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[TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302)

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MessageSujet: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Lun 26 Aoû - 8:28


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Comme sur beaucoup d’installations militaires à travers le monde, le courrier parvenant à Fort McNair faisait l’objet d’un examen approfondi avant de parvenir dans les mains de leurs différents destinataires. Malgré les fouilles attentives aux rayons X, les craintes de colis piégées restaient dans un coin des esprits. Et en ce jour d’août, un courrier bien particulier arriva à Fort McNair, adressé à une personne bien particulière.

Son contenu : un carton d’invitation. Y était inscrit :
Chère Docteur Lorenson
Nous sommes honorés de vous convier du 2 au 8 septembre de cette année au Congrès International de Biologie se tenant à Berlin en Allemagne, vous invitant vous et votre équipe à présenter les résultats de vos derniers travaux ayant fait l’objet d’une publication dans la revue ‘Nature’.
Veuillez trouver ci-joint les billets aller-retour vers Berlin pour vous et votre assistant de recherche, ainsi que les réservations d’hôtels et accès au site du Congrès.

Veuillez agréer, chère Docteur, l’expression de nos meilleures salutations.

Le carton, accompagné des divers documents, était signé au nom de Martin Grauber, nommé Président du Congrès pour l’année, un éminent scientifique en Europe, reconnu pour ses analyses dans le domaine de la virologie et de l’étude des parasites humains. Mais depuis quelques années, il avait fait l’objet d’une surveillance discrète de la part de l’ORS. L’organisation suspectait en effet que ses travaux n’aient pris une certaine dérive par rapport à leur but initial. Et surtout, qu’ils ne révèlent l’existence de l’Initiative. Il fallait évaluer la situation, mais en l’absence de scientifiques assez qualifiés sur le sujet, la mission ne pouvait avoir lieu. Cet état de fait allait changer…

***************

Abigail Lorenson, dans le département scientifique de l’Initiative depuis près de deux ans, et Lucija Radenko, juste promue au rang d’agent actif, entrèrent dans la salle de conférence n°2 du bâtiment administratif de la base de Fort McNair. Les deux femmes s’étaient déjà rencontrées quelques semaines plus tôt, pourtant c’était la première fois qu’elles se voyaient à visage découvert. Dans le cadre de son instruction, la Croate avait dû s’introduire de nuit dans les laboratoires, mettant sur pied une diversion mouvementée pour ressortir.

Le briefing était mené par Samuel Briggs, le chef du département scientifique de l’ORS, et accompagné de James Tuck, le chef des techniciens de la base. Il aurait été difficile de faire combinaison plus disparate : Briggs, immense et impressionnant dans son costume impeccable, et Tuck, à la limite du rachitique, les cheveux en bataille et les vêtements froissés. Mais les deux se complétaient, Tuck apportant des éléments pratiques aux théories de Briggs.

-Mesdemoiselles, je n’irai pas par quatre chemins, commença Briggs. L’invitation reçue par le Docteur Lorenson est pour nous une opportunité en or d’évaluer le contenu des travaux… non officiels de Martin Grauber. L’invitation du Docteur à cet événement est l’aubaine que nous attendions pour l’approcher discrètement.
-Ce dont nous avons besoin, continua Tuck, c’est un accès à son ordinateur personnel pour l’inspecter et l’analyser à distance. Nous espérons que l’une d’entre vous pourrait soit introduire un logiciel espion de ma création dedans. Vous avez carte blanche, mais l’idéal serait qu’il ne se doute de rien. Pareil, si il a des documents papier, arrangez-vous pour soit les scanner, soit les prendre en photo…
-Vous avez sans doute pu le voir sur l’invitation, reprit Briggs, un dîner de gala est prévu. J’espère que vous avez toutes deux ce qu’il faut de ce côté-là… Je ne vous retiens pas plus longtemps, je vous laisse vous préparer, vous partez en civil la semaine prochaine avec les billets en classe affaire qui vous ont été fournis. Passez quand même par l’armurerie prendre une arme de dotation. On ne sait jamais… Agent Radenko, vous voyagerez sous votre identité civile et jouerez le rôle de l’assistante de recherche du Docteur Lorenson. Vous entrez, collectez les renseignements du Docteur Grauber, les transmettez, évaluez la menace et repartez à la fin du congrès pour ne pas éveiller l’attention.

Sur ces paroles, le chef des scientifiques de l’ORS leva le briefing, tout en tendant les formulaires de retrait de leurs armes, leur laissant le choix entre Glock 17, Glock 19, Sig P226 et Sig P228. Le formulaire valait aussi pour le retrait de 2 émetteurs radios miniaturisées, laryngophones et le matériel informatique nécessaire à la mission, réparti dans les affaires des deux agents.

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Dernière édition par Depsci le Sam 30 Nov - 13:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mer 28 Aoû - 11:52

- Maman ! Maman !

C'était par ces mots que Lucija avait été accueillie chez elle, après un voyage de trois longues semaines au Canada, selon ses propres dires. Sa petite fille lui avait sauté dans les bras, et l'avait serré longuement, tandis que son mari entrait derrière elle, portant les valises qu'elle avait ramenées avec elle, et qui contenaient tout le nécessaire pour survivre en milieu hostile. Il était venu la chercher à l'aéroport, et elle lui était littéralement tombée dans les bras, visiblement épuisée. Il avait alors ri, en lui promettant du repos et beaucoup de calme quand elle rentrerait. Elle avait failli en pleurer, tant c'était quelque chose qui lui avait manqué pendant ces trois affreuses semaines passées à s'entraîner pour le compte de l'ORS.

A l'issue de sa formation militaire, elle avait été officiellement nommée consultante pour cette organisation secrète, et avait eu le droit à un briefing en bonne et due forme, qui lui avait fait ouvrir des yeux ronds, comme à tous les hommes qui se trouvaient à ses côtés. Elle avait failli quitter la salle en lançant aux instructeurs qu'elle ne croyait pas un mot de leur délire science-fictionnel... tout du moins, c'était ce qu'elle aurait fait avant de suivre leur formation intensive. Mais elle avait souffert terriblement, était passée par des épreuves mettant sa résistance physique et mentale à rude épreuve. Tout ça ne pouvait pas être qu'un mensonge joliment inventé. Tout était trop... trop précis. Elle comprenait mieux, désormais, les leçons qu'on les forçait à apprendre de nuit, qui concernaient les virus, l'anatomie, la biologie, et autres choses qui apparemment n'avaient aucun rapport avec la survie en milieu hostile.

Sauf que reconnaître que ce que les instructeurs disait était vrai, c'était accepter l'impossible : accepter que le monde tel qu'on le connaissait pouvait être une chimère, une mise en scène que les gouvernements tentaient de préserver. Et eux, jeunes recrues, venaient de s'engager pour devenir le bras armé d'une organisation supra-nationale, qui avait autorité pour agir partout afin de maintenir l'illusion. Elle avait déjà regardé Men In Black, mais même Will Smith était très loin de la vérité. Ici, pas de soucoupes volantes à détruire - du moins on ne leur en avait pas parlé tout de suite -, mais des créatures de légende, potentiellement extrêmement dangereuses, qu'il fallait contrôler, surveiller, voire même neutraliser.

La plupart des hommes avec qui Lucija se trouvait accueillaient la nouvelle avec une sérénité de façade, mais ils étaient choqués au fond. Cependant, une part de leur esprit militaire était heureuse. Ces hommes étaient entraînés à tuer : c'étaient des chasseurs, des traqueurs, et on leur proposait des proies uniques, insaisissables. Cela réveillait leur instinct, titillait leur esprit de compétition, émoustillait leur envie de sang neuf. La croate elle-même ne pouvait pas nier qu'elle avait bien envie de voir comment réagiraient des Infectés après avoir reçu quelques rafales d'automatique dans la poitrine. Mais ce qu'elle savait et que la plupart des recrues semblait ignorer, c'était que contrairement à ce qu'elle laissait entendre, l'ORS n'était pas toute puissante. Lucija avait été contactée parce qu'elle avait été tué plusieurs spécimens - elle comprenait désormais mieux ce terme -, ainsi que plusieurs agents. Cela signifiait que quelqu'un avait connaissance de l'existence de ces créatures, et qu'elle essayait de les éliminer. L'ORS avait des ennemis, qui devaient être très doués pour échapper aux systèmes de surveillance d'une organisation tentaculaire présente partout sur le globe.

Après avoir suivi ces cours, on leur avait annoncé que leur formation était terminée. On leur avait remis leurs affaires, ainsi qu'un téléphone portable sécurisé, et du matériel militaire - des armes standards et des uniformes notamment -, que la jeune femme s'était empressée d'envoyer par courrier à une adresse bidon à laquelle elle pourrait les récupérer ultérieurement. Et puis elle s'était retrouvée à la rue. Washington, elle y vivait depuis un moment, mais elle avait l'impression d'avoir posé le pied en terrain étranger. Finis les parcours du combattant, finie la boue, finis les tirs en rafale au-dessus de la tête. Fini le stress, la fatigue et la faim. Elle retrouvait la sécurité et la quiétude de la foule, dans laquelle elle savait se fondre anonymement. Mais désormais, elle savait qu'au sein de cette foule, se cachaient des gens potentiellement dangereux, des créatures non humaines, qu'elle pouvait être amenée à tuer. Elle se mit alors à observer les passants, essayant de déterminer lequel avait une allure suspecte. Mais il était impossible de discerner quelque indice que ce fût : tout le monde se ressemblait, tout le monde marchait vite sans faire attention aux autres. Elle renonça, et chercha à rentrer chez elle.

Elle avait commencé par aller en taxi à l'aéroport, non sans avoir chaussé ses lunettes noires. Mais elle n'était pas rentrée dans les bâtiments officiels - remplis de caméras de surveillance qu'elle avait la flemme d'éviter -, et avait été dire bonjour à un vieil ami qui pilotait dans une école de l'air. Le gars avait toujours des vols de prévus pour elle, quand elle le lui demandait, et elle le payait généreusement en échange. Elle avait dû patienter une petite heure, comme elle n'était pas pressée, afin de réduire encore les chances d'éveiller les soupçons. Il lui avait organisé un vol en direction du Nord, et ils avaient décollé dans un petit appareil discret, qui s'était dirigé tranquillement vers le Canada proche. Elle s'était endormie sans s'en rendre compte sur le siège passager, et n'avait donc pas pu profiter de la vue. C'était son "taxi de l'air" qui l'avait réveillée doucement à l'approche de leur piste improvisée. Elle était descendue, avait lâché cinquante mille dollars au chauffeur ravi, et ils s'étaient séparés là. Elle avait rejoint la route proche, et avait marché en direction du Nord, hélant les véhicules qui remontaient vers Ottawa, la capitale. Un couple de touristes avait eu la gentillesse de s'arrêter, et elle avait emprunté la banquette arrière pour somnoler encore un peu. Ils étaient arrivés quelques heures plus tard, et elle les avait remerciés en leur donnant une poignée de dollars qu'ils n'avaient pas su refuser.

Une fois dans la place, elle n'avait eu qu'à prendre une ligne de train pour se rendre dans les terres plus sauvages. Là, elle avait loué deux nuits dans un chalet, seule au monde, et avait commencé à rédiger son article. Car oui, pour faire bonne mesure, il lui fallait travailler sa couverture. Elle avait donc travaillé aussi rapidement que possible, pris quelques photos d'ensemble pour agrémenter le tout, et avait finalement réservé un billet retour au nom de Ivana Chambers, son identité américaine officielle. Son retour à Ottawa avait été extrêmement plaisant, dans ce train peu rapide, mais très agréable, et elle avait ensuite embarqué sans difficulté, direction Washington. C'était là que Richard était venu la chercher. Elle lui avait inventé une belle histoire sur ce qu'elle avait découvert au Canada, et il avait écouté avec beaucoup d'attention, tout en les reconduisant chez eux.

Ivana avait dû faire un effort pour ne pas vérifier qu'elle était suivie depuis l'aéroport, mais elle était de toute façon convaincue que personne ne se risquerait à l'espionner jusque chez elle. Si l'ORS avait réussi à la trouver, peut-être feraient-ils en sorte que personne ne vînt faire pression sur elle. Ils savaient qu'elle obéirait tant qu'ils seraient les seuls à pouvoir relier mademoiselle Chambers et mademoiselle Radenko. Si un groupe armé quelconque, ou pire un ennemi de l'ORS parvenait à faire ce lien, elle pouvait sans peine se transformer en agent double. Ils avaient pris un gros risque en l'engageant, et ils feraient probablement le nécessaire pour protéger leur nouvelle recrue. Tout du moins l'espérait-elle.

Lucija passa deux semaines et demi chez elle, gagna un peu moins de deux cent cinquante dollars pour son article, et profita de cette période pour se reposer. Elle se remit un peu au sport, constatant avec étonnement qu'elle s'était améliorée grandement durant sa formation, et qu'elle avait retrouvé son souffle et ses jambes. Elle ne poussa pas trop la machine, et profita pour manger copieusement, afin de reprendre un peu de poids. Elle n'était déjà pas bien grosse, mais ces semaines de privation avaient encore tiré sur ses réserves, et elle devait les reconstituer avant d'envisager sérieusement de pouvoir partir à nouveau en mission. Car oui, elle attendait d'un instant à l'autre l'appel de l'ORS qui la convoquerait pour une nouvelle opération. Et cet appel, elle finit par le recevoir vers la fin du mois d'Août.

Comme on le lui avait ordonné, elle se rendit au quartier général, qu'elle connaissait désormais plutôt bien, et passa les contrôles de sécurité avec l'impression étrange de revenir pour passer de nouveaux tests. Cependant, cette fois, on ne lui demanda pas de se mettre en rang avec une armée de gorilles, on ne lui ordonna pas de se changer pour enfiler une tenue informe, et elle fut autorisée à garder ses talons, et son ensemble tailleur-pantalon - elle avait dit à Richard qu'elle devait se rendre à un rendez-vous avec quelqu'un du Washington Post. Son sac à mains fut passé aux rayons X, et on lui retint seulement le pistolet de petit calibre qu'elle gardait soigneusement à l'intérieur. Elle ne fit pas de scandale, et suivit l'officier chargé de la conduire à la salle de conférence numéro 2. Elle soupçonnait qu'il n'était pas simplement là pour la conduire, et qu'il devait également être là pour s'assurer qu'elle ne sèmerait pas la pagaille sur son passage. Ivana redevenue Lucija le suivit donc docilement, évitant avec tout le naturel du monde d'avoir son visage filmé par les caméras. Elle avait pris soin de chausser d'élégantes lunettes sans correction, qui se teintaient quand la lumière était trop forte. Pratique pour éviter d'être aveuglée, et pour éviter d'être facilement identifiable.

En arrivant face à la porte de la salle, Lucija avisa une silhouette féminine qui la mit étrangement mal à l'aise. Elle n'avait rencontré personne durant sa formation qui eût des cheveux aussi roux et aussi longs. Et quand l'intéressée se retourna, son visage révéla les traits du docteur Lorenson, à qui la recrue avait fait passer un sale quart d'heure dans le but de réussir sa mission. Elle attendait devant la porte, et il ne fallut pas longtemps à la jeune femme pour comprendre qu'elles devraient travailler ensemble sur ce coup-là. Encore une facétie de St Laurent ? Elle n'en doutait pas le moins du monde. Salaud de français ! Ne sachant pas trop si la scientifique savait qui elle était, et préférant aborder les sujets qui fâchaient dès le départ, la jeune croate se dirigea droit vers elle, lui tendant une main pacifique qu'elle espérait voir serrée :

- Lucija Radenko, enchantée.

Elle avait fait simple et sobre, et espérait avoir l'occasion de s'expliquer plus avant, de lui présenter des excuses, ou au moins d'entendre le docteur lui dire qu'elle ne lui en voulait pas. Mais elles n'eurent pas le temps d'échanger plus de deux mots que le soldat qui avait accompagné la tueuse ouvrit la porte de la salle de conférence :

- Mesdemoiselles, je vous en prie.

Et elles entrèrent. Lucija avait suivi une formation militaire poussée, et si elle se sentait un peu gênée par la proximité entre elle et le docteur Lorenson, elle savait quand se concentrer sur les choses réellement importantes. Deux hommes leur faisaient face, installés confortablement sur les fauteuils d'une salle de réunion de belle taille. Ces deux types n'auraient jamais dû pouvoir travailler ensemble, d'après les critères de la jeune croate. Le premier était colossal, avec une carrure de titan. Un ancien soldat, probablement, qui aurait fait des ravages dans une équipe de football américain. Il était habillé avec beaucoup d'élégance, cela dit, et son costume sur-mesure - comment l'habiller autrement que sur-mesure ? - mettait en valeur sa musculature imposante, sans toutefois sembler le gêner. L'autre, par contre, avait tout d'un rat de laboratoire. Petit, frêle, avec un faux air d'Emmett Brown, la tueuse avait l'impression qu'elle aurait pu le casser en deux avec une seule main. Lucija connaissait bon nombre de militaires qui auraient refusé catégoriquement de travailler conjointement avec ce genre d'individus, mais ceux-là paraissaient former une paire extrêmement complémentaire.

Ce fut le costaud qui commença, avec la froide efficacité qui caractérise l'esprit militaire. Il alla droit au but, parlant avec précision et concision. Chaque mot contenait une immensité d'informations, que Lucija écoutait avec beaucoup d'attention. Ainsi, elles étaient "invitées", ce qui signifiait qu'elles n'auraient pas à s'infiltrer, ou à déjouer tout un système de surveillance, mais c'était le docteur Lorenson qui avait reçu l'invitation, ce qui impliquait que c'était probablement une mission à caractère scientifique, plus précisément dans son domaine de prédilection. Comme elles étaient toutes les deux conviées, elles devraient nécessairement s'infiltrer, et donc agir avec un armement minimum, et une couverture proche de zéro. Et enfin, il prononça le nom de leur cible : un certain Martin Grauber dont Lucija n'avait jamais entendu parler. Il avait un nom à consonance germanique, mais cela ne renseignait pas vraiment sur le lieu de la mission.

Puis ce fut au tour du scientifique de prendre la parole. Ils se complétaient tant et si bien qu'il semblait n'y avoir aucune interruption entre les deux. Il détailla les modalités de leur mission : s'infiltrer dans son bureau, placer un mouchard dans son ordinateur - Lucija espéra secrètement que cette partie serait conçue pour quelqu'un n'ayant pas les qualités d'un hacker -, et prendre en photo les documents divers qu'il pourrait avoir avec lui. Il précisa qu'elles avaient carte blanche pour agir, ce qui impliquait que la mission était de première importance, sans quoi elles auraient eu le droit à des restrictions diverses. Là, elles avaient même le droit de faire usage de leurs armes si nécessaire, même s'il était toujours préférable d'agir discrètement.

Le colosse reprit, de sa voix grave, et leur annonça qu'un dîner de gala était prévu. Lucija jeta un très bref regard au docteur Lorenson. Elle s'imaginait mal aller à une soirée chic en sa compagnie, surtout s'il s'agissait d'un gala où se trouveraient plusieurs dizaines de personnes. La croate était une tueuse avant tout. Elle avait l'habitude d'agir à couvert, loin de sa cible, et n'avait pas pour habitude de se voir imposer des tenues de soirées. Elle avait l'impression étrange d'être rentrée dans un film d'espionnage, et était déjà en train de réfléchir à comment elle pourrait dissimuler sur elle de quoi se défendre si elle devait porter une robe. D'autant qu'il lui faudrait en trouver une, de robe. Non pas qu'elle n'en eût pas du tout, mais c'étaient des vêtements qui auraient fait mauvais effet dans une soirée élégante. Elle ne tenait pas à se faire remarquer négativement avant même d'être dans la place. Le soldat poursuivit son explication, en leur déclarant qu'elles avaient une semaine pour se préparer. Elles voyageraient en civil - ce qui convenait parfaitement à Lucija -, et la jeune croate devrait se présenter comme l'assistante de recherche du docteur Lorenson.

Le tout était parfaitement clair, et la tueuse n'avait aucune question à poser. Cette mission était parfaitement dans ses cordes, et elle n'envisageait pas de problème particulier, même si le militaire leur conseilla à toutes les deux de récupérer une arme avant de partir. De toute façon, la croate n'aurait jamais été à l'étranger sans défense, même si l'ORS lui avait formellement défendu de s'équiper. Elles récupérèrent toutes deux les formulaires de retrait qu'on leur tendit, puis tournèrent les talons, et franchirent sans un mot la porte de la salle de briefing. Lorsqu'elle se referma, la température sembla dégringoler de plusieurs dizaines de degrés d'un seul coup. Lucija fit une moue hésitante, avant de retirer ses lunettes - non sans avoir vérifié que les caméras ne regardaient pas dans sa direction - pour mieux présenter son visage au docteur Lorenson. Elle la reconnaissait peut-être, même si désormais, la croate avait les cheveux attachés en un chignon élégant derrière la tête, et qu'elle avait abandonné l'uniforme trop grand pour elle qu'elle portait la dernière fois. Mais dans le doute, elle se lança, hésitante :

- Je voudrais dissiper le malaise qu'il y a entre nous, docteur... C'est moi qui vous ai causé quelques... problèmes... avec la sécurité, récemment. Je suis vraiment désolée, et j'espère que vous n'avez pas été trop malmenée.

Elle ignorait quel était le caractère de la scientifique, qui paraissait néanmoins être une femme de caractère. Elle espérait simplement que ce mauvais départ ne nuirait pas à leurs relations de travail, car elle savait que de leur entente dépendrait le succès de leur mission. Elle ne doutait pas que son interlocutrice en fût consciente, mais cela signifierait-il qu'elle accepterait de lui pardonner ?
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 29 Aoû - 23:32


Le caporal Jackson passa dans les laboratoires. Corvée du moment : distribution de courrier. Certains du service étaent absents, et c’était tombé sur lui pour le remplacer. La poisse, quoi… Il transmit les différentes lettres à qui de droit. Le docteur Moore avait reçu un colis, suivante sur la liste, Lorenson…

Abigail reçut des mains de Jackson une unique lettre. Celle-ci était en réalité un carton d’invitation pour un congrès en Allemagne, présidé par Martin Grauber. Elle le connaissait de réputation uniquement. Un scientifique de renom en Europe, spécialisé dans les virus et parasites, même si ces dernière années il publiait de moins en moins, semblant se concentrer sur des travaux d’autre nature… Au même moment, son portable sonnait pour lui ordonner de se rendre en salle de conférence 2 pour un briefing. Rassemblant ses affaires, Abigail remonta à la surface de Fort McNair, se demandant ce qu’on lui voulait.

A l’entrée, un soldat la retint à l’entrée de la salle, lui disant qu’une autre personne était attendue. « Ca doit être Mac… A moins qu’il ne soit déjà dedans, comme la dernière fois… » pensa la scientifique américaine. Puis une silhouette féminine apparut au coin de son champ de vision. Elle lui sembla vaguement familière, mais elle aurait été incapable de dire pourquoi. Elle lui tendit la main, se présentant comme Lucija Radenko. La scientifique serra la main tendue, se présentant à son tour, au moment où elles étaient invitées à entrer.
« Moi de même, Abigail Lorenson. »

Elles furent alors accueillies pas Samuel Briggs, son patron aux laboratoires, et James Tuck, le chef ingénieur de l’ORS. Il ne semblait pas pouvoir exister paire plus extrêmement opposée : Briggs, colossal et impressionnant dans son costume parfaitement ajusté, et Tuck, l’air un peu crevette et donnant l’impression d’avoir dormi dans ses vêtements. Mais Abigail savait quelle paire efficace ils pouvaient former au travail. Briggs prit alors la parole, leur annonçant à quelle sauce les deux femmes allaient être mangées.

Apparemment, l’ORS s’intéressait aux travaux de Martin Grauber, et souhaitaient savoir ce qu’il avait pu collecter comme données. Il semblait représenter une menace, à présent, ils voulaient donc les envoyer toutes les deux évaluer la menace, profitant de l’invitation d’Abigail au congrès. Cette Lucija ferait une parfaite assistante de recherches, pensa la scientifique. Tuck voulait un accès à toutes les données, à la fois logicielles et papier, que Grauber avait pu rassembler pour les examiner. Il faudrait donc s’introduire dans ses affaires et son ordinateur, mais pour ça, le chef ingénieur semblait avoir prévu un logiciel pour ça. Abigail commençait déjà à échafauder des plans comme Briggs leur rappelait qu’elles auraient à apparaître lors d’un dîner de gala et qu’il rappelait les objectifs de mission. Il leva ensuite la séance, leur remettant les formulaires de retrait du matériel dont elles auraient besoin. Abigail savait déjà quelle robe elle prendrait avec elle, ainsi que l’arme qu’elle emporterait...

Les deux femmes sortirent de la salle, et Abigail en profita pour mieux regarder le visage de sa partenaire de mission et future « assistante ». Elle savait qu’elle avait déjà vu ce visage… Puis Lucija lui dit rappela d’où elle la reconnaissait. Abigail resta interdite l’espace d’une seconde. Ainsi donc celle qui avait ruiné sa fin de soirée et lui avait payé un petit séjour en salle d’interrogatoire avait ce visage tout en bousillant son attaché case. La scientifique fut tentée de lui sauter à la gorge, mais elle se dit que ça ne servirait à rien. Elles allaient être ensemble pour la semaine en Allemagne, autant qu’elles s’entendent bien. Même si cette nuit lui restait en travers de la gorge, elle ne lui en voulait pas. Elle ne faisait qu’obéir aux ordres… facétieux de son instructeur.
« Je dois dire que j’avais d’autres plans pour la soirée… commença-t-elle, à cheval entre le reproche et le l’ironie. Puis se radoucissant : mais au moins, grâce à vous, je sais que nous avons de sentinelles efficaces. Et puis, ça faisait partie du jeu, non ? Je ne vous en veux pas, ne vous inquiétez pas… Mais vous savez, les clés du cadenas de ma mallette étaient dans mon sac, ça vous aurait évité le coup de couteau…Enfin bon. Si vous avez besoin, je connais un magasin à Berlin qui loue des robes d’un goût exquis… »

Puis quelques secondes plus tard, Abigail redevint un peu plus sérieuse :
« Bon, on part la semaine prochaine, départ de Washington Dulles, on se retrouve à l’entrée du terminal de départ. Le carton précise que nous aurons sur place une suite avec chambres séparées, on s’en servira pour planifier nos actions une fois sur place. On profitera du dîner de gala pour collecter des renseignements, puis nous agirons pendant les diverses conférences. On planifiera tout ça en détails une fois arrivées. »

Puis les deux femmes se séparèrent. Abigail passa à l’armurerie retirer un Glock 17, arme qu’elle affectionnait pour sa simplicité d’utilisation, et 4 chargeurs. Elle savait que c’était plus qu’elle n’en aurait besoin, mais elle préférait assurer le coup. Le logiciel espion de Tuck se présentait comme un disque dur, et Abigail récupéra un appareil photo haute définition dans les réserves de matériel de l’ORS. En dernier lieu, elle vérifia son Smith & Wesson, prit une petit boite de cartouches et, une fois chez elle, vérifia que l’arme tenait dans un sac de bal, on ne savait jamais. Puis se joignirent à ces objets ses affaires personnelles pour la semaine, sous-vêtements, vêtements décontractés pour agir entre les conférences, 2 ensembles de tailleur et une de ses robes de soirée, au cas où le magasin où elle se rendait en Allemagne n’ait pas de robes disponibles. Elle y joignit son sac de bal et nécessaire de toilette ainsi qu’une petite trousse de maquillage. Elle pensait n’avoir rien oublié, au pire elles compléteraient sur place. Abigail referma sa valise, elle était prête à partir…

« Et c’est reparti pour un tour… Qu’est-ce qu’on va trouver sur vous, Herr Grauber ? »

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Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Ven 30 Aoû - 1:17


Une semaine avait passé depuis le briefing. Peu avant 9 heures du matin, deux femmes se présentèrent avec leurs bagages au comptoir d’enregistrement pour leur vol à destination de Berlin. La première était une femme à l’aspect autoritaire dans son tailleur noir, aux longs cheveux roux, et semblant sûre d’elle en toutes circonstances. La seconde, brune au teint plutôt pâle, donnait l’impression d’être à son aise dans les coins d’ombre, à l’abri des regards électroniques des caméras de surveillance de l’aéroport. Les deux femmes avaient des sièges mitoyens sur le vol en partance pour l’Europe, et pour cause. Elles étaient toute deux en partance pour une mission bien particulière.

Car si l’agent Abigail Lorenson jouait son rôle normal de docteur en biologie moléculaire, l’agent Lucija Radenko allait endosser le rôle de son assistante au cours d’un congrès scientifique à Berlin pendant une semaine. Et elles avaient une cible bien particulière : le docteur Martin Grauber, que l’ORS avait à l’œil et dont elles devaient évaluer le contenu de ses documents encore non publiés…

Les deux femmes embarquèrent sans encombre en classe affaire à bord du Boeing 777 d’United Airlines assurant la liaison transatlantique vers Berlin. Le vol décolla à midi de la piste de Washington Dulles pour un vol sans histoire d’environ 10 heures vers Berlin Schönefeld. Durant l’intervalle. Les deux agents purent, durant le long vol, peaufiner leur couverture, Lucija Radenko endossant une identité civile pour devenir l’assistante d’Abigail Lorenson, qui lui donna quelques tuyaux pour lui permettre de paraître crédible si on lui posait des questions à caractère scientifique.

A la descente de l’avion, elles furent accueillies pas un homme d’âge moyen, une pancarte au nom de Docteur A. Lorenson, qui les attendait pour les conduire en voiture vers leur hôtel dans Berlin, où aurait également lieu le congrès. Elles furent par la suite menées dans une luxueuse suite à deux chambres séparées, où elles purent défaire leurs affaires et prendre un repos bienvenu pour compenser le décalage horaire.

Le jour suivant, les deux femmes étaient debout et prêtes dès le début de matinée, et purent mettre en place leur équipement et leur plan d’action pour l’accomplissement de leur mission de collecte de donnée. Le plan d’Abigail était de profiter de cette journée vide pour achever leurs préparatifs en détails. Le dîner de gala avait lieu le lendemain, Abigail donnait par la suite trois conférences avec son équipe les jours suivants.

Durant cet intervalle d’une semaine, elles allaient devoir implanter un logiciel espion dans un ordinateur vraisemblablement sécurisé et en extraire toute donnée pertinente aux yeux de l’ORS. Sans se faire prendre…
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 3 Sep - 18:53

Lucija s'attendait plus ou moins à ce genre de réactions de la part du docteur Lorenson. Après tout, même si ses souvenirs étaient un peu flous à cause de la fatigue et du stress lors de cette mission imposée par St Laurent, elle se rappelait très clairement avoir fait passer un mauvais moment à la scientifique. Alors qu'elle croyait rentrer chez elle tranquillement, calmement, elle avait été interceptée rudement par une escouade d'hommes armés, qui l'avaient mise aux arrêts sans ménagement, et l'avaient conduite dans une pièce sécurisée où elle avait très vraisemblablement subi un interrogatoire. La jeune femme n'en savait pas davantage, et espérait de fait que les complications s'étaient arrêtées là. Elle n'ignorait pas que dans certains services, on prenait très au sérieux ce genre de menaces, et que l'on pouvait prendre des jours pour s'assurer qu'il n'y avait aucun danger. Dans d'autres, on faisait passer des interrogatoires tests où on s'assurait par des moyens infaillibles - souvenirs non consignés, le plus souvent - qu'une personne était bien celle qu'elle prétendait être. A voir son état, elle n'avait pas été passée à tabac dans une salle d'interrogatoire sombre, et c'était déjà bon signe.

Les doutes de la jeune croate furent dissipés lorsque la scientifique, après avoir encaissé le choc de la nouvelle - qui sembla pendant un instant lui donner des envies de meurtre -, lui répondit d'une voix maîtrisée et presque amusée. Elle semblait prendre la chose avec le recul nécessaire, sans pour autant lui pardonner totalement son action. Surtout concernant son sac que la recrue avait découpé impitoyablement à l'aide d'un couteau, au lieu de prendre le temps de vérifier si la clé ne se trouvait pas à l'intérieur. Toutefois, elle reconnaissait également que la jeune femme avait agi dans le cadre d'un "jeu", imposé par son instructeur. Elle n'avait pas eu le choix, et c'était la seule façon qu'elle avait trouvée de réussir sa mission. Lucija ne se permit pas encore un sourire pour détendre l'atmosphère, mais elle réagit à la dernière phrase de son interlocutrice, heureuse qu'elle eût pris d'elle-même l'initiative de rebondir sur un sujet un peu moins crispant :

- J'en aurais bien besoin, effectivement. J'ai bien peur de ne pas être préparée pour ce genre de terrains d'opération.

Visiblement satisfaite de cette réponse, le docteur Lorenson reprit la parole et donna quelques précisions sur la suite des événements. Elles avaient donc une semaine pour se préparer. Semaine que la jeune femme mettrait à profit pour prévenir sa famille, et rassembler le matériel dont elle aurait besoin pour cette mission. De toute évidence, le docteur connaissait la manière dont se déroulaient ces colloques scientifiques, et elle avait déjà un plan en tête. Ainsi, il leur faudrait récupérer des informations au dîner, qui regrouperait probablement tous les cerveaux les plus éminents du milieu, puis ensuite, elles devraient assister à plusieurs conférences qui faisaient déjà frémir d'horreur la tueuse à gage. L'ennui serait son plus grand adversaire, durant cette mission spéciale.

Les deux femmes se séparèrent donc, et allèrent chacune retirer leurs armes à l'armurerie. Lucija savait qu'elle n'avait pas vraiment le choix des armes. Prendre un SIG-Sauer pour cette mission était totalement impensable. Elles auraient à se déplacer dans des tenues qui ne permettaient pas ce genre de frivolités, et il valait mieux éviter de se promener avec une arme aussi visible, sans quoi elles risquaient de se faire arrêter au premier contrôle. Le Glock s'imposait donc. Elle décida de prendre la version compacte, qui se dissimulerait mieux. L'arme était certes moins précise, mais elle compenserait cela par son œil exercé de sniper. Et puis de toute façon, elle espérait ne pas avoir à s'en servir durant un congrès scientifique. Elle n'imaginait pas les blouses blanches cacher sur eux des armes automatiques. Elle récupéra aussi tout le matériel mis à leur disposition. Elle ne savait pas encore à quoi il pourrait bien leur servir, mais elle savait que si on le leur proposait, c'était qu'il y avait une chance qu'il leur fût utile. Elle faisait confiance à ses supérieurs sur ce point, et espérait simplement que ce ne seraient pas des casseroles bruyantes telles que celles que St Laurent lui avait attachées autour du cou.


---


En rentrant chez elle, Lucija retrouva le contact avec la vie réelle. La réunion n'avait pas duré trop longtemps, et elle avait pu passer chercher sa fille à l'école non sans bien faire attention à ne pas être suivie. Ashley était de toute évidence un peu triste parce qu'un de ses camarades de classe avait eu une meilleure note qu'elle, mais sa mère lui expliqua tendrement que ce n'était pas grave, et qu'elle n'avait pas à se sentir triste ou jalouse. C'était précisément le genre de conversations qui lui faisaient oublier les armes, les missions secrètes, les morts, et qui la transformaient pour de bon en Ivana Chambers aux yeux de tous. Elle gara la voiture devant un supermarché, et entreprit de faire quelques courses, avec sa fille dans le caddie. Elle acheta de quoi préparer le repas du soir, ainsi que quelques babioles dont ils avaient besoin. Puis elle rentra, et s'occupa de préparer le goûter pour sa fille, tandis que celle-ci allait jouer dans le jardin.

Sa vie civile était tellement parfaite qu'elle se demandait souvent comment elle faisait pour continuer à travailler pour la pègre ou les organisations criminelles. L'argent n'était pas ce qui la motivait, loin de là. Sur un compte off-shore, elle avait à sa disposition quelques millions de dollars qui attendaient bien sagement qu'elle en eût besoin. C'était le fruit de ses contrats, naturellement, mais aussi certains bonus qu'elle avait obtenus en s'emparant de l'argent qu'un malfrat avait sur lui. Un joli pactole qu'elle n'entendait pas dépenser pour ne pas attirer l'attention. Et comme elle était prudente, elle avait constitué quelques planques sûres, dans lesquelles elle avait déposé cinquante mille dollars en liquide à chaque fois. Au cas où.

Ce fut d'ailleurs dans une de ces planques qu'elle alla le lendemain matin. Il y avait des endroits de la ville où personne n'allait, et où on ne trouvait aucune caméra de surveillance. Des endroits où procéder à une filature était proprement impossible au regard de la configuration des lieux, et où une surveillance satellite ou aérienne n'aurait servi à rien. C'était ce genre de lieux qu'elle recherchait pour ses planques. Elle s'y rendit donc en taxi, changeant deux fois de chauffeur pour ne pas éveiller les soupçons, et arriva finalement à destination. Une station de métro guère fréquentée à cette heure-ci, dans laquelle elle descendit. Elle évita soigneusement les caméras positionnées selon des angles peu stratégiques (elle avait veillé elle-même à les déplacer très légèrement de sorte à créer une zone noire). Elle s'engouffra donc dans le tunnel, certaine que derrière elle, personne ne pouvait la suivre sans attirer l'attention - à cause du claquement des pas sur les marches, notamment. Elle marcha pendant une minute, avant de tourner à gauche dans un renfoncement sombre qu'il était impossible de deviner si on ne connaissait pas sa présence. Elle marcha quelques minutes encore, s'éloignant du réseau, et déboucha finalement dans une salle que les ouvriers avaient utilisé pour la construction des lieux. Il y avait régulièrement des gens qui y venaient pour l'entretien - une fois tous les mois, environ -, et il y avait donc naturellement du courant. Elle alluma la lumière, et referma derrière elle. Elle était parfaitement seule. Là, elle chaussa des bottes, et enfila un masque comme on en utilisait pour bricoler chez soi. En effet, il y avait une trappe qui descendait directement dans les égouts de la ville. L'odeur était épouvantable, et on n'y voyait pas à trois mètres. On avait eu l'idée de construire cette salle ici après avoir installé une porte métallique très solide pour la trappe, de sorte à ne pas incommoder les travailleurs. La tueuse s'était arrangée pour créer un double de la clé qui était dans les mains d'un ridicule agent de la mairie de la ville. C'était ainsi qu'elle avait eu accès à cet endroit. Dans les égouts, il y avait une partie humide et sale, dans laquelle elle plongea ses bottes avec toujours autant d'horreur, et une partie sèche abandonnée. Elle s'y rendit très vite.

Là, derrière des grilles apparemment solides, mais que l'on pouvait déplacer grâce à un mouvement spécifique, se trouvait un sac à dos. La jeune femme l'avait piégé avec du C4, et elle fit donc attention à ne pas activer le détonateur par erreur. Puis, elle se mit à farfouiller à l'intérieur dudit sac. On y trouvait de l'argent liquide, des faux-papiers (attachés au C4, de sorte qu'ils fussent les premiers à exploser), une paire de Beretta 92, et surtout un SVD à monter. Le Dragunov était une arme très répandue, et il était donc considérablement plus difficile de déterminer qui était à l'origine d'un tir effectué avec ce fusil. Lucija avait fait l'acquisition d'un modèle en matériau polymère, qu'elle avait par la suite modifié pour le faire correspondre à ses exigences. Il était par exemple doté d'un cache-flamme et d'un silencieux. La portée était réduite, mais elle ne tirait que rarement à très longue distance, et préférait demeurer camouflée. L'arme était plus compacte que sa version standard, et pouvait être transportée dans une mallette apparemment banale, fermée par une serrure perfectionnée difficile à fracturer. La jeune femme récupéra le Dragunov, remit le sac à sa place, et quitta cet endroit sordide.


---


L'aéroport était bondé. De toutes parts, on voyait des gens qui se hâtaient jusqu'à leur salle d'embarquement, ou qui suivaient le mouvement à la recherche de leur correspondance. Et au-dessus de tout ça, des caméras de surveillance chargées davantage de rassurer la population que d'arrêter les vrais criminels. Lucija, cachée derrière des lunettes sans correction, les avait repérées assez rapidement, et elle s'était débrouillée pour garder le visage détourné, caché derrière ses cheveux, ou pour interposer quelqu'un entre elle et la machine. Elle avisa rapidement le docteur Lorenson, dont les cheveux roux et longs la rendaient assez remarquable dans la foule. La tueuse ramassa ses bagages, et se dirigea vers elle :

- Bonjour docteur, c'est par ici, lâcha-t-elle sur un ton qui marquait clairement la hiérarchie entre elles.

Lucija, qui voyageait sous son identité d'Ivana Chambers, allait jouer un double jeu assez risqué, mais qui selon elle n'était pas insurmontable. En effet, elle avait déclaré à son mari qu'elle allait couvrir le congrès scientifique en tant que journaliste. Dans le même temps, elle allait utiliser cette même identité pour intervenir en tant que l'assistante du docteur Lorenson. Il lui faudrait donc faire preuve de prudence pour réussir à s'en tirer sans se mélanger les pinceaux. Mais au final, ce n'était pas la chose la plus dangereuse qu'elle ferait dans cette mission. Effectivement, elle avait retiré une arme que l'ORS ne lui avait pas fournie, ce qui était contraire aux règles. Certes, elle avait signé et accepté les contraintes, mais elle n'était pas du genre à les respecter quand cela ne lui plaisait pas. Et justement, ne pas pouvoir emmener les armes qu'elle voulait, cela ne lui plaisait pas. Lucija n'était pas tout à fait paranoïaque, mais elle était toujours plus rassurée quand elle pouvait compter sur un bon vieux fusil. Si tout se passait bien, elle n'aurait pas à l'utiliser, et elle n'aurait aucun problème. En revanche, si les choses tournaient mal, le règlement de l'ORS serait son dernier souci. Si elle devait coller une balle dans le torse d'un ennemi pour pouvoir revenir vivante chez elle, elle n'aurait aucune hésitation. Elle décida cependant de ne rien dire à la scientifique, qui avait l'air d'être un peu rigide, et qui n'approuverait certainement pas son initiative.

Les deux femmes prirent place à l'intérieur de l'avion, et se préparèrent à passer dix heures assises, collées l'une à l'autre, à préparer leur intervention. Elles discutèrent à voix basse, prêtant attention à ce que personne ne les écoutât, et firent en sorte de soigner leur couverture. En effet, si la croate avait des notions de chimie, elle était loin d'être une experte, et encore moins une experte de niveau international. Il lui fallait donc quelques réponses toutes faites pour faire illusion. Pour le reste, elle se contenterait de se réfugier derrière le docteur Lorenson. Mais elle était assez confiante, car en tant qu'assistante de recherche, elle n'attirerait pas l'attention. Elle demeurerait dans l'ombre de la seule vraie scientifique de leur duo, ce qui lui convenait parfaitement. Le voyage se passa tranquillement, et bien qu'elles eussent les jambes un peu raides à l'arrivée, elles étaient en forme. Elles furent accueillies par un homme venu les récupérer à l'arrivée, et les accompagner à l'hôtel. Le docteur Lorenson se chargea de faire la conversation, car elle semblait maîtriser l'allemand bien mieux que sa jeune assistante, pour qui cette langue demeurait un véritable mystère.

En chemin, Lucija observa le paysage. Berlin était une ville agréable, assez différente de Washington, et de ce que l'on observait aux Etats-Unis en général. Le vieux continent, comme on l'appelait, était un endroit chargé d'histoire. L'alignement des rues et la disposition des bâtiments semblait chaotique, mais répondait en réalité à une logique qui dépassait ce que pouvait comprendre un être humain lambda. Il fallait comprendre l'histoire de chaque ville pour comprendre pourquoi telle rue croisait telle autre selon un angle improbable, pourquoi tel édifice apparemment ancien côtoyait des bâtiments d'aspect plus moderne. Sous chaque pavé se cachaient de nouveaux secrets, derrière chaque façade on trouvait une nouvelle histoire.

La voiture s'arrêta devant un hôtel de très bonne qualité, où on se chargea de monter leurs bagages, tandis qu'elles rejoignaient les chambres qu'on leur avait attribuées. Elles étaient magnifiques et très confortables. Décidément, on ne se refusait rien quand on était diplômé des plus grandes universités ! Chacune resta dans sa suite, afin de profiter d'un peu de solitude après avoir passé dix heures dans un avion , défaire ses bagages, et commencer à s'installer. Lucija s'activa immédiatement pour ranger la valise qui contenait son Dragunov modifié dans un coin, afin que personne n'y touchât. Ni le personnel de l'hôtel, ni le docteur Lorenson qui occupait la chambre juste à côté. Elle récupéra toutefois son Glock, et le glissa dans le tiroir de sa table de chevet, avant d'enfiler une tenue plus confortable. Elle préférait l'avoir toujours à portée de main. Elle installa son ordinateur portable, qui ne contenait fort heureusement aucun document compromettant, et se connecta au réseau de l'hôtel, dont le signal était excellent. Elle ouvrit une page Google, et les premiers mots qu'elle tapa furent "Martin Grauber".

Elles auraient pu faire une grasse matinée bien méritée, pour compenser le décalage horaire, mais elles étaient visiblement habituées aux voyages, car elles se levèrent assez tôt. Elles commandèrent un petit déjeuner, et se retrouvèrent dans la chambre de Lucija, qui avait fait en sorte de faire de la place sur son lit et son bureau, afin de pouvoir travailler convenablement.

- Bien dormi, docteur ? Demanda la jeune femme.

Mais elles n'étaient pas venues là pour faire la conversation, et elles se mirent rapidement au travail :

- J'ai fait quelques recherches sur Google, pour essayer d'obtenir des informations. Martin Grauber a l'air d'un type sans histoires, pas une vraie menace, un scientifique tout ce qu'il y a de plus banal... sans vouloir insulter les scientifiques, bien entendu. Aucun lien notable avec un groupe terroriste, extrémiste, ou même avec un gouvernement. Mais peut-être en savez-vous plus ?

La croate leva les yeux vers sa compagne. On leur avait surtout dit quoi faire, mais pas à quoi elles auraient affaire. Lucija montrait pour la première fois ses inquiétudes, et attendait de sa supérieure des informations plus précises. Puis elle poursuivit :

- Pour le reste, j'ai examiné le lieu où devrait se dérouler le gala. Merci Street View. Ca, par contre, ça risque de poser problème. Je ne sais pas à quel point ça risque d'être défendu, mais si les choses venaient à mal tourner, je n'ai pas observé beaucoup d'issues a priori. Une seule grande entrée, avec des escaliers, rien pour se cacher... C'est moche. Je suppose que les conférences se tiendront dans la grande salle qui se trouve à l'intérieur. Il faudra profiter du dîner pour essayer de se faire une idée du plan du bâtiment. Là, trouver le bureau qui sera probablement protégé...

Elle parlait presque pour elle-même, exprimant les choses à haute voix pour mieux les fixer dans son esprit. Puis, se tournant brutalement vers le docteur, elle lui demanda à brûle-pourpoint :

- Vous connaissez Grauber personnellement, au fait ? Enfin, quand je dis personnellement je veux dire... euh... eh bien... personnellement, quoi.

Son hésitation totalement involontaire était assez déstabilisante, mais il y avait des raisons à cela. En effet, le docteur Lorenson était une femme séduisante, et elle devait attirer les regards des hommes bien plus souvent qu'elle ne le souhaitait. Toutefois, c'était une scientifique, et dans l'esprit militaire de la jeune croate, cela signifiait qu'elle n'avait pas de vie sociale et encore moins amoureuse - en témoignait le fait qu'elle avait quitté son bureau aux alentours de quatre heures du matin quand Lucija était venue lui récupérer le dossier. Pourtant, il était probable que si elle avait une relation avec un homme, ce serait un homme aussi intelligent qu'elle. La tueuse avait demandé ça sur un plan strictement professionnel, mais elle se rendait compte avec une pointe d'appréhension qu'elle pouvait avoir eu une relation - d'amitié voire davantage - avec un des scientifiques invités au congrès. Elle qui avait pour habitude de ne jamais se faire remarquer espérait que ce n'était pas le cas.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 5 Sep - 0:45


Leur avion partait en fin de matinée la semaine suivante, Abigail était donc assez large pour finir de prendre ses dispositions pour assurer la relève aux labos en son absence durant sa mission en Allemagne. Elle confierait sans doute la responsabilité à Aeryn Fallen, jeune recrue irlandaise qu’elle avait personnellement évaluée, puis avait côtoyée sur me terrain. Elle saurait se débrouiller, elle avait pu observer ses remarquables capacités d’adaptation, et lui faisait confiance pour assurer l’intérim.

Puis vint le jour du départ. Abigail gara sa voiture dans le parking du terminal des départs internationaux de l’aéroport de Washington Dulles, valise en main, ses papiers et carte de fidélité United Airlines en main. Son métier de scientifique l’avait amenée à souvent se déplacer à travers les Etats-Unis, elle avait donc souscrit à ce programme de fidélité pour amortir le coût des billets d’avion, qui restaient le moyen de transport le plus rapide et le plus efficace pour elle. En entrant dans le terminal, pourtant prise dans une foule épaisse, elle fut interpelée par une voix qui commençait à lui être familière. L’agent Radenko était bien là au rendez-vous. Elles pouvaient donc procéder à l’enregistrement et embarquer dès que possible.

Une fois installées en classe affaire à bord du Boeing 777, Abigail et Lucija purent finaliser leur couverture. Si la scientifique voyagerait sous sa véritable identité, sa coéquipière voyagerait en tant que Ivana Chambers, son assistante de recherche, recrutée l’année passée, spécialiste en chimie organique. Après quelques questions d’ordre général qui permirent à l’américaine d’évaluer le niveau de sa coéquipière, elle lui fit un rapide topo (enfin, autant que lui permirent les plus de 10 heures de vol vers Berlin) sur des notions de base de ce qui constituait son « métier » d’assistante, la rassurant qu’au moindre passage délicat, elle s’arrangerait pour reprendre la main et éviter de griller leur couverture.

Une fois arrivées en Allemagne, un homme les attendit à la sortie de l’avion, portant un panneau indiquant « Dr A.Lorenson ». Herr Grauber avait donc choisi de les traiter en invitées de marque, avec chauffeur et tout ce qui allait avec. Elles furent menées à la voiture qui leur servirait pour la semaine.
-Woher soll ich euch bringen ?
-Fahren Sie uns zu den Marriott Hotel, bitte.

Abigail se félicita de ne pas avoir trop laissé se rouiller son allemand. Elle avait déjà arpenté les rues de Berlin deux fois auparavant, et chaque fois elle ne cessait de s’émerveiller au passage de ces rues chargée d’histoire et de ses bâtiments à l’architecture introuvable aux Etats-Unis. Si elle était née en Europe, nul doute qu’elle aurait tout fait pour habiter en Allemagne, malgré tous les préjugés qui planaient sur ce pays. La voiture les déposa devant un hôtel de luxe, réservé par Herr Grauber pour héberger ses hôtes pour la durée du congrès. Elles furent menées par le personnel à deux vastes chambres, meublées et aménagées selon les plus hauts standards européens, de bonnes dimensions, séparées par une porte de communication. Laissant l’agent Radenko prendre possession de ses (luxueux) quartiers, Abigail profita de la soirée pour défaire sa valise, cacher son Glock 17 dans le tiroir de sa table de chevet et prendre un long bain pour se détendre des 10 heures de vol et décompresser du décalage horaire, avant de se glisser entre les draps et sombrer dans le sommeil.

Se réveillant tôt le lendemain (elle n’était pas fervente des grasses matinées, estimant qu’elles lui faisaient perdre un temps précieux qui aurait été mieux employé), elle commanda un petit déjeuner avant de se diriger vers la chambre de Lucija. Celle-ci, la veille au soir, avait proposé de se retrouver dans sa chambre afin d’établir leur plan d’action pour leur mission. Elle avait fait des recherches sur Internet, manifestement : un ordinateur portable était ouvert, session de navigation en cours.
- Bien dormi, docteur ?
- Très bien, et vous ? répondit Aigail. Je vois que vous ne m’avez pas attendue, bonne initiative. Qu’avez-vous trouvé ?
- J'ai fait quelques recherches sur Google, pour essayer d'obtenir des informations. Martin Grauber a l'air d'un type sans histoires, pas une vraie menace, un scientifique tout ce qu'il y a de plus banal... sans vouloir insulter les scientifiques, bien entendu. Aucun lien notable avec un groupe terroriste, extrémiste, ou même avec un gouvernement. Mais peut-être en savez-vous plus ?
- Certaines choses ne trainent pas sur Google, commença la scientifique en souriant à le petite pique lancée par sa coéquipière. Herr Martin Grauber est l’un des plus éminents scientifiques européens en matière de virologie et de science des parasites. Sans entrer dans les détails techniques, il sait pratiquement tout sur tout dans ses domaines, et les gens du milieu le savent. J’ai apporté avec moi ses derniers articles publiés, histoire de mieux m’imprégner de son mode de pensée et de ses derniers travaux. Ces derniers ont fait pas mal controverse dans la presse spécialisée, arguant qu’il s’aventurait du côté de la science-fiction, avec des histoires de virus capables de prendre le contrôle d’un hôte… ON verra bien ce qu’il en est.
- Pour le reste, j'ai examiné le lieu où devrait se dérouler le gala. Merci Street View. Ca, par contre, ça risque de poser problème. Je ne sais pas à quel point ça risque d'être défendu, mais si les choses venaient à mal tourner, je n'ai pas observé beaucoup d'issues a priori. Une seule grande entrée, avec des escaliers, rien pour se cacher... C'est moche. Je suppose que les conférences se tiendront dans la grande salle qui se trouve à l'intérieur. Il faudra profiter du dîner pour essayer de se faire une idée du plan du bâtiment. Là, trouver le bureau qui sera probablement protégé...

Aigail pondéra les informations délivrées par sa coéquipière. Elle pensait à tout d’un point de vue tactique, prenant l’initiative de vérifier la disposition des lieux, ce qui était un atout indéniable. Et ce qu’elle disait était vrai : l’espace réservé au congrès et au gala était relativement clos, avec peu d ‘issues. Si leur escapade devait tourner au vinaigre, elles seraient bien embêtées pour s’extraire sans histoires…
-Ne perdons pas de vue que nous sommes d’abord là pour évaluer une menace, pas tirer à tout va. Mais vous avez raison, l’endroit pourrait rapidement se transformer en goulet si les choses devaient mal tourner. Je connais assez bien ce milieu, la panique sera générale à la vue de la moindre arme à feu… Jouons la carte de la discrétion, et personne ne devrait suspecter quoi que ce soit…
Elle réfléchit quelques secondes à quoi ajouter, quand Lucija lui posa une question qui la déstabilisa un peu :
- Vous connaissez Grauber personnellement, au fait ? Enfin, quand je dis personnellement je veux dire... euh... eh bien... personnellement, quoi.

Cette question fit remonter beaucoup de souvenirs dans la mémoire d’Abigail. Son année de césure à la Humboldt Universität, et les aventures qu’elle y avait vécues, parfois malgré elle… Et plus récemment ce Russe, dans les salles de conférence de l’ORS… Cette question lui rappela à quel point sa vie sentimentale était vide… Même si elle était bien décidée à revoir ce russe à son retour, elle savait vivre un vide émotionnel, bien qu’elle se sache désirable et encore capable d’un potentiel de séduction très important… Le rouge commença à poindre alors qu’elle répondit, à la fois mal à l’aise et détendue :
-Je suis une grande fille sur ce sujet, ne soyez pas gênée, commença-t-elle. Durant mon doctorat j’ai fait une année de césure en Allemagne, ici même à Berlin. J’avais 23 ans, Martin Grauber 31, et déjà un professeur à l’intellect brillant, doublé d’un très bel homme… Nous sommes devenus amis très vite, nous avons gardé le contact depuis, de plus en plus épisodiquement… Même si je suis à peu près certaine qu’il aurait adoré me mettre dans son lit, il n’y est pas parvenu…
Abigail sembla se souvenir, pendant une seconde, de ce temps où elle avait été étudiante en Allemagne. Puis une idée lui vint.

-Mais ça peut nous fournir une ouverture pour notre mission. C’est sans doute assez risqué, mais voici ce à quoi je pense : durant le gala, je m’arrangerai pour raccompagner Martin Grauber à sa chambre, pour évaluer la quantité de document qu’il aura avec lui. Le connaissant, il aura amené tous ses derniers travaux avec lui. Ainsi, pendant ma conférence du lendemain où il assistera en tant que président du congrès, je vous excuserai pour que vous puissiez vous introduire et placer le logiciel espion de Tuck dans son PC portable et commencer à cartographier ses documents papier. Il suffira d’insérer ce disque dur, il est autonome et saura quoi faire tout seul, pour les documents papiers, je vous passerai un appareil photo.

Sentant venir le doute dans l’expression de sa coéquipière, Abiagil ajouta :
-En général les scientifiques ont un PC pour prendre des notes, qu’il aura avec lui, et un PC de stockage de données, qui sera resté dans sa chambre : c’est ce dernier qu’il nous faut craquer, selon moi. Il sera sans doute crypté, appelez Tuck avec un portable sécurisé si vous avez des difficultés. Si ça prend trop de temps, prévenez moi par texto, je ferai durer mon speech pour le retenir. Si on rate notre fenêtre ce jour-là, on recommencera à chacune de mes interventions en public selon le même procédé, qu’en pensez-vous ? Sauf si vous avez une idée, auquel cas je suis preneuse… Sinon, est-ce que vous avez des questions ?

Laissant planer un petit silence, elle reprit ensuite :
« Je me souviens que vous aviez été intéressée par le magasin qui louait des robes de soirée. Dès que vous êtes prête, je pourrai vous y emmener, ce n’est pas loin, j’en profiterai pour voir pour moi aussi… »

************

En début d’après-midi, après un déjeuner fort agréable passé en compagnie de sa coéquipière à  la briefer sur ses travaux en cours (il fallait que la couverture soit parfaite), Abigail mena Lucija vers un petit magasin proche de leur hôtel. Celui-ci proposait, à la fois à la vente et à la location, un vaste choix de robes de soirée de tous styles.
« Faites votre choix, je vais chercher de mon côté… »

Abigail s’arrêta, après quelques minutes, sur une robe longue dans des tons de rouge. Une fois Lucija fixée sur son choix, Abigail régla le coût de la location et les deux femmes s’en retournèrent à leurs chambres d’hôtel. Abigail savait la sécurité assez relâchée au niveau des fouilles, aussi prit-elle le risque de placer son Smith & Wesson dans son sac de bal. Cette arme n’était pas de dotation standard, uniquement une arme de secours, mais en cas de fusillade, seule la survie comptait…

Le soir du gala, Abigail, après s’être maquillée de manière discrète mais attrayante, passa toquer à la porte de Lucija pour descendre se rendre à la soirée de gala. Après l’avoir complimentée sur sa tenue très élégante, Abigail redevint de suite professionnelle :
« N’oubliez pas, nous profitons de ce gala pour aller à la chasse à au renseignement. Je m’occupe des détails techniques pour les conversations, je compte sur vous pour observer discrètement les convives. Si vous avez des soupçons sur quelqu’un, n’hésitez pas à venir me voir… Bonne chance. »

Et les deux femmes pénétrèrent dans la salle de gala.

Spoiler:
 


Dernière édition par Abigail Lorenson le Jeu 5 Sep - 21:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 5 Sep - 21:39

SOIR 1 – SOIREE DE GALA
Tous les convives avaient été invités à se joindre à la soirée de gala marquant l’ouverture du Congrès International de Biologie de Berlin de 2013. Les meilleurs scientifiques du monde dans ce domaine avaient fait le déplacement pour ce symposium, l’occasion pour certains de faire connaître leurs travaux, pour d’autre de lier de nouvelles connaissances, pour d’autres encore de retrouver des camarades perdus de vues.

Pour deux des invités, cependant, cette soirée avait un but tout autre.

Abigail Lorenson et Lucija Radenko étaient ici en mission de collecte de renseignement pour le compte de l’ORS. La première comptait attirer l’attention du Docteur Martin Grauber, président du Congrès pour cette année et lui soutirer des détails d’ordre scientifique sur ses dernières recherches, pendant que la seconde devait faire le tour des invités pour glaner des informations d’ordre plus général sur ce même homme.

La salle, d’un volume comparable à celui d’une salle de concert, était bondée de monde, à tel point que les formalités de sécurité se imitaient à croiser le nom sur le carton d’invitation à celui sur la liste des invités. Un buffet et un lutrin pour les différentes interventions prévues au cours de la soirée étaient dressés au fond de la salle, et un large groupe de serveurs sillonnait la salle, distribuant coupes de boissons et petits fours. On pouvait dire ce qu’on voulait, le monde scientifique était large, et l’organisation allemande à la hauteur de sa réputation. Puis, arrivées depuis moins de 5 minutes dans la grande salle de gala, les deux femmes purent enfin voir de leurs yeux l’objet de leur déplacement.

Herr Doktor Martin Grauber apparut dans l’encadrement de la porte principale, sans cérémonies, vêtu d’un costume de smoking noir et d’une chemise blanche portée avec un nœud papillon noir, taillés sur mesure. Même si elle ne l’avait pas revu en 10 autrement qu’en photographies dans la presse spécialisée, Abigail put attirer l’attention de Lucija pour lui désigner leur cible. Et de la même manière, Grauber avait repéré certaines figures éminentes, dont Abigail, vers qui il se dirigea.
« Fräulein Lorenson, herzlich wilkommen, commença-t-il en allemand, avant de poursuivre en anglais. Je sais que vous êtes très occupée par vos récents travaux, je suis très heureux que vous ayez pu nous faire l’honneur de votre présence, votre équipe et vous, pour participer à ce congrès. J’espère que vous avez pu vous installer à votre aise dans notre ville… » avant d’enchainer la conversation vers diverses mondanités entre scientifiques.

Quelques minutes plus tard, Grauber s’excusa avant de se diriger vers le lutrin et prononcer un speech de bienvenue à tous ses invités, laissant les deux agents libres d’observer leur hôte et l’assistance, à la recherche du moindre renseignement, et commencer véritablement leur mission.
DepsciMaitre suprême du jeuavatarMessages : 41
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Sam 7 Sep - 17:15

Lucija avait beau ne plus appartenir à l'armée, et éprouver une sorte de méfiance quasi pathologique pour tout ce qui avait trait à la hiérarchie, elle savait qu'il n'y avait rien de plus important qu'un briefing. C'était durant ce moment extrêmement particulier qu'il fallait emmagasiner et retenir autant d'informations que possible. Certaines, qui pouvaient paraître sans importance, se révélaient cruciales le moment venu. Ceux qui écoutaient bien durant un briefing arrivaient à s'en sortir, et ceux qui oubliaient finissaient sur le carreau. Elle avait vu plusieurs hommes être recalés lors d'un exercice d'infiltration, car ils n'avaient pas su trouver le mot de passe à craquer. S'ils avaient entendu que la cible était fan de courses de chiens, et qu'elle avait un lévrier, ils auraient deviné que le nom du chien était la clé. Les conséquences n'étaient pas trop graves lorsqu'il s'agissait d'un simple entraînement, où les balles étaient remplies de peinture. Mais dans les opérations réelles, la mort était définitive. Ainsi donc, la jeune femme essaya de se montrer la plus attentive possible aux dires du docteur Lorenson à propos de Martin Grauber. Il travaillait sur les virus et les parasites - charmant... -, et était un spécialiste mondial du domaine. D'après elle, ses recherches récentes faisaient l'objet de débats houleux parmi la communauté scientifique. Certains articles auraient même commencé à mettre en doute la validité de ses thèses, les rapprochant de la science-fiction. En entendant ce mot, Lucija comprit pourquoi l'ORS s'intéressait à lui. Elle avait l'impression d'avoir plongé parmi les Men In Black, à ceci près qu'elle n'avait pas encore rencontré Will Smith. La dernière précision apportée par le docteur Lorenson fit tiquer la tueuse : des virus capables de prendre le contrôle d'un hôte... Elle n'avait pas prononcé le nom "infecté", peut-être pour ne pas effrayer d'emblée la nouvelle recrue, mais cela semblait correspondre à la description qu'on avait faite de ce phénomène. Etrangement, Lucija sentit une boule se nouer dans son estomac. Elle avait un mauvais pressentiment.

Abordant un autre sujet, celui de la sécurité de l'endroit où elles passeraient le plus clair de leur temps, le docteur calma un peu le zèle de sa recrue. En effet, Lucija était en train d'observer la situation d'un point de vue strictement militaire : comment entrer sans être repéré, comme sortir sans être tué. Elle réfléchissait selon le modèle qu'on avait enfoncé dans son crâne des années auparavant, lorsqu'elle avait mis le pied dans l'institution militaire. Un modèle dont il lui était impossible de se détacher pour le moment, quand bien même elle l'aurait voulu. En effet, c'était cette façon de penser qui lui permettait de rester en vie : cette douce paranoïa qui lui permettait de toujours envisager le pire scénario, et d'essayer de trouver une solution. Mais de toute évidence, en travaillant pour l'ORS, elle allait devoir changer un peu de méthode. Elle n'était plus dans les forces spéciales, chargées de tuer discrètement. Elle était dans ce qui se rapprochait des services secrets. Là, il fallait aussi agir discrètement, mais l'objectif n'était pas vraiment de tuer, et le docteur s'arrangea pour le lui faire comprendre :

- Désolée docteur... Déformation professionnelle. Mais je vous promets que je ne tirerai qu'en cas de nécessité absolue.

Elle savait quelles conséquences aurait l'utilisation d'une arme à feu dans l'enceinte de ce bâtiment : ce serait le début du chaos, et la fin de leur mission. Les hommes chargés de la sécurité seraient les premiers à lui tomber dessus. Si elle réussissait à leur échapper, ce serait la police. Et si elle les tenait en échec, ce seraient les forces spéciales. Bref, une escalade dont elle aurait peu de chances de sortir vivante. Mais le pire dans tout ça, c'était que le congrès serait annulé, et que leur chance d'obtenir les informations serait compromise. Si, en plus, on associait son visage au docteur Lorenson, alors Martin Grauber risquait de ne plus jamais lui envoyer d'invitation, et ils auraient manqué leur meilleur chance de succès. Pour le bien de cette mission, elle ne pouvait donc pas se permettre de tirer sans raison valable. Et surtout, pas sans avoir rempli son devoir auparavant.

Lucija orienta maladroitement la conversation vers un sujet un peu délicat, et elle vit la gêne que sa question avait provoquée chez son interlocutrice qui rougit très légèrement, bien qu'elle demeurât parfaitement calme et qu'elle gardât la maîtrise de sa voix. Elle répondit avec une grande franchise qu'elle connaissait bien Martin Grauber : suffisamment bien pour que celui-ci portât un intérêt tout autre que professionnel à la séduisante spécialiste en chimie. Mais elle s'empressa d'ajouter qu'ils n'avaient jamais été ensemble, et qu'elle avait toujours refusé ses avances, ce qui était un point important dans l'histoire. Lorsque les sentiments se mêlaient d'une mission, tout devenait soudainement plus compliqué. Et pourtant, cela pouvait jouer un rôle très important dans le plan proposé par la scientifique. En effet, si le docteur Lorenson parvenait à aguicher un peu leur homme et à obtenir des informations détaillées sur les systèmes de sécurité, les gardes, la configuration de la pièce ainsi que le nombre de documents à photographier, cela pouvait fournir un avantage formidable à Lucija qui pourrait de fait établir un plan d'action bien plus cohérent que celui qu'elle avait mis en place pour faire plaisir à St Laurent. Hochant la tête, la jeune femme précisa :

- Pour l'appareil photo, j'ai ce qu'il faut.

Elle écarta légèrement le col de son T-shirt, pour révéler un pendentif en forme de losange. Tout petit, c'était un bijou discret et facile à porter. Il contenait un minuscule appareil photo qui se déclenchait à l'aide d'un bouton que l'on pouvait accrocher sur son doigt. Une merveille de technologie, qui compensait son manque de précision par la possibilité de prendre plusieurs milliers de photos. Celles-ci étaient en effet stockées sur une carte mémoire de petite taille. Il suffisait d'avoir l'adaptateur adéquat, et de brancher le tout dans n'importe quel ordinateur pour lire les fichiers. S'expliquant sur la présence d'un tel objet, elle déclara :

- Je suis journaliste, donc j'ai souvent besoin de prendre des photos. De cette façon, je peux le faire avec les mains libres.

Ce détail technique réglé, le docteur Lorenson détailla leur plan d'action pour la suite. Profiter des conférences pour s'infiltrer dans le bureau de Grauber, en priant pour que les choses marchassent dès le premier coup. Après tout, s'il n'était pas trop paranoïaque, son système de sécurité ne devrait poser aucun problème. Il suffirait juste de contourner quelques caméras, et d'échapper à quelques agents de sécurité. Rien d'insurmontable. En revanche, l'impression que les choses ne se passeraient pas aussi bien ne voulait pas quitter la jeune femme. Elle se sentait bizarrement mal à l'aise, sans savoir pourquoi. Cette histoire d'infectés, peut-être. A moins que ce ne fût la facilité avec laquelle elles étaient susceptibles d'avoir accès à ces données. Cela ressemblait bien trop à un piège pour la croate, qui ne dit cependant rien, de peur de gâcher la journée à cause de son pessimisme.


~~~~


Lucija et le docteur Lorenson terminèrent de déjeuner tranquillement, tout en discutant une fois de plus de leur couverture pour éviter les failles béantes qui trahiraient immanquablement l'incompétence de la tueuse croate. Elles se dirigèrent ensuite vers une boutique qui se trouvait non loin, et qui louait de très belles robes de soirées. Le nom sur l'enseigne était imprononçable, et la jeune femme se résigna à l'appeler "le magasin de robes". Elle ne tenait pas particulièrement à se ridiculiser en s'essayant à l'allemand. En pénétrant dans la boutique, elle regarda avec un naturel effrayant dans la direction opposée à la caméra de surveillance, faisant mine d'observer les modèles qui se trouvaient dans ce coin. Sa coéquipière la laissa à ses recherches, et Lucija se dirigea vers un rayon, laissant ses mains parcourir les tissus, à la recherche de quelque chose de sobre et d'élégant, mais surtout de fonctionnel. Elle ne s'attarda pas longtemps, n'étant pas particulièrement à l'aise dans le shopping, et procéda rapidement aux essais, hésitant entre deux modèles. Elle arrêta finalement son choix sur une robe de soirée verte, très élégante, fendue au niveau des jambes 1.

Avant que la croate n'eût eu le temps de sortir sa carte de crédit pour payer la location, le docteur Lorenson était déjà passée à la caisse, conversant en allemand, et réglant la commande pour deux. Lucija, peu habituée à ce qu'on lui payât quelque chose, se fendit d'un "Merci" un peu maladroit. Elles rentrèrent donc à l'hôtel, bavardant tranquillement de la soirée à venir, essayant d'envisager les différentes possibilités. Cette escapade dans les rues de Berlin avait eu le don de détendre la jeune croate, et cela se voyait sur ses traits. Elle faisait toujours autant attention aux caméras de surveillance, naturellement, mais elle était moins suspicieuse à l'égard des habitants qui les regardaient. C'était bon signe. Elles rejoignirent leur chambre respective, et entreprirent de se reposer avant d'affronter la soirée. La tueuse s'offrit une bonne douche fraîche pour se revigorer, avant de commencer à se préparer. Elle avait emporté son maquillage, et l'utilisa savamment pour transformer son visage. Il lui avait fallu des années avant de réussir à changer ainsi ses traits à l'aide de quelques coups de crayon et d'un peu de poudre, mais elle avait désormais acquis un certain talent dans ce domaine. Ses lèvres semblaient plus fines, ses traits un peu plus fins. Elle était loin d'être affreuse au naturel, et pouvait même être qualifiée de mignonne. Mais ainsi fardée, elle devenait discrètement belle. Coiffant ses cheveux en un chignon élaboré, elle chaussa ses lunettes sans correction, qui achevaient de la déguiser en une toute autre personne, et enfila les vêtements qu'on lui avait loué. Elle enfila des chaussures à talons de taille modérée, pour l'occasion, tout en regrettant amèrement de ne pas pouvoir compter sur des chaussures plus fiables. Elle se para de boucles d'oreilles sans prétention, et de son collier appareil photo. Puis, ultime touche à sa tenue, elle prit un petit sac à main, dans lequel elle glissa son Glock. Elle souhaitait ne pas avoir à s'en servir, mais il aurait été fou de ne pas sortir armée, même pour un dîner de gala. Pour le reste, elle se sentait un peu nue. Sans gilet pare-balle - qui pourtant était vivement recommandé par l'ORS -, elle avait l'impression qu'il lui manquait quelque chose. Elle espérait de tout cœur que rien ne viendrait gâcher cette soirée mondaine. Alors qu'elle achevait de se préparer, on frappa à la porte, et le docteur Lorenson pénétra dans la chambre en refermant la porte derrière elle. Ses compliments mirent la jeune croate un peu mal à l'aise. Elle n'avait pas l'habitude d'être ainsi habillée, et même ce genre de maquillage, elle ne le portait d'ordinaire que pour les missions d'infiltration. Elle n'avait pas pour habitude de voir quelqu'un qui avait eu l'occasion de voir le "avant" et le "après". Un peu intimidée, elle répondit :

- Merci docteur... Vous êtes superbe également.

Elle sut gré à cette dernière de changer de sujet, et d'aborder la question de leur mission. C'était bien plus facile ainsi. Elle parlait un peu comme une militaire, en essayant d'être concise et précise, et c'était un effort que la croate apprécia à sa juste valeur. Sur ces dernières consignes, elles se mirent en route, s'apprêtant à plonger dans le chic et le luxe des dîners mondains de la capitale allemande. Elles grimpèrent dans une voiture qui les attendait devant l'hôtel, et qui les déposa directement devant la salle où se trouvaient déjà de nombreuses personnes. Elles descendirent et se joignirent immédiatement à une foule conséquente. Beaucoup discutaient sur les marches, profitant de la fraîcheur de l'air nocturne, avant de pénétrer dans l'atmosphère plus chaude et moins intime, à l'intérieur. Les deux femmes attirèrent quelques regards intéressés de la part de scientifiques, mais réussirent à passer les contrôles de sécurité sans éveiller les soupçons. Lucija avait senti le stress monter en elle jusqu'au dernier moment, alors que le docteur semblait prendre tout cela avec beaucoup de détachement. Mais c'était peut-être parce qu'elle était habituée à ces formalités, et qu'elle savait qu'elles ne feraient pas l'objet d'une fouille en règles. On leur demanda simplement leurs noms et leur invitation, avant de les autoriser à entrer. Lucija ne put s'empêcher un petit soupir de soulagement, alors qu'elle jetait un œil sur la salle. D'après ses premières observations, il y avait six issues en plus de la porte principale. Deux des quatre étaient nécessairement la grande salle de conférence. Une autre, les toilettes. Deux autres devaient servir d'issues de secours, en cas d'incendie ou d'accident. Elles devaient donner sur la rue, a priori. La dernière, enfin, devait conduire à ce qu'elle appelait "l'arrière-boutique". C'était là que l'on trouvait le poste de surveillance, la régie pour l'éclairage et le son sur la scène de la conférence, et, bien entendu, les bureaux privés. Sur les cinq portes, il y en avait deux au fond, deux à gauche, et deux à droite. En plus de ça, il y avait plusieurs caméras de surveillance. Trois qui filmaient la foule selon un plan large, et une qui était braquée sur une des six portes. L'arrière-boutique, forcément.

Il n'avait fallu que trois secondes à la jeune croate pour emmagasiner toutes ces informations, avant de plonger dans le bain de foule. Elle s'empressa d'attraper deux coupes de champagne à un serveur qui passait par là, et d'en tendre une au docteur Lorenson. Cela faisait plus sérieux, permettait à la jeune femme de dissimuler l'air de rien son bijou appareil photo, et évitait qu'un homme un peu entreprenant se proposât de leur offrir un verre à boire. Lucija, bien que légèrement tendue à l'idée de se retrouver dans un environnement inconnue, n'en demeurait pas moins parfaitement à l'aise avec les règles du jeu. Elle savait quoi faire au bon moment, comment se déplacer pour ne pas attirer l'attention, mais pour éviter d'être abordée par quelqu'un. Elle entraîna le docteur à sa suite pour éviter un homme visible esseulé, qui cherchait à faire la conversation, puis se planta face à elle pour entamer une discussion afin de détourner l'attention d'un groupe de scientifiques qui cherchaient de toute évidence certaines de leurs connaissances. La jeune femme avait l'impression d'être une danseuse étoile à qui on aurait demandé de réaliser un ballet sur un fil d'acier tendu au-dessus du vide. Elle bougeait avec mille précautions, et faisait en sorte de préserver le docteur des gens qui pouvaient éventuellement la chercher du regard pour mieux venir lui parler. Pendant cinq longues minutes de combat intense, elle protégea la scientifique de tout ce qui pouvait les distraire, jusqu'à ce que l'arrivée de Martin Grauber sonnât enfin la fin de sa mission. Elle ne le vit pas tout de suite, en réalité, et ce fut seulement lorsque le docteur Lorenson lui désigna l'individu qu'elle le reconnut.

Elle s'attendait à ce qu'il arrivât en grande pompe, qu'on l'annonçât haut et fort, et qu'on lui réservât des applaudissements nourris, mais il n'en fut rien. Peut-être était-ce parce que le personnage n'était pas à l'aise dans les démonstrations d'affection un peu trop artificielles, ou peut-être était-ce parce que ses derniers travaux lui avaient retiré le crédit nécessaire à soulever les foules de confrères. Lucija l'observa, et constata que c'était bien lui. Les photos sur internet ne trompaient pas, et il était toujours cet homme d'âge mûr, au visage beau et chaleureux. Plusieurs femmes de l'assistance se mirent à papillonner du regard, comme pour l'attirer dans leurs filets. La croate jeta un bref regard en coin à sa coéquipière, comme pour s'assurer qu'elle n'était pas en train, l'air de rien, de succomber au charme naturel que dégageait ce scientifique. Il fallait dire qu'il était vraiment à son avantage, dans ce costume sobre et élégant, taillé sur mesure, qui mettait en valeur un physique soigné et entretenu. Il balaya la foule du regard, avant de descendre dans l'arène, saluant des connaissances au passage, mais se dirigeant clairement vers le docteur Lorenson, qui n'avait visiblement pas l'intention d'éviter la confrontation.

Lorsqu'il arriva, Lucija demeura sur place le temps d'être présentée sous l'identité d'Ivana - elles avaient convenu d'utiliser le moins possible son nom de famille -, rendant sa poignée de main au docteur Grauber en simulant parfaitement l'émotion qui étreignait le cœur d'une jeune assistante en chimie présentée à une figure presque légendaire dans ce domaine. Puis l'homme se désintéressa d'elle, préférant discuter avec le docteur Lorenson, qu'il semblait dévorer du regard :

- Je vais vous laisser discuter, si vous voulez, lâcha la jeune croate.

Elle n'était même pas certains qu'ils l'eussent entendue. Elle profita de ce moment pour prendre quelques photos de lui, mais aussi des gens qui avaient les plus importants. Puisqu'elle devait rédiger un article, il valait mieux qu'elle s'intéressât aussi aux gens qui semblaient ne pas représenter de problème pour sa mission. Elle mitrailla donc, et s'arrangerait pour faire le tri après coup. Mais parmi la foule, il y avait beaucoup de monde, et il était difficile pour elle de faire la différence entre ceux qui pouvaient se révéler importants, et les autres. Comme ils étaient tous habillés pareil, elle avait l'impression de jouer aux cartes, et de devoir tirer l'as de pique parmi les cinquante-et-une autre cartes. Elle était au comble du désespoir, incapable de savoir vers où chercher, quand finalement Martin Grauber s'éloigna pour un discours de bienvenue. Ce fut à cet instant que Lucija remarqua celui qu'elle n'avait pas encore noté. Un homme qui semblait tout à fait banal, mais qui bougea très exactement en même temps que l'allemand, et qui le suivit jusqu'au lutrin.

La jeune femme l'observa sans en avoir l'air, ce qui était beaucoup plus simple grâce à ses lunettes. Il agissait comme un garde du corps, à ceci près qu'il se tenait beaucoup plus loin que ce qu'un garde du corps aurait toléré. Etait-ce une sorte d'assistant ? Mais dans ce cas, pourquoi Grauber ne l'aurait-il pas présenté ? Et comment expliquer qu'il ait échappé au premier balayage de la jeune croate, dans ce cas ? Lucija ne se considérait pas comme infaillible, mais elle était certaine que, pour échapper à son regard perçant, il fallait être entraîné. Un entraînement militaire qui ne collait pas avec le profil d'un scientifique "normal". Elle prit quelques photos du type à son insu, mais n'arriva jamais à obtenir son visage en entier. Alors, elle s'approcha du docteur Lorenson, et lui souffla :

- Vous avez vu le type là-bas ? Trois ou quatre mètres derrière Grauber. Là, celui avec les cheveux très courts. Regardez sa démarche, sa manière de bouger... Il ne m'inspire pas du tout confiance... Vous le connaissez ?

Dans sa dernière question, on entendait une pointe d'inquiétude qu'elle ne parvint pas à dissimuler. Décidément, il y avait vraiment quelque chose d'étrange, ici...

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1 : Lien vers la robe portée par Lucija
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 10 Sep - 20:22


Cette soirée serait capitale. A la fois pour elle, pour Lucija et surtout pour l’ORS, car ce soir, Abigail et sa coéquipière mettraient en place les jalons de leur collecte de renseignements. La jeune Croate l’avait surprise le matin même, en lui présentant un objet qui aurait sans doute une importance insoupçonnée. Camoufler un appareil photo dans un collier avec un déclencheur à distance dans la main était véritablement une idée de génie. Ainsi elles pourraient fournir des photos d’ensemble de la foule, pourquoi pas pour identifier des collaborateurs douteux. Abigail sentait qu’elle commençait à bien aimer cette femme. L’homme venu les chercher à l’aéroport les accompagna de l’hôtel à la salle, les déposant devant les marches. Plusieurs personnes en tenue de soirée attendaient dehors, et elles furent l’objet de toutes les attentions en gravissant les marches. « Au grand malheur de Lucija, sans doute… » pensa la scientifique.

Les deux femmes étaient entrées dans la salle de gala ensemble, Abigail dans sa robe en tons de rouges, Lucija dans une magnifique robe verte fendue. Alors qu’on vérifiait leurs cartons d’invitation à l’entrée, elle s’imagina que le choix de la robe avait été motivé par l’idée d’avoir à courir avec… Abigail eut une pointe d’inquiétude quand le regard d’un des vigiles se porta sur son sac de bal ainsi que sur celui de son « assistante ». Ils contenaient leurs armes de poing. Mais celui vérifiant les invitations les laissa passer, et elles purent entrer.

La salle était déjà bien remplie, le gratin de la biologie mondiale rassemblé dans une pièce unique. Abigail en reconnut certain, simplement reconnus grâce à des articles de presse spécialisée ou connaissances plus ou moins éloignées. Elle salua de loin John Thayers, un de ses anciens collègues à White Sands, elle avait appris son déménagement pour New York City pour poursuivre ses recherches en microbiologie. Lucija rappliqua à ce moment, deux coupes de champagne à la main. Abigail la remercia, puis préleva une gorgée dans le verre, pendant que Lucija entamait la conversation. Du coin de l’œil, elle aperçut des gens qui semblaient chercher à engager des conversations ou à repérer des connaissances. Lucija semblait se déplacer autour d’elle comme un savant mélange entre un garde du corps et une danseuse de ballet, à la fois protectrice et naturelle. Abigail aussi observait la foule, mais elle devait voir les choses différemment de sa coéquipière, sans doute. Là où la Croate voyait leurs mouvements et les évaluait en termes tactiques, Abigail évaluait leurs domaines de connaissances, leur adaptabilité, leurs capacités d’initiative et d’innovation… Puis une silhouette attira son regard à l’entrée de la salle. Abigail posa sa main sur le bras de sa coéquipière et lui glissa à l’oreille :
« En haut des escaliers, le voilà. Herr Doktor Martin Grauber »

Il arriva, comme dans son souvenir, sans se faire remarquer, comme un invité parmi les autres. Du temps où elle l’avait connu à la Humboldt Universität, il avait pour habitude d’entrer dans la salle de cours en même temps que les étudiants, discutant avec eux, avant de prendre sa place au bureau et de démarrer son cours. Il avait une allure superbe, dans un smoking impeccable, sans aucun doute du sur-mesure. Il descendit les marches menant à la salle de gala, serrant des mains au passage à certains invités, sans doute des connaissances personnelles. Elle aperçut plusieurs femmes papillonner des yeux, comme pour tenter de séduire le docteur allemand. Abigail ressentit une pointe d’appréhension à ce sujet : si elle voulait que leur plan à Lucija et elle marchât, il était vital que ce soit elle qui le séduise en premier. Et comme pour répondre à ses attentes, elle le vit fendre la foule, toujours en saluant des invités, droit dans sa direction.

-Fräulein Lorenson, herzlich wilkommen, commença-t-il en allemand, avant de poursuivre en anglais. Je sais que vous êtes très occupée par vos récents travaux, je suis très heureux que vous ayez pu nous faire l’honneur de votre présence, votre équipe et vous, pour participer à ce congrès. J’espère que vous avez pu vous installer à votre aise dans notre ville…
-Das ganze Spass ist für mich, Herr Doktor, répondit la scientifique américaine, plus très sûre si l'expression qu’elle avait employée était la bonne, puis reprenant en anglais. Quand j’ai reçu votre invitation, je me suis empressée de m’organiser pour être en mesure de venir. Je vous présente mon assistante, Ivana, qui a rejoint mon équipe le mois dernier. Une magnifique réception que vous avez organisée là, aucun doute.
-Je vous laisse discuter, si vous voulez…
Abigail acquiesça d’un imperceptible hochement de tête, avant de reprendre la discussion avec l’Allemand.
-J’ai hâte d’entendre votre conférence sur vos travaux récents, Abigail. J’ai lu les résumés de vos recherches dans la presse, un sujet passionnant que vous avez trouvé là.
-Merci beaucoup, Martin. Abigail avait toujours du mal à l’appeler par son prénom, pour elle il restait toujours un peu le professeur universitaire qu’il avait été. J’ai moi-même profité du voyage pour relire votre dernière publication. J’aurais moi-même quelques questions à ce sujet…
-Vous ne seriez pas la première… Tout le monde se dit que j’ai lu trop de romans, ou bien que je suis devenu fou, après ce que j’ai publié. Tous des idiots. Je sais que vous, vous avez ce qu’il faut pour en saisir la portée.
-Vous me flattez, Herr Doktor, répondit Abigail, réajustant son collier d’un geste naturel, qui eut cependant l’effet escompté d’attirer le regard du docteur vers sa poitrine. Elle le savait grand séducteur, il lui avait fait des avances dans le passé, et aujourd’hui, elle lâcherait du lest. Mais uniquement dans le cadre de la mission… Si elle devait aller jusqu’au bout avec lui pour obtenir ses renseignements, elle le ferait, mais prendrait sans doute la plus longue douche de sa vie par la suite. Elle l’avait vu la déshabiller littéralement du regard en s’approchant d’elle, elle allait faire ce qu’il fallait pour l’attirer dans ses filets. La langue d’un homme ne résiste jamais longtemps à une jolie femme, il vient un moment où il lui dira ses secrets les plus profondément cachés…
-Si vous voulez bien m’excuser, reprit Grauber, je dois prononcer mon discours d’ouverture du congrès.

La scientifique fit un signe de tête laissant entendre qu’elle comprenait, et le docteur prit congé pour se placer derrière le lutrin. Elle n’écouta le discours qu’à moitié. De toute façon, que pouvait-il ajouter de plus à ce genre de discours ? Ils étaient tous les mêmes, heureux de vous voir, prônant le rapprochement des disciplines et l’échange de savoirs et la coopération, et d’autres choses qu’elle oubliait sans doute… Elle préférait se focaliser sur l’observation de l’assemblée, à la recherche d’une personne qui ne serait pas à sa place, ou bien justement de quelqu’un qui pourrait la renseigner.

- Vous avez vu le type là-bas ? Trois ou quatre mètres derrière Grauber. Là, celui avec les cheveux très courts. Regardez sa démarche, sa manière de bouger... Il ne m'inspire pas du tout confiance... Vous le connaissez ?
Lucija s’était comme matérialisée près d’elle, légèrement en retrait, tout en lui soufflant à l’oreille ces mots qui lui jetèrent un froid dans le dos, frisson accentué par le sentiment d’inquiétude qui pointait dans le ton de sa voix. Abigail pouvait comprendre que sa coéquipière ne soit pas à l’aise dans ce genre de milieu, mais l’entendre ainsi inquiète ne faisait que la troubler davantage. La scientifique regarda dans la direction indiquée. Un homme de bonne carrure, cheveux très courts, à la militaire, et qui semblait fixer Grauber intensément.
« Sa tête ne me dit rien, non… Un nouvel assistant peut-être ?Possiblement un garde du corps, ça ne serait pas étonnant… Même si il me parait plutôt éloigné. A moins que… Abigail eut alors une idée qui la fit frémir. A moins que nous ne soyons pas les seules sur le coup ? Si quelqu’un d’autre en voulait à Grauber ? Abigail se mit à réfléchir à toute vitesse, échafaudant une série d’actions à suivre. Mieux vaut ne prendre aucun risque. Dès que vous pourrez et discrètement, arrangez-vous pour l’empêcher d’atteindre Grauber et le tenir à distance, essayez de savoir ce qu’il fait là. Je me chargerai de raccompagner notre bon docteur à sa chambre, pour une reconnaissance de ses documents. Il se peut que j’y passe la nuit, si je ne suis pas revenue à ma chambre demain à 9 heures, entrez avec le personnel de ménage et prenez le disque dur et l’appareil photo qui se trouvent dans ma mallette, il contient le logiciel de Tuck. Puis suivez le plan dont nous avons discuté. Nous restons en contact par nos portables, mon numéro est enregistré dans le vôtre. »

« En espérant que ça marche… »

Abigail reporta son attention à l’estrade, Grauber venait de finir son allocution sous les applaudissements de l’assemblée. Il se dirigeait droit vers elle, l’homme mystérieux derrière lui…
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mer 11 Sep - 20:00


« Allez, laisse-moi une ouverture, là… » L’homme ne cessait de décolérer contre cette foule. Qui aurait cru qu’il y avait tant de scientifiques qui auraient répondu présent à ce damné congrès ? Et pourtant, il en avait vu, des opérations délicates. Au Kosovo, en Afrique, une fois en Asie, mais là, un simple colloque scientifique relevait pour lui du défi plus épineux encore que la pire zone de guerre… Ses commanditaires l’avaient chargé de garder un œil sur Grauber, et intervenir si nécessaire. Sans plus de détails… Côté briefing de mission, y avait mieux… Il le voyait se diriger vers une femme en robe rouge dans l’assemblée. Il savait le gars amateur de belles gonzesses, il s’imagina donc qu’il essaierait de se la serrer avant la fin de la soirée. Fallait dire que cette rouquine avait de quoi attirer…

Un passage discret de la main sur sa poche, pour vérifier que son arme était toujours là avec son silencieux et ses munitions subsoniques. Elle lui avait déjà bien servi, et il n’hésiterait pas à s’en servir aujourd’hui si nécessaire. Que Grauber fasse la moindre erreur, et il agirait… Nul ne devait rien savoir…

***********

Martin Grauber était du genre à ne pas aimer les applaudissements. Même si beaucoup le considéraient comme quelqu’un d’exceptionnel par l’étendue de son savoir et de sa renommée, il mettait un point d’honneur à se considérer comme un simple homme. Même si ces dernières années il commençait à renier cette idée, il continuait de ne pas aimer les applaudissements. Durant tout son speech, il n’avait pas quitté des yeux Abigail. Elle était déjà très jolie quand il l’avait connue, c’est comme si elle avait encore gagné en beauté avec le temps. Il fallait qu’il trouve un moyen de la convaincre de lâcher son assistante pour la fin de soirée… Après être descendu de derrière le lutrin, il se redirigea vers elle.
« Me feriez-vous l’honneur de me rejoindre à ma table ? Un de mes assistants n’a pu faire le déplacement, sa place est libre, j’apprécierais que vous la preniez. »
Tout en parlant, il lui avait tendu la main pour la mener vers leur table, suivant le flot des convives.

***********

A l’issue d’un dîner d’un raffinement sans commune mesure avec tout ce que les deux agents de l’ORS auraient pu imaginer, entrecoupé de diverses interventions préliminaires par certains des scientifiques invités et un dernier rappel de l’ordre des interventions pour les jours à venir, les deux femmes purent à nouveau se retrouver dans un coin tranquille de la salle, et confirmer leur plan d’action. Juste comme Abigail venait d’achever sa phrase, elle vit le docteur Grauber arriver dans l’encadrement de la porte, toujours accompagné du mystérieux individu qui semblait le suivre comme son ombre.
« Fräulein Lorenson, j’aimerais avoir votre avis à propos d’un sujet sur lequel je travaille actuellement. M’accompagneriez-vous quelque part où nous pourrions en discuter au calme, autour d’un verre ? »
« Et si la chance me sourit, peut-être un peu plus que ça… » pensa-t-il tout en posant son regard sur le corps de la scientifique américaine.
La scientifique acquiesça, tout en rappelant à son assistante de procéder comme elles avaient prévu. Même si, dans l’esprit de l’Américaine comme sans doute dans celui de la Croate, les choses semblaient marcher un peu trop bien… Grauber serait-il prêt à donner un aperçu de ses documents aussi facilement ? Et qui était donc ce mystérieux individu, quelles étaient ses intentions ?

Les deux femmes allaient devoir opérer chacune séparément pour le savoir…
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Ven 13 Sep - 23:15

La soirée battait son plein dans la salle bondée, où les conversations allaient bon train. Il y régnait une bonne humeur communicative, et l'ambiance était proche de celle d'une réunion d'anciens élèves, qui souhaitaient renouer contact avec de vieilles connaissances. L'atmosphère était bon enfant autour des deux femmes, qui pourtant ne profitaient pas de la fête comme elles l'auraient dû. Le docteur Grauber venait de s'éloigner vers l'estrade où il devait prononcer le discours de bienvenue au congrès, et ce fut ce moment que choisit Lucija pour venir faire part à sa coéquipière de ses inquiétudes au sujet de l'inconnu qui suivait leur cible comme son ombre. Elle n'était pas rassurée, et cela se sentait dans sa voix alors qu'elle parlait. En effet, elle avait été formée à ne pas se laisser abuser par les coïncidences, et cet homme-là était de loin le plus suspect qu'elle eût vu depuis des années. Il bougeait avec précision, sans gestes inutiles, et il paraissait capable d'échapper à son regard, et surtout à celui de son appareil photo. Cela faisait trop d'éléments anormaux pour que sa paranoïa naturelle demeurât en sommeil.

Le docteur Lorenson, qui écoutait d'une oreille distraite les paroles de Grauber, chercha des yeux l'individu suspect, qu'elle finit par localiser. Elle demeura silencieuse un instant, cherchant dans ses souvenirs si elle le connaissait, essayant de se rappeler de tous les visages qu'elle avait pu croiser dans son passé. Elle finit par avouer qu'elle ne le connaissait pas, et fit l'inventaire des missions qu'il pouvait remplir ici. Assistant ? Elle semblait ne pas y croire elle-même, et Lucija n'était pas prête à croire à cette version avant d'avoir obtenu deux preuves parfaitement irréfutables. Non, pas une : deux preuves. La théorie du garde du corps lui paraissait plus plausible. En effet, l'individu en question avait l'attitude d'un homme formé au combat. Son costume n'en laissait rien paraître, mais elle était prête à parier qu'il cachait une arme sur lui : probablement un pistolet caché sous son bras. Jusqu'à présent, c'était la thèse qu'elle privilégiait, même si elle continuait à s'interroger quant à savoir pourquoi il demeurait si loin du scientifique allemand qu'il devait protéger. Mais le docteur Lorenson lui proposa une troisième option, qui était bien plus inquiétante que les deux précédentes.

Selon elle, l'homme en question pouvait avoir des intérêts qui entraient en conflit avec les leurs. Elle n'avait pas précisé sa pensée, et n'avait prononcé aucun nom, mais il se pouvait fort qu'il fût là pour récupérer les mêmes données qu'elles étaient venues chercher, ou bien pour éliminer purement et simplement le docteur Grauber. A titre personnel, Lucija aurait privilégié une balle dans le torse tirée à plusieurs centaines de mètres de distance, mais elle n'était pas sans savoir que d'autres tueurs agissaient différemment. Et elle savait comment le démasquer. Elle connaissait un type, qui travaillait comme ingénieur en Colombie, et qui en réalité servait de relais entre certaines organisation criminelles (notamment les FARC) et les assassins du milieu. Elle ne le connaissait pas personnellement, mais elle avait déjà été en contact par téléphone, et elle savait qu'il l'aiderait... à condition qu'elle puisse lui procurer une photo. Tandis qu'elle évaluait la menace, le docteur Lorenson réfléchissait à la suite des opérations, et prenait les décisions.

Elle demanda à la croate de tenir le suspect éloigné de Grauber aussi longtemps que possible, ce qui n'était hélas pas une mince affaire... Quant à apprendre ce qu'il faisait là, ce serait au péril de leur couverture. En effet, si l'homme en question était exercé, il finirait tôt ou tard par remarquer que Lucija avait une attitude qui tranchait complètement avec celle des autres scientifiques. Et cela pouvait le conduire soit à modifier sa stratégie pour prendre en compte cette nouvelle menace, ce qui était déjà inquiétant, ou bien le pousser à précipiter l'action qu'il avait prévue, ce qui le rendait carrément dangereux. Le risque de tout faire déraper existait, mais la jeune femme tenait à ce que sa première sortie sur le terrain pour l'ORS se passât bien. Elle n'en demandait pas davantage pour l'instant. Le docteur Lorenson lui déclara ensuite qu'elle allait poursuivre la mission de son côté, auprès de Martin Grauber. La phase de séduction se devait d'être crédible si elles voulaient avoir une chance de réussir leur opération, et à mots couverts, la scientifique se déclarait être prête à se livrer à cet homme à qui elle avait toujours dit non quelques années plus tôt. Il fallait espérer qu'elle n'aurait pas à franchir le pas auprès de l'allemand et, le cas échéant, que cela servît les intérêts de leur mission. Et pour cela, Lucija devait réussir sa part du travail.

- Je ferai de mon mieux, lâcha la tueuse croate, mais je ne garantis pas que j'arriverai à le détourner de sa cible sans faire de vagues... Vous me connaissez... Mais si vous rejoignez rapidement les appartements du docteur Grauber, quelques secondes de diversion devraient le retarder suffisamment.

Elles conclurent leur petite conversation, puis écoutèrent patiemment la fin du discours, avant d'applaudir poliment à l'instar de tous les convives présents. Leur cible inclina légèrement la tête devant cet hommage, et descendit de l'estrade, avant de se diriger de nouveau vers elles. De toute évidence, il avait bien des plans en tête concernant la charmante scientifique, et il n'était pas décidé à lâcher l'affaire avant d'avoir obtenu ce qu'il souhaitait. Une telle insistance était un peu dérangeante, mais il était vrai qu'il était bel homme, et les femmes qui lui résistaient devaient être peu nombreuses. En ce sens, le docteur Lorenson devait représenter autant un plaisir qu'un défi. Alors qu'il s'approchait, le regard de Lucija accrocha un mouvement à la périphérie de son champ de vision. Elle gardait les yeux rivés sur leur hôte, débordante d'une admiration parfaitement simulée, mais l'air de rien elle triturait son collier qui prenait des photos frénétiquement. Elle ne pouvait pas viser avec précision, mais elle espérait pouvoir obtenir, dans le lot, un cliché du visage de l'individu suspect. Elle n'osait pas le regarder, craignant qu'il ne se rendît compte de son manège, et elle essayait de rester parfaitement détendue, et concentrée sur les propos qui s'échangeaient, alors que son attention se portait ailleurs.

Aussi, quand Grauber proposa au docteur Lorenson de se joindre à lui pour le repas, elle réagit avec une petite seconde de retard, qu'elle justifia par une émotion immense à la vue d'une telle légende du monde scientifique :

- Oh... Allez-y docteur, je vous en prie. Vous avez trop travaillé ces derniers mois, et vous avez besoin de vous détendre un peu. Ne vous en faites pas pour moi !

Elle avait répondu avec une voix qu'elle voulait pleine de candeur, affectant une jeunesse naïve que l'on retrouvait assez souvent dans le corps scientifique. Des gens incroyablement intelligents, mais dont la sensibilité parfois à fleur de peau pouvait être comparée à celle des enfants. C'était ainsi qu'elle avait conçu son personnage, de sorte à abuser les gens, à les convaincre qu'elle ne représentait pas une menace. Elle regarda donc les deux docteurs partir bras dessus bras dessous, se dirigeant vers la table d'honneur, tandis que la jeune croate demeurait seule. Lorsqu'elle tourna furtivement les yeux pour observer l'endroit où se tenait son suspect, elle constata qu'il s'était éclipsé. Et elle ne pouvait même pas le suivre. Hélas.

Incapable de poursuivre sa mission pour l'heure, Lucija prit place là où elle trouva une place, regrettant amèrement de ne pas avoir la présence rassurante du docteur Lorenson à ses côtés. Au milieu de tous ces génies, elle se sentait incroyablement mal à l'aise, et avait l'impression que tout le monde se rendait compte qu'elle n'était pas à sa place. Les conversations fusaient de toutes parts, et elle ne comprenait absolument rien à ce qui se disait. Ils parlaient tous de choses très compliquées, employant des termes savants avec trop de syllabes pour être honnêtes, et s'échangeaient des blagues d'un goût douteux sur les représentantes féminines dans l'assemblée. Lucija faillit hurler lorsqu'elle comprit que son voisin était en train de comparer une jeune femme d'une quarantaine d'années, très élégante pour ne pas dire ravissante, à un microscope... Elle fut elle-même la cible d'attentions un peu déplacées de la part des hommes qui étaient pour la plupart âgés d'une cinquantaine d'années, et qui reconnaissaient son inexpérience dans la jeunesse de ses traits.

- Alors mademoiselle, lui avait dit un des convives, quelles sont vos dernières publications ?

- Aucune, avait-elle répondu un peu gênée. Je ne suis que l'assistante du docteur Lorenson. La femme qui est assise à côté du docteur Grauber. Là-bas, en rouge.

Son interlocuteur s'était penché pour l'observer, et avait hoché la tête vigoureusement :

- Lorenson, je vois... Une scientifique brillante, et tout à fait charmante... Tout comme vous d'ailleurs... Vous savez que je pourrais vous obtenir un poste dans l'entreprise pharmaceutique dans laquelle je travaille ? Vous pourriez être mon assistante personnelle, et votre salaire serait au moins deux fois supérieur à celui que vous gagnez actuellement.

Ce disant, il avait posé négligemment sa main sur son bras, appréciant visiblement la proximité entre eux deux, ce qui était loin d'être réciproque. La jeune femme était écœurée par un tel comportement, et se demandait combien de jolies assistantes acceptaient de vendre leur corps pour une promotion, pour qu'un parfait inconnu osât lui faire une telle proposition sans la moindre honte, à portée d'oreille de tous ses confrères. Certains semblaient même suivre l'échange avec attention, comme s'ils attendaient leur tour pour venir lui faire des avances. Elle refusa poliment l'invitation qu'elle "savait apprécier à sa juste valeur", prétextant qu'elle "était engagée sur un projet très intéressant" et qu'elle "devait beaucoup au docteur". Elle ajouta qu'elle "gardait la proposition en tête", et qu'elle "y réfléchirait soigneusement" lorsqu'elle "aurait terminé de travailler avec le docteur Lorenson". L'homme lui adressa un sourire ravi, et se permit même de lui embrasser la main dans un geste qu'il devait sans doute penser galant. Echaudée par cette conduite, elle dut faire un effort de volonté pour demeurer souriante et attentive toute la soirée, alors que par trois fois au cours du dîner elle sentit un pied se frotter à ses jambes. Son voisin de gauche, pendant qu'il discutait sans la regarder, laissa même sa main s'égarer sur le genou dénudé de la jeune croate. Elle ne dit d'abord rien, malgré la surprise qu'elle éprouvait, mais se raidit perceptiblement lorsque la main remonta impudiquement le long de sa cuisse. Elle se releva soudain, et prétexta un besoin d'aller se repoudrer peu avant l'arrivée du dessert. Il lui fallut un effort de volonté immense pour ne pas courir sur le chemin des toilettes, et à cet instant précis, elle ne pensait plus du tout à sa mission.

Lucija n'était pas du genre à se laisser abattre par les avances des hommes, qui étaient toujours attirés par les femmes, surtout lorsqu'elles étaient rares dans leurs milieux. Mais elle avait, quelque part, toujours été plus ou moins protégée par les règles. A l'armée, les écarts de conduite envers les membres féminins d'une unité étaient punis, et avant même cela, elle était en droit de casser la figure au premier soldat qui se conduisait mal avec elle. Ici, cependant, ce genre de comportements semblait parfaitement admis, et il semblait même qu'il s'agissait d'un jeu entre les différents scientifiques, qui s'échangeaient des regards complices, et qui s'amusaient à se jouer des assistantes les plus charmantes. En y repensant, alors qu'elle essayait de retrouver une contenance dans les toilettes, Lucija se demanda si le docteur Lorenson avait déjà eu affaire à ce genre d'attitudes, et comment elle avait su les gérer. Elle semblait un peu rigide, mais n'était-ce pas justement à cause des ces hommes dégoûtants ? La croate reconsidéra la vision qu'elle avait du monde scientifique. Certes, ils ne faisaient pas la guerre, et ne s'engageaient pas dans des missions à haut risques, mais il n'en demeurait pas moins qu'ils étaient exposés à des menaces terribles. Surtout les femmes. Surtout les femmes rousses, charmantes, et qui s'habillaient avec soin.

Revenant s'installer à table, non sans avoir pris quelques minutes pour trouver la force de rester calme face aux provocations et aux avances indécentes des scientifiques, la jeune femme croisa le regard du docteur Lorenson, engagée dans une conversation avec Grauber, et d'autres convives à la table, mais s'empressa de retourner à sa place pour achever la soirée. Elle n'avait pas pu apprécier le repas - pourtant délicieux -, à cause de ses voisins, mais de toute évidence son absence avait un peu refroidi leurs ardeurs, et elle put savourer un dessert exquis, dont elle ignorait jusqu'au nom, mais qui lui semblait divin. Elle s'en délecta sans se cacher, face à des gens qui trouvaient le moyen de critiquer, d'établir des comparaisons avec d'autres fêtes auxquelles ils avaient été conviés. Elle se garda bien de faire le moindre commentaire, mais elle n'en pensait pas moins : elle était certaine que le prix du dessert dépassait de loin le prix d'un dîner complet pour elle et toute sa famille. Comment pouvait-on s'en plaindre ?

Le repas s'acheva tranquillement, alors que les esprits étaient déjà légèrement engourdis par l'alcool, et qu'une bonne humeur collective semblait s'être emparée des convives. Certains parlaient fort, discutant de théories auxquelles la croate ne comprenait rien. D'autres, qui retrouvaient des compatriotes, échangeaient quelques blagues dans leur langue natale, mais la plupart des invités parlaient anglais, chacun avec son accent. Une partie des gens se leva pour aller fumer une cigarette, avant le début du bal, tandis qu'un orchestre commençait à jouer une musique douce. Quelques couples se formèrent tandis que les premières invitations à danser étaient proposées, à mesure que les conversations s'achevaient. Lucija s'empressa de se lever, et de rejoindre le docteur Lorenson, pour discuter quelque peu de leur plan d'action. Elle avait eu toute la soirée pour réfléchir à comment faire, et elle avait décidé de jouer les choses finement pour fournir une diversion crédible et permettre à sa coéquipière de s'éclipser discrètement avec Grauber. Parlant à voix basse, elle lança :

- Quand il essaiera de vous suivre, je lui demanderai l'heure. J'ai remarqué qu'il ne portait pas de montre au poignet. Le temps qu'il sorte son portable, je pense que vous aurez le temps de filer...

C'était la meilleure idée qu'elle avait pu trouver, quand bien même elle n'était pas particulièrement originale. Elle avait le mérite d'être simple, facile à mettre en œuvre, et d'être crédible. Elle avait volontairement laissé son téléphone à l'heure américaine, pour pouvoir appeler plus facilement chez elle, et elle pourrait se justifier en disant avoir oublié combien d'heures de décalage il y avait entre les États-Unis et l'Allemagne. Mais il faudrait être précis sur le timing, sans quoi la conversation risquait de s'achever trop tôt ou trop tard, et l'homme aurait tout le loisir de pouvoir suivre les deux scientifiques. Alors qu'elles terminaient d'échanger leurs idées, le docteur Grauber revint vers elle, et proposa au docteur Lorenson de lui montrer ses découvertes en privé. Exactement comme prévu. Lucija ignorait de quoi ils avaient bien pu parler, mais de toute évidence il était impatient de lui faire part de ses travaux... à moins qu'il ne fût pressé de les savoir dans l'intimité de sa chambre. Comment savoir ? Dans tous les cas, ils s'éloignèrent, et Lucija demeura sur place, feignant de ne pas savoir quoi faire. Alors que l'homme passait auprès d'elle, l'air de rien, pour suivre Grauber, elle le héla :

- Excusez-moi ! Excusez-moi ! Euh... est-ce que vous auriez l'heure s'il vous plaît ? Je ne connais pas le décalage horaire, et je me sens un peu perdue sans ça...

L'homme, qui avait laissé l'agacement passer sur ses traits une brève seconde, était davantage concentré sur le couple qui s'éloignait que sur elle, ce qui était une bonne chose. Elle en profita pour mitrailler avec son appareil photo miniature, certaine cette fois d'avoir un cliché de bonne qualité, et l'observer un peu plus. Il avait le visage dur, fermé, et les cheveux très courts. A bien y regarder, il avait même une petite cicatrice sur le cou. Peut-être le vestige d'une balle qui l'avait effleurée. Il avait le type caucasien, et le poil blond. Elle l'aurait dit russe, au premier abord, mais il pouvait tout aussi bien être ukrainien ou géorgien... elle n'en savait rien. Il releva sa manche par réflexe, pour constater qu'il ne portait pas de montre bracelet. Comme elle l'avait prévu. Il ouvrit alors sa veste, sans cesser de regarder ses cibles qui s'éloignaient, laissant le temps à Lucija d'apercevoir la crosse de son arme sous son bras. Un FNP-9, d'après ce qu'elle put voir très brièvement. Toutefois, le fait de voir cette arme avait provoqué une réaction incontrôlée chez elle, et elle avait haussé les sourcils visiblement, en rivant les yeux vers sa poitrine. Cela n'échappa pas au soldat, qui lui répondit vivement dans un anglais dénué d'accent :

- Il est onze heures vingt.

Elle n'eut même pas le temps de le remercier qu'il s'éclipsait déjà, essayant de paraître le plus naturel possible. Toutefois, en le suivant du regard, elle constata qu'il avait perdu la trace de ses cibles, et qu'il regardait de droite et de gauche sans parvenir à les localiser. Le docteur Lorenson avait donc le champ libre. Lucija, un peu stressée à l'idée de s'être trouvée si proche de son suspect, décida de battre précipitamment en retraite. Elle devait quitter cette fête au plus vite, désormais qu'elle avait accompli sa part du boulot. Si elle restait, elle serait immanquablement invitée à danser par certaines des scientifiques présents, qui désormais étaient tous ou presque debout au milieu de la salle. Cependant, elle ne pouvait pas se déplacer comme elle le voulait avec ces talons aux pieds, et ce qui devait arriver arriva. Elle fut remarquée par un danseur légèrement ivre qui se dressa sur sa route, et l'invita poliment à danser. Malheureusement, il était trop aviné pour accepter un refus, et il s'exprimait trop fort pour qu'elle pût le repousser sans éveiller l'attention. Après quelques secondes d'hésitation, elle finit par accepter à contrecœur, et le laissa poser une main sur sa hanche, tandis qu'ils se lançaient dans une valse rendue maladroite par son inexpérience à elle, et son ébriété à lui. Elle dansait, le laissant guider et essayant de suivre, tout en cherchant des yeux le suspect. Elle n'eut en réalité pas besoin de le trouver, car ce fut lui qui la localisa :

- Vous permettez que je vous l'emprunte ? Demanda une voix derrière elle à son cavalier.

Son danseur la lâcha, et elle se retourna pour être presque immédiatement saisie par le suspect. Il avait agi avec spontanéité, sans violence aucune, mais avec une précision telle qu'elle n'avait même pas eu l'occasion de dire non. Feignant la naïveté, elle fit semblant de le reconnaître :

- Oh, mais vous revoilà ?

Elle sentait que ses paroles sonnaient faux, et l'homme la dévisageait avec trop d'insistance pour qu'elle se sentît parfaitement à l'aise. Cependant, il engagea la conversation avec un sourire travaillé :

- Eh oui, c'est moi. Excusez-moi pour tout à l'heure, je n'ai pas été très correct. Je tenais à me faire pardonner. Nous ne pouvions pas en rester là.

Elle essayait de comprendre où il voulait en venir, sans pourtant totalement saisir le sens de sa dernière phrase. Etait-ce dit parfaitement au hasard, ou bien était-ce une menace à peine voilée ? Elle n'aurait su le dire, mais elle répondit avec un naturel saisissant :

- Mais je vous en prie, vous n'étiez pas obligé...

- Je craignais aussi de vous avoir effrayée... La coupa-t-il.

Elle haussa un sourcil :

- Effrayée, moi ? Mais non, qu'est-ce qui...

- Vous vous demandez sûrement pourquoi un scientifique se promène avec une arme sur lui, n'est-ce pas ? Ne vous en faites pas, j'ai un permis. C'est simplement que j'aime me sentir en sécurité... on ne sait jamais sur qui on peut tomber dans une soirée comme celle-ci.

Elle rit, mais au fond d'elle-même, son esprit était en train de réfléchir à toute vitesse. Le danger se faisait plus perceptible, sans être toutefois parfaitement identifiable. Elle ignorait dans quelle mesure elle était compromise, mais savait avoir attiré son attention. S'il parlait ainsi, c'était parce qu'ils étaient en public, mais il avait sans doute prévu quelque chose d'autre. Et dire que pendant ce temps, le docteur Lorenson prenait du bon temps avec leur cible ! La vie était injuste. Cherchant à se sortir de ce pétrin, Lucija répondit :

- Je ne m'en fais pas, rassurez-vous... Je... j'adore les armes, vous savez ?

- Ah vraiment ?

Ce fut le moment que les artistes choisirent pour arrêter de jouer. Les couples se lâchèrent et applaudirent poliment. Lucija, dont l'inquiétude commençait à se muer en une certaine forme d'angoisse, vit là l'occasion de s'éclipser :

- Je suis un peu fatiguée... Je pense que je vais rentrer. Merci pour cette danse.

- Oh mais je vais vous raccompagner. J'insiste.

Son ton était sans appel, et elle dut se résigner à se laisser raccompagner. Il l'escorta donc jusqu'à la voiture qu'on leur avait procurée, et à l'intérieur de laquelle le même chauffeur les attendait. Elle essaya de lui dire que ce n'était pas la peine de se donner tout ce mal pour elle, mais il insista une nouvelle fois et elle fut contrainte de le laisser pénétrer dans la voiture avec elle. Toute cette histoire sentait de plus en plus le piège, mais elle ne pouvait plus s'en dépêtrer désormais. Ils prirent place tous les deux, et le chauffeur démarra. Ce fut d'ailleurs avec ce dernier que le suspect prit la parole en premier, lui parlant en allemand. Ils rirent tous les deux, puis retrouvèrent leur sérieux. Lucija, qui ne parlait pas un mot d'allemand, n'avait pas compris ce qu'ils venaient de se dire, et elle posa la question franchement à son interlocuteur :

- Oh ce n'était rien. Je lui disais simplement que grâce à vous, il pourrait rentrer plus tôt chez lui.

Lucija doutait très sérieusement qu'il ait vraiment dit ça, mais comme elle ne pouvait pas en avoir confirmation dans l'immédiat, elle préféra acquiescer, et détourner le regard pour observer à l'extérieur. La ville, la nuit, était transformée. Le jour, c'était un endroit calme et paisible, une capitale où les gens semblaient normaux dans le sens le plus... normal... du terme. Mais la nuit, il semblait que les bars fleurissaient un peu partout, et on voyait des jeunes de tous les styles traîner dans les rues, échanger des blagues en riant. Ils passèrent dans des quartiers où la fête commençait à peine malgré l'heure tardive, puis gagnèrent enfin leur hôtel, où le chauffeur les déposa silencieusement. La jeune femme sortit, imitée par le suspect dont elle ignorait toujours jusqu'au nom. Il claqua la portière, et alla voir le chauffeur, à qui il parla encore une fois en allemand. L'homme le salua avec un sourire, démarra et s'en alla, laissant les deux silhouettes seules sur le trottoir :

- Mais... Comment allez-vous rentrer ?

- Ne vous inquiétez pas pour moi. Je veux d'abord m'assurer que vous êtes en parfaite sécurité. J'insiste.

Elle fronça les sourcils. Il insistait beaucoup trop à son goût, mais que pouvait-elle faire ? Il s'était débrouillé pour agir publiquement, avec toujours suffisamment de témoin pour l'empêcher de faire quoi que ce fût d'irréparable. Et même en cet instant, ils se tenaient devant l'hôtel où elle résidait. Déclencher une fusillade ici serait complètement stupide. Elle se résigna donc à accepter sa présence plus que gênante, et ils gagnèrent l'intérieur de l'établissement hôtelier. L'homme alla directement vers la réception, et s'adressa au jeune homme qui se tenait là, lui expliquant quelque chose avec force détail. L'employé acquiesça avec un sourire, et décrocha son téléphone. Le suspect revint vers elle, et la guida vers l'ascenseur, où elle fut contrainte d'appuyer sur le trois, l'étage de leurs appartements. Ce fut d'ailleurs là qu'elle le conduisit, avant de s'arrêter devant la porte en brandissant ses clés. Elle déclara :

- Et voilà, je suis rentrée. Votre mission est accomplie, vous pouvez dormir tranquille.

- Allez-vous me laisser sur le seuil de votre porte ?

Elle fut tentée de répondre quelque chose, mais il fut le plus rapide. Il fit un pas dans sa direction, et l'embrassa fougueusement. Ce fut si surprenant qu'elle demeura interdite un instant, instant qu'il mit à profit pour s'emparer de ses clés, ouvrir la porte et l'entraîner à l'intérieur. Elle s'éloigna de lui avec horreur, s'essuyant la bouche, incapable de rien dire. Derrière elle, le suspect referma la porte à clé, et glissa ces dernières dans la poche de sa veste, avant d'allumer la lumière. Elle se tenait face à lui, totalement à sa merci. Il avait agi avec un grand professionnalisme jusque là, et elle se retrouvait coincée dans sa propre chambre, avec cet homme gênant sur les bras. Cette fois, cependant, ils étaient seuls, et elle pouvait enfin se défendre comme elle l'entendait. Mais pouvait-elle vraiment le tuer sans risque, au beau milieu de sa chambre d'hôtel ? Et d'ailleurs, serait-elle suffisamment rapide pour dégainer avec lui ? Elle avait toujours son sac sur elle, mais si elle échouait, il risquait de lui coller une balle en pleine tête avant qu'elle n'eût eu le temps de rien faire. Elle devait encore une fois se soumettre à lui :

- Mais qu'est-ce que vous me voulez ? Vous êtes un détraqué sexuel, c'est ça ?

- Un détraqué sexuel ? Je pensais qu'il y avait quelque chose entre nous... Une sorte d'attirance réciproque. J'ai bien vu que vous m'observiez pendant la soirée, et j'ai pensé que...

Il s'était approché d'elle, mais elle avait fait deux pas en arrière pour se placer hors de portée de ses bras. Toutefois, elle était à un mètre de sa table de chevet, elle-même collée au lit. Elle répondit avec vigueur :

- Je croyais que vous étiez l'assistant du docteur Grauber, c'est pour ça ! Et je pense que je ne suis pas la seule : tout le monde a vu que vous le suiviez partout.

Cette fois, il marqua un temps d'arrêt. De toute évidence, il n'appréciait pas de savoir que sa filature avait été détectée. C'était peu professionnel, et la critique le touchait profondément. Il se reprit rapidement, et répondit, pensif :

- Je comprends, je comprends. Non, je suis simplement un de ses amis... Et j'ai remarqué qu'il avait beaucoup discuté avec cette très jolie femme en robe rouge. Votre patronne si j'ai bien compris. J'ai cru comprendre qu'ils étaient bons amis, voire davantage... Mais je me demande pourquoi ils se sont éclipsés en plein milieu de la soirée, rien que tous les deux.

- Vous devez être sacrément aveugle, alors. Maintenant, si ça ne vous fait rien, j'aimerais que vous quittiez ma chambre, et que vous me laissiez me reposer.

Il sourit :

- Sinon ?

Cette fois, elle sourit :

- AU SECOURS ! A L'AIDE !

Depuis le début, elle savait que les choses ne pouvaient se régler que de deux manières. Soit elle engageait les hostilités, et elle allait sur un terrain très dangereux. Des coups de feu, des blessés, un mort dans l'idéal... mais cela signifiait aussi beaucoup d'ennuis, des questions, et une mission avortée. Ou bien elle tentait de le faire fuir. Elle avait bien réfléchi, et c'était la seule idée qui lui était passée par la tête. Dans un hôtel aussi calme, à une heure aussi tardive, des cris ne pouvaient qu'alerter, et les policiers pouvaient être là en quelques minutes. Il lui suffisait de trouver le bon moment. Elle avait prévu qu'il allait essayer de la faire taire, également, mais s'attendait surtout à ce qu'il sortît son arme pour la menacer. Mais de toute évidence, il était plutôt du genre expéditif. Il se rua sur elle comme un taureau et la frappa durement à la nuque du tranchant de la main. Lucija était une combattante aguerrie, formée aux techniques de défense les plus perfectionnées, mais elle devait reconnaître que ce type-là savait se battre... beaucoup mieux qu'elle. Outre la différence énorme de gabarit, il était rapide et mortellement précis. Et puis il l'avait surprise. Son assaut toucha immédiatement, et la jeune femme s'écroula sur le sol, inconsciente.

Le suspect avait toutefois peur d'avoir été trahi par les cris, et il s'empressa de récupérer un chiffon dans sa poche, qu'il utilisa pour nettoyer la poignée de la porte, et les clés qu'il déposa sur la table de chevet, afin de ne pas laisser d'empreintes. Il s'assura que la jeune femme étendue par terre, et qu'il prenait toujours pour une vulgaire assistante scientifique, respirait encore, avant de quitter les lieux non sans couvrir toutes ses traces. Il n'avait pas eu autant d'informations qu'il le souhaitait, mais il savait désormais où vivait le docteur Lorenson, et chose plus importante : il savait que quelque chose se tramait entre elle et Grauber. Il la considérerait donc comme une menace.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Dim 15 Sep - 2:36


Abigail applaudit poliment à la fin du discours, qu’elle n’avait écouté que de très loin, occupée qu’elle était à monter son plan d’action face à cet inconnu qui suivait de près leur cible. Lucija promit de faire de son mieux pour lui offrir à Grauber et elle une fenêtre pendant laquelle s’éclipser dans la foule. Abigail hocha de la tête, montrant son assentiment. Elle était confiante en la capacité d’improvisation de la jeune Croate. Elle l’avait bien montré, aux dépens de la scientifique, il y a peu… Elle saurait trouver une excuse bidon pour le retenir la dizaine de secondes nécessaire.

Le discours fini, Grauber redescendit vers le niveau du sol, se dirigeant, à nouveau, droit vers Abigail et Lucija. Toujours suivi de cet inconnu, qui n’inspirait pas confiance à la scientifique. Il avait quelque chose dans le regard qui le mettait vraiment à part vis-à-vis des autres scientifiques présents dans la salle. Il était vraiment à son avantage dans ce smoking. Mais non. Elle dirait non à ses avances aussi longtemps qu’elle ne jugerait pas nécessaire d’y céder. Mais vu comme il la reluquait chaque fois qu’il posait les yeux sur elle, Abigail finit par se dire qu’elle finirait par y passer…
-Me feriez-vous l’honneur de me rejoindre à ma table ? Un de mes assistants n’a pu faire le déplacement, sa place est libre, j’apprécierais que vous la preniez.
Abiagil tourna la tête vers Lucija. Ca ne lui plaisait pas trop de la laisser seule. Non qu’elle craigne pour elle physiquement, elle était une grande fille, capable de se défendre au-delà de ce qu’elle pouvait bien imaginer en termes de mouvements de combat rapproché. Non, on risquait surtout de lui poser des questions à caractère scientifique auxquelles elle serait bien en peine de répondre sans qu’elle puisse lui venir en aide et parler à sa place. Mais elle fut devancée.
- Oh... Allez-y docteur, je vous en prie. Vous avez trop travaillé ces derniers mois, et vous avez besoin de vous détendre un peu. Ne vous en faites pas pour moi !
-Très bien… En ce cas, je vous suis, Martin, dit-elle en passant son bras sous celui qui lui était offert par le docteur allemand.

Abigail fut installée à la droite du docteur Grauber à la table d’honneur du dîner de gala. « Place d’honneur sur la table d’honneur… Martin, vous avez quelque chose derrière la tête… » pensa la scientifique. Il devenait évident que pour arriver à ses fins, elle devrait céder aux avances de son hôte. Ca n’enchantait pas davantage la scientifique. Quelles que soient les circonstances, elle avait toujours refusé toutes les avances de ses collègues masculins. Evoluant dans un milieu essentiellement masculin et d’âge mûr, ses premières années en tant qu’assistante de recherche avaient été un cauchemar. Les avances étaient nombreuses : une jolie jeune rousse attirait toujours les convoitises. Mais Abigail les avait toutes refusées, se focalisant sur son travail jusqu’à le rendre irréprochable. C’est durant ses périodes que les nuits blanches se sont accumulées, et qu’elle devint cette femme maniaque, inflexible et perfectionniste à la vie sociale quasi nulle. Parfois, aux petites heures de la nuit, elle se prenait à s’imaginer vivant une vie sentimentale normale, avec des horaires normaux… Mais bon, son caractère resterait son caractère, et elle avait pris un goût confinant au plaisir coupable à mener son monde à la baguette.
-Abigail ? Vous allez bien ? Le docteur Grauber la tira de sa rêverie. L’Américaine reprit rapidement contenance
-Excusez-moi… J’étais… perdue dans mes pensées…
-Ce n’est rien, ma chère. Tous ici savons à quel point vous avez des idées novatrices. Nous feriez-vous la joie de nous parler un peu de vos récents travaux à Washington ?
-Oh, je peux toujours essayer, mais beaucoup n’en sont encore qu’à un stade théorique qui n’a pas encore pu être testé expérimentalement. Je, enfin, mon équipe et moi, pouvons déjà affirmer que…

Le dîner passa à toute vitesse, les plats d’un raffinement exceptionnel et accompagnés de vin français (le péché mignon d’Abigail) se succédant, alors qu’elle expliquait certaines de ses théories les plus récentes, lançant des débats passionnés et réagissant à certaines propositions avec des arguments tous plus pertinents les uns que les autres. La virologie et certaines disciplines de microbiologie eurent une place prépondérante dans les discussions, sujets que la scientifique maîtrisait parfaitement. Bien entendu, elle ne souffla mot d’aucun de ses travaux pour l’ORS. De toute manière, qui l’aurait crue ? Qui l’aurait crue qi elle leur avait dit qu’il existait des virus capables de transformer des hommes en créatures décérébrées et avides de chair humaine ? Et qu’une simple altération génétique ciblée vous faisait entrer dans un état de folie meurtrière à la pleine lune ? Cependant, à mesure que le repas avançait, elle redoublait de vigilance. Elle n’avait pas souvent l’occasion de boire de vin français d’une telle qualité, mais elle savait les effets dévastateurs que pouvait avoir l’alcool sur elle : elle tenait très mal l’alcool, et plusieurs verres de vin avaient sur elle le même effet qu’une bouteille de vodka pour n’importe qui d’autre. De temps en temps, quand le sujet de conversation la concernait moins directement, elle glissait un regard dans l’assistance pour essayer de repérer Lucija. Elle espérait de tout cœur qu’on le lui posait pas trop de questions pièges, sinon leur couverture était fichue… Sur le coup elle se reprocha de ne pas avoir insisté pour la garder près d’elle.

Peu avant le dessert, elle la vit se lever et se diriger vers les salles d’eau. Un scientifique trop entreprenant ? Une esquive à une question piège ? Difficile de dire. Grauber continuait d’animer les discussions autour de la table pendant le service du dessert, où l’ambiance était de plus en plus détendue. Grauber semblait particulièrement détendu, au point de poser discrètement sa main sur la cuisse d’Abigail. Instinctivement, elle se sentit frémir légèrement. Voilà plusieurs mois qu’un homme ne l’avait pas touchée ainsi, toute absorbée qu’elle était par son travail pour l’ORS. Cependant, mission ou pas, elle se refusait catégoriquement à mêler affaires professionnelles et personnelles. Elle repoussa timidement la main avec un sourire sur son visage. Grauber avait déjà quelques verres dans le nez, et elle craignait le pire si ils devaient danser plus tard dans la soirée. Non qu’elle craignît qu’il lui marchât sur les pieds, mais que ses mains s’égarassent trop sur sa taille ou son buste. Elle se doutait cependant qu’elle avait une valeur symbolique à ses yeux. Elle connaissait sa réputation de séducteur invétéré, et des filles de sa promotion à la Humboldt Universität, elle avait été la seule à avoir résisté à ses avances. Elle représentait la dernière à lui avoir dit non.

Une fois les dernières assiettes débarrassées, les convives commencèrent à se lever pour occuper l’espace central de la salle de gala, alors qu’un groupe de musiciens commençait à jouer une première valse anglaise. Abigail s’excusa auprès du groupe, et pénétra dans les toilettes des dames quelques minutes pour se réajuster son maquillage et sa tenue. Elle croisa son regard dans le miroir. Ce qu’elle s’apprêtait à faire s’apparentait ni plus ni moins à de la prostitution, selon elle. Serait-elle capable d’aller jusqu’au bout sans craquer ni griller sa couverture ? L’espace d’un instant, elle eut envie que tout s’arrête, mais elle se ressaisit vite. « Depuis quand tu baisses les bras, ma grande ? Avoues que tu aimerais bien qu’il se passe quelque chose ! Et puis si c’est le seul moyen pour qu’il abatte ses cartes, il va falloir le faire, que tu le veuilles ou non… Ca sera l’occasion de te mettre en chasse d’une VRAIE relation, que tu pourrais aimer durablement… Maintenant, sois souriante et naturelle, ça va être le moment de sortir le grand jeu. »

Abigail ressortit pour trouver Lucija qui la cherchait du regard. Elle lui donna ses intentions pour lui ménager son ouverture.
- Quand il essaiera de vous suivre, je lui demanderai l'heure. J'ai remarqué qu'il ne portait pas de montre au poignet. Le temps qu'il sorte son portable, je pense que vous aurez le temps de filer...
-Bien pensé le coup de la montre. Je ferai en sorte d’exploiter au mieux votre fenêtre. Je m’arrange pour obtenir les renseignements sur le nombre, l’emplacement et la nature des documents, et je vous les transmets demain matin à mon retour. A 9h si je ne suis pas là, appliquez le plan comme nous en avons parlé. Et au passage, Lucija… quand il n’y a que nous deux, en privé… laissez tomber les ‘docteur’, moi c’est Abigail…
C’est ce moment que choisit le docteur allemand pour réapparaître, toujours talonné par le mystérieux individu. « A vous de jouer, Lucija ! » chuchota-t-elle.
-Fräulein Lorenson, j’aimerais avoir votre avis à propos d’un sujet sur lequel je travaille actuellement. M’accompagneriez-vous quelque part où nous pourrions en discuter au calme, autour d’un verre ?
-Je suis tout à votre disposition, Herr Doktor. Je vous laisse nous guider, termina-t-elle en emboitant le pas à l’Allemand, tout en voyant Lucija faire barrage entre eux et l’individu. Grauber ne cessait de déshabiller Abigail du regard. Elle se sentait à la fois valorisée et dégradée : n’était-elle qu’un objet de désir à ses yeux, et rien de plus ? Elle savait pourtant qu’il respectait son esprit scientifique. Elle décida de laisser ses interrogations morales de côté pour le moment, elle avait une mission à accomplir.

Grauber la mena à sa voiture, et le chauffeur les conduisit vers l’hôtel Marriott. Ainsi il avait choisi de descendre dans le même hôtel qu’elle et sa coéquipière ? Simple coïncidence ? Ca commençait à faire beaucoup pour cette seule mission. Mais elle ne s’en formalisa pas, alors qu’ils grimpaient vers le dernier étage de l’hôtel, qui abritait les suites panoramiques. Dans l’ascenseur, elle sentait le regard du docteur parcourir la moindre parcelle de son corps, mais l’alcool lui faisait taire la part d’intellect encore intacte en elle qui se révoltait face à cela. Il sortit ses clés et la fit entrer dans sa suite. Elle devait bien faire la taille de sa chambre (déjà luxueuse) et de celle de Lucija réunies. Un bureau en bois précieux trônait face au lit. Et comme elle s’y attendait, elle y vit un ordinateur portable, un notebook et, posé contre un des pieds, un porte-document en cuir.
« Alors dites-moi, sur quoi vouliez-vous mon a… »

Sa phrase fut coupée dans son élan par un baiser passionné du docteur allemand, qui enlaça Abigail par la taille tout en posant ses lèvres sur les siennes. Prise par surprise, elle ne le repoussa pas tout de suite, mais eut tout de même un mouvement de recul après quelques secondes, alors qu’il portait sa main vers ses seins.
-Martin… vous êtes sûr que c’est une bonne idée ?
-Allons Abigail… Je sais que vous en avez envie depuis que nous nous sommes connus il y a une dizaine d’années. Vous étiez toute absorbée par votre boulot… Il est temps de vous décoincer un peu… dit-il en l’embrassant à nouveau, cherchant à l’aveugle dans le dos de la scientifique un moyen d’ouvrir sa robe.
Abigail lui rendit son baiser. Elle avait effectivement envie. Par le passé, elle avait dressé ses études et son métier comme un rempart infranchissable, mais aujourd’hui, pour le bien de sa mission, elle allait baisser sa garde. Mais nul doute qu’elle se sentirait au plus mal pendant quelques temps encore après.
-Et si je disais oui… Vous me promettez de me montrer ces documents dont vous m’avez parlé tout à l’heure ?
-Vous avez ma parole, Abigail.

La robe tomba des épaules d’Abigail, révélant ses seins nus, alors qu’elle-même retirait la chemise du docteur Grauber. Abigail avait prévu une telle éventualité, et portait une paire de bas noir qui ne firent qu’attiser encore davantage l’excitation de l’Allemand. Elle libéra ses cheveux alors qu’elle était allongée sur le lit, Grauber couvrant la moindre surface de peau nue de baisers. Telle qu’elle était, alors que Grauber achevait de faire glisser sa culotte le long de ses jambes fines, Abigail se sentait à la fois toute-puissante et extrêmement vulnérable. Elle savait qu’en donnant le change assez longtemps, elle obtiendrait ce qu’elle voulait, mais que si on la surprenait ainsi, sa couverture ne tiendrait pas longtemps, et sa réputation dans le milieu serait réduite à néant, ainsi que sa crédibilité. Elle savait pertinemment jouer un jeu dangereux, mais bizarrement, au fond d’elle, ça ne faisait que rendre l’expérience plus excitante.

Il ne fallut pas longtemps avant que Grauber ne s’immisce en Abigail. Elle-même était parcourue de frissons dans tous le corps, gémissant à chaque coup de rein. Mais au-delà du déferlement d’émotions qui la submergeait, Abigail n’en oubliait pas moins sa mission. Allongée sur le dos, elle plaça la tête de son amant entre ses seins, alors qu’elle levait les yeux au ciel. En réalité, elle cherchait la moindre trace d’une caméra cachée au plafond. Elle camoufla son soulagement dans un gémissement plus fort que les autres, avant de porter son attention vers les murs. Un miroir au-dessus du bureau, plusieurs tableaux. L’une des armoires devait renfermer un coffre-fort, il faudrait qu’elle en mémorise la combinaison… Les coups de boutoirs au niveau de son bassin s’accélérèrent, les râles montant parallèlement en intensité, jusqu’à ce moment où Abigail eut l’impression d’être catapultée hors de son corps sous un afflux massif d’hormones, poussant un cri étouffé d’extase pure, avant de rouler sur le côté du lit.

Reprenant son souffle, elle couvrit son corps nu des draps, jetant un regard vers le docteur devenu son amant d’un soir. Son visage respirait le bonheur, comme si il avait réussi un quelconque défi personnel. Abigail décida de le laisser savourer ce moment après l’amour où tout semble tourner au ralenti, avant de lui rappeler sa promesse.
-Martin ?
-Oui ?
-N’oubliez pas votre promesse, dit-elle en lui déposant un baiser sur le front.
-Je n’ai pas oublié, meine Liebe. Attendez…

Il se leva du lit après avoir enfilé un pantalon, puis se dirigea vers l’armoire proche du lit. « Un coffre-fort… » Abigail se pencha de côté pour voir les mouvements de ses doigts sur la manette actionnant l’ouverture de la porte du coffre, elle reproduirait les gestes sur le coffre de sa chambre le lendemain. « A gauche, quart de tour, neutre, droite un tiers, neutre, trois quart droite, neutre, gauche deux tiers, neutre, ouvert ». Même sous le coup d’émotions intenses, Abigail avait foi en sa longue mémoire quasi-photographique. Grauber tira du coffre un dossier bleu de taille standard, moyennement épais, avant d’y adjoindre un dossier similaire prélevé dans son porte-document. Il revint s’asseoir aux côtés de la scientifique, assise en tailleur sur le lit, les draps couvrant son corps.
« Ce sont mes notes préliminaires depuis 6 ans, les plus récentes et fiables sont sur mon ordinateur. Ce dossier contient ce que je pense être un virus d’un type nouveau, jamais prévu par les modèles courants. Voyez vous-même… »

Abigail réajusta ses lunettes sur son nez et saisit le dossier entre ses mains, tandis que Grauber répondait à un appel sur son portable. Elle ne l’entendit pas dire, en allemand, qu’il avait bien compris ce qu’on lui disait, focalisée sur sa lecture.

« Impossible… »

Ce mot résonnait en boucle dans sa tête alors qu’elle tournait les pages en lisant à toute vitesse. Même si son visage laissait transparaître son intérêt pour le contenu du dossier, son esprit était à la limite de la panique. Ces équations, ces relevés, ces plan de prélèvement et de test… elle savait les avoir déjà vus il n’y avait pas si longtemps que ça.

Dans ce laboratoire perdu dans la brousse kenyane.

Faisant de gros efforts de volonté pour garder le contrôle des intonations de sa voix, Abigail émit son opinion sur les formules.
-Un dossier fort intéressant… et novateur, je dois dire. Me permettriez-vous d’y jeter un œil plus attentif dès demain, avec mon assistante ? demanda-t-elle en plantant son regard bleu-vert dans celui du docteur. Toute trace de passion avait disparu, balayé par l’acuité scientifique et la curiosité sans borne qui étaient ses compagnons de longue date.
-Kleine schlaue… Malheureusement, mon labo et moi travaillons encore dessus à titre confidentiel dessus, nous voulons avoir exploré toutes les pistes avant de le laisser lire à quiconque.
-Je comprends, naturellement, dit la scientifique en se redressant. En tous cas, continua-t-elle en posant un baiser sur la commissure des lèvres de Grauber, merci infiniment pour cette soirée merveilleuse, avant de réprimer un bâillement discret.
-Restez donc à dormir ici, j’aurai toujours de la place pour vous Abigail.
-Vous êtes trop bon avec moi, dit-elle en reposant sa tête sur l’oreiller, laissant le sommeil la prendre en l’espace de quelques minutes.

Même si son esprit continuait de tourner à plein régime sur les conséquences de la découverte qu’elle venait de faire, alors que son corps nu reposait enlacé entre les bras de celui qui était maintenant son amant, mais aussi son principal adversaire... « Comment enrayer tout ça ? »

*********

Vers 7 heures du matin, Abigail se réveilla d’elle-même à cause d’un violent mal de crâne. Portant sa main sur la table de chevet, elle retrouva ses lunettes, puis se demanda où elle était. Puis tout lui revint. Le gala, la séduction de Grauber, la diversion de Lucija, sa folle nuit.

Et surtout ce dossier et sa mission.

Avec précaution, elle se dégagea de l’étreinte de Grauber, toujours endormi, et refila sa robe. « Tant pis pour les sous-vêtements, dans le sac. Il faut absolument prévenir Lucija. » De toute façon, elle devait se changer pour sa conférence de l’après-midi. Avant de partir, elle hésita à laisser un mot, avant de se raviser. Inutile de laisser trop de détails derrière elle. Elle prétexterait un appel des Etats-Unis qui l’aura réveillée et forcée partir avant qu’il ne se réveille. Ses chaussures dans une main, elle referma silencieusement la porte de la chambre, mémorisant l’emplacement du mobilier et des documents.

A 7h30, Abigail était dans la salle de bains de sa chambre, sous la douche, et des larmes amères se mêlèrent à l’eau chaude. N’avait-elle donc plus aucune dignité ? Coucher pour obtenir des renseignements. Elle se disait qu’elle ne valait guère plus qu’une vulgaire prostituée embauchée pour collecter des confidences sur l’oreiller. Elle avait beau se répéter qu’elle n’avait fait qu’exploiter le faible que Grauber avait pour elle, son estime personnelle en avait pris en coup monumental. Serait-elle à nouveau capable d’affronter son regard dans le miroir, en sortant de la douche ? Pourrait-elle aimer quelqu’un sans repenser à cette nuit passée ici ? Alors qu’elle se rhabillait d’un tailleur noir pour sa conférence de l’après-midi, elle décida de se confier à Lucija avant de rassembler ses notes et la briefer sur les lieux à examiner. Sans doute parviendrait-elle à lui redonner foi en elle…

Elle fut surprise de trouver la porte déverrouillée et légèrement entr’ouverte. Poussant doucement le battant, Abigail passa la tête dans la chambre, appelant sa coéquipière. Et c’est à ce moment qu’elle la vit, étendue sur le sol au pied de son lit, inconsciente.
« Oh nom de Dieu, putain, non… »
La scientifique jeta son attaché-case sur le sol, faisant s’ouvrir un des battants de la penderie de Lucija, tout en se jetant à terre pour vérifier son pouls. Elle était encore en vie. Assommée par un coup violent à la nuque, à en juger par la marque violacée, mais en vie. Elle se releva et alla prendre un verre d’eau à la salle de bain, avant de le verser en plusieurs fois sur le visage de la jeune Croate, la ramenant progressivement à elle. Puis son regard se porta vers son attaché-case, et de là à la penderie, puis à une valise qui avait échappé à son attention, cachée derrière les autres. Intriguée, la scientifique la prit et en examina la serrure. Un modèle de sécurité, quasiment impossible à forcer sans laisser de traces.

Quoi que cette valise contienne, Lucija voulait le garder caché aux yeux de tous.

Abigail remplit à nouveau le verre d’eau, puis le renversa d’un coup sur la tête de Lucija, achevant de la ramener à elle. Abigail l’aida à s’asseoir sur le lit, puis posa la valise à ses pieds. Le ton était involontairement dur, la scientifique sentant qu’elle ne redeviendrait elle-même que si… que si elle sur-jouait le personnage qu’on lui connaissait : tyrannique, maniaque et perfectionniste.
« Avant de vous briefer sur votre infiltration chez Grauber tout à l’heure, j’ai une ou deux questions… Elle adopta un ton plus doux avant de reprendre : d’abord, que vous est-il arrivé, est-ce que vous pensez avoir besoin de soins ? Et deuxièmement… dit-elle en pointant la valise à ses pieds, le ton se durcissant de nouveau, que contient cette valise pour qu’elle nécessite une serrure impossible à forcer ? »

Abigail planta son regard bleu vert sur la Croate, attendant des réponses, alors qu’elle-même sentait le besoin impérieux de lui faire part de son conflit moral… Mais les réponses d’abord. Elles pouvaient avoir une importance décisive sur la conduite de la mission.


Dernière édition par Abigail Lorenson le Lun 23 Sep - 21:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Dim 15 Sep - 17:50


Saleté d’assistante ! Elle lui avait fait perdre Grauber de vue. Il savait juste qu’il avait pris avec lui l’autre scientifique rousse, puis l’autre lui avait demandé l’heure. Le temps qu’il lui réponde, Grauber et sa nana étaient hors de vue. Il avait beau chercher dans la foule à droite et à gauche, pas moyen de leur remettre la main dessus… Les premières danses s’échangeaient, et toujours pas trace de ce damné Allemand. Il avait dû rentrer profiter de son coup du soir. Et il aurait bien raison, il ne l’avait vue que de loin, mais elle avait l’air sacrément canon. Parlant de ça, il retrouva l’assistante, en train de danser avec un gars qui commençait à avoir un peu forcé sur la boisson. Avec un peu de chance, il pourrait tirer d’elle quelques tuyaux sur sa patronne. Elle collait trop Grauber pour que ça soit innocent…

Il réussit, à force de négociations, à raccompagner la jeune femme à son hôtel, qui, coïncidence, se trouvait être le même que celui de Grauber. Intéressant. Si besoin, son job de surveillance pourrait lui permettre de lui transmettre un message. Pour peu que l’une des deux nanas se montre trop curieuse, il le préviendrait et lui dirait de prendre les mesures nécessaires… Il dirait au réceptionniste de passer le message à Grauber, en même temps qu’il ne souhaitait pas être dérangé. Le tout en allemand, bien entendu, pour ne pas être compris de l’assistante.

Il la ramena à sa chambre, et elle essaya de se débarrasser de lui. Diable qu’elle était jolie, elle aussi, pile dans ses goûts en plus. Cédant à une impulsion soudaine et fort peu professionnelle, il l’embrassa voluptueusement, en profitant pour les faire entrer dans la chambre. Elle prit bien entendu la mouche, demandant ce qu’il voulait, révélant par là-même ce qu’elle croyait savoir de lui. Pauvre petite, elle en savait encore moins que ce que ses commanditaires et lui craignaient… Puis elle commença à appeler à l’aide. « Désolé petite, mais tu me laisses pas le choix… » pensa-t-il avant de lui asséner un puissant coup du tranchant de la main sur la nuque, la mettant instantanément KO. IL lui fallait maintenant partir. Il sortit un mouchoir et prit soin d’essuyer les clés et la poignée de la porte, effaçant ses empreintes, avant de repartir en laissant aussi peu d’indice de son passage que si il avait été un fantôme.

Il ignorait toujours le rôle des deux femmes, mais au moins il savait où elles créchaient. Des infos toujours utiles pour ses commanditaires pour la suite de leur plan…

************

Il n’en revenait toujours pas, mais il se dit qu’il avait peut-être bien d’attendre. Abigail était tout simplement… la meilleure femme avec qui il ait pu avoir une relation. Elle avait fini par baisser sa garde restée levée si longtemps. Il se souviendrait longtemps sans doute de la douceur de son corps, de ses petits gémissement quand il la possédait… Il reprenait son souffle tant bien que mal, cette diablesse aux cheveux de feu l’avait littéralement épuisé. Elle lui rappela sa promesse. Et honnêtement… même si il était tenu par un serment, il ferait une entorse pour elle et lui montrerait ses travaux sur ce qu’il appelait la Transmutation Biologique. Il lui tendit les dossiers contenant ses notes préliminaires, quand il reçut un appel sur son portable.
-Herr Grauber, lui fut-il dit en allemand, votre ami vient de rentrer. Il a un message pour vous.
-Je vous écoute.
-L’amie de votre amie a peut-être des soupçons sur vous. Faites attention, ne laissez rien trainer. Leur curiosité est un vilain défaut.
-Je comprends bien, ne vous en faites pas…
Il raccrocha, et reporta son regard sur Abigail. Qu’elle était belle, juste couverte du drap, les cheveux en cascade, lisant ses notes. Mais il devait rester lucide : connaissant la vivacité de son esprit, elle pouvait très bien se retourner contre eux… Ou bien il pourrait la retourner contre l’ORS, pour savoir les infos qu’ils avaient sur lui et son groupe. Il garderait bien entendu ses documents sous clé dans le coffre. Nul ne saurait le forcer… Il proposa à sa maîtresse d’un soir de rester à dormir, ce qu’elle accepta. La serrant dans ses bras, il s’endormit presqu’immédiatement.

Au matin vers 7h30, il se réveilla seul. Abigail était déjà partie, dommage, il aurait bien essayé d’en profiter encore un peu… Puis la réalité lui revint comme un uppercut de Mohammed Ali : et si elle avait fouillé dans ses documents ? Il la savait du style papillon de nuit, il ne pouvait prendre aucun risque. Son coffre était intact, l’ordinateur aussi. IL pouvait donc déstresser… Mais il lui demanderait, après sa conférence de l’après-midi, les raisons de son départ soudain.

************

Après avoir retrouvé sa coéquipière le matin et l’avoir ramenée à elle, la mission des deux agents de l’ORS devenait d’un coup plus compliquée. Leur couverture avait peut-être été éventée, et leur véritable identités révélées, ainsi que la véritable raison de leur présence. Continuer avec leur plan d’origine et risquer de tomber dans un piège ? Temporiser et demander de nouvelles instructions, risquant de perdre tout contact avec Grauber pour de bon ? Elles devaient se décider avant le début de l’après-midi.

A 14h précises, Abigail Lorenson prenait place au lutrin de la salle de conférence principale, et démarra sa conférence sur ses derniers travaux de recherche dans le civil. Pendant ce temps, Lucija se livrerait à la seconde partie de leur mission…

« En espérant que ça marche… » ne cessait de se répéter la scientifique alors qu’elle exposait ses résultats.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Ven 20 Sep - 22:55

- Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Cria Lucija en se réveillant brutalement.

Elle avait de l'eau plein le visage, et avait l'impression qu'on venait de la torturer sauvagement. Peut-être était-ce dû au fait qu'elle était trempée, qu'elle avait mal dans tout le corps, et qu'elle ne sentait plus son bras droit. Elle essaya de se débattre faiblement, et se rendit alors compte qu'elle était allongée sur le dos, position fort inconfortable qui lui coupait la respiration. Elle gémit à nouveau, et roula sur le côté pour tousser et reprendre son souffle brutalement. Mais elle était totalement déboussolée, incapable de discerner ce qui était de l'ordre du souvenir, du rêve ou de la réalité. Tout se mélangeait en un affreux patchwork terrifiant, kaléidoscope effroyable car parfaitement incompréhensible.

- Mon arme... Mon arme... marmonnait-elle pour elle-même.

Ce disant, elle tendait son bras valide à l'aveugle, jusqu'à attraper son sac à main, qui avait glissé sous le lit. Elle tâtonna à l'intérieur, et finit par laisser ses doigts se refermer sur la crosse. Un immense réconfort la gagna soudain, et ce fut comme s'il y avait eu un déclic en elle. Elle inspira profondément, comme si elle sortait la tête d'un sac de toile, et ouvrit les yeux comme si elle voyait pour la première fois. Son regard se posa alors sur le docteur Lorenson, qui la regardait sans rien dire. Etait-ce une lueur d'inquiétude qui venait de disparaître de son regard, ou bien la jeune croate avait-elle rêvé ? Elle n'en aurait jamais la certitude, car une violente migraine la saisit. Au moment où elle voulut porter la main à sa tête, elle se rendit compte que son bras ne répondait pas. Cédant à une panique fort compréhensible, elle l'examina brièvement, pour constater qu'il était seulement ankylosé, car elle avait passé la nuit couchée dessus, et l'avait privé de sang. Les sensations commençaient d'ailleurs à lui revenir douloureusement... tout comme les souvenirs. Elle se rappela alors de sa soirée catastrophique, de son suspect qui s'était joué d'elle. Il s'était approché vif comme un tigre, puis l'avait frappée. Et là, c'était le trou noir. Elle s'agita brusquement, essayant de se relever malgré l'atroce mal de tête qui la cloua au sol. Portant la main à son front, elle grogna :

- Le type... Il est... Oh ma tête...

Elle laissa sa main redescendre le long de son cou, pour se rendre compte qu'elle souffrait d'un endroit en particulier. Celui où il avait frappé, de toute évidence. Elle préférait ne même pas imaginer la marque qu'il lui avait laissée, sans quoi elle risquait de hurler de rage et de frustration, avant de se jeter follement à sa poursuite. Professionnelle, elle l'était. Impulsive, elle l'était encore bien davantage. Sa première réaction, toutefois, était celle de fuir. Elle ignorait ce que leur suspect savait, mais elle partait du principe qu'il savait tout sur elle, ainsi que sur le docteur Lorenson. Et elle préférait ne même pas songer aux conséquences de cette simple révélation. Il n'était pas revenu, encore, mais il pouvait très bien leur tendre un piège à n'importe quel moment, et essayer de les éliminer. Elle était convaincue d'avoir été démasquée, ce qui pour elle constituait un problème bien pire que la mort elle-même. La fuite restait la seule solution. Elle voulut encore parler, mais elle sentit que sa bouche était incapable de former les mots que son esprit lançait à toute vitesse. Et sa coéquipière dut le comprendre également, car elle l'aida à la relever, avant de l'installer sur le lit. Lucija plongea la tête dans ses mains, essayant de rester lucide malgré la douleur sourde qui lui martelait l'intérieur du crâne, et sa vision troublée par des larmes venues d'ailleurs. Elle essayait de retrouver sa contenance, mais à dire vrai, elle était peut-être un peu choquée. Le réveil brutal d'Abigail avait réveillé en elle le démon d'une séance de torture, et elle devait d'abord s'en remettre pour pouvoir faire son rapport correctement. S'en remettre, et admettre que pour l'instant, elle était en vie et relativement en sécurité.

Ce fut précisément au moment où elle y parvint qu'elle entendit la question du docteur Lorenson, posée sur un ton froid et sec, dénué de toute compassion - tout du moins selon les standards de la tueuse. Le choc lié à sa soirée, couplé à celui de son réveil, avaient fait naître en elle une colère bouillonnante qu'attisa encore l'intervention de la femme rousse. Lucija, se retourna vers elle en lui jetant un regard furieux, et répondit d'une voix un peu tremblante :

- Mais qu'est-ce que ça peut faire !? J'ai failli me faire tuer ! Tu-er ! Mais vous vous rendez compte ou quoi !? Mais vous croyez que c'est ça qui m'inquiète le plus ? Non ! Moi j'ai une famille, et à cause de vous je la mets en danger ! Mais ça, vous ne pouvez pas le comprendre !

Elle se rendit compte trop tard de la portée de ses dernières paroles. Après tout, elle s'adressait à une femme scientifique, entièrement dévouée à son travail, et qui n'avait probablement pas le temps de songer à une vie de famille normale. Mais cela ne signifiait pas qu'elle n'en désirait pas une. Enfoncer le couteau dans la plaie était cruel et injuste, méchant et gratuit. Elle se mordit la lèvre, et baissa la tête :

- Je suis désolée... Je ne le pensais pas...

Et c'était effectivement le cas. La tension redescendit brutalement entre les deux, laissant place à un silence presque gênant que Lucija rompit en prenant dans ses bras la scientifique. C'était un geste peut-être un peu déplacé, mais en l'occurrence elle en avait besoin, et elle avait l'intuition que sa coéquipière aussi. Elle lui murmura encore dans le creux de l'oreille :

- Je suis désolée...

Finalement, après qu'elles fussent toutes les deux calmées et à peu près sereines, la croate rompit leur étreinte, et entreprit de faire son rapport. Elle se leva péniblement, et alla chercher son ordinateur. Elle brancha ensuite le port USB dissimulé dans son collier, et ouvrit le dossier qui contenait un nombre assez incroyable de photos. Certaines étaient complètement ratées, d'autres étaient floues, mais il y en avait quelques unes qui avaient saisi avec précision l'atmosphère de la pièce et, plus important, les visages des convives. Si elles avaient eu un logiciel de reconnaissance faciale perfectionné, elles auraient pu essayer de lancer une recherche de correspondance pour voir s'il n'y avait pas d'autres individus suspects. Mais elles devaient faire avec les moyens du bord, ce qui signifiait "pas grand chose". Elle posa l'ordinateur sur ses genoux, et commença à parler :

- Bon, là ce sont les clichés pris pendant la soirée... et... voilà. Ca, c'est quand je lui ai demandé l'heure. J'ai eu son portrait de près, donc je pense qu'il est possible de l'identifier facilement. Là, c'est quand il a ouvert sa veste. Je n'ai pas pris la photo au bon moment, mais j'ai bien vu qu'il cachait une arme là-dessous. Ensuite... voilà, là il me raccompagne dans la voiture qui nous a été attribuée. A ce moment, je n'ai pas réussi à m'en défaire. Il était insistant, et si je ne voulais pas me faire remarquer, je devais le laisser venir. Il a parlé en allemand au chauffeur, mais je n'ai rien compris, donc j'ignore s'ils étaient de mèche.

Elle passa une série de clichés pris pendant le trajet, et reprit :

- Là, c'est l'hôtel. Il a renvoyé la voiture avant que j'aie eu le temps de dire quelque chose, et il a demandé à me raccompagner jusqu'à ma chambre. Impossible de refuser, et impossible de me débarrasser de lui par des moyens non-légaux. Devant l'hôtel, sans silencieux... autant aller braquer le commissariat le plus proche. Il m'a raccompagné à ma chambre, et là j'ai pensé pouvoir me débarrasser de lui. Mais il m'a...

Elle marqua une brève hésitation, cherchant ses mots. Au souvenir de ce baiser, elle ne pouvait pas s'empêcher de se sentir souillée. Même si c'était dans le cadre de son travail, et qu'elle n'y pouvait rien, elle avait l'impression d'avoir trahi l'homme de sa vie. Et même s'il n'y avait aucune chance qu'il l'apprît, elle n'en demeurait pas moins coupable. Son regard s'égara un instant dans le lointain, tandis que ses pensées s'éloignaient vers sa famille restée aux Etats-Unis, avant qu'elle ne revînt à son travail :

- ...Forcé la main... Il m'a fait entrer de force dans la chambre, trop vite pour que j'aie le temps de rien faire. Là, sur ce cliché vous voyez qu'il tient les clés dans sa main. J'étais donc coincée. Je ne sais pas s'il sait qui nous sommes - il n'en a pas donné l'impression, en tout cas -, mais il s'inquiétait de ce que vous pouviez découvrir avec Grauber. Ensuite, j'ai hurlé pour obtenir de l'aide, mais il m'a assommée avant.

Sur cette dernière phrase, Lucija s'était senti un peu honteuse. Elle avait été dominée de A à Z par cet agent ennemi, qui avait réussi à la mener précisément là où il le désirait, avant de la neutraliser avec une facilité déconcertante. Et pour une professionnelle comme elle - quand bien même sa spécialité était tout autre -, c'était une humiliation cuisante et elle n'aurait de cesse d'avoir pris sa revanche, c'était certain. Cela se lisait dans son regard. Elle interrogea ensuite le docteur Lorenson sur ses découvertes, et crut déceler dans son ton qu'il y avait quelque chose de plus. Elle se montra donc disponible, à l'écoute, et l'invita davantage par la gestuelle que par les mots à se livrer, à exprimer ce qui la taraudait.

Le temps passait rapidement, et la fatigue se lisait de plus en plus sur les traits de Lucija, dont la nuit n'avait pas été des plus agréables. Et le mot était faible. Elle demanda donc à prendre une douche pour délasser ses muscles, et pouvoir avoir enfin l'occasion de quitter sa robe verte peu pratique. Elle en profiterait pour nettoyer son visage couvert de maquillage réparti de manière chaotique à cause de l'eau qui lui avait été jetée à la figure. Elle devait avoir une mine horrible. Elle se leva péniblement, et s'enferma dans la salle de bain, sans avoir abordé à nouveau le sujet de la valise. Elle espérait qu'Abigail ne reviendrait pas à la charge trop rapidement, car si cette fois elle avait eu une bonne raison pour détourner la conversation, cela risquait de ne pas être le cas tout le temps.

Une fois seule, Lucija se laissa aller. Elle avait serré les dents pour endiguer la douleur, et afficher une certaine contenance, mais en réalité elle était comme brisée de l'intérieur. Elle avait l'impression étrange que son corps avait été frappé méthodiquement avec un marteau. Son estomac lui faisait mal... peut-être parce qu'elle avait sauté un repas, et que tout gastronomique que fût leur souper de la veille, il ne valait pas un bon steak-frites. Rangeant sa robe dans un coin, elle se glissa sous l'eau chaude avec un soulagement évident, et manqua s'endormir sous le jet brûlant tant elle était épuisée. Elle sortit rapidement, et s'enroula dans une serviette propre, faisant de même avec ses cheveux, avant de se glisser sous ses draps pour essayer de se reposer quelque peu. Elle ferma les yeux, mais ne parvint jamais à trouver le sommeil. Elle était véritablement trop stressée pour parvenir à se laisser aller dans un endroit où, quelques heures plus tôt, elle avait été violentée. Le souvenir du suspect lui revint en mémoire, et elle fronça les sourcils. Elle ferait tout pour lui coller une balle en pleine poitrine avant la fin de cette mission, pour venger cet affront. Et si ce n'était pas cette fois, elle s'arrangerait pour le retrouver, et lui faire payer.

Se dirigeant vers son ordinateur, elle réexamina les photos, et se dit qu'il pouvait être intéressant de commencer à travailler sur son article. Elle rédigea quelques lignes sans vraiment y penser, car son esprit était tout occupé par le visage du suspect. Elle réfléchissait à la meilleure manière de lui faire payer. Une balle tirée depuis plusieurs centaines de mètres de distance ? Rapide et efficace. Ou bien une mort lente au couteau ? Lent mais plus risqué. Elle ne savait pas vraiment, et pesait le pour et le contre au lieu de se concentrer sur son travail. Elle abandonna alors sa tâche, et entreprit d'envoyer un e-mail sécurisé à un de ses contacts colombien. Il était un excellent informateur, et il pourrait sans doute trouver l'identité et le pedigree de son homme. Elle lui attacha la meilleure photo qu'elle avait de lui, et lui téléphona pour lui faire la demande personnellement. Elle ne le considérait pas vraiment comme une connaissance, encore moins comme un ami, mais c'était un homme fiable qui ne la trahirait pas. Il ne trahissait d'ailleurs personne, et les règles du jeu étaient claires. Il ne lui donnerait aucune info personnelle sur son suspect, et en retour si quelqu'un demandait des infos sur une mystérieuse tueuse croate, il ne divulguerait rien de personnel sur elle. Un nom, une spécialité, quelques faits d'armes... c'était tout ce qu'elle pouvait espérer de lui, mais ce serait déjà beaucoup. Son contact répondit à la quatrième sonnerie, et ils eurent une brève conversation en anglais, à laquelle l'homme finit par répondre :

- Je te rappelle dès que j'en sais plus. Ca ne devrait pas prendre longtemps.

La communication se coupa, et Lucija déposa son téléphone, avant de revenir à des affaires plus urgentes, à savoir préparer son infiltration chez le bon docteur Grauber. Après avoir soigneusement réfléchi à la soirée de la veille, elle en était venue à la conclusion que si son suspect avait des soupçons, c'était davantage vis-à-vis de Lorenson. Elle avait réussi à pénétrer dans la chambre, et à poser les yeux sur les documents extrêmement secrets que l'homme gardait cachés. Elle avait eu l'occasion de découvrir des choses étonnantes, et elle était de fait la personne la plus susceptible de lui jouer un sale tour. De toute évidence, pour eux, Lucija était une simple assistante de recherche, parfaitement inutile, qui pourrait tout au plus se plaindre d'avoir été rudoyée par un des invités qu'elle serait bien en peine de retrouver, et qu'elle aurait bien du mal à identifier. Mais ils ne se doutaient pas qu'elle jouait le même jeu qu'Abigail, et que les deux femmes travaillaient en collaboration. De fait, cela leur donnait un minuscule avantage, qui leur permettrait de continuer leur mission. Une faille ridicule qui ne leur fournissait qu'une fenêtre unique. Elles décidèrent donc d'agir dès le premier jour, afin de pouvoir boucler leur opération rapidement, avant que Grauber eût le temps de modifier ses plans.

Ainsi, lorsque vint l'heure de partir, Lucija avait troqué sa tenue stricte et scientifique contre des vêtements plus décontractés. Pas de rangers, mais des chaussures fiables et solides qui ne la trahiraient pas au pire moment. Pas de treillis, mais un pantalon robuste qui en avait vu d'autres, renforcé aux genoux et aux cuisses pour prévenir les chutes. Pas de blouson camouflé, mais une veste de cuir légère, passée par dessus un gilet pare-balle discret qu'elle portait sur son T-shirt. Une tenue qui, de l'extérieur, donnait un aspect un peu biker, mais qui en réalité offrait un compromis agréable entre protection, discrétion et légèreté. Face au docteur Lorenson, elle faisait un peu tâche, puisque la femme s'était habillée pour aller présenter ses travaux devant un public de spécialistes à un congrès international, mais leur duo décalé n'en était que plus efficace. Ayant retrouvé son aplomb naturel, la jeune croate lança :

- Votre tenue est parfaite. Bon, je résume : vous partez à la conférence. Dès qu'elle commence, vous confirmez la présence de Grauber. Là, je m'introduis chez eux au dernier étage, je dépose le virus, je photographie les documents, et je décolle. Le tout devrait me prendre moins de vingt minutes. Si tout se passe bien, je serais rentrée et couchée avant que vous ayez fini votre introduction.

Elle essayait de montrer à quel point elle pouvait avoir confiance en elle, mais en réalité elle n'en menait pas large. Le plan, tel qu'il était prévu, comprenait une grande part de risque. Séparées, elles n'étaient que plus vulnérables, et leurs couvertures ne les protégeraient pas indéfiniment. Le suspect était peut-être un tueur discret, mais il pouvait très bien décider de se débarrasser d'Abigail en plein milieu de son speech devant les scientifiques. Et pourtant, Lucija ne pouvait pas s'empêcher de se dire qu'elle s'en sortirait bien. Après tout, elle avait rempli ses objectifs sans fausse note la veille au soir, allant probablement plus loin que la croate n'aurait pu le faire. De l'autre côté, cette dernière n'avait pas été en mesure de contrer son adversaire, et elle avait été lamentablement mise hors combat. Elles avaient eu de la chance que leur homme eût pris la fuite sans rien emporter et sans rien découvrir de leurs activités, sans quoi elles auraient été condamnées à battre en retraite. Désormais, il en allait de son honneur et de sa fierté : elle devait réussir pour compenser son échec.

Au moment où Abigail commençait son discours devant l'assistance, et après qu'elle lui eût confirmé par SMS que Grauber se trouvait bien là, la jeune croate se lança à l'assaut. Se déplaçant dans le bâtiment avec un naturel parfaitement déconcertant, elle évitait de se retrouver dans le champ des caméras aussi souvent que possible. Et lorsqu'elle en était incapable, elle faisait en sorte de ne pas laisser l'objectif saisir les traits de son visage. Fort heureusement pour elle, l'hôtel avait beau être étoilé, il n'était pas une forteresse imprenable, et les angles morts étaient nombreux pour qui savait les déceler. Elle gagna donc rapidement le dernier niveau en empruntant l'ascenseur, prenant bien soin de se placer sous la caméra habilement dissimulée derrière un miroir situé en hauteur. Lorsque la cabine s'immobilisa, elle se coula sur le côté et disparut sur le palier. Si quelqu'un regardait un ascenseur apparemment vide bouger, en faisant preuve de beaucoup d'attention, il aurait éventuellement pu repérer quelques centimètres de la manche de son blouson, ou l'ombre de sa silhouette, mais rien de plus. Et la jeune femme comptait sur l'impossibilité qu'il y avait à surveiller étroitement l'écran de toutes ces caméras pour passer inaperçu. Et en effet, il n'y avait aucun danger qui l'attendait, nul vigile venu lui dire qu'elle s'était probablement perdue. Palpant ses poches une dernière fois pour une ultime vérification, elle nota la présence réconfortante de son Glock sous son bras gauche, de la clé USB dans sa poche, et du collier à son cou. Pour le reste, elle avait quelques chargeurs cachés sur elle, un poignard attaché à sa cheville, et son téléphone portable. C'était mince, mais probablement suffisant pour ce qu'elle aurait à faire.

En sortant de l'ascenseur, Lucija prit soin de bien repérer la caméra de surveillance, qui filmait essentiellement la porte de la suite panoramique. Nul autre œil mécanique indiscret pour venir la déranger. Parfait. Elle se coula silencieusement et discrètement dans le couloir, se déplaçant de manière féline, tous les sens aux aguets. Elle était encore dans une zone "neutre", c'est-à-dire où pouvaient passer des civils qui n'avaient rien à voir avec sa mission. C'était la seule raison pour laquelle elle n'avait pas encore dégainé son arme. Mais elle se tenait prête à réagir au moindre signe de danger. Longeant le mur jusqu'à la caméra, elle se positionna sous cette dernière, et la déplaça de quelques centimètres vers le haut. Rien de méchant, mais c'était suffisant pour empêcher qu'on remarquât quelqu'un pénétrant à genoux dans la pièce. Parfait. Elle se déplaça donc jusqu'à la porte, et s'installa pour crocheter la serrure. C'était un verrou magnétique, très difficile à franchir, et protégé par une alarme centrale. Infranchissable... si l'on n'avait pas les moyens de s'acheter une omni-clé. Un simple pass qui permettait de déverrouiller la plupart des chambres d'hôtels. Une arme redoutable pour un sniper, car c'était souvent dans ces bâtiments que l'on obtenait une hauteur suffisante pour surplomber le terrain, et on y bénéficiait de la présence de nombreux civils pour se mêler à la foule et fuir. Elle introduisit l'omni-clé, il y eut un claquement sec, et la porte s'ouvrit. Tout se passait comme prévu. Pénétrant dans la pièce non sans remarquer que l'huis était épais et renforcé, doté d'un système isolant qui rendait la pièce insonorisée, elle referma le battant derrière elle, et se releva.

A peine debout, elle avait déjà l'arme en main, braquée dans la même direction que son regard, qui balayait méthodiquement la pièce. Le docteur Lorenson lui avait dit qu'il n'y avait pas de caméras, mais elle préférait s'en assurer par elle-même. Elle jeta donc un coup d'œil aux alentours, pour s'assurer qu'il n'y avait pas de danger, avant de s'attaquer à l'ordinateur de Grauber. Il se trouvait dans la chambre privée de ce monsieur, dont les volets à demi-ouverts diffusaient une lumière diffuse. Les draps étaient défaits, dernier vestige de la folle nuit qu'il avait passée avec la séduisante scientifique rousse. Lucija fronça les sourcils, préférant ne même pas imaginer la scène, et s'approcha de la machine qui était installée sur une table basse située dans un mini-salon. Elle alluma la bête, et profita de ce qu'elle démarrait pour localiser le coffre fort, caché dans une armoire d'apparence banale. Heureusement qu'Abigail avait mémorisé le code, sans quoi elle aurait été incapable de venir à bout de la serrure monstrueuse qui protégeait les dossiers de l'allemand. L'ordinateur émit un "pom" signalant qu'il était prêt, et la croate décrocha son téléphone pour appeler l'expert scientifique de l'ORS qui devait la guider. Il y eut plusieurs sonneries, entre lesquelles la tueuse se prit à jeter des regards inquiets en direction des différentes entrées, refermant nerveusement ses doigts sur le pistolet qu'elle n'avait pas lâché, avant qu'il ne répondît... bien trop lentement à son goût :

- Allô ? Monsieur Tuck ? ... Oui... Oui, c'est ça, 26081302... Oui... Désolé, j'ai peu de temps devant moi. J'ai l'ordinateur allumé, mais pas de mot de passe, comment je... Pas besoin ? D'accord.

Suivant les conseils de l'expert, elle introduisit la clé dans le port prévu à cet effet. L'image se brouilla une seconde, l'écran devint noir, puis bleu, et enfin une série de caractères s'afficha brutalement, défilant à toute vitesse :

- Oui, je suis toujours là... Ce que je vois ? Euh... C'est difficile à expliquer... Des... des chiffres, apparemment... Hmm... Ah ça, pour défiler, ils défilent. Ca me fait mal aux yeux rien que de regarder. C'est tout ce que j'ai à faire ? ... Ok... Ok... D'accord, je reste en ligne le temps que vous fassiez votre... truc.

Elle s'approcha du coffre fort entre temps, et enfila des gants pour essayer d'ouvrir la serrure. Le docteur Lorenson lui avait fait apprendre par cœur la combinaison, la forçant à la répéter un nombre incalculable de fois, pour être sûre qu'elle saurait l'ouvrir même si elle perdait le précieux morceau de papier qu'elle lui avait tendu. Au final, cet exercice se révéla bénéfique, car elle n'eut même pas besoin d'y jeter un seul regard pour entendre le déclic agréable de la serrure qui s'ouvre, son très sympathique quand on se retrouve dans ce genre de situation. Il n'y avait pas mille dossiers, et elle attrapa celui du dessus, qu'elle ouvrit sans plus tarder, avant de le déposer sur la table. Il n'était pas facile pour elle de prendre les photos tout en tenant son arme et le téléphone, mais elle ne souhaitait pour rien au monde lâcher son pistolet, et Tuck voulait absolument garder contact au cas où, pour une raison indéterminée, son logiciel avait un souci. Elle commença donc à prendre des photos, page par page, ce qui était excessivement long. Mais ce faisant, elle était très concentrée, et lorsqu'un déclic anormal se fit entendre, bien qu'il fût discret, elle l'entendit distinctement. Elle se redressa immédiatement, et se colla contre le mur, observant à la dérobée. La première chose qu'elle vit fut le silencieux d'une arme  à feu qui franchissait la porte. Très lentement. Elle était coincée.

Dans son esprit de militaire, les choses allaient très vite. Elle savait d'instinct que la pièce dans laquelle elle se trouvait ne comportait qu'une seule issue viable, qui débouchait directement sur le salon où pénétrait un homme armé qui ne pouvait être que son suspect. Elle ne pouvait pas fuir, donc, et il lui restait deux options opérationnelles : se cacher ou faire face. La première option était en réalité la seconde parmi ses choix. Elle pouvait en effet toujours gagner la porte du fond, qui était la salle de bain, et s'y abriter. Mais après avoir déballé l'ordinateur et les documents, elle serait tout aussi coincée. C'était davantage un plan de repli. Lui restait donc la seconde option, qui était en tête de liste. Faire face, tirer en premier, et essayer de tuer avant d'être tuée. Elle s'installa donc dans le coin de la porte, un genou à terre, et attendit d'entendre le claquement léger mais caractéristique de la porte. Dans son oreille, une voix se mit à lui parler, mais elle ne répondit pas. Elle n'entendait, pas en réalité. Elle était tout à fait concentrée sur le suspect, et la seule chose qu'elle espérait c'était que Tuck n'avait aucun problème avec la clé. Peut-être s'inquiétait-il simplement de ne plus l'entendre parler ou respirer. Consentant à donner un signe de vie, elle souffla à intervalle régulier dans le combiné, à peine assez fort pour être entendue, mais selon un rythme bien particulier que tout le monde pouvait comprendre : S-O-S en morse. Le silence se fit dans le combiné, alors qu'elle continuait à souffler, mais elle entendit simultanément le claquement de la porte. La pièce était de nouveau insonorisée, elle pouvait y aller.

Elle ignorait quelles étaient les règles de l'ORS dans ce domaine, mais elle sortit de sa cachette, et fit feu sans crier gare. Sa première balle alla se loger dans la porte qui encaissa merveilleusement bien le choc. Les deux suivantes manquèrent son suspect d'un cheveu, et il dut entendre le vent siffler à ses oreilles alors qu'il plongeait sur le côté, derrière un canapé épais. Il n'avait pas eu le temps de répondre, certes, mais il avait été assez vif pour se placer à couvert. Lucija, dont le cœur battait à tout rompre, retourna derrière le mur, et entendit alors une voix qui criait son nom dans l'appareil qu'elle tenait en main. Portant le téléphone à son oreille, elle lança à Tuck sur un ton militaire :

- Contact avec force hostile. Besoin renfort pour extraction. Prévenez Lorenson. Grouillez-vous !

Elle avait un peu cédé à la panique sur ses derniers mots, mais c'était parce que deux balles venaient de passer juste à côté d'elle. Elle bondit à l'abri, et fourra le téléphone dans sa poche. Elle l'entendit crier un instant, avant de devenir muet. Pendant ce temps, elle avait adopté une position plus basse, et avait refermé ses deux mains sur le manche de son arme. Cela lui donnerait probablement la stabilité qui avait manqué à ses premiers tirs. Elle jeta un bref coup d'œil dans le salon, et vit que son suspect s'était déplacé. Il était massif, et pourtant il bougeait vite. Il avait réussi à ramper jusqu'au coin cuisine, et était désormais caché derrière le bar. Plus loin d'elle en termes de distance pure, mais il avait un meilleur angle de tir, désormais. Elle recula vivement alors qu'il tirait à nouveau. Il utilisait un silencieux, mais cela n'annulait pas totalement le claquement sec que produisait son arme, et il était toujours parfaitement perceptible... pour tous ceux qui se trouvaient dans la pièce. Lucija savait qu'elle était prisonnière de cet endroit, et qu'elle n'avait aucune chance de s'en sortir si elle ne prenait pas les devants. Mais elle devait analyser froidement la situation. Elle n'avait pas encore rempli totalement sa mission, et elle devait toujours terminer ce qu'elle avait commencé. C'était primordial.

Alors qu'elle réfléchissait, un appel arriva sur son téléphone. Elle décrocha sans réfléchir, espérant que ce serait du renfort, espérant que quelqu'un voulait lui dire de tenir le coup. Mais non. C'était son contact colombien qui la rappelait, et qui lui parla d'une voix tranquille :

- Allô ? Mademoiselle Radenko ? Je ne te dérange pas j'espère... (Silence). Bien, j'ai trouvé les infos que tu voulais... Ce type, c'est Vassili Silaïev, russe, tueur de classe internationale. Un dossier très impressionnant... C'est un ancien du KGB, comme tous les russes qui se lancent dans le milieu, on dirait. En plus de ça...

Lucija avait eu les infos qu'elle voulait, et elle décrocha du reste de la conversation. Elle devait absolument reprendre la main. En regardant à nouveau, elle vit que son suspect dont elle connaissait désormais le nom se déplaçait encore, pour se cacher derrière un fauteuil en cuir. Il était presque en face de la porte, désormais. Elle tira une balle dans le dossier défiguré à jamais, en espérant qu'elle traversât, mais son arme était de trop petit calibre pour réussir à percer autant d'épaisseur. Le coup de feu fut perçu jusqu'en Colombie, et une voix inquiète lui parvint :

- Lucija, ça va ?

La jeune femme haussa un sourcil. Il ne l'appelait jamais par son prénom. Elle répondit sèchement :

- Envoie-moi tout ça par e-mail, je te rappelle.

Et elle raccrocha dans la seconde. Sortant de sa cachette, elle tira deux balles dans le fauteuil, récupéra les dossiers en vrac, et entreprit un mouvement de repli. Vassili la vit faire, mais trop tard, et lorsqu'il comprit ce qu'elle entendait faire, il constata qu'il ne pourrait pas l'en empêcher. Lucija bondit par dessus le lit, et se rua dans la salle de bain, où elle s'enferma. La pièce était spacieuse, confortable, avec une baignoire en métal derrière laquelle elle pourrait s'abriter si nécessaire. Le loquet ne résisterait pas à la charge d'un colosse tel que le russe, mais s'il ne souhaitait pas prendre une quinzaine de balles dans le corps, il devrait trouver un autre moyen d'entrer. Et cela nécessitait du temps. Du temps qu'elle comptait bien mettre à profit pour photographier, et terminer son travail. Du dehors, une voix lui parvint, alors qu'elle capturait inlassablement l'image de ces pages incompréhensibles :

- C'est fini, rendez-vous...

Elle nota qu'il la vouvoyait, et elle se demanda s'il savait à qui il avait affaire. Probablement que non, à en juger par le ton qu'il employait. Fort bien, elle avait encore une chance de réussir, tant qu'il ignorait sa deuxième identité. Interrompant un moment son mitraillage photographique, elle envoya un SMS à Abigail. Bref, et concis : "SOS". Elle se doutait que pour ne pas ruiner sa couverture, la jeune femme ne pourrait pas l'aider, mais elle priait pour qu'elle accourût aussi vite que possible quand elle aurait terminé son allocution... ce qui pouvait encore prendre plusieurs heures. Elle renvoya un message : "Help. G's room". Puis, cédant à une légère panique, elle envoya : "Check e-mails". Elle ne savait pas si tout cela était très clair, mais elle ne pouvait pas prendre le risque de ne pas finir ses photographies, ni arrêter de surveiller la porte derrière laquelle, elle en était sûre, Vassili était en train de réfléchir à un plan. Les minutes défilaient à une lenteur affligeante, mais au bout d'un temps qui lui parut trop long, elle acheva enfin de prendre ses photographies. Ce problème mis de côté, lui restait maintenant à sortir, ce qui était une autre histoire. Elle sortit son téléphone, pour vérifier si elle avait une réponse, mais rien. Elle envoya donc un nouveau SMS : "Bend down when u go in => camera". Elle espérait que Lorenson comprendrait la gravité de la situation, et agirait en conséquence. Même si, pour être honnête, elle se demandait si la jeune femme ferait le poids face à ce géant. Mais c'était un homme qui s'attendait à affronter un seul adversaire, et l'effet de surprise pouvait toujours se révéler particulièrement profitable. Restait à savoir s'il se laisserait prendre au piège ou non. Entendant du bruit à l'extérieur, elle se focalisa sur la porte. Elle était rongée par la curiosité, se demandant ce qu'il planifiait. S'il avait voulu, il aurait pu appeler la police, pour la faire arrêter légalement et obtenir ce qu'il désirait. Mais c'était de toute évidence un professionnel, et tous les gens du milieu répugnaient à faire appel aux autorités locales quand ils pouvaient s'en passer. Cela les empêchait de se défouler comme ils l'entendaient. Si elle ignorait encore ce qu'il était en train de concocter, Lucija savait que, assurément, ce serait quelque chose de terriblement douloureux.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Lun 23 Sep - 22:44


La première réaction de Lucija, qu’Abigail comprenait tout à fait, avait été de lui ordonner de la lâcher. Abigail s’en trouva rassérénée : elle semblait en état de continuer, même si elle était un peu sonnée pour le moment, Tandis qu’elle l’aidait à s’asseoir sur son lit, Abigail entendait Lucija marmonner des mots parfois incompréhensibles. Elle parla de son arme, sans doute voulant vérifier qu’elle l’avait toujours, puis d’un type, et enfin porta la main à sa nuque, là où le coup avait été porté. Elle avait le souffle court, et le bras ankylosé. Pas étonnant, après avoir dormi dessus toute une nuit. Une fois remise de ses émotions, Abigail avait posé ses questions, et la réponse lui arriva comme un mur de briques en pleine face.
- Mais qu'est-ce que ça peut faire !? J'ai failli me faire tuer ! Tu-er ! Mais vous vous rendez compte ou quoi !? Mais vous croyez que c'est ça qui m'inquiète le plus ? Non ! Moi j'ai une famille, et à cause de vous je la mets en danger ! Mais ça, vous ne pouvez pas le comprendre !

Abigail ne put empêcher ses lèvres de trembler et son poing de se serrer. Comment osait-elle ? Elle savait que c’était son orgueil qui parlait, mais elle devait admettre qu’il y avait du vrai, même si elle ne savait rien de sa vie privée. En fait si, elle savait tout de sa vie privée, vu qu’elle n’en avait aucune.

- Je suis désolée... Je ne le pensais pas... dit-elle finalement en l’enlaçant. Abigail fut tentée de la repousser, mais elle se sentait trop seule et dévastée moralement pour avoir un tel geste. Elle lui rendit son geste, l’enlaçant à son tour, alors qu’elle lui murmurait à l’oreille qu’elle était désolée.
-Non, moi je suis désolée, murmura à son tour Abigail, la voix légèrement tremblante, je n’aurais pas dû… pas dû vous abandonner comme ça, vous parler sur ce ton… Elle ne put retenir une larme de perler au coin de l’œil, qu’elle s’empressa d’essuyer d’un revers de main. Pardonnez-moi… Elle refusait de paraitre faible aux yeux de sa coéquipière. Aux yeux de quiconque, en fait, même si la veille au soir, elle s’était abandonnée dans les bras de la cible de sa mission… « N’y repenses plus jamais, sinon ça te hantera toute ta vie… » Mais cette étreinte lui faisait un bien fou, elle sentait tout son stress et toute ses tensions l’abandonner. Elle faillit retenir Lucija quand elles se séparèrent, mais elle avait des choses à lui montrer.

Les photos qu’elle avait prises la veille avec son collier.

Abigail réajusta ses lunettes, alors que Lucija déployait l’écran de son ordinateur portable, déchargeant les photos. Beaucoup de floues, d’autres mal cadrées, mais bon, viser avec précision avec un collier… Même Mac ou d’autres tireurs d’élite de la base n’y arriveraient qu’avec force difficultés. Néanmoins, il y avait quelques clichés nets de celui qui suivait Grauber, et qu’elle supposa être l’assaillant de Lucija. Au fur et à mesure que les photos défilaient sur l’écran, elle lui décrivait le contexte de la prise de vue, ajoutant parfois quelques commentaires sur des détails des clichés. A un moment, celui précédent l’assaut, elle sembla hésiter. Abigail posa une main compatissante sur son épaule. L’avait-il violentée ? Elle préféra ne pas demander, leurs nerfs à toutes deux étaient à fleur de peau, inutile de refaire monter la tension. Elle semblait aussi dépitée de s’être laissée avoir comme ça, la scientifique pouvait bien le comprendre, qui ne l’aurait pas été ?

« Un objet merveilleux, votre collier… Envoyez à tout hasard les meilleures photos à Tuck, qu’il tente des identifications, ça sera toujours bon à prendre. A moi, maintenant… »
Abigail approcha son attaché-case près d’elle, et en tira quelques feuilles de papier ainsi que son fidèle stylo-plume, qui ne l’avait jamais quittée depuis ses 16 ans et son entrée à l’université avec de l’avance. Elle traça un rapide plan à main levée de la chambre de Grauber, apportant ses explications.
« Voilà grossièrement la disposition de la suite et des meubles. Il y aura un ordinateur portable près de la table basse, c’est lui qu’il faut pirater avec le disque que Tuck nous a remis. Et pendant que nous étions… ensembles… j’ai pu regarder au plafond et sur les murs, pas de caméras. Mais vérifiez tout de même qu’il n’y en a pas de planquées… L’armoire près du lit contient un coffre-fort, une partie des documents se trouve à l’intérieur. L’autre est dans un porte document en cuir posé près de la table basse devant le lit. J’ai pu retenir la combinaison du coffre : gauche, un quart de tour, neutre, droite un tiers, neutre, trois quart droite, neutre, gauche deux tiers, neutre, ouvert »

Mais à l’évocation de la chambre, et surtout du lit de Grauber, sa folle nuit lui revint, telle un spectre venu la hanter. Elle ne savait plus ce qu’elle devait faire : finir son briefing rapidement, au risque de négliger un détail important, ou bien s’interrompre et faire part à Lucija du conflit moral qu’elle éprouvait ? Cette dernière semblait avoir lu dans ses pensées, lui faisant comprendre du regard qu’elle était à son écoute. Abigail décida de saisir l’opportunité.
« Vous avez dû le remarquer, je ne suis d’habitude pas du genre à me laisser faire, et à me montrer forte et dominante. Mais cette fois… j’ai dit oui pour le bien de la mission. Et jamais je ne suis sentie aussi vulnérable, j’ai surtout eu l’impression… de n’avoir été rien de plus qu’une prostituée engagée pour collecter des renseignements sur l’oreiller… Une larme roula sur sa joue alors qu’elle reprenait. J’ai eu l’impression de jeter ma fierté et ma dignité par la fenêtre, mais vous savez le pire dans tout ça ? J’ai quand même aimé ça. J’avais le sentiment que si je donnais le change assez longtemps, il m’aurait donné la formule pour changer le plomb en or… Et je me demande combien de temps ça va me prendre pour oublier tout ça, et avoir une relation normale avec quelqu’un… »
Abigail garda le silence quelques secondes, puis reprit la parole, un peu soulagée d’avoir pu vider son sac sur ses sentiments.
« Mais rassurez-vous, ça ne m’empêchera pas de mener à bien notre mission. Je vous note la combinaison sur un coin de papier, mais il est impératif que vous la connaissiez par cœur. Je veux que vous soyez capable de me réciter la combinaison et de l’appliquer sur la serrure sans avoir à regarder le papier. Je vous donne 3 minutes pour mémoriser la combinaison, ensuite on va s’entrainer sur le coffre de la chambre, c’est le même modèle. » Et pendant plusieurs minutes, Abigail fit refaire la manipulation à Lucija, encore et encore, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus à porter un œil sur le papier. Au bout d’un moment, Lucija demanda une pause pour prendre une douche, qu’Abigail lui accorda sans sourciller. Elle en profiterait pour réorganiser ses notes pour sa conférence de son côté, pendant ce temps. Et décompresser un peu, au passage… Il était important qu’elle paraisse la plus naturelle du monde aux yeux de tous. Et puis, elle présentait le résultat de travaux qui avaient demandés des mois, sinon des années de recherches de sa part et celle de son équipe. Cette pensée lui redonna un peu de fierté, et l’encouragea à donner le meilleur d’elle-même à sa conférence. Mais par acquis de conscience, elle emporterait sur elle son Glock. Elle le démonta, en nettoya chaque pièce comme Mac le lui avait appris, puis le remonta, avant d’insérer les munitions dedans et le placer dans son sac à mains. Elle ne prendrait pas son Smith & Wesson, elle ne le considérait que comme une arme de la dernière chance, qui avait cependant déjà goûté au sang…

En début d’après-midi, elle retrouva Lucija, avant de partir à la conférence. Elle avait réarrangé son tailleur noir, et coiffé ses cheveux en un chignon élaboré. A côté d’elle, Lucija faisait un peu décalée : T-shirt, blouson de cuir, pantalon solide et chaussures fiables, il était évident qu’elle ne comptait pas rester longtemps à la conférence…
- Votre tenue est parfaite. Bon, je résume : vous partez à la conférence. Dès qu'elle commence, vous confirmez la présence de Grauber. Là, je m'introduis chez eux au dernier étage, je dépose le virus, je photographie les documents, et je décolle. Le tout devrait me prendre moins de vingt minutes. Si tout se passe bien, je serais rentrée et couchée avant que vous ayez fini votre introduction.
La scientifique ne put retenir un petit rire à la dernière phrase de sa coéquipière. Il était vrai qu’elle pouvait parler des heures et des heures sur les sujets qu’elle maitrisait, mais jamais elle n’avait fait d’interventions de plus de 3 heures d’affilée. Mais bon, dans l’esprit de beaucoup de gens, les scientifiques parlaient pendant des heures pour leurs conférences…
- C’est bien ce qu’on avait convenu, en effet. Je vous donnerai confirmation que Grauber sera dans la salle, puis un texto quand je ferai une pause, pour savoir où vous en êtes. Et de toutes manières, je n’ai jamais fait des introductions très longues, ajouta-t-elle avec une pointe de malice. Bon courage, et bonne chance. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, mon portable sera posé devant moi…
« Du courage et de la chance… on va en avoir foutrement besoin… »

La scientifique pénétra dans la salle de conférence, déjà bien remplie. Du regard, elle balaya l’assistance, à la recherche de Grauber. Elle le repéra bien vite, celui-ci quitta précipitamment le groupe qu’il avait rejoint pour venir à sa rencontre.
-Abigail, vous voilà… Comment allez-vous, je ne vous ai pas vue ce matin…
-Je vais bien merci. Un appel du labo, au pays, ils m’ont tenu la jambe toute la matinée, pour des broutilles, en plus…
-Oh, je comprends, ne vous en faites pas, ajouta Grauber après un instant de silence. Je ne vous retiens pas, j’ai hâte d’entendre votre intervention.
-Merci, vous ne serez pas déçu.

Abigail se dirigea vers l’estrade, sortant son ordinateur portable qu’elle connecta au vidéoprojecteur de la salle. Elle dégaina ensuite son portable, envoyant un texto à Lucija : « G on site, go for action. ». Grauber prononça quelques mots d’introduction, avant de laisser la place à la scientifique américaine, qui posa son portable réglé sur silencieux sur le clavier de son ordinateur, ainsi elle verrait le moindre message qui s’afficherait. Elle repositionna le micro à sa hauteur, petite qu’elle était, avant de prendre la parole.
« Danke sehr, Herr Doktor Grauber, für diese Einfürung, remercia-t-elle avant de poursuivre dans sa langue natale. Chers consœurs et confrères, merci d’être venus aussi nombreux… », avant d’enchaîner sur son introduction. « Qui ne durera pas 20 minutes, Lucija ! » pensa-t-elle avec un sourire.

Sa présentation la faisait se sentir revivre. Elle était dans son élément, jouait selon ses propres règles, et avait un parfait contrôle sur sa situation. Mais dans un autre coin de son esprit, elle ne pouvait que penser à sa mission. Tant de choses qui pouvaient déraper. Si Lucija se faisait repérer ? Si Grauber avait déplacé ses documents ? Si elles étaient la cible de l’individu qui avait agressé Lucija la veille au soir ? Si un tireur isolé l’attendait, sa tête alignée dans son réticule ? Le temps passait, alors qu’elle exposait les résultats de ses dernières recherches civiles sur les mécanismes de défense biologique des plantes tropicales. Elle annonça une pause de 10 minutes à son auditoire. Alors que l’assemblée se dispersait, elle avala une gorgée d’eau de la bouteille placée sur le lutrin, avant de jeter un œil sur son portable. Rien. Soit Lucija avait tout réussi sans encombre, soit la mission prenait plus de temps que prévu, et c’était soit bon, soit mauvais signe. Lucija pouvait avoir trouvé une véritable mine de documents dans l’ordinateur, ou alors celui-ci était plus ardu à cracker que prévu… Un appel la tira de ses suppositions : Tuck... Lucija avait des difficultés, et était sous feu ennemi. Abigail était entourée de monde, et dut faire de gros efforts pour rester naturelle. Elle lui dit qu'elle avait bien compris, mais qu'il lui était impossible de se manifester maintenant, mais qu'elle s'en chargerait dès qu'elle aurait fini le plus vite possible. A l’heure prévue, elle reprit sa conférence, gardant toujours un œil sur son portable, au cas où Lucija se manifesterait…

Abigail abordait les derniers points de son speech quand son portable se manifesta de nouveau. « SOS ». Puis un autre suivit, « Help, G’s room », qui lui envoya un frisson d’effroi le long de la colonne vertébrale. La scientifique se trouvait face à un choix difficile : planter son assistance pour se porter à l’aide de sa coéquipière et griller sa couverture et, accessoirement, sa réputation, ou bien finir de prononcer son exposé, garder la couverture intacte, mais risquer de retourner aux USA avec Lucija dans un sac mortuaire ? Un nouveau message apparut, « Check e-mails ». Qu’est-ce qu’elle voulait dire avec ce dernier ? Elle avait réussi à envoyer ses photos malgré tout ? Elle ne pouvait pas ouvrir ses mails maintenant, son ordinateur était branché sur un vidéoprojecteur. Il fallait absolument qu’elle expédie sa fin de présentation, pour aller aider sa coéquipière. Chaque seconde comptait. Malgré l’empressement qu’elle mit à passer ses diapositives, elle ne pouvait s’empêcher de penser à Lucija, mais aussi à sa famille. Dans quelle situation s’était-elle retrouvée ? Et surtout si elle y restait, comment annoncer à son mari et ses enfants si elle en avait qu’elle était morte par son inaction ? Abigail finit sa présentation presque en apnée, mais les scientifiques venus l’écouter lui réservèrent un tonnerre d’applaudissements. Elle bénit le ciel qu’aucun n’eut envie de lui poser une question, aussi s’empressa-t-elle de ranger en vitesse son matériel et de quitter la salle.
« Tiens bon, Lucija, j’arrive… »

En entrant dans le lobby de l’hôtel, Abigail sentit son portable vibrer dans sa poche de veste. Un nouveau message de Lucija : « Bend down when u go in => camera » Elle s’était mis dans une situation d’utiliser son arme, nécessitant de ne pas être identifiée ? Abigail garda la tête baissée sur son portable, envoyant un message : « on my way, sit tight ». Elle décida de prendre l’ascenseur, mais s’arrêta un étage avant celui de la suite de Grauber, finissant à pieds par l’escalier. La porte était fermée, mais elle était à peu près sûre qu’elle la trouverait déverrouillée. Elle envoya un nouveau message : « @ door » En espérant qu’elle comprenne.

Abigail entra dans la chambre, refermant silencieusement la porte derrière elle. Repoussant son sac loin sur son épaule, elle en sortit son Glock, faisant sauter la sécurité. Elle aperçut un impact sur le chambranle. Les hostilités avaient commencé sans elle, on dirait… Mais ça leur donnait un avantage : elle pouvait potentiellement prendre l’assaillant de Lucija à revers, et éventuellement le capturer, même si cette dernière notion lui semblait plus irréaliste. Elle l’aperçut, devant la porte fermée de ce qui devait être la salle de bain. C’était véritablement un colosse, même Sam Briggs qui avait fait du basket-ball à haut niveau était moins impressionnant. Sa seule chance de l’avoir était de le prendre par derrière et par surprise. Contourner le lit défait arracha un sursaut de honte et de dégout à la scientifique, mais la galvanisa à prouver qu’elle avait l’étoffe de la femme fiable qu’elle était. Elle leva son arme, alignant la tête du géant qui semblait réfléchir à un plan pour attraper Lucija, retranchée dans la salle de bain. Elle avançait doucement, un pied après l’autre, l’arme braquée sur sa cible.

« Un seul geste de travers, menaça la scientifique en posant le canon de son arme dans le dos de l’homme, et je t’explose la tronche… Lâche ton arme. TOUT DE SUITE ! » hurla-t-elle sur le coup de la rage, en enfonçant encore le canon entre les vertèbres. Elle eut la satisfaction de le voir laisser tomber à terre son pistolet silencieux, qu’elle écarta d’un coup de pied. « A genoux. J’ai dit, à genoux, grogna-t-elle en lui agrippant la chemise, le forçant à s’agenouiller. Mains sur la tête ! » Il leva les mains, se baissant vers le sol, quand il eut un mouvement qu’elle n’avait pas prévu.

L’homme fit un brusque mouvement du bras, désarmant la scientifique. Il lui empoigna le bras, et la projeta deux fois de toutes ses forces contre la porte de la salle de bain. Celle-ci céda contre leur poids combiné, Abigail se trouva projetée au sol, croisant le regard de Lucija, cachée dans un recoin. Sa tête résonnait affreusement, sa vision était brouillée, et elle sentit le goût du sang dans sa bouche. « Partez ! Partez ! » articula-t-elle, poussant un cri de rage et de douleur mêlées. Mais son adversaire était trop fort pour elle. Comment pouvait-elle espérer lutter contre un colosse de plus d’1m85, elle qui dépassait à peine 1m60 ? Il la renvoya une nouvelle fois au tapis, dans la chambre, lui coupant le souffle, aggravant encore sa désorientation et ses saignements et faussant la monture de ses lunettes. Tâtonnant pour se relever, elle sentit un contact sous sa main gauche. Son arme.

Sans réfléchir, elle leva son arme et fit feu dans la direction générale de son assaillant. Une fois, puis encore, encore, et encore, avant d’entendre un cri. Elle avait touché quelque chose. La scientifique porta la main à son visage, la retirant trempée de sang. Elle avait dû s’ouvrir une arcade sourcilière, et saignait abondamment du nez, qu’elle espéra ne pas avoir cassé. Sa mâchoire était douloureuse, mais par miracle aucune dent déchaussée. Sa vision était floue à proximité d’elle, mais claire au loin, résultat de l’hypermétropie qu’elle avait depuis l’enfance. Une forme massive râlait de douleur au sol. Elle-même avait envie de hurler sous le coup de la douleur, mais elle s’y refusait, à la fois par discrétion que par fierté. Dans le doute, elle appela :
« Ivana ? Tout va bien ? »

Maintenant, elles devaient voir ce qu’elles avaient récolté, mais surtout, savoir comment elles allaient débarrasser leur bordel…


Dernière édition par Abigail Lorenson le Ven 27 Sep - 11:55, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 24 Sep - 21:12


Grauber prenait un café au bar de l’hôtel, attendant que son contact vienne à lui. Il avait reçu un message le matin même, après qu’il ait découvert qu’Abigail l’avait laissé seul au réveil. Il venait de commander un deuxième café quand un individu s’assit à côté de lui, commandant à son tour un expresso. Le gars était vraiment immense, une véritable armoire à glace. Et l’air pas commode, non plus, avec ses cheveux ras à la militaire. Le genre de gars à pas énerver. Grauber le laissa prendre la parole en premier.
-Guten Morgen, Herr Doktor. Très belle soirée hier soir, n’est-ce pas ?
-Très agréable en effet. Je suppose que vous en étiez… Mais que vous avez su vous faire discret.
-Pas assez on dirait. Vos amies sont des petites curieuses. Un peu trop au goût de nos patrons. L’une d’elles est venue me voir, pendant que vous faisiez du gringue à l’autre. J’espère qu’elle valait le coup…
Grauber réprima un frisson. Ses patrons savaient-ils donc tout ce qui était arrivé depuis le début de ce congrès ? Si ils apprenaient qu’Abigail avait vu une partie de ses documents… Et si ça avait été la seule raison pour laquelle elle avait accepté ses avances ? Le séduire pour qu’il lui montre ce qu’elle voulait voir ? « La salope… Je savais qu’elle était pas nette… » Il décida de leur faire payer. De manière lente, et douloureuse.
-Qu’est-ce qui vous a pris d’emmener cette femme dans votre chambre ? Et si elle avait vu des documents et qu’elle essaie de vous les voler ?
-Vous voulez vérifier ? Passez donc dans l’après-midi à ma suite, vous pourrez vérifier que tout est à sa place. Lorenson sera bloquée par sa conférence, rien à craindre de son côté. Et son assistante est bien trop cruche pour nous inquiéter…
-Nous verrons bien, Herr Doktor, dit l’homme en se levant, nous verrons bien…

**************

La salle se remplissait peu à peu. Connaissant Abigail, elle se pointerait avec exactement 5 minutes d’avance sur l’horaire, pour avoir le temps de se préparer. Cette salope, elle était encore plus maligne que dans son souvenir. Elle avait parfaitement exploité son faible pour elle, et n’avait accepté de coucher avec lui que parce qu’il l’emmènerait dans sa chambre. Elle faisait un repérage. C’était évident, à présent. Il avait bien fait de demander à son contact de passer dans l’après-midi. Sans dote pourrait-il déplacer les documents… En tous cas, Abigail venait d’entrer. Il alla à sa rencontre, échangeant quelques mondanités, avant de lui demander où elle était de la matinée. « Un appel du pays, ou, bien sûr… plutôt occupée à préparer du vol de document, hein, sale petite pute ? » Ils se dirigèrent tous deux vers l’estrade, il devait prononcer quelques mots en introduction de son speech. Quand elle démarra, il alla se rasseoir, puis au bout de 30 minutes, alors qu’elle était bien lancée, il donna son signal par message.

**************

Vassili faisait semblant de lire un journal dans le lobby de l’hôtel quand reçut un message sur son portable. Cet inconscient de Grauber. Mais qu’est-ce qui lui avait pris, d’amener cette nana à sa chambre ? Elle avait beau être canon, c’était pas une raison pour se laisser baiser à ce point. Dans tous les sens du terme. Mais il ne fallait pas négliger l’assistante autant qu’il l’avait fait… Elle semblait connaitre les armes, et ça, c’était le signe de quelqu’un de formé à les utiliser. Il avait toujours son FNP silencieux sur lui, au cas où. Il accusa réception du message, puis se mit en marche.

**************

« Crawl from the wreckage one more time, horrific memories twist the mind… » Tuck était depuis peu devenu un grand fan de Metallica, et il chantait avec le groupe leur morceau All Nightmare Long, leur dernier album jouant à plein tube dans son labo. Enfin, beaucoup de gens appelaient son labo… comment déjà… ah oui, un « bordel pas possible » ou encore un « capharnaüm sans nom ». C’était Lorenson qui l’avait appelé comme ça, une fois qu’elle avait eu besoin de lui pour réparer un spectromètre. Le mot lui avait tellement plu qu’il l’avait remerciée. Bizarrement, elle l’avait regardé d’un drôle d’air. Cette femme restait pour lui un vrai mystère…

Son téléphone sonna. Farfouillant sous une pile de papiers, il mit plusieurs sonneries à décrocher, alors que Death Magnetic continuait de jouer à fond et qu’il attrapait une tasse de café.
»Tuck, qu’est-ce qu’il vous faut ? Ah c’est vous Radenko, le 26081302, hein ? Vous avez le PC devant vous, vous avez le disque ?... Pas besoin du mot de passe, le disque va le cracker tout seul, insérez-le. Un truc de mon invention, j’ai testé sur des ordinateurs de la base, il a tout percé en maximum 3 minutes par bécane… Dites, vous êtes encore là ? L’écran, qu’est-ce que vous voyez ? … Est-ce que des chiffres sont apparus et défilent à l’écran ? … OK, laissez défiler, c’est le logiciel qui inverse la matrice de codage des données. Bon, veillez à ce qu’aucune fenêtre ne s’affiche, ni que le PC passe hors tension. Et restez en ligne, continuez de me décrire ce qui se passe, je prends la main pour forcer le BIOS et accéder aux registres système et aux connexions avec privilèges admin via la RAM et un fichier tampon… »

Tuck tapait à toute vitesse sur son clavier, entrant des lignes de codes à toute vitesse, passant d’une fenêtre à l’autre à toute allure. Puis d’un coup, le téléphone toujours calé au creux de son épaule, il se retourna vers un autre ordinateur. Ce type était fort en cryptage, en tout cas… Pour qu’il ait besoin de 2 bécanes, il fallait que le cryptage soit en béton. Et enfin au bout de plusieurs minutes de codage intensif, tous les voyants de son interface passèrent au vert. Il était entré. « Et voilà on y est Radenko, maintenant j’ai besoin que vous me guidiez à travers l’ordinateur vers les dossiers en question… Radenko ? … Radenko, vous êtes encore là ? » Il entendit plusieurs souffles dans son oreille, ce qui ressemblait à du morse… SOS. « Fuck, Radenko, tout va bien ? » Et soudain, il entendit des coups de feu, qui le firent sursauter sur sa chaise.
- Contact avec force hostile. Besoin renfort pour extraction. Prévenez Lorenson. Grouillez-vous !
-Bien reçu, j’applique la méthode bourrin et j’envoie un message à Lorenson. On se retrouve de l’autre côté ! Et la ligne fut coupée.
Il composa un nouveau numéro, saisissant son portable d’une autre main en sélectionnant le numéro de Lorenson. Il appela Sam Briggs, le superviseur de la mission, le mettant au courant de la situation, mais recevant comme réponse qu’aucun agent ne pouvait arriver assez vite depuis les USA, il allait contacter l’antenne de Berlin pour dépêcher un agent. Elles allaient devoir se débrouiller seules dans l’immédiat. Quant à Lorenson, elle ne pouvait pas encore intervenir sans se démasquer, lui dit-elle avec cette roideur et ce calme inhumains qui semblait la suivre partout. A cours d’options, Tuck entra plusieurs lignes de codes dans la console de ses deux ordinateurs, puis envoya un texto aux deux agents : « siphonage HD, gardez PC on jusqua 100% defrag » En espérant qu’elles comprennent qu’il avait entré une commande qui viderait entièrement le contenu des disques durs de Grauber vers le sien par un canal sécurisé. Comme pour encourager sa machine à accélérer le transfert de données, Tuck commençait à frapper la mesure en rythme avec sa musique…


**************

Cette nana ne cessait de la surprendre. Lui qui l’avait pris au début pour une assistante un peu cruche incapable de se défendre, elle était en fait la vraie menace : elle avait failli l’avoir, plusieurs fois. Il avait senti le sifflement des balles tout près de son oreille, alors qu’il était entré avec autant de discrétion qu’un chat en chasse d’une souris. Ils avaient échangé plusieurs tirs, et il bénit les hôtels de luxe d’être aussi bien insonorisés, sans quoi ils auraient déjà la police sur le dos… Mais bon, il avait réussi à coincer sa petite souris dans un coin sans issue. Le seul problème était qu’elle avait les documents avec elle, il l’avait vue avec une pile de dossiers. Crétin de Grauber, son coup d’hier soir avait retenu la combinaison du coffre-fort, et devait avoir le mot de passe de l’ordinateur portable… Il fallait qu’il la capture vivante, savoir pour qui elles travaillaient, sa patronne et elle. Il pourrait alors les torturer à l’envi. Lentement…

Puis il ressentit une pression dans son dos. Une pression d’un genre unique, celui d’un canon de pistolet. L’autre scientifique, et au ton de sa voix, elle semblait pas jouasse… Il lâcha son arme, il n’aurait pas besoin de ça pour la maîtriser. Quand elle l’agrippa pour le mettre à genoux, il balaya sa main, attrapa son avant-bras et l’envoya cogner contre la porte de la salle de bain, deux fois. La porte s’ouvrit brutalement, les faisant tomber tous les deux. Elle cria quelque chose. Il l’empoigna par le col et la projeta violemment dans la chambre. Son visage ruisselait de sang, ses lunettes cassées pendant de son oreille. Il marcha vers elle, sortant un couteau de sa poche. Il allait la saigner une bonne fois pour toute, tant pis pour Grauber, il lui souhaitait d’en avoir bien profité de celle-là… puis un bruit assourdissant envahit la pièce, quatre fois, et ses jambes se dérobèrent sous lui. Tombant à terre, il lâcha son couteau. Impossible de remuer sa jambe gauche, il regarda et vit sa rotule partie en esquilles à travers sa peau, et cette damnée rousse, arme à la main… Il ne fallait surtout pas qu’elles le prennent vivant…


**************

Grauber n’avait toujours rien reçu de Silaïev, et impossible de remettre la main sur Abigail à l’issue de sa passionnante conférence. Même si il avait le sentiment qu’elle avait expédié la fin de sa présentation à la vitesse de l’éclair… Ca cachait quelque chose. Il décida donc de monter à sa suite, récupérer ses documents et les cacher ailleurs… Il s’approchait de la porte…


**************

-Des nouvelles, Tuck ?
-Pour le moment, le transfert s’effectue correctement, il est presque fini. Et vous, des renforts pour elles ?
-Rien de dispo de notre côté pour venir assez vite. Et l’Allemagne ne peut rien dispatcher avant 12 heures, un merdier pas possible. Va falloir qu’elles tiennent toutes seules pour le moment… OK, prévenez-les, faites en sorte qu’elles mettent les voiles aussi rapidement que leur couverture le leur permet... On les ramènera. Toutes les deux, et avec les infos qu’on veut.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Ven 4 Oct - 17:39

Retranchée dans la salle de bain, traquée par un tueur professionnel de classe internationale qui semblait particulièrement désireux de l'ajouter à la liste de ses trophées, Lucija ne pouvait pas se fier à grand chose. En vérité, elle ne faisait réellement confiance qu'à son pistolet, qu'elle tenait fermement en main, et à son gilet pare-balle qui se soulevait rapidement, au rythme des poumons qu'il entendait protéger. Mais y parviendrait-il ? Un tir à bout portant contre une protection aussi dérisoire parviendrait sans peine à déchirer le kevlar, et la balle se plairait à se frayer un chemin sanglant et dévastateur jusqu'à son cœur, si elle avait de la chance. Jusqu'à sa moelle épinière, si elle n'en avait pas. Outre ces deux têtes de série, elle pouvait aussi se reposer sur ses deux oreilles (encore que), qui lui indiquaient qu'à l'extérieur, son homme était toujours là, en train de chercher une solution pour rentrer dans la pièce. Il devait être en train d'examiner la serrure, pour voir s'il pouvait la crocheter. Si elle avait dû le juger à son physique, elle aurait dit qu'il aurait plutôt été du genre à défoncer purement et simplement le battant, et à tirer dans le tas avec une arme automatique de gros calibre. Mais depuis le début, il avait fait preuve d'une finesse rare. Elle le voyait plutôt ouvrir lentement la porte sans se découvrir, puis lancer une grenade lacrymogène à l'intérieur. Dans un espace aussi cloisonné, elle suffoquerait en quelques secondes, et ce serait elle qui finirait par sortir et tomber tout droit dans ses bras. Quel que fût son plan, il nécessitait d'ouvrir la porte de manière délicate, et Lucija bénit les constructeurs de l'hôtel d'avoir su pourvoir leurs salles de bain de serrures aussi perfectionnées. C'était peut-être ce qui lui sauverait la vie...

Enfin, il y avait quelqu'un sur qui elle pouvait compter dans cet enfer, et ce fut justement elle qui lui apporta la meilleure nouvelle de sa journée. Son portable s'illumina, et elle s'en empara avec autant de précipitation que si elle attendait de savoir si elle avait gagné cinquante millions de dollars. Ses doigts composèrent frénétiquement son code, si rapidement qu'elle dut s'y prendre à deux fois pour finalement déverrouiller l'engin. Alors, elle lut le message d'Abigail, qui l'informait de son arrivée imminente. Fort bien ! Si elle avait bien compris la teneur des messages de la croate, elle passerait vérifier les e-mails de cette dernière, et pourrait y lire le pedigree de Vassili Silaïev. Le tueur en question devait avoir un dossier impressionnant, et Lorenson saurait qu'elle aurait à tirer sans sommation, si elles voulaient toutes les deux avoir une chance de s'en sortir. Contre un tel homme, il valait mieux prendre des précautions très larges.

Dans cette situation de stress intense, les secondes semblaient défiler à une lenteur effroyable, et la menace qui se trouvait de l'autre côté de la porte semblait toujours aussi proche. Lucija attendait donc patiemment d'entendre les coups de feu qui signaleraient que tout était terminé, et qu'elle pourrait sortir. Son portable l'alerta à nouveau, pour lui dire qu'Abigail était à la porte. Enfin ! Ce n'était plus qu'une question de secondes, désormais. Pourtant, malgré son léger optimisme, la jeune femme gardait son arme en main. Elle préférait ne pas crier victoire trop tôt, ce qui était une erreur fatale dans son métier. Avoir confiance en soi était bien, avoir confiance dans l'autre était déjà dangereux, mais avoir confiance en l'avenir était proprement suicidaire. Une balle perdue, un adversaire pas suffisamment mort, et tout pouvait basculer. Si elle s'en était toujours sortie indemne, c'était pour trois raisons principales : parce que les missions étaient bien planifiées, parce que les adversaires étaient de piètre qualité, et parce que l'extraction était toujours parfaite. Ici, la planification n'avait rien de militaire, et était plutôt un plan sur le tas ; l'adversaire était probablement le plus fort qu'elle eût rencontré hormis les hommes avec qui elle avait servi ; l'extraction semblait être un concept que l'ORS ne maîtrisait pas particulièrement bien. Elle n'avait ni appui, ni contact avec un quelconque agent local qui pouvait l'aider à gagner l'aéroport en quelques dizaines de minutes.

Alors qu'elle ressassait tout ce qui n'allait pas, elle entendit une voix crier de l'autre côté de la porte. A mesure qu'elle percevait ce qui était dit, elle sentait son univers s'écrouler. Le fameux conflit scientifique-militaire émergea au sein de son esprit, et elle s'exclama pour elle-même :

- Elle est folle !

Elle se leva dans l'intention d'aller prêter main-forte à Abigail dans sa tentative déraisonnée de neutraliser un adversaire qui les surclassait toutes les deux, mais s'immobilisa en plein milieu de la pièce au moment où le premier coup sourd fut porté. Ce devait être quelque chose de plus lourd qu'un poing qui frappait pour faire ainsi vaciller les gonds et provoquer des tremblements jusque dans l'échine de la jeune croate. Celle-ci était parfaitement à découvert, et elle battit en retraite avant même que son cerveau lui eût donné une raison valable. Elle se retrouva allongée par terre derrière la baignoire au moment où la porte cédait sous le poids combiné de la scientifique projetée par la violence brutale du russe. Les deux femmes échangèrent un regard, celui de Lucija trahissant très probablement son effroi à voir le visage de sa coéquipière maculé de sang. Elle l'entendit lui hurler de partir, mais elle ne prit même pas la peine de considérer l'option. Au lieu de quoi, elle leva son arme pour essayer d'abattre Silaïev. C'était leur seule chance.

Le tueur fut plus rapide - encore ! - et il s'empara de Lorenson, ce qui força la croate à interrompre son geste, si elle ne voulait pas réaliser par erreur un tir ami. Avec un mugissement de taureau, il la brandit aussi haut que possible, et l'envoya s'écraser par terre avec fracas. C'était digne d'une prise de catch, à ceci près que ce n'était pas du chiqué, cette fois. Lucija en demeura totalement abasourdie, et elle crut vraiment que sa coéquipière s'était brisée la nuque en touchant le sol. Le bruit de son corps rebondissant contre le tapis avait été particulièrement horrible, et malgré ses  nombreuses années de service dans l'armée, il ne semblait pas à la tueuse avoir jamais entendu chose aussi effroyable. En général, elle tuait de loin, de manière propre et professionnelle. Et même dans les entraînements au corps à corps, on leur apprenait à désarmer quelqu'un efficacement et silencieusement. Ce qu'elle venait de voir, c'était la sauvagerie à l'état pur, la seule volonté d'infliger de la souffrance, quels qu'en fussent les moyens. En cet instant plus que jamais, elle se sentait incroyablement vulnérable vis-à-vis de ce russe qui pourtant lui tournait le dos. Sortant un couteau de Dieu savait où, il se dirigea vers Abigail avec la détermination d'un prédateur affamé s'avançant vers une proie désarmée.

Pendant un bref instant, le cerveau de Lucija ne sut plus quoi faire. Abigail était-elle encore en vie ? Y avait-il une chance pour elles deux de sortir vivantes de cet endroit ? Ce russe était-il venu d'une autre planète pour parvenir à les écraser toutes les deux à chaque confrontation ? Elle n'était même pas certaine de pouvoir le tuer si elle le désirait. Cet instant d'hésitation fut interrompu par le claquement sonore d'une arme, et le sifflement aigu d'une balle qui passa non loin de la croate. La deuxième alla ricocher contre la baignoire, et elle heurta l'épaule de la tueuse qui fut projetée en arrière sous la force de l'impact. Son arme lui échappa des mains, et elle se recroquevilla par réflexe, pour réduire la surface de tir de son corps. Les coups de feu cessèrent bientôt, immédiatement suivis par le bruit sourd d'un corps tombant au sol. Alors, un silence étrange s'empara de la scène.

Lucija cligna des yeux pour s'assurer qu'elle n'avait pas rêvé. Elle ôta la main de son épaule, et l'observa : aucune trace de sang. Par chance, la baignoire avait absorbé une bonne partie de l'énergie du projectile, et le reste avait été péniblement encaissé par son gilet pare-balle. Cependant, elle savait que sa peau garderait une marque violacée pendant quelques jours. Mais ce n'était pas grand-chose en comparaison de Lorenson, qui s'était redressée malgré son étourdissement, et qui respirait rapidement en essayant de ne pas inspirer le sang qui coulait abondamment le long de son visage. Aussi incroyable que cela pût paraître, elle trouva même la force de demander à son "assistante" si celle-ci allait bien. Lucija ne prit même pas la peine de répondre, au lieu de quoi elle se releva brusquement attrapa son arme, et fondit sur le tueur.

De l'extérieur, on aurait pu croire qu'elle allait essayer de s'acharner sur son corps, mais il n'en était rien. Elle donna un violent coup de pied dans sa main, pour le forcer à lâcher son poignard qui alla glisser sur le carrelage, hors de portée. Puis, voyant qu'il tentait faiblement de porter la main à son cou, elle enfonça un genou dans son thorax, et ouvrit à sa place sa chemise, arrachant les boutons sans remord aucun. Elle découvrit alors ce qu'elle cherchait : la capsule de cyanure qu'il cachait sur lui, et qu'il entendait croquer pour ne pas avoir à répondre à leurs questions. Elle l'arracha au fil qui était passé autour de son cou massif, et la jeta au loin. Silaïev semblait vaincu, désormais, mais elle préférait ne pas trop le sous-estimer, et elle s'éloigna de fait de ses mains immenses qui pouvaient sans aucun doute encore la briser en deux.

Elle se porta alors vers Lorenson, qui semblait sur le point de tourner de l'œil, ce qui était fort compréhensible. Elle s'agenouilla à côté d'elle, et ôta sa veste pour la lui passer autour des épaules. Après la bataille venait souvent le moment du choc émotionnel, même pour les soldats les plus entraînés. Lucija savait que passer si près de la mort pouvait briser quelqu'un : elle avait déjà vu des hommes très compétents, sûrs d'eux et a priori capables de supporter le pire s'effondrer littéralement après avoir été sous le feu ennemi, avoir été blessés, et en avoir réchappé de justesse. Des gens qui, pour beaucoup, réussissaient à reprendre le service non sans difficulté, et qui pour certains étaient contraints de quitter l'armée. Ils perdaient le sommeil, devenaient paranoïaques, ou bien avaient des crises d'angoisse qui les paralysaient dans leur quotidien. La croate se demandait comment se remettrait Abigail de tout ça, tout en priant sincèrement pour qu'elle trouvât un moyen de surmonter l'épreuve.

La jeune femme avait décidé de ne rien dire, car ses paroles auraient probablement été contre-productives. Or, en cet instant, elle avait besoin d'être parfaitement efficace. Peut-être que Lorenson lui en voudrait plus tard de ne pas avoir été là pour la soutenir, mais pour l'heure elles avaient plus urgent. La fusillade avait laissé un bazar monstrueux. L'appartement tout entier était criblé de balles, en passant par l'entrée jusqu'au coin chambre. Le carrelage avait souffert, et serait irrécupérable. La baignoire garderait longtemps la marque de la balle qui avait ricoché sur elle. Pour le reste, la porte de la salle de bain avait été défoncée, violemment arrachée de ses gonds. La serrure reposait par terre, en pièces détachées. Et puis il y avait les deux blessés. D'un côté, Silaïev qui se vidait lentement de son sang sur les carreaux blancs. De l'autre, Lorenson qui peinait à faire la mise au point, à cause des coups reçus et de ses lunettes déformées. Son sang à elle aussi coulait sur le tapis... autant d'indices qui posaient problème si on considérait le fait que cette mission était quelque peu clandestine. Et nettoyer avec de l'eau et du savon n'y changerait rien.

En pleine réflexion sur ce qu'il convenait de faire, Lucija entendit le cliquetis caractéristique de la porte qu'on est en train d'ouvrir lentement. La jeune femme, réagissant au quart de tour, s'empara de l'arme de Lorenson, vérifia qu'il restait des munitions, et la plaça sans mot dire dans les mains de sa propriétaire, qui n'avait pas eu le temps de réagir. Ainsi armée, elle serait théoriquement en état de se défendre si le nouvel entrant était un agresseur, ou bien d'achever le russe s'il décidait de tenter sa chance et de ramper vers son arme ou sa capsule de cyanure. Aussi silencieuse qu'un félin, la jeune croate se leva et se coula le long du mur, jusqu'à la porte de la chambre. Elle ne prit même pas la peine de jeter un œil de l'autre côté, s'attendant à être criblée de balles par un nouvel ennemi. Au lieu de quoi, elle s'accroupit, et se prépara à tirer à vue sur quiconque la menacerait. Elle entendit distinctement des bruits de pas dans le salon, qui se dirigeaient vers elle. Etait-ce donc à ce point un amateur ? L'homme arriva rapidement au niveau de la chambre, et son pied gauche franchit le seuil. Il n'en fallut pas davantage à Lucija. Se relevant telle une tigresse, elle se saisit du bras de l'inconnu, et le tira en avant tout en réalisant un croc en jambes peu académique. Pas sûr de ses appuis, l'homme trébucha lourdement, et la croate s'empressa de le plaquer contre le mur en lui infligeant une douloureuse clé au bras. Elle plaça le pistolet qu'elle tenait en main contre sa tête, et s'apprêta à lui poser une question, quand le type se mit à baragouiner en allemand :

"Grauber ?" songea-t-elle.

Elle n'aurait jamais pensé qu'il viendrait ici. Il n'osait visiblement pas se retourner, de peur de commettre un impair et de prendre une balle. Lucija en profita pour regarder Lorenson. Après sa nuit passée dans les bras de cet homme, et l'affrontement sanglant qui avait eu lieu, les choses ne pouvaient pas être pire pour elle. Revoir l'objet de sa honte était difficile, mais alors si lui la voyait, ce serait terrible. La croate se souvint de ce qu'elle lui avait dit quelques heures plus tôt. Il lui semblait que cela faisait une éternité :

- Vous avez été jusqu'au bout de votre mission, avait-elle lâché devant les larmes d'Abigail, et vous n'avez pas à vous sentir coupable... ni à en éprouver une fierté particulière. Vous avez fait votre travail : ni plus, ni moins. Je suppose que vous le savez, mais apprenez à vous détacher de votre boulot. Ne mêlez pas professionnel et personnel : jamais ! Vous avez l'impression d'avoir bafoué vos principes, mais qu'auriez-vous pensé si vous aviez reculé au moment fatidique ? Qu'auriez-vous pensé si vous aviez compromis la mission ? Vous vous en seriez voulu toujours, et cela aurait été pire.

Elle avait inspiré profondément, avant de reprendre :

- Ce que vous avez fait est grave pour vous, mais la personne qui vous aimera s'en fichera. Si vous le lui dites, et si c'est le bon, alors il comprendra. Il comprendra que vous êtes une femme tenace, que vous ne lâchez rien, et que vous êtes prête à tout pour les autres. Et surtout, surtout, il comprendra que vous n'aviez pas le choix... Que vous n'aviez pas le choix...

Lucija avait baissé les yeux sur ces derniers mots. Il lui semblait que les mots qu'elle prononçait faisaient écho à sa propre situation, à ceci près que, tentant de réconforter Abigail, elle se mettait elle-même terriblement mal à l'aise. Le jour où Abigail rencontrerait l'âme-sœur, elle parviendrait à partager avec lui cette honte, et à la surmonter. Mais la croate avait déjà rencontré sa moitié... et elle n'imaginait pas devoir lui avouer la vérité. Comment prendrait-il le fait de savoir que celle qu'il prenait pour une journaliste douce et bienveillante allait en réalité à l'autre bout du monde pour assassiner des inconnus, briser des familles et causer des drames ? Comment prendrait-il le fait de savoir qu'elle lui avait menti toutes ces années ? Alors qu'elle avait le choix, elle continuait, et elle n'en était que plus coupable. Lucija s'était levée, et avait lâché comme un ultime conseil :

- La prochaine fois que vous verrez Grauber, regardez-le droit dans les yeux, et montrez-lui à quel point vous êtes sereine. Quitte à mentir.

Avec Grauber dans la pièce, Lucija se doutait bien que les choses risquaient de ne pas être faciles pour Abigail, qui aurait bien du mal à se montrer sereine après tout ce qu'il venait de se passer. Décidément, si elle avait su que les événements tourneraient aussi mal, elle se serait abstenue de donner des conseils aussi légèrement, et aurait soigneusement posé ses mots. Elle aurait par exemple dit : "la prochaine fois que vous le verrez dans un cadre civil normal, et de préférence en évitant de vous faire agresser par un tueur russe gigantesque quelques secondes avant". Oui, elle aurait trouvé quelque chose comme ça. Tirant l'allemand vers la porte, elle le força à quitter la chambre, en faisant en sorte de lui tordre suffisamment le bras pour qu'il ne pût regarder que ses propres pieds et rien d'autre. Et en guise d'avertissement, elle glissa le canon froid de son arme le long de sa joue, de sorte à l'empêcher de tourner la tête.

Elle le lâcha finalement, mais lui glissa immédiatement son arme entre les omoplates, de sorte qu'il ne fût pas tenté de se retourner inopinément. Elle n'avait pas ouvert la bouche, et l'autre ne savait vraisemblablement pas qui le menaçait. Il reprit donc dans sa langue natale, croyant peut-être s'adresser à Abigail. Elle capta son sourire en coin, et lui enfonça un peu plus le canon dans le dos, pour bien lui faire comprendre qu'elle n'appréciait pas, quand bien même elle ne comprenait rien. D'une main habile, la jeune femme procéda à une fouille de Grauber. Il ne portait pas d'armes, mais elle récupéra son téléphone portable, qu'elle s'empressa de jeter au loin. Il n'apprécia visiblement pas, et il le lui fit savoir, mais au point où elle en était elle s'en fichait complètement. Elle vérifia qu'il ne portait pas de micros, sur son col notamment, dans sa cravate impeccable, ou même dans ses premiers boutons de chemise. Elle était minutieuse car paranoïaque, et elle savait avoir tout son temps maintenant que Silaïev était étendu par terre. Elle finit par trouver un petit émetteur caché dans sa poche. Elle le plaça devant les yeux de l'allemand, qui sembla surpris :

- Ich wusste nicht... Commença-t-il.

Lucija fit claquer sa langue. Elle ne comprenait rien à cette langue, et cela l'énervait prodigieusement qu'il continuât à la parler. En même temps, elle se doutait que passer pour Lorenson pouvait avoir des avantages. Il pouvait être tenté de lui avouer des choses qu'il aurait refusé de dire à son assistante s'il persistait à se méprendre. Tant qu'elle se taisait et qu'elle demeurait hors de son champ de vision, elle garderait un mince avantage qu'elle entendait bien pousser au maximum. Elle trouvait également que comme méthode d'interrogatoire, demeurer silencieusement le pistolet prêt à tirer était extrêmement intéressant. Elle se demandait ce qu'il lui raconterait quand il se lasserait de la savoir dans son dos. Attrapant son portable, elle se mit à taper un SMS à l'attention d'Abigail qui était à côté :

"News from Tuck ? Any support ?"

Elle s'interrogeait quant à la façon de sortir de ce traquenard, et trouvait que l'ORS serait bien inspirée de leur envoyer un hélicoptère. Avec le grabuge qu'elles venaient de mettre, elle espérait également que l'organisation était suffisamment puissante pour faire un peu pression sur la police afin de dissimuler les traces, et d'empêcher que les deux femmes ne soient trainées devant la justice. Même si à la réflexion, Lucija n'avait probablement pas laissé d'indices de son passage. La jeune femme baissa la tête vers son portable, attendant qu'Abigail répondît. Il fallait espérer que l'ORS dépêcherait quelqu'un dans l'heure, sans quoi la situation risquait de devenir tendue. Après la fusillade, la prise d'otage... Décidément, cette mission était de plus en plus charmante.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 8 Oct - 21:17


La tête d’Abigail n’avait résonné à ce point que deux fois auparavant dans sa vie. La première, au cours de son passage à l’Académie de l’ORS, où elle avait eu droit à un exercice de stabilisation de l’état d’un agent blessé dans des conditions proches du réel. Autrement dit, elle devait « soigner » le mannequin d’entrainement derrière un talus alors que 10 agents faisaient un exercice de tir à balles réelles au-dessus de sa tête et dans sa direction. Elle n’oublierait jamais le sifflement des balles qui passaient à moins de 20 cm de sa tête… La deuxième fois était intervenue dans une ruelle derrière un bar de Washington, quand elle s’était retrouvée confrontée à un vampire un peu gourmand et qui semblait l’avoir trouvée à son goût… Son Smith & Wesson lui avait sauvé la mise, même si ça n’avait pas été forcément au grand bonheur de sa hiérarchie qui, après lui avoir retiré son port d’armes, le lui avait finalement rendu après réévaluation de son dossier.

Non, cette fois c’était différent. On ne lui avait jamais fait de prise comme ça, ni projetée 3 fois avec violence contre des surfaces dures. Elle était sûre que si on lui faisait une radiographie de son corps à cet instant, le résultat aurait été effrayant. Elle avait du mal à bouger, mais elle était sûre qu’elle n’avait rien de cassé. Son plus gros souci restait la possibilité d’une hémorragie interne, qui elles étaient parfois indolores et potentiellement mortelles en quelques heures. Elle prit la décision que si à la fin de la journée elle se sentait encore mal, elle irait voir un médecin… La scientifique faisait tout son possible, en se redressant tant bien que mal, pour ne pas s’étouffer avec son propre sang, qui coulait abondamment sur son visage et venait s’écraser en grosses gouttes sur le sol. Elle réprima une grimace : ce sang constituait la preuve irréfutable de sa présence à un endroit où elle n’aurait jamais dû se trouver. Elle espérait de tout cœur que Briggs et Tuck avaient prévu la situation où elles se trouvaient, parce que l’improvisation serait plus que désastreuse. Un coup à se retrouver inculpées pour homicide et passer une bonne vingtaine d’années en prison, perspective peu réjouissante au demeurant.

La scientifique faisait des efforts colossaux pour rester alerte et stable sur ses jambes. Sa tête lui tournait horriblement, et ses troubles de vues ne faisaient rien pour l’aider. Elle devina plus qu’elle ne vit précisément Lucija se précipiter sur leur agresseur, arme en main. Abigail crut qu’elle allait l’achever, mais se contenta de s’agenouiller sur lui, d’écarter le couteau de ses mains et lui arracher quelque chose autour du cou. Elle se demande ce qu’elle peut bien vouloir lui prendre… Ainsi donc la pilule-suicide au cyanure ne serait pas une légende exploitée par les auteurs de romans d’espionnage et les cinéastes ? Puis elle se sentit partir sur un côté, victime d’un léger vertige, avant de se redresser aussitôt, toujours déterminée à montrer sa force et sa détermination. Même avec la tête à l’envers comme elle l’avait actuellement.

Lucija se porta à ses côtés, enlevant sa veste pour la passer autour des épaules de la scientifique, un geste destiné à la réconforter autant qu’à la réchauffer. Abigail la réajusta sur ses épaules, veillant à ne pas trop saigner dessus, alors qu’elle fouillait dans son sac à la recherche d’un mouchoir pour essuyer le sang maculant son visage.
« Merci, réussit à articuler la scientifique en tournant son regard vers sa coéquipière. Vous en faites pas pour moi… je survivrai… »
Lucija ne répondit rien, regardant autour d’elle en évaluant les dégâts causés à la suite de Grauber. Abigail suivit son regard, encore un peu désorientée, et rajusta tant bien que mal ses lunettes sur son nez.

Puis il y eut un bruit. Celui d’une porte s’ouvrant lentement. « Ca recommence… »

Lucija fut la plus rapide des deux. Elle ramassa le Glock tombé à terre, en vérifia le chargeur, puis le mit entre les mains de la scientifique. Instinctivement, Lucija la lui avait mise dans la main droite, sa mauvaise main, aussi Abigail plaça-t-elle la crosse au creux de sa paume gauche, referma sa prise de sa main droite et leva son arme, doucement, en direction de l’entrée de la chambre alors que Lucija prenait position contre le chambranle, agile comme un félin. L’Américaine aurait donné n’importe quoi pour avoir une telle souplesse de déplacement. Mais avec de la pratique, ça finirait par venir… « Juste que je me fasse pas déboiter la tête à chaque fois… ». Les pas gagnèrent en volume sonore, la porte s’ouvrit et un pied apparut. Sa coéquipière jaillit de sa cachette, et un croc-en-jambe et une clé de bras plus loin, leur visiteur était plaqué au mur, jurant en allemand. D’une voix qui envoya des frisons dans le dos d’Abigail.

Grauber.

A cet instant précis, Abigail se trouvait confrontée à un choix qui lui demandait un effort colossal de volonté. Sa honte refit surface, et rien n’aurait pu la retenir de se racheter à ses propres yeux. Elle avait son arme à la main, et assez de colère en elle pour ne rien regretter de son geste. Elle fantasmait déjà sur son geste. Presser la détente, expédier une balle de 9mm dans le crâne de cet individu à qui elle s’était abandonnée après lui avoir tenu tête si longtemps, et mettre un terme à sa misérable existence, lavant sa honte dans son sang étalé sur le mur. Mais d’un autre côté, capturer et interroger Grauber pourrait s’avérer une opération tentante. Il pourrait, sous la pression d’un interrogatoire judicieusement mené, cracher tout un tas d’infos sur ses travaux, et même davantage si il faisait partie d’un tout plus grand.

Néanmoins, le souvenir de sa nuit précédente revint à la charge. Elle se revoyait dans les bras de cet homme, abandonnant tous ses principes auxquels elle s’était raccrochée pendant des années, dans le but justement d’éviter une telle situation, de se retrouver à coucher avec un collègue, ou même une personne qu’elle serait amenée à côtoyer durant le travail. Même si Lucija avait su trouver les mots justes pour la réconforter le matin même, Abigail n’arrivait pas à effacer totalement sa honte à ce souvenir. Ca lui prendrait sans doute des semaines, mais elle avait raison : celui qui l’aimerait vraiment lui pardonnerait. Restait à savoir qui ça serait, et quand elle le trouverait. Mais dans l’immédiat, la scientifique n’avait qu’une envie : céder à son fantasme, et presser la détente.

Mais alors qu’elle alignait le canon de son arme sur la tête de l’Allemand, que Lucija gardait délibérément coincée de manière à ce qu’il ne puisse voir ni elle, ni Abigail, la réalité la rattrapa aussi brutalement que ses derniers contacts avec le sol. Tuer Grauber ne ferait que compromettre encore davantage leur situation. Et surtout, que penserait-on d’elle à après ça ? On ne confierait jamais à nouveau le commandement d’opérations sur le terrain à un agent qui tue sur un coup de tête la cible de sa mission, sans la moindre couverture ni rien ? On la jugerait moralement instable, et se verrait alors retirer définitivement toutes les missions sur le terrain, chose à laquelle elle se refusait catégoriquement. Non, il fallait qu’il reste en vie, même si ça n’enchantait en rien la scientifique américaine. Prenant une série de longues et profondes inspirations, elle se força à baisser son arme et réenclencher la sécurité, non sans avoir le visage déformé par le masque de dégoût que lui inspirait le personnage. Elle tiendrait sa revanche sur lui, un jour, mais pas avant d’en avoir extrait la moindre information. Et cette fois, elle se montrerait beaucoup moins aimable que la dernière fois… Reprenant contenance à grand peine, Abigail parvint à évacuer ses derniers vertiges, s’asseyant sur le rebord du lit, et jeta un regard circulaire sur ce qui l’entourait : le tueur en train de lentement se vider par son genou réduit en échardes, la suite criblée de balles de petit calibre, Lucija qui tenait Grauber en respect par une clé de bras serrée, elle-même le visage maculé de sang

Il fallait qu’elles mettent les voiles. Le plus vite possible.

La fusillade avait dû s’entendre partout dans l’hôtel, tout insonorisé qu’il fût. Impossible qu’une dizaine, voire une vingtaine de coups de feu d’armes de poing passent inaperçues. La police devait déjà être en route, avec des unités d’intervention armée, à coup sûr. Abigail s’empara de son portable, et composa le numéro de Tuck, alors que Lucija emmenait Grauber hors de sa vue, attendant que la porte se soit refermée avant de commencer à parler.

« Tuck, Lorenson, 26081302 commença-t-elle à voix basse, gardant son arme braquée sur leur agresseur, au cas où… La situation devient intenable… Non, vous ne savez pas, répliqua-t-elle d’un ton cassant. On a fait deux prisonniers, potentiellement pour interrogatoire, et le SWAT local qui va nous tomber dessus d’un instant à l’autre… Il a fallu nous défendre, quelqu’un a tenté de nous doubler… Il va falloir qu’on se tire d’ici au plus vite, dites-moi que… QUOI ?! Vous vous foutez de moi ?! »
« Pas possible… Bordel comment on va faire… » La scientifique réfléchissait à toute allure, comment les extraire en si peu de temps avec une cargaison imprévue au programme ? Puis elle eut une idée. C’était risqué et difficile, mais ça pouvait éventuellement marcher si tout se passait comme elle le supposait.
« J’ai une idée de plan, mais ça risque d’être délicat… Et Abigail lui expliqua son plan. Avant que Tuck ait pu ajouter quoi que ce soit, elle ajouta d’un ton n’appelant aucune réplique, mais toujours de sorte à ne pas être entendue au-delà de la pièce : Débrouillez-vous pour que ça marche, on a besoin d’une extraction rapide !... On reste en contact, privilégiez le message texte, appel vocal en cas d’info importante uniquement, on est dans un putain de foutu guêpier, là ! » Et Abigail raccrocha.

Elle décida finalement de se relever, leur agresseur immobilisé ne risquerait plus de leur causer de soucis avec son genou réduit en miettes, et passa dans la salle de bain se débarrasser du sang qui maculait son visage. L’opération prit quelques douloureuses minutes, et permirent à la scientifique de reprendre un semblant d’apparence humaine, même si le haut de sa chemise et de son tailleur étaient fichus. Elle put voir l’emplacement de quelques coupures, et put constater avec soulagement qu’aucun os de son visage n’avait été cassé. Elle revint ensuite s’asseoir, portable en main.

Quelques minutes plus tard, Abigail reçut un message de Lucija, demandant des nouvelles du pays et de Tuck. Abigail envoya à son tour un texto.
« Backup OM but evac might get hot. Stand by 4 more detail. Anything from G ? »

Il fallait que ça marche, sinon elles étaient bonnes toutes les deux pour tomber pour effraction, séquestration et homicide. Abigail jeta un œil par la fenêtre après quelques minutes qui lui semblèrent avoir duré une éternité, une voiture qui ressemblait à une voiture de police banalisée se gara au pied de l’hôtel, et vit un homme en sortir… « Putain de mission… Faut vraiment que ces putain d’autres documents valent autant de l’or qu’on l’espère… »
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 17 Oct - 15:56


La douleur était véritablement insupportable. A la fois physique et morale. Il avait déjà suivi des cours de torture, il savait ce qu’une rotule est capable de supporter avant de casser. Et telle qu’elle était, il serait bien incapable de remarcher normalement. D’où sa frustration morale : lui, Vassili Silaïev, vétéran du KGB, qui avait survécu à des coins pourris comme l’Afrique et les Balkans, venait de se faire avoir par une amatrice, qui tenait son arme de la mauvaise main, et en tirant au hasard. Lui qui était juste venu pour mettre des documents de ses patrons en sûreté, il venait de se faire avoir… Incroyable !

Il allait tendre sa main vers son cou, et porter à sa bouche sa pilule de cyanure, mais cette fois l’autre fut plus rapide, et arracha son issue de sortie en même temps qu’elle écartait son couteau. Cette fois c’était fini, plus moyen de ne plus se laisser prendre… Tant pis. Il appliquerait, même si il avait espéré ne jamais avoir à la faire, les cours du KGB sur la résistance aux interrogatoires. Il resterait muet comme une tombe, quoi qu’on lui inflige, quoi qu’on lui dise. Ils ne sauraient rien. SI ça se trouve, le plan d’évasion de ces deux gonzesses serait aussi foireux que leur plan d’action. Et là il pourrait prendre la tangente. Enfin, il l’espérait, alors qu’il voyait la brune intercepter et emmener dehors cet incapable de Grauber et la rousse le tenir en joue maladroitement, puis aller se laver le visage. Tsss, vanité féminine, ça ! Il aurait bien essayé de s’en aller mais sa rotule le clouait sur place, et elle passa un coup de fil pour son extraction.

En fait cette nana était carrément folle… Mais ça pourrait lui donner une ouverture pour s’enfuir…

***********
Il en apprendrait chaque jour un peu plus sur Lorenson, alors qu’il était violemment plaqué au mur de sa suite, le bras à la limite de la rupture. Non seulement elle était devenue une menteuse experte et sournoise, mais en plus elle savait se battre. Il fallait au moins un entrainement militaire pour immobiliser un homme comme ça, il le savait il avait déjà vu Silaïev à l’entrainement une fois. « Eh bien, si j’avais su, commença-t-il en allemand, je vous… aïe ! » Et en plus, elle avait de la force, la garce ! « Lâchez-moi, enfin ! ».

Mais ses supplioques trouvèrent lettre morte, qaund il fut emmené à l’extérieur de la chambre, arme pointée entre les omoplates. La femme qui le tenait en respect (mais qui ne pouvait être qu’Abigail, l’autre assistante n’aurait jamais pu faire un coup comme ça…) entreprit de le fouiller au corps, jetant au loin, et à son grand déplaisir vu le prix qu’il y avait mis, son portable, ne négligeant aucune cachette, et lui présenta un micro-émetteur dissimulé dans sa poche. Il était aussi surpris qu’elle, il ne savait même pas que ce truc était là ! Un coup de Silaïev datant de ce matin, instigué par leurs patrons ? Ca se pouvait, il savait à quel point leur paranoïa était démesurée concernant les projets en cours.

« Je ne savais pas, dit-il en allemand. Ca doit être un coup de ce russe ! » Mais rien ne lui répondit d’autre que le silence. Lorenson avait bien changé, décidément… On l’avait briefé, dans l’éventualité où il aurait à en répondre aux autorités ou n’importe qui d’extérieur à ses travaux : ne jamais parler. Aussi se tut-il. Mais il le taraudait de ne pas savoir qui était derrière lui, même si il restait presuadé que c’était la scientifique américaine, il avait un doute. Il fallait qu’il en sache plus, et tenta de se retourner, sentant une vague diminition de la pression sur son bras. Mais à ce moment, des coups furent frappés à la porte

***********

L’autre manie de James Tuck, à part d’être un bordélique notoire, était de tout le temps jouer avec un stylo quand il faisait son travail. Tout le temps, à son bureau, en réunion, quand il réparait un truc dans un labo, il avait toujours un stylo entre les doigts à le faire tourner. Mais c’était surtout quand il était stressé que les stylos se mettaient à virevolter. Et en ce moment, avec Briggs pendu au téléphone derrière lui et les données qui arrivaient d’Allemagne, son stylo n’avait jamais tourné aussi vite. Et quand le téléphone sonna, il se précipita de sur sa chaise en reconnaissant le numéro de Lorenson. Il fit signe frénétiquement à son collègue, qui lui dit de le brancher en conférence téléphonique avec son correspondant, avant que Tuck ne décroche.

- Tuck, Lorenson, 26081302 Toujours ce ton raide et froid, inhumain selon Tuck. Elle parlait à voix basse, comme si elle avait peur d’être entendue.
- Content de vous entendre, Lorenson, vous êtes en conférence avec Sam Briggs. Où ça en est, de votre cô…
- La situation devient intenable…
- Ouais, j’ai eu Radenko tout à l’heure, on sait, d’ailleurs…
- Non, vous ne savez pas, répliqua-t-elle d’un ton cassant. On a fait deux prisonniers, potentiellement pour interrogatoire, et le SWAT local qui va nous tomber dessus d’un instant à l’autre
- Vous avez quoi ? intervint Briggs. L’idée de faire des prisonniers au cours de cette mission ne lui était même aps venue à l’idée, et pouvait se révéler à double tranchant : si Grauber disapraissait en plein milieu de l’événement qu’il présidait, ça éveillerait à coup sûr les soupçons, mais en même temps, il pourrait être une véritable mine d’information quant à ce qui se savait de l’ORS et de certaines… expériences relatives aux spécimens dont l’ORS avait la charge de savoir la menace qu’ils représentaient… C’était typique de Lorenson, ça. Partir dans une direction qu’on le lui avait pas indiquée, mais rapporter des résultats qui en valaient souvent la peine. Comment est-ce que vous…
- Il a fallu nous défendre, quelqu’un a tenté de nous doubler… Il va falloir qu’on se tire d’ici au plus vite, dites-moi que…
- Lorenson, calmez-vous et écoutez-moi attentivement. Briggs avait repris le ton qu’il utilisait quand il jouait au basket à l’université pour guider ses joueurs, ou plus récemment à l’armée quand il s’adressait aux hommes sous ses ordres avant une mission. Nous sommes actuellement en conférence téléphonique avec le chef d’antenne de l’ORS pour l’Allemagne et l’Europe de l’ouest, et la situation est assez tendue. Aucun agent ne pourra venir vous extraire depuis les USA avant demain au mieux, et les Allemands ne peuvent pas dispatcher un agent avant plusieurs heures…
- QUOI ?! Vous vous foutez de moi ?! »
-Du calme, Lorenson, à nous non plus àça nous plait pas ! Nos informations ne nous permettaient pas de savoir que celui qui a tenté cette manœuvre contre vous allait se manifester… Lorenson, vous êtes toujours là ?
- J’ai une idée de plan, mais ça risque d’être délicat…
-On vous écoute…
-Faites débarquer une escouade de police et une équipe médicale, comme pour une scène de crime, mais menée par un agent de l’ORS briefé sur la situation. Nous serons emmenées par l’équipe médicale pour soins, l’autre comme cadavre et Grauber par la police. Ensuite emmenez-nous vers l’aéroport, avec un avion prêt pour extraction et retour au pays.
-Lorenson, je sais pas trop si…
- Débrouillez-vous pour que ça marche, on a besoin d’une extraction rapide !... On reste en contact, privilégiez le message texte, appel vocal en cas d’info importante uniquement, on est dans un putain de foutu guêpier, là ! » Et Abigail raccrocha.

Briggs fit signe à Tuck qu’il pouvait couper sa ligne, et reporta son attention à son correpsondant dans son propre téléphone.
« Vous avez entendu ma coéquipière… Je compte sur vous pour mettre son plan à exécution, et trouver un moyen de garder un total contrôle sur les médias et les forces de police locales. Je ne veux aucune bavure, ces agents sont détentrices d’informations capitales, elles doivent impréativement revenir chez elles en vie ! »

***********

Au téléphone, ça paraissait déjà compliqué, mais une fois la voiture garée au pied de l’hôtel Marriott, la situation semblait se compliquer d’un coup. Comme par un fait exprès. Les hôtels de luxe comme celui-là, l’agent Friedrich Kammer les détestait, c’était un vrai cauchemar pour les extractions discrètes parce que par définition, le luxe attire le regard. Saisissant son portable, il composa le numéro qu’on lui avait transmis par briefing et attendit qu’on décroche.

« Fraülein Lorenson, commença-t-il, si vous êtes en mesure parler sans éveiller l’attention, toussez un coup… Parfait. Je suis l’agent Kammer, je suis votre ticket de sortie d’ici. Dans 10 minutes, je monterai avec une escouade de police et une équipe médicale, ne faites pas de vagues et ne vous opposez pas à elles, ça fait partie du plan de sortie, briefez votre équipe. Vous serez emmenées par l’équipe médicale, puis nous nous dirigerons en ambulance vers l’aéroport de Schonefeld, un avion se tiendra prêt en bout de piste pour vous ramener chez vous. Préparez-vous, nous arrivons, mot de passe : ‘Agent fédéral’, puis suivez nos instructions comme si vous étiez des victimes de cambriolage et prise d’otage. »

Bien entendu, des voitures de police étaient déjà garées devant l’hôtel, et même ce qui ressemblait à un van de journalistes. C’est eux que l’agent allemand alla voir en premier, leur faisant bien comprendre qu’une opération de police était en cours, et que la presse serait prévenue en temps utiles. Bien entendu, il ne leur précisa pas que leur communiqué de presse serait bidon, mais il n’en avait que faire… Puis il retourna aux voitures de police, exhibant sa (fausse) carte d’agent du gouvernement fédéral allemand en leur demandant un breifing sur la situation. C’était tendu, on parlait de cambriolage qui avait mal tourné, des coups de feu échangés, possible prise d’otages.
« Je veux dix hommes avec moi, je prends le contrôle de cette opération. J’entends que vous suiviez à la lettre chacune de mes instructions, et que vous ne posiez AUCUNE question, c’est bien clair ? Devant l’assentiment général bien que teinté de suprise et de méfiance, il continua : Rassemblez aussi une équipe médicale et préparez une ambulance, il y a probablement des blessés. OK, go, on y va ! »

Kammer pénétra dans l’hôtel, arme rangée dans son holster de hanche, à la tête de sa petite équipe et accompagné de 3 ambulanciers, et monta rapidement au dernier étage. Il frappa plusieurs grands coups à la porte de la suite. « AGENT FEDERAL ! METTEZ VOS MAINS BIEN EN VUE, NOUS ALLONS ENTRER ! » Il dégaina son arme, et fit signe à l’homme à côté de lui d’ouvrir la porte, alors qui’l vérifiait que sa poche contenait bien les seringues hypodermiques qu’on lui avait confiées en partant. De quoi faire roupiller n’importe qui assez profondément pour une bonne quinzaine d’heures, lui avait-on dit… La porte s’ouvrit, e til entra, arme levée.

Drôle de spectacle que celui qui s’offrait à sa vue : deux femmes, une rousse, l’air désorientée, arme posée près d’elle, une brune qui tenait un homme de taille moyenne à l’allure bien mise par une clé de bras assez violente, et un deuxième homme avec une rotule en charpie allongé au sol, le tout dans un cadre de luxe qui avait pris quelques balles... Kammer régit à la vitesse de l’éclair, s’approchant de la brune et de son prisonnier, seringue au creux de la main, et en déchargea le contenu dans la jugulaire de Grauber. « Anesthésiant, 15h » glissa-t-il rapidement, avant de rejoindre en vitesse l’équipe médicale et d’administrer le même traitement au blessé.

« Donnez-moi vos armes, et gardez vos mains bien en vue, ces hommes vont vous escorter en bas, je prendrai vos dépositions sur ces événements. »
Il tendit la main, et une fois qu’il eut reçu les armes, les glissa à sa ceinture et prit la brune par l’épaule, les amenant à l’ascenseur. Une fois les portes refermées sur lui, un des infirmiers et les deux femmes, il parla de nouveau.
« Un avion vous attend à Schonefeld, il va vous rappatrier chez vous avec vos documents et vos prisonniers. J’ai envoyé un homme dans vos chambres récupérer vos affaires, elles seront dans l’avion quand vous arriverez. »
L’ascenseur s’arrêta, Et Kammer reposa sa main fermement sur l’épaule de Lucija. « Désolé, mais il faut donner le change… » et ils sortirent dans le lobby de l’hôtel, vers sa voiture.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 22 Oct - 13:51

Lucija referma son téléphone portable, avec un soupir à la fois soulagé et inquiet. La réponse de sa coéquipière était à la fois porteuse d'espoir, en ce sens qu'elle leur garantissait une sortie, mais elle recelait une part de mystère. La jeune croate n'avait jamais eu l'occasion de se lancer dans une mission mal préparée, et ses évacuations se passaient toujours sans difficultés. Elle prévoyait au moins deux ou trois sorties à chaque fois, et se débrouillait pour ne pas avoir à se retrouver sur un terrain qu'elle ne maîtrisait pas. C'était l'avantage du tireur d'élite, qui pouvait choisir l'endroit d'où il attaquerait, et qui ne se retrouvait jamais pris au dépourvu. Mais ici, il fallait dire que l'hôtel était un endroit absolument effroyable. Des couloirs à n'en plus finir, des caméras à tous les angles, et la possibilité pour un bataillon des forces spéciales de boucler le tout en quelques minutes. Il fallait d'ailleurs sans doute remercier l'ORS à Berlin, qui avait dû faire tout son possible pour empêcher les commandos de débarquer en force et en masse, tirant sur tout ce qui portait une arme. Ils auraient très probablement collé une douzaine de balles sur la petite brune, croyant sauver Grauber d'une agression violente.

En parlant de Grauber, l'allemand continuait à baragouiner dans sa propre langue sans qu'elle comprît rien de ce qu'il essayait de lui dire. Mais elle devinait, à son intonation, qu'il était en train de chercher à gagner sa confiance. Il devait toujours croire qu'il s'agissait de Lorenson, même si l'absence de réponse de la part de la personne qui lui tordait le bras risquait de le faire douter. Tandis que Lucija consultait ses messages, et lisait donc les informations que lui transmettait Abigail, elle sentit que sa proie essayait de se retourner. Etait-il à la recherche d'une quelconque confirmation ? Souhaitait-il identifier formellement ses adversaires ? Si le micro marchait toujours, peut-être qu'il cherchait à prononcer son nom à haute voix, pour la compromettre définitivement. Elle écrasa le minuscule appareil au creux de son poing, et s'apprêta à frapper durement l'allemand sur le sommet du crâne, quand soudain des coups portés sur la porte résonnèrent. Ils s'immobilisèrent tous deux, alors qu'une voix retentissait de l'autre côté.

Il n'était pas nécessaire de parler allemand pour comprendre qu'il appartenait aux forces de l'ordre, et qu'il projetait de pénétrer de force dans l'appartement. Tout ce qui tiendrait une arme à ce moment-là serait considéré comme une potentielle menace, et risquait fort d'être mis en joue par une dizaine de canons. Lucija, qui n'appréciait pas devoir se séparer de son arme alors que c'était la seule chose qui tenait Grauber en respect, rengaina tout de même son Glock dans son holster, et attendit que l'inévitable arrivât. On ouvrit la porte sans délicatesse, et immédiatement un groupe de policiers se rua à l'intérieur, en criant à qui mieux mieux. Ils braquaient leurs armes dans toutes les directions, et se déployèrent de manière assez professionnelle pour quadriller le périmètre, et s'assurer qu'aucun individu armé ne se cachait nulle part. Un homme s'approcha de Lucija, et parut surpris de voir qu'elle était toujours en train de tordre le bras de Grauber, qui pourtant lui rendait au moins vingt kilos. D'un geste expert, il dégaina une seringue, et la planta dans la gorge du scientifique, qui s'affaissa presque instantanément. Alors qu'elle se penchait pour l'aider à tomber sans se cogner la tête, le policier lui glissa qu'il s'agissait d'un anesthésiant longue durée. Elle avait déjà compris qu'il s'agissait d'un agent de l'ORS déguisé, venu pour les sortir de là, mais ce murmure le lui confirma. Cela lui permit également d'apprendre que les autres policiers, qui se dirigeaient maintenant vers elle, n'étaient pas au courant de toute l'histoire, et qu'il valait mieux rester discrets.

Une équipe médicale, facilement reconnaissable au fait qu'ils ne portait pas d'armes, et qu'ils étaient tout de blanc vêtus, se fraya un chemin entre les gorilles de la police allemande, pour vérifier que les individus présents dans la pièce allaient bien. Lucija fut prise en charge par deux hommes, qui vérifièrent qu'elle n'était pas blessée. Elle les repoussa gentiment, cherchant à dissimuler son gilet pare-balle et son arme cachée sous son bras. Mais l'agent de l'ORS n'était pas né de la dernière pluie, et il se dirigea vers elle en tendant la main, et en lui réclamant son arme. Elle jeta un bref regard aux autres policiers, qui n'avaient toujours pas lâché leurs armes, et qui n'apprécieraient sûrement pas de la voir résister. Alors, vaincue et incapable de trouver une autre solution, elle sortit son arme sans gestes brusques, et la déposa dans les mains de leur sauveur, qui la remercia brièvement, avant de leur expliquer la suite du plan. Lorenson venait de faire son apparition, l'équipe médicale sur les talons. Elle paraissait avoir retrouvé un peu l'équilibre, et en essuyant le sang qui avait coulé sur son visage, on retrouvait les traits durs et froids qui la caractérisaient. Elle semblait avoir surmonté - temporairement du moins - le choc des événements. Elle craquerait peut-être plus tard, mais pour l'heure elle savait se montrer professionnelle.

Alors qu'elles s'apprêtaient à sortir, et à laisser leurs prisonniers entre les mains des autorités compétentes, l'agent de l'ORS posa une main sur l'épaule de la croate. Elle le dévisagea pour la première fois, mais il ne laissa rien paraître de ses émotions, et la guida vers l'ascenseur le plus proche. La jeune femme fit attention à ne pas être prise dans le champ de la caméra, et elle se servit en cela des autres personnes qui l'encadraient pour se cacher habilement. Ainsi, même un examen minutieux des systèmes de sécurité ne parviendrait pas à la trahir. La cabine se mit à bouger après que les portes se fussent refermées sur eux, et ils plongèrent vers le rez-de-chaussée, où les attendait très probablement une horde de journalistes désireux de couvrir l'événement. Le pire cauchemar de Lucija, qui était de toute évidence en proie à une nervosité difficilement contrôlable. Pour elle, en effet, il y avait beaucoup en jeu. Une seule photo d'elle, une seule image furtive prise de son visage par un caméraman chanceux, et cela pouvait signifier un danger considérable sur sa famille... ou pire. Si son compagnon apprenait ce qu'elle faisait réellement... elle préférait ne même pas penser à cette option. La porte s'ouvrit, et elle inspira profondément, prête à plonger dans la cage aux lions, tout en se demandant si ses talents pour passer inaperçue fonctionnerait au milieu d'une foule désireuse de la démasquer...

De nouveau, la main de l'allemand se posa sur son épaule, et cette fois elle ne parvint pas à s'empêcher de répondre :

- C'est pour ma protection ou pour mon arrestation ? Dans le premier cas, je n'en ai pas besoin, et dans le second je vous souhaite bonne chance.

Elle savait dépasser les limites en lui parlant ainsi alors qu'il était en train de lui offrir une porte de sortie, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de défier tout ce qui lui donnait des ordres, et de montrer par pur orgueil qu'elle pouvait s'en sortir par elle-même. Il ne relâcha toutefois pas sa prise, et ils continuèrent à avancer. Alors qu'ils se déplaçaient dans le hall de l'hôtel, vers la sortie, Lucija se détendit perceptiblement. Tout était enfin terminé... Elles allaient pouvoir quitter cet endroit horrible, être rapatriées en avion jusque chez elles, et pouvoir prendre un peu de repos. En plus, elles avaient réussi à récupérer tous les documents, et elles avaient fait prisonnier les deux personnes qui pouvaient leur en apprendre davantage. Une mission parfaitement menée, malgré les imprévus.

- Stop ! Stop ! S'écria Lucija à quelques mètres de la porte derrière laquelle ils pouvaient voir les silhouettes des policiers et des journalistes.

Tous se tournèrent vers elle, étonnés par sa réaction. L'allemand voulut l'entraîner vers l'avant, croyant qu'elle s'inquiétait simplement de la présence des caméras et des photos, mais elle se dégagea d'un brusque mouvement d'épaule, et fit deux pas en arrière :

- Pas question qu'on passe par là ! Ca sent le piège !

Elle savait ne pas être cohérente, mais il lui paraissait évident que quelque chose se tramait. Trop de détails qui lui revenaient en tête maintenant qu'elle y réfléchissait, et qui l'incitaient à ne pas se présenter à découvert, au dehors. Un tireur d'élite sentait ces choses-là mieux que quiconque : l'agencement des lieux, la grande entrée avec des bâtiments en face qui offraient des angles de tir exceptionnels, et des sorties nombreuses. On pouvait facilement imaginer qu'un tueur entraîné pouvait avoir rejoint un poste de tir, et qu'il abattrait à vue les deux femmes qui sortiraient du luxueux hôtel. Mais ce n'était pas la simple paranoïa d'une militaire entraînée à prévoir le pire. Non. Elle avait vu le Silaïev essayer d'attraper une capsule de cyanure. Elle avait trouvé un micro dans la poche de Grauber. Elle avait bien noté que ces documents étaient secrets au point qu'il était nécessaire de tuer ceux qui risquaient de s'en emparer. Jamais un homme comme Grauber n'aurait pu engager seul un tueur du niveau de Silaïev. Il y avait forcément quelqu'un d'autre derrière tout ça. Quelqu'un qui ne pouvait décemment pas les laisser partir en vie.

- Écoutez, il est hors de question que nous prenions cette sortie ! Lorenson, bon sang, vous ne voyez pas ce qu'il se passe !?

Elle en appelait à l'esprit analytique de la scientifique, espérant que celle-ci comprendrait où elle voulait en venir. Mais pour l'instant, en observant le regard de l'agent de l'ORS allemand, et celui de l'infirmier, elle avait plutôt l'impression d'être devenue complètement folle. Elle s'était presque mise à crier, tant l'idée de sortir à découvert lui paraissait horrible. Maintenant qu'elle y songeait, elle se disait qu'un tueur isolé pouvait s'être caché parmi les photographes, les journalistes, ou même parmi les agents de police, voire même les infirmiers. Comment savoir s'il n'était pas déjà dans l'hôtel ? S'il n'était pas dans le hall avec elles ? Lucija recula encore un peu, dévisageant avec une grande méfiance l'allemand et l'infirmier, qu'elle plaçait au même niveau de dangerosité malgré que l'un fût armé et l'autre apparemment pas. Avant que quiconque eût eu le temps d'essayer de la calmer, elle lança :

- Le russe voulait nous tuer, et Grauber ne devait pas être animé de meilleures intentions ! Avec tout ce qu'ils ont à cacher, vous pensez sincèrement qu'ils s'arrêteront là ? Ils n'ont pas hésité à agir en plein milieu d'un hôtel de luxe, dans le cadre d'une réunion internationale... Vous pensez qu'abattre quelqu'un sous l'œil des caméras leur ferait peur ? Avec la panique générale, cela prendrait des mois d'enquêter, et on se concentrerait plus sur critiquer la police que sur les véritables motifs de l'assassinat.

Elle marqua une pause, pour retrouver une contenance, avant de finalement lâcher :

- Je vous en prie, est-ce qu'il y a une autre sortie ? Un autre moyen de transport pour rejoindre l'aéroport ?

L'agent allemand de l'ORS paraissait quelque peu désemparé. L'extraction était supposée se passer sans problèmes : récupérer les deux agents sous couverture, les conduire jusqu'à l'ambulance réquisitionnée pour l'occasion, et ensuite foncer jusqu'à l'aéroport international où elles embarqueraient direction Washington. Rien d'extraordinaire, a priori. Mais la situation était de toute évidence plus compliquée qu'il l'avait envisagé au premier abord, et les réticences de la jeune femme étaient contagieuses. Il tenta tout de même de la raisonner :

- Je crois que vous êtes encore un peu choquée par ce qu'il s'est passé dans cet appartement. Ne vous inquiétez pas... Tout va...

- Je ne suis pas choquée ! Tonna-t-elle.

Elle se rendit immédiatement compte que son emportement décrédibilisait totalement ce qu'elle venait de dire. Toutefois, elle savait que le danger continuait de les poursuivre, et qu'il valait mieux ne pas trop compter sur la police. Même les agents de l'ORS ne paraissaient pas prendre la mesure des problèmes qui risquaient de leur tomber dessus. Tous faisaient partie de l'élite dans leur domaine, mais peut-être que le type qu'on leur avait envoyé était habitué aux affaires tranquilles, aux arrestations discrètes. L'idée même qu'on pût essayer d'abattre quelqu'un en pleine rue devait lui paraître délirante. Et pourtant, Lucija n'était pas prête à parier qu'il avait raison. Pas si on pariait sa vie. Elle essaya de se détendre, avant de demander :

- Écoutez-moi bien, car je ne me répéterai pas. Soit vous m'accompagnez, et on quitte cet hôtel par une autre sortie, soit vous me rendez mon arme et vous me laissez me débrouiller. A vous de voir.

Elle tendit la main grande ouverte, et plongea son regard déterminé dans celui, plus hésitant, de l'agent chargé de leur extraction. Elle avait parlé pour elle, dans cette situation, car elle était bien davantage habituée à travailler seule qu'en groupe, et elle ne savait pas quelle serait la décision d'Abigail. Peut-être la jeune femme souhaiterait-elle l'accompagner, auquel cas elles s'en sortiraient à deux, comme elles en avaient désormais l'habitude. Mais peut-être qu'elle préférerait suivre le plan prévu, et alors Lucija se retrouverait seule, dans une ville qu'elle ne connaissait pas, alors qu'elle ne parlait même pas un mot d'allemand. Mais elle était si têtue que tout cela ne constituait pas, pour elle, un obstacle suffisant. Même si elle était dans une situation plus que délicate, elle poussa le vice jusqu'à provoquer à nouveau leur seul véritable allié, en lui mettant la pression alors qu'il réfléchissait :

- Alors ?

Extérieurement, elle paraissait sûre d'elle, mais au fond, elle savait qu'elle n'avait jamais été dans une situation aussi complexe. Elle espérait simplement que cela ne se verrait pas.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Lun 28 Oct - 15:37


Au terme d’une attente qui lui avait semblée invraisemblablement longue, et qu’elle avait vue cette voiture se garer au pied de l’hôtel, le téléphone d’Abigail consentit enfin à se manifester. Enfin leur infernale virée allait se terminer. Et alors que ses mains se refermaient autour du téléphone, et que la sortie se profilait, elle se prenait à espérer que pour cette fois, tout se passerait comme elle l’entendait. Elle se surprit à regretter son laboratoire, curieusement. Là où tout se jouait selon ses canons à elle, avec ses règles à elle, et où elle régnait en maîtresse incontestée. C’était un plaisir coupable, elle le savait, mais elle aimait mener son monde à la baguette, et si au début elle perdait rapidement patience quand quelque chose dérapait du plan prévu, ses quelques expériences sur le terrain l’avaient tempérée, elle était devenue plus posée et réfléchie. Au moins un aspect positif à quitter sa zone de confort…

« Fraülein Lorenson, commença une voix dans son téléphone, si vous êtes en mesure parler sans éveiller l’attention, toussez un coup… Ce que fit Abigail, s’éclaircissant la gorge à plusieurs reprises en gardant leur agresseur dans son champ de vision, guettant ses éventuelles réactions. Puis la voix reprit : Parfait. Je suis l’agent Kammer, je suis votre ticket de sortie d’ici. Dans 10 minutes, je monterai avec une escouade de police et une équipe médicale, ne faites pas de vagues et ne vous opposez pas à elles, ça fait partie du plan de sortie, briefez votre équipe. Vous serez emmenées par l’équipe médicale, puis nous nous dirigerons en ambulance vers l’aéroport de Schonefeld, un avion se tiendra prêt en bout de piste pour vous ramener chez vous. Préparez-vous, nous arrivons, mot de passe : ‘Agent fédéral’, puis suivez nos instructions comme si vous étiez des victimes de cambriolage et prise d’otage. »

La scientifique raccrocha, puis passa en mode message texte pour Lucija, lui faisant un résumé de ce qu’elle aurait à savoir pour l’évacuation de l’hôtel.
« Evac 10 min w/ police + medic, passw ‘agent fédéral’, let urself caught, no resist, go out w/ them -> airport home » En se relisant pour s’assurer qu’elle avait été assez claire dans ses mots, elle envoya le message. Et exactement au moment où elle s’y attendait des coups furent frappés à la porte de la suite.

Le ton était violent, mais la situation l’imposait. Abigail n’opposa aucune résistance en entendant le mot de passe de l’agent de l’ORS allemand, et quand la porte fut ouverte à la volée, elle posa son arme au sol devant elle de la main droite, l’autre main levée en signe de non résistance, alors que l’escouade de police armée se séparait en deux groupes, une équipe médicale sur les talons. Deux des membres de cette dernière équipe se portèrent à son côté, examinant rapidement son état, elle les rassura en allemand, leur disant qu’elle n’avait rien de grave. Un homme entra et se pencha sur leur agresseur, lui administrant le contenu d’une seringue (sans doute un anesthésiant, ou bien venait-il tout simplement de l’achever ?), avant de lui prendre son arme et de lui demander de la suivre dans l’autre pièce, où elle retrouva Lucija, une lueur de soulagement passa dans son regard en la retrouvant à nouveau saine et sauve. Elles étaient passées par de drôles de moments toutes les deux dans cet hôtel, nul doute qu’il lui faudrait un jour lui exprimer sa gratitude, de quelque manière que ça soit.

L’homme qui avait pris leurs armes, qui n’était autre que l’agent avec qui elle avait parlé au téléphone en se présentant comme l’agent Kammer, à en juger par le ton et l’intonation de sa voix, les mena à l’ascenseur et les fit descendre au rez-de-chaussée, soi-disant pour une déposition. Alors qu’Abigail s’accrochait à la mallette contenant les précieux documents, il leur confirma qu’il allait les emmener à Schonefeld, où elles seraient rapatriées avec armes et bagages vers Washington. Enfin leur voyage s’achèverait. Lucija avait, comme toujours, fait de son mieux pour éviter les caméras de l’hôtel, et devait commencer à être à bout, vu sa réaction quand Kammer lui posa la main sur l’épaule avant de sortir dans le lobby de l’hôtel.

Puis Lucija eut une réaction violente au moment de sortir par la porte principale, exposant son point de vue sur la situation.

Elle avait raison. Elle avait beau retourner la situation dans tous les sens, elle ne pouvait qu’avoir raison. Seule une organisation très puissante et bien implantée se permettait d’envoyer des tueurs agir en plein jour dans des hôtels comme celui-ci au milieu de rassemblements internationaux. Si ça se trouvait, un tireur embusqué les attendait depuis un bâtiment de l’autre côté de la rue. Et là, adieu les renseignements pour lesquels elles s’étaient battues. Non, ça ne pouvait pas être aussi simple… Abigail prit quelques secondes pour réfléchir, remontant ses lunettes et se pinçant légèrement l’arrête du nez en se concentrant, un vieux tic qu’elle avait attrapé au lycée. Comment sortir sans passer par devant ? Le temps pressait, Lucija semblait à deux doigt de partir de son côté de son propre chef, ce qu’Abigail n’était pas prête à laisser faire, en sa qualité de chef de mission et selon sa vision des choses, elles repartiraient comme elles étaient arrivées, c’est-à-dire ensemble.

La scientifique jeta un regard circulaire autour d’elle, embrassant tout le lobby du regard. Le personnel de l’hôtel qui semblait perdu au milieu de ces événements surprenants, les policiers qui maintenaient le calme parmi les civils, les journalistes au dehors essayant de savoir ce qui se passait. Puis deux réceptionnistes attirèrent l’œil d’Abigail. A peu près leurs tailles, leurs corpulences, l’une brune, l’autre blonde à reflets roux… Non, elle ne pouvait pas faire ça. Même si c’était inhumain, ça pouvait leur donner un avantage pour plus tard… C’était une décision terrible à prendre… Son cœur était sur le point de se briser et qu’elle s’avoue vaincue quand elle repensa à Lucija. Elle avait une famille. Et sa famille n’avait pas à payer le prix de décisions foireuses faites sur le terrain. Abigail se dit qu’en tant que chef de mission, elle aurait tôt ou tard à prendre ce genre de choix impossible, et elle fit son choix, sachant pertinemment qu’elle envoyait potentiellement deux personnes à l’abattoir à sa place…

« Passez-moi votre veste, s’il vous plait, dit-elle à Lucija d’un ton froid et résolu, la main tendue. J’ai une idée… » Puis, une fois le vêtement entre ses mains, elle retira la sienne et quitta le groupe.
« Fräuleinen, s’il vous plait, s’adressa-t-elle en allemand à le première des deux employées de l’hôtel en les emmenant à l’écart. Mettez ceci, s’il vous plait, et venez avec moi, il s’agit d’une question de vie ou de mort, vous me comprenez ? Tout se passera bien, je vous le promets…» Puis, une fois que les deux jeunes femmes, pas rassurées du tout, eurent enfilé les vestes, Abigail revint vers Kammer et Lucija.

« Je connais un chemin autre que l’entrée principale pour sortir d’ici, par les communs et la rampe de chargement dans la rue sur le côté. Ivana, vous et moi, on passe par là. Kammer, confiez ces deux femmes à un de vos hommes et faites-les sortir par devant. Si jamais vous avez raison… je veux que vous préveniez leur familles quand tout sera fini, je m’engage personnellement à les indemniser de tout ce qui pourrait leur arriver à notre place... Je vous guide, je connais le chemin » En même temps que Kammer passa les instructions à ses hommes, Abigail croisa le regard inflexible de Lucija. Elle se montra tout aussi inflexible et déterminée. Elle passait sans doute pour une sociopathe de la pire espèce à ses yeux, mais elle n’en avait cure. Pour le moment, c’était la seule alternative qu’elle voyait pour les tirer de là tout en préservant les apparences.

« Par ici » indiqua-t-elle en les emmenant à travers une porte dérobée non loin du bureau de réception, et l’Américaine guida le petit groupe à travers les couloirs invisible à la clientèle huppée de l’établissement, couloirs qu’elle avait dû emprunter en sens inverse une fois qu’elle avait dû rentrer par ce chemin un soir très tard. Le trajet se déroulait dans sa mémoire, son seul effort revenant à en inverser le déroulement. Puis un sourire se dessina sur son visage quand elle reconnut une porte menant à la rue, laissée entrouverte par un employé sorti fumer une cigarette, qui fut très surpris de les voir sortir par là, et s’écarta prestement de leur chemin, alors que Kammer les guidait vers sa voiture garée en amont de la rue.

Et au moment où ils arrivaient à la voiture, une détonation retentit devant l’hôtel. Une détonation sans égal, celle d’un tir de fusil de précision de gros calibre. Abigail en avait déjà entendu un tirer, quand elle travaillait pour l’US Army à White Sands, ayant participé à l’amélioration d’un télémètre laser pour les besoins de leurs tireurs d’élite. En tant qu’assistante de recherche à l’époque, elle avait été faire les tests sur le terrain avec des snipers, et s’était tenue à moins de 5 mètres d’un Barrett M82 faisant feu. Le son ne l’avait jamais quittée…

« Roulez, on a peu de temps… » dit-elle d’un ton ne trahissant aucune émotion. Alors qu’au fond d’elle-même, Abigail se sentait misérable de n’avoir pu tenir sa promesse envers les deux jeunes femmes qu’elle avait envoyées à la mort à sa place… Elle se renfonça dans son siège, la mallette de documents sur les genoux, la serrant entre ses mains. Elle espérait vraiment ne plus avoir à revenir ici avant plusieurs années… Cette mission resterait sans doute gravée profondément en elle. Combien de temps lui faudrait-il pour apprendre à vivre avec ?

Ce foutu avion et leurs affaires avaient intérêt à être au rendez-vous, sinon elle sentait qu’elle ne pourrait en supporter davantage…
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Sam 2 Nov - 13:32


Ca n’avait pas été simple, mais il avait trouvé un point d’observation parfait, sur le toit d’un immeuble à plusieurs dizaines de mètres de sa cible, l’Hôtel Marriott. Un vrai jeu d’enfant, avec les drapeaux sur la façade, il avait un anémomètre tout trouvé, et avec la puissance de son arme, il réduirait ses deux cibles en pulpe en un rien de temps. Et si elles ne mourraient pas instantanément, le choc hémorragique ferait le reste. Ou bien le démembrement… Mais non, il viserait la tête, pour voir la lueur dans leurs yeux quand sa balle de calibre .338 Lapua leur ferait un trou dans le crâne…

Plus qu’à attendre que ses deux petites cibles se pointent comme des fleurs devant sa lunette, son AMP TS DSR-1 ferait le reste…

***********

Kammer ne savait pas trop comment réagir. Celle qui devait être Radenko, d’après le breifing qui lui avait été fait moins d’une heure avant d’arriver sur site, refusait de sortir. Bizarre. Il avait déjà bien remarqué qu’elle prenait un soin tout particulier à éviter le champ de vision des caméras de surveillance de l’hôtel. Paranoïa naturelle, qui la poussait à cacher son visage en face de la moindre caméra ? Fort probable, plusieurs de ses coéquipiers étaient comme ça à l’antenne de l’ORS à Berlin, et qui chapeautait toutes les sous-antennes de l’organisation à travers l’Europe de l’ouest. Elle semblait carrément à  bout de nerf, sûrement le choc. Il l’avait déjà présenti dans l’ascenseur, à sa réaction quand il lui avait posé la main sur l’épaule.

Elle disait que sortir par la porte principale était un piège, qu’un tueur allait les aligner dès qu’elles apsseraient la tête dehors. Il fallait qu’il essaie de la raisonner, surtout avant que sa coéquipière ne prenne son parti et n’adopte un raisonnement similaire… Il tenta de la calmer un peu, cherchant les mots justes, pour se faire rembarrer aussi sec. Elle était même prête à tenter sa chance en solo pour retrouver seule et sans arme son chemin vers l’aéroport. Après tout, si elle refusait son aide, libre à elle ! Il était bien tenté de la laisser en plan, mais Lorenson et elle étaient porteuses d’infos capitales, et sa mission restait de s’assurer leur survie. En fait tout reposait sur Lorenson : si elle suivait Radenko, sa mission était finie, sinon il restait en course. La rousse réfléchissait, semblant en proie à un doute.

« Verdamnt, qu’est-ce qu’elle fabrique ?! » se demanda-t-il alors qu’elle demandait sa veste à Radenko et allait voir deux récetionnistes non loin. « Non… pas possible ! Mais elle est tarée ou quoi ? » Elle était prête à sacrifier deux civils pour se sauver les miches ? Mais qui avait fait l’évaluation de cette psychopathe ?! Qui l’avait autorisée à avoir un commandement de mission sur le terrain ? Cette femme était folle et dangereuse, il faudrait qu’il prévienne sa hiérarchie à tout prix ! Même si elle prétendait connaitre une autre sortie et qu’elle les y menait, Kammer décida de ne plus accorder sa confiance à Lorenson. Il était évident que c’était son premier commandement sans soutien d’un agent expérimenté, et elle avait craqué mentalement. Vivement qu’elles soient reparties. Mais qu’elle se rassure, il lui collerait un rapport pour ses supérieurs !

***********

Le vent était retombé, parfait, ça. Il vérifia la chambre de tir pour une énième fois. Son projectile était toujours en place, prêt à goûter du sang. Elles en mettaient, du temps, à sortir, ces deux nanas. Allez, soyez pas timides ! Et les voilà à sortir, par la grande porte, comme prévu ! Il passa son doigt derrière le pontet de son arme, et aligna sa mire sur le front de la première à sortir, la rousse. Il était tellement sûr de lui qu’il n’avait même pas pris le peine de sortir les photos de ses cible sà côté de lui, confiant en sa mémoire visuelle. Et puis qui d’autre allait sortir, maintenant ? Elles avançaient, peu sûres d’elles, dans la rue, vers le cordon de policiers. C’était le moment de mettre fin à la gêne qu’elles représentaient pour ses patrons…

Et comme il pressait la détente, l’imprévu. Un policier s’avança vers elles, les masquant totalement par sa carrure. Mais trop tard déjà, sa balle était partie. Et elle fit un très joli trou dans le dos du flic, malgré son gilet pare-balle, et emporta la moitié de l’épaule de la femme. Impossible de tirer un second coup, tout le monde s’était jeté à terre, et déjà des armes se levaient, scrutant les toits à sa recherche. Il falalit qu’il parte, tout de suite et discrètement… En descendant de son perchoir, il prit son téléphone, et envoya un texto crypté à ses commanditaires. « Mission abort, target missed ». Ca n’allait pas leur plaire, ça…

***********

-Schonefeld, November 17 Charlie en finale 25R, demande autorisation d’atterrir.
-November 17, numéro 2 en finale, maintenez trajectoire pour atterrissage 25R.
-November 17 numero 2 en finale 25R, maintenons trajectoire. Euh, est-ce qu’on pourrait ensuite backtrack le long du taxiway pour départ immédiat ?
-November 17, stand by…

Le plan du pilote du Gulfstream V était simple : atterrir, remonter la longueur de la piste par les voies de roulage, récupérer leurs passagers et repartir tout de suite, sans couper les moteurs, un peu comme le font les élèves pilotes qui apprennent à naviguer. Ou ceux plus expériemntés qui viennent récupérer des colis discrètement et en vitesse…

-November 17, backtrack autorisé après atterrissage, vous suivrez les indications sur la fréquence du contrôle sol.
-Backtrack autorisé sur fréquence contrôle sol, bien reçu et merci, November 17.

D’ailleurs, on dirait que les voilà, se disait le copilote, chargé des communications radio, qui observait dehors pendant que son collègue posait l’avion derrière un Airbus A321. Ils avaient l’air pressés, en tous cas. Faudra accélérer le roulage… Une fois l’avion posé en douceur, il se leva, prêt à ouvrir la porte de l’avion dès qu’il serait au point d’arrêt, moteurs au ralenti.
DepsciMaitre suprême du jeuavatarMessages : 41
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Dim 3 Nov - 16:16

Dans le lobby de l'hôtel, se jouait une scène étrange. La situation était tendue à l'extrême, particulièrement entre l'agent allemand de l'ORS, et Lucija. Cette dernière le défiait du regard, gardant la main tendue dans sa direction comme pour rajouter encore à la pression qu'elle lui imposait. Il se considérait rien de moins que comme le nouveau chef des opérations, même s'il ne faisait qu'appliquer un plan qu'un autre avait conçu pour lui. Cependant, en cette qualité, il entendait les commander comme il l'entendait, quitte à mettre leur vie en danger, et à ne pas considérer sérieusement les dangers qui les menaçaient. Le laissant à ses réflexions, Lucija afficha de plus en plus son impatience, afin de le pousser à céder à ses arguments. Elle sentait bien qu'il était en proie à un cruel dilemme interne. Si la jeune femme avait tort, alors il passerait pour un idiot paranoïaque, qui n'avait pas suivi le plan prévu, et qui avait cédé aux caprices de deux agents sous le choc d'une mission qui avait tourné au désastre. D'un autre côté, si elle avait raison, il risquait fort de se faire sévèrement réprimander, pour ne pas dire proprement engueuler. Car s'il avait tort, alors elles finiraient chacune avec une balle logée dans la poitrine, et adieu les renseignements pour lesquels elles s'étaient battues férocement. Et lui, il pourrait probablement dire adieu à son poste. On lui trouverait un charmant emploi dans une bourgade paumée au fin fond de la campagne allemande, où il aurait le temps de méditer sur sa stupidité. Il était évident qu'il ne trouvait aucune réponse particulièrement satisfaisante, et qu'il commençait à perdre son sang-froid.

Ce fut alors que le docteur Lorenson prit la parole. Sans que la jeune croate ne l'eût noté, elle avait intensément réfléchi à la situation, et avait de toute évidence un plan. D'abord étonnée par une telle requête, Lucija finit par ôter son blouson et le tendit à sa coéquipière. Celle-ci devait, de toute évidence, savoir ce qu'elle faisait, et il n'y avait aucune raison de ne pas lui faire confiance. Retirant sa propre veste, la scientifique s'éloigna de ses compagnons, et se dirigea vers deux réceptionnistes qui discutaient un peu plus loin, visiblement intriguées par la présence des agents de sécurité et des caméras. On avait probablement fait évacuer le personnel et les clients, mais on avait dû leur dire de rester au cas où les policiers pouvaient avoir besoin d'eux. Elles se tenaient donc prêtes à obéir aux consignes qu'on pouvait leur donner, sans toutefois se sentir particulièrement rassurée. Mais en les voyant, Lucija sentit son cœur manquer un battement. La première, de loin paraissait rousse ; la seconde était brune.

- Abigail ? Interrogea-t-elle sans obtenir de réponse.

En vérité, elle n'avait pas besoin qu'on lui répondît pour comprendre quel était le plan trouvé par Lorenson. Il n'y avait pas de mots pour qualifier ce qu'elle était sur le point de faire. L'Allemand aurait probablement qualifié ça d'inhumain, de monstrueux et de cruel. La Croate ne pouvait pas nier que ce n'était pas moral, mais elle y voyait plutôt le reflet d'une triste nécessité, d'une forme atroce de sacrifice. Ces deux femmes allaient probablement y rester pour une cause vitale, mais dont elles n'avaient même pas conscience. Alors qu'elles devraient être considérées comme des héroïnes, on se souviendrait d'elles comme les pauvres victimes d'un assassinat de plus. On accuserait un détraqué mental, un fou de la gâchette, peut-être même un ancien militaire traumatisé. On oublierait vite leurs noms, et le futur qu'on leur avait pris resterait uniquement gravé sur la page de journal qu'on leur consacrerait, aussi vite lue que jetée au rebut.

Abigail revint avec sur le visage le masque de froideur caractéristique qui lui permettait de tenir le choc. Le masque qui seul pouvait l'empêcher de sombrer dans la folie, probablement. Lucija, qui comprenait les motifs de son action et qui la plaignait d'avoir eu à prendre seule cette décision funeste, lui posa une main sur l'épaule, sans que ses yeux trahissent autre chose que la profonde détermination qui l'habitait. Elle était bien consciente que les choses n'étaient pas réglées pour autant, et qu'il leur faudrait encore beaucoup d'efforts pour se sortir de là. Elles avaient peut-être évité un nouveau piège, mais cela ne signifiait pas que c'était le dernier. La paranoïa naturelle de Lucija frisait le degré critique au-delà duquel elle pouvait tout aussi bien prendre n'importe qui dans la rue pour une menace potentielle. A la réflexion, heureusement que c'était Kammer qui détenait son arme, sans quoi elle aurait probablement déjà commis un meurtre, convaincue que celui qui l'avait regardée de travers était en réalité un agent double envoyé pour l'éliminer.

En revenant, Lorenson leur indiqua un autre chemin que celui qu'elles auraient dû emprunter pour sortir. Une issue dérobée, réservée au personnel, et que personne ne devait surveiller. Si elle débouchait sur une petite rue étroite, personne ne pouvait s'y installer discrètement pour y déclencher une fusillade. Surtout pas contre trois personnes armées et entraînées à se défendre. Non, le principal danger pour le moment, c'était un tireur embusqué qui pouvait les réduire au silence en deux pressions. Ils s'éloignèrent du lobby, et se dirigèrent dans la section de l'hôtel réservée au personne. Abigail semblait pousser les portes à l'instinct, mais il était évident que sa prodigieuse mémoire avait analysé un trajet, et qu'elle le retrouvait sans difficulté, en puisant dans les formidables ressources de son esprit. Lucija, la suivait de près, vérifiant chaque pièce d'un regard circulaire en moins de trois secondes, pour s'assurer qu'il n'y avait aucun danger. Mais apparemment, personne ne les attendait, et personne ne les suivait. Elles avaient enfin un peu de chance. Ils gagnèrent la rue, et se dirigèrent d'un bon pas vers la voiture de Kammer, qui s'était garé un peu plus haut.

Ce fut alors qu'une détonation assourdissante se fit entendre, amplifiée par l'écho sur les murs. Immédiatement après, il y eut des cris paniqués de la part d'une foule terrorisée. A n'en pas douter, c'était l'œuvre d'un tireur d'élite. Lucija était trop loin pour reconnaître le type d'arme, mais il était évident que le responsable du meurtre qui venait probablement d'avoir lieu était tout proche. Il n'avait pas pu rater sa cible, et une des filles était probablement déjà étendue dans une mare de sang, après avoir été catapultée en arrière sous la violence de l'impact. Son torse avait dû être pulvérisé, et il ne devait rester qu'un trou sanguinolent là où siégeaient auparavant poumons et cœur. Les journalistes, même ceux qui aimaient le sensationnel, devaient être en train de vomir tripes et boyaux, s'ils n'étaient pas trop occupés à ramper en quête d'un abri sûr. Mais quel abri pouvait-il y avoir face à un individu caché, qui pouvait abattre n'importe qui avec une facilité déconcertante. Il y avait un certain plaisir à promener son viseur dans la foule, le laissant glisser entre les individus. Sans doute que le tueur était un professionnel, mais il avait dû savourer cette exécution, étant donné qu'il se trouvait vraiment proche de sa cible. Il avait donc pu voir le visage des réceptionnistes, et se délecter de leur expression.

Mais alors pourquoi avait-il tiré ?

Lucija avait ouvert la portière, mais elle était toujours debout, absorbée par ses pensées. On lui fit signe de se dépêcher de rentrer, et elle s'excusa avant de se glisser dans le véhicule, qui démarra immédiatement. Toutefois, les questions qui l'habitaient ne l'avaient pas quittée, et elle ne trouva d'autre solution que de faire part de ses doutes à Lorenson, dont l'esprit analytique savait traiter les données que son intuition lui fournissait :

- Ce n'est pas normal, lâcha-t-elle en préambule. Il y a quelque chose qui cloche ! Pourquoi est-ce qu'il n'a pas vu que ce n'était pas nous ? Il était bien trop près pour ne pas pouvoir les identifier, et se rendre compte que ses cibles s'étaient échappées... Et puis pourquoi n'a-t-il tiré qu'une seule fois ? S'il était convaincu que c'était nous, il aurait dû tirer deux fois, non ?

Lucija formulait les questions aussi rapidement qu'elles lui venaient, et son cerveau tournait à plein régime. Autant dire que sa diction était incroyablement rapide, et elle donnait l'impression d'avoir cédé au stress. L'agent allemand lui jeta un regard via le rétroviseur, sans cacher son scepticisme. Certes, il ne doutait plus maintenant que la situation était grave, mais probablement que pour le bien de sa santé mentale, il refusait de se laisser aller à voir le mal partout. Un tireur, cela faisait déjà beaucoup pour lui. Lucija, cependant, n'était pas particulièrement rassurée. L'Allemand était en train de quitter le quartier, mais ils étaient considérablement ralentis par la circulation, ce qui ne leur profitait guère. La jeune femme aurait préféré passer par les transports en commun, car avec le monde, il aurait été extrêmement difficile de les suivre. Ici, si leur véhicule avait été localisé, c'en était fini.

Elle trépignait d'impatience à l'arrière, et ne cessait de jeter des coups d'œil inquiets par la vitre arrière, à droite et à gauche. L'absence de son arme lui pesait terriblement, et ses doigts ne tenaient pas en place. Elle croisait frénétiquement les mains, puis frappait ses genoux, avant d'essayer de caler sa tête sur son poing, sans trouver la patience de rester immobile. Et pourtant, ce n'était pas la panique qui l'envahissait. C'était au contraire une réflexion purement rationnelle, fondée sur sa propre expérience en tant que tireur d'élite, et surtout en tant qu'assassin. Si elle avait à la place de celui qui avait ouvert le feu devant l'hôtel, elle aurait remarqué que quelque chose clochait, et aurait compris qu'on l'avait trompé. Maintenant, si on l'avait informé que ses cibles entendaient quitter le pays, quel serait son prochain mouvement ? Se déplacer vers l'aéroport international, très probablement. C'était ce qu'elle aurait fait sans hésiter. Elle aurait alors planqué son arme dans un coin, aurait gardé simplement de quoi abattre quelqu'un discrètement, comme un pistolet avec un silencieux. Elle se serait éloignée avec grand naturel de son poste de tir, et aurait évalué la situation. Avec la circulation, elle aurait gagné du temps à pied, puis aurait gagné le S-Bahn le plus proche pour devancer ses cibles. Il était facile de comprendre, à partir de ça, pourquoi la lenteur du trafic la mettait mal à l'aise.

Ils finirent par quitter l'encombrement du centre-ville, et par gagner une voie où ils purent accélérer allègrement. Kammer conduisait vite, tout en essayant de ne pas attirer l'attention. C'était un délicat équilibre, qui partait du principe que quelqu'un pouvait éventuellement les suivre. Elle aurait voulu lui dire que la principale menace était devant eux, mais il ne l'aurait probablement pas cru de toute façon, et elle n'avait pas l'énergie de se lancer dans une nouvelle tentative pour le convaincre. Elle espérait déjà avoir fait réfléchir Lorenson, et lui avoir communiqué ses doutes sur leurs chances d'arriver sans se faire repérer à l'aéroport. Bientôt, les avions apparurent dans le ciel, signifiant qu'elles n'étaient plus très loin de leur objectif, et surtout de leur porte de sortie. L'enfer de Berlin s'achèverait dans peu de temps, mais en attendant, il ne fallait surtout pas se relâcher. C'était là que les choses risquaient réellement de déraper. En mettant la pression à leur poursuivant, elles l'obligeaient à prendre davantage de risques, et donc à se montrer de plus en plus dangereux. Kammer voulut les déposer, mais Lucija lui demanda d'aller se garer sur le parking le plus proche de l'aéroport. Elle avait l'habitude de ce genre de situations, et savait qu'il valait mieux rester à l'abri pour l'instant.

Alors que l'Allemand levait le bras pour couper le contact, la Croate bondit de son siège, et s'empara de l'arme de service de l'agent de l'ORS. Le soudain changement d'attitude de sa part était stupéfiant, et elle avait passé tout le trajet à faire en sorte de penser à autre chose, pour mieux le surprendre, et maximiser ses chances de réussir ce coup-là. Elle n'était pas peu fière d'elle-même, mais elle s'en vanterait plus tard. Kammer grogna quelque chose en allemand, mais la jeune femme lui fit signe qu'elle ne comprenait rien, et enchaîna :

- Ce n'est pas que je n'aie pas confiance en vous, Kammer, mais je préférerais que vous laissiez les clés sur le contact, et que vous alliez vérifier que l'avion est bien arrivé. Seul.

Elle n'avait pas haussé le ton, mais dans sa voix il y avait des inflexions facilement décelables qui laissaient entendre qu'il n'avait pas vraiment le choix. Il dut comprendre qu'elle ne plaisantait pas, car il finit par céder :

- Comme vous voudrez. Ne bougez pas.

Il quitta le véhicule, et s'éloigna en direction de l'aéroport, en essayant de garder une allure tranquille et un air décontracté. Mais il était aussi passe-partout qu'une cabine téléphonique, et il était évident qu'il était stressé. Depuis qu'il avait entendu le tir du sniper, il craignait que la prochaine balle fût pour lui. Lucija le regarda un bref instant, avant de tendre le bras pour modifier l'angle du rétroviseur intérieur, de sorte qu'elle pût voir ce qui approchait dans leur dos.

- Allongez-vous, glissa-t-elle à Lorenson. On ne sait jamais.

Une fois qu'Abigail eût trouvé une position confortable sur la banquette arrière qu'elles partageaient, Lucija s'allongea à son tour, se recroquevillant dans l'espace qui leur restait. Ainsi, si un tireur d'élite observait les véhicules, il ne pourrait pas voir qu'elles s'y trouvaient encore. La jeune croate, qui avait conscience que ses actions pouvaient paraître étranges, se justifia :

- Si j'étais à la place de ce type, je frapperais au moment où nous penserions avoir gagné, là où nous aurions baissé notre garde. Sur un parking, les gens se méfient, et on peut se cacher derrière les voitures pour s'échapper. Mais au cas où j'aurais tort, je préfère qu'on reste baissées.

L'étrange proximité physique qui les rapprochait était perturbante, et Lucija avait l'impression que les battements de son cœur étaient aussi forts que ceux d'un tambour, et que Lorenson percevait les inquiétudes qu'elle avait de plus en plus de mal à dissimuler. Toutefois, c'était aussi réconfortant de savoir qu'on n'était pas seul dans la difficulté, et que l'on pouvait compter sur quelqu'un. La scientifique avait beau ne pas être une tueuse surentraînée, elle savait se servir de sa tête, et avait plusieurs fois sauvé la mise de la Croate. Une complicité était en train de naître entre elles, et elle ne pouvait pas s'achever à cause d'un tueur engagé par un de leurs ennemis. Elles attendirent pendant un temps qui parut une éternité, avant que Lucija ne vît Kammer revenir vers le véhicule. Il était seul, et aucun des trois rétroviseurs n'indiquait un quelconque mouvement suspect. La jeune femme se redressa donc, mais posa délicatement sa main sur la tête d'Abigail, pour lui intimer de rester à couvert. Il suffisait d'un peu de malchance pour que tout se terminât là. L'Allemand pénétra dans le véhicule, et referma la porte derrière lui, avant de lancer :

- Votre avion arrive dans trois minutes à peine. Il a demandé la permission d'atterrir, et il approche. Vous devez prendre l'accès 6, on vous laissera passer. C'est l'heure de partir.

- Merci, lâcha Lucija avec sincérité. Prenez soin de vous.

Elle lui adressa un sourire presque désolé pour tout le mal qu'elle lui avait fait subir, et lui tendit son arme. En échange, il rendit leurs armes aux deux jeunes femmes, qui s'apprêtaient à filer. Lucija, s'apprêta à ouvrir la porte, mais se permit de préciser :

- On sort, et on file jusqu'à l'aérogare. Vous passez devant. Surtout, vous ne vous arrêtez pas, quoi qu'il arrive.

Et elles sortirent. Lorenson avait les documents, et Lucija la suivait en regardant autour d'elles avec beaucoup d'anxiété. Elles coururent en passant entre les voitures, en essayant d'aller autant que possible en ligne droite, contournant les grillages de sécurité, parvenant à ne pas trébucher sur les trottoirs et les inégalités de la chaussée. Elles pénétrèrent en trombe dans l'aéroport, et ralentirent quelque peu pour ne pas glisser sur le sol parfaitement propre. Les quelques voyageurs les regardèrent avec un peu d'étonnement, mais il n'était pas si inhabituel que ça de voir des gens courir dans un aéroport, et ils se désintéressèrent bien vite de leur cas. Les deux femmes coururent vers l'accès 6, qui n'affichait pourtant aucun avion. Un agent de sécurité porta la main à son arme, mais il sembla reconnaître la description qu'on lui avait faite, et il ne dégaina pas. Elles coururent dans le hall d'embarquement, et empruntèrent un escalier métallique qui débouchait directement sur le tarmac. Là, elles piquèrent un véritable sprint jusqu'à l'avion qui venait d'atterrir, et qui roulait tranquillement jusqu'au point de rendez-vous. Il était loin, mais elles étaient poussées par la peur et par l'espoir de sortir enfin de ce piège mortel. Le vent sifflait à leurs oreilles, et la morsure du froid se faisait sentir maintenant qu'elles avaient abandonné leurs manteaux. Pourtant, ce ne fut pas cette morsure là que sentit Lucija.

Un coup brutal dans les omoplates lui coupa le souffle, et elle fut projetée en avant, tombant rudement sur le sol où elle s'écorcha les avant-bras. Des étoiles dansèrent devant ses yeux, et elle mit un moment à comprendre qu'on lui avait tiré dessus. Le choc l'avait un peu sonnée, et elle avait du mal à se situer. Où était l'avion ? Où était Lorenson ? Où était le tireur ? Elle ne le savait pas. Ce devait être un tir particulièrement chanceux qui l'avait atteinte, car le vent soufflait fort, et avec la distance, cela rendait ce genre d'exploits presque impossible. Mais s'il se rapprochait, il augmenterait d'autant ses chances de les éliminer. Fort heureusement, il ignorait qu'elles portaient des gilets pare-balle. Tout du moins... que Lucija portait un gilet. Qu'en était-il de Lorenson ? Et où était-elle donc passée, d'ailleurs ? Avait-elle continué à courir, comme la Croate le lui avait ordonné ? Avait-elle seulement noté que celle-ci était tombée ? Difficile à dire.

Répondant à son instinct de survie, Lucija se redressa tant bien que mal, et se hissa sur ses pieds. Elle avait l'impression d'avoir un pieu planté dans le dos, mais elle retrouvait un peu le sens des réalités. Elle finit par localiser l'avion - au bruit surtout -, et elle se traîna aussi rapidement qu'elle le pouvait dans cette direction. Elle avait l'impression d'avoir fait un bond dans le temps, et d'être de retour dans l'armée. Elle se sentait comme une bleue sur un parcours d'entraînement particulièrement difficile, avec un instructeur particulièrement sadique. Elle était épuisée, elle souffrait aussi bien physiquement que mentalement, et pourtant elle devait continuer. Elle ne pouvait pas craquer, elle devait avancer. Un pas devant l'autre, en serrant les dents pour endiguer la douleur. Un pas devant l'autre, en gardant bien l'objectif en visuel. Un pas devant l'autre, en essayant d'oublier les balles qui sifflaient à ses oreilles.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 7 Nov - 23:57


Alors que Kammer manoeuvrait sa voiture, Abigail se sentait s’enfoncer encore un peu plus à chaque seconde dans la banquette arrière du véhicule. La mallette de documents fermement entre ses mains, elle regardait fixement devant elle, préférant éviter le regard de quiconque tant qu’elle ne se saurait pas en sécurité avec sa coéquipière. Et pendant qu’ils luttaient contre le trafic berlinois de cette après-midi, elle faisait une introspection sur sa condition actuelle, les mains se crisapnt imperceptiblement dans la doublure du porte-document.

Que pourrait-elle dire en rentrant au pays pendant le débriefing de mission ? Qu’écrirait-elle dans le rapport qu’on lui demanderait ? En même temps, que pouvait-elle dire sans mentir ? « J’ai mis à mal tous les principes moraux existants dans ce monde, j’ai quasiment abandonné ma coéquipière pour préserver les apaprences, j’ai envoyé des innocents à la mort pour couvrir notre fuite, mais c’est bon, on a rapporté les documents que vous vouliez, et même deux prisonniers pour interrogatoire, donc mission accomplie ! » Oui, c’était à peu près ça, d’après elle, après il suffirait d’y mettre la forme. Même si elle doutait que ses supérieurs de l’ORS attachent beaucoup d’attention à ses considérations morales… Il état évident qu’elle allait sans doute s’arranger pour se tenir éloignée du terrain pendant quelques temps, le temps qu’elle se reprenne. Oui, elle resterait un peu au labo, là où elle savait que tout se jouait selon se spropres règles, où elle était maîtresse incontestée…

C’est à ce moment que Lucija la tira de sa rêverie morose. Lucija donnait à Abigail l’impression de réfléchir à voix haute sur ce qu’elles venaient de vivre. Selon elle, quelque chose ne collait pas à leur actuelle situation.
- Ce n'est pas normal, lâcha-t-elle en préambule. Il y a quelque chose qui cloche ! Pourquoi est-ce qu'il n'a pas vu que ce n'était pas nous ? Il était bien trop près pour ne pas pouvoir les identifier, et se rendre compte que ses cibles s'étaient échappées... Et puis pourquoi n'a-t-il tiré qu'une seule fois ? S'il était convaincu que c'était nous, il aurait dû tirer deux fois, non ?
- Je ne sais pas, répondit Abigail, faisant attention de maîtriser le ton de sa voix pour que nul ne puisse suspecter son trouble intérieur, réfléchissant à mesure qu’elle prononçait ses mots. Un tireur impulsif, qui aurait tiré sans réfléchir ? Un tireur tellement confiant qu’il s’est dit que les seules personnes qui sortiraient de l’hôtel seraient nous deux, et a sauté sur son fusil en voyant la porte s’ouvrir ? Ou alors une combinaison de tout ça, et en réalisant qu’il avait tiré sur… un leurre, ajouta-t-elle non sans difficultés, encore honteuse de la décision qu’elle avait prise pour assurer leur sortie, qui avait dû se solder par le décès de l’une des réceptionnistes de l’hôtel ; sans doute a-t-il compris qu’on lui avait échappé et n’a pas tiré de second coup… Ca veut donc dire que tant qu’on ne sera pas à bord de ce putain d’avion à 35000 pieds, je ne serai pas satisfaite quant à notre sécurité. Kammer, combien de temps vous estimez notre arrivée ?
« A moins qu’ils n’aient aussi prévu un chasseur pour nous descendre en vol… » pensa Abiagil, pince-sans-rire.

Face à la réponse, et au vu du traffic qui commencçait toutefois às e diluer à mesure qu’ils s’éloignaient du centre-ville de Berlin en direction de l’aéroport international, Abigail tenait toujours la mallette comme si sa vie en dépendait. En fait sa vie en dépendait, littéralement : leurs adversaires feraient absolument n’importe quoi pour mettre un terme à leurs vies et récupérer leurs documents, ils avaient déjà mis un deuxième tueur sur leur route, et elles ne l’avaient pas encore semé… Il faudrait le jouer fine en arrivant à l’aéroport, et Abigail voyait que Lucija sembalit déjà piaffer d’impatience à l’idée de partir de cet endroit. Et elle la comprenait, se toruvant elle-même dans un état similaire, bien que choisissant de n’en rien montrer. Un avion se profila dans le ciel, plus gros que les autres. Elles allaient arriver à partir de ce piège, enfin !

Kammer se gara, et vive comme un félin, Lucija bondit du fond de la banquette et attrapa l’arme dans le holster de ceinture de l’agent allemand. Elle lui demanda d’aller vérifier l’horaire d’arrivée de leur avion, seul, puis une fois qu’il fut en chemin, elle demanda à Abigail de s’allonger. Celle-ci s’exécuta, s’allongeant tant bien que mal en travers des genoux de la Croate, faisant atetntion à ne pas être visible de dehors. Drôle de proximité, mais au fond d’elle, la scientifique était plus que satisfaite d’avoir pu accomplir sa mission auprès de cette femme, avec du recul elle se dit qu’elle aurait pu difficilement trouver mieux.
- Si j'étais à la place de ce type, je frapperais au moment où nous penserions avoir gagné, là où nous aurions baissé notre garde. Sur un parking, les gens se méfient, et on peut se cacher derrière les voitures pour s'échapper. Mais au cas où j'aurais tort, je préfère qu'on reste baissées.
- Vous avez sans doute raison, répondit Abigail d’une voix lointaine. Puis dans un murmure, ne sachant trop si on l’entendrait ou non : Qu’ils me collent un rapport si ils veulent… J’ai fait ce qu’il était possible de faire, avec les cartes qu’on avait en main…

Puis Kammer s’en revint, et leur annonça que le départ était proche, leur rendant leurs armes, et Abigail ne put retenir un petit sourire en le voyant tiquer quand elle lui tendit sa main gauche pour récupérer son Glock puis son Smith & Wesson.
- Herzlich vielen Dank, lâcha la scientfique en un soupir de soulagement. Herr Kammer… Appelez-moi dans une heure et dites-moi comment s’en sont sorties les réceptionnistes, je vous en prie… Je continue d’espérer qu’elles ont pu survivre…
- On sort, et on file jusqu'à l'aérogare, intervint Lucija au moment de sortir. Vous passez devant. Surtout, vous ne vous arrêtez pas, quoi qu'il arrive.
- Entendu, répondit Abigail, la main sur sa portière, mais je vous veux à moins de 15 pas derrière moi, et c’est non négociable. On repart comme on est arrivées, ensemble !

Puis les deux femmes commencèrent une course pour leur vie. D’abord sur l’esplanade devant l’aérogare, puis à l’intérieur de celle-ci, en direction de l’accès 6 qui le smènerait à leur avion. Le vigile esquissa un geste pour les refouler, puis sembla reconnaitre leurs apparences, sans doute Kammer les lui avait-il données en allant vérifier l’arrivée de l’avion. Il les laissa passer, et Abigail ouvrit la porte, dévalant en trombe un escalier en métal qui les amena au niveau du tarmac de l’aéroport. En cette fin d’été, le Soleil tapait dur, et la chaleur la fouetta au visage malgré le vent, mais elle continua d’avancer, scrutant les alignements d’apapreils à la recherche du leur, qui devait arriver vers elles d’une seconde à l’autre…

Puis un coup de tonnerre fendit l’air.

La scientifique américaine se retourna tout en continuant d’avancer, et vit Lucija à terre. Elle eut envie de hurler, les poumons en feu de sa course, mais vit Lucija tenter de se redresser, désorientée et sans doute le souffle coupé. De son expérience, Abigail avait estimé que sa coéquipière aurait dû mourir transpercée par la balle de gros calibre, mais elle avait dû garder son gilet pare-balle… qu’elle-même n’avait pas mis, se rendit compte l’Américaine en jetant un coup d’œil à sa chemise. Et en relevant la tête, elle vit leur salut : un Gulfstream V qui roulait dans leur direction, porte d’embarquement se dépliant. D’instinct, elle courut avec l’énergie du désespoir en elle, répondant aux directives que sa coéquipière lui avait données, et couvrit la distance en moins de temps qu’elle ne s’ens erait crue capable.

Puis elle trébucha sur une balise au sol qu’elle n’avait pas vue, et s’écrasa à moins de 50 mètres de l’avion, qui se repositionnait déjà pour repartir. Tout son côté droit lui faisait un mal pas possible, elle avait le souffle coupé, elle avait dû s’écorcher copieusement sur le goudron sur l’avant-bras et la jambe. En réajustant ses lunettes, elle aperçut un éclair au loin, suivi d’une détonation. Par pur réflexe, elle se coucha, et sentit l’air déplacé près de son épaule ainsi qu’un sifflement aigu. La mort venait de frapper à moins de 20 cm d’elle. La scientifique se sentit comme pousser des ailes, et se rua sans réfléchir plus avant dans l’avion, escaladant à toute vitesse l’escalier intégré à la porte de l’avion, où elle fut prise en charge par le copilote venu ouvrir la porte, et qui marqua toutefois un temps d’arrêt en voyant l’état de ses écorchures, certes impressionnantes bien que superficielles.

- Agent Lorenson, si on prend la moindre balle de ce sniper, on risque de…
- Pas le temps, répliqua l’Américaine, ma coéquipière est dehors sous le feu, je vais la couvrir d’ici ! Vous avez une arme adaptée ?
- Juste un M4 dans un rack derrière le cockpit, mais… eh, quest-ce que vous foutez ?!
Abigail l’avait écarté de son chemin et empoigné l’arme. C’était ridicule, elle savait à peine s’en servir, mais elle était là, le souffle court, le côté droit endolori, la mallette de documents mise en bandoulière, avec un fusil de presque 4 kg entre les mains, qu’elle avait dû manier au maximum deux fois, et sur un stand de tir au calme. Mais elle se devait de le faire, de couvrir leur fuite jusqu’au bout, pour permettre à Lucija de revenir voir sa famille…

« LUCIJA ! A L’AVION, PAR LA ! UN DERNIER EFFORT, JE VOUS ABANDONNERAI PAS ! » hurla-t-elle de toutes ses forces depuis le côté de la porte pour couvrir le vacarme des moteurs, avant de chambrer la première cartouche et de lever son arme, visant dans la direction générale du tireur embusqué. Au prochain coup de feu, elle répliquerait, et pas à moitié…
Abigail LorensonDocteuravatarMessages : 131
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Dim 10 Nov - 14:03


Si il avait su qu’il allait devoir gérer ce genre de situations, il aurait tout fait pour ne pas choisir une autre affectation que le secteur Europe de l’ouest pour l’ORS. L’Asie, ça lui aurait bien plu, ou alors l’Océanie. Mais non, l’ORS affectait des natifs à ses secteurs, il était donc coincé en Europe, même si ses divers engagements l’amenaient à voyager souvent vers la France, le Royaume Uni ou d’autre spays d’Europe centrale. Mais bon, si jamais il avait été ailleurs, il n’aurait pa été dans e fichu panier de crabes, à extraire deux agents d’une mission en train de tourner au désastre.

Et quels agents ! Entre la Croate parano qui réagissait au quart de tour et surtout l’Américaine psychopathe complètement folle à lier, il tenait un sacré palmarès, alors qu’il se débattait avec les embouteillages de milieu d’après-midi de la capitale allemande. C’était clair, rien que pour ce qu’elle avait fait dans le lobby de l’hôtel, elle méritait une dégradation importante, en plus de se voir retirer son comandement de missions, port d’arme, et évaluation psychologique serrée ! Il veillerait à ce que son rapport soit intransigeant à son égard !

Et justement, Lorenson lui demandait son estimation de l’heure d’arrivée à Schonefeld International. « Avec ce trafic… Facilement une grosse vingtaine de minutes, sans doute, difficile à dire… » Le trafic allait en diminuant, donc ils arriveraient sans doute un peu plus vite. Déjà ils quittaient le centre-ville, pendant que la Croate continuait sa crise de paranoia et que Lorenson, cette folle, gardait son masque de froideur inhumaine plâtré sur le visage. Qu’elles partent, et qu’il ne les revoie jamais !

Ils finirent par arriver, et là, Radenko lui attrapa son arme, vive comme un félin impossible à arrêter. « Was ist… » a-t-il à peine le temps de dire avant qu’elle lui demande d’aller vérifier l’horaire de leur avion. A contrecoeur de s’être ainsi fait blouser par cette agent, il finit pas entrer dans l’aérogare, utilisant sa carte d’agent fédéral pour entrer jusqu’à la tour de contrôle.
-Kammer, agent fédéral, annonça-t-il sans préambule. Est-ce que vous avez un avion civil américain en approche qui aurait demandé des instructions spéciales ?
-On en a un qui a demandé un backtrack à l’atterrissage, il est en approche derrière le 340 de Lufthansa, à trois minutes… pourquoi ?
-Quoi qu’il fasse, ne l’empêchez surtout pas d’évoluer, et accédez à toutes ses demandes, sécurité nationale !

Il avait quitté sur ces entrefaites, et retrouvé les deux agents à la voiture, il leur donna ses informations, et rendit leurs armes aux deux femmes, qui la remercièrent avant de partir au loin. Son rôle était fini… enfin presque. Il avait un rapport à écrire…

***********

Elles lui avaient échappé. Ces sales garces aveint envoyé des leurres à leur place, et il s’était laissé prendre, impulsif qu’il était ! Mais ça n’était que partie remise… Si les renseignements de ses aptrons étaient exacts, elles devaient repartir en avion. Il avait une dernière chance de les intercepter à l’aéroport. Avec le trafic, ils en auraient pour un bout de temps, en se dépéchant il pourrait les devancer en prenant le metro. Son DSR-1 était bien au chaud dans sa mallette, il allait à nouveau servir bien vite.

Une fois sur place, il sortit du merto directement à proximité de l’aéroport, et marcha sans hésitations vers une zone mal surveillée destinée à la maintenance. De là il pouvait sans soucis accéder à la tour. D’abord, en prendre le contrôle, puis utiliser son perchoir pour tirer ses cibles. Prendre contrôle de la tour avait été aisé, un unique coup du fusil avait suffi à jeter tous les contrôleurs à terre. Il déploya son bipied et se posa sur une console radar, observant devant lui. Et les voilà !

Cette fois il était sûr, il n’y avait qu’elels pour courir comme ça au milieu du tarmac. Il chambra une nouvelle cartouche, épaula et aligna la brune. Lui souhaitant un bon séjour en enfer dans sa langue natale, il pressa la détente, l’expédiant à terre malgré le vent qui soufflait. Plus que l’autre alors, la petite rouquine qui courait. Peine perdue, chérie… Tiens, la voilà qui lui facilite la tâche en trébuchant. Vite, chambrer une cartouche, et viser sa tête. Raté, damné vent ! Non, elle allait s’échapper dans l’avion, la voilà qui disparait hors de vue ! Et la brune qui avait un gilet pare-balle ! Damnation… Nouvelle cartouche, nouveau tir, encore raté, à cause des rafales de vent sur l’espace dégagé !

Et d’un coup, un staccato contre les vitres de la tour, à sa droite. Elles répliquent ? En regardant dans la lunette, il vit… la rouquine, toute écorchée sur le côté, avec un M4, qui essayait de l’aligner ?! Elle avait de l’espoir, la petite ! Un nouveau chargeur de 4, armement, puis épaulement… Adieu, ma belle, pensa-t-il en souriant… Mais le vent semblait avec elles, car son tir dévia dans le plancher de l’avion. Et ses tirs semblaient se rapprocher de lui ! La prochaine, il ne la raterait pas !

***********

Le copilote descendit la porte alors que l’avion était encore en mouvement d’avoir refait les pleins et récupéré un container de fret déposé par la police, au mépris des instructions constucteur et de la sécurité, mais il le fallait si ils voulaient récupérer leurs agents. L’avion faisait son point fixe en extrémité de la piste 25R, après avoir dévalé le taxiway à toute vitesse en suivant les indications du contrôle au sol. Le pilote rongeait son frein, il n’aimait pas rester en point fixe trop longtemps, ça consommait du carburant inutilement, mais il le fallait, alors qu’il scrutait le tarmac à la recherche de ses passagers.

Et il les trouva, qui fonçaient comme le Diable les poursuivait en personne ! Et d’un coup l’une d’elle tomba à terre dans une énorme détonation. Etant réserviste de l’US Air Force, il savait ce que ça voulait dire. Sniper. Et qui disait sniper disait danger pour lui, pour l’avion et pour les autres avions autour ! D’instinct, il se baissa, le nez dans la console centrale, enjoignant son adjoint de se dépêcher de faire monter les passagers.
« Schonefeld Sol, November 17 Charlie point d’arrêt 25R, on subit des tirs, demande décollage immediat !... Schonefeld Sol, November 17, répondez ! Fait chier, merde ! Holt ! Où on en est ?! »

Pour seule réponse, il obtint une rafale d’arme automatique. Pourtant aucune de ses apsasgères n’avait d’armes sur lui, à ce qu’il avait vu... Elles aureint pris le fusil de l’avion pour se défendre ? contre un sniper ? Elles étaient soit courageuses comme personne, soit totalement folles ! Il fallait qu’il mette les gaz, sinon ils allaient y rester ! « Schonefeld Sol, November 17, si vous me recevez, je m’aligne et décolle 25R, départ selon plan de vol déposé ! »
Il roulait lentement, ne sachant trop si tous ses passagers étaient à bord tout en programmant fébrilement son ordinateur de vol, destination les USA et Washington Dulles. Puis une fois l’ordinateur renseigné avec tous les paramètres de vol, il poussa la manette des gaz, ordonnant de refermer la porte par-dessus le hurlement des réacteurs…
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302)

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[TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302)

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