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[TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302)

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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Lun 23 Sep - 22:44


La première réaction de Lucija, qu’Abigail comprenait tout à fait, avait été de lui ordonner de la lâcher. Abigail s’en trouva rassérénée : elle semblait en état de continuer, même si elle était un peu sonnée pour le moment, Tandis qu’elle l’aidait à s’asseoir sur son lit, Abigail entendait Lucija marmonner des mots parfois incompréhensibles. Elle parla de son arme, sans doute voulant vérifier qu’elle l’avait toujours, puis d’un type, et enfin porta la main à sa nuque, là où le coup avait été porté. Elle avait le souffle court, et le bras ankylosé. Pas étonnant, après avoir dormi dessus toute une nuit. Une fois remise de ses émotions, Abigail avait posé ses questions, et la réponse lui arriva comme un mur de briques en pleine face.
- Mais qu'est-ce que ça peut faire !? J'ai failli me faire tuer ! Tu-er ! Mais vous vous rendez compte ou quoi !? Mais vous croyez que c'est ça qui m'inquiète le plus ? Non ! Moi j'ai une famille, et à cause de vous je la mets en danger ! Mais ça, vous ne pouvez pas le comprendre !

Abigail ne put empêcher ses lèvres de trembler et son poing de se serrer. Comment osait-elle ? Elle savait que c’était son orgueil qui parlait, mais elle devait admettre qu’il y avait du vrai, même si elle ne savait rien de sa vie privée. En fait si, elle savait tout de sa vie privée, vu qu’elle n’en avait aucune.

- Je suis désolée... Je ne le pensais pas... dit-elle finalement en l’enlaçant. Abigail fut tentée de la repousser, mais elle se sentait trop seule et dévastée moralement pour avoir un tel geste. Elle lui rendit son geste, l’enlaçant à son tour, alors qu’elle lui murmurait à l’oreille qu’elle était désolée.
-Non, moi je suis désolée, murmura à son tour Abigail, la voix légèrement tremblante, je n’aurais pas dû… pas dû vous abandonner comme ça, vous parler sur ce ton… Elle ne put retenir une larme de perler au coin de l’œil, qu’elle s’empressa d’essuyer d’un revers de main. Pardonnez-moi… Elle refusait de paraitre faible aux yeux de sa coéquipière. Aux yeux de quiconque, en fait, même si la veille au soir, elle s’était abandonnée dans les bras de la cible de sa mission… « N’y repenses plus jamais, sinon ça te hantera toute ta vie… » Mais cette étreinte lui faisait un bien fou, elle sentait tout son stress et toute ses tensions l’abandonner. Elle faillit retenir Lucija quand elles se séparèrent, mais elle avait des choses à lui montrer.

Les photos qu’elle avait prises la veille avec son collier.

Abigail réajusta ses lunettes, alors que Lucija déployait l’écran de son ordinateur portable, déchargeant les photos. Beaucoup de floues, d’autres mal cadrées, mais bon, viser avec précision avec un collier… Même Mac ou d’autres tireurs d’élite de la base n’y arriveraient qu’avec force difficultés. Néanmoins, il y avait quelques clichés nets de celui qui suivait Grauber, et qu’elle supposa être l’assaillant de Lucija. Au fur et à mesure que les photos défilaient sur l’écran, elle lui décrivait le contexte de la prise de vue, ajoutant parfois quelques commentaires sur des détails des clichés. A un moment, celui précédent l’assaut, elle sembla hésiter. Abigail posa une main compatissante sur son épaule. L’avait-il violentée ? Elle préféra ne pas demander, leurs nerfs à toutes deux étaient à fleur de peau, inutile de refaire monter la tension. Elle semblait aussi dépitée de s’être laissée avoir comme ça, la scientifique pouvait bien le comprendre, qui ne l’aurait pas été ?

« Un objet merveilleux, votre collier… Envoyez à tout hasard les meilleures photos à Tuck, qu’il tente des identifications, ça sera toujours bon à prendre. A moi, maintenant… »
Abigail approcha son attaché-case près d’elle, et en tira quelques feuilles de papier ainsi que son fidèle stylo-plume, qui ne l’avait jamais quittée depuis ses 16 ans et son entrée à l’université avec de l’avance. Elle traça un rapide plan à main levée de la chambre de Grauber, apportant ses explications.
« Voilà grossièrement la disposition de la suite et des meubles. Il y aura un ordinateur portable près de la table basse, c’est lui qu’il faut pirater avec le disque que Tuck nous a remis. Et pendant que nous étions… ensembles… j’ai pu regarder au plafond et sur les murs, pas de caméras. Mais vérifiez tout de même qu’il n’y en a pas de planquées… L’armoire près du lit contient un coffre-fort, une partie des documents se trouve à l’intérieur. L’autre est dans un porte document en cuir posé près de la table basse devant le lit. J’ai pu retenir la combinaison du coffre : gauche, un quart de tour, neutre, droite un tiers, neutre, trois quart droite, neutre, gauche deux tiers, neutre, ouvert »

Mais à l’évocation de la chambre, et surtout du lit de Grauber, sa folle nuit lui revint, telle un spectre venu la hanter. Elle ne savait plus ce qu’elle devait faire : finir son briefing rapidement, au risque de négliger un détail important, ou bien s’interrompre et faire part à Lucija du conflit moral qu’elle éprouvait ? Cette dernière semblait avoir lu dans ses pensées, lui faisant comprendre du regard qu’elle était à son écoute. Abigail décida de saisir l’opportunité.
« Vous avez dû le remarquer, je ne suis d’habitude pas du genre à me laisser faire, et à me montrer forte et dominante. Mais cette fois… j’ai dit oui pour le bien de la mission. Et jamais je ne suis sentie aussi vulnérable, j’ai surtout eu l’impression… de n’avoir été rien de plus qu’une prostituée engagée pour collecter des renseignements sur l’oreiller… Une larme roula sur sa joue alors qu’elle reprenait. J’ai eu l’impression de jeter ma fierté et ma dignité par la fenêtre, mais vous savez le pire dans tout ça ? J’ai quand même aimé ça. J’avais le sentiment que si je donnais le change assez longtemps, il m’aurait donné la formule pour changer le plomb en or… Et je me demande combien de temps ça va me prendre pour oublier tout ça, et avoir une relation normale avec quelqu’un… »
Abigail garda le silence quelques secondes, puis reprit la parole, un peu soulagée d’avoir pu vider son sac sur ses sentiments.
« Mais rassurez-vous, ça ne m’empêchera pas de mener à bien notre mission. Je vous note la combinaison sur un coin de papier, mais il est impératif que vous la connaissiez par cœur. Je veux que vous soyez capable de me réciter la combinaison et de l’appliquer sur la serrure sans avoir à regarder le papier. Je vous donne 3 minutes pour mémoriser la combinaison, ensuite on va s’entrainer sur le coffre de la chambre, c’est le même modèle. » Et pendant plusieurs minutes, Abigail fit refaire la manipulation à Lucija, encore et encore, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus à porter un œil sur le papier. Au bout d’un moment, Lucija demanda une pause pour prendre une douche, qu’Abigail lui accorda sans sourciller. Elle en profiterait pour réorganiser ses notes pour sa conférence de son côté, pendant ce temps. Et décompresser un peu, au passage… Il était important qu’elle paraisse la plus naturelle du monde aux yeux de tous. Et puis, elle présentait le résultat de travaux qui avaient demandés des mois, sinon des années de recherches de sa part et celle de son équipe. Cette pensée lui redonna un peu de fierté, et l’encouragea à donner le meilleur d’elle-même à sa conférence. Mais par acquis de conscience, elle emporterait sur elle son Glock. Elle le démonta, en nettoya chaque pièce comme Mac le lui avait appris, puis le remonta, avant d’insérer les munitions dedans et le placer dans son sac à mains. Elle ne prendrait pas son Smith & Wesson, elle ne le considérait que comme une arme de la dernière chance, qui avait cependant déjà goûté au sang…

En début d’après-midi, elle retrouva Lucija, avant de partir à la conférence. Elle avait réarrangé son tailleur noir, et coiffé ses cheveux en un chignon élaboré. A côté d’elle, Lucija faisait un peu décalée : T-shirt, blouson de cuir, pantalon solide et chaussures fiables, il était évident qu’elle ne comptait pas rester longtemps à la conférence…
- Votre tenue est parfaite. Bon, je résume : vous partez à la conférence. Dès qu'elle commence, vous confirmez la présence de Grauber. Là, je m'introduis chez eux au dernier étage, je dépose le virus, je photographie les documents, et je décolle. Le tout devrait me prendre moins de vingt minutes. Si tout se passe bien, je serais rentrée et couchée avant que vous ayez fini votre introduction.
La scientifique ne put retenir un petit rire à la dernière phrase de sa coéquipière. Il était vrai qu’elle pouvait parler des heures et des heures sur les sujets qu’elle maitrisait, mais jamais elle n’avait fait d’interventions de plus de 3 heures d’affilée. Mais bon, dans l’esprit de beaucoup de gens, les scientifiques parlaient pendant des heures pour leurs conférences…
- C’est bien ce qu’on avait convenu, en effet. Je vous donnerai confirmation que Grauber sera dans la salle, puis un texto quand je ferai une pause, pour savoir où vous en êtes. Et de toutes manières, je n’ai jamais fait des introductions très longues, ajouta-t-elle avec une pointe de malice. Bon courage, et bonne chance. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, mon portable sera posé devant moi…
« Du courage et de la chance… on va en avoir foutrement besoin… »

La scientifique pénétra dans la salle de conférence, déjà bien remplie. Du regard, elle balaya l’assistance, à la recherche de Grauber. Elle le repéra bien vite, celui-ci quitta précipitamment le groupe qu’il avait rejoint pour venir à sa rencontre.
-Abigail, vous voilà… Comment allez-vous, je ne vous ai pas vue ce matin…
-Je vais bien merci. Un appel du labo, au pays, ils m’ont tenu la jambe toute la matinée, pour des broutilles, en plus…
-Oh, je comprends, ne vous en faites pas, ajouta Grauber après un instant de silence. Je ne vous retiens pas, j’ai hâte d’entendre votre intervention.
-Merci, vous ne serez pas déçu.

Abigail se dirigea vers l’estrade, sortant son ordinateur portable qu’elle connecta au vidéoprojecteur de la salle. Elle dégaina ensuite son portable, envoyant un texto à Lucija : « G on site, go for action. ». Grauber prononça quelques mots d’introduction, avant de laisser la place à la scientifique américaine, qui posa son portable réglé sur silencieux sur le clavier de son ordinateur, ainsi elle verrait le moindre message qui s’afficherait. Elle repositionna le micro à sa hauteur, petite qu’elle était, avant de prendre la parole.
« Danke sehr, Herr Doktor Grauber, für diese Einfürung, remercia-t-elle avant de poursuivre dans sa langue natale. Chers consœurs et confrères, merci d’être venus aussi nombreux… », avant d’enchaîner sur son introduction. « Qui ne durera pas 20 minutes, Lucija ! » pensa-t-elle avec un sourire.

Sa présentation la faisait se sentir revivre. Elle était dans son élément, jouait selon ses propres règles, et avait un parfait contrôle sur sa situation. Mais dans un autre coin de son esprit, elle ne pouvait que penser à sa mission. Tant de choses qui pouvaient déraper. Si Lucija se faisait repérer ? Si Grauber avait déplacé ses documents ? Si elles étaient la cible de l’individu qui avait agressé Lucija la veille au soir ? Si un tireur isolé l’attendait, sa tête alignée dans son réticule ? Le temps passait, alors qu’elle exposait les résultats de ses dernières recherches civiles sur les mécanismes de défense biologique des plantes tropicales. Elle annonça une pause de 10 minutes à son auditoire. Alors que l’assemblée se dispersait, elle avala une gorgée d’eau de la bouteille placée sur le lutrin, avant de jeter un œil sur son portable. Rien. Soit Lucija avait tout réussi sans encombre, soit la mission prenait plus de temps que prévu, et c’était soit bon, soit mauvais signe. Lucija pouvait avoir trouvé une véritable mine de documents dans l’ordinateur, ou alors celui-ci était plus ardu à cracker que prévu… Un appel la tira de ses suppositions : Tuck... Lucija avait des difficultés, et était sous feu ennemi. Abigail était entourée de monde, et dut faire de gros efforts pour rester naturelle. Elle lui dit qu'elle avait bien compris, mais qu'il lui était impossible de se manifester maintenant, mais qu'elle s'en chargerait dès qu'elle aurait fini le plus vite possible. A l’heure prévue, elle reprit sa conférence, gardant toujours un œil sur son portable, au cas où Lucija se manifesterait…

Abigail abordait les derniers points de son speech quand son portable se manifesta de nouveau. « SOS ». Puis un autre suivit, « Help, G’s room », qui lui envoya un frisson d’effroi le long de la colonne vertébrale. La scientifique se trouvait face à un choix difficile : planter son assistance pour se porter à l’aide de sa coéquipière et griller sa couverture et, accessoirement, sa réputation, ou bien finir de prononcer son exposé, garder la couverture intacte, mais risquer de retourner aux USA avec Lucija dans un sac mortuaire ? Un nouveau message apparut, « Check e-mails ». Qu’est-ce qu’elle voulait dire avec ce dernier ? Elle avait réussi à envoyer ses photos malgré tout ? Elle ne pouvait pas ouvrir ses mails maintenant, son ordinateur était branché sur un vidéoprojecteur. Il fallait absolument qu’elle expédie sa fin de présentation, pour aller aider sa coéquipière. Chaque seconde comptait. Malgré l’empressement qu’elle mit à passer ses diapositives, elle ne pouvait s’empêcher de penser à Lucija, mais aussi à sa famille. Dans quelle situation s’était-elle retrouvée ? Et surtout si elle y restait, comment annoncer à son mari et ses enfants si elle en avait qu’elle était morte par son inaction ? Abigail finit sa présentation presque en apnée, mais les scientifiques venus l’écouter lui réservèrent un tonnerre d’applaudissements. Elle bénit le ciel qu’aucun n’eut envie de lui poser une question, aussi s’empressa-t-elle de ranger en vitesse son matériel et de quitter la salle.
« Tiens bon, Lucija, j’arrive… »

En entrant dans le lobby de l’hôtel, Abigail sentit son portable vibrer dans sa poche de veste. Un nouveau message de Lucija : « Bend down when u go in => camera » Elle s’était mis dans une situation d’utiliser son arme, nécessitant de ne pas être identifiée ? Abigail garda la tête baissée sur son portable, envoyant un message : « on my way, sit tight ». Elle décida de prendre l’ascenseur, mais s’arrêta un étage avant celui de la suite de Grauber, finissant à pieds par l’escalier. La porte était fermée, mais elle était à peu près sûre qu’elle la trouverait déverrouillée. Elle envoya un nouveau message : « @ door » En espérant qu’elle comprenne.

Abigail entra dans la chambre, refermant silencieusement la porte derrière elle. Repoussant son sac loin sur son épaule, elle en sortit son Glock, faisant sauter la sécurité. Elle aperçut un impact sur le chambranle. Les hostilités avaient commencé sans elle, on dirait… Mais ça leur donnait un avantage : elle pouvait potentiellement prendre l’assaillant de Lucija à revers, et éventuellement le capturer, même si cette dernière notion lui semblait plus irréaliste. Elle l’aperçut, devant la porte fermée de ce qui devait être la salle de bain. C’était véritablement un colosse, même Sam Briggs qui avait fait du basket-ball à haut niveau était moins impressionnant. Sa seule chance de l’avoir était de le prendre par derrière et par surprise. Contourner le lit défait arracha un sursaut de honte et de dégout à la scientifique, mais la galvanisa à prouver qu’elle avait l’étoffe de la femme fiable qu’elle était. Elle leva son arme, alignant la tête du géant qui semblait réfléchir à un plan pour attraper Lucija, retranchée dans la salle de bain. Elle avançait doucement, un pied après l’autre, l’arme braquée sur sa cible.

« Un seul geste de travers, menaça la scientifique en posant le canon de son arme dans le dos de l’homme, et je t’explose la tronche… Lâche ton arme. TOUT DE SUITE ! » hurla-t-elle sur le coup de la rage, en enfonçant encore le canon entre les vertèbres. Elle eut la satisfaction de le voir laisser tomber à terre son pistolet silencieux, qu’elle écarta d’un coup de pied. « A genoux. J’ai dit, à genoux, grogna-t-elle en lui agrippant la chemise, le forçant à s’agenouiller. Mains sur la tête ! » Il leva les mains, se baissant vers le sol, quand il eut un mouvement qu’elle n’avait pas prévu.

L’homme fit un brusque mouvement du bras, désarmant la scientifique. Il lui empoigna le bras, et la projeta deux fois de toutes ses forces contre la porte de la salle de bain. Celle-ci céda contre leur poids combiné, Abigail se trouva projetée au sol, croisant le regard de Lucija, cachée dans un recoin. Sa tête résonnait affreusement, sa vision était brouillée, et elle sentit le goût du sang dans sa bouche. « Partez ! Partez ! » articula-t-elle, poussant un cri de rage et de douleur mêlées. Mais son adversaire était trop fort pour elle. Comment pouvait-elle espérer lutter contre un colosse de plus d’1m85, elle qui dépassait à peine 1m60 ? Il la renvoya une nouvelle fois au tapis, dans la chambre, lui coupant le souffle, aggravant encore sa désorientation et ses saignements et faussant la monture de ses lunettes. Tâtonnant pour se relever, elle sentit un contact sous sa main gauche. Son arme.

Sans réfléchir, elle leva son arme et fit feu dans la direction générale de son assaillant. Une fois, puis encore, encore, et encore, avant d’entendre un cri. Elle avait touché quelque chose. La scientifique porta la main à son visage, la retirant trempée de sang. Elle avait dû s’ouvrir une arcade sourcilière, et saignait abondamment du nez, qu’elle espéra ne pas avoir cassé. Sa mâchoire était douloureuse, mais par miracle aucune dent déchaussée. Sa vision était floue à proximité d’elle, mais claire au loin, résultat de l’hypermétropie qu’elle avait depuis l’enfance. Une forme massive râlait de douleur au sol. Elle-même avait envie de hurler sous le coup de la douleur, mais elle s’y refusait, à la fois par discrétion que par fierté. Dans le doute, elle appela :
« Ivana ? Tout va bien ? »

Maintenant, elles devaient voir ce qu’elles avaient récolté, mais surtout, savoir comment elles allaient débarrasser leur bordel…


Dernière édition par Abigail Lorenson le Ven 27 Sep - 11:55, édité 1 fois
Abigail LorensonDocteurMessages : 131
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 24 Sep - 21:12


Grauber prenait un café au bar de l’hôtel, attendant que son contact vienne à lui. Il avait reçu un message le matin même, après qu’il ait découvert qu’Abigail l’avait laissé seul au réveil. Il venait de commander un deuxième café quand un individu s’assit à côté de lui, commandant à son tour un expresso. Le gars était vraiment immense, une véritable armoire à glace. Et l’air pas commode, non plus, avec ses cheveux ras à la militaire. Le genre de gars à pas énerver. Grauber le laissa prendre la parole en premier.
-Guten Morgen, Herr Doktor. Très belle soirée hier soir, n’est-ce pas ?
-Très agréable en effet. Je suppose que vous en étiez… Mais que vous avez su vous faire discret.
-Pas assez on dirait. Vos amies sont des petites curieuses. Un peu trop au goût de nos patrons. L’une d’elles est venue me voir, pendant que vous faisiez du gringue à l’autre. J’espère qu’elle valait le coup…
Grauber réprima un frisson. Ses patrons savaient-ils donc tout ce qui était arrivé depuis le début de ce congrès ? Si ils apprenaient qu’Abigail avait vu une partie de ses documents… Et si ça avait été la seule raison pour laquelle elle avait accepté ses avances ? Le séduire pour qu’il lui montre ce qu’elle voulait voir ? « La salope… Je savais qu’elle était pas nette… » Il décida de leur faire payer. De manière lente, et douloureuse.
-Qu’est-ce qui vous a pris d’emmener cette femme dans votre chambre ? Et si elle avait vu des documents et qu’elle essaie de vous les voler ?
-Vous voulez vérifier ? Passez donc dans l’après-midi à ma suite, vous pourrez vérifier que tout est à sa place. Lorenson sera bloquée par sa conférence, rien à craindre de son côté. Et son assistante est bien trop cruche pour nous inquiéter…
-Nous verrons bien, Herr Doktor, dit l’homme en se levant, nous verrons bien…

**************

La salle se remplissait peu à peu. Connaissant Abigail, elle se pointerait avec exactement 5 minutes d’avance sur l’horaire, pour avoir le temps de se préparer. Cette salope, elle était encore plus maligne que dans son souvenir. Elle avait parfaitement exploité son faible pour elle, et n’avait accepté de coucher avec lui que parce qu’il l’emmènerait dans sa chambre. Elle faisait un repérage. C’était évident, à présent. Il avait bien fait de demander à son contact de passer dans l’après-midi. Sans dote pourrait-il déplacer les documents… En tous cas, Abigail venait d’entrer. Il alla à sa rencontre, échangeant quelques mondanités, avant de lui demander où elle était de la matinée. « Un appel du pays, ou, bien sûr… plutôt occupée à préparer du vol de document, hein, sale petite pute ? » Ils se dirigèrent tous deux vers l’estrade, il devait prononcer quelques mots en introduction de son speech. Quand elle démarra, il alla se rasseoir, puis au bout de 30 minutes, alors qu’elle était bien lancée, il donna son signal par message.

**************

Vassili faisait semblant de lire un journal dans le lobby de l’hôtel quand reçut un message sur son portable. Cet inconscient de Grauber. Mais qu’est-ce qui lui avait pris, d’amener cette nana à sa chambre ? Elle avait beau être canon, c’était pas une raison pour se laisser baiser à ce point. Dans tous les sens du terme. Mais il ne fallait pas négliger l’assistante autant qu’il l’avait fait… Elle semblait connaitre les armes, et ça, c’était le signe de quelqu’un de formé à les utiliser. Il avait toujours son FNP silencieux sur lui, au cas où. Il accusa réception du message, puis se mit en marche.

**************

« Crawl from the wreckage one more time, horrific memories twist the mind… » Tuck était depuis peu devenu un grand fan de Metallica, et il chantait avec le groupe leur morceau All Nightmare Long, leur dernier album jouant à plein tube dans son labo. Enfin, beaucoup de gens appelaient son labo… comment déjà… ah oui, un « bordel pas possible » ou encore un « capharnaüm sans nom ». C’était Lorenson qui l’avait appelé comme ça, une fois qu’elle avait eu besoin de lui pour réparer un spectromètre. Le mot lui avait tellement plu qu’il l’avait remerciée. Bizarrement, elle l’avait regardé d’un drôle d’air. Cette femme restait pour lui un vrai mystère…

Son téléphone sonna. Farfouillant sous une pile de papiers, il mit plusieurs sonneries à décrocher, alors que Death Magnetic continuait de jouer à fond et qu’il attrapait une tasse de café.
»Tuck, qu’est-ce qu’il vous faut ? Ah c’est vous Radenko, le 26081302, hein ? Vous avez le PC devant vous, vous avez le disque ?... Pas besoin du mot de passe, le disque va le cracker tout seul, insérez-le. Un truc de mon invention, j’ai testé sur des ordinateurs de la base, il a tout percé en maximum 3 minutes par bécane… Dites, vous êtes encore là ? L’écran, qu’est-ce que vous voyez ? … Est-ce que des chiffres sont apparus et défilent à l’écran ? … OK, laissez défiler, c’est le logiciel qui inverse la matrice de codage des données. Bon, veillez à ce qu’aucune fenêtre ne s’affiche, ni que le PC passe hors tension. Et restez en ligne, continuez de me décrire ce qui se passe, je prends la main pour forcer le BIOS et accéder aux registres système et aux connexions avec privilèges admin via la RAM et un fichier tampon… »

Tuck tapait à toute vitesse sur son clavier, entrant des lignes de codes à toute vitesse, passant d’une fenêtre à l’autre à toute allure. Puis d’un coup, le téléphone toujours calé au creux de son épaule, il se retourna vers un autre ordinateur. Ce type était fort en cryptage, en tout cas… Pour qu’il ait besoin de 2 bécanes, il fallait que le cryptage soit en béton. Et enfin au bout de plusieurs minutes de codage intensif, tous les voyants de son interface passèrent au vert. Il était entré. « Et voilà on y est Radenko, maintenant j’ai besoin que vous me guidiez à travers l’ordinateur vers les dossiers en question… Radenko ? … Radenko, vous êtes encore là ? » Il entendit plusieurs souffles dans son oreille, ce qui ressemblait à du morse… SOS. « Fuck, Radenko, tout va bien ? » Et soudain, il entendit des coups de feu, qui le firent sursauter sur sa chaise.
- Contact avec force hostile. Besoin renfort pour extraction. Prévenez Lorenson. Grouillez-vous !
-Bien reçu, j’applique la méthode bourrin et j’envoie un message à Lorenson. On se retrouve de l’autre côté ! Et la ligne fut coupée.
Il composa un nouveau numéro, saisissant son portable d’une autre main en sélectionnant le numéro de Lorenson. Il appela Sam Briggs, le superviseur de la mission, le mettant au courant de la situation, mais recevant comme réponse qu’aucun agent ne pouvait arriver assez vite depuis les USA, il allait contacter l’antenne de Berlin pour dépêcher un agent. Elles allaient devoir se débrouiller seules dans l’immédiat. Quant à Lorenson, elle ne pouvait pas encore intervenir sans se démasquer, lui dit-elle avec cette roideur et ce calme inhumains qui semblait la suivre partout. A cours d’options, Tuck entra plusieurs lignes de codes dans la console de ses deux ordinateurs, puis envoya un texto aux deux agents : « siphonage HD, gardez PC on jusqua 100% defrag » En espérant qu’elles comprennent qu’il avait entré une commande qui viderait entièrement le contenu des disques durs de Grauber vers le sien par un canal sécurisé. Comme pour encourager sa machine à accélérer le transfert de données, Tuck commençait à frapper la mesure en rythme avec sa musique…


**************

Cette nana ne cessait de la surprendre. Lui qui l’avait pris au début pour une assistante un peu cruche incapable de se défendre, elle était en fait la vraie menace : elle avait failli l’avoir, plusieurs fois. Il avait senti le sifflement des balles tout près de son oreille, alors qu’il était entré avec autant de discrétion qu’un chat en chasse d’une souris. Ils avaient échangé plusieurs tirs, et il bénit les hôtels de luxe d’être aussi bien insonorisés, sans quoi ils auraient déjà la police sur le dos… Mais bon, il avait réussi à coincer sa petite souris dans un coin sans issue. Le seul problème était qu’elle avait les documents avec elle, il l’avait vue avec une pile de dossiers. Crétin de Grauber, son coup d’hier soir avait retenu la combinaison du coffre-fort, et devait avoir le mot de passe de l’ordinateur portable… Il fallait qu’il la capture vivante, savoir pour qui elles travaillaient, sa patronne et elle. Il pourrait alors les torturer à l’envi. Lentement…

Puis il ressentit une pression dans son dos. Une pression d’un genre unique, celui d’un canon de pistolet. L’autre scientifique, et au ton de sa voix, elle semblait pas jouasse… Il lâcha son arme, il n’aurait pas besoin de ça pour la maîtriser. Quand elle l’agrippa pour le mettre à genoux, il balaya sa main, attrapa son avant-bras et l’envoya cogner contre la porte de la salle de bain, deux fois. La porte s’ouvrit brutalement, les faisant tomber tous les deux. Elle cria quelque chose. Il l’empoigna par le col et la projeta violemment dans la chambre. Son visage ruisselait de sang, ses lunettes cassées pendant de son oreille. Il marcha vers elle, sortant un couteau de sa poche. Il allait la saigner une bonne fois pour toute, tant pis pour Grauber, il lui souhaitait d’en avoir bien profité de celle-là… puis un bruit assourdissant envahit la pièce, quatre fois, et ses jambes se dérobèrent sous lui. Tombant à terre, il lâcha son couteau. Impossible de remuer sa jambe gauche, il regarda et vit sa rotule partie en esquilles à travers sa peau, et cette damnée rousse, arme à la main… Il ne fallait surtout pas qu’elles le prennent vivant…


**************

Grauber n’avait toujours rien reçu de Silaïev, et impossible de remettre la main sur Abigail à l’issue de sa passionnante conférence. Même si il avait le sentiment qu’elle avait expédié la fin de sa présentation à la vitesse de l’éclair… Ca cachait quelque chose. Il décida donc de monter à sa suite, récupérer ses documents et les cacher ailleurs… Il s’approchait de la porte…


**************

-Des nouvelles, Tuck ?
-Pour le moment, le transfert s’effectue correctement, il est presque fini. Et vous, des renforts pour elles ?
-Rien de dispo de notre côté pour venir assez vite. Et l’Allemagne ne peut rien dispatcher avant 12 heures, un merdier pas possible. Va falloir qu’elles tiennent toutes seules pour le moment… OK, prévenez-les, faites en sorte qu’elles mettent les voiles aussi rapidement que leur couverture le leur permet... On les ramènera. Toutes les deux, et avec les infos qu’on veut.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Ven 4 Oct - 17:39

Retranchée dans la salle de bain, traquée par un tueur professionnel de classe internationale qui semblait particulièrement désireux de l'ajouter à la liste de ses trophées, Lucija ne pouvait pas se fier à grand chose. En vérité, elle ne faisait réellement confiance qu'à son pistolet, qu'elle tenait fermement en main, et à son gilet pare-balle qui se soulevait rapidement, au rythme des poumons qu'il entendait protéger. Mais y parviendrait-il ? Un tir à bout portant contre une protection aussi dérisoire parviendrait sans peine à déchirer le kevlar, et la balle se plairait à se frayer un chemin sanglant et dévastateur jusqu'à son cœur, si elle avait de la chance. Jusqu'à sa moelle épinière, si elle n'en avait pas. Outre ces deux têtes de série, elle pouvait aussi se reposer sur ses deux oreilles (encore que), qui lui indiquaient qu'à l'extérieur, son homme était toujours là, en train de chercher une solution pour rentrer dans la pièce. Il devait être en train d'examiner la serrure, pour voir s'il pouvait la crocheter. Si elle avait dû le juger à son physique, elle aurait dit qu'il aurait plutôt été du genre à défoncer purement et simplement le battant, et à tirer dans le tas avec une arme automatique de gros calibre. Mais depuis le début, il avait fait preuve d'une finesse rare. Elle le voyait plutôt ouvrir lentement la porte sans se découvrir, puis lancer une grenade lacrymogène à l'intérieur. Dans un espace aussi cloisonné, elle suffoquerait en quelques secondes, et ce serait elle qui finirait par sortir et tomber tout droit dans ses bras. Quel que fût son plan, il nécessitait d'ouvrir la porte de manière délicate, et Lucija bénit les constructeurs de l'hôtel d'avoir su pourvoir leurs salles de bain de serrures aussi perfectionnées. C'était peut-être ce qui lui sauverait la vie...

Enfin, il y avait quelqu'un sur qui elle pouvait compter dans cet enfer, et ce fut justement elle qui lui apporta la meilleure nouvelle de sa journée. Son portable s'illumina, et elle s'en empara avec autant de précipitation que si elle attendait de savoir si elle avait gagné cinquante millions de dollars. Ses doigts composèrent frénétiquement son code, si rapidement qu'elle dut s'y prendre à deux fois pour finalement déverrouiller l'engin. Alors, elle lut le message d'Abigail, qui l'informait de son arrivée imminente. Fort bien ! Si elle avait bien compris la teneur des messages de la croate, elle passerait vérifier les e-mails de cette dernière, et pourrait y lire le pedigree de Vassili Silaïev. Le tueur en question devait avoir un dossier impressionnant, et Lorenson saurait qu'elle aurait à tirer sans sommation, si elles voulaient toutes les deux avoir une chance de s'en sortir. Contre un tel homme, il valait mieux prendre des précautions très larges.

Dans cette situation de stress intense, les secondes semblaient défiler à une lenteur effroyable, et la menace qui se trouvait de l'autre côté de la porte semblait toujours aussi proche. Lucija attendait donc patiemment d'entendre les coups de feu qui signaleraient que tout était terminé, et qu'elle pourrait sortir. Son portable l'alerta à nouveau, pour lui dire qu'Abigail était à la porte. Enfin ! Ce n'était plus qu'une question de secondes, désormais. Pourtant, malgré son léger optimisme, la jeune femme gardait son arme en main. Elle préférait ne pas crier victoire trop tôt, ce qui était une erreur fatale dans son métier. Avoir confiance en soi était bien, avoir confiance dans l'autre était déjà dangereux, mais avoir confiance en l'avenir était proprement suicidaire. Une balle perdue, un adversaire pas suffisamment mort, et tout pouvait basculer. Si elle s'en était toujours sortie indemne, c'était pour trois raisons principales : parce que les missions étaient bien planifiées, parce que les adversaires étaient de piètre qualité, et parce que l'extraction était toujours parfaite. Ici, la planification n'avait rien de militaire, et était plutôt un plan sur le tas ; l'adversaire était probablement le plus fort qu'elle eût rencontré hormis les hommes avec qui elle avait servi ; l'extraction semblait être un concept que l'ORS ne maîtrisait pas particulièrement bien. Elle n'avait ni appui, ni contact avec un quelconque agent local qui pouvait l'aider à gagner l'aéroport en quelques dizaines de minutes.

Alors qu'elle ressassait tout ce qui n'allait pas, elle entendit une voix crier de l'autre côté de la porte. A mesure qu'elle percevait ce qui était dit, elle sentait son univers s'écrouler. Le fameux conflit scientifique-militaire émergea au sein de son esprit, et elle s'exclama pour elle-même :

- Elle est folle !

Elle se leva dans l'intention d'aller prêter main-forte à Abigail dans sa tentative déraisonnée de neutraliser un adversaire qui les surclassait toutes les deux, mais s'immobilisa en plein milieu de la pièce au moment où le premier coup sourd fut porté. Ce devait être quelque chose de plus lourd qu'un poing qui frappait pour faire ainsi vaciller les gonds et provoquer des tremblements jusque dans l'échine de la jeune croate. Celle-ci était parfaitement à découvert, et elle battit en retraite avant même que son cerveau lui eût donné une raison valable. Elle se retrouva allongée par terre derrière la baignoire au moment où la porte cédait sous le poids combiné de la scientifique projetée par la violence brutale du russe. Les deux femmes échangèrent un regard, celui de Lucija trahissant très probablement son effroi à voir le visage de sa coéquipière maculé de sang. Elle l'entendit lui hurler de partir, mais elle ne prit même pas la peine de considérer l'option. Au lieu de quoi, elle leva son arme pour essayer d'abattre Silaïev. C'était leur seule chance.

Le tueur fut plus rapide - encore ! - et il s'empara de Lorenson, ce qui força la croate à interrompre son geste, si elle ne voulait pas réaliser par erreur un tir ami. Avec un mugissement de taureau, il la brandit aussi haut que possible, et l'envoya s'écraser par terre avec fracas. C'était digne d'une prise de catch, à ceci près que ce n'était pas du chiqué, cette fois. Lucija en demeura totalement abasourdie, et elle crut vraiment que sa coéquipière s'était brisée la nuque en touchant le sol. Le bruit de son corps rebondissant contre le tapis avait été particulièrement horrible, et malgré ses  nombreuses années de service dans l'armée, il ne semblait pas à la tueuse avoir jamais entendu chose aussi effroyable. En général, elle tuait de loin, de manière propre et professionnelle. Et même dans les entraînements au corps à corps, on leur apprenait à désarmer quelqu'un efficacement et silencieusement. Ce qu'elle venait de voir, c'était la sauvagerie à l'état pur, la seule volonté d'infliger de la souffrance, quels qu'en fussent les moyens. En cet instant plus que jamais, elle se sentait incroyablement vulnérable vis-à-vis de ce russe qui pourtant lui tournait le dos. Sortant un couteau de Dieu savait où, il se dirigea vers Abigail avec la détermination d'un prédateur affamé s'avançant vers une proie désarmée.

Pendant un bref instant, le cerveau de Lucija ne sut plus quoi faire. Abigail était-elle encore en vie ? Y avait-il une chance pour elles deux de sortir vivantes de cet endroit ? Ce russe était-il venu d'une autre planète pour parvenir à les écraser toutes les deux à chaque confrontation ? Elle n'était même pas certaine de pouvoir le tuer si elle le désirait. Cet instant d'hésitation fut interrompu par le claquement sonore d'une arme, et le sifflement aigu d'une balle qui passa non loin de la croate. La deuxième alla ricocher contre la baignoire, et elle heurta l'épaule de la tueuse qui fut projetée en arrière sous la force de l'impact. Son arme lui échappa des mains, et elle se recroquevilla par réflexe, pour réduire la surface de tir de son corps. Les coups de feu cessèrent bientôt, immédiatement suivis par le bruit sourd d'un corps tombant au sol. Alors, un silence étrange s'empara de la scène.

Lucija cligna des yeux pour s'assurer qu'elle n'avait pas rêvé. Elle ôta la main de son épaule, et l'observa : aucune trace de sang. Par chance, la baignoire avait absorbé une bonne partie de l'énergie du projectile, et le reste avait été péniblement encaissé par son gilet pare-balle. Cependant, elle savait que sa peau garderait une marque violacée pendant quelques jours. Mais ce n'était pas grand-chose en comparaison de Lorenson, qui s'était redressée malgré son étourdissement, et qui respirait rapidement en essayant de ne pas inspirer le sang qui coulait abondamment le long de son visage. Aussi incroyable que cela pût paraître, elle trouva même la force de demander à son "assistante" si celle-ci allait bien. Lucija ne prit même pas la peine de répondre, au lieu de quoi elle se releva brusquement attrapa son arme, et fondit sur le tueur.

De l'extérieur, on aurait pu croire qu'elle allait essayer de s'acharner sur son corps, mais il n'en était rien. Elle donna un violent coup de pied dans sa main, pour le forcer à lâcher son poignard qui alla glisser sur le carrelage, hors de portée. Puis, voyant qu'il tentait faiblement de porter la main à son cou, elle enfonça un genou dans son thorax, et ouvrit à sa place sa chemise, arrachant les boutons sans remord aucun. Elle découvrit alors ce qu'elle cherchait : la capsule de cyanure qu'il cachait sur lui, et qu'il entendait croquer pour ne pas avoir à répondre à leurs questions. Elle l'arracha au fil qui était passé autour de son cou massif, et la jeta au loin. Silaïev semblait vaincu, désormais, mais elle préférait ne pas trop le sous-estimer, et elle s'éloigna de fait de ses mains immenses qui pouvaient sans aucun doute encore la briser en deux.

Elle se porta alors vers Lorenson, qui semblait sur le point de tourner de l'œil, ce qui était fort compréhensible. Elle s'agenouilla à côté d'elle, et ôta sa veste pour la lui passer autour des épaules. Après la bataille venait souvent le moment du choc émotionnel, même pour les soldats les plus entraînés. Lucija savait que passer si près de la mort pouvait briser quelqu'un : elle avait déjà vu des hommes très compétents, sûrs d'eux et a priori capables de supporter le pire s'effondrer littéralement après avoir été sous le feu ennemi, avoir été blessés, et en avoir réchappé de justesse. Des gens qui, pour beaucoup, réussissaient à reprendre le service non sans difficulté, et qui pour certains étaient contraints de quitter l'armée. Ils perdaient le sommeil, devenaient paranoïaques, ou bien avaient des crises d'angoisse qui les paralysaient dans leur quotidien. La croate se demandait comment se remettrait Abigail de tout ça, tout en priant sincèrement pour qu'elle trouvât un moyen de surmonter l'épreuve.

La jeune femme avait décidé de ne rien dire, car ses paroles auraient probablement été contre-productives. Or, en cet instant, elle avait besoin d'être parfaitement efficace. Peut-être que Lorenson lui en voudrait plus tard de ne pas avoir été là pour la soutenir, mais pour l'heure elles avaient plus urgent. La fusillade avait laissé un bazar monstrueux. L'appartement tout entier était criblé de balles, en passant par l'entrée jusqu'au coin chambre. Le carrelage avait souffert, et serait irrécupérable. La baignoire garderait longtemps la marque de la balle qui avait ricoché sur elle. Pour le reste, la porte de la salle de bain avait été défoncée, violemment arrachée de ses gonds. La serrure reposait par terre, en pièces détachées. Et puis il y avait les deux blessés. D'un côté, Silaïev qui se vidait lentement de son sang sur les carreaux blancs. De l'autre, Lorenson qui peinait à faire la mise au point, à cause des coups reçus et de ses lunettes déformées. Son sang à elle aussi coulait sur le tapis... autant d'indices qui posaient problème si on considérait le fait que cette mission était quelque peu clandestine. Et nettoyer avec de l'eau et du savon n'y changerait rien.

En pleine réflexion sur ce qu'il convenait de faire, Lucija entendit le cliquetis caractéristique de la porte qu'on est en train d'ouvrir lentement. La jeune femme, réagissant au quart de tour, s'empara de l'arme de Lorenson, vérifia qu'il restait des munitions, et la plaça sans mot dire dans les mains de sa propriétaire, qui n'avait pas eu le temps de réagir. Ainsi armée, elle serait théoriquement en état de se défendre si le nouvel entrant était un agresseur, ou bien d'achever le russe s'il décidait de tenter sa chance et de ramper vers son arme ou sa capsule de cyanure. Aussi silencieuse qu'un félin, la jeune croate se leva et se coula le long du mur, jusqu'à la porte de la chambre. Elle ne prit même pas la peine de jeter un œil de l'autre côté, s'attendant à être criblée de balles par un nouvel ennemi. Au lieu de quoi, elle s'accroupit, et se prépara à tirer à vue sur quiconque la menacerait. Elle entendit distinctement des bruits de pas dans le salon, qui se dirigeaient vers elle. Etait-ce donc à ce point un amateur ? L'homme arriva rapidement au niveau de la chambre, et son pied gauche franchit le seuil. Il n'en fallut pas davantage à Lucija. Se relevant telle une tigresse, elle se saisit du bras de l'inconnu, et le tira en avant tout en réalisant un croc en jambes peu académique. Pas sûr de ses appuis, l'homme trébucha lourdement, et la croate s'empressa de le plaquer contre le mur en lui infligeant une douloureuse clé au bras. Elle plaça le pistolet qu'elle tenait en main contre sa tête, et s'apprêta à lui poser une question, quand le type se mit à baragouiner en allemand :

"Grauber ?" songea-t-elle.

Elle n'aurait jamais pensé qu'il viendrait ici. Il n'osait visiblement pas se retourner, de peur de commettre un impair et de prendre une balle. Lucija en profita pour regarder Lorenson. Après sa nuit passée dans les bras de cet homme, et l'affrontement sanglant qui avait eu lieu, les choses ne pouvaient pas être pire pour elle. Revoir l'objet de sa honte était difficile, mais alors si lui la voyait, ce serait terrible. La croate se souvint de ce qu'elle lui avait dit quelques heures plus tôt. Il lui semblait que cela faisait une éternité :

- Vous avez été jusqu'au bout de votre mission, avait-elle lâché devant les larmes d'Abigail, et vous n'avez pas à vous sentir coupable... ni à en éprouver une fierté particulière. Vous avez fait votre travail : ni plus, ni moins. Je suppose que vous le savez, mais apprenez à vous détacher de votre boulot. Ne mêlez pas professionnel et personnel : jamais ! Vous avez l'impression d'avoir bafoué vos principes, mais qu'auriez-vous pensé si vous aviez reculé au moment fatidique ? Qu'auriez-vous pensé si vous aviez compromis la mission ? Vous vous en seriez voulu toujours, et cela aurait été pire.

Elle avait inspiré profondément, avant de reprendre :

- Ce que vous avez fait est grave pour vous, mais la personne qui vous aimera s'en fichera. Si vous le lui dites, et si c'est le bon, alors il comprendra. Il comprendra que vous êtes une femme tenace, que vous ne lâchez rien, et que vous êtes prête à tout pour les autres. Et surtout, surtout, il comprendra que vous n'aviez pas le choix... Que vous n'aviez pas le choix...

Lucija avait baissé les yeux sur ces derniers mots. Il lui semblait que les mots qu'elle prononçait faisaient écho à sa propre situation, à ceci près que, tentant de réconforter Abigail, elle se mettait elle-même terriblement mal à l'aise. Le jour où Abigail rencontrerait l'âme-sœur, elle parviendrait à partager avec lui cette honte, et à la surmonter. Mais la croate avait déjà rencontré sa moitié... et elle n'imaginait pas devoir lui avouer la vérité. Comment prendrait-il le fait de savoir que celle qu'il prenait pour une journaliste douce et bienveillante allait en réalité à l'autre bout du monde pour assassiner des inconnus, briser des familles et causer des drames ? Comment prendrait-il le fait de savoir qu'elle lui avait menti toutes ces années ? Alors qu'elle avait le choix, elle continuait, et elle n'en était que plus coupable. Lucija s'était levée, et avait lâché comme un ultime conseil :

- La prochaine fois que vous verrez Grauber, regardez-le droit dans les yeux, et montrez-lui à quel point vous êtes sereine. Quitte à mentir.

Avec Grauber dans la pièce, Lucija se doutait bien que les choses risquaient de ne pas être faciles pour Abigail, qui aurait bien du mal à se montrer sereine après tout ce qu'il venait de se passer. Décidément, si elle avait su que les événements tourneraient aussi mal, elle se serait abstenue de donner des conseils aussi légèrement, et aurait soigneusement posé ses mots. Elle aurait par exemple dit : "la prochaine fois que vous le verrez dans un cadre civil normal, et de préférence en évitant de vous faire agresser par un tueur russe gigantesque quelques secondes avant". Oui, elle aurait trouvé quelque chose comme ça. Tirant l'allemand vers la porte, elle le força à quitter la chambre, en faisant en sorte de lui tordre suffisamment le bras pour qu'il ne pût regarder que ses propres pieds et rien d'autre. Et en guise d'avertissement, elle glissa le canon froid de son arme le long de sa joue, de sorte à l'empêcher de tourner la tête.

Elle le lâcha finalement, mais lui glissa immédiatement son arme entre les omoplates, de sorte qu'il ne fût pas tenté de se retourner inopinément. Elle n'avait pas ouvert la bouche, et l'autre ne savait vraisemblablement pas qui le menaçait. Il reprit donc dans sa langue natale, croyant peut-être s'adresser à Abigail. Elle capta son sourire en coin, et lui enfonça un peu plus le canon dans le dos, pour bien lui faire comprendre qu'elle n'appréciait pas, quand bien même elle ne comprenait rien. D'une main habile, la jeune femme procéda à une fouille de Grauber. Il ne portait pas d'armes, mais elle récupéra son téléphone portable, qu'elle s'empressa de jeter au loin. Il n'apprécia visiblement pas, et il le lui fit savoir, mais au point où elle en était elle s'en fichait complètement. Elle vérifia qu'il ne portait pas de micros, sur son col notamment, dans sa cravate impeccable, ou même dans ses premiers boutons de chemise. Elle était minutieuse car paranoïaque, et elle savait avoir tout son temps maintenant que Silaïev était étendu par terre. Elle finit par trouver un petit émetteur caché dans sa poche. Elle le plaça devant les yeux de l'allemand, qui sembla surpris :

- Ich wusste nicht... Commença-t-il.

Lucija fit claquer sa langue. Elle ne comprenait rien à cette langue, et cela l'énervait prodigieusement qu'il continuât à la parler. En même temps, elle se doutait que passer pour Lorenson pouvait avoir des avantages. Il pouvait être tenté de lui avouer des choses qu'il aurait refusé de dire à son assistante s'il persistait à se méprendre. Tant qu'elle se taisait et qu'elle demeurait hors de son champ de vision, elle garderait un mince avantage qu'elle entendait bien pousser au maximum. Elle trouvait également que comme méthode d'interrogatoire, demeurer silencieusement le pistolet prêt à tirer était extrêmement intéressant. Elle se demandait ce qu'il lui raconterait quand il se lasserait de la savoir dans son dos. Attrapant son portable, elle se mit à taper un SMS à l'attention d'Abigail qui était à côté :

"News from Tuck ? Any support ?"

Elle s'interrogeait quant à la façon de sortir de ce traquenard, et trouvait que l'ORS serait bien inspirée de leur envoyer un hélicoptère. Avec le grabuge qu'elles venaient de mettre, elle espérait également que l'organisation était suffisamment puissante pour faire un peu pression sur la police afin de dissimuler les traces, et d'empêcher que les deux femmes ne soient trainées devant la justice. Même si à la réflexion, Lucija n'avait probablement pas laissé d'indices de son passage. La jeune femme baissa la tête vers son portable, attendant qu'Abigail répondît. Il fallait espérer que l'ORS dépêcherait quelqu'un dans l'heure, sans quoi la situation risquait de devenir tendue. Après la fusillade, la prise d'otage... Décidément, cette mission était de plus en plus charmante.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 8 Oct - 21:17


La tête d’Abigail n’avait résonné à ce point que deux fois auparavant dans sa vie. La première, au cours de son passage à l’Académie de l’ORS, où elle avait eu droit à un exercice de stabilisation de l’état d’un agent blessé dans des conditions proches du réel. Autrement dit, elle devait « soigner » le mannequin d’entrainement derrière un talus alors que 10 agents faisaient un exercice de tir à balles réelles au-dessus de sa tête et dans sa direction. Elle n’oublierait jamais le sifflement des balles qui passaient à moins de 20 cm de sa tête… La deuxième fois était intervenue dans une ruelle derrière un bar de Washington, quand elle s’était retrouvée confrontée à un vampire un peu gourmand et qui semblait l’avoir trouvée à son goût… Son Smith & Wesson lui avait sauvé la mise, même si ça n’avait pas été forcément au grand bonheur de sa hiérarchie qui, après lui avoir retiré son port d’armes, le lui avait finalement rendu après réévaluation de son dossier.

Non, cette fois c’était différent. On ne lui avait jamais fait de prise comme ça, ni projetée 3 fois avec violence contre des surfaces dures. Elle était sûre que si on lui faisait une radiographie de son corps à cet instant, le résultat aurait été effrayant. Elle avait du mal à bouger, mais elle était sûre qu’elle n’avait rien de cassé. Son plus gros souci restait la possibilité d’une hémorragie interne, qui elles étaient parfois indolores et potentiellement mortelles en quelques heures. Elle prit la décision que si à la fin de la journée elle se sentait encore mal, elle irait voir un médecin… La scientifique faisait tout son possible, en se redressant tant bien que mal, pour ne pas s’étouffer avec son propre sang, qui coulait abondamment sur son visage et venait s’écraser en grosses gouttes sur le sol. Elle réprima une grimace : ce sang constituait la preuve irréfutable de sa présence à un endroit où elle n’aurait jamais dû se trouver. Elle espérait de tout cœur que Briggs et Tuck avaient prévu la situation où elles se trouvaient, parce que l’improvisation serait plus que désastreuse. Un coup à se retrouver inculpées pour homicide et passer une bonne vingtaine d’années en prison, perspective peu réjouissante au demeurant.

La scientifique faisait des efforts colossaux pour rester alerte et stable sur ses jambes. Sa tête lui tournait horriblement, et ses troubles de vues ne faisaient rien pour l’aider. Elle devina plus qu’elle ne vit précisément Lucija se précipiter sur leur agresseur, arme en main. Abigail crut qu’elle allait l’achever, mais se contenta de s’agenouiller sur lui, d’écarter le couteau de ses mains et lui arracher quelque chose autour du cou. Elle se demande ce qu’elle peut bien vouloir lui prendre… Ainsi donc la pilule-suicide au cyanure ne serait pas une légende exploitée par les auteurs de romans d’espionnage et les cinéastes ? Puis elle se sentit partir sur un côté, victime d’un léger vertige, avant de se redresser aussitôt, toujours déterminée à montrer sa force et sa détermination. Même avec la tête à l’envers comme elle l’avait actuellement.

Lucija se porta à ses côtés, enlevant sa veste pour la passer autour des épaules de la scientifique, un geste destiné à la réconforter autant qu’à la réchauffer. Abigail la réajusta sur ses épaules, veillant à ne pas trop saigner dessus, alors qu’elle fouillait dans son sac à la recherche d’un mouchoir pour essuyer le sang maculant son visage.
« Merci, réussit à articuler la scientifique en tournant son regard vers sa coéquipière. Vous en faites pas pour moi… je survivrai… »
Lucija ne répondit rien, regardant autour d’elle en évaluant les dégâts causés à la suite de Grauber. Abigail suivit son regard, encore un peu désorientée, et rajusta tant bien que mal ses lunettes sur son nez.

Puis il y eut un bruit. Celui d’une porte s’ouvrant lentement. « Ca recommence… »

Lucija fut la plus rapide des deux. Elle ramassa le Glock tombé à terre, en vérifia le chargeur, puis le mit entre les mains de la scientifique. Instinctivement, Lucija la lui avait mise dans la main droite, sa mauvaise main, aussi Abigail plaça-t-elle la crosse au creux de sa paume gauche, referma sa prise de sa main droite et leva son arme, doucement, en direction de l’entrée de la chambre alors que Lucija prenait position contre le chambranle, agile comme un félin. L’Américaine aurait donné n’importe quoi pour avoir une telle souplesse de déplacement. Mais avec de la pratique, ça finirait par venir… « Juste que je me fasse pas déboiter la tête à chaque fois… ». Les pas gagnèrent en volume sonore, la porte s’ouvrit et un pied apparut. Sa coéquipière jaillit de sa cachette, et un croc-en-jambe et une clé de bras plus loin, leur visiteur était plaqué au mur, jurant en allemand. D’une voix qui envoya des frisons dans le dos d’Abigail.

Grauber.

A cet instant précis, Abigail se trouvait confrontée à un choix qui lui demandait un effort colossal de volonté. Sa honte refit surface, et rien n’aurait pu la retenir de se racheter à ses propres yeux. Elle avait son arme à la main, et assez de colère en elle pour ne rien regretter de son geste. Elle fantasmait déjà sur son geste. Presser la détente, expédier une balle de 9mm dans le crâne de cet individu à qui elle s’était abandonnée après lui avoir tenu tête si longtemps, et mettre un terme à sa misérable existence, lavant sa honte dans son sang étalé sur le mur. Mais d’un autre côté, capturer et interroger Grauber pourrait s’avérer une opération tentante. Il pourrait, sous la pression d’un interrogatoire judicieusement mené, cracher tout un tas d’infos sur ses travaux, et même davantage si il faisait partie d’un tout plus grand.

Néanmoins, le souvenir de sa nuit précédente revint à la charge. Elle se revoyait dans les bras de cet homme, abandonnant tous ses principes auxquels elle s’était raccrochée pendant des années, dans le but justement d’éviter une telle situation, de se retrouver à coucher avec un collègue, ou même une personne qu’elle serait amenée à côtoyer durant le travail. Même si Lucija avait su trouver les mots justes pour la réconforter le matin même, Abigail n’arrivait pas à effacer totalement sa honte à ce souvenir. Ca lui prendrait sans doute des semaines, mais elle avait raison : celui qui l’aimerait vraiment lui pardonnerait. Restait à savoir qui ça serait, et quand elle le trouverait. Mais dans l’immédiat, la scientifique n’avait qu’une envie : céder à son fantasme, et presser la détente.

Mais alors qu’elle alignait le canon de son arme sur la tête de l’Allemand, que Lucija gardait délibérément coincée de manière à ce qu’il ne puisse voir ni elle, ni Abigail, la réalité la rattrapa aussi brutalement que ses derniers contacts avec le sol. Tuer Grauber ne ferait que compromettre encore davantage leur situation. Et surtout, que penserait-on d’elle à après ça ? On ne confierait jamais à nouveau le commandement d’opérations sur le terrain à un agent qui tue sur un coup de tête la cible de sa mission, sans la moindre couverture ni rien ? On la jugerait moralement instable, et se verrait alors retirer définitivement toutes les missions sur le terrain, chose à laquelle elle se refusait catégoriquement. Non, il fallait qu’il reste en vie, même si ça n’enchantait en rien la scientifique américaine. Prenant une série de longues et profondes inspirations, elle se força à baisser son arme et réenclencher la sécurité, non sans avoir le visage déformé par le masque de dégoût que lui inspirait le personnage. Elle tiendrait sa revanche sur lui, un jour, mais pas avant d’en avoir extrait la moindre information. Et cette fois, elle se montrerait beaucoup moins aimable que la dernière fois… Reprenant contenance à grand peine, Abigail parvint à évacuer ses derniers vertiges, s’asseyant sur le rebord du lit, et jeta un regard circulaire sur ce qui l’entourait : le tueur en train de lentement se vider par son genou réduit en échardes, la suite criblée de balles de petit calibre, Lucija qui tenait Grauber en respect par une clé de bras serrée, elle-même le visage maculé de sang

Il fallait qu’elles mettent les voiles. Le plus vite possible.

La fusillade avait dû s’entendre partout dans l’hôtel, tout insonorisé qu’il fût. Impossible qu’une dizaine, voire une vingtaine de coups de feu d’armes de poing passent inaperçues. La police devait déjà être en route, avec des unités d’intervention armée, à coup sûr. Abigail s’empara de son portable, et composa le numéro de Tuck, alors que Lucija emmenait Grauber hors de sa vue, attendant que la porte se soit refermée avant de commencer à parler.

« Tuck, Lorenson, 26081302 commença-t-elle à voix basse, gardant son arme braquée sur leur agresseur, au cas où… La situation devient intenable… Non, vous ne savez pas, répliqua-t-elle d’un ton cassant. On a fait deux prisonniers, potentiellement pour interrogatoire, et le SWAT local qui va nous tomber dessus d’un instant à l’autre… Il a fallu nous défendre, quelqu’un a tenté de nous doubler… Il va falloir qu’on se tire d’ici au plus vite, dites-moi que… QUOI ?! Vous vous foutez de moi ?! »
« Pas possible… Bordel comment on va faire… » La scientifique réfléchissait à toute allure, comment les extraire en si peu de temps avec une cargaison imprévue au programme ? Puis elle eut une idée. C’était risqué et difficile, mais ça pouvait éventuellement marcher si tout se passait comme elle le supposait.
« J’ai une idée de plan, mais ça risque d’être délicat… Et Abigail lui expliqua son plan. Avant que Tuck ait pu ajouter quoi que ce soit, elle ajouta d’un ton n’appelant aucune réplique, mais toujours de sorte à ne pas être entendue au-delà de la pièce : Débrouillez-vous pour que ça marche, on a besoin d’une extraction rapide !... On reste en contact, privilégiez le message texte, appel vocal en cas d’info importante uniquement, on est dans un putain de foutu guêpier, là ! » Et Abigail raccrocha.

Elle décida finalement de se relever, leur agresseur immobilisé ne risquerait plus de leur causer de soucis avec son genou réduit en miettes, et passa dans la salle de bain se débarrasser du sang qui maculait son visage. L’opération prit quelques douloureuses minutes, et permirent à la scientifique de reprendre un semblant d’apparence humaine, même si le haut de sa chemise et de son tailleur étaient fichus. Elle put voir l’emplacement de quelques coupures, et put constater avec soulagement qu’aucun os de son visage n’avait été cassé. Elle revint ensuite s’asseoir, portable en main.

Quelques minutes plus tard, Abigail reçut un message de Lucija, demandant des nouvelles du pays et de Tuck. Abigail envoya à son tour un texto.
« Backup OM but evac might get hot. Stand by 4 more detail. Anything from G ? »

Il fallait que ça marche, sinon elles étaient bonnes toutes les deux pour tomber pour effraction, séquestration et homicide. Abigail jeta un œil par la fenêtre après quelques minutes qui lui semblèrent avoir duré une éternité, une voiture qui ressemblait à une voiture de police banalisée se gara au pied de l’hôtel, et vit un homme en sortir… « Putain de mission… Faut vraiment que ces putain d’autres documents valent autant de l’or qu’on l’espère… »
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 17 Oct - 15:56


La douleur était véritablement insupportable. A la fois physique et morale. Il avait déjà suivi des cours de torture, il savait ce qu’une rotule est capable de supporter avant de casser. Et telle qu’elle était, il serait bien incapable de remarcher normalement. D’où sa frustration morale : lui, Vassili Silaïev, vétéran du KGB, qui avait survécu à des coins pourris comme l’Afrique et les Balkans, venait de se faire avoir par une amatrice, qui tenait son arme de la mauvaise main, et en tirant au hasard. Lui qui était juste venu pour mettre des documents de ses patrons en sûreté, il venait de se faire avoir… Incroyable !

Il allait tendre sa main vers son cou, et porter à sa bouche sa pilule de cyanure, mais cette fois l’autre fut plus rapide, et arracha son issue de sortie en même temps qu’elle écartait son couteau. Cette fois c’était fini, plus moyen de ne plus se laisser prendre… Tant pis. Il appliquerait, même si il avait espéré ne jamais avoir à la faire, les cours du KGB sur la résistance aux interrogatoires. Il resterait muet comme une tombe, quoi qu’on lui inflige, quoi qu’on lui dise. Ils ne sauraient rien. SI ça se trouve, le plan d’évasion de ces deux gonzesses serait aussi foireux que leur plan d’action. Et là il pourrait prendre la tangente. Enfin, il l’espérait, alors qu’il voyait la brune intercepter et emmener dehors cet incapable de Grauber et la rousse le tenir en joue maladroitement, puis aller se laver le visage. Tsss, vanité féminine, ça ! Il aurait bien essayé de s’en aller mais sa rotule le clouait sur place, et elle passa un coup de fil pour son extraction.

En fait cette nana était carrément folle… Mais ça pourrait lui donner une ouverture pour s’enfuir…

***********
Il en apprendrait chaque jour un peu plus sur Lorenson, alors qu’il était violemment plaqué au mur de sa suite, le bras à la limite de la rupture. Non seulement elle était devenue une menteuse experte et sournoise, mais en plus elle savait se battre. Il fallait au moins un entrainement militaire pour immobiliser un homme comme ça, il le savait il avait déjà vu Silaïev à l’entrainement une fois. « Eh bien, si j’avais su, commença-t-il en allemand, je vous… aïe ! » Et en plus, elle avait de la force, la garce ! « Lâchez-moi, enfin ! ».

Mais ses supplioques trouvèrent lettre morte, qaund il fut emmené à l’extérieur de la chambre, arme pointée entre les omoplates. La femme qui le tenait en respect (mais qui ne pouvait être qu’Abigail, l’autre assistante n’aurait jamais pu faire un coup comme ça…) entreprit de le fouiller au corps, jetant au loin, et à son grand déplaisir vu le prix qu’il y avait mis, son portable, ne négligeant aucune cachette, et lui présenta un micro-émetteur dissimulé dans sa poche. Il était aussi surpris qu’elle, il ne savait même pas que ce truc était là ! Un coup de Silaïev datant de ce matin, instigué par leurs patrons ? Ca se pouvait, il savait à quel point leur paranoïa était démesurée concernant les projets en cours.

« Je ne savais pas, dit-il en allemand. Ca doit être un coup de ce russe ! » Mais rien ne lui répondit d’autre que le silence. Lorenson avait bien changé, décidément… On l’avait briefé, dans l’éventualité où il aurait à en répondre aux autorités ou n’importe qui d’extérieur à ses travaux : ne jamais parler. Aussi se tut-il. Mais il le taraudait de ne pas savoir qui était derrière lui, même si il restait presuadé que c’était la scientifique américaine, il avait un doute. Il fallait qu’il en sache plus, et tenta de se retourner, sentant une vague diminition de la pression sur son bras. Mais à ce moment, des coups furent frappés à la porte

***********

L’autre manie de James Tuck, à part d’être un bordélique notoire, était de tout le temps jouer avec un stylo quand il faisait son travail. Tout le temps, à son bureau, en réunion, quand il réparait un truc dans un labo, il avait toujours un stylo entre les doigts à le faire tourner. Mais c’était surtout quand il était stressé que les stylos se mettaient à virevolter. Et en ce moment, avec Briggs pendu au téléphone derrière lui et les données qui arrivaient d’Allemagne, son stylo n’avait jamais tourné aussi vite. Et quand le téléphone sonna, il se précipita de sur sa chaise en reconnaissant le numéro de Lorenson. Il fit signe frénétiquement à son collègue, qui lui dit de le brancher en conférence téléphonique avec son correspondant, avant que Tuck ne décroche.

- Tuck, Lorenson, 26081302 Toujours ce ton raide et froid, inhumain selon Tuck. Elle parlait à voix basse, comme si elle avait peur d’être entendue.
- Content de vous entendre, Lorenson, vous êtes en conférence avec Sam Briggs. Où ça en est, de votre cô…
- La situation devient intenable…
- Ouais, j’ai eu Radenko tout à l’heure, on sait, d’ailleurs…
- Non, vous ne savez pas, répliqua-t-elle d’un ton cassant. On a fait deux prisonniers, potentiellement pour interrogatoire, et le SWAT local qui va nous tomber dessus d’un instant à l’autre
- Vous avez quoi ? intervint Briggs. L’idée de faire des prisonniers au cours de cette mission ne lui était même aps venue à l’idée, et pouvait se révéler à double tranchant : si Grauber disapraissait en plein milieu de l’événement qu’il présidait, ça éveillerait à coup sûr les soupçons, mais en même temps, il pourrait être une véritable mine d’information quant à ce qui se savait de l’ORS et de certaines… expériences relatives aux spécimens dont l’ORS avait la charge de savoir la menace qu’ils représentaient… C’était typique de Lorenson, ça. Partir dans une direction qu’on le lui avait pas indiquée, mais rapporter des résultats qui en valaient souvent la peine. Comment est-ce que vous…
- Il a fallu nous défendre, quelqu’un a tenté de nous doubler… Il va falloir qu’on se tire d’ici au plus vite, dites-moi que…
- Lorenson, calmez-vous et écoutez-moi attentivement. Briggs avait repris le ton qu’il utilisait quand il jouait au basket à l’université pour guider ses joueurs, ou plus récemment à l’armée quand il s’adressait aux hommes sous ses ordres avant une mission. Nous sommes actuellement en conférence téléphonique avec le chef d’antenne de l’ORS pour l’Allemagne et l’Europe de l’ouest, et la situation est assez tendue. Aucun agent ne pourra venir vous extraire depuis les USA avant demain au mieux, et les Allemands ne peuvent pas dispatcher un agent avant plusieurs heures…
- QUOI ?! Vous vous foutez de moi ?! »
-Du calme, Lorenson, à nous non plus àça nous plait pas ! Nos informations ne nous permettaient pas de savoir que celui qui a tenté cette manœuvre contre vous allait se manifester… Lorenson, vous êtes toujours là ?
- J’ai une idée de plan, mais ça risque d’être délicat…
-On vous écoute…
-Faites débarquer une escouade de police et une équipe médicale, comme pour une scène de crime, mais menée par un agent de l’ORS briefé sur la situation. Nous serons emmenées par l’équipe médicale pour soins, l’autre comme cadavre et Grauber par la police. Ensuite emmenez-nous vers l’aéroport, avec un avion prêt pour extraction et retour au pays.
-Lorenson, je sais pas trop si…
- Débrouillez-vous pour que ça marche, on a besoin d’une extraction rapide !... On reste en contact, privilégiez le message texte, appel vocal en cas d’info importante uniquement, on est dans un putain de foutu guêpier, là ! » Et Abigail raccrocha.

Briggs fit signe à Tuck qu’il pouvait couper sa ligne, et reporta son attention à son correpsondant dans son propre téléphone.
« Vous avez entendu ma coéquipière… Je compte sur vous pour mettre son plan à exécution, et trouver un moyen de garder un total contrôle sur les médias et les forces de police locales. Je ne veux aucune bavure, ces agents sont détentrices d’informations capitales, elles doivent impréativement revenir chez elles en vie ! »

***********

Au téléphone, ça paraissait déjà compliqué, mais une fois la voiture garée au pied de l’hôtel Marriott, la situation semblait se compliquer d’un coup. Comme par un fait exprès. Les hôtels de luxe comme celui-là, l’agent Friedrich Kammer les détestait, c’était un vrai cauchemar pour les extractions discrètes parce que par définition, le luxe attire le regard. Saisissant son portable, il composa le numéro qu’on lui avait transmis par briefing et attendit qu’on décroche.

« Fraülein Lorenson, commença-t-il, si vous êtes en mesure parler sans éveiller l’attention, toussez un coup… Parfait. Je suis l’agent Kammer, je suis votre ticket de sortie d’ici. Dans 10 minutes, je monterai avec une escouade de police et une équipe médicale, ne faites pas de vagues et ne vous opposez pas à elles, ça fait partie du plan de sortie, briefez votre équipe. Vous serez emmenées par l’équipe médicale, puis nous nous dirigerons en ambulance vers l’aéroport de Schonefeld, un avion se tiendra prêt en bout de piste pour vous ramener chez vous. Préparez-vous, nous arrivons, mot de passe : ‘Agent fédéral’, puis suivez nos instructions comme si vous étiez des victimes de cambriolage et prise d’otage. »

Bien entendu, des voitures de police étaient déjà garées devant l’hôtel, et même ce qui ressemblait à un van de journalistes. C’est eux que l’agent allemand alla voir en premier, leur faisant bien comprendre qu’une opération de police était en cours, et que la presse serait prévenue en temps utiles. Bien entendu, il ne leur précisa pas que leur communiqué de presse serait bidon, mais il n’en avait que faire… Puis il retourna aux voitures de police, exhibant sa (fausse) carte d’agent du gouvernement fédéral allemand en leur demandant un breifing sur la situation. C’était tendu, on parlait de cambriolage qui avait mal tourné, des coups de feu échangés, possible prise d’otages.
« Je veux dix hommes avec moi, je prends le contrôle de cette opération. J’entends que vous suiviez à la lettre chacune de mes instructions, et que vous ne posiez AUCUNE question, c’est bien clair ? Devant l’assentiment général bien que teinté de suprise et de méfiance, il continua : Rassemblez aussi une équipe médicale et préparez une ambulance, il y a probablement des blessés. OK, go, on y va ! »

Kammer pénétra dans l’hôtel, arme rangée dans son holster de hanche, à la tête de sa petite équipe et accompagné de 3 ambulanciers, et monta rapidement au dernier étage. Il frappa plusieurs grands coups à la porte de la suite. « AGENT FEDERAL ! METTEZ VOS MAINS BIEN EN VUE, NOUS ALLONS ENTRER ! » Il dégaina son arme, et fit signe à l’homme à côté de lui d’ouvrir la porte, alors qui’l vérifiait que sa poche contenait bien les seringues hypodermiques qu’on lui avait confiées en partant. De quoi faire roupiller n’importe qui assez profondément pour une bonne quinzaine d’heures, lui avait-on dit… La porte s’ouvrit, e til entra, arme levée.

Drôle de spectacle que celui qui s’offrait à sa vue : deux femmes, une rousse, l’air désorientée, arme posée près d’elle, une brune qui tenait un homme de taille moyenne à l’allure bien mise par une clé de bras assez violente, et un deuxième homme avec une rotule en charpie allongé au sol, le tout dans un cadre de luxe qui avait pris quelques balles... Kammer régit à la vitesse de l’éclair, s’approchant de la brune et de son prisonnier, seringue au creux de la main, et en déchargea le contenu dans la jugulaire de Grauber. « Anesthésiant, 15h » glissa-t-il rapidement, avant de rejoindre en vitesse l’équipe médicale et d’administrer le même traitement au blessé.

« Donnez-moi vos armes, et gardez vos mains bien en vue, ces hommes vont vous escorter en bas, je prendrai vos dépositions sur ces événements. »
Il tendit la main, et une fois qu’il eut reçu les armes, les glissa à sa ceinture et prit la brune par l’épaule, les amenant à l’ascenseur. Une fois les portes refermées sur lui, un des infirmiers et les deux femmes, il parla de nouveau.
« Un avion vous attend à Schonefeld, il va vous rappatrier chez vous avec vos documents et vos prisonniers. J’ai envoyé un homme dans vos chambres récupérer vos affaires, elles seront dans l’avion quand vous arriverez. »
L’ascenseur s’arrêta, Et Kammer reposa sa main fermement sur l’épaule de Lucija. « Désolé, mais il faut donner le change… » et ils sortirent dans le lobby de l’hôtel, vers sa voiture.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 22 Oct - 13:51

Lucija referma son téléphone portable, avec un soupir à la fois soulagé et inquiet. La réponse de sa coéquipière était à la fois porteuse d'espoir, en ce sens qu'elle leur garantissait une sortie, mais elle recelait une part de mystère. La jeune croate n'avait jamais eu l'occasion de se lancer dans une mission mal préparée, et ses évacuations se passaient toujours sans difficultés. Elle prévoyait au moins deux ou trois sorties à chaque fois, et se débrouillait pour ne pas avoir à se retrouver sur un terrain qu'elle ne maîtrisait pas. C'était l'avantage du tireur d'élite, qui pouvait choisir l'endroit d'où il attaquerait, et qui ne se retrouvait jamais pris au dépourvu. Mais ici, il fallait dire que l'hôtel était un endroit absolument effroyable. Des couloirs à n'en plus finir, des caméras à tous les angles, et la possibilité pour un bataillon des forces spéciales de boucler le tout en quelques minutes. Il fallait d'ailleurs sans doute remercier l'ORS à Berlin, qui avait dû faire tout son possible pour empêcher les commandos de débarquer en force et en masse, tirant sur tout ce qui portait une arme. Ils auraient très probablement collé une douzaine de balles sur la petite brune, croyant sauver Grauber d'une agression violente.

En parlant de Grauber, l'allemand continuait à baragouiner dans sa propre langue sans qu'elle comprît rien de ce qu'il essayait de lui dire. Mais elle devinait, à son intonation, qu'il était en train de chercher à gagner sa confiance. Il devait toujours croire qu'il s'agissait de Lorenson, même si l'absence de réponse de la part de la personne qui lui tordait le bras risquait de le faire douter. Tandis que Lucija consultait ses messages, et lisait donc les informations que lui transmettait Abigail, elle sentit que sa proie essayait de se retourner. Etait-il à la recherche d'une quelconque confirmation ? Souhaitait-il identifier formellement ses adversaires ? Si le micro marchait toujours, peut-être qu'il cherchait à prononcer son nom à haute voix, pour la compromettre définitivement. Elle écrasa le minuscule appareil au creux de son poing, et s'apprêta à frapper durement l'allemand sur le sommet du crâne, quand soudain des coups portés sur la porte résonnèrent. Ils s'immobilisèrent tous deux, alors qu'une voix retentissait de l'autre côté.

Il n'était pas nécessaire de parler allemand pour comprendre qu'il appartenait aux forces de l'ordre, et qu'il projetait de pénétrer de force dans l'appartement. Tout ce qui tiendrait une arme à ce moment-là serait considéré comme une potentielle menace, et risquait fort d'être mis en joue par une dizaine de canons. Lucija, qui n'appréciait pas devoir se séparer de son arme alors que c'était la seule chose qui tenait Grauber en respect, rengaina tout de même son Glock dans son holster, et attendit que l'inévitable arrivât. On ouvrit la porte sans délicatesse, et immédiatement un groupe de policiers se rua à l'intérieur, en criant à qui mieux mieux. Ils braquaient leurs armes dans toutes les directions, et se déployèrent de manière assez professionnelle pour quadriller le périmètre, et s'assurer qu'aucun individu armé ne se cachait nulle part. Un homme s'approcha de Lucija, et parut surpris de voir qu'elle était toujours en train de tordre le bras de Grauber, qui pourtant lui rendait au moins vingt kilos. D'un geste expert, il dégaina une seringue, et la planta dans la gorge du scientifique, qui s'affaissa presque instantanément. Alors qu'elle se penchait pour l'aider à tomber sans se cogner la tête, le policier lui glissa qu'il s'agissait d'un anesthésiant longue durée. Elle avait déjà compris qu'il s'agissait d'un agent de l'ORS déguisé, venu pour les sortir de là, mais ce murmure le lui confirma. Cela lui permit également d'apprendre que les autres policiers, qui se dirigeaient maintenant vers elle, n'étaient pas au courant de toute l'histoire, et qu'il valait mieux rester discrets.

Une équipe médicale, facilement reconnaissable au fait qu'ils ne portait pas d'armes, et qu'ils étaient tout de blanc vêtus, se fraya un chemin entre les gorilles de la police allemande, pour vérifier que les individus présents dans la pièce allaient bien. Lucija fut prise en charge par deux hommes, qui vérifièrent qu'elle n'était pas blessée. Elle les repoussa gentiment, cherchant à dissimuler son gilet pare-balle et son arme cachée sous son bras. Mais l'agent de l'ORS n'était pas né de la dernière pluie, et il se dirigea vers elle en tendant la main, et en lui réclamant son arme. Elle jeta un bref regard aux autres policiers, qui n'avaient toujours pas lâché leurs armes, et qui n'apprécieraient sûrement pas de la voir résister. Alors, vaincue et incapable de trouver une autre solution, elle sortit son arme sans gestes brusques, et la déposa dans les mains de leur sauveur, qui la remercia brièvement, avant de leur expliquer la suite du plan. Lorenson venait de faire son apparition, l'équipe médicale sur les talons. Elle paraissait avoir retrouvé un peu l'équilibre, et en essuyant le sang qui avait coulé sur son visage, on retrouvait les traits durs et froids qui la caractérisaient. Elle semblait avoir surmonté - temporairement du moins - le choc des événements. Elle craquerait peut-être plus tard, mais pour l'heure elle savait se montrer professionnelle.

Alors qu'elles s'apprêtaient à sortir, et à laisser leurs prisonniers entre les mains des autorités compétentes, l'agent de l'ORS posa une main sur l'épaule de la croate. Elle le dévisagea pour la première fois, mais il ne laissa rien paraître de ses émotions, et la guida vers l'ascenseur le plus proche. La jeune femme fit attention à ne pas être prise dans le champ de la caméra, et elle se servit en cela des autres personnes qui l'encadraient pour se cacher habilement. Ainsi, même un examen minutieux des systèmes de sécurité ne parviendrait pas à la trahir. La cabine se mit à bouger après que les portes se fussent refermées sur eux, et ils plongèrent vers le rez-de-chaussée, où les attendait très probablement une horde de journalistes désireux de couvrir l'événement. Le pire cauchemar de Lucija, qui était de toute évidence en proie à une nervosité difficilement contrôlable. Pour elle, en effet, il y avait beaucoup en jeu. Une seule photo d'elle, une seule image furtive prise de son visage par un caméraman chanceux, et cela pouvait signifier un danger considérable sur sa famille... ou pire. Si son compagnon apprenait ce qu'elle faisait réellement... elle préférait ne même pas penser à cette option. La porte s'ouvrit, et elle inspira profondément, prête à plonger dans la cage aux lions, tout en se demandant si ses talents pour passer inaperçue fonctionnerait au milieu d'une foule désireuse de la démasquer...

De nouveau, la main de l'allemand se posa sur son épaule, et cette fois elle ne parvint pas à s'empêcher de répondre :

- C'est pour ma protection ou pour mon arrestation ? Dans le premier cas, je n'en ai pas besoin, et dans le second je vous souhaite bonne chance.

Elle savait dépasser les limites en lui parlant ainsi alors qu'il était en train de lui offrir une porte de sortie, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de défier tout ce qui lui donnait des ordres, et de montrer par pur orgueil qu'elle pouvait s'en sortir par elle-même. Il ne relâcha toutefois pas sa prise, et ils continuèrent à avancer. Alors qu'ils se déplaçaient dans le hall de l'hôtel, vers la sortie, Lucija se détendit perceptiblement. Tout était enfin terminé... Elles allaient pouvoir quitter cet endroit horrible, être rapatriées en avion jusque chez elles, et pouvoir prendre un peu de repos. En plus, elles avaient réussi à récupérer tous les documents, et elles avaient fait prisonnier les deux personnes qui pouvaient leur en apprendre davantage. Une mission parfaitement menée, malgré les imprévus.

- Stop ! Stop ! S'écria Lucija à quelques mètres de la porte derrière laquelle ils pouvaient voir les silhouettes des policiers et des journalistes.

Tous se tournèrent vers elle, étonnés par sa réaction. L'allemand voulut l'entraîner vers l'avant, croyant qu'elle s'inquiétait simplement de la présence des caméras et des photos, mais elle se dégagea d'un brusque mouvement d'épaule, et fit deux pas en arrière :

- Pas question qu'on passe par là ! Ca sent le piège !

Elle savait ne pas être cohérente, mais il lui paraissait évident que quelque chose se tramait. Trop de détails qui lui revenaient en tête maintenant qu'elle y réfléchissait, et qui l'incitaient à ne pas se présenter à découvert, au dehors. Un tireur d'élite sentait ces choses-là mieux que quiconque : l'agencement des lieux, la grande entrée avec des bâtiments en face qui offraient des angles de tir exceptionnels, et des sorties nombreuses. On pouvait facilement imaginer qu'un tueur entraîné pouvait avoir rejoint un poste de tir, et qu'il abattrait à vue les deux femmes qui sortiraient du luxueux hôtel. Mais ce n'était pas la simple paranoïa d'une militaire entraînée à prévoir le pire. Non. Elle avait vu le Silaïev essayer d'attraper une capsule de cyanure. Elle avait trouvé un micro dans la poche de Grauber. Elle avait bien noté que ces documents étaient secrets au point qu'il était nécessaire de tuer ceux qui risquaient de s'en emparer. Jamais un homme comme Grauber n'aurait pu engager seul un tueur du niveau de Silaïev. Il y avait forcément quelqu'un d'autre derrière tout ça. Quelqu'un qui ne pouvait décemment pas les laisser partir en vie.

- Écoutez, il est hors de question que nous prenions cette sortie ! Lorenson, bon sang, vous ne voyez pas ce qu'il se passe !?

Elle en appelait à l'esprit analytique de la scientifique, espérant que celle-ci comprendrait où elle voulait en venir. Mais pour l'instant, en observant le regard de l'agent de l'ORS allemand, et celui de l'infirmier, elle avait plutôt l'impression d'être devenue complètement folle. Elle s'était presque mise à crier, tant l'idée de sortir à découvert lui paraissait horrible. Maintenant qu'elle y songeait, elle se disait qu'un tueur isolé pouvait s'être caché parmi les photographes, les journalistes, ou même parmi les agents de police, voire même les infirmiers. Comment savoir s'il n'était pas déjà dans l'hôtel ? S'il n'était pas dans le hall avec elles ? Lucija recula encore un peu, dévisageant avec une grande méfiance l'allemand et l'infirmier, qu'elle plaçait au même niveau de dangerosité malgré que l'un fût armé et l'autre apparemment pas. Avant que quiconque eût eu le temps d'essayer de la calmer, elle lança :

- Le russe voulait nous tuer, et Grauber ne devait pas être animé de meilleures intentions ! Avec tout ce qu'ils ont à cacher, vous pensez sincèrement qu'ils s'arrêteront là ? Ils n'ont pas hésité à agir en plein milieu d'un hôtel de luxe, dans le cadre d'une réunion internationale... Vous pensez qu'abattre quelqu'un sous l'œil des caméras leur ferait peur ? Avec la panique générale, cela prendrait des mois d'enquêter, et on se concentrerait plus sur critiquer la police que sur les véritables motifs de l'assassinat.

Elle marqua une pause, pour retrouver une contenance, avant de finalement lâcher :

- Je vous en prie, est-ce qu'il y a une autre sortie ? Un autre moyen de transport pour rejoindre l'aéroport ?

L'agent allemand de l'ORS paraissait quelque peu désemparé. L'extraction était supposée se passer sans problèmes : récupérer les deux agents sous couverture, les conduire jusqu'à l'ambulance réquisitionnée pour l'occasion, et ensuite foncer jusqu'à l'aéroport international où elles embarqueraient direction Washington. Rien d'extraordinaire, a priori. Mais la situation était de toute évidence plus compliquée qu'il l'avait envisagé au premier abord, et les réticences de la jeune femme étaient contagieuses. Il tenta tout de même de la raisonner :

- Je crois que vous êtes encore un peu choquée par ce qu'il s'est passé dans cet appartement. Ne vous inquiétez pas... Tout va...

- Je ne suis pas choquée ! Tonna-t-elle.

Elle se rendit immédiatement compte que son emportement décrédibilisait totalement ce qu'elle venait de dire. Toutefois, elle savait que le danger continuait de les poursuivre, et qu'il valait mieux ne pas trop compter sur la police. Même les agents de l'ORS ne paraissaient pas prendre la mesure des problèmes qui risquaient de leur tomber dessus. Tous faisaient partie de l'élite dans leur domaine, mais peut-être que le type qu'on leur avait envoyé était habitué aux affaires tranquilles, aux arrestations discrètes. L'idée même qu'on pût essayer d'abattre quelqu'un en pleine rue devait lui paraître délirante. Et pourtant, Lucija n'était pas prête à parier qu'il avait raison. Pas si on pariait sa vie. Elle essaya de se détendre, avant de demander :

- Écoutez-moi bien, car je ne me répéterai pas. Soit vous m'accompagnez, et on quitte cet hôtel par une autre sortie, soit vous me rendez mon arme et vous me laissez me débrouiller. A vous de voir.

Elle tendit la main grande ouverte, et plongea son regard déterminé dans celui, plus hésitant, de l'agent chargé de leur extraction. Elle avait parlé pour elle, dans cette situation, car elle était bien davantage habituée à travailler seule qu'en groupe, et elle ne savait pas quelle serait la décision d'Abigail. Peut-être la jeune femme souhaiterait-elle l'accompagner, auquel cas elles s'en sortiraient à deux, comme elles en avaient désormais l'habitude. Mais peut-être qu'elle préférerait suivre le plan prévu, et alors Lucija se retrouverait seule, dans une ville qu'elle ne connaissait pas, alors qu'elle ne parlait même pas un mot d'allemand. Mais elle était si têtue que tout cela ne constituait pas, pour elle, un obstacle suffisant. Même si elle était dans une situation plus que délicate, elle poussa le vice jusqu'à provoquer à nouveau leur seul véritable allié, en lui mettant la pression alors qu'il réfléchissait :

- Alors ?

Extérieurement, elle paraissait sûre d'elle, mais au fond, elle savait qu'elle n'avait jamais été dans une situation aussi complexe. Elle espérait simplement que cela ne se verrait pas.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Lun 28 Oct - 15:37


Au terme d’une attente qui lui avait semblée invraisemblablement longue, et qu’elle avait vue cette voiture se garer au pied de l’hôtel, le téléphone d’Abigail consentit enfin à se manifester. Enfin leur infernale virée allait se terminer. Et alors que ses mains se refermaient autour du téléphone, et que la sortie se profilait, elle se prenait à espérer que pour cette fois, tout se passerait comme elle l’entendait. Elle se surprit à regretter son laboratoire, curieusement. Là où tout se jouait selon ses canons à elle, avec ses règles à elle, et où elle régnait en maîtresse incontestée. C’était un plaisir coupable, elle le savait, mais elle aimait mener son monde à la baguette, et si au début elle perdait rapidement patience quand quelque chose dérapait du plan prévu, ses quelques expériences sur le terrain l’avaient tempérée, elle était devenue plus posée et réfléchie. Au moins un aspect positif à quitter sa zone de confort…

« Fraülein Lorenson, commença une voix dans son téléphone, si vous êtes en mesure parler sans éveiller l’attention, toussez un coup… Ce que fit Abigail, s’éclaircissant la gorge à plusieurs reprises en gardant leur agresseur dans son champ de vision, guettant ses éventuelles réactions. Puis la voix reprit : Parfait. Je suis l’agent Kammer, je suis votre ticket de sortie d’ici. Dans 10 minutes, je monterai avec une escouade de police et une équipe médicale, ne faites pas de vagues et ne vous opposez pas à elles, ça fait partie du plan de sortie, briefez votre équipe. Vous serez emmenées par l’équipe médicale, puis nous nous dirigerons en ambulance vers l’aéroport de Schonefeld, un avion se tiendra prêt en bout de piste pour vous ramener chez vous. Préparez-vous, nous arrivons, mot de passe : ‘Agent fédéral’, puis suivez nos instructions comme si vous étiez des victimes de cambriolage et prise d’otage. »

La scientifique raccrocha, puis passa en mode message texte pour Lucija, lui faisant un résumé de ce qu’elle aurait à savoir pour l’évacuation de l’hôtel.
« Evac 10 min w/ police + medic, passw ‘agent fédéral’, let urself caught, no resist, go out w/ them -> airport home » En se relisant pour s’assurer qu’elle avait été assez claire dans ses mots, elle envoya le message. Et exactement au moment où elle s’y attendait des coups furent frappés à la porte de la suite.

Le ton était violent, mais la situation l’imposait. Abigail n’opposa aucune résistance en entendant le mot de passe de l’agent de l’ORS allemand, et quand la porte fut ouverte à la volée, elle posa son arme au sol devant elle de la main droite, l’autre main levée en signe de non résistance, alors que l’escouade de police armée se séparait en deux groupes, une équipe médicale sur les talons. Deux des membres de cette dernière équipe se portèrent à son côté, examinant rapidement son état, elle les rassura en allemand, leur disant qu’elle n’avait rien de grave. Un homme entra et se pencha sur leur agresseur, lui administrant le contenu d’une seringue (sans doute un anesthésiant, ou bien venait-il tout simplement de l’achever ?), avant de lui prendre son arme et de lui demander de la suivre dans l’autre pièce, où elle retrouva Lucija, une lueur de soulagement passa dans son regard en la retrouvant à nouveau saine et sauve. Elles étaient passées par de drôles de moments toutes les deux dans cet hôtel, nul doute qu’il lui faudrait un jour lui exprimer sa gratitude, de quelque manière que ça soit.

L’homme qui avait pris leurs armes, qui n’était autre que l’agent avec qui elle avait parlé au téléphone en se présentant comme l’agent Kammer, à en juger par le ton et l’intonation de sa voix, les mena à l’ascenseur et les fit descendre au rez-de-chaussée, soi-disant pour une déposition. Alors qu’Abigail s’accrochait à la mallette contenant les précieux documents, il leur confirma qu’il allait les emmener à Schonefeld, où elles seraient rapatriées avec armes et bagages vers Washington. Enfin leur voyage s’achèverait. Lucija avait, comme toujours, fait de son mieux pour éviter les caméras de l’hôtel, et devait commencer à être à bout, vu sa réaction quand Kammer lui posa la main sur l’épaule avant de sortir dans le lobby de l’hôtel.

Puis Lucija eut une réaction violente au moment de sortir par la porte principale, exposant son point de vue sur la situation.

Elle avait raison. Elle avait beau retourner la situation dans tous les sens, elle ne pouvait qu’avoir raison. Seule une organisation très puissante et bien implantée se permettait d’envoyer des tueurs agir en plein jour dans des hôtels comme celui-ci au milieu de rassemblements internationaux. Si ça se trouvait, un tireur embusqué les attendait depuis un bâtiment de l’autre côté de la rue. Et là, adieu les renseignements pour lesquels elles s’étaient battues. Non, ça ne pouvait pas être aussi simple… Abigail prit quelques secondes pour réfléchir, remontant ses lunettes et se pinçant légèrement l’arrête du nez en se concentrant, un vieux tic qu’elle avait attrapé au lycée. Comment sortir sans passer par devant ? Le temps pressait, Lucija semblait à deux doigt de partir de son côté de son propre chef, ce qu’Abigail n’était pas prête à laisser faire, en sa qualité de chef de mission et selon sa vision des choses, elles repartiraient comme elles étaient arrivées, c’est-à-dire ensemble.

La scientifique jeta un regard circulaire autour d’elle, embrassant tout le lobby du regard. Le personnel de l’hôtel qui semblait perdu au milieu de ces événements surprenants, les policiers qui maintenaient le calme parmi les civils, les journalistes au dehors essayant de savoir ce qui se passait. Puis deux réceptionnistes attirèrent l’œil d’Abigail. A peu près leurs tailles, leurs corpulences, l’une brune, l’autre blonde à reflets roux… Non, elle ne pouvait pas faire ça. Même si c’était inhumain, ça pouvait leur donner un avantage pour plus tard… C’était une décision terrible à prendre… Son cœur était sur le point de se briser et qu’elle s’avoue vaincue quand elle repensa à Lucija. Elle avait une famille. Et sa famille n’avait pas à payer le prix de décisions foireuses faites sur le terrain. Abigail se dit qu’en tant que chef de mission, elle aurait tôt ou tard à prendre ce genre de choix impossible, et elle fit son choix, sachant pertinemment qu’elle envoyait potentiellement deux personnes à l’abattoir à sa place…

« Passez-moi votre veste, s’il vous plait, dit-elle à Lucija d’un ton froid et résolu, la main tendue. J’ai une idée… » Puis, une fois le vêtement entre ses mains, elle retira la sienne et quitta le groupe.
« Fräuleinen, s’il vous plait, s’adressa-t-elle en allemand à le première des deux employées de l’hôtel en les emmenant à l’écart. Mettez ceci, s’il vous plait, et venez avec moi, il s’agit d’une question de vie ou de mort, vous me comprenez ? Tout se passera bien, je vous le promets…» Puis, une fois que les deux jeunes femmes, pas rassurées du tout, eurent enfilé les vestes, Abigail revint vers Kammer et Lucija.

« Je connais un chemin autre que l’entrée principale pour sortir d’ici, par les communs et la rampe de chargement dans la rue sur le côté. Ivana, vous et moi, on passe par là. Kammer, confiez ces deux femmes à un de vos hommes et faites-les sortir par devant. Si jamais vous avez raison… je veux que vous préveniez leur familles quand tout sera fini, je m’engage personnellement à les indemniser de tout ce qui pourrait leur arriver à notre place... Je vous guide, je connais le chemin » En même temps que Kammer passa les instructions à ses hommes, Abigail croisa le regard inflexible de Lucija. Elle se montra tout aussi inflexible et déterminée. Elle passait sans doute pour une sociopathe de la pire espèce à ses yeux, mais elle n’en avait cure. Pour le moment, c’était la seule alternative qu’elle voyait pour les tirer de là tout en préservant les apparences.

« Par ici » indiqua-t-elle en les emmenant à travers une porte dérobée non loin du bureau de réception, et l’Américaine guida le petit groupe à travers les couloirs invisible à la clientèle huppée de l’établissement, couloirs qu’elle avait dû emprunter en sens inverse une fois qu’elle avait dû rentrer par ce chemin un soir très tard. Le trajet se déroulait dans sa mémoire, son seul effort revenant à en inverser le déroulement. Puis un sourire se dessina sur son visage quand elle reconnut une porte menant à la rue, laissée entrouverte par un employé sorti fumer une cigarette, qui fut très surpris de les voir sortir par là, et s’écarta prestement de leur chemin, alors que Kammer les guidait vers sa voiture garée en amont de la rue.

Et au moment où ils arrivaient à la voiture, une détonation retentit devant l’hôtel. Une détonation sans égal, celle d’un tir de fusil de précision de gros calibre. Abigail en avait déjà entendu un tirer, quand elle travaillait pour l’US Army à White Sands, ayant participé à l’amélioration d’un télémètre laser pour les besoins de leurs tireurs d’élite. En tant qu’assistante de recherche à l’époque, elle avait été faire les tests sur le terrain avec des snipers, et s’était tenue à moins de 5 mètres d’un Barrett M82 faisant feu. Le son ne l’avait jamais quittée…

« Roulez, on a peu de temps… » dit-elle d’un ton ne trahissant aucune émotion. Alors qu’au fond d’elle-même, Abigail se sentait misérable de n’avoir pu tenir sa promesse envers les deux jeunes femmes qu’elle avait envoyées à la mort à sa place… Elle se renfonça dans son siège, la mallette de documents sur les genoux, la serrant entre ses mains. Elle espérait vraiment ne plus avoir à revenir ici avant plusieurs années… Cette mission resterait sans doute gravée profondément en elle. Combien de temps lui faudrait-il pour apprendre à vivre avec ?

Ce foutu avion et leurs affaires avaient intérêt à être au rendez-vous, sinon elle sentait qu’elle ne pourrait en supporter davantage…
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Sam 2 Nov - 13:32


Ca n’avait pas été simple, mais il avait trouvé un point d’observation parfait, sur le toit d’un immeuble à plusieurs dizaines de mètres de sa cible, l’Hôtel Marriott. Un vrai jeu d’enfant, avec les drapeaux sur la façade, il avait un anémomètre tout trouvé, et avec la puissance de son arme, il réduirait ses deux cibles en pulpe en un rien de temps. Et si elles ne mourraient pas instantanément, le choc hémorragique ferait le reste. Ou bien le démembrement… Mais non, il viserait la tête, pour voir la lueur dans leurs yeux quand sa balle de calibre .338 Lapua leur ferait un trou dans le crâne…

Plus qu’à attendre que ses deux petites cibles se pointent comme des fleurs devant sa lunette, son AMP TS DSR-1 ferait le reste…

***********

Kammer ne savait pas trop comment réagir. Celle qui devait être Radenko, d’après le breifing qui lui avait été fait moins d’une heure avant d’arriver sur site, refusait de sortir. Bizarre. Il avait déjà bien remarqué qu’elle prenait un soin tout particulier à éviter le champ de vision des caméras de surveillance de l’hôtel. Paranoïa naturelle, qui la poussait à cacher son visage en face de la moindre caméra ? Fort probable, plusieurs de ses coéquipiers étaient comme ça à l’antenne de l’ORS à Berlin, et qui chapeautait toutes les sous-antennes de l’organisation à travers l’Europe de l’ouest. Elle semblait carrément à  bout de nerf, sûrement le choc. Il l’avait déjà présenti dans l’ascenseur, à sa réaction quand il lui avait posé la main sur l’épaule.

Elle disait que sortir par la porte principale était un piège, qu’un tueur allait les aligner dès qu’elles apsseraient la tête dehors. Il fallait qu’il essaie de la raisonner, surtout avant que sa coéquipière ne prenne son parti et n’adopte un raisonnement similaire… Il tenta de la calmer un peu, cherchant les mots justes, pour se faire rembarrer aussi sec. Elle était même prête à tenter sa chance en solo pour retrouver seule et sans arme son chemin vers l’aéroport. Après tout, si elle refusait son aide, libre à elle ! Il était bien tenté de la laisser en plan, mais Lorenson et elle étaient porteuses d’infos capitales, et sa mission restait de s’assurer leur survie. En fait tout reposait sur Lorenson : si elle suivait Radenko, sa mission était finie, sinon il restait en course. La rousse réfléchissait, semblant en proie à un doute.

« Verdamnt, qu’est-ce qu’elle fabrique ?! » se demanda-t-il alors qu’elle demandait sa veste à Radenko et allait voir deux récetionnistes non loin. « Non… pas possible ! Mais elle est tarée ou quoi ? » Elle était prête à sacrifier deux civils pour se sauver les miches ? Mais qui avait fait l’évaluation de cette psychopathe ?! Qui l’avait autorisée à avoir un commandement de mission sur le terrain ? Cette femme était folle et dangereuse, il faudrait qu’il prévienne sa hiérarchie à tout prix ! Même si elle prétendait connaitre une autre sortie et qu’elle les y menait, Kammer décida de ne plus accorder sa confiance à Lorenson. Il était évident que c’était son premier commandement sans soutien d’un agent expérimenté, et elle avait craqué mentalement. Vivement qu’elles soient reparties. Mais qu’elle se rassure, il lui collerait un rapport pour ses supérieurs !

***********

Le vent était retombé, parfait, ça. Il vérifia la chambre de tir pour une énième fois. Son projectile était toujours en place, prêt à goûter du sang. Elles en mettaient, du temps, à sortir, ces deux nanas. Allez, soyez pas timides ! Et les voilà à sortir, par la grande porte, comme prévu ! Il passa son doigt derrière le pontet de son arme, et aligna sa mire sur le front de la première à sortir, la rousse. Il était tellement sûr de lui qu’il n’avait même pas pris le peine de sortir les photos de ses cible sà côté de lui, confiant en sa mémoire visuelle. Et puis qui d’autre allait sortir, maintenant ? Elles avançaient, peu sûres d’elles, dans la rue, vers le cordon de policiers. C’était le moment de mettre fin à la gêne qu’elles représentaient pour ses patrons…

Et comme il pressait la détente, l’imprévu. Un policier s’avança vers elles, les masquant totalement par sa carrure. Mais trop tard déjà, sa balle était partie. Et elle fit un très joli trou dans le dos du flic, malgré son gilet pare-balle, et emporta la moitié de l’épaule de la femme. Impossible de tirer un second coup, tout le monde s’était jeté à terre, et déjà des armes se levaient, scrutant les toits à sa recherche. Il falalit qu’il parte, tout de suite et discrètement… En descendant de son perchoir, il prit son téléphone, et envoya un texto crypté à ses commanditaires. « Mission abort, target missed ». Ca n’allait pas leur plaire, ça…

***********

-Schonefeld, November 17 Charlie en finale 25R, demande autorisation d’atterrir.
-November 17, numéro 2 en finale, maintenez trajectoire pour atterrissage 25R.
-November 17 numero 2 en finale 25R, maintenons trajectoire. Euh, est-ce qu’on pourrait ensuite backtrack le long du taxiway pour départ immédiat ?
-November 17, stand by…

Le plan du pilote du Gulfstream V était simple : atterrir, remonter la longueur de la piste par les voies de roulage, récupérer leurs passagers et repartir tout de suite, sans couper les moteurs, un peu comme le font les élèves pilotes qui apprennent à naviguer. Ou ceux plus expériemntés qui viennent récupérer des colis discrètement et en vitesse…

-November 17, backtrack autorisé après atterrissage, vous suivrez les indications sur la fréquence du contrôle sol.
-Backtrack autorisé sur fréquence contrôle sol, bien reçu et merci, November 17.

D’ailleurs, on dirait que les voilà, se disait le copilote, chargé des communications radio, qui observait dehors pendant que son collègue posait l’avion derrière un Airbus A321. Ils avaient l’air pressés, en tous cas. Faudra accélérer le roulage… Une fois l’avion posé en douceur, il se leva, prêt à ouvrir la porte de l’avion dès qu’il serait au point d’arrêt, moteurs au ralenti.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Dim 3 Nov - 16:16

Dans le lobby de l'hôtel, se jouait une scène étrange. La situation était tendue à l'extrême, particulièrement entre l'agent allemand de l'ORS, et Lucija. Cette dernière le défiait du regard, gardant la main tendue dans sa direction comme pour rajouter encore à la pression qu'elle lui imposait. Il se considérait rien de moins que comme le nouveau chef des opérations, même s'il ne faisait qu'appliquer un plan qu'un autre avait conçu pour lui. Cependant, en cette qualité, il entendait les commander comme il l'entendait, quitte à mettre leur vie en danger, et à ne pas considérer sérieusement les dangers qui les menaçaient. Le laissant à ses réflexions, Lucija afficha de plus en plus son impatience, afin de le pousser à céder à ses arguments. Elle sentait bien qu'il était en proie à un cruel dilemme interne. Si la jeune femme avait tort, alors il passerait pour un idiot paranoïaque, qui n'avait pas suivi le plan prévu, et qui avait cédé aux caprices de deux agents sous le choc d'une mission qui avait tourné au désastre. D'un autre côté, si elle avait raison, il risquait fort de se faire sévèrement réprimander, pour ne pas dire proprement engueuler. Car s'il avait tort, alors elles finiraient chacune avec une balle logée dans la poitrine, et adieu les renseignements pour lesquels elles s'étaient battues férocement. Et lui, il pourrait probablement dire adieu à son poste. On lui trouverait un charmant emploi dans une bourgade paumée au fin fond de la campagne allemande, où il aurait le temps de méditer sur sa stupidité. Il était évident qu'il ne trouvait aucune réponse particulièrement satisfaisante, et qu'il commençait à perdre son sang-froid.

Ce fut alors que le docteur Lorenson prit la parole. Sans que la jeune croate ne l'eût noté, elle avait intensément réfléchi à la situation, et avait de toute évidence un plan. D'abord étonnée par une telle requête, Lucija finit par ôter son blouson et le tendit à sa coéquipière. Celle-ci devait, de toute évidence, savoir ce qu'elle faisait, et il n'y avait aucune raison de ne pas lui faire confiance. Retirant sa propre veste, la scientifique s'éloigna de ses compagnons, et se dirigea vers deux réceptionnistes qui discutaient un peu plus loin, visiblement intriguées par la présence des agents de sécurité et des caméras. On avait probablement fait évacuer le personnel et les clients, mais on avait dû leur dire de rester au cas où les policiers pouvaient avoir besoin d'eux. Elles se tenaient donc prêtes à obéir aux consignes qu'on pouvait leur donner, sans toutefois se sentir particulièrement rassurée. Mais en les voyant, Lucija sentit son cœur manquer un battement. La première, de loin paraissait rousse ; la seconde était brune.

- Abigail ? Interrogea-t-elle sans obtenir de réponse.

En vérité, elle n'avait pas besoin qu'on lui répondît pour comprendre quel était le plan trouvé par Lorenson. Il n'y avait pas de mots pour qualifier ce qu'elle était sur le point de faire. L'Allemand aurait probablement qualifié ça d'inhumain, de monstrueux et de cruel. La Croate ne pouvait pas nier que ce n'était pas moral, mais elle y voyait plutôt le reflet d'une triste nécessité, d'une forme atroce de sacrifice. Ces deux femmes allaient probablement y rester pour une cause vitale, mais dont elles n'avaient même pas conscience. Alors qu'elles devraient être considérées comme des héroïnes, on se souviendrait d'elles comme les pauvres victimes d'un assassinat de plus. On accuserait un détraqué mental, un fou de la gâchette, peut-être même un ancien militaire traumatisé. On oublierait vite leurs noms, et le futur qu'on leur avait pris resterait uniquement gravé sur la page de journal qu'on leur consacrerait, aussi vite lue que jetée au rebut.

Abigail revint avec sur le visage le masque de froideur caractéristique qui lui permettait de tenir le choc. Le masque qui seul pouvait l'empêcher de sombrer dans la folie, probablement. Lucija, qui comprenait les motifs de son action et qui la plaignait d'avoir eu à prendre seule cette décision funeste, lui posa une main sur l'épaule, sans que ses yeux trahissent autre chose que la profonde détermination qui l'habitait. Elle était bien consciente que les choses n'étaient pas réglées pour autant, et qu'il leur faudrait encore beaucoup d'efforts pour se sortir de là. Elles avaient peut-être évité un nouveau piège, mais cela ne signifiait pas que c'était le dernier. La paranoïa naturelle de Lucija frisait le degré critique au-delà duquel elle pouvait tout aussi bien prendre n'importe qui dans la rue pour une menace potentielle. A la réflexion, heureusement que c'était Kammer qui détenait son arme, sans quoi elle aurait probablement déjà commis un meurtre, convaincue que celui qui l'avait regardée de travers était en réalité un agent double envoyé pour l'éliminer.

En revenant, Lorenson leur indiqua un autre chemin que celui qu'elles auraient dû emprunter pour sortir. Une issue dérobée, réservée au personnel, et que personne ne devait surveiller. Si elle débouchait sur une petite rue étroite, personne ne pouvait s'y installer discrètement pour y déclencher une fusillade. Surtout pas contre trois personnes armées et entraînées à se défendre. Non, le principal danger pour le moment, c'était un tireur embusqué qui pouvait les réduire au silence en deux pressions. Ils s'éloignèrent du lobby, et se dirigèrent dans la section de l'hôtel réservée au personne. Abigail semblait pousser les portes à l'instinct, mais il était évident que sa prodigieuse mémoire avait analysé un trajet, et qu'elle le retrouvait sans difficulté, en puisant dans les formidables ressources de son esprit. Lucija, la suivait de près, vérifiant chaque pièce d'un regard circulaire en moins de trois secondes, pour s'assurer qu'il n'y avait aucun danger. Mais apparemment, personne ne les attendait, et personne ne les suivait. Elles avaient enfin un peu de chance. Ils gagnèrent la rue, et se dirigèrent d'un bon pas vers la voiture de Kammer, qui s'était garé un peu plus haut.

Ce fut alors qu'une détonation assourdissante se fit entendre, amplifiée par l'écho sur les murs. Immédiatement après, il y eut des cris paniqués de la part d'une foule terrorisée. A n'en pas douter, c'était l'œuvre d'un tireur d'élite. Lucija était trop loin pour reconnaître le type d'arme, mais il était évident que le responsable du meurtre qui venait probablement d'avoir lieu était tout proche. Il n'avait pas pu rater sa cible, et une des filles était probablement déjà étendue dans une mare de sang, après avoir été catapultée en arrière sous la violence de l'impact. Son torse avait dû être pulvérisé, et il ne devait rester qu'un trou sanguinolent là où siégeaient auparavant poumons et cœur. Les journalistes, même ceux qui aimaient le sensationnel, devaient être en train de vomir tripes et boyaux, s'ils n'étaient pas trop occupés à ramper en quête d'un abri sûr. Mais quel abri pouvait-il y avoir face à un individu caché, qui pouvait abattre n'importe qui avec une facilité déconcertante. Il y avait un certain plaisir à promener son viseur dans la foule, le laissant glisser entre les individus. Sans doute que le tueur était un professionnel, mais il avait dû savourer cette exécution, étant donné qu'il se trouvait vraiment proche de sa cible. Il avait donc pu voir le visage des réceptionnistes, et se délecter de leur expression.

Mais alors pourquoi avait-il tiré ?

Lucija avait ouvert la portière, mais elle était toujours debout, absorbée par ses pensées. On lui fit signe de se dépêcher de rentrer, et elle s'excusa avant de se glisser dans le véhicule, qui démarra immédiatement. Toutefois, les questions qui l'habitaient ne l'avaient pas quittée, et elle ne trouva d'autre solution que de faire part de ses doutes à Lorenson, dont l'esprit analytique savait traiter les données que son intuition lui fournissait :

- Ce n'est pas normal, lâcha-t-elle en préambule. Il y a quelque chose qui cloche ! Pourquoi est-ce qu'il n'a pas vu que ce n'était pas nous ? Il était bien trop près pour ne pas pouvoir les identifier, et se rendre compte que ses cibles s'étaient échappées... Et puis pourquoi n'a-t-il tiré qu'une seule fois ? S'il était convaincu que c'était nous, il aurait dû tirer deux fois, non ?

Lucija formulait les questions aussi rapidement qu'elles lui venaient, et son cerveau tournait à plein régime. Autant dire que sa diction était incroyablement rapide, et elle donnait l'impression d'avoir cédé au stress. L'agent allemand lui jeta un regard via le rétroviseur, sans cacher son scepticisme. Certes, il ne doutait plus maintenant que la situation était grave, mais probablement que pour le bien de sa santé mentale, il refusait de se laisser aller à voir le mal partout. Un tireur, cela faisait déjà beaucoup pour lui. Lucija, cependant, n'était pas particulièrement rassurée. L'Allemand était en train de quitter le quartier, mais ils étaient considérablement ralentis par la circulation, ce qui ne leur profitait guère. La jeune femme aurait préféré passer par les transports en commun, car avec le monde, il aurait été extrêmement difficile de les suivre. Ici, si leur véhicule avait été localisé, c'en était fini.

Elle trépignait d'impatience à l'arrière, et ne cessait de jeter des coups d'œil inquiets par la vitre arrière, à droite et à gauche. L'absence de son arme lui pesait terriblement, et ses doigts ne tenaient pas en place. Elle croisait frénétiquement les mains, puis frappait ses genoux, avant d'essayer de caler sa tête sur son poing, sans trouver la patience de rester immobile. Et pourtant, ce n'était pas la panique qui l'envahissait. C'était au contraire une réflexion purement rationnelle, fondée sur sa propre expérience en tant que tireur d'élite, et surtout en tant qu'assassin. Si elle avait à la place de celui qui avait ouvert le feu devant l'hôtel, elle aurait remarqué que quelque chose clochait, et aurait compris qu'on l'avait trompé. Maintenant, si on l'avait informé que ses cibles entendaient quitter le pays, quel serait son prochain mouvement ? Se déplacer vers l'aéroport international, très probablement. C'était ce qu'elle aurait fait sans hésiter. Elle aurait alors planqué son arme dans un coin, aurait gardé simplement de quoi abattre quelqu'un discrètement, comme un pistolet avec un silencieux. Elle se serait éloignée avec grand naturel de son poste de tir, et aurait évalué la situation. Avec la circulation, elle aurait gagné du temps à pied, puis aurait gagné le S-Bahn le plus proche pour devancer ses cibles. Il était facile de comprendre, à partir de ça, pourquoi la lenteur du trafic la mettait mal à l'aise.

Ils finirent par quitter l'encombrement du centre-ville, et par gagner une voie où ils purent accélérer allègrement. Kammer conduisait vite, tout en essayant de ne pas attirer l'attention. C'était un délicat équilibre, qui partait du principe que quelqu'un pouvait éventuellement les suivre. Elle aurait voulu lui dire que la principale menace était devant eux, mais il ne l'aurait probablement pas cru de toute façon, et elle n'avait pas l'énergie de se lancer dans une nouvelle tentative pour le convaincre. Elle espérait déjà avoir fait réfléchir Lorenson, et lui avoir communiqué ses doutes sur leurs chances d'arriver sans se faire repérer à l'aéroport. Bientôt, les avions apparurent dans le ciel, signifiant qu'elles n'étaient plus très loin de leur objectif, et surtout de leur porte de sortie. L'enfer de Berlin s'achèverait dans peu de temps, mais en attendant, il ne fallait surtout pas se relâcher. C'était là que les choses risquaient réellement de déraper. En mettant la pression à leur poursuivant, elles l'obligeaient à prendre davantage de risques, et donc à se montrer de plus en plus dangereux. Kammer voulut les déposer, mais Lucija lui demanda d'aller se garer sur le parking le plus proche de l'aéroport. Elle avait l'habitude de ce genre de situations, et savait qu'il valait mieux rester à l'abri pour l'instant.

Alors que l'Allemand levait le bras pour couper le contact, la Croate bondit de son siège, et s'empara de l'arme de service de l'agent de l'ORS. Le soudain changement d'attitude de sa part était stupéfiant, et elle avait passé tout le trajet à faire en sorte de penser à autre chose, pour mieux le surprendre, et maximiser ses chances de réussir ce coup-là. Elle n'était pas peu fière d'elle-même, mais elle s'en vanterait plus tard. Kammer grogna quelque chose en allemand, mais la jeune femme lui fit signe qu'elle ne comprenait rien, et enchaîna :

- Ce n'est pas que je n'aie pas confiance en vous, Kammer, mais je préférerais que vous laissiez les clés sur le contact, et que vous alliez vérifier que l'avion est bien arrivé. Seul.

Elle n'avait pas haussé le ton, mais dans sa voix il y avait des inflexions facilement décelables qui laissaient entendre qu'il n'avait pas vraiment le choix. Il dut comprendre qu'elle ne plaisantait pas, car il finit par céder :

- Comme vous voudrez. Ne bougez pas.

Il quitta le véhicule, et s'éloigna en direction de l'aéroport, en essayant de garder une allure tranquille et un air décontracté. Mais il était aussi passe-partout qu'une cabine téléphonique, et il était évident qu'il était stressé. Depuis qu'il avait entendu le tir du sniper, il craignait que la prochaine balle fût pour lui. Lucija le regarda un bref instant, avant de tendre le bras pour modifier l'angle du rétroviseur intérieur, de sorte qu'elle pût voir ce qui approchait dans leur dos.

- Allongez-vous, glissa-t-elle à Lorenson. On ne sait jamais.

Une fois qu'Abigail eût trouvé une position confortable sur la banquette arrière qu'elles partageaient, Lucija s'allongea à son tour, se recroquevillant dans l'espace qui leur restait. Ainsi, si un tireur d'élite observait les véhicules, il ne pourrait pas voir qu'elles s'y trouvaient encore. La jeune croate, qui avait conscience que ses actions pouvaient paraître étranges, se justifia :

- Si j'étais à la place de ce type, je frapperais au moment où nous penserions avoir gagné, là où nous aurions baissé notre garde. Sur un parking, les gens se méfient, et on peut se cacher derrière les voitures pour s'échapper. Mais au cas où j'aurais tort, je préfère qu'on reste baissées.

L'étrange proximité physique qui les rapprochait était perturbante, et Lucija avait l'impression que les battements de son cœur étaient aussi forts que ceux d'un tambour, et que Lorenson percevait les inquiétudes qu'elle avait de plus en plus de mal à dissimuler. Toutefois, c'était aussi réconfortant de savoir qu'on n'était pas seul dans la difficulté, et que l'on pouvait compter sur quelqu'un. La scientifique avait beau ne pas être une tueuse surentraînée, elle savait se servir de sa tête, et avait plusieurs fois sauvé la mise de la Croate. Une complicité était en train de naître entre elles, et elle ne pouvait pas s'achever à cause d'un tueur engagé par un de leurs ennemis. Elles attendirent pendant un temps qui parut une éternité, avant que Lucija ne vît Kammer revenir vers le véhicule. Il était seul, et aucun des trois rétroviseurs n'indiquait un quelconque mouvement suspect. La jeune femme se redressa donc, mais posa délicatement sa main sur la tête d'Abigail, pour lui intimer de rester à couvert. Il suffisait d'un peu de malchance pour que tout se terminât là. L'Allemand pénétra dans le véhicule, et referma la porte derrière lui, avant de lancer :

- Votre avion arrive dans trois minutes à peine. Il a demandé la permission d'atterrir, et il approche. Vous devez prendre l'accès 6, on vous laissera passer. C'est l'heure de partir.

- Merci, lâcha Lucija avec sincérité. Prenez soin de vous.

Elle lui adressa un sourire presque désolé pour tout le mal qu'elle lui avait fait subir, et lui tendit son arme. En échange, il rendit leurs armes aux deux jeunes femmes, qui s'apprêtaient à filer. Lucija, s'apprêta à ouvrir la porte, mais se permit de préciser :

- On sort, et on file jusqu'à l'aérogare. Vous passez devant. Surtout, vous ne vous arrêtez pas, quoi qu'il arrive.

Et elles sortirent. Lorenson avait les documents, et Lucija la suivait en regardant autour d'elles avec beaucoup d'anxiété. Elles coururent en passant entre les voitures, en essayant d'aller autant que possible en ligne droite, contournant les grillages de sécurité, parvenant à ne pas trébucher sur les trottoirs et les inégalités de la chaussée. Elles pénétrèrent en trombe dans l'aéroport, et ralentirent quelque peu pour ne pas glisser sur le sol parfaitement propre. Les quelques voyageurs les regardèrent avec un peu d'étonnement, mais il n'était pas si inhabituel que ça de voir des gens courir dans un aéroport, et ils se désintéressèrent bien vite de leur cas. Les deux femmes coururent vers l'accès 6, qui n'affichait pourtant aucun avion. Un agent de sécurité porta la main à son arme, mais il sembla reconnaître la description qu'on lui avait faite, et il ne dégaina pas. Elles coururent dans le hall d'embarquement, et empruntèrent un escalier métallique qui débouchait directement sur le tarmac. Là, elles piquèrent un véritable sprint jusqu'à l'avion qui venait d'atterrir, et qui roulait tranquillement jusqu'au point de rendez-vous. Il était loin, mais elles étaient poussées par la peur et par l'espoir de sortir enfin de ce piège mortel. Le vent sifflait à leurs oreilles, et la morsure du froid se faisait sentir maintenant qu'elles avaient abandonné leurs manteaux. Pourtant, ce ne fut pas cette morsure là que sentit Lucija.

Un coup brutal dans les omoplates lui coupa le souffle, et elle fut projetée en avant, tombant rudement sur le sol où elle s'écorcha les avant-bras. Des étoiles dansèrent devant ses yeux, et elle mit un moment à comprendre qu'on lui avait tiré dessus. Le choc l'avait un peu sonnée, et elle avait du mal à se situer. Où était l'avion ? Où était Lorenson ? Où était le tireur ? Elle ne le savait pas. Ce devait être un tir particulièrement chanceux qui l'avait atteinte, car le vent soufflait fort, et avec la distance, cela rendait ce genre d'exploits presque impossible. Mais s'il se rapprochait, il augmenterait d'autant ses chances de les éliminer. Fort heureusement, il ignorait qu'elles portaient des gilets pare-balle. Tout du moins... que Lucija portait un gilet. Qu'en était-il de Lorenson ? Et où était-elle donc passée, d'ailleurs ? Avait-elle continué à courir, comme la Croate le lui avait ordonné ? Avait-elle seulement noté que celle-ci était tombée ? Difficile à dire.

Répondant à son instinct de survie, Lucija se redressa tant bien que mal, et se hissa sur ses pieds. Elle avait l'impression d'avoir un pieu planté dans le dos, mais elle retrouvait un peu le sens des réalités. Elle finit par localiser l'avion - au bruit surtout -, et elle se traîna aussi rapidement qu'elle le pouvait dans cette direction. Elle avait l'impression d'avoir fait un bond dans le temps, et d'être de retour dans l'armée. Elle se sentait comme une bleue sur un parcours d'entraînement particulièrement difficile, avec un instructeur particulièrement sadique. Elle était épuisée, elle souffrait aussi bien physiquement que mentalement, et pourtant elle devait continuer. Elle ne pouvait pas craquer, elle devait avancer. Un pas devant l'autre, en serrant les dents pour endiguer la douleur. Un pas devant l'autre, en gardant bien l'objectif en visuel. Un pas devant l'autre, en essayant d'oublier les balles qui sifflaient à ses oreilles.
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Jeu 7 Nov - 23:57


Alors que Kammer manoeuvrait sa voiture, Abigail se sentait s’enfoncer encore un peu plus à chaque seconde dans la banquette arrière du véhicule. La mallette de documents fermement entre ses mains, elle regardait fixement devant elle, préférant éviter le regard de quiconque tant qu’elle ne se saurait pas en sécurité avec sa coéquipière. Et pendant qu’ils luttaient contre le trafic berlinois de cette après-midi, elle faisait une introspection sur sa condition actuelle, les mains se crisapnt imperceptiblement dans la doublure du porte-document.

Que pourrait-elle dire en rentrant au pays pendant le débriefing de mission ? Qu’écrirait-elle dans le rapport qu’on lui demanderait ? En même temps, que pouvait-elle dire sans mentir ? « J’ai mis à mal tous les principes moraux existants dans ce monde, j’ai quasiment abandonné ma coéquipière pour préserver les apaprences, j’ai envoyé des innocents à la mort pour couvrir notre fuite, mais c’est bon, on a rapporté les documents que vous vouliez, et même deux prisonniers pour interrogatoire, donc mission accomplie ! » Oui, c’était à peu près ça, d’après elle, après il suffirait d’y mettre la forme. Même si elle doutait que ses supérieurs de l’ORS attachent beaucoup d’attention à ses considérations morales… Il état évident qu’elle allait sans doute s’arranger pour se tenir éloignée du terrain pendant quelques temps, le temps qu’elle se reprenne. Oui, elle resterait un peu au labo, là où elle savait que tout se jouait selon se spropres règles, où elle était maîtresse incontestée…

C’est à ce moment que Lucija la tira de sa rêverie morose. Lucija donnait à Abigail l’impression de réfléchir à voix haute sur ce qu’elles venaient de vivre. Selon elle, quelque chose ne collait pas à leur actuelle situation.
- Ce n'est pas normal, lâcha-t-elle en préambule. Il y a quelque chose qui cloche ! Pourquoi est-ce qu'il n'a pas vu que ce n'était pas nous ? Il était bien trop près pour ne pas pouvoir les identifier, et se rendre compte que ses cibles s'étaient échappées... Et puis pourquoi n'a-t-il tiré qu'une seule fois ? S'il était convaincu que c'était nous, il aurait dû tirer deux fois, non ?
- Je ne sais pas, répondit Abigail, faisant attention de maîtriser le ton de sa voix pour que nul ne puisse suspecter son trouble intérieur, réfléchissant à mesure qu’elle prononçait ses mots. Un tireur impulsif, qui aurait tiré sans réfléchir ? Un tireur tellement confiant qu’il s’est dit que les seules personnes qui sortiraient de l’hôtel seraient nous deux, et a sauté sur son fusil en voyant la porte s’ouvrir ? Ou alors une combinaison de tout ça, et en réalisant qu’il avait tiré sur… un leurre, ajouta-t-elle non sans difficultés, encore honteuse de la décision qu’elle avait prise pour assurer leur sortie, qui avait dû se solder par le décès de l’une des réceptionnistes de l’hôtel ; sans doute a-t-il compris qu’on lui avait échappé et n’a pas tiré de second coup… Ca veut donc dire que tant qu’on ne sera pas à bord de ce putain d’avion à 35000 pieds, je ne serai pas satisfaite quant à notre sécurité. Kammer, combien de temps vous estimez notre arrivée ?
« A moins qu’ils n’aient aussi prévu un chasseur pour nous descendre en vol… » pensa Abiagil, pince-sans-rire.

Face à la réponse, et au vu du traffic qui commencçait toutefois às e diluer à mesure qu’ils s’éloignaient du centre-ville de Berlin en direction de l’aéroport international, Abigail tenait toujours la mallette comme si sa vie en dépendait. En fait sa vie en dépendait, littéralement : leurs adversaires feraient absolument n’importe quoi pour mettre un terme à leurs vies et récupérer leurs documents, ils avaient déjà mis un deuxième tueur sur leur route, et elles ne l’avaient pas encore semé… Il faudrait le jouer fine en arrivant à l’aéroport, et Abigail voyait que Lucija sembalit déjà piaffer d’impatience à l’idée de partir de cet endroit. Et elle la comprenait, se toruvant elle-même dans un état similaire, bien que choisissant de n’en rien montrer. Un avion se profila dans le ciel, plus gros que les autres. Elles allaient arriver à partir de ce piège, enfin !

Kammer se gara, et vive comme un félin, Lucija bondit du fond de la banquette et attrapa l’arme dans le holster de ceinture de l’agent allemand. Elle lui demanda d’aller vérifier l’horaire d’arrivée de leur avion, seul, puis une fois qu’il fut en chemin, elle demanda à Abigail de s’allonger. Celle-ci s’exécuta, s’allongeant tant bien que mal en travers des genoux de la Croate, faisant atetntion à ne pas être visible de dehors. Drôle de proximité, mais au fond d’elle, la scientifique était plus que satisfaite d’avoir pu accomplir sa mission auprès de cette femme, avec du recul elle se dit qu’elle aurait pu difficilement trouver mieux.
- Si j'étais à la place de ce type, je frapperais au moment où nous penserions avoir gagné, là où nous aurions baissé notre garde. Sur un parking, les gens se méfient, et on peut se cacher derrière les voitures pour s'échapper. Mais au cas où j'aurais tort, je préfère qu'on reste baissées.
- Vous avez sans doute raison, répondit Abigail d’une voix lointaine. Puis dans un murmure, ne sachant trop si on l’entendrait ou non : Qu’ils me collent un rapport si ils veulent… J’ai fait ce qu’il était possible de faire, avec les cartes qu’on avait en main…

Puis Kammer s’en revint, et leur annonça que le départ était proche, leur rendant leurs armes, et Abigail ne put retenir un petit sourire en le voyant tiquer quand elle lui tendit sa main gauche pour récupérer son Glock puis son Smith & Wesson.
- Herzlich vielen Dank, lâcha la scientfique en un soupir de soulagement. Herr Kammer… Appelez-moi dans une heure et dites-moi comment s’en sont sorties les réceptionnistes, je vous en prie… Je continue d’espérer qu’elles ont pu survivre…
- On sort, et on file jusqu'à l'aérogare, intervint Lucija au moment de sortir. Vous passez devant. Surtout, vous ne vous arrêtez pas, quoi qu'il arrive.
- Entendu, répondit Abigail, la main sur sa portière, mais je vous veux à moins de 15 pas derrière moi, et c’est non négociable. On repart comme on est arrivées, ensemble !

Puis les deux femmes commencèrent une course pour leur vie. D’abord sur l’esplanade devant l’aérogare, puis à l’intérieur de celle-ci, en direction de l’accès 6 qui le smènerait à leur avion. Le vigile esquissa un geste pour les refouler, puis sembla reconnaitre leurs apparences, sans doute Kammer les lui avait-il données en allant vérifier l’arrivée de l’avion. Il les laissa passer, et Abigail ouvrit la porte, dévalant en trombe un escalier en métal qui les amena au niveau du tarmac de l’aéroport. En cette fin d’été, le Soleil tapait dur, et la chaleur la fouetta au visage malgré le vent, mais elle continua d’avancer, scrutant les alignements d’apapreils à la recherche du leur, qui devait arriver vers elles d’une seconde à l’autre…

Puis un coup de tonnerre fendit l’air.

La scientifique américaine se retourna tout en continuant d’avancer, et vit Lucija à terre. Elle eut envie de hurler, les poumons en feu de sa course, mais vit Lucija tenter de se redresser, désorientée et sans doute le souffle coupé. De son expérience, Abigail avait estimé que sa coéquipière aurait dû mourir transpercée par la balle de gros calibre, mais elle avait dû garder son gilet pare-balle… qu’elle-même n’avait pas mis, se rendit compte l’Américaine en jetant un coup d’œil à sa chemise. Et en relevant la tête, elle vit leur salut : un Gulfstream V qui roulait dans leur direction, porte d’embarquement se dépliant. D’instinct, elle courut avec l’énergie du désespoir en elle, répondant aux directives que sa coéquipière lui avait données, et couvrit la distance en moins de temps qu’elle ne s’ens erait crue capable.

Puis elle trébucha sur une balise au sol qu’elle n’avait pas vue, et s’écrasa à moins de 50 mètres de l’avion, qui se repositionnait déjà pour repartir. Tout son côté droit lui faisait un mal pas possible, elle avait le souffle coupé, elle avait dû s’écorcher copieusement sur le goudron sur l’avant-bras et la jambe. En réajustant ses lunettes, elle aperçut un éclair au loin, suivi d’une détonation. Par pur réflexe, elle se coucha, et sentit l’air déplacé près de son épaule ainsi qu’un sifflement aigu. La mort venait de frapper à moins de 20 cm d’elle. La scientifique se sentit comme pousser des ailes, et se rua sans réfléchir plus avant dans l’avion, escaladant à toute vitesse l’escalier intégré à la porte de l’avion, où elle fut prise en charge par le copilote venu ouvrir la porte, et qui marqua toutefois un temps d’arrêt en voyant l’état de ses écorchures, certes impressionnantes bien que superficielles.

- Agent Lorenson, si on prend la moindre balle de ce sniper, on risque de…
- Pas le temps, répliqua l’Américaine, ma coéquipière est dehors sous le feu, je vais la couvrir d’ici ! Vous avez une arme adaptée ?
- Juste un M4 dans un rack derrière le cockpit, mais… eh, quest-ce que vous foutez ?!
Abigail l’avait écarté de son chemin et empoigné l’arme. C’était ridicule, elle savait à peine s’en servir, mais elle était là, le souffle court, le côté droit endolori, la mallette de documents mise en bandoulière, avec un fusil de presque 4 kg entre les mains, qu’elle avait dû manier au maximum deux fois, et sur un stand de tir au calme. Mais elle se devait de le faire, de couvrir leur fuite jusqu’au bout, pour permettre à Lucija de revenir voir sa famille…

« LUCIJA ! A L’AVION, PAR LA ! UN DERNIER EFFORT, JE VOUS ABANDONNERAI PAS ! » hurla-t-elle de toutes ses forces depuis le côté de la porte pour couvrir le vacarme des moteurs, avant de chambrer la première cartouche et de lever son arme, visant dans la direction générale du tireur embusqué. Au prochain coup de feu, elle répliquerait, et pas à moitié…
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Dim 10 Nov - 14:03


Si il avait su qu’il allait devoir gérer ce genre de situations, il aurait tout fait pour ne pas choisir une autre affectation que le secteur Europe de l’ouest pour l’ORS. L’Asie, ça lui aurait bien plu, ou alors l’Océanie. Mais non, l’ORS affectait des natifs à ses secteurs, il était donc coincé en Europe, même si ses divers engagements l’amenaient à voyager souvent vers la France, le Royaume Uni ou d’autre spays d’Europe centrale. Mais bon, si jamais il avait été ailleurs, il n’aurait pa été dans e fichu panier de crabes, à extraire deux agents d’une mission en train de tourner au désastre.

Et quels agents ! Entre la Croate parano qui réagissait au quart de tour et surtout l’Américaine psychopathe complètement folle à lier, il tenait un sacré palmarès, alors qu’il se débattait avec les embouteillages de milieu d’après-midi de la capitale allemande. C’était clair, rien que pour ce qu’elle avait fait dans le lobby de l’hôtel, elle méritait une dégradation importante, en plus de se voir retirer son comandement de missions, port d’arme, et évaluation psychologique serrée ! Il veillerait à ce que son rapport soit intransigeant à son égard !

Et justement, Lorenson lui demandait son estimation de l’heure d’arrivée à Schonefeld International. « Avec ce trafic… Facilement une grosse vingtaine de minutes, sans doute, difficile à dire… » Le trafic allait en diminuant, donc ils arriveraient sans doute un peu plus vite. Déjà ils quittaient le centre-ville, pendant que la Croate continuait sa crise de paranoia et que Lorenson, cette folle, gardait son masque de froideur inhumaine plâtré sur le visage. Qu’elles partent, et qu’il ne les revoie jamais !

Ils finirent par arriver, et là, Radenko lui attrapa son arme, vive comme un félin impossible à arrêter. « Was ist… » a-t-il à peine le temps de dire avant qu’elle lui demande d’aller vérifier l’horaire de leur avion. A contrecoeur de s’être ainsi fait blouser par cette agent, il finit pas entrer dans l’aérogare, utilisant sa carte d’agent fédéral pour entrer jusqu’à la tour de contrôle.
-Kammer, agent fédéral, annonça-t-il sans préambule. Est-ce que vous avez un avion civil américain en approche qui aurait demandé des instructions spéciales ?
-On en a un qui a demandé un backtrack à l’atterrissage, il est en approche derrière le 340 de Lufthansa, à trois minutes… pourquoi ?
-Quoi qu’il fasse, ne l’empêchez surtout pas d’évoluer, et accédez à toutes ses demandes, sécurité nationale !

Il avait quitté sur ces entrefaites, et retrouvé les deux agents à la voiture, il leur donna ses informations, et rendit leurs armes aux deux femmes, qui la remercièrent avant de partir au loin. Son rôle était fini… enfin presque. Il avait un rapport à écrire…

***********

Elles lui avaient échappé. Ces sales garces aveint envoyé des leurres à leur place, et il s’était laissé prendre, impulsif qu’il était ! Mais ça n’était que partie remise… Si les renseignements de ses aptrons étaient exacts, elles devaient repartir en avion. Il avait une dernière chance de les intercepter à l’aéroport. Avec le trafic, ils en auraient pour un bout de temps, en se dépéchant il pourrait les devancer en prenant le metro. Son DSR-1 était bien au chaud dans sa mallette, il allait à nouveau servir bien vite.

Une fois sur place, il sortit du merto directement à proximité de l’aéroport, et marcha sans hésitations vers une zone mal surveillée destinée à la maintenance. De là il pouvait sans soucis accéder à la tour. D’abord, en prendre le contrôle, puis utiliser son perchoir pour tirer ses cibles. Prendre contrôle de la tour avait été aisé, un unique coup du fusil avait suffi à jeter tous les contrôleurs à terre. Il déploya son bipied et se posa sur une console radar, observant devant lui. Et les voilà !

Cette fois il était sûr, il n’y avait qu’elels pour courir comme ça au milieu du tarmac. Il chambra une nouvelle cartouche, épaula et aligna la brune. Lui souhaitant un bon séjour en enfer dans sa langue natale, il pressa la détente, l’expédiant à terre malgré le vent qui soufflait. Plus que l’autre alors, la petite rouquine qui courait. Peine perdue, chérie… Tiens, la voilà qui lui facilite la tâche en trébuchant. Vite, chambrer une cartouche, et viser sa tête. Raté, damné vent ! Non, elle allait s’échapper dans l’avion, la voilà qui disparait hors de vue ! Et la brune qui avait un gilet pare-balle ! Damnation… Nouvelle cartouche, nouveau tir, encore raté, à cause des rafales de vent sur l’espace dégagé !

Et d’un coup, un staccato contre les vitres de la tour, à sa droite. Elles répliquent ? En regardant dans la lunette, il vit… la rouquine, toute écorchée sur le côté, avec un M4, qui essayait de l’aligner ?! Elle avait de l’espoir, la petite ! Un nouveau chargeur de 4, armement, puis épaulement… Adieu, ma belle, pensa-t-il en souriant… Mais le vent semblait avec elles, car son tir dévia dans le plancher de l’avion. Et ses tirs semblaient se rapprocher de lui ! La prochaine, il ne la raterait pas !

***********

Le copilote descendit la porte alors que l’avion était encore en mouvement d’avoir refait les pleins et récupéré un container de fret déposé par la police, au mépris des instructions constucteur et de la sécurité, mais il le fallait si ils voulaient récupérer leurs agents. L’avion faisait son point fixe en extrémité de la piste 25R, après avoir dévalé le taxiway à toute vitesse en suivant les indications du contrôle au sol. Le pilote rongeait son frein, il n’aimait pas rester en point fixe trop longtemps, ça consommait du carburant inutilement, mais il le fallait, alors qu’il scrutait le tarmac à la recherche de ses passagers.

Et il les trouva, qui fonçaient comme le Diable les poursuivait en personne ! Et d’un coup l’une d’elle tomba à terre dans une énorme détonation. Etant réserviste de l’US Air Force, il savait ce que ça voulait dire. Sniper. Et qui disait sniper disait danger pour lui, pour l’avion et pour les autres avions autour ! D’instinct, il se baissa, le nez dans la console centrale, enjoignant son adjoint de se dépêcher de faire monter les passagers.
« Schonefeld Sol, November 17 Charlie point d’arrêt 25R, on subit des tirs, demande décollage immediat !... Schonefeld Sol, November 17, répondez ! Fait chier, merde ! Holt ! Où on en est ?! »

Pour seule réponse, il obtint une rafale d’arme automatique. Pourtant aucune de ses apsasgères n’avait d’armes sur lui, à ce qu’il avait vu... Elles aureint pris le fusil de l’avion pour se défendre ? contre un sniper ? Elles étaient soit courageuses comme personne, soit totalement folles ! Il fallait qu’il mette les gaz, sinon ils allaient y rester ! « Schonefeld Sol, November 17, si vous me recevez, je m’aligne et décolle 25R, départ selon plan de vol déposé ! »
Il roulait lentement, ne sachant trop si tous ses passagers étaient à bord tout en programmant fébrilement son ordinateur de vol, destination les USA et Washington Dulles. Puis une fois l’ordinateur renseigné avec tous les paramètres de vol, il poussa la manette des gaz, ordonnant de refermer la porte par-dessus le hurlement des réacteurs…
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 12 Nov - 18:24

A l'intérieur de la voiture, garée sur le parking, Lucija avait sentit que la situation était en train d'échapper peu à peu à Lorenson. Elle l'avait crue parfaitement concentrée sur le présent, ce qui était le propre du soldat, mais elle avait surestimé la scientifique. Ou peut-être l'avait-elle sous-estimée. En effet, les remords étaient le signe d'une intelligence bouillonnante, qui se déployait même quand la conscience refusait de lui laisser la place. Il était plus logique et plus raisonnable d'oublier, et de se concentrer sur l'homme qui pouvait débouler à tout moment avec l'intention de les tuer. Mais au lieu de s'inquiéter de ça, Lorenson devait être en train de repasser le film des dernières heures, et elle se laissait peu à peu gagner par des émotions négatives.

Elle lâcha, presque pour elle-même, qu'elle se fichait de savoir s'ils lui colleraient un rapport. A dire vrai, Lucija n'y avait même pas pensé. Elle était plongée dans le feu de l'action, et son calme à elle trahissait son extrême concentration sur le moment présent et sur le futur. Elle essayait de se mettre dans la tête de leur ennemi, et de réfléchir à son prochain mouvement. Depuis qu'elle avait commencé sa carrière de tueuse, elle n'avait jamais eu l'occasion d'être opposée à un sniper, mais cela lui était arrivé une fois sur le terrain, en opérations. Elle et sa section avaient été envoyés derrière les lignes ennemies pour de la reconnaissance et du sabotage, mais le retour avait été compliqué par la présence d'un tireur d'élite dans le camp d'en face, qui les avait cloués au sol. La configuration du terrain rendait impossible tout mouvement, et plus ils traînaient en terrain ennemi, immobiles, plus ils prenaient le risque d'être débusqués. Lucija, en tant que sniper de son groupe, avait alors eu la responsabilité de la vie de six de ses compagnons d'armes sur les bras. Elle n'avait jamais eu aussi peur de toute sa vie. Non pas peur de perdre la vie, mais peur qu'à cause d'une mauvaise interprétation, ou d'une minuscule petite erreur, toute leur section fût balayée. Elle avait alors couru comme jamais, pour trouvé un angle de tir adéquat, sans réfléchir au risque qu'elle prenait. Elle avait dû tout faire pour le localiser, au risque de prendre une balle en pleine tête. Et puis par chance, elle avait vu le canon dépasser par une fenêtre. Elle n'était pas très loin, et elle avait alors décidé de retirer la lunette de son fusil, pour ne pas être trop facilement repérable. Elle se souvenait encore parfaitement de ce tir, qui avait été un des plus importants de sa vie. Une seule et unique balle, qui avait pulvérisé un parpaing friable, avant de terminer sa course dans le torse du tireur. Elle aurait voulu pouvoir dire qu'il s'agissait d'une victoire, à ceci près que pour réussir son coup, un des hommes de la section avait décidé de lui faciliter la tâche en faisant diversion. Il avait ouvert le feu au jugé, et forcé le sniper à se retrancher pendant un temps. Mais en échange de cette couverture, l'américain avait reçu une balle en pleine tête. Elle avait eu beaucoup de mal à se remettre de ce décès.

- Oubliez le rapport, Abigail... Lâcha-t-elle en utilisant à dessein son prénom, pour la réconforter. La préparation de cette mission était bâclée dès le début. Qui pouvait prévoir qu'il y aurait deux tueurs pour nous attendre ? La présence du premier était déjà une surprise, mais le second était totalement inattendu. Pensez déjà à vous en sortir, et ensuite vous irez pousser une gueulante dans le bureau du chef, d'accord ?[/b]

Elle se voulait drôle, mais dans la situation actuelle, il était difficile de faire preuve d'humour. Toutefois, parler du futur était bon, car cela impliquait qu'il fallait déjà survivre à la journée en cours, ce qui n'était pas une mince affaire. Quand Kammer revint à la voiture, les deux femmes le remercièrent, puis l'abandonnèrent là. Lucija distribua ses instructions, consciente que dans une situation aussi délicate, son expérience du combat primait sur la hiérarchie imposée par l'ORS. Lorenson, qui tenait toutefois à préserver la cohésion du groupe, lui demanda de rester toujours derrière elle, et de ne jamais s'éloigner. La Croate se permit un sourire amusé :

- Ça ira, je serai juste derrière vous. Et maintenant, allons-y !

Et puis elles avaient couru, et puis elle avait chu. Lucija se souvenait vaguement avoir entendu un claquement sec, avant d'être propulsée au sol sans comprendre. Mais elle avait rapidement repris ses esprits, consciente que l'avion qu'elle entendait était sa seule porte de sortie pour quitter cet enfer. Elle était complètement désorientée, et elle eut toutes les difficultés du monde à se relever, ce qui lui évita probablement de recevoir une nouvelle balle. Elle avait beau être un peu sonnée, son entraînement militaire poussé lui avait appris à focaliser le peu de lucidité qui lui restait sur le principal. Et en l'occurrence, c'était l'avion. Baissant la tête pour réduire la surface de tir, elle se mit à courir à toute vitesse vers l'avion. Des coups de feu retentirent, mais elle refusa d'y accorder de l'importance, tant qu'elle ne serait pas touchée. Elle entendait le claquement caractéristique d'une arme automatique, et se demanda si elle n'était pas en train de rêver. Puis ses yeux firent la mise au point, et elle vit que ce n'était pas sur elle qu'on tirait, mais pour la couvrir. Abigail, planquée tant bien que mal derrière le fuselage, ripostait au jugé, l'œil dans l'alignement du viseur. Son M4 tressautait entre ses mains, tandis qu'elle essayait d'ajuster les rafales courtes qu'elle envoyait contre la tour de contrôle. Forcément. Lucija aurait choisi le même point pour avoir un angle de tir aussi large que possible, même si cela signifiait devoir jouer avec le vent qui soufflait fort sur le tarmac. La présence des réacteurs de l'avion n'arrangeait pas les choses, car la masse d'air déplacée était proprement impossible à calculer. Il devait tirer à l'instinct, ce qui lui permettait de placer ses balles pas très loin de ses cibles, mais pas tout à fait dedans. Une chance qui risquait de leur faire défaut quand il aurait intégré la vitesse approximative du vent.

Au prix d'un effort immense, Lucija parvint à se hisser jusqu'à l'escalier de l'avion. Elle n'aurait su dire combien de temps sa course avait duré. Elle s'effondra presque dessus, et une main secourable vint l'aider à remonter. C'était celle du copilote, qui la tira à l'intérieur sans demander son reste. Elle sentit le souffle du vent disparaître, et elle fut soudainement baignée dans la chaleur agréable de l'intérieur ventilé de l'avion. Elle avait l'impression d'être en sécurité. Une impression fugace, brutalement chassée par le tir d'un sniper qui alla s'écraser au niveau du bar, brisant quelques verres qui éclatèrent en mille éclats. Fort heureusement, ceux-ci ne blessèrent personne. Le copilote voulut fermer la porte de l'avion, mais Lucija l'en empêcha :

- Nos affaires ! Vite, vite !

L'homme hésita un quart de seconde, avant qu'une nouvelle salve de la scientifique ne le ramenât à la réalité. Il se précipita alors vers l'arrière de l'avion, suivi de près par la Croate qui peinait à avancer. Il leur montra un compartiment dans lequel on avait placé leurs sacs. Elle l'écarta, et s'empara de sa mallette... celle que Lorenson avait découverte et à propos de laquelle elle avait posé des questions indiscrètes. Celle qui n'aurait jamais dû se trouver là, et que l'ORS n'approuverait sûrement pas. Elle sortit une petite clé qu'elle gardait toujours sur elle, et l'inséra dans la serrure. Le copilote ouvrit grand les yeux en découvrant le SVD Dragunov modifié qui se trouvait à l'intérieur. La jeune femme, d'une main experte, le retira de la mousse qui le protégeait, et assembla les deux parties qui s'emboitaient parfaitement. Un claquement sec retentit, signifiant que l'arme était désormais utilisable. Sans se soucier de rien d'autre, elle attrapa un chargeur, et l'inséra dans l'emplacement prévu. La lunette était toujours parfaitement réglée - elle y veillait régulièrement -, et elle était prête à faire feu. Tout en remontant l'allée centrale de l'avion, elle enroula la sangle autour de son bras, afin de gagner en stabilité. Ce ne serait pas un tir facile, mais elle était certaine de pouvoir y arriver. Elle avait déjà vu bien pire.

Elle tapa sur l'épaule de Lorenson, pour lui faire signe de lui laisser la place, et récupéra donc le poste de tir de cette dernière. Elle répondrait aux questions plus tard, car l'arme qu'elle tenait en main n'était pas particulièrement réglementaire, mais pour l'heure il s'agissait surtout de se sortir de ce guêpier. La jeune femme posa un genou à terre, et trouva très naturellement une position confortable, acquise par une grande expérience dans ce domaine. Elle préférait tirer couchée, de manière tout à fait compréhensible, mais ayant été formée dans l'armée, elle avait appris à tirer en plein déplacement. Courir, s'arrêter, viser, tirer, puis courir encore. Elle avait avalé tellement de kilomètres de parcours que cela ne lui faisait plus peur désormais. Elle arma une première cartouche, .416 Barrett modifiée pour accroître son pouvoir pénétrant. Chaque munition coûtait une véritable petite fortune, mais elles étaient faites pour tuer du premier coup, à travers tout type de surface : mur, portière de voiture, et même des plaques de blindage. La tour de contrôle ne résisterait certainement pas à ça, et le tireur d'en face, dont les munitions étaient de toute évidence de calibre beaucoup plus petit, ne s'attendrait sans doute pas à ça. Lucija savait avoir eu de la chance, car le tir qu'elle avait encaissé ne l'avait pas touchée de plein fouet. La balle n'avait fait que l'effleurer, sans quoi elle aurait été transpercée immédiatement. Elle doutait que son opposant eut pris les mêmes précautions, et même si la balle ne faisait que l'érafler, il risquait de la sentir passer.

Elle épaula, glissa l'œil dans le viseur, et changea brutalement d'univers. En l'espace d'un clin d'œil, elle se téléporta dans la tour de contrôle, là où le sniper adverse avait établi sa position. Il avait positionné son arme sur un bipied, afin de gagner en stabilité, mais cela le rendait également plus facile à toucher. Il ne s'attendait de toute évidence pas à essuyer une riposte. Lucija avait eu le temps, alors qu'elle courait sur le tarmac, et en regardant par le hublot de l'avion, d'estimer la vitesse du vent. Cela faisait partie de son apprentissage, et c'était devenu une seconde nature chez elle. Elle avait avisé une manche à air, qui se balançait légèrement vers la gauche, ce qui impliquait de faire les ajustements nécessaires. Elle visa très légèrement à droite... vraiment très légèrement, et pressa la détente.

Le premier projectile quitta le canon du Dragunov avec un bruit assourdissant, qui se répandit dans tout l'appareil. Le recul tira un grimace à la jeune femme. Elle avait choisi le chargeur le plus dévastateur que contenait sa mallette, et tirait dans une position qui n'était guère propice à encaisser ce genre de retour de force. Toutefois, elle eut la satisfaction de voir sa balle transpercer la console de commande, projetant une pluie d'éclats tranchants droit sur le sniper, notamment vers son visage. Il se redressa, stupéfait et probablement égratigné au visage. Lucija, qui avait déjà éjecté la douille et chambré une seconde cartouche, ajusta très délicatement sa visée, et tira de nouveau. Cette fois, la balle pulvérisa le tableau de bord électronique, faisant glisser le fusil dans le vide, avant de siffler à l'oreille du tireur. Entre le déplacement d'air causé par le passage du projectile, le bruit assourdissant provoqué par le déplacement d'air soudain, et la nouvelle volée de débris, notamment des morceaux d'écrans tranchants comme des lames de rasoir, qui vinrent le meurtrir un peu plus, l'homme choisit de battre en retraite. Privé de son arme, aveuglé et incapable d'empêcher l'avion de décoller, il avait tout intérêt à filer.

Lucija tomba assise par terre, en proie à un contrecoup incroyablement brutal. Elle ne parvint même pas à s'écarter pour ne pas gêner le copilote, qui refermait la porte. Ses mains tremblaient de manière incontrôlable, à cause de l'adrénaline et du stress, mais aussi du soulagement d'être en vie. Son épaule droite la lançait un peu, mais elle s'en fichait pour le moment. Elle posa la tête sur le sol de l'avion, et resta allongée là, la respiration haletante, son fusil toujours tenu fermement entre ses mains crispées. Elle ne savait pas si elle avait chaud ou si elle avait froid, elle aurait eu bien du mal à dire où est-ce qu'elle n'avait pas mal, et elle était partagée entre la satisfaction du devoir accompli, la colère d'avoir été envoyée sur une mission aussi mal préparée, ou encore la crainte d'avoir oublié un nouveau danger qui pouvait les menacer.

Elle sentit du mouvement autour d'elle. Premièrement, le copilote qui l'enjamba pour aller jusqu'au poste de pilotage. Il cria à son collègue qu'ils devaient décoller, et celui-ci ne se fit pas prier pour pousser les moteurs. Mais il y avait aussi Lorenson, dont l'expression était indéchiffrable. Lucija cligna des yeux, encore un peu perdue, et lâcha finalement :

- Vous croyez qu'ils vont me coller un rapport pour ça ?

Elle parlait bien évidemment de son SVD. Conquise par le ridicule de la situation, elle éclata de rire. Elle évacuait la pression, le stress, la tension. Elle riait sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être parce qu'elle savait que les gens qui allaient les débriefer risquaient de leur passer un savon monumental, sans avoir conscience de ce par quoi elles venaient de passer. Peut-être parce qu'elle se fichait totalement de tout ça, au final. A quoi bon les règles, à quoi bon les interdits, si c'était pour en mourir ? Elle préférait cent fois désobéir, et rentrer au pays sur ses deux jambes, plutôt que les pieds devant. Son fou-rire lui fit monter les larmes aux yeux, puis il finit par se calmer, la laissant curieusement épuisée et à la fois en meilleure forme que quelques instants plus tôt.

- On devrait appeler le QG, non ? Je préfère être loin quand on va leur raconter comme tout ça s'est terminé...

Elle pouffa de nouveau, essayant d'imaginer la réaction de ses instructeurs, notamment de St Laurent, le Français. Il avait trouvé qu'elle avait mis le bazar pour récupérer les dossiers, en forçant les gardes à procéder à l'arrestation de Lorenson. Cette fois, elle avait carrément été impliquée dans deux fusillades. Elle ne s'était pas trompée en considérant qu'elle pouvait faire bien plus de dommages. Revenant à la réalité et au sérieux, elle se tourna vers Abigail, et lui souffla :

- Vous avez été extra, docteur. Je ne connais personne qui aurait fait mieux à votre place. Je tenais à ce que vous le sachiez...
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Mar 19 Nov - 23:22


C’était vraiment en train de perdre les pédales au-delà de toute mesure. Ce quia avait démarré sous un relativement bon contrôle devenait un véritable chaos. Bon sang, mais qu’est-ce qu’elle avait raté à ce point pour que ça dérape comme ça ?! Elle savait que c’était son premier commandement sur le terrain sans le soutien d’un agent de l’ORS expérimenté pour lui apporter son expérience du combat, mais quand même ! Il fallait qu’elle fasse un débriefing approfondi avec à la fois Lucija pour avoir son point de vue, mais aussi avec un autre agent, qui à la fois avait été sur le terrain et un bleu, pour avoir leurs ressentis. Pourquoi pas proposer son expérience à un des instructeurs, pour leur montrer ce qu’il ne falalit aps faire ?

Mais Lucija le lui avait bien dit. Survivre à ce damné piège avant de s’en inquiéter.

Et pour le moment, son seul moyen de s’en tirer vivante, c’était de délivrer des tirs aussi précis que possible pour couvrir la course de Lucija vers l’avion. Tout en prenant en compte que c’était sans doute la troisième fois qu’Abigail mettait un M4 entre ses mains, et que le réacteur de son côté de l’avion aspirait au moins plusieurs dizaines de kilos d’air par seconde, en plus du vent relativement fort qui soufflait. En d’autres termes, ses capacités avec un fusil entre les mains étaient mises à rude épreuve. Dans son esprit et son expérience, manier un M4 était au moins aussi lourd et difficile à manier qu’une mittrailleuse lourde, n’ayant jusqu’ici reçu de formation poussée qu’aux armes de point et des pistolets-mitrailleurs comme le HK MP7 ou UMP45. Donc pour la scientifique, c’était loin d’être facile.

Elle alignait la tour de contrôle du mieux possible, encore tremblante de sa course, et lâchait des rafales de quelques cartouches. Elle avait mis le sélecteur de tir sur semi-auto, et tirait aussi vite que possible coup après coup des double-taps, comme le lui avait appris Mac durant son instruction à l’Académie. Et avec tous les déplacements d’air, Abigail venait à regretter de ne pas avoir passé plus de temps à s’entraîner elle-même sur le stand de tir de l’ORS. Mais le moment était mal choisi pour s’appitoyer sur son entrainement, elle avait une coéquipière à sortir du guêpier !

Abiagil épaula de nouveau son arme, vérifiant que le sélecteur de tir était toujours sur semi-auto, et tira plusieurs cartouches en succession rapide vers la tour. L’arme tréssautait entre ses mains, et elle prenait son temps entre chaque rafale pour réajuster sa visée. Même si elle savait que le temps était une donnée critique, elle préférait privilégier la précision sur la précipitation. Et tout le temps qu’elle ne apssait pas l’œil dans la mire de l’arme, elle vérifiait que Lucija avançait dans leur direction. Elle finit par les atteindre, s’effondrant presque sur l’escalier intégré à la porte de l’avion. Abigail avait les deux mains prises par son arme, mais le copilote se mit à genoux et attrapa Lucija pour la hisser à bord.

- C’est bon, cria Abigail, on y va !
- OK on s’arrache, confirma le copilote, Jim, mets la gomme pour le roulage, je ferme la porte !
- Nos affaires ! Vite, vite !
Intriguée, Abigail tourna la tête pendant que le copilote indiquait à Lucija l’emplacement de leurs affaires dans la cabine de l’avion. Puis l’air sembla aspiré de ses poumons, alors que le bar derrière elle était pulvérisé par une balle du sniper, l’arrosant de petits éclats de verre. La scientifique se remit en position, et lâcha quatre balles supplémentaires dans les vitres de la tour, avant de recevoir une tape sur l’épaule. Elle tourna la tête pour voir Lucija avec… qu’est-ce que c’était que cet engin ?! Abigail n’était pas experte en armes, loin de là, mais rien qu’à l’apparence de fusil de précision, elle comprit instantanément que sa coéquipière était bien mieux équipée pour gérer leur situation, et lui céda son poste de tir, à reculons pour continuer de pointer le canon de son arme pendant que Lucija se mettait en place.

Et maintenant que Lucija alignait leur adversaire et tirait sa première cartouche, Abigail s’adossa à la paroi de l’avion, le fusil glissant à ses pieds. Elles en avaient fini. Elles étaient en vie, et en train de revenir au pays. La scientifique aimait les voyages, mais celui-ci… pour une fois elle était vraiment contente de revenir chez elle. Abigail se prit la tête entre les mains, faisant de son mieux le vide dans sa tête, entendant à peine le second tir de Lucija, et le copilote fermer la porte alors que l’avion accélérait sur la piste. Sans doute le pilote aux commandes revivait-il quelque départ en mission depuis un terrain de brousse dans un quelconque trou perdu, sous des tirs d’armes légères…

Lucija se releva, et sa question la ramena parmi les vivants. Elle n’allait certainement pas coller un rapport à la coéquipière qui lui avait sauvé la vie, mais il était clair qu’elles allaient sans doute devoir expliquer quelques détails à leurs supérieurs. Non seulement elles allaient devoir répondre des diverses situations de crises et fusillades qu’elles avaient déclenchées, en plus de l’éventuelle perte de vies civiles, mais en même temps pourraient donner leur point de vue personnel sur la planification assez douteuse de certains aspects de la mission, en particulier leur extraction en cas d’urgence…
- Vous croyez qu'ils vont me coller un rapport pour ça ? On devrait appeler le QG, non ? Je préfère être loin quand on va leur raconter comme tout ça s'est terminé...
- Sans doute, répondit Abigail, toujours d’une voix lointaine, le visage aussi figé du même masque de détermination qu’elle arborait depuis leur fuite de l’hôtel. Faudra les appeler, leur dire qu’on est de retour avec leurs putains d’infos… et aussi…

La scientifique attendit que l’appareil ait décollé et prit son portable, composant un numéro, s’asseyant sur une des banquettes du jet privé. C’était contre toutes les règles, mais il fallait qu’elle sache.
« Kammer, Lorenson… Est-ce que vous avez des nouvelles de… comment ?... Oh bon Dieu… Ca c’est une bonne nouvelle… Merci pour tout… » Et elle raccrocha, un sourire de pur soulagement aux lèvres, s’asseyant sur une des banquetets de l’avion, prenant le temps de calmer sa respiration. Finalement… ça prenait une certaines
- Vous avez été extra, docteur. Je ne connais personne qui aurait fait mieux à votre place. Je tenais à ce que vous le sachiez...
- Lucija… c’est vous qui avez été extraordinaire, répondit la scientifique en posant sa main sur son épaule. Je vous le dit sans honte, j’ai été honorée de vous avoir comme coéquipière… Je viens d’avoir Kammer, et pour une fois, une bonne nouvelle : les deux réceptionnistes s’en sont tirées en vie. L’une d’elle a été blessée à l’épaule, mais a pu être emmenée à l’hôpital à temps et gardera l’usage de son bras après rééducation… Sous la pression, elle lâcha même un petit rire. Il fallait qu’elle brise la tension accumulée, d’ailleurs Lucija aussi semblait aussi se détendre, imperceptiblement. Elle avait envie de la prendre dans ses bras pour libérer toute sa tension, mais elle se retint, ce disant que ça serait quand même déplacé.
« Va bien falloir appeler à Washington… Je m’en occupe, asseyez-vous et détendez-vous, Lucija, dit la scientifique en composant le numéro de Briggs sur son portable. Docteur Briggs, Lorenson… Je suis avec Lucija, dans l’avion de retour… Oui, il faudra prévoir un débriefing complet… La semaine prochaine ? On y sera… On vient de décoller, donc nous devrions arriver à Dulles dans une dizaine d’heures… A bientôt… »

Puis Abigail se tourna vers Lucija en se rasseyant, enlevant ses chaussures et s’enfonçant confortablement dans sa banquette. « Debriefing la semaine prochaine, faudra qu’on s’accorde bien sur le fait que votre… truc n’était pas en votre possession mais un tir de policiers allemands… D’ici là, j’insiste pour vous inviter à diner, votre famille et vous… Je vous dois énormément, et si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit, n’importe quand… je ferai tout pour vous aider… » en fermant les yeux pour continuer de se détendre…
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Sam 23 Nov - 22:15

Avec un crissement sonore, le Gulfstream V se posa sur une piste isolée de l'aéroport international de Washington Dulles. Il avait fait bon voyage, et malgré le départ chaotique qui leur avait laissé présager le pire, rien n'était venu perturber leur vol, sinon quelques turbulences au-dessus de l'Atlantique, que le pilote chevronné avait su gérer sans aucune difficulté. Le copilote avait entrepris de nettoyer un peu l'appareil criblé de balles, et de vérifier si la carlingue n'avait pas subi de dommages importants, susceptibles de causer une dépressurisation de l'appareil. Mais par miracle, les balles du tireur d'élite avaient toutes fini à l'intérieur, ou bien n'avaient pas traversé le fuselage. Pendant ce temps, Lucija et Abigail s'étaient retrouvées livrées à elles-mêmes. Pour la première fois depuis ce qui semblait être une éternité, elles n'étaient pas menacées, elles n'étaient pas en danger, elles savaient où elles allaient et ce dans quoi elles s'embarquaient. Même si leur horizon s'annonçait nuageux, avec la perspective peu réjouissante d'une engueulade en règles au QG de l'ORS, il valait mieux ça que de finir avec une balle Lapua en plein thorax.

Pendant le vol, malgré ce qu'elle avait laissé paraître, Lucija était terriblement nerveuse. Elle avait su gérer la situation jusqu'à présent, parce que son entraînement militaire avait réussi à prendre le dessus sur la peur que l'on éprouvait naturellement à se faire tirer dessus. Toutefois, maintenant qu'elles se trouvaient en altitude, loin de tout danger, elle ne pouvait pas s'empêcher de repenser à tout ça. Elle avait été canardée dans l'hôtel, puis avait pris une balle dans son gilet sur le tarmac de l'aéroport. Quelques centimètres plus haut ou plus bas, et elle terminait en purée rouge sur le sol. Et si le tir n'avait pas été légèrement dévié par le vent, il aurait purement et simplement traversé la fine bande de kevlar, et l'aurait transpercée sans demander son reste. Elle essayait de ne pas penser à tout ça, de faire le tri dans sa tête, mais c'était quelque chose de difficile à faire, pour elle. Recevoir les balles, cela ne faisait pas partie de son quotidien. Un tireur d'élite était posté à distance, et il abattait ses cibles minutieusement. Il était parfois confronté à un autre tireur, mais c'était souvent lui qui avait l'avantage, dans l'armée américaine. Ici, elle n'avait été qu'une cible mouvante sur un terrain d'aviation. Si la météo avait été moins clémente, il n'aurait fait qu'une bouchée d'elle. Elle s'en tirait incroyablement bien.

La jeune femme se rendit compte que ses mains tremblaient toutes seules, et elle entreprit de les occuper en démontant son fusil de précision. Son SVD modifié était une merveille technologique, en fibre polymère, conçu pour être très léger, et presque indétectable par des méthodes conventionnelles. Une arme d'assassin qui coûtait un prix exorbitant, mais qui avait encore une fois fait preuve de sa fiabilité. Elle retrouva un peu de sérénité en laissant ses mains courir sur les mécanismes familier, déclencher les déclics légers qui désolidarisaient les différentes parties de l'arme. Puis, après avoir soigneusement vérifié que celle-ci n'était pas abîmée, ni enrayée, elle la déposa dans sa housse, referma le couvercle de la mallette, et verrouilla la serrure avec la petite clé qu'elle conservait toujours sur elle.

- Eh bien qu'ils aillent se faire... euh... pardon, docteur.

Ce fut tout ce que répondit Lucija, quand Abigail lui annonça qu'on risquait effectivement de leur faire quelques reproches par rapport à la manière dont elles avaient désobéi à la hiérarchie, notamment concernant le Dragunov emporté clandestinement. Mais après tout, quel fou osait imposer aux militaires de ne pas emporter l'arme de leur choix ? Si les choses s'étaient bien passées, alors elles n'auraient jamais eu besoin de recourir à son arme de secours. C'était parce que la situation avait été catastrophique du début à la fin, qu'elle avait dû en venir à de telles extrémités.

Chassant ces pensées de son esprit, Lucija se tourna vers Lorenson, qui lui adressait ses félicitations. Les deux femmes savaient avoir fait de leur mieux, et elles avaient chacune trouvé dans l'autre leur complément exact. La tueuse avait découvert dans la scientifique une personne posée et calme, capable d'analyser froidement la situation, et de donner des ordres décisifs, mûrement réfléchis. Cela était venu compenser son côté tête brûlée, qui lui faisait souvent faire n'importe quoi, en situation de crise. Mais en retour, elle avait su mettre à profit son expérience du terrain et sa profonde intuition, pour leur éviter les pièges qu'elle-même aurait tendus, si elle avait dû traquer deux agents ennemis. Abigail lui donna ensuite le compte-rendu de sa conversation avec l'agent Kammer. D'après lui, les deux jeunes femmes qui leur avaient servi de cible étaient en vie, bien que l'une d'entre elle eût été blessée. Une excellente nouvelle ! Lucija se permit même un sourire léger, qui disparut bien vite devant des considérations purement militaires :

- A-t-il des nouvelles du tireur ? Quelqu'un l'a-t-il aperçu ?

Elle posait la question par pur forme, car elle savait très bien qu'il était impossible qu'un assassin se laissât capturer aussi facilement. Le type avait très probablement ménagé une porte de sortie, et il devait déjà être loin, dans la nature. Il avait dû laisser son arme derrière lui, certes, et il enragerait pendant quelques jours, mais il ne commettrait pas l'erreur de se montrer devant un groupe de policiers. Elles étaient tranquilles pour quelques temps, car il serait probablement traqué par Interpol, et les services de police allemands, qui feraient de leur mieux pour l'empêcher de quitter le pays.

Lucija fit un signe de geste évasif de la main quand Abigail lui déclara qu'elle allait téléphoner à Washington, pour leur faire un état des lieux de la situation, et convenir d'un rendez-vous. Pendant ce temps, la Croate entreprit de se défaire de son gilet pare-balle. Elle l'examina avec un œil critique, laissant courir son doigt sur le creux très net où la balle avait ripée. Elle avait arraché une bonne partie du kevlar, et en forçant un peu, on pouvait probablement traverser complètement le gilet. Ce n'était pas passé loin. La jeune femme, sans se soucier de la pudeur - qui pouvait être encore gêné après avoir essuyé et survécu à une volée de tirs à balle réelle ? - remonta son T-shirt, et essaya d'examiner son dos. Elle avait une belle marque violette, qui lui faisait un peu mal, mais elle y survivrait. Avec celle qu'elle avait au niveau de la nuque, et qui virait déjà au brun - ce qui était du pire effet sur sa peau pâle -, elle avait une belle collection. Elle retira ses bottes, et s'installa dans un fauteuil en cuir confortable. Son holster, malgré tout, était toujours attaché sous son bras, et en un clin d'œil elle pouvait se saisir de son Glock.

Abigail finit par raccrocher le téléphone, et lui expliqua ce que Lucija avait déjà compris en substance : elles avaient une semaine pour se reposer, se refaire une santé, et encaisser un peu le décalage entre la vie civile, et le champ de bataille qu'elles quittaient. Ces sept jours étaient aussi censés leur permettre de rédiger un rapport complet des événements. Rapport qui servirait de base à leur débriefing, et à leur éventuel jugement en Cour Martiale... si d'aventure l'ORS dépendait d'une quelconque autorité militaire officielle... Puis la scientifique proposa ouvertement à sa coéquipière de l'inviter à dîner. Depuis qu'elles avaient décollé la jeune femme cherchait comment aborder la question, et elle était soulagée de ne pas avoir à le faire. Elle avait eu peur que cela parût déplacé que d'inviter son supérieur hiérarchique à manger après un fiasco pareil. Mais de toute évidence, elles étaient sur la même longueur d'ondes.

- Nous viendrons avec plaisir, Abigail... si vous tolérez la présence d'une petite de quatre ans qui peut poser beaucoup de questions.

Le sourire attendri qui fleurit sur les lèvres de la tueuse à gage, qui jusqu'alors n'avait pas vraiment laissé paraître de côté sensible, avait de quoi émouvoir. En effet, à mesure qu'elle parlait, elle prenait conscience de ce qu'elle aurait facilement pu y rester, et laisser derrière elle un homme seul et brisé, et un petit ange orphelin de sa mère. Lucija reprit, sur un ton plus sérieux :

- Je suis Ivana Chambers, journaliste free-lance pour le Washington Post, venue à Berlin pour couvrir le Congrès scientifique. Je voulais faire une interview de l'éminente Abigail Lorenson, et vous m'avez invitée dans votre suite pour un entretien privé. Mais la prise d'otage a eu lieu, et nous avons été blessées dans l'évacuation et la bousculade. Finalement, à cause de la panique générale, nous avons décidé d'écourter notre séjour, et vous avez payé mon billet de retour vers Washington. Cela devrait suffire pour Richard, qui risque de s'inquiéter en regardant la télévision...

Lucija était habituée de ces petits jeux, de ces petits mensonges, de ces arrangements de vérité. Elle n'en était pas fière, et cela se voyait sur son visage, mais elle savait que c'était entièrement nécessaire si elle voulait préserver l'équilibre fragile mais ô combien bénéfique de son couple et de sa famille plus largement. Elle savait qu'il fallait une histoire crédible, pour expliquer ces blessures étranges, et elle ne souhaitait pas l'inquiéter outre mesure en lui faisant croire qu'elles avaient croisé le tireur. Elle espérait simplement qu'il ne paniquerait pas trop, et qu'il ne lui recommanderait pas de changer de métier. Ce n'était pas son genre, mais la perspective de la mort imminente pouvait faire évoluer même les avis les plus ancrés. La Croate faisait confiance à Abigail pour enregistrer les informations, et pour les retenir. Elle avait bien retenu la combinaison complexe d'un coffre fort qu'elle n'avait fait qu'apercevoir, alors retenir une simple excuse, cela devait être largement dans ses cordes. A sa dernière remarque, Lucija ne put s'empêcher de sourire :

- Faites simplement en sorte que nous retravaillons ensemble, et nous serons quittes. Malgré tout... malgré tout ça... je trouve qu'on forme une bonne équipe, vous ne trouvez pas ? Si vous sortez de votre labo incessamment, pensez à moi.

Sur ces paroles, elle se cala dans son fauteuil, remontant les jambes pour se lover comme un chaton sur un espace réduit. Elle ferma les yeux, et chercha brièvement une position confortable. Elle n'eût pas à se creuser la cervelle bien longtemps. Son corps était tellement fatigué qu'il se laissa emporter par le sommeil, bercé par le ronronnement régulier du moteur, et par la satisfaction de pouvoir dire qu'il était en sécurité. Enfin...
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302) Sam 30 Nov - 13:57


Article tiré de Die Welt, édition du 4/09/2013
Citation :

PRISE D’OTAGE A BERLIN : LE CONGRES SCIENTIFIQUE ANNULE.
Ce mardi 3 septembre a été témoin d’un fait divers dramatique après l’ouverture du Congrès International de Biologie à Berlin. D’après nos sources auprès de la police, un groupe d’individus armés ont pénétré dans l’Hôtel Marriott, où étaient logés la plupart des participants au congrès, et pris en otage plusieurs personnes. Leurs motivations ne nous ont pas été communiquées par la police, qui a rapidement donné l’assaut après des négociations qui n’ont pu déboucher sur aucun compromis entre les preneurs d’otages et les ravisseurs. On déplore toutefois un blessé parmi les otages, des suites d’un tir de tireur isolé alors que les premiers otages tentaient de sortir du bâtiment.

On peut dès lors s’interroger pour savoir si ce tir est l’œuvre d’un tireur isolé agissant de pair avec les preneurs d’otages, ou bien de la part d’un tireur des forces d’intervention de la police.
[…]
L’homme posa son journal et se saisit de son téléphone portable dans sa poche de veston, composant un numéro qu’il connaissait depuis des années et n’avait jamais enregistré dans la mémoire de son téléphone. Il n’avait de toute manière jamais enregistré le numéro de ses proches asociés et collaborateurs. Tout du moins ses collaborateurs moins officiels. Pour peu que quelqu’un tombe sur son portable et examine sa liste de contacts, il y aurait eu de sérieuses conséquences… Boite vocale.
« Martin… Je suppose que vous avez lu les journaux, après vos exploits et les exploits de vos amies hier… Je compte sur vous pour nous recontacter très bientôt, nous assurer que vos documents ssont restés intacts et non compromis… Nous attendons votre appel d’ici 24 heures… »

Il ne fallait pas que Martin tombe entre les mains de l’ORS. Car il n’était pas dupe : cette intervention de la police était orchestrée par l’ORS, et l’otage blessé, celui que leur tireur embusqué avait confondu avec leur cible qu’était un duo d’agents de cette organisation. Si Martin parlait, ou si ses documents avaient été interceptés de quelque manière que ce soit… Leur groupement subirait de gros revers dans leurs projets à long termes…

Et ils ne pouvaient se le permettre.
Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302)

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[TERMINE] Berlin (Allemagne) - Opération Source Check (dossier 26081302)

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