée, et un troisième qu'elle eût pu récupérer le dossier. Elle n'arrivait pas à croire qu'il lui reprochât sa méthode, son approche et ses choix, alors qu'elle était convaincue que dans la même situation, beaucoup auraient purement et simplement échoué. Alors qu'elle se faisait à elle-même des reproches, la déception se lut sur ses traits. Elle était une professionnelle, et avant toute chose, elle aimait le travail bien fait, le travail propre. St Laurent était en train de lui faire comprendre qu'elle avait échoué, et elle avait du mal à digérer.

Cependant, alors qu'elle était sur le point de lui dire qu'elle regrettait les choix qu'elle avait fait, et que effectivement, elle aurait pu opter pour une tactique moins "phénoménale", l'instructeur se mit à la féliciter. Il prononça les mots assez vite, et elle dut faire un arrêt sur image pour être bien sûre d'avoir entendu ce qu'il venait de dire. Et même ainsi, elle en doutait profondément. Venait-il bien de dire qu'elle avait fait du "bon boulot", et qu'elle "valait beaucoup" ? Elle demeura interdite un instant, et son visage afficha l'immensité de son incompréhension devant ce soudain revirement de situation. Des compliments, après le bazar qu'elle venait de mettre dans leur système de défense, elle n'en attendait pas un seul, même pas un déguisé. Alors un vrai, bien en face, jamais de la vie. Encore moins de la part de St Laurent. Pendant un instant, elle songea que ce français n'était peut-être pas un mauvais bougre au final. Il jouait le dur parce qu'il était instructeur, et il lui confiait une mission difficile parce qu'il avait confiance dans ses capacités. Mais au fond, c'était un gentil, un cœur tendre, un bon gars. Elle en demeura persuadée pendant une seconde, jusqu'à ce qu'il lui conseillât de ne pas s'approcher du docteur Lorenson, à qui elle avait fait passer une sale soirée. Il se permit même de préciser qu'elle devrait payer la réparation pour sa valise détruite. Mais des deux choses, ce n'était pas ça qui l'abasourdissait le plus :

- Vous... commença-t-elle. Vous lui avez dit que c'était moi qui avait manigancé tout ça ? St Laurent ! Je veux dire... Monsieur ! J'agissais sous vos ordres, et je... Oh vous êtes vraiment un...

Elle n'alla pas plus loin, le message était déjà suffisamment explicite. Elle était contrariée, c'était certain, mais elle était également amusée par cette situation, et sans que cela trouvât une explication logique dans son esprit, elle n'était pas heureuse d'être amusée. En vérité, elle n'avait pas envie de rire avec lui, simplement parce qu'elle avait décidé qu'il était du mauvais côté, que c'était un type mesquin et fourbe. De fait, elle décida qu'une colère injustifiée valait bien mieux qu'un rire tout à fait justifié, et elle se renfrogna. Comme pour enfoncer encore un peu plus le clou, il l'informa que le lendemain matin À six heures, elle devrait participer à un exercice de tir. Elle lui montra la porte de son index tendu, serrant les mâchoires pour ne pas hurler. Il devait se délecter de ses réactions, mais elle s'en fichait complètement. Elle voulait juste le voir sortir, elle ne pouvait plus supporter sa présence. Au moment où il se levait, elle l'interrompit, et lança :

- Ah, au fait... J'aimerais bien avoir l'occasion de passer voir le docteur Lorenson un de ces jours. Je lui dois quelques excuses, je suppose. Et le caporal, aussi ! Dans le bureau du docteur... Moore je crois.

Elle avait ajouté cette dernière phrase en faisant une petite moue. En effet, autant le docteur avait été malmenée, autant le caporal avait été assommé à coup de casseroles. Il devait encore voir des étoiles, et il allait se réveiller avec une sacrée migraine et l'impression d'avoir été floué. Il fallait simplement espérer qu'il était costaud, et qu'il s'en remettrait rapidement. Vu la carrure du type, elle avait été contrainte de frapper fort pour être certaine de le mettre hors-jeu, et elle n'y avait pas été de main morte.

Elle se recouchait, et St Laurent venait d'ouvrir la porte, quand elle lui posa une ultime question :

- Encore une chose, monsieur, avant que vous partiez. Pourquoi les casseroles ?

Étrangement, c'était peut-être la chose la moins significative de cette mission, mais paradoxalement celle qui l'intriguait le plus. Elle espérait que le français aurait une réponse satisfaisante à lui fournir, sinon elle le détesterait à jamais.
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MessageSujet: Re: Lucija Radenko Ven 16 Aoû - 17:15


Il était clair que si on lui en avait laissé les moyens, la recrue d’origine croate ne se serait pas fait prier pour arracher la tête de l’instructeur français quand il l’avait réveillée pour la seconde fois en moins d’une heure avec un verre d’eau sur la figure. Il voyait qu’elle faisait de très gros efforts de maîtrise d’elle-même pour ne pas le frapper et lui hurler dessus. D’un côté il le comprenait, il était passé par là aussi, les exercices idiots à des heures pas possibles et autres joyeusetés du genre. Mais d’un autre côté, il prenait un certain goût à pousser à bout ses élèves, voir ce qu’ils avaient vraiment dans le ventre. Et celle-ci, à ce qu’il voyait, malgré son tempérament explosif, semblait être de celles capable de tout et n’importe quoi pour retourner une situation en leur faveur.

Son debriefing se fit sur un ton emporté. Sans doute un contrecoup du réveil brutal et de la critique de ses méthodes. C’était compréhensible aussi, personne n’aimait voir critiqué son boulot si durement improvisé et mis en application. IL eut même un léger frisson d’effroi quand elle lui révéla qu’elle avait eu l’intention de plastiquer le labo de Lorenson. Non seulement elle aurait pris de le risque de plastiquer Lorenson avec (mais si elle avait survécu, il n’osait imaginer son état en découvrant son labo le lendemain…), mais du matériel de haute technologie et des échantillons rarissimes auraient été endommagés au-delà de toute réparation, entrainant des semaines sinon des mois de retards dans les projets en cours. Comment elle aurait fait, il ne préférait même pas le savoir…

Puis la rage de Lucija sembla retomber. Sans doute prenait-elle conscience qu’elle s’était laissé emporter par ses émotions. Elle lui évoqua un plan alternatif, révélant par la même occasion un esprit tactique qui manquait à certaines de ses recrues. Et elle avait raison sur les points qu’elle évoquait. Ce plan reposait essentiellement sur la coopération de Lorenson (ce qui, possessive de ses recherches comme il la connaissait, aurait été loin d’être aisé à obtenir) et surtout l’absence de sentinelles pendant le temps de la négociation. A travers une porte vitrée, ce genre de tactique ne pouvait fonctionner que quelques minutes au maximum… Son improvisation, bien que menée en fanfare, avait mené au succès.

Puis elle aborda un autre point. Elle croyait que c’était lui qui avait révélé qu’elle était en mission dans les labos. Au-delà du juron qui ne franchit pas les lèvres de la croate, St Laurent reprit la parole.
« J’ai juste dit que vous étiez en exercice, sans plus de détails ». Puis après une pause : « Vous savez, cette femme a l’air abrupte et maniaque, voire tyrannique et carrément cinglée au premier abord, mais en fait elle est extrêmement intelligente et un puits de science sans fond, même fatiguée. Elle a dû faire le rapprochement avec des choses qu’elle aura entr’aperçu, si ça se trouve elle vous a peut-être vu de loin… Et en rassemblant tous ces éléments, elle a pressenti que vous pouviez être derrière tout ça, sans savoir votre identité… »

Elle lui indiqua sa porte d’in index rageur quand il prit congé, documents sous le bras, avant qu’elle ne l’interrompe. Elle voulait présenter ses excuses à la scientifique et à la sentinelle qu’elle avait neutralisée. Il lui semblait bon joueur de lui accorder cette faveur. Et puis ça lui permettrait de créer des liens un peu plus pacifiques avec les agents déjà en place de la base.
« Ca devrait pouvoir s’arranger. Lorenson est un peu comme l’esprit des labos, elle en sort très peu, donc si vous trainez par là, vous aurez de grandes chances de la retrouver, sinon demandez à n’importe qui au labo de l’appeler, elle rappliquera. Vous verrez, une femme charmante, quand on fait attention de ne pas lui poser une question trop complexe… car elle risquerait de vous répondre de façon encore plus complexe » ajouta-t-il avec un sourire. « Quant à Jackson, vous le retrouverez tout à l’heure sur le champ de tir, il doit passer un test sur SCAR-H en même temps que vous serez en exercice. Je ferai en sorte que vous puissiez le voir après. »

Et à sa dernière question, il ne put retenir un petit éclat de rire. « Les casseroles ? C’était juste pour voir comment vous alliez réagir avec un objet imprévu et sans rapport avec votre mission. Et surtout parce que ça fait un bruit pas possible quand on les laisse attachées comme je vous les avais mises, c’était pour vous inciter à la discrétion la plus totale. Et aussi parce que j’adore voir la tête des élèves quand je leur fais passer ce test et que je les leur accroche au cou… » dit-il en disparaissant derrière le chambranle de la porte.
Spoiler:
 
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Lucija Radenko

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